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Le Temple de la Victoire, ou l'Élite des guerriers français, par P. C.

De
340 pages
Corbet jeune (Paris). 1829. In-12, XII-336 p.
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CI1) f fmf{f
DE LA VICTOIRE,
ou
2LITE DES GUERRIERS FRANÇAIS.
r t
METZ.—IMP. D'E. HADAMARD.
IL «SKHS
DE LA VICTOIRE,
ou
L'ÉLITE DES GUERRIERS FRANÇAIS;
J~JS
AUTEUR DE LA GUERRE D'ESPACNE, DE LA VIE DU GÉNÉJlÁL
FOY , ET D'AUTRES OUVRAGES MILITAIRES.
TABLEAU HISTORIQUE D'ANECDOTES ET DE PARTICULARITÉS
CURIEUSES sur NAPOLÉON, de TROPHÉES glorieux, com-
posés de traits de bravoure, d'audace, de présence
tHesprit , d'intrépidité , de grandeur d'âme, de dé-
vouement héroïque, et enfin des plus beaux faits
d'armes qui , jusqu'à nos jours, ont acquit aux géné-
raux, officiers, sous-officiers et soldats des armées fran-
çaes, les honneurs de l'immortalité.
De ces héros, vivant ou bien dans le cercueil,
,-La valeur à jamais fait notre juste orgueil!
ctri$.,
7M4Me6MÈT , JEUNE , LIBRAIRE ,
Rue des Fossés-Saint-Germain-des-Prés, nO: a6.
1 829.
HOMMAGE
AUX BRAVES. -
INTRODUCTION.
L'ÉTAT brillant et prospère dont la France
jouit depuis près de quinze ans , les bien-
faits si long-tems attendus qui sont résultés
de la paixles fécondités de toute nature
qui ont enrichi notre patrie rassasiée de
gloire , la population masculine renaissante
plus belle, l'industrie commerciale , les
beaux-arts, les lumières jetant sur toute
l'Europe un éclat plus radieux encore, enfin
une civilisation savante et active, et l'hydre
hidèuse des abus et des préjugés détruite
pour toujours par la vérité et la raison.,
tous ces avantages , loin d'être des motifs
pour oublier LE TEMPLE DE NOS VICTOIRES,
doivent au contraire être à nos yeux- des
raisons pour nous enorgueillir plus que
VIIJ INTRODUCTION.
jamais de nos nombreux trophées, puisque
le bonheur et la tranquillité que nous goû-
tons maintenant, ne sont en définitif que le
résultat de la valeur de nos héros.
Oui, c'est du sang de nos guerriers illus-
tres, qu'a été arrosé l'olivier de la paix ! Et
de tel côté qu'on envisage le haut rang que
prend chaque jour la France parmi les na-
tions de l'univers , c'est à ses valeureuses
armées qu'il faut attribuer l'honneur de son
indépendance. l'admiration et les respects
qu'elle impose au dehors !.
D'après ces considérations irrécusables,
on ne saurait donc trop entretenir dans le
cœur d'un peuple essentiellement belli-
queux , l'amour de la patrie, le sentiment
de ses droits, de ses libertés , en lui met-
tant sans cesse sous les yeux, CES SUPERBES
FAITS D'ARMES, CES MAGNIFIQUES ACTIONS
DE DÉVOUEMENT , DE COURAGE , DE BRA-
INTRODUCTION. IX
VOURE , D'INTRÉPIDITÉ, dont nos annales
militaires offrent tant d'exemples.
Nous possédons déjà , sans contredit ,
une quantité d'ouvrages plus ou moins vo-
lumineux qui présentent, avec un soin vrai-
ment national, le recueil et la liste de tous
LES BRAVES qui, par leur noble audace,
ont laissé à leur pays des souvenirs et des
noms immortels ; et l'empressement, l'avi-
dité même avec lesquels ces sortes d'ouvra-
ges ont été généralement accueillis, prouvent
suffisamment en faveur de l'esprit d'un
grand peuple , toujours sensible à la gloire,
toujours soigneux de rendre hommage aux
guerriers illustres qui lui ont légué ses ex-
ploits ; toutefois, dans quelques-unes de ces
collections de trophées militaires , on ne
pouvait s'empêcher de remarquer un esprit
de préférence qui n'admettait qu'une classe
de héros ; là , dis-je, LE TEMPLE DE LA
X INTRODUCTION.
VICTOIRE avait ses Séides, ses Coryphées
ses adeptes , et Fauteur faisait en quel-
que sorte un trio pour n'encenser que
les braves qui flattaient ses idées ailop-
tives ; plus judicieux dans cet ouvrage ,
et toujours d'un esprit impartial , nous
nous plaisons à payer un tribut à la
valeur de tous les tems , de tout héros,
pourvu qu'il soit Français : ainsi, de l'épée
du maréchal de Richelieu , du sabre de
Murât, du génie du grand Condé, du bril-
lant courage de Lannes , enfin des lau -
riers de toutes les armées françaises,
nous nous sommes fait un devoir de com-
poser une offrande à nos nombreux hé-
ros , heureux si, dans nos efforts , nous
nous sommes rendus dignes de toucher
à leurs? glorieuses cicatrices !. Heureux
si, du moins, nous apportons quelques
consolations à leurs sacrifices immenses,
INTRODUCTION. XI
en montrant à la France tout le sang
quils ont versé pour elle !.
Ainsi, tous les cœurs illustres réunis dans
un glorieux mélange , ne vont plus former
ici, pour ainsi dire , qu'un seul faisceau
de lauriers, qu'une longue chaîne de vic-
toires depuis la république jusqu'à Vater-
loo ; et, soit que le lecteur suive ces héros
dans toutes les brillantes campagnes sur les
bords du Rhin et sur ceux du Tage ou de
la Moskowa, soit qu'il consulte les annales
de toutes les nations des deux hémisphères,
partout il verra de la valeur, partout il
verra des triomphes nous assurer dans le
plus long avenir, le rang que les Romains
avaient conquis.
Ce serait peu , cependant, d honorer
l'héroïsme des chefs , si nous ne payions
le même tribut aux plus simples soldats.
Oui, dans LE TEMPLE DE LA VICTOIRE,
XII INTRODUCTION.
les galons du sergent , les épaulettes de
laine du simple grenadier, sont honorés
comme les épaulettes de général, comme
le bâton de maréchal de France ; il suf-
fit que ce soit un brave , un Français ,
pour que nous rendions hommage à sa
valeur !
Dans ces archives glorieuses , pour les
rendre encore plus intéressantes , nous
avons mêlé des ANECDOTES , des PARTI-
CULARITÉS CURIEUSES sur NAPOLÉON,
sur la célèbre campagne de Moscou , etc.,
et enfin , nous n'avons rien négligé pour
les décorer de tous les attributs d'un
temple , celui de la victoire, dont les au-
tels seront toujous en France l'objet d'un
culte constant.
1
Iè. vam.
DE LA VICTOIRE,
ou
L'ÉLITE DES GUERRIERS FRANÇAIS.
Icr. TROPHÉE HISTORIQUE.
DIVERS TRAITS AKECDOTIQUES DE COU-
RAGE ET D'INTRÉPIDITÉ.
u. Nos soldats n'eurent jamais qu'un
n sentiment, l'honneur et la patrie ! n
Extr. d'une proclamation de Masséna.
LE COURAGE , cette vertu de tempérament
qu'on admire particulièrement dans la na-
tion française, a fait faire à nos BRAVES,
maints prodiges que l'avenir croira peut-
2 LE TEMPLE
être avec peine ; on ne citait que les Ro-
mains pour leurs hauts faits d'armes : ils
sont efTacés; car les Français des 18e.
et 19e. siècles ne sont-ils pas désormais
les Romains qui conquirent l'Europe P..
Et quelle Europe encore !.. des nations
civilisées des armées tacticiennes, disci-
plinées , savantes, souvent habituées elles-
mêmes à cueillir le laurier de la victoire ;
des cabinets politiques, présidés par des
hommes du premier talent, des souve-
rains dont le front était ceint d'une cou-
ronne puissante, partout enfin des for-
teresses et des troupes hérissées d'artillerie,
intéressées par l'orgueil national. autant
que par l'honneur militaire, à soutenir
une grande réputation !.
Mais tout a dû céder à l'impétuosité
du caractère , et des baïonnettes fran-
çaises !.. Frimas, neiges de la Pologne,
de la Russie; climat brùlant de l'Egypte,
de l'Italie, de l'Espagne, il n'est point de
DE LA VICTOIRE. 3
rochers, il n'est point de glaces qui aient
été capables d'arrêter l'intrépidité de nos
soldats ! -
C'est que le Français ressent au degré
le plus éminent, cet amour de la gloire
qui lui a acquis à tant de titres la palme
de l'immortalité. Son imagination brillante
et vive, ses esprits faciles à s'enflammer,
sa passion pour les nouveautés et les
grandes choses, sa gaîté même et son
goût inné pour la galanterie, tout, dis-je,
en fait, sans le flatter, le militaire le
plus aimable comme le plus valeureux
de l'univers.
Oui, Mars et l'amour lui sourient;
si l'un le couronne de lauriers , l'autre
s1 empresse d'y mêler des myrtes ; le soldat
des autres nations n'offre pas ce mélange
enchanteur d'étourderie et d'héroïsme; et
s'il remporte une victoire, c'est en auto-
mate froid, méthodique, qui semble agir
par des ressorts, et non par le feu du
sentiment.
4 LE TEMPLE
De cet éloge mérite, donne à ma pa-
trie, à nos armées, de ce digne encens
brûlé sur l'autel de nos victoires , je vais
passer à des' preuves : certes, elles ne me
manqueront pas ; je vois partout des gerbes
de lauriers dans telle partie de l'Europe
que je porte mes regards ! ma plume va
donc .se promener avec orgueil sur mille
champs de bataille, où le nom "Français
s'est rendu immortel, par les plus bril-
lantes conquêtes ; heureux, si par mon
zèle, mes efforts. sinon par mes talens,
je parviens à payer quelque hommage à
la mémoire de tant de héros qui se sont
sacriifés glorieusement pour leur pays,
et à répandre quelques fleurs sur leurs
tombes -.ill ustres ! -
Trait de courage et de présence d'esprit.
1 P-iERffE ÇHASSOT, chasseur au dix-sep-
tième régiment, faisait patrouille dans les
DE LA VICTOIRE. - 5
environs de Sajnt-Quentin Il aperçoit
cinq Hulans qui emmenaient cinq pri-
soni^rs liés et garottés. Chassot oublie
qu'il est seul, et n'écoutant que son cou-
rage , il fond avec la rapidité de F éclair
sur les Hulans , les charge avec tant de
vigueur et d'adresse , qu'il parvient à les
- mettre en désordre, et à leur arracher
leur proie. Cependant, encore en présence
de l'ennemi , il aperçoit qu'il a laissé
tomber la baguette d'un de ses pistolets ;
il met pied à terre, la ramasse, monte à
cheval, et en impose tellement à ses en-
nemis par sa hardiesse et son sang-froid,
que ceux-ci , au lieu de profiter de l'a-
vantage qu'il leur avait donné sur lui ,
ne pensaient qu a fuir.
CHASSOT eut donc la gloire de ramener
en triomphe les cinq prisonniers dont il
avait brisé les fers.
Ah ! quel nom plus beau mérite plus
d'être inscrit sur les colonnes du TEMPLE
DE LA VICTOIRE L
6 LE TEMPLE
Réponse pleine d'esprit et et une noble
fierté.
UN grenadier français , plein de bra-
voure , avait eu les deux bras emportés
dans une affaire ; son colonel lui offrit
un écu. — « Vous croyez sans doute ,
lui répondit vivement ce grenadier, - que
je n'ai perdu qu'une paire de gants! »
Autre réponse énergique.
UN conscrit étant en faction près des
lignes ennemies , un officier lui dit : « Eh
bien, dans une heure, nous allons atta-
quer , n'auras-tu pas peur î » Le cons-
crit répondit: « Si je recule, tuez-moi;
mais si vous reculez, je vous tue. »
La Pipe glorieuse, ou le legs dé la recon-
naissance.
DIALOGUE.
« SALUT, mon bon vieillard ! vous fûmes
- DE LA VICTOIRE. 1
une pipe r - A votre service. — Comment !
mais oui , votre pipe forme un pot de
fleurs d'une belle terre rouge, ornée de
cercles d'or !.. combien en voudriez-vous ?
— Oh ! Monsieur , elle n'est point à ven-
dre ; elle vient du- plus brave des hommes ,
qui l'avait gagnée-, Dieu sait comment!..
au Pacha de Belgrade. C'est là qu'il y
avait un fier butin! Vive le prince Eugène !
Les bras et les jambes des Turcs tombaient
sous le fer de nos bras , comme les épis
sous la faucille.—Faites-nous grâce de vos
exploits. Tenez, mon bon vieux. point
d'enfantillage, prenez ce double ducat,
et donnez-moi la pipe. —Je ne suis quSm
pauvre diable, je ne vis que de ma
demi-solde , et pourtant je ne donnerais
pas cette pipe pour tout l'or du monde.
Écoutez, et jugez-en. Nous autres hus-
sards nous chassions l'ennemi (que c'était
un plaisir !.), lorsqu'un chien de Jannis-
� saire atteignit mon capitaine d'un coup
8 LE TEMPlE
de feu dans la poitrine. Sur le champ je
le pris sur mon cheval blanc (le brave'-
homme en aurait fait autant que moi) : et
je le transportai de la mêlée dans la mai-
son d'un gentilhomme. Je lui donnai tous
mes soins avant sa dernière heure ; il me
remit son argent avec cette pipe, et, me
Serrant la main , finit comme il avait
vécu, en héros.
Depuis, ce temps, dans toutes mes cour-
ses , vainqueur ou vaincu, je rai gardée
comme une relique, dans ma botte.
Au siège de Prague , j'ai eu la jambe
cassée d'un coup de mousquet. Mon pre-
mier mouyement a été pour ma pipe ,
ma seconde pensée a été pour ma jam-
be.--Oui, ton, récit m'a touché jusqu'aux
larmes ; mais dis-moi le nom de ton ca-
pitaine, afin que je l'honoré, et lui porte
envie dans le fond de mon cœur.—On ne
l'appelait que le brave Walter. Ses biens
sont situés le long -du Rhin. - C'était mon
père, et son bien est devenu le mien.
DE LA VICTOIRE. 9
1 -
viens, mon ami vivre près de moi : tu
ne dois plus sentir le besoin ! viens avec
moi boire le vin et manger le pain de
Walter. Tope, tu seras mon héritier. Je
reviens demain matin pour ne plus te
quitter ; et , , pour ta récompense , la
pipe sera à toi a près ma mort !
Que cette pipe si souvent noircie par la
poudre des batailles , 'figurerait bien au
milieu des trophées du temple de la victoi-
re ! la vapeur de sa fumée , semblable au
dernier soupir du brave qui la possédait,
ne figure-t-elle pas la fumée du canon de
Belgrade, la poussière des combats et cet
encens de la gloire qui enivra toujours nos
héros r »>
Trait admirable dintrépidité.
-SOIT dans les siècles modernes, soit dans
le -siècles passés , notre histoire militaire
nous fournit mille belles actions d'.inlri-
pidité ; le Français fut toujours le fa^—
10 LE TEMPLE
vori de la Victoire qui lui inspire cette
audace jointe au sang—froid , qui fait le
sublime de la bravoure. Ainsi, le vérita-
ble héros est intrépide , mais à la fois
calme au milieu des plus grands dangers.
Fournissons—en un exemple dans le fa-
meux Bayard, surnommé à juste titre, le
chevalier sans peur et sans reproche, et
dont les exploits sont les plus beaux
ornemens de nos archives.
Dans la guerre du Milanais, un parti
français dont était le chevalier Bayard,
ayant rencontré un parti italien, le poussa
vivement. Les deux troupes étant arrêtées
aux portes de Milan, un gendarme cria
d'une voix forte : « Tournez , hommes
d'armes , tournez ! » Mais Bayard trans-
porté du désir de vaincre , est sourd à
ces cris répétés, et entre au galop dans
la ville , comme s'il eut voulu, dit un his-
torien , emporter seul cette capitale. Tout
le monde se jette sur lui; mais le brave
,DE LA VICTOIRE. 1 i
Gujazze , que sa valeur a toujours tenu
à portée de ses coups, le fait couvrir par
ses hommes d'armes , le reçoit prisonnier.
Il le conduit dans sa maison , et se rend
ensuite au souper du prince, où il parle avec
admiration du chevalier. Le prince , qui
avait vu de son palais Jes actions du brave
Français , demande à l'entretenir, et dé-
sire connaître son caractère « Mon gentil-
homme, lui dit le duc , qui vous a conduit
ici? -L'envie de vaincre, Monseigneur, ré-
pond Bayard.—Et pensiez-vous prendre Mi-
lan tout seul ?—Non , reprit le chevalier,
mais je me croyais suivi de mes camarades.
— Eux et vous, ajouta le prince, n'auriez
pu exécuter ce dessein. Enfin, dit Bayard, -
qui ne peut d'ailleurs disconvenir de sa
témérité ; ils ont été plus sages que moi,
ils sont libres , et me voici prisonnier ;
mais je le suis de l'homme le plus brave
et le plus généreux. Le prince lui demand e
ensuite d'un air de mépris : Quelle est la
force de l'armée française ? - Pour nous,,
12 LE TEMPLE
dit Bayard > nous ne comptons jamais nos
ehnemis. Ce que je puis vous assurer,
c'est que les soldats de mon maître sont
gens d'élite, devant lesquels les vôtres ne
tiendront pas.
Le prince piqué d'une franchise si
hardie, répliqua que les effets donneront -
une autre opinion de ses troupes , et
qu'une bataille décidera bientôt de son
droit et de leur courage. Plut-à-Dieu
s'écria Bayard, que ce fut demain, pourvu
que je fusse libre !—Vous l'êtes répartit
le duc ; j'aime votre fermeté et votre
courage , et j'offre d'ajouter à ce pre-
mier bienfait, tout ce que vous vou-
drez exiger de - moi.») - Bayard , pénétré
de tant de bonté , se jette à ses gé-
noux, le prie de pardonner , en faveur
de -son devoir, ce qu'il y a de hardi
dans ses réponses ; lui demande son cheval
et ses armes, et retourne au camp pu-
blier la générosité du duc, et sa reconr-
naissance.
DE LA VICTOIRE. i3
Beau trait de courage el de présence
d'esprit.
A la bataille d'Hooglède, la soixante-
deuxième demi-brigade était postée à-côté
du chemin qui va de Rousselaer à Hoo-
glède. Le régiment de la Tour-dragons,.
le, plus brave de tous ceux de l'ennemi, t
arrive par cette route , couvert de ses
manteaux. Le chef de cette demi-brigade,
ne voyant pas leur uniforme , crut que
c'était une partie de laur cavalerie; il
s'écria: « Attendez , je crois qu'ils sont
des nôtres! « — Le cbei des dragons ré-
pondit: « Oui, nous sommes des vôtres;
mais vous êtes dans une vilaine position ;
vous allez avoir sur le corps toute l'ar-
IDee ennemie ; si vous m'en croyez, vous
changerez de place. » — Comme il disait
ces mots , il laissa entrevoir son uniforme.
Notre/chef de brigade fit faire feu dessus,
et un escadron de ce régiment demeura
14 LE TEMPLE.
tout entier sur la place. Le chemin fut
encombré par les cadavres des hommes
et des chevaux de ce régiment.
DE LA VITOIRE IS
IIME. TROPHÉE HISTORIQUE.
DUEL A L'EXEMPLE DE L'ANTIQUE CHE-
VALERIE. — TRAIT DE LA BATAILLE
D'EYLAU. LE DRAPEAU ÉLECTRIQUE.
- FOLIES MILITAIRES. - L'AMAZONE
FRANÇAISE. BATAILLE DE MONDOYI;
ETC.
Soldats, sur vos frères d'armes
Que la fortune a trahis,
Cessez de -verser des larmes.
Us sont morts pour leur pays.
Ces guerriers , dignes d'envie,
Chers à la postérité,
N'ont fait qu'échanger la vie
Contre l'immortalité.
Présence desprit el - iérnérité.
M. FERRY , officier au quinzième ré-
giment de cavalerie , - ayant été fait pri-
sonnier, enfermé dans une cave, et gardé
16 -' LE TEMPLE
par sept Autrichiens , s'aperçut que l'en-
nemi était repoussé et que nous reprenions
l'avantage ; alors il prit, vis-à-vis ses
gardes , un ton qui leur en imposa, se
fit d'abord rendre son/sabre , -et finit par
les faire, tous sept, ses propres prisonniers.
Combat singulier, à lexemple des duels
de Tantique chevalerie.
LE commandant des hussards autrichiens
se présente devant un escadron du gme.
régiment de dragons, et lui crie de se
rendre. M. DUVIVIER fait arrêter son es-
cadron , et répond au commandant en-
nemi: aSi lu es brave, viens me prendre.»
—Les deux corps s'arrêtèrent, et les deux
chefs donnèrent un exemple de ces com-
bats chevaîeresques décrits dans les œu-
vres de M. de Florian. Le commandant
des Hulans fut blessé de deux coups de
sabre. Les troupes alors se chargèrent,
- et les Hulans furent tous faits prisonniers.
DE LA VfCTOIBE^ 17
Le héros -invulnérable.
H. JARDON, fils d'un pâtissier de Ver-
viérs, devint général de brigade en 1790; ,
sa bravoure était passée en proverb e parmi
les troupes. Il chargeait une armée de
vingt mille hommes à la tête de deux
compagnies de grenadiers, comme s'il avait
eu des forces égales. S'il invitait les offi-
ciers de sa brigade à dîner , il ajoutait
toujours après le repas : « Allons, Mes-
sieurs, allons charger l'ennemi. » Cétaient
ses seuls jeux. Il disait avec un grand air
de conviction, que ni les balles, ni les
boulets j, ne pouvaient rien sur sa per-
sonne. L'événement l'affermissait dan s "cette
espèce de fatalisme. L'armée du nord n'a
presque pas eu d'affaire où les chevaux
et les ordonnances de Jardon n'aient été
tués ou blessés à côté de lui : Il ne reçut
jamais que des balles mortes dans ses ha-
18 LE TEMPLE
bits. C'était un spectable singulier de voir
ses chevaux mutilés _de coups de feu, les
oreilles percées, la chair du poitrail et
de la croupe emportée, et le maître tou-
jours invu lnérab le. Au combat d'Outre-
Meuse, où il détruisit une légion entière,
il eut deux chevaux tués sous lui; son
neveu reçut à ses côtés cinq blessures
mortelles ; ses ordonnances et ses - aides-
de-camp restèrent sur la place. Une
balle allait lui percer la poitrine, lors-
qu'elle fut détournée par la lame de son
sabre qu'elle brisa; une seconde cassa le
pommeau dans sa main, sans lui b lesser
seulement le cinquième doigta Il n'allait
jamais à la découverte, qu'une décharge
de mousqueterie ne renversât une partie
des siens ; la mort semblait s'arrêter à ses
vêtemens comme à une égide. Dans une
occasion, avec soixante-cinq hommes il
mit en déroute neuf cents Autrichiens
et enfin survécut a tant de périls glorieux,
DE. LA VICTOIRE. 19
qui, certes , lui ont bien acquis le beau
titre du HÉROS INVULNÉRABLE.
Trait hérmc/ue. tl humanite'
DUBAND, soldat d'un régiment de ligne,
était depuis huit jours dans un hôpital,
retenu par une pleurésie. Le lit dans le-
quel Durand était couché, se trouvait
contre une croisée qui donnait sur la
rivière. Au moment où le c hirurgien-major
venait de le visiter et de lui recommander
de se tenir chaudement, attendu l'état
- dans lequel- il se trouvait,. Durand aper-
çoit un jeune enfant que le courant en-
traîne ; il oublie le danger qu'il court,
pour ne songer qu'à celui auquel est ex-
posé ce malheureux enfant, ouvre avec
précipitation la fenêtre, se jette à l'eau,
et parvient à sauver l'innocente créature,
On le remonte à l'hôpital, il se remet-
dans son lit. Ce brave soldat n'a pas été,
20 LE TEMPLE
bien heureusement; victime de son dé-
vouement ; au contraire, il a recouvré
la santé avec promptitude ; le ciel le ré-
compensa ainsi de sa belle action.
Bataille, immortelle d'Eylau. (Polggne)
LE capitaine de la garde, ANZOUÏ,
blessé à mort à la bataille d'Eylau, était
couché sur le champ de bataille. Ses ca-
marades viennent pour l'enlever et le por-
ter à l'ambulance. Il recouvre un instant
ses esprits, en les entrevoyant à travers
les ombres du trépas ; mais s'il a rassemble
le peu de forces qui lui restaient, c'est
pour leur dire : « Laissez-moi, mes amis,
je meurs content, puisque nous avons la
vicioire, et que je puis mourir sur le lit
d' honneur, environné de canons pris à
l'ennemi, et des débris de leur défaite.
Dites au général en chef que je ri ai quun
règrèt , c'est que, dans quelques momens,
DE LA VICTOIRE. 21
je ne pourrai plus rien pour son service
et pour la gloire de notre belle France.
A elle je adonne mon dernier soupir ! »
— L'effort qu'il fit pour prononcer ces
paroles, épuisa le peu de forces qui lui
restaient.
Le drapeau électrique.
Au combat de Vavres, le 18 juin 1815,
le quarante-quatrième de ligne , faisant
partie du corps d'armée du général Grouchy,
reçut l'ordre de passer la Dyle. Ce pas-
sage était défendu par toute l'artillerie
prussienne ; les boulets et la mitraille
faisaient un ravage affreux dans les
rangs de nos soldats. Le brave colonel
du 44 C. régiment voit un moment d'hé-
sitation ; il saisit le drapeau de son
régiment, il le lance de l'autre côté du
rivage , et se jetant à l'eau , crie à ses
soldats: « iJ'les amis, laisserez-vous votre
22- LE TEMPLE
drapeau au pouvoir de l'ennemi r» - Aus-
sitôt tout le régiment se précipite dans les
flots et suit son colonel ; déjà de l'autre
côté du rivage. -,
Sur tel feuillet du livre de notre gloire
militaire qu'on jette les yeux , telle colonne
du temple de la victoire que l'on se plaise
à contempler , l'on y admire mille beaux
traits , mille actions qui caractérisent le
soldat français éminemment valeureux , et
surtout v d'une gaîté d'à-propos inaltérable.
Il faudrait vraiment une vaste et volumi-
-
neuse encyclopédie, et toute la bibliothèque
de Mars pour les recueillir tous. La seule
biographie des contemporains est décorée
des noms et haut-faits d'une foule de guer-
riers illustres dont la valeur fait, sans con-
tredit, le plus bel ornement. Comment
l'avenir croira-t-il à tant de conquêtes,
à tant de merveilles ?.. Les deux anecdotes
suivantes vont donner la preuve. de ces
assertions : la première est extraite du
DE LA VICTOIRE. 23
voyage de M. Denon en Egrpie: (cest lui
qui parle ).
« Notre mission, après avoir prévenu
les Francs de se tenir sur leurs gardes ,
était de venir retrouver l'armée qui de-
vait croiser, et nous attendre à six lieues
du Cap-Brûlé. A midi, nous étions à trente
lieues d'Alexandrie ; à quatre heures, les
gabiers crièrent à terre : à six , nous la
vîmes du pont. Nous eûmes la brise toute
la nuit : à la pointe du jour, je vis la
côte à l'ouest, qui s'étendait comme un ru-
ban blanc sur Thorison bleuâtre de la mer.
Pas un arbre , pas une habitation ; ce
n'était pas seulement la nature attristée,
mais la destruction de la nature , mais le
silence de la mort. La gaîté de nos sol-
dats n'en fut pas altérée ; un d'entr'eux
dit à un de ses camarades, en lui mon-
trant le désert : « Tiens , regarde, voilà
» les six arpens que l'on ta décrétés /»
Le rire général que fit éclater cette
24 LE TEMPLE
plaisanterie peut servir de preuve que le
courage est désintéressé z ou du moins qu'il
a , chez les Français, sa source dans de
plus nobles sentimens. -
Voici la seconde folie militaire.
DANS la campagne de ) 8o'5 , la four—
niture de souliers avait complètement
manqué , ma i s les soldats avaient assez
d'argent; c'était le fruit de quelques bonnes
captures. Huit d'entr'eux imaginèrent de
louer quatre des plus beaux carosses du
pays ; c'étaient ceux de la cour d'un
petit prince allemand. Ils firent atteler à
chacun six chevaux de poste , montèrent
deux à deux dans les voitures, et se ren-
dirent à quinze lieues delà , dans un
petit, village où était le magasin. Les huit
soldats y descendirent et se firent délivrer
l'objet de leur voyage. Pendant ce temps-
ià , le fracas de leur entrée dans la ville
DE LA VICTOIRE. 25
2
avait mis tous les babitans sur pfrd ; la
foule entourait le magasin, et s'épuisait
en conjectures sur cette magnifique visite.
Quelle fut la surprise générale , quand
on vit les huit soldats partir du magasin,
ayant chacun sous le bras une paire de
souliers , se saluer avec une noble poli-
tesse, et monter gravement dans leurs ca-
rosses !
Cette folie si originale, et qui ne pou-
vait entrer que dans la tète du soldat
français , on le croira sans peine , fit
pâmer de rire tous les spectateurs.
Conduite courageuse dune Amazone
française.
A Tannée des Pyrenées-Occidentales, le
deuxième uataillon du Tarn attaque une
redoute espagnole. LEYRAC et sa femme,
tous deux grenadiers, marchaient ensemble
contre une batterie. Cette femme voit ex.-
26 - LE TEMPLE
pirer 3*1 frère et tomber son mari ; elle
s'écrie : m Avant de vous secourir il faiti
qlle je vous venge. » Elle se presse, et
entre la première dans les retranchemens ;
- la redoute jest emportée ; dix-neuf' car-
touches , qu'on lui avait remises avant le
combat, étaient épuisées y elle abat- un
ennemi à ses pieds, et s'empare de sa gi-
berne. Elle poursuit les Espagnols , et ne
quitte le champ de bataille, que lorsqu'il
retentit des cris de victoire.
EUe pleure?son Fr-ère après Favoir vengé,
porte .elle-même son mari dans l'hospice
des blessés , et n'en sort qu'avec lui pour
rejoindre son bataillon.
BalizilZe çt Ausierlitz,
- La prise d'Ulm avait porté l'effroi par-
mi les troupes autrichiennes. L'empereur
Alexandre, novice alors dans -l'art-de la
guerFë, âccourut du fond du nord, à
, *
DE ïA VICTOIRE. 27
la tète de ses nombreux -Mosccrâtes , au
secours de son allié, Peaaapereur d'Autriche.
Vienne venait d'ouvrir ses portes aux
guerriers français.
La grande armée était victorieuse sur
tous les points.
Il restait encore une ressource à l'Au-
iche., c'était le seçours de la Russie. La
réunion de leurs forces , trois fois plus
nombreuses que l'armée française, joint
à l'avantage qu'ont des troupes fraîches
sur des troupes fatiguées par plusieurs
batailles et des marches forcées,, devait-
assurer la victoire à nos ennemis. Les
troupes russes étaient dans la Moravie; e lles
avaient fait leur jonction avec l'armée autri-
chienne. Comme elles ne cherchaient point
la Grande-Armée, la Grande-Armée çlût aller
à leur rencontre. C'était au commencement
de décembre i8o5. Les combattant avaient
28 LE TEMPLE
choisi pour théâtre de feârs exploits, le'
village devenu immo^el d'Austerlitz. La
garde—impériale russe, précédée de sa
grande réputation, était en première ligne.
Les grenadiers réunis du général Oudinot
lui faisaient face; la garde-impériale fran-
çaise , qui devait ce jour accroître encore
sa renommée, était à la droite, et com-
mandée par le brave maréchal Bessières.
Les armées russes et autrichiennes étaient
commandées en personne par les empereurs
tEXAN-DRE et FRANÇOIS , ce qui -fit 'ap-
peler cette bataille, par un grand nombre
de soldats , Ici bataille des trois empereurs.
D'un autre côté la Grande—Armée com-.
battait sons le commandement personnel
de Napoléon. 1 ie l
de Napoléon. » i
La veille de la bataille, l'empereur - Ale-
xandre ordonna de grandes prières pour
se. vendre le dieu des combats favorable,
Vn jeune - général eut lieu dans l'armée
« pour Bonaparte, il fit une haran-
DE TA VICTOIRE. 29
guc à ses troupes , dans laquelle il s'ef-
força d'exalter le sentiment de l'honneur
et du courage dans le cœur du soldat
français , et fit distribuer double ration
d'eau-de-vie.
L'attaque eut lieu de grand malin.
HERBERT, sous-lieutenant de grenadiers
au 21me. régiment de ligne, est aux avant-
postes avec un détachement de trente
hommes ; bientôt il se trouve aux prses
avec un bataillon russe , et tue de sa pro-
pre main le commandant. Le nombre
des ennemis enfonce le détachement trois
fois , trois fois il se rallie , et se prtci pi tt
sur l'ennemi , à l'exemple de son intrépide
sous-lieutenant, qui a déjà reçu deux bles-
sures , et qui n'en porte pas moins la
mort dans les rangs ennemis ; mais lui et
son courageux détachement allaient suc-
comber sous le nombre , douze français
ont déjà payé de leur vie le iefus qu ils
3o LE TEMPLE
font de se rendre à trois cents hommes
L'intrépide Herbert chancelait de fatigue ,
et avait perdu beaucoup de sang, lors-
qu'un escadron de hussards arrive à son
secours fort à propos peur le débarrasser
et faire les Moscovites prisonniers. L'éton-
nement fut à son comble , lorsqu'on vit
que plus de cent russes avaient mordu
la poussière. Le brave Herbert reçut la
croix et le grade de lieutenant sur le
champ de bataille. Depuis il a été fait
aussi capitaine sur le champ de bataille
dans la campagne d'Espagne.
C'est à la mémorable BATAILLE D'AUS--
TERLITZ qu'arriva également le beau fait
d'armes suivant :
DUBIGNON, simple carabinier au 261Ue.
d'infanterie légère , étant en sentinelle avan-
cée , reçoit une balle dans l'épaule gauche,
et est forcé de se replier sur le poste
auquel il appartient; à peine a-t-il fait
DE LA VICTOIRE. 31
quelques pas, qu'il aperçoit son capi-
laine aux prises avec quatre cosaques. Il
dirige ses pas dessus , mais il ne peut se
.srvir de son fusil, en raison de -sa bles-
sure. Il s'élance sur ces sauvages , à grands
coups de sabre, et parvient à dégager
son capitaine; il lui indique son fusil
qu'il vient de jeter à deux pas, lui seul
reste sous les cottps de l'ennemi, qui avait
mis pied à terre ; il a reçu et porté plu-
sieurs coups de sabres, lorsque le capi-
taine en étend un par terre du seul coup
qu'il ait à tirer, et fonce sur ces brutes
avec la redoutable baïonnette. L'intrépide
Duhignoq a fendu k- crâne à un Baskir a
et l'a étendu à ses pieds; les deux autres
cherchent à rejoindre leurs chevaux. Du-
bignon et le capitaine les chargent vi-
goureusement : — « Mon eapitaine disait
ce brave grenadie, tout en poursuivant
l'ennemi, nous sommes fatigués, il nous
faut çea chevaux; ils sont à nous! »
32 LE TEMPLE
Et en disant cela, il renverse un cosaque.
L'autre se rend de suite, et se met à
genoux. Les deux Français le laissent dans
cette attitude, et s'emparent des deux che-
vaux qu'ils montent, et rejoignent le poste.
Le soir, l'intrépide Dubignon fut pré-
senté au maréchal Mortier, qui obtint
pour lui la croix et le grade de sergent.
Le capitaine fut fait chef de bataillon.
Dubignon est mort officier à Jéna. Tout
le tems qu 'il a vécu, il n'a pas quitté
un seul instant le capitaine qui lui de-
vait la vie, et qui était devenu son co-
lonel. Ce brave officier l'avait adopté pour
son fils ; il lui avait même fait une dona-
tion , qui a été réversible sur sa famille.
A la bataille de Mondovi ( 1796), un
porte-drapeau nommé DENUL, est as-
sailli par quatre cavaliers ; il est seul pour
DE IA VICTOIRE. 33
2.
se défendre, la gard e du drapeau a suc-
combe ; lui—même 31 reçu deux blessures.
Les aesaillans lfe pressent, il se défend a-vu
une rare intrépiflité. D'un cpjpp dp
il met un ennemi hbrs ïTétafc de bii nvirll i
mais l'un d'eux a déjà porté la main sur
le drapeau. Aussitôt ce courageux Fran-
çais, faisant volte-lace, assène un vigou-
reux coup de sabre à ce téméraire, et
l'étend à ses pieds;, mais lui—même est
épuisé de fatigue. La foreur seule le sou-
tient. Il fait un faux pas, et tombe à la
renverse. Alors, embrassant fortement
son -drapeau, II décrie : « Vous ne Tau-
M rez que lorsque vous, m'aurez - arrachi
» ce reste de vie! »— Ces deux ennemis,
admirant la valeur de ce Français , n'o-
sèrent. profiter de leur avantage, et ils
cherchaient à lui arracher le précieux éten-
dard, sans se servir de leurs armes, lors-
que deux hussards du premier régiment
v inrent à son secours. Ils rappelèrent le
DE 1A VICTOIRE. 35:
IIIrae. TROPHÉE mSTORIQUE.
f ILLUSTRE LA TOtJR-D1 AUVERGNE.-
UN CONTRE QUATRE. RUSE ET AMOUR
FILIAL. DIVERS TRAITS DE VALEUR.-
LE DUEL GÉNÉREUX. - LE CAVALIER
PORTEUR DE CARTOUCHES. PUISE DE
DUSSELDORF, ET PARTICULARITÉS SUR
- NAPOLÉON.
Ne serait-ce' pasr une omission impar-
donnable que de passer sous silence , dans
cette ÉLITE DES GUERRIERS FRANÇAIS , un
des héros qui leur fait le plus d'honneur',
le Premier Grenadier de France , enfin
l'illustre- LA- TOUR-D'AUVERGNE Î
LA TAUR-D1 AUVERGNE ( Théophile—
Malo-Corret j,. naquit le 23 décembre;
11743 , - Garhaix, en Bretagne-
36 LE TEMPLE
Il servit pendant la guerre de l'indépen-
dance de l'Amérique , en qualité de vo-
lontaire , sous le duc de Crillon qui com-
mandait l'armée espagnole au siège de
Mahon ; il fit couler une frégate anglaise
sous le feu de la mousqueterie et du ca-
non de la place, et brida les bâtimens
munitionnaires de l'ennemi. Après une
action très-vive , il retourna jusque sous
la batterie anglaise pour chercher un of-
ficier blessé , resté sans secours sur la
crête des glacis ; il l'enleva et le porta
sur ses épaules jusqu'au camp espagnol.
Le roi d'Espagne, charmé de sa bravoure,
lui envoya son ordre avec une pension
de cent pistoles.
La Tour-d'Auvergne refusa la pension,
et garda la croix.
Revenu en France en 1791 , il prit de
nouveau les armes; il fit la campagne de
Savoie , à la tête des grenadiers du régi-
DE LA VICTOIRE. 37
ment d'Angoumois. A l'armée des Pyré-
nées occidentales, il commanda toutes les
compagnies de grenadiers qui formaient
l'avant-garde de l'armée , et cette colon-
ne , surnommée XInfernale, avait presque
toujours remporté la victoire, lorsque le
corps d'armée arrivait sur le champ de
bataille.
Nous allons citer quelques-unes de ses
actions d'une audace et d une valeur ex-
traordinaires.
Les Espagnols bordaient, dans les Py-
rénées, Cl t te ligne qui sépare la France de
l'Espagne ; la Tour-d'Auvergne , descen-
dant par le col glacé du Portillon , les
chassa de la vallée d'Arau, par l'impétuo-
sité de son courage et la rapidité de ses
mouvemens. Retranchés dans un château
crénelé , ils défendirent l'approche de
la montagne de Louis XIV ; la Tour-
d'Auvergne s'avance sous le feu des bat-
38 LE TEMPLE
teries ; il ordonne aux grenadiers de poin-
ter le canon de leurs fusils dans les cré-
neaux , et frappant lui-même à la porte à.
coups de hache , il somme l'ennemi de se
rendre , et menace de le brûler. Ce trait
d'audace le rendit maître de la forteresse.
Il arrive sur un esqpif devant Saint-Sé-
bastien , situé sur un rocher , au milieu
de la mer , et feint que les Français ont
amené toute leur artillerie ; il s'écrie qu'il
va réduire en cendres cette forteresse. Le
comifiandant intimidé par ce trait d'as-
surance , lui remet les clefs de la cita-
delle.
La Tour-d'Auvergne réunit. ses grena-
diers à la colonne du centre, par la val-
lée de Bastan, gravit les montagnes , em-
porte les redoutes et fit neuf mille pri-
sonniers. Infatigable dans ses courses ,
dans les bois et dans les défilés , il prit:
aux meilleurs tireurs espagnols , les belles.
DE LA VICTOIRE. 39
fonderies d'Equy et d'Abeyrèties , estimées
3'2,000 francs.
De retour en France , après la paix
avec l'Espagne , il choisit une retraite à
Passy. Il consacrait son loisir à des re-
cherches savantes pour le perfectionnement
de son livre des Origines Gauloises, lors-
qu'il apprend que M. Le Brigant, savant
célèbre , son ancien ami:, vient d'être sé-
paré , par la conscription militaire , d'un
fils unique , l'appui. de ses vieux jours.
Il se présente au directoire qui lui per-
met de remplacer le jeune soldat; il se
rend à l'armée du Rhin, comme simple
volontaire , et renvoie le fils à son père.
Le premier Consul lui donna. un sabre
d'honneur, et le nomma Premier Grena-
dier des armées de France. La Tour-
di Auvergne ne voulut point se parer de
cette épée avant de l'avoir éprouvée con-
tre les ennemis. « Il n'est aucun des:
0 LE TEMPLE
grenadiers que je commande, écrivait-il
à un de ses amis, qui ne Tait méritée ;
allons , il faudra la montrer de près à
fennemi.' »
Il fut tué d'un coup de lance au com-
bat de Neubourg, en chargeant à la tète
des grenadiers. Le général Moreau et tous
les soldats le pleurèrent. Son corps, en-
veloppé de feuilles de chêne et de laurier,
fut déposé au lieu même où il avait reçu
la mort. Un grenadier dit, en le retour-
nant ; « Il faut le placer dans sa tomb a
comme il était vivant , faisant toujours
face à T ennemi. »
Un seul soldat français faisant quinu
Autrichiens prisonniers.
Lors d'une attaque vigoureuse qui fut
faite à la ville de Ienin, le 25 septem-
bre 1795 , un soldat français se précipite
dans le corps-de-garde d'un poste avancé,
DE LA VICTOIRE. 41
au milieu duquel étaient quinze fusils en
faisceau ; il les renverse d'un coup dû
pied , se place de manière à empêcher
les Autrichiens de s'en saisir; et leur pré.
sentant sa baïonnette, il leur crie d'une
voix terrible: « Mes camarades me sui-
vent, rendez-vous , ou vous êtes moris!))
- Ces quinze Autrichiens , épouvantés
d'une telle audace, ne doutant pas qu'un
grand nombre d'ennemis allaient venir
fondre sur eux , se rendent prisonniers
à un seul Francais f.
Ruse admirable de guerre, et amour filial.
A la bataille de Montenotte, BIGOT,
sergent-major des grenadiers, étant à
la découverte avec un détachement de
vingt hommes, rencontre deux cents ca-
valiers autrichiens que commandaient un
colonel. Après une décharge de la part
des Français , le brave sergent — major
- s'écrie. « Voilà l'armée ennemie , vite l'ar-

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