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Le trésor immortel : tiré de l'Ecriture sainte par Jacques Sireulde ([Reprod. en fac-sim.]) / par Jacques Sireulde ; publ. avec une introduction par Ch. de Beaurepaire

De
219 pages
impr. L. Gy (Rouen). 1556. LX p. - LXXXIIII ff. r-v° ; in-8.
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BIBLIOPHI LES NORMANDS
SOCIÉTÉ
DES
TRÉSOR IMMORTEL
TIHK DE L'ÉCRITURE SAINTE PAR JACQUES SIREULDE
Publié avec une Introduction
Par Ch. DE BEAUREPAIRE
ROUEN
IMPRIMERIE LÉON GY
M DCCCXCIX
83 ~~t
r J a .p i
INTRODUCTION
Le liccueil qui tait l'objet de cette étude est à peu près tout
ce qui reste d'une suite de concours de poésie ouverts, à Rouen,
en l'honneur du la charité, vers le milieu du zvi* siècle (I).
Nous nous proposons do rechercher dans quelles circonstances
ces concours prirent naissance. Nous dirons ensuite quels en
furent les promoteurs nous donnerons les noms des Princes et
des juges; ceux des lauréats et des concurrents; nous rappelle-
rons les événements qui amenèrent la chute rapide d'une insti-
tution qu'une pensée généreuse avait inspirée et à laquelle l'opi
mon publique dut d'abord applaudir. Peut-être aurons-nous
ainsi l'occasion d'ajouter quelques détails aux notions, encore
bien incomplètes, que nous possédons sur la société rouennaise,
au comincncurncntde nos malheureuses guerres de religion.
(t) La Uililiutli. que de Versailles possède un exemplaire de ce Recueil.
C'est colin qui nous a st>m pour cette réimpression. Nous avons pu en faire
prendre copie à la Bibliothèque de Kouen où il avait été en\oyé, sur notre
drmande, et avec la gracieuse autorisation de M le Maire de Versailles, par
M Tapli.mel, le savant bibliothécaire de cette ville. Nous prions l'un et
l'autre d'agréer le témoignage de notre sincère gratitude.
\a Bibliothèque Ma7anne conserve aussi un exemplaire du Tretor m-
nwrtel. O» U.'ux exemplaire» p les deux seuls connus.
r:
Le paupérisme a été et sera de tous les temps mais vers l'époque
en question, il avait pris un caractère aigu, et était devenu un
sujet des plus graves préoccupations dans l'intérêt de l'huma-
nité, dont les droits sont imprescriptibles, dans l'intérêt aussi
de la sécurité publique, que les administrations ont la mission
et le devoir de sauvegarder.
Alors, dans toutes les villes, on vit adopter des mesures contre
la mendicité fainéante et chercher des ressources pour le soula-
gement des indigents auxquels le travail manquait, ou que la
vieillesse et les infirmités condamnaient à la misère.
Les mesures de répression furent rigoureuses.
Ecoutons le Parlement de Normandie dans l'arrêt qu'il rendit,
en forme d'ordonnance, en 1534, arrêt dont les principales dis-
positions se trouvent dans tous les règlements mis en vigueur
en France à cette époque.
« Enjoint la Cour à toutes personnes qui peuvent travailler et
besongner, tant hommes que femmes, non ayans biens suffisans
pour vivre. qui vivent oiseusement. et mendient et cayman-
dent par la ville. et à tous essorrillez et bannis. qu'ilz ayent
à partir et wider hors cette ville, c'est assavoir les oisifz, vaga-
bonds, maraux valides, mendians, dedans huit jours du cry et
publication des présentes, ou qu'ilz ayent à trouver maistres ou
autrement eux faire avouer de gens de bien, sur peine du fouet
ou d'estre condamnez, mis et tenus en chaînes, aux œuvres pu-
bliques, et les bannis et essorrillez, dedans 24 heures, sur peine
de la hart. » t
On a tout lieu de croire que ces pénalités restèrent à l'état de
menaces, ou que, si elles furent appliquées, elles demeurèrent
sans grande efficacité. Tout au plus peut-on supposer qu'au
2
moyen des rigueurs annoncées on parvint à purger la ville des
mendiants étrangers, avantage assurément appréciable pour les
bourgeois de Rouen, mais qu'eut à payer cher, et sans profit
pour elle, la population des campagnes environnantes, où la po-
lice ne pouvait être que fort imparfaite à cause de l'état de la
voirie et de l'absence de force armée, et où l'on n'avait point
encore formé de fonds de charité.
On avait constaté que, dans ce temps-là, il existait à Rouen
7,000 pauvres honteux, 297 mendiants valides, 375 petits enfants
de mendiants. Déduction faite des vagabonds expulsés, il restait
à la charge de la Ville un nombre encore considérable de mal-
heureux à secourir. Elle dut se trouver dans l'embarras pour
imaginer des travaux publics, de quelque utilité, auxquels elle pût
employer les valides. Elle dut l'être davantage encore pour
trouver des ressources qui lui permissent de venir en aide aux
pauvres honteux ou invalides, et à nombre d'enfants, victimes
innocentes de la misère de leurs parents.
Environ dix ans après, on reprit et, cette fois, avec plus d'in-
telligence, ce que plus tard, dans le langage du xvin' siècle, on
appela l'opération de la mendicité. On ne se borna point aux se-
cours matériels on prit souci de l'éducation des enfants pau-
vres, considérée dès lors, avec juste raison, comme l'un des objets
les plus intéressants de l'assistance publique.
Le 27 juin 1343, le Parlement homologuait une délibération
des échevins, où l'on remarque cette disposition « Seront éta-
blies écoles pour les enfans de l'Aumône, tant fils que filles, de-
puis l'âge de 5 ans, pour illec estre instruits ès bonnes mœurs,
à lire et escripre, par maistres et maistresses qui seront à ce dé-
putés. » En conséquence de cet arrêt, 4 écoles furent fondées,
une par quartier, a l'usage des enfants pauvres, et cette utile
fondation subsista sans interruption jusqu'a la lin du dernier
siècle (1).
En même temps, on assurait l'assistance au moyen de sous
criptions, spontanées au début, mais que bientôt remplacèrent
des souscriptions sollicitées d'autorité et imposées au besoin. On
fit aussi une charge obligatoire de la fonction de trésorier des
pauvres, d'abord volontairement acceptée (2).
Un arrêt de la même Cour, du 27 janvier 154j, dont voici un
(1) Quelques années après, 30 janvier t555, le Parlement chargeait deux
commissaires" de prendre connaissance des titres de fondation du collège dos
Bons-Enfants et de la forme et manière dont Il était administré. » II s'a gis
sait de rendre à sa destination primitive, qui était l'instruction de la jeu-
nesse pauvre, cet établissement dont on avait réussi à faire une sorte de si-
nécure pour un bénéficier. – I.esécoles des quartiers furenttenuesd'abord par
des ecclésiastiques qui étaient tenus de dire la messe pour les enfants les
dimanches et fêtes. Il y avait deux écoles pour les petites filles pauvres dans
les quartiers de Cauchoise et de Bcauvoisine Ces enfants étaient souvent
convoqués aux obsèques des personnes riches et revêtu» aux frais des fa-
milles des défunts, ainsi que cela s'était passé de tout temps pour les écoliers
dits lions- Enfants. Les aumônes qui leur étaient données étaient mises dans
des bottes à part et affectées a leur usage. Il était assez ordinaire que les
maîtres écrivains acceptassent des enfants du Bureau pour leur apprendre à
lire et à écrire.
(2) Le chanoine Brctel, nommé Irésoiier des pauvres, prétendit que sa
qualité d'ecclésiastique l'exemptait de cette fonction assujettissante. Le Cha-
pitre le soutint dans les démarches qu'il fitau Conseil du Roi. Brctel finit par
obtenir gain de cause au Parlement, sur le rapport du président lalar (Dé-
libérations capitulaires des 8, 9, 22 juin 1543, 18 décembre 1544, 21 janvier
1545).
extrait, nous renseignera suffisamment sur les difficultés que
l'on rencontra et sur les mesures que l'on crut devoir prendre
pour les surmonter.
« Sur la requeste du Procureur Général du Roy et des bour
geois, manans et habitans de la ville de Rouen, remonstrans
que par cy-devant, soit par la cessation de la traflicque do
marchandise et à l'occasion des guerres, l'affluence des povres
estoit tellement accreue et augmentée en ceste ville, et la cha-
rité envers les povres tellement diminuée, qu'il n'y povoit plus
es Ire satisfaict par les trésoriers esleuz. quelques aides quil/.
leur eussent esté baillez par cy-devant pour contribuer aveceulx
et supporter ladicto charge, et estoient les trésoriers en conti-
nuelle poursuicte d'estre descbargez de la trésorerie, non ayans,
comme ilz disoient, biens suflisans pour y satisfaire, remons-
trant plus le Procureur Général que, jà soit ce que pour l'ins-
tanto nécessité, les prélatz et gens d'église et autres ayans puis
sancc de faire omosnes deussenteulx efforcer et donner de leurs
biens aux povres, toutes foys ils en eatoient refroidiz, en sorte
que l'on void ordinairement les povres vaguer et quester par la
ville. comme en précédent l'ordonnance, à quoy par les officiers,
tant de bailliage que de viconté, n'estoit mis ne donné aucun
ordre.. ordonné que les ordonnances cy-devant faites seront
limes et publiées.. Seront exhortés les prédicateurs, curés et
vicaires, de recommander, en leurs prédications et prosnes, les
povres, en esmouvant un chacun en charité envers iceux; et
mesmemeat les curez, vicaires et notaires ou tabellions,
lor-.quïlz recepvront les testamens, de recommander les povres
et do certifier les trésoriers incontinent des laiz et opiosnes
faictz aux povres, quinzaine après qu'ilz auront receu les testa-
ments (1). En chaque paroisse est commis un ou deux présidons
ou conseillers demeurans en la paroisse avec le curé ou vicaire
et l'un des trésoriers de la paroisse pour se transporter par les
maisons pour savoir que chacun offrira donner. Au refus
d'iceux, la Cour permet de les cotiser. Les prélats et gens
d'église seront exhortés de eux efforcer, plus que jamais, de se-
courir aux povres de leurs biens et revenus de leurs bénéfices,
donner exemple aux autres de faire le semblable. Défenses aux
povres qui seront à l'Aumosne commune (2) et enrollez aux
rolles des paroisses de ne quester ne mendier. sous peine du
fouet et d'estre chassez honteusement de la ville. Ordonnéque
chaque maistre ou maistresse de la ville pourront, avec le povro
apprentif qu'ils prendront des povres estans de l'Aumosne,
avoir autre apprentif selon l'ordonnance de leur mestier (3). »
Un autre arrêt disposa que, chaque semaine, il se tiendrait au
Palais, pour la police des pauvres et spécialement pour recevoir
et régler les cotisations, une Commission qui serait composée
d'un président et de dix conseillers de la Cour, auxquels vien-
(1) A noter des legs considérables faits aux pauvres par un riche bourgeois
du nom de Le Cordier, et par Guy de Cailly, conseiller au Parlement. Rien
de plus commun encore, au xvii" siècle, que des dispositions en faveur de
l'Hùtel-Dieu de Rouen insérées dans les testaments, non seulement des habi-
tants de Rouen, mais des paroissiens des diverses paroisses du diocèse.
(2) Pendant un certain temps, les pauvres admis à l'Aumône portaient,
comme signe distinctif et obligatoire, une marque portant des lettres di^-
rentes suivant les quartiers. Plus tard, cette marque fut remplacée par une
bande jaune portée sur le bras gauche. Délibérations du Bureau des 17 juillet
1552, 27 janvier 1555.
(3) Ordonnance qui ne permettait à chaque maître qu'un apprenti.
liraient s'adjoindre deux chanoines et des délégués de la Ville.
Le Chapitre de la Cathédrale qui b'était montré, en ce qui le
regardait, fort hostile aux contributions forcées, dut se soumettre
à cette démsion, après que le Parlement l'eut fait menacer d'une
amende de 300 1. en cas de refus de s'y conformer.
L'attention de cette assemblée, toujours en quête de ressources
pécuniaires, so porta naturellement sur la situation de l'Hôtel
Dieu, créé et doté en faveur des malades et des nécessiteux.
II fut constaté que cette maison ne répondait plus au but de
son institution, et qu'insensiblement on en était venu à la con-
sidérer comme un bénéfice ecclésiastique plutôt que comme un
établissement hospitalier. Des faits de violence étaient, d'ailleurs,
imputésauprieurJean Le Tellierqui, depuis vingt-cinqans, n'avait
rendu aucun compte des recettes. Informé de ces abus, le Roi
ordonna, le 26 juin 1533, que le Parlement c commettroit à
l'avenir des gens honnêtes et solvables,en tel nombre qu'il croi-
roit, pour régir le temporel de l'Hôtel-Dieu, en rendre compte et
payer les religieux et religieuses, le régime de la spiritualité
demeurant au prieur pour le service divin et pour l'administra-
tion des sacrements. Une part des revenus devait être désor-
mais exclusivement aflectée au service hospitalier et adminis-
trée par une Commission de séculiers. L'ordonnance royale fut
immédiatement enregistrée une assemblée de notables de la
ville fut convoquée pour procéder a son exécution; elle nomma
comme membres de la nouvelle administration le président
L. Petremol, Robert Le Roux, sieur de l'Eprevier, conseiller au
Parlement, les deux chanoines Romé et Gombault, Guillaume Le
Seigneur, sieur des Croix, notaire et secrétaire du Roi, et
Etienne Febvrier, conseiller ancien de la Ville.
Ces noms, entre lesquels on remarque ceux de deux cha
noines, prouvent que, pour cette organisation de l'assistance
publique, l'accord avait fini par s'établir entre l'autorité civile
et l'autorité religieuse. Ce qui le prouve encore mieux, ce
sont les visites faites à l'Hôtel-Dieu, par l'arclievOque d'Arles,
accompagné du sieur de Moy et de la comtesse de Château-
vilain, le 11 janvier 1556; par l'archevêque de Rouen, le 14 jan
vier 1535, le 2 mars 1556 et le 29 avril 1557. Cette dernière
fois, le prélat offrit à dtner à 170 pauvres « bien amplement et
honorablement comme à lui appartenoit ». A cette occasion, les
administrateurs, ayant pour chef le président Pelremol, les
exhortèrent, « en chacun lit, de prier pour la santé et prospérité
dudit sieur prince et de toute sa maison. »
On conçoit sans peine qu'un changement de cette nature ait
été vu de mauvais œil par le prieur et qu'il ait lutté de toutes
ses forces pour conserver l'autorité qui jusque-là avait (Hé atta-
chée à son titre.
De guerre lasse, il dut pourtant se résoudre à signer un con
cordat aux termes duquel il conservait la jouissance, sa vie du-
rant, de l'ancienne léproserie de Saint-Julien. Il n'en profita pas
longtemps on le trouva mort dans son lit d'une attaque d'apo-
plexie ledernier jour de mai 1556.
L'assistance publique se trouvait dès lors organisée d'une ma-
nière fixe qui ne devait guère varier. Un Bureau spécial, qui se
réunissait chaque dimanche, s'occupait des secours à donner aux
pauvres valides (t), de l'éducation des enfants, de leur mise en
(1) Le lundi 12 avril 1356, l'IIôtel-de-Ville était encombré de corbeilles et
de paniers pour les besognes de la Ville, où besognoient jusque au nombre
apprentissage et de la répression de la mendicité (i). On sollici
tait des cotisations volontaires, mais, si elles paraissaient dis
proportionnées avec la fortune de ceux auxquels on s'adressait,
on les augmentait d'office; on les faisait recevoir par des quê-
teurs nommés par les paroissiens dans chaque paroisse et obligés
à une semaine de service (2); des troncs étaient placés d'autorité
de 7,500 Reg. de l'Hôtel-Dieu. 27 juillet 1552, fours, pour cuire le pain
des pauvres, établis aux Jacobins.
(1) 26 décembre 15S3, « ordonné qu'il sera crié a son de trompe que tous
les estrangers non demcurans ne résidons en cette ville. ayent à eulx
trouver, jeudi prochain, en une des balles de ceste ville, auquel lieu leur sera
donné quelque somme de demers jusques à 5 s. et au dessoubz, auquel heu
leur sera signiuV- qu'ilz ayent à partir et wyder hors la ville et forsbourgs
dedens 24 h., sur peine du fouet, en cas qu'ilz y soient aprez trouvez. »
24 mars 1Ô55, « sera faict une cryée mccredy prochain, à ce que tous
vaccahons, lépreux et autres malades estrangiers, n'ayent a venir a la ville
le jour du Pardon (le Jubilé), et que à ceste fin l'exécuteur des sentences cri-
minelles ayt à prendre garde sur lesdits lépreux. » 12 avril 1556, injonction
aux quatre sergents de la paroisse Saint-Vivien de prendre garde aux pau-
vres qui quétent par la ville et de comparoir, comme les autres sergents, tous
les dimanches, au Bureau pour raire leurs rapports.
(2) 28 février l""î2, aucuns conseillers iront vers les plus notables
bourgeois et seigneurs de la ville sçavoir combien chacun vouldra donner
pour mettre les pauvres en besogne. » 6 mars 1"32, nouvelle recherche
par 'gens de qualité pour augmentation des cotisations. 5 sep-
tembre 1">j2, ordonnance du Bureau contre les personnes non cotisées, qui
seront contraintes réaumenl, contre les collecteurs par semaine qui devaient
être nommes, après publications aux prônes, par les curés, les trésoriers des
Fabriques et six des plus éminents paroissiens; jours fixés pour faire les
quêtes dans les eglises et les monastères; à Bonsecours, elles se faisaient par
des paroissiens de Saint-Paul. 26 août I5"4, on prend des prêtres de pré-
dans toutes les églises (1), et il était enjoint aux curés de recom-
mander les pauvres dans leurs prônes; permission était donnée
au procureur du Bureau de « faire fulminer par toutes les pa-
roisses contre ceux qui auroient exposé des enfants depuis deux
ans, avec promesse d'une prime de 10 1. au dénonciateur (2) »
on redoublait de sévérité à l'égard des quêteurs étrangers à la
férence pour faire les cueillettes. 9 septembre, même année, Michel Gallopin,
prêtre, nommé par les paroissiens de Samte-Croix-Saint-Ouen pour cucillir
les cotisations de cette paroisse. 26 mai, 12 août 1555, « les vicaires, thé&au-
ricrs et deux ou trois notables bourgeois de chascune paroisse tenus aller
pour faire la recherche des paouvres et aussy de ceux qui ne sont cotisez et
les faire cotiser et augmenter, sy faire ce doibt. » 6 octobre, même année,
Jean Le Fevre et les autres médecms exemptés de faire la cueillette pendant
le mois qu'ils s'emploieront a la visite des malades. 12 avril 1)56, les prêtres
chargés de fau'e la cueillette par semaine, s'acquittant mal de ce devoir, se-
ront à l'avenir remplacés par des lalques. 9 octobre 1562, pour la cotisation
des archidiacres, exécution sera faite et parfaite sur eux et sur leurs bé-
néfices.
(1) 28 février 1551 (v. s.), « des boyttes seront attachées. aux tavernes
monastères, halles, en la vicomte et autres lieux, mesmes aux maisons des
marchands de la ville, de ceux qui vouldront les accepter. Il y aura des
troncs aux églises, notamment à la cathédrale, ou deux petits enfants se tien,
dront près du tronc. 22 avril 1554, à l'avenir sera mis une boitte à la
maison de chaque marchand pour recevoir les deniers à Dieu et autres dons. »
(2) 12 avril 1556, à propos d'un enfant trouvé, on décida qu'il « serait clo-
cheté par les rues pour savoir s'il y auroit personne qui pût le reconnaître».
22 octobre 1565, il se trouvait à l'Hôtel-Dieu 50 enfants trouvés. L'admmis-
tration évaluait les frais de leur entretien à 500 1. par an, et se plaignait de
ce que cette charge fût bien lourde.
3
ville, porteurs d'indulgences ou autres (1); une administration
vigilante présidait à la gestion des biens de l'IJôtel-Dieu, et tout
ce qui provenait des Pardons, publiés en dedans ou en dehors du
diocèse, était strictement attribué aux pauvres.
On ne fut pas sans reconnaître que la charité privée, dont on
sollicitait le concours pour une œuvre aussi dispendieuse, avait
besoin d'être constamment excitée. Dans ce but on ordonna
des cérémonies publiques propres à frapper l'imagination, telles
que des processions à certains jours (jours de Saint-Barnabé et de
Saint-Thomas, apôtre), de tous les pauvres de la ville, « les en
fants marchants les premiers, l'un portant une croix de bois, et
tous criants: Fili Darid,misererenobis(2)ï), processions suivies
(1) Cn nommé Nicolas Mey, du château nommé Bastia. en l'île de Corfou.
avait obtenu une bulle du pape qui lui permettait de quêter jusqu'à concur-
rence dp 200 ducats pour la rançon de ses enfants captifs des Turcs (2 no-
vembre Io3i). Un arrél du Parlement, 27 mars 1555 (v. s.), lui enjoignit,
sous peine du fouet, de sortir incontinent de Rouen et de ne quêter plus de
trois jours dans chaque ville par laquelle il passerait. Cet arrêt était rendu
sur la plainte du Bureau des pauvres.
,2) 9 juin 1552, « à la procession des pauvres qui se fera samedi, les reli-
gieux mendlans seront imitt s, ensemble les Bons-Enfans. Sera fait un ser-
mon aux pauvres à chacun quartier. Demain sera fait une cryée à son de
trompe que tous les pauvres ayent à euU trouver samedy aux halles de la
ville, chacun quartier en chacune halle, et d'y amener femmes et enfans.
Seront payés au monastère de Saint-Ouen dès le matin • 15 décembre 1555,
à ce que le peuple se puisse trouver à la prédication, a esté ordonné que les
prédications ordinaires cesseront pour ledit jour, ce qui sera fait sçavoir à
MM les Vicaires de Monsr de Rouen, par M. Romé, chanoine, qui a prins
cette charge. 6 6 décembre 1563, procession de Saint-Barnabé; prédication
par Le Hongre, jacobin, prédicateur en renom; M. Fumée, président, prié
de prédications solennelles, par les meilleurs prédicateurs du
temps, en l'église de Saint-Ouen, et do distributions de secours.
Telles furent les parties essentielles de l'œuvre entreprise à
Kouen pour le soulagement de la misère. Accessoirement, et
comme à dessein de jeter quelque ornement sur un fond si
sombre et si lugubre, l'idée vint d'instituer un concours de poésie
en l'honneur de la charité envisagée comme œuvre de religion,
et ce concours on l'appela le Puy des Pauvres.
Pour peu qu'on réfléchisse aux goûts littéraires qui régnaient
dans cette ville, l'idée d'un concours de ce genre ne présentera
rien que de naturel.
On sait qu'il y existait, depuis la fin du xv» siècle, un Puy dit
d'y assister. Outre ces prédications, il s'en fit d'autres dans les églises, spé-
cialement pour les pauvres, par les personnages ecclésiastiques du plus haut
rang. « 2 mars 1555 (v. s.), ordonné que M' Sfcart, docteur en théologie,
)ra par chacun dimanche par les paroisses de celle ville pour remonstrer et
faire entendre, soit au prosne ou autrement, la grande mdlgence des pauvres
vallides, lesquelz ne peu\ent estre substentez ny subvenuz des aumosnes et
cotisations des bourgeois, qui ne reviennent par chascune sepmahie que à
vmxx tant de livres, à ce que lesd. bourgeois et habitat» ayent à eulx aug-
menter selon leurs facultez, en considération de l'incommodité du temps qui
règne à présent a raison de la cherté des blés. » Sequart avait reçu pour cet
effet une commission de l'archevêque. 27 novembre 1S38, on priera
M. Secart, grand vicaire, d'aller par les paroisses exhorter les personnes de
eulx augmenter en leurs omosnes pour subvenir aux pauvres. » – Sequart, qui
s'était associé à Petremol pour l'œuvre de l'assistance publique, partagea ses
persécutions de 1560 à 1562. Il a\ait pourtant été dénoncé par lui à l'arche-
vêque de Rouen pour des paroles imprudentes qu'il avait prononcées dans
un sermon prêché aux Jacobins (7 nov. 1532).
de l'Immaculée Conception. CePuj, qui siégeait au monastère des
Carmes, était célèbre bien au-delà de notre province; on remarque
dans la liste de ses Princes et de ses lauréats des noms encore
aujourd'hui connus.
Vers le temps auqurl on rapporte l'origine de cette institu-
tion, littéraire autant que religieuse, il avait été question d'éta-
blir un concours analogue dans une des thapelles de la Cathé-
drale, la chapelle de Notre-Dame-du-Jardin, où une confrérie,
désignée sous le même vocable, avait fait représenter des em-
bièmcs empruntés aux jardins pour honorer la Sainte-Vierge
sous le titre do l'Annonciation (I). Mais le Chapitre craignit que
la déclamation de-, pièces de poésie (ballades ou pahnodsj
envoyées par les concurrents et la distribution des prix aux lau-
réats ne fussent une occasion de bruit et de disputes, comme il
arrivait en semblables circonstances, termes à noter en ce qu'ils
prouvent que cette sorte de concours n'était pas regardée comme
quelque chose de nouveau. Seulement, le lieu où l'on avait songé
a l'établir paraissait ma) choisi Pour cette considération, le
Chapitre rejeta la demande des confrères dont rintention ne lu*
était cependant pas suspecte (2). l'lus tard, le 13 août 1506, pour
un motif semblable, il défendit que, le jour de l'Assomption, on se
permît de faire figurer, dans cette chapelle, des personnages en
costume d'apôtres, et un autre, sous forme de diable, estimant
que la vue de ces marmousets serait de nature à causer dans le
public plus de scandale que d'édification. Mais rien n'empêche
(t) Arch. de la S.-fnf. G. 2143, délibérations des 22 juin 1436, 8 mars
U77.
(2) Ad rupplicaiionem magxstri et confralrum CarUati* B. M. de Orto,
de supposer que, bannies de l'enceinte de la Cathédrale, ces
représentations nalves étaient permises à l'extérieur, dans le
cimetière ou le parvis (1).
Un demi-siècle plus tard, en 1543, une autre confrérie érigeait,
en l'église Saint-Patrice, un concours de poésie en l'honneur du
mystère de la Passion.
Les fêtes de famille, elles aussi, avaient leurs concours de
poésie. Un livret publié, dans cette ratae année, sous le titre de
Puy d'amour, est formé de pièces composées à l'occasion du
mariage d'une jeune fille de la bourgeoisie de Rouen, Catherine
Vettier (2). Parmi les concurrents, nous en remarquons six dont
nous retrouverons plus loin les noms, ceux de Romain Rréart,
Jean Coupel, Jean Desminières, Nicolas Gosse, Geuflray Le Pre-
vost et Jean Le Prevost.
Inspiré par une pensée de charité, le Puy des Pauvres (il com-
mença en 1552),eut pour lui la faveur de l'administration hospi-
talière et des échevins.
Des indications, à première vue insignifiantes, ne laissent aucun
doute à cet égard.
de permissione aperlionis capelle ipsius, hora prima posl prandium, pro
congregatione et convocatione nonnullorum dictamina, balladas seu pah-
nodia, ad laudem Béate Virginis defrrentium cl premia laudis et alla
jxtxta composilionem reportantium, actento tumu/tu tn stmikbus adve-
ntente et ad vitandum lites et dissensiones que sepius emergunt in simi-
libus, Domint denegarunl consensum suum (24 mars 1486).
(i)Ibid. G. 2147. Conclusum hujusmodi figurâtes homines in futu-
rum non inlrare ecclesiam Ma die (le jour de l'Assomption).
(2) M. Emile Picot, Théâtre mystique (le Pierre Duval et des Libertins
spirituels de liouen, 1882. Cette Catherine Vettier pourrait bien avoir été la
On note, aux registres de l'Hôtel-Dieu, que, le 30 mars de l'année
1536, a ne fust tenu Bureau, à cause du Palinod des pauvres tenu
en la maison de Ville », et que, le lundi 12avril 1557, « le Palinod
se tint au réfectoire des Augustins à cause de l'encombrement
de la maison de Ville ». L'usage était donc que les échevins pré-
tassent leur grande salle pour cette solennité littéraire. Précé-
demment, le 25 mars 1555, les administrateurs de l'Hôtel-
Dieu avaient changé l'ordre de leurs séances '« pour le jugement
des Palynots du Puy ». Ce fut, sans doute, en souvenir de ces
concours, qu'un jour ils s'avisèrent de donner à un enfant trouvé
les noms de Virgile Palinod Ces noms semblaient destiner cet
enfant à une profession libérale. Cependant, quelques années
après, on se décidait à lui faire apprendre l'état de batelier
(5 mars 1568) (1).
Comme prince du Puy des Pauvres, nous ne connaissons que
Pierre Du Couldray, sieur de Fréville, Louis Petremo! et Noël
Boyvin.
Le premier était notaire secrétaire du Roi et audiencier en la
chancellerie du Parlement de Normandie. Il remplissait, en même
temps, les fonctions de vicomte et de receveur ordinaire des
vicomtés de Conches et Breteuil (2). Echevin de Rouen, il fut
député par la Ville, le 14 novembre 1550, aux Etats de la Pro-
vince (3). 11 figure comme parrain au baptême de Susanne, fille
fille de Michel Vettier, qui prend part, comme notable, aux délibérations de la
Ville, 6 décembre 1552, et qui, le 28 août 1550, avait été taxé à fournir un
Enfant d'Honneur à pied pour l'Entrée du Roi. (Délib. de la Ville.)
(1) Arch. de la S.-Inf. Registres du Bureau de l'Hôtel-Dieu.
(2) Cité dans un arrêt du Parlement du 28 mai 1555.
(3) Arch. de la ville de Rouen, A. 16.
de Jean Lantier, Procureur Général au Parlement, le 24 no-
vembre 1531(1). Ce qui prouve encore plus clairemont que c'était
un personnage notable, c'est une délibération des chanoines do
Rouen par laquelle il lui est accordé, sur sa demande, deux cho-
ristes pour accompagner, à l'Entrée du roi Henri Il, les Enfants
d'Honneur qu'il avait dû habiller avec toute la magnificence
requise en pareille circonstance (2). En 1!îi8, il est cité comme
confrère de l'Immaculée-Conception ou du Palinod. Il dut mourir
vers le mois d'août 1534 (3). C'est a lui que s'applique cet article
d'un compte des Carmes de Rouen De conductu Domini du Coul-
dray, parrochie Si Vimmtii, xxv s. Il avait épousé Jeanne do
Croixmare, laquelle, devenue veuve, épousa en secondes noces
un Péricard (4). Il avait eu d'un premier mariage (5) un fils,
(t) Arch. du greffe de l'etal-cml, par de S.-Lô.
(2) Arch. de la S.-Inf. G. 2t60. Arch. de l'Hotel-de-Ville, A. 16 Le
29 juillet 1550, sur une liste de 140 personnes, des plus riches et notoire-
ment solvables, les échevins en avaient choisi 74 comme Enfants d'Ilonueur
à cheval, et, le Il août, on annonçait que les récalcitrants avaient été con-
traints par la prise de leurs biens.
(3) 16 août 1554, noble homme Me Pierres Du Couldrnv, héritier de feu
n. h. Pierres Du Couldray, sieur de FréMlle.et Germain Du Couldray, exécu-
teur du testament du défunt, exhibent son testament au Bureau des pauvres
et en accordent l'exécution. Arch. de la S.-Inf Registres du Bureau Ger-
mam Du Couldray, quartenier de la ville en 1533.
(4) Arch. de la S.-Inf. Compte de Saint-Cande-le-Jcune, 1575-1516.
« Reçu de d"e Jehanne de Croismare ayant épousé le sieur de Pellicart, et,
en précédent, veuve de defunt n. h. M* Pierre Du Couldray, sr de Fré-
ville. »
(5) Mention au Compte de la Fabrique de Saint-Vincent de Pâques 1536 à
comme lui du prénom de Pierre, sieur de Frévilleetde Ruflault,
qui figure, sous le nom de sieur de RufTault et comme Enfant
d'Honneur à cheval à l'Entrée du roi Henri II. Celui-ci épousa
Marie Le Fieu (t), et fut un des bienfaiteurs de l'Hôtel Dieu de
Rouen.
Louis Petremol, de Rouen, fils atnô de Jacques Petremol, l'un
des familiers et maîtres d'hôtel de Georges Ierr cardinal d'Am-
boiso (2), fut reçu conseiller clerc au Parlement, le 30 juin 1330,
conseiller lay le 6 juin 1543, et président le 2 décembre 1349, en
remplacement de Jean Feu, décédé (3).
J.-B. Le Chandelier, dans ses éloges des Conseillers du Parle-
ment, le caractérise par cette devise
Ut ajusto injmta, sic ab injusto jutla ne petas (4).
Pâques l'31, de la sépufture de la femme de Monseigneur le Secrétaire Du
Couldray. En mourant cette dame avait fait un legs assez considérable aux
pauvres du Bureau. 18 février 1554, M. des Croix rend compte de ses dé-
marches M. de Fréville, pour le legs fait par sa femme, passera lettres de
52 écus de rente pour les pauvres et paiera le prix de 800 aunes de toile sur
le prix de 231. le cent; offre acceptée. 18 mars suivant, mention de contrat,
passé le 5 du même mois, par lequel M. de Fréville donnait aux pauvres
117 I. de rente devant servir à leur procurer 45 s. par semaine.
(1) Marie Le Fieu, fille de Guillaume Le Fieu, sieur de J!éres\ille, d'abord
trésorier de l'écurie de Catherme de Mi'dicis, en dermer lieu Maître des
comptes en Normandie et receveur hérfdilal des décimes du diocèse de Rouen,
et de Marie Trouillar.
(2) Arch. de la S.-fnf. G 2148, délibération du 13 juin 1510.
(3) Registre contenant les noms de tous les officiers des cours souverames
de Normandie, communiqué par M. P. Le Verdier.
(i) Virorum omnium coniularium. Libri quatuor, ms. de la Bib. Ndt.
Il parait avoir joui d'un grand crédit dans sa compagnie, ainsi
qu'à l'Holel-de- Ville de Rouen. Le Parlement le chargea de s'en-
tendre avec le cardinal de Lorraine pour régler le détail des
cérémonies à observer à l'Entrée de la reine d'Ecosse (octobre et
décembre 1550). L'année suivante, les échevins le députaient
vers le Roi pour obtenir une diminution de la somme imposée
sur la Ville (1). En 1534, il avait pris part à la réformation des
forêts (2). Mais ce qui surtout lui donne droit à notre souvenir,
c'est le rôle capital qu'il remplit pendant nombre d'années pour
la réforme de l'Hôtel-Dieu de Rouen et pour l'organisation de
l'assistance publique dans cette ville (3). Il avait épousé, en 1531,
Claude Du Buisson, fille d'un bourgeois de Rouen, dont tout
l'apport était de 4,000 livres, qui ne lui étaient pas encore inté-
gralement payées en 1540 (4).
Nous savons que Noël Boyvin, sieur de Tourville, fut prince
du Puy des pauvres, par un passage des délibérations de l'IIÔtel-
Dieu de Rouen. Le 5 mars 1558, Boyvin déclarait au Bureau
« qu'il prenoit et acceptoit la charge de prince du Puy des pauvres
pour ceste année présente (1Îjo9), a quoy il a esté receu ».
Echevin de Rouen en 1543, fut envoyé vers le Roi, pour obtenir
(t) Arch. de la ville de Rouen, A. 16.
(2) Arch. de la S.-Inf., F. du Parlement.
(3) Voir notamment son rapport présenté à l'Hôtel-de-Ville, 23 juin 1553
« A dict qu'il n'y a meilleur moyeu au monde, pour la prospérité d'un cha-
cun, que d'avoir la sollicitude des pauvres, et qui rende le peuple plus pacif-
fique et plus abondant en biens que l'omosne faicte aux pauvres ».
(4) Tabellionage de Rouen. On donnait pour armes à Petremol D'a/ur au
chevron d'argent accompagné de 2 coquilles d'or en chef et d'un lion d'or
rampant en pointe.
4
un rabais sur la somme de 80,000 I. demandée à la Ville a titre
de subvention. De nouveau échevin, il fut député aux Etats de
Normandie, le 14 novembre 1550. Sa nomination comme adminis-
trateur de l'Hôtel-Dieu porte la date du 23 juin 1555.
C'est à lui que je crois pouvoir rapporter cet extrait du compte
des Carmes de liouen, équivalant à un acte de décès No-
vembre 11)57, de conductu et legato Domini ISoytnn, domini de
Tortille, parrossie S» Macuti, x $.
Une pièce de vers de notre Itecueil nous fait connattre les
noms de ceux qui furent juges du Puy des Pauvres, l'année où
Sireulde rendit le prix du Pélican, qui lui avait été décerné en
1556.
Ces juges sont au nombre de six
Le premier est Pierre Lambert, docteur en théologie Après la
mort de Guillaume Le Hat, il avait été reçu, le 11 juillet 1550, à
la Pénitencerie de la Cathédrale, ce qui ne l'empêcha pas de se
faire donner les cures de Mouettes au diocèse d'Evreux, et de
Rléville, dans le pays de Caux. Il fut député pour l'Eglise aux
Etats de Normandie, le 14 novembre 1551; délégué du Chapitre
au Bureau des pauvres vers la fin de l'année 1554. Il fit la pré-
dication solennelle pour les pauvres dans l'église de Saint-Ouen,
en 1554, 1555 et 1558.
Les registres capitulaires nous apprennent qu'il mourut le
2 mars 1581 et fut inhumé, deux jours après, en la Cathédrale.
Sa qualité de pénitencier explique la présence dans sa biblio-
thèque, qui était assez bien fournie pour le temps, d'un certain
nombre de livres hétérodoxes. On voit cependant qu'après la
réduction de Rouen sous l'autorité du Roi, Lambert fut obligé
d'avouer au Chapitre (16 novembre 1SG2J, « que pendant l'occu-
pation de cette ville par les protestants, « il avoit logé 2 gentils-
hommes do la nouvelle religion, qu'il avoit assisté à un banquet
offert aux capitaines et même à Mr de Morvilliers, et que, se
tenant derrière un pilier dans le clottre des Carmes, il avoit
entendu deux mots de l'argument du prédicateur Marlorat(t) ».
A la suite de Lambert, Sireulde nomme un personnage d'une
plus grande notoriété, Claude Chappuys, né à Amboise au com-
mencement du xyi' siècle, et que Clément Marot met au rang des
meilleurs poètes de son époque. Les ouvrages do cet auteur étant
connus au moins de nom, nous nous dispenserons d'en repro-
duire la liste.
Quelques détails donneront une idée de son caractère et, ce
qui vaut mieux, de l'esprit de l'époque où il vécut. Claude Chap-
puys fut d'abord valet de chambre de François I", garde do sa
librairie et secrétaire du cardinal du Bellay près de qui il put
avoir l'occasion de connaître Rabelais.
Le Roi, le traitant en favori, l'avait nommé doyen du Chapitre
de Rouen c'était trop exiger de la soumission des chanoines,
lesquels se voyaient, par cet acte arbitraire, privés de leur droit
d'élection au profit d'un étranger qui ne leur inspirait, d'ailleurs,
qu'une médiocre conliance. Ils résistèrent, et, bon gré mal gré,
tout en faisant ses réserves pour la forme, Chappuys dut se
contenter de la dignité de chantre, devenue vacante par la rési-
gnation de Bertrand de Marcillac, auquel il dut laisser la dignité
de doyen. Encore les chanoines ne le reçurent-ils le 10 sep-
{l> Arch. de la S.-Inf. Reg. capitulaires G 3433.
tembre 1537 qu'à contre-cœur, et sous cette condition qu'il
demeurerait dans les basses forma du chœur (celles des chape
lains) tant qu'il n'aurait pas été promu aux ordres sacrés. Le
26 du infime mois, ayant fait preuve de sa qualité de sous-diacre,
peut-être par suite d'une ordination précipitée (1), il vint récla-
mer le droit de présider le Chapitre en l'absence du doyen, ce sur
quoi les chanoines prirent le sage parti de ne point délibérer.
Cinq jours après, le 25 septembre, ennuyé déjà de son rôle
ecclésiastique, il sollicitait une dispense de résidence de trois
mois, bous prétexte qu'il était appelé à la Cour, dispense qui ne
lui fut accordée que le 3 octobre, en considération du cardinal
du Bellay, son maître, et avec avertissement formel que c'était à
titre d'exception et qu'il n'eût pas a y revenir. Cette dispense
n'avait d'autre but que de s'assurer la jouissance des distribu-
tions canoniales elle n'était pas nécessaire pour toucher les
revenus d'une prébende attachée à un canonicat. De fait, on
constate que Chappuys se tint habituellement éloigné du Chapitre
et que les chanoines s'inquiétèrent peu de lui. Ce qui put le con-
soler de cette sorte de disgrâce, c'est qu'il eut assez de crédit pour
obtenir, comme augmentation de sa prébende, les cures de Tour-
ville-en-Caux, de Hautot sur-Dieppe et de Cantelou, les prieurés
du Saint-Sépulcre au diocèse de Meaux et de Saint-Jacques du
Valaux-Maladcs, et que, plus d'une fois, il reçut des preuves
authentiques de l'estime que, dans la ville, on faisait de sa
capacité. 11 fut, en effet, député pour l'Eglise aux Etats de la
Province, les 14 novembre 1530, 14 octobre 1552, 14 no-
vembre 1553, le dernier août 1555, le 9 septembre 1557, et le
24 septembre 1558.
(1) Plus tard, mais je ne sais à quelle époque, il fut ordonné prêtre.
Le 5 avril 15i4, dans une assemblée de Ville où l'on délibérait
sur de nouvelles impositions exigées par le Roi, il avait exposé
« que novations sont pernicieuses et dangereuses ». A l'appui de
son dire, en bon humaniste qu'il était, il avait « allégué une his-
toire de Démosthène par laquelle il estoit dit que ung homme
qui innovoit quelque chose avoit la corde au col, et là-dessus
avoit remonstré l'histoire de Mydas ».
On le soupçonna, cependant, de ne pas avoir la mêmeaversion
pour les changements en matière de religion. Le 1G mars 1562,
il était forcé d'avouer que, deux fois, il avait assisté au prêche,
affectione quidem et aviditate ductus audiendi que ibidem trac-
tabantur, et non ex malo spiritu, nixhilque ibidem audirisse
quin bonum esset; et nihilominus non intendebat perseverare,
sed, in hac ecclesia, sincere officio suo manere, dummodo sub bene-
placito Dominorum dispensetur de matutinii, et, si quid per eum
visum fuerit malefactum, peliit veniatn. Le lendemain, confor-
mément aux conclusions du promoteur, on décidait qu'il n'y
avait point lieu à information contre lui mais on l'exhortait a
se rendre auprès du cardinal archevêque pour se justifier, en
s'aidant d'une lettre de recommandation du Chapitre. Peu de
temps après, une mission qu'il accepta de nouveau du Conseil
de Ville, dut paraître louche à ses confrères il était venu les
avertir « que le commun (le peuple) avoit délibéré de s'assembler
au manoir archiépiscopal, qu'il falloit argent, qu'on en deman-
doit au Chapitre. » Plus louche encore fut sa conduite pendant
le temps de l'occupation de Rouen par les protestants, à ce point
qu'après qu'ils eurent été chassés par l'armée royale, il y eut
contre lui un véritable déchaînement de l'opinion publique (1).
(t) On ne trouve pas son nom parmi ceux des chonoines qui signèrent les
Ce fut sans doute parce qu'il s'en rendait compte qu'il donna
sa démission de la dignité de chantre par permutation avec le
chanoine Michel Mallet qui, de son côté, résignait la chancellerie
en sa faveur. Mallet prit, sans opposition, possession de sa nou
velle dignité, mais il n'en alla pas de même pour Chappuys, bien
qu'il présentât des lettres de provision en bonne forme obtenues
à l'archevêché le 19 avril 1553. Le 27 avril, les chanoines l'écon-
duisirent en alléguant qu'il y avait procès contre lui au Parle-
ment pour accusation d'hérésie. L'arrêt attendu, s'étant trouvé
favorable à Cbappuys, fut immédiatement signifié aux chanoines.
Ceux-ci refusèrent de s'y conformer. Le 4 juin, l'affaire revint
en délibération. L'un d'eux, Pain, refusa de s'expliquer, et
demanda acte de son abstention pour dégager sa responsabilité,
limentlo furorem seu commotionem populi, et ne populus irrueret
in eundein Chappuys casu quo reciperetur. Le lendemain, dans
une assemblée convoquée dans la forme la plus solennelle, per
juramentum, ils décidèrent qu'attendu l'état des esprits, Cbap-
puys ne serait reçu que par procureur, et que, dans le cas où il
voudrait être reçu en personne, il eût à se faire installer par un
commissaire du Roi à ses risques et périls. Le 7 juin, Chappuys
leur lit dire qu'il acceptait l'expédient proposé, s'ils prenaient
l'engagement de le recevoir en personne dix ou quinze jours
après. Cette condition ne lut point agréée. Le 20 juin, nouvelles
démarches de Chappuys, qui voulait devoir son admission par
procureur ou autrement, non aux ordres du Roi, mais à la bien-
veillance de ses confrères. Il promettait, d'ailleurs, de jurer la
profession de foi catholique et de se soumettre à leur correction,
cinq articles de la profession catholique précédemment arrétes par la Sor-
bonne. H est certain qu'à cette date Chappuys n'était pas à Rouen.
s'il était établi qu'il eût assisté aux cérémonies du culte protes-
tant. Les chanoines ne se laissèrent point fléchir. Ils tenaient à
ce que Chappuys fût reçu en vertu des ordres du Roi, alin quo
leurs sentiments ne fussent douteux pour personne (22 juin).
En conséquence, le 25 juin, le lieutenant général du bailli vint
lui-même au Chapitre pour faire procéder, d'autorité, à l'instal-
lation de Chappuys. Il n'est point étonnant que, reçu dans de
pareilles conditions, celui-ci se soit cru dispensé de faire acte
de présence aux ofliees de la Cathédrale. Il trouva, du reste,
moyen de s'en exempter tout à fait, en permutant son canonicat
pour la cure de Us dans le vicariat de Pontoise (juillet 1565).
Mais, l'année suivante, quand les passions furent calmées, il
lui fut permis de rentrer au Chapitre par la permutation qu'il fit
avec Jacques de Villy, du prieuré de Saint-Jacques de Val-
aux-Malades contre la chancellerie et la prébende de Vy en la
Cathédrale (réception 7 octobre 1566). On peut supposer qu'il
avait fini par faire sa paix avec ses confrères. On voit, en ellet,
qu'il fut chargé par eux de s'employer auprès du cardinal de
Bourbon pour une fondation en faveur des enfants de chœur de
la Cathédrale, et, peu de temps après, de transmettre les remer-
ciements de la Compagnie à ce prélat. A l'Entrée à Rouen de la
reine Catherine de Médicis, qu'accompagnaient les cardinaux de
Bourbon et de Guise, ce fut encore lui qui recul la mission d'aller
lui faire la révérence au nom de l'Eglise (13 juillet 1.Ï73). Le
14 février précédent, il offrait chez lui l'hospitalité à Barjot,
président au Grand Conseil, et à Jean Le Febvre, sieur de la
Boderie.
11 n'était plus alors que chancelier honoraire. Il avait résigné
sa dignité canoniale en faveur de Marian de Martimbos, lequel
en avait pris possession le 27 mars 1072.
Chappuys mourut a Rouen le 17 novembre 1575. Il lai^.iit
pour héritier son Irère Jean Chappuys, procureur au siège royal
d'Amboise, qui se trouvait alors en Italie, où il avait accompagné
le fils de Carrouges, lieutenant général en Normandie. Par son
testament, il avait nommé pour exécuteurs de ses dernières
volontlq Fremyn Doury, curé de Saint-Cande-le-Jeune, et le
chanoine Nicolas Clérel, l'orateur distingué des Etats de Nor-
mandie (1).
Les derniers sacrements lui avaient été administrés par Dourj
Il y eut à cette occasion un commencement de procès entre ce
curé et celui de Saint-Pierre-du Châtel, parce que la maison
canoniale où était mort Cbappuys était réclamée par les deux
paroisses. Ce proces n'eut pas de suite il (ut reconnu que tout
chanoine ou habitué de la Cathédrale n'était d'aucune paroisse
et ne dépendait que de la juridiction capitulaire.
Nicolas Gallopin était, je crois, le petit-fils d'un Pierre Gal-
lopin, secrétaire du Roi, retenu pour conseil par l'archevêque de
Rouen, 1V49 1450; plus tard, lieutenant général du bailli de
Caux, 14j2-1463. Les registres de l'archevêché nous le montrent
prêchant au synode d'hiver en 1533. Il était curé de lîam-
feugère et obtint, chaque année, des dispenses de résidence,
(1) L'inventaire de son mobilier indique un assez bon nombre de livres,
dont quelques-uns en italien, plusieurs tableaux, un entre autres, sur
bois, représentant la Charité avec deux enfants; deux chaises couvertes de
tapisserie, un tapis do buffet, un petit tableau, le tout à ses armes. Anh de
la S.-Inr. fi. 3427.
entre 1540 et 155") (1). Il mourut doyen de SaintCande-le-
Vieux, le 5 janvier 1556. On lit, dans le Compte de cette paroisse
de Pâques 1556 a Pâques 1557 « Item reçu pour l'ynumationde
deflunt Me Nicolle Gallopin, doyen de S. Cande la somme de
xlvi s. », et, dans le Compte des Carmes de Rouen vin ja-
nuarii 45ÔS (v. s.) Eadem die, de conductu magistri Nkolai Gal-
lopin, parochie Si Candidi, xx s.
Je ne fais aucun doute que ce fut un des régents et protes-
seurs libres, établis en si grand nombre dans la ville de Itoucn.
Le 26 juillet 1351, il figure en l'église Saint Lô comme parrain
de Nicolas, fils de Nicolas Febvrier. Sa cure de Ramfeugôre,
vacante par son décès, fut conférée, le 20 mars 155G, à Nicolas
De la Place, sur la présentation de Jean De la Place, notaire et
secrétaire du Roi (2).
Robert Le Houx, sieur de l'Esprevier, dont nous avons déjà parlé,
avait été nommé conseiller clerc au Parlement en 1543. Il était
fils de Claude Le Roux et de Berthe Theroude II épousa la Mlle
de Pierre Vallès, conseiller à la Cour des Aides.
Guillaume Le Seigneur des Croix, notaire et secrétaire du Roi,
était membre de la confrérie du Palinod de l'Immaculée Concep-
tion en 1548. Il est souvent question de lui dans les délibérations
(1) Ces dispenses de résidence étaient un des plus fâcheux abus des xv'et
\\i" siècles. Elles» s'accordaient avec la plus déplorable facilité et pour un prix
dérisoire, 25 s. pour un an. Dans le compte d'une seule année, de Saint-
Michel 1556 a pareil terme 1557, je compte 393 dispenses de résidence pour
un an accordées à des curés. Il faudrait ajouter à ce chiffre ceux des dis-
penses de six mois et de tiois mois. Arch. de l'archevêché, Heg. du Secré-
tariat.
(2) Arch. de rarche\êthé, Reg. du Secrétariat.
5
de l'Hôtel de-Ville de Rouen. Il fut député de la Ville aux Etats
de la province le 6 novembre 1564 et le 13 novembre 1369. Il prit
une part très active aux mesures qui furent adoptées pour l'or-
ganisation de l'assistance publique à Rouen.
Michel Des Arpens, à qui Sireulde donne le titre de docteur,
n'était que licencié en droit. Une poésie de Jean Bouchet, adres-
sée à Jacques Le Lieur, autorise à croire qu'il avait fait ses études
à l'Université de Poitiers (1). Il obtint, vers 1542, la cure de
Courcelles, au doyenné de Baudemont; en 1552, la curé d'Etaim-
puis, par suite de permutation faite par le chanoine Jean Vi-
mont de ce bénéfice contre la chapelle de Saint-Jean Baptiste en
IVglibO Saint-Ilerbiand de Rouen. Il décéda entre la Saint-Michel
1558 et la Saint-Michel 1559, en possession de ses deux cures de
Courcelles et d'Etaimpuis. Il avait été couronné au Palinod de
Rouen dès 1521. On trouve deux épigrammes de lui dans le Recueil
des Palinods, de Vidoue, publié par notre Société. Lesdispenses de
résidence qu'il ne manqua jamais de solliciter comme curé nous
prouvent qu'il n'avait vu dans ses deux bénéfices qu'un moyen
d'augmenter son aisance; il résidait à Rouen. Je le range, sans
hésitation, à la suite de Gallopin, parmi les professeurs qui
vivaient à Rouen de leurs leçons. Mais, comme il était licencié
en chacun droit, et qu'il prenait le titre d'avocat, il est à sup-
poser que son enseignement avait pour objet le droit plutôt que
les littératures latine et française.
Boisguillaume, que Sireulde qualifie de gentil lecteur, proba-
blement parce qu'il lisait avec agrément les poésies soumises au
concours, pourrait bien n'être autre que Georges Le Brun, sieur
(t) Voir les Trois Siècles palinodiques, t II, p. 57.
de Boisguillaume, qui fut nommé, le 24 avril 1543, à un office de
conseiller au Parlement, créé par édit du mois de juin 1842. JI
avait épousé Catherine Le Chandelier, fille de J.-B. Le Chande-
lier, aussi conseiller au Parlement(l). Celui-ci, dans les éloges des
membres de sa Compagnie, n'eut garde d'oublier son gendre,
qu'il engage, sans fausse modestie, à se montrer digne de lui.
Si quidquam merear, vel si quid laudh habebo,
Curia te generum noverit esse meum.
De Nicolas Malherbe, je ne sais rien, si ce n'est qu'il était
avocat, qu'il prit part, comme notable, aux délibérations de
l'Hôtel-de-Ville des 4 et 15 janvier, 19 août, 14 septembre 1oj3;
qu'il était trésorier de la Fabrique de Saint-Maclou, sa paroisse,
cette année-là, et que le nom de sa femme était Jeanne Houllct.
Il signait Mas l'Herbe, 7 novembre 1557 (2).
Si l'on ajoute à ces noms ceux de Croixmare (peut-f tre Pierre
de Croixmare, chanoine de Rouen et doyen d'Andely), de Mellon
Prud'homme, chanoine et conseiller au Parlement (3), de Robert
Le Fèvre, docteur en médecine, et de Joseph Tasserie (de Saint-
Pierre-le-Portier, qualifié de mattre, et souvent cité comme no-
table dans les délibérations de l'Hôtel-de-Ville) (4), on aura la
(1) Au baptéme de son fils Louis, en l'église Saint-Lô de Koueii, on voit
figurer, le 6 novembre 1553, comme parrain, Louis de Clermont, abbé de
Cernay, et Me Robert de Croixmare, conseiller au Parlement. 1ÎJ57, De
eonductu fratris domini de Uoscguillaume parrochie S, Martini ac
portatione corporis ejitsdem, 26 s. Compte des Carmes de Rouen
(2) Tab. de Rouen, Meubles/
(3) Chanoine de Rouen dès 1534, décidé en 1567.
(4) Délibérations des 30 août 155:>, 26 mai, 7 juiu, 5 juillet, 9 septembre
liste a peu près complète de ceux qui, dans la société rouennaise
d'alors, représentaient le bon goût et le bel esprit. Le 12 juin
1550, les échevins de Rouen, se préoccupant de donner tout
l'éclat possible à l'Entrée du Roi, décidaient c( de faire semondre
M. Cbappuy, chantreen la cathédrale, Croixmare et Prud'homme,
chanoines en icclle église, M' Pierre Du Couldray, notaire et se-
crétaire du Roi, s' de Fréville, M* Robert Le Fèvre, médecin (1),
M' Michel Desarpens, Gallopin, curé de Raoul-Feugère, M« Ni-
cole Malherbe, XI* Joseph TabSurye, et autres prêtres et orateurs,
pour inventer quelque chose propre pour l'Entrée du Roy, de la
Royne, et à la décoration de la ville (2). »
1""6, 9 janvier, 16 février, fi mars, 2'. juin, U juillet, 3, 1. 30 août, 4, 9, 12,
14 septembre, 4 novembre, 20 décembre 1"37; 14 février 1538, 9, 19, 4 jan-
vier, 21 avril, 8 mai, 19 juin 1539. Son nom disparait drs registres des déli-
hrnilioii.s de la Y ille, après que Rouen fut rentré sous l'autorité royale. Ce
passive d'un compte de la Fabrique Saint-Jean de Rouen nous fait croire
que TjSbCnc avait adhéré au protestantisme 1562, paié à niaitre Joscl
Tasserie, par le commandement du Conseil de l'Hôtel-Commun, pendant le
temps des rébellion* et exactions coutre la Majesté du Roy, 19 mai 1562,
920 I. ». Arch. de la S.-Inf., G. 6128. Je ne sais au juste ce qu'était ce Tas-
strie a Guill. Tasserie, auteur d'une pièce de thtàtre, intituler Le
Triomphe det Norman», tratetant de l'Immaculée (Umaption Xotlre-Dame ».
Houe», s. d., vers 1521, suivant M. Ed. Frère.
(1) Le U janvier 1561, Louis Petremol figure comme parrain au baptême
de Marguerite, fille de R. Le Kevrc, docteur en médecine, paroisse Saint-Pa-
tnce. Ce médecin, membre du liure.ui de 1 Hôtel-Dieu, devait être lié a\cr la
famille Brcart. Il se retira de la salle des délégations quand il fut question
de priver la veuve de Romain Bréart du logement qui avait été accordé à son
mari. Reg. du Bureau de l'HôteJ-Dieu.
(2) Arch. de la Ville, Reg. des délibérations.
Le Trésor immortel nous donne une cinquantaine de pièces de
vers qui furent couronnées au Puy des Pauvres, et dont les au-
teurs, au nombre de seize, sont N. Aubin, Romain Bréart,
frère R. Chapperon, jacobin, Coppin, Coupel, J. Crespin, J. De-
lacourt, J. Des Mynières, G. Durand, N. Gosse, Lallemand, de
Dieppe, J. Lamant, J. Le Prevost, Antoine Lorin, G. Mignot,
J. Savalle, de Dieppe. Dans la pièce de vers qu'il lut au Puy des
Pauvres, en remettant aux juges le Pélican (1), qui lui avait été
donné comme prix du concours, Sireulde nous fait de plus con-
naître les noms de quinze gentils facteurs ou concurrents connus
aux Palinods. C'étaient Baillehache, Bernard, Caillart, De la
Rue, Doublet, Doury, Febvrier, Follain, Hellot, La Caille, Le
Boursier, Monmain le Tabourin, Alynfant et Renauld. On trouve
plusieurs de ces noms dans les Trois Siècles palinodiques, de
l'abbé Guyot. Bréart, Couppel, Des Minières, Durand, Nicolas
Gosse, Le Prevost, sont cités par M. Emile Picot (2) parmi les
poètes qui prirent part, en 1543, au concours poétique ou vert en
l'honneur de Catherine Vettier, à l'occasion de son mariage. 11
serait difficile de rassembler sur ces poètes, peu connus, des ren-
seignements à l'abri de toute contestation. Je crois que certains
d'entre eux appartenaient au clergé, etque plusieurs étaient des
pédagogues ou des régents, comme il y en avait beaucoup à
Rouen, même au xvii* siècle, et comme il devait y en avoir bien
plus encore, lorsque Rouen n'avait point de collège. Raoul Dou-
blet, curé du Bourglheroulde, avait été précepteur de Guillaume
Le Roux, qui lui légua, en 1530, ses habits de deuil, comme à
son exécuteur testamentaire. Fremyn Doury, né à Pissy, d'abord
(t) Adopté sans doute comme embléme de la charité.
(2) Théâtre mystique de Duval, pp. 32 et suiv.
curé de Saint-Rémy-en-Rivière et de Bertrimont, était domicilié
a Rouen, et fut dispensé de résider dans ses deux cures, de 1547
à 1564; il était en dernier lieu curé de Saint-Cande le-Jeune. Il
fut député aux Etats de Normandie en 1568. Dans le même temps,
il remplissait les fonctions de syndic du clergé du diocèse de
Itouen. Nous avons vu qu'il fut exécuteur testamentaire de
Chappuys, d'où l'on peut inférer qu'il y avait entre eux des re-
lations d'amitié. Doury mourut à Rouen le 14 mars 1578. Si l'on
en croit un livret composé en son honneur, il aurait été, avons-
nous eu tort de l'oublier? « l'un des premiers philosophes et
plus savants hommes de son temps (1) ».
Nous signalerons encore parmi les lauréats du Puy des Pau-
vres. Jean Baillehache, qualifié par Sireulde d'expert officier, et
que je crois être le sergent royal du même nom; Coppin, dont
le prénom était Fleurent, valet de chambre du roi deNavarre.de
son métier joueur d'instruments, trompette, crieur public à
Itouon. Il demeurait rue Etoupée, et fut trésorier dela Fabrique
Saint-Patrice en 1554 et 1555 (2). Il prit part comme délégué du
quartier Heauvoisine, et, d'autres fois, comme notable, aux déli-
bérations de l'Hotel-de-Ville des 14 janvier 1552, 4 janvier et
14 décembre 1553, etc. Il eut un fils, comme lui nommé Fleurent,
(1) Le Tombeau de feu /de bonne et vertueuse mémoire M. Fremin
Douri l'un des pre/miers philosophes et plus sçavans hommes de son
temps, cure de S. Candre de Rouen. Gravé d'épitaphes et regrets de plu-
sieurs de ses amis et autres doctes personnages en plusieurs langues. A
Paris Par Denis Du Pré t578 ». On remarque parmi ces pièces des vers
françaisde Guy Le Febvre de la Boderie. Bib. nat., n« )é. 466 de la ré-
serve.
(2) Arch. de la S.-Inf, G. 7484.
et pourvu aussi de l'office de trompette crieur et clocheteur de la
ville et banlieue de Rouen, office qu'il résigna (1) en faveur de
son neveu, Jean Varin, fils de Romain Varin et d'une Catherine
Coppin (2).
Entre tous ces poètes, Romain Bréart et Jacques Sireulde mé-
ritent tout particulièrement de fixer notre attention.
Le premier était fils de Tristan Bréart (3), qui figure comme
membre de la confrérie du Puy de la Conception dans la liste de
(1) Acte du 1" novembre 1585. Tab. de Rouen, Meubles.
(2) Etat civil de la paroisse Saint-Patrice de Rouen. ter février 15fiO (v s.),
mariage de Romain Varin, praticien, et de Catherine Coppin. – 16 juin t569,
baptême de René Varm, fils de Romain Varin; parrams, le sieur du Saussay,
chevalier de l'Ordre, et maître Thomas Ma)net, avocat du Roi; marraine,
la demoiselle femme de M° Jehan de Bourdeny. Peut-être du Monmain le
Tabourin cité par Sireulde, comme un fadeur des concours aux Palinods,
avait-il un office du même genre. Mais il nous parait plus vraisemblable que
c'éUit un joueur ou un fabricant de tabounns. Un état des propriétaires de la
paroisse Saint-Pierre-le-Portier de 1546 nous donne les noms do Clément
Godm et de Gringoire Le Vacher, tabounnrurs. Arch. de la S.-Inf. G. 7750.
Les registres de l'Hôtel-de-Ville nous offrent plusieurs des noms pré-
cités parmi ceux des notables de la ville admis à prendre part aux délibéra-
tions Jean Couppcl, 16 août 1552, 15 janvier, 4 juillet 1553, le sieur de
Noffy des Minières, Enfant d'Honneur à l'Entrée de Henri Il. 17 juillet 13"0,
Guillaume Duraud, 21 septembre 1532, ltichard Gosse, 2 juillet 1553, Jean
Ilellot, 6 décembre 1552, Laurent Lamant, 2t septembre 1552, Jean Le Pré-
vost, 4 janvier 1553.
(3) Un Tristan Bréart, notable de Rouen, de la paroisse de Saint-Cando-le-
Vieux, prend part aux délibérations de l'Ilôtcl-de-Ville de Rouen des 14 jan-
vier, 4 septembre, 6 décembre 1552, 4 janvier, 14 décembre 1553, 28 janvier
1554, 2 janvier, 24 juin, 14 juillet, 7, 27, 30 août, 9, 12, 14 septembre, 4 no-
1548, publiée par M. Ballin. Il avait épousé Catherine Dufour,
sœur d'honorable homme Nicolas Dufour, sieur de Longuerue,
lequel fut conseiller de la Ville et nommé par elle député aux
Etats de Normandie le 14 novembre 1567.
En qualité de notable ou de délégué du peuple, Bréart prit
part aux délibérations des échevins les 2 juillet, 14 décembre
I!w3, 31 août 1555, 7 juin, 5 juillet 15J6, 14 septembre, 4 no-
vembre 1557, 6 mars 1558, 8 et 9 mai 1559.
Nommé receveur de l'Hôtel-Dieu le 12 juillet 1553, il en rem-
plit tes fonctions pendant près d'une dizaine d'années, ce qui ne
l 'empêcha pas d'être commis, le t2 juillet 1539, aux ouvrages et
fortifications de la Ville.
Lauréat du Puy de la Conception et du Puy d'Amour, il le fut
aussi du Puy des Pauvres, comme on le voit par notre Recueil.
Lo prieur Le Tuilier, dépossédé de l'administration de la meil-
leure partie des biens de l'Hôtel-Dieu, ne pouvait voir de bon œil,
on le conçoit, ce fonctionnaire d'institution récente et laïque,
dont la présence dans la même maison était une perpétuelle ac-
cusation contre l'administration supprimée. L'ayant un jour ren-
contré dans l'exercice de ses nouvelles fonctions, il ne put se
tenir de l'apostropher grossièrement, précisément à propos de
pièces de vers dont Bréart pouvait se croire en droit de tirer
quelque vanité, puisqu'elles avaient été couronnées par les juges
du concours.
a Est-ce pas toi, lui cria-t-il, qui as faict ung chant royal de
l'itrrr dure et de Pierre mole, au Puy des Pauvres dernier, et
vembre, 23 décembre 1537, 14 février 1558, 9, 21 janvier, 2t avril. 9 mars
1559.
une ballade où il y avoit « Faictes de la pierre du pain » ?
J'ay monstré, lui répondit Bréart, mes œuvres à gens doctes et
sçavants. Qu'en voulez-vous dire?– Va, belistre, répliqua le
prieur, ne te soulcye. J'ay bien fait ta saulce à Mons' le Garde
des Seaulx. Il est bien averti qui tu es. Es-tu pas des enfuys et
proscripts de la ville? » Ce reproche était d'autant plus désobli-
geant pour Bréart, qu'il lui rappelait ses relations avec un Pierre
Duval, l'un des poètes du Palinod de l'Immaculée Conception et
du Puy d'Amour, fondateur d'une sorte de secte religieuse dite
des Libertins spirituels, depuis passé ouvertement au pro-
testantisme, réfugié d'abord en Angleterre, puis en Hollande, où
il prit successivement les titres de « Humble membre de l'église
de Jésus-Christ » et de « Minister ecelesiœ Peregrinorum gaUicœ
linguœ », personnage singulier qui me paraît être un ancien
curé du diocèse de Rouen (1). Lorsque les membres du Bureau
(1) M. E. Picot, dans l'introduction du Théâtre mystique, énumère les
ouvrages qui peuvent être attribués à cet auteur. 11 cite sept individus du
nom de Duval, dont aucun ne me paraît être celui dont il essaie de faire
la biographie. La teinte de théologie qu'on remarque dans les opuscules
cités suffirait à dénoter la plume d'un ecclésiastique. Je suis très porté à croire
que c'est un Pierre Duval qui fut nommé, en cour de Rome, à la cure de
N.-D.-de-Bondeville, près Rouen, sur la présentation de Louis Surreau, gref-
fier au Parlement de Normandie. L'acte de nomination, qui sert aujourd'hui
de couverture à un des comptes de l'Hôtel-Dieu de 1562-1563, est daté du 6 des
calendesde fév. 1542, et est à l'nonneur de l'impétrant dont on vante laudabilsa
probitalis et virtulum mérita. La prise de possession se fit le 6 mars 1542,
par Charles Duval, avocat au Parlement, frère dud. Pierre. Il y a quelque chose
d'inusité dans les formes de cette nomination et de cette prise de possession
(bulle du pipe, où sont invoqués les statuts du concile de Latran, en ce
qui concernait les bénéfices tenus trop longtemps en vacance; intervention
6
de l'Hôtel-Dieu s'étaient présentés a la Madeleine pour y tenir
leur séance, le prieur ne les avait pas traités avec plus d'égards
qu'il n'en avait eus pour Bréart. Ils l'avaient entendu demander
a si les frères de la nouvelle école estoient assemblés, disant que
cculx qui se mesloient de l'bospilal estoient Luthériens et pires
que Vaudois (1). »
Jacques Sireulde était huissier au Parlement, depuis 1540 pour
d'un notaire apostolique pour la prise de possession) II n'y a pas trace de ces
actes dans les archives du secrétariat de l'archevêché, et j'incline à croire
qu'ils resteront sans effet Pierre Duval (le même, je pense), qualifié de clerc
de Li.sienx, fut pimenté, en 1542, à la cure de Guenonville, doyenné de Pont-
Aiidemer, par Marguerite de Mancourt, comme dame usufruitière de la terre
de Remlle. Curé de cette paroisse, Il obtint, chaque année, de 1543 à 1551,
des lettres de dispense de résidence An mois d'avril 1353 'n. s.), il résigna
sa cure en faveur de Nicolas Ginouvn, lequel y fut nommé le 14 du même
mois sur la présentation de Charlotte de Moy, veuve de Nicolas de Dreux,
haron d'Esneval. La résignation offre ceci de particulier qu'elle fut faite pour
cause de permutation faite ou à faire. Aucune trace de permutation n'est in-
diqué; dans les registres du secrétariat de l'archevêché, ce qui s'expliquerait
naturellement par le fait que Pierre Duval aurait abjuré le catholicisme et serait
pjsbé en Angleterre, où M. Picot constate sa présence, pour la première fois,
cette anm e-U. Charles Duval, sieur de Bocquencé, que je suppose être le
frère de l'auteur du Théâtre mystique, fut d'abord avocat au Parlement.
Comme curateur de Louis Surreau, sieur de Condevillc et de Malaunay, eut
un procès avec les religieux de Saint-Oucn de Rouen, Il fut nommé en jan-
vier 1536, conseiller clere au Parlement, en remplacement de Jacques de
Brtvedcnt, II obtint en 1554 la cure de Saint-Martin de Saineville (?), qui lui
fut disputée par Nicole Luillieret Pierre de Silly, 3 août, 1554, 5 août 1356.
(i) Délibération du Bureau des pauvres, 5 mars 1533, contre le prieur qui
avait déclarés excommuniés les membres de la nouvelle administration.
le moins (1). Comme à beaucoup de clercs de la Dasoche, l'idée
lui était venue de chercher dans la poésie, telle qu'on la com-
prenait de son temps, une diversion au prosaïsme de sa pro-
fession.
On avait, à cette époque, le goût du grotesque, à preuve la
plaidoirie de Brusquet, le fou du Roi, offerte comme distraction
dans le parquet de la Grand'Chambre du Palais-de-Justice, à
Catherine de Médicis et à Marie de Lorraine, reine douairière
d'Ecosse, le 8 octobre 1550 (M. Floquet, Hist. du Parlement de
Normandie, II, 193-200); à preuve encore les bouffonneries de la
confrérie des Conards, dans laquelle Sireulde n'avait pas manqué
de s'enrôler (2).
(1) II figure comme huissier du Parlement dans une requête adressée par
lui à la Cour.
(2) Ces bouffonneries étaient déjà en vogue vers la fin du xvi« siècle. Ce
qm me le fait croire, c'est une délibération prise par Ics chanoines de Boucn
le 1 octobre 1490, contre un chapelain de la cathédrale, Jean Mcblin, lequel
était en même temps chapelain du Petit-Echiquier, capellano Parvi Scacani,
termes qui ne peuvent designer que les clercs de la Basoche. En cette der-
nière qualité, il disait la messe tous les jours pour les confrères, et recevait
d'eux, chaque jour, 3 sous cum suis expensismctualtbus. Mais aussi, et en
cela consistait l'abus, il les accompagnait de jour et de nuit aux heures de
diner et de souper. Les chanoines, aclendentes notariat insolentias, op-
probria et irrisionet ex prcmtssu contingentes in vilipendium eeclcsie,
décidèrent qu'il lui serait défendu, sous peme d'excommunication et de prison,
de s'associer cum cunalibus Parvi Scacani. Arch. de la S.-lnf. Reg. capi-
tulaires. La confrerie des Conards, que je suis porté à confondre avec celle
du Petit-Echiquier, est encore indiquée par Taillepied dans son Ilecueil des
Antiquités et des singularité* de la ville de Rouen, 1387. Elle avait son
siège à Bonne Nouvelle.
En I."i33, il avait concouru avec succès au Palinod de l'Imma-
culée-Conception. Quatorze ans plus tard, il s'exerçait dans un
autre genre qui ne lui porta pas bonheur. 11 se permit, au mois
de juillet loV7, de faire parattre une comédie ou satire, inti
tuléc FAsne et l'asnon, contre un conseiller au Parlement,
Etienne Luillier, et contre son chapelain, Guillaume Goujon (1).
Il fut pour ce fait condamné à une amende de 50 1. envers le
(toi, 100 1. d'intérêts envers Luillier, et déclaré suspendu de ses
fonctions pendant un an. Il réussit à obtenir des lettres de ré-
mission. Elles n'étaient point encore enregistrées que, abu-
sant de la clémence royale, il *>e mit à proférer des injures
et des paroles couterlcs contre diverses personnes, principale-
ment contro Luillier, en suggilant (2) de rechef {honneur de
celut-ci. In des griefs allégués à sa charge, d'après le rapport
verbal du Procureur Général, c'est qu'il se serait vanté de pou-
voir revêtir, lui aussi, une robe rouge, parole qu'on pouvait
croire, à première vue, inspirée par la présomption, comme s'il
avait entendu dire que du rang d'officier subalterne il parvien-
drait à l'ollice de conseiller aussi bien que Luillier. Mais Si-
reulde l'expliquait autrement il déclarait n'avoir voulu dire
autre chose, sinon qu'il pouvait devenir premier huissier, et de
(\) Luillier avjit épousé une nommée Marthe Ango, bâtarde, qui était sa
sonante. Elle lui sut peu de gré de l'avoir prise pour femme. Surprise en
adultère, elle fut condamnée par sentence du bailliage de Rouen, à avoir la
tête rasi*e et à être renfermée pendant un an dans nn couvent.
(2) Le rédacteur de la délibération du Parlement a fait passer en français
un mot latin, suggilare, que probablement il n'avait pas emprunté aux au-
teurs de l'antiquité classique, mais au chap. XVU1, V. 5, de S. Luc, où pré-
cisément un juge est mis en scène.
cette façon revêtir une robe rouge(1). Il ajoutait, pour sa justifi-
cation, « qu'il bailleroit tesmoins que par diverses fois lacessilus
fuerat injuria par les gens de Luillier ». On s'aperçut que Si-
reulde était homme à prendre l'offensive, et « qu'il se feroit
ainsi une involution de procès, par quoy les gens du Roy con-
clurent entre eux qu'ils ne bailleroient aucune conclusion par
escript, et feroit seulement (le Procureur Général) une remon-
trance à îa Cour, réquérant que ledit Sireulde fût mandé et à luy
baillé estroicte réprimande à la discrétion de la Court, et que,
ce faict, les lettres fussent entérinées, le tout pour éviter circuit
et longueur de procès ». En conséquence, le 28 novembre 1547,
Sireulde fut mandé et fort incrépé. Défenses lui furent faites, « à
peine de privation de son estat et de prison et autre peine arbi-
traire, de parcy après proférer aucunes parolles problématiques,
escrire libelles diffamatoires, ou autrement, directement ou in-
directement, suggiller l'honneur dud. s' Luillier ne autres de
MM. les Président et conseillers (2). »
On a tout lieu de croire qu'au Parlement on ne garda pas
longtemps rancune à Sireulde des écarts de sa plume et de l'in-
(1) 21 juillet 1574, dans le règlement pour les funérailles du roi Charles IX,
le premier huissier figurait « vestu de sa robe rouge et chaperon noir à bour-
relet, ayant son chapeau fourré en teste ». Arch. de la S.-Inf. Reg. secrets
du Parlement.
(2) Arch. du Pari. Reg. secrets. MM. Gosselm et P. Le Verdier ont
parlé de cette affaire, le premier dans ses lieclierclws sur les origines du
Théâtre a ltouen, 1868, p. 50; le second, dans un mémoire sur les Abus
et super/luiles du monde de Jacques Sireulde, lu à l'Académie de llouen,
29 novembre 1888. M. P. Le Verdier y signale des vers bien frappés, semés
d'heureuses saillies, des observations fines et souvent pleines de malice.
tempérance de sa langue, puisqu'en septembre 1549, il était
désigné pour accompagner à Paris les conseillers députés a l'effet
de hâter l'expédition de lettres de jussion pour le paiement des
gages des conseillers employés à la Chambre des Vacations. Il est
certain cependant qu'il ne parvint pas à l'honneur de porter la
robe rouge, objet de son ambition. On trouve son nom, à la date
du 26 septembre 1551, parmi ceux des huissiers qui se cha-
maillaient pour la préséance, en l'absence du premier huissier.
Il est encore question de lui, le 9 octobre 1552, dans une délibé-
ration du Bureau des pauvres. Il avait été dénoncé par LeMyre,
procureur de cette administration a la Vicomté, comme ayant
refusé de faire la rueillette pour les pauvres, au tour qui lui
avait été assigné. On décida de le faire venir et d'entendre ses
explications. Mais comme depuis il n'est plus fait mention de
lui, il faut croire que ses excuses avaient été trouvées valables.
On indique, dans cette délibération, la paroisse Saint-Patrice
comme étant celle de son domicile. A l'époque où fut publié le
Trésor immortel, il n'était plus en fonction, puisque, dans le
titre de cet ouvrage et dans le Privilège du Roi, du 16 décembre
1555, il est qualifié u Maistre Jacques Sireulde, n'agueres huis-
sier du Roi ». Les Abus et superfluitez du monde, ouvrage du
mtVne Sireulde, imprimé à Rouen, sans date, chez Abraham Le
Cousturier, doit être antérieur à 1355, quelle que soit la date
attribuée à cette seconde publication, puisqu'on y donne à Sireulde
la qualification d'huissier du Roi, ce qui nous oblige à penser
qu'il était alors en exercice II est probable que son office était
un des trois qui avaient été érigés par édit du mois de juin 1523
et dont la suppression fut réclamée, mais sans succès, par les
autres huissiers, au nombre de huit, de création primitive, dont
les noms sont cités (arrêt du 11 octobre 1555) (1). Il eutpour suc-
cesseur, Martin Sireulde, son fils, qui, vers le 4 novembre 1554,
fut chargé par les administrateurs de l'Hôtel-Dieu de signifier à
l'archevêque l'acte d'élection du nouveau prieur de cet établis-
sement (2).
Nous ne saurions dire à quelle époque mourut Jacques Si-
reulde. Quant à son fils, il resta en fonction jusqu'au jour de
son décès, arrivé le 13 novembre 1587 (3).
(1) La profession d'huissier avait ses ennuis et même ses dangers, principa-
lement dans un temps de guerre civile. 22 mars 1511, règlement pour les
huissiers « Enjoint par la Cour à tous les huissiers promptement exécuter
les commandements qui leur seront faitz et signifies par la Court, sous peine
de 100 1. d'amende; eujoint à tous les huissiers venir céans dès 6 h. du
malin, excepter seulement ceux qui sont vieilz et impuissans, sous peine de
suspense de leurs estatz ». Arrêt du Parlement, 10 juin 1564, la dame de
Saint-Luc, mère de Jean d'Espinay Saint-Luc, assassmé, ne trouvait point
d'huissier pour l'exécution de l'arrêt de prise de corps qu'elle avait obtenue
contre l'assassin Jacques de Bouquetot, dit de Coquainvilliers, « pour la crainte
et doulte dud. Bouquetot, tenant les champs, accompagné de satelhtes et
soldats ». (Tournelle). Avril 1572, « sont entrez les gens du Roy, qui ont
dict que les huissiers font difficulté d'aller publier l'arrest tantost conclu conte-
nant injonction a toutes personnes de se retirer dans leurs maisons ». Il y
avait alors de l'agitation dans la ville. Une trentaine d'hommes armés s'étaient
présentés devant le Palais « en bot et crians aux armes »
(2) Arch. de la S.-Inf. F. de THôtel-Dieu. Il lui fut alloué par le Parle-
ment 18 1. 18 s. pour son service d'huissier à la Chambre des vacations pen-
dant l'année 1581. (Tournelle).
Renseignement tiré du ms. contenant les noms des officiers des Cours
souveraines de Normandie, communiqué par M. P Le Verdier).
(3) En 1583, Sireulde, Nicolas Semo, commis au greffe criminel, héritiers
C'est à Jacques Sireulde (ceci soit dit pour me faire par-
donner les menus détails dans lesquels je suis entré), que nous
devons le Recueil des pièces couronnées au Puy des Pauvres,
recueil qui (ut vraisemblablement imprimé à ses frais. Mais
avant de l'offrir au public, il avait dû le faire approuver par
deux docteurs en théologie désignés parie Parlement.
C'était là une conséquence d'un arnU de la Cour, rendu le
6 mai 1542, portant commandement à toutes personnes « qu'ils
eussent, huictaine après la publication dudit arrest, apporter au
greffe do la Cour tous livres touchans la saincte escripture, im-
primez en langaige vulgaire francoys, et ce, sur payne de con-
fiscation de biens et autre peyne à la discrétion de la Cour, les-
quels seroient veuz et visitez par bons et notables personnages,
qui à ce seroient commiz et depputez. »
Les docteurs en théologie auxquels le Parlement s'en rappor-
tait pour juger de l'orthodoxie des livres, étaient le pénitencier
Lambert, dont nous avons parlé, et un carme du nom de Mathieu
De Landa ou De la Lande. Celui-ci était prieur provincial de la
province de France pour son ordre. On voit sa signature au bas
présomptifs, à cause de leurs femmes, de Marie Danes, veuve de Guillaume
llcllonin, sont en procès avec la Fabrique de Saint-Michel de Rouen, à l'occa-
sion d'une donation faite par cette, femme en iï69, donation qu'ils préten-
daient faire révoquer Un arrêt fut rendu contre eux parce qu'il fut jugé
qu'ils avaient profité • de la d< bilitalion de la donatrice pour la porter A
celte révocation par instigations et mauvaises persuasions ». Arch. de la
S.-Inf. G. 7218. Ce Martin Sireulde, qualifié de clerc, figure comme témoin
au procès en nullité de mariage de Jean de Hotot et de Marie de Marbeuf, en
t553. Il avait alors 21 ans et demeurait chez son père, paroisse Saint- Patrice.
Voir le Mémoire que j'ai publie sur ce procès.
d'actes de visite et de vérification de comptes du couvent des
Carmes, des 28 avril 1550, 12 juillet 1552, 30 juillet 1555, 29 oc-
tobre 1556.
A cause de son habileté comme calligraphe, on l'avait em-
ployé à Rouen, alors qu'il n'était encore que simple religieux, à
écrire ou enluminer, pour les églises paroissiales, des livres
liturgiques (1).
Il passait pour un des meilleurs prédicateurs de Rouen, anime
le prouve le choix qu'on fit de lui pour des prédications solen-
nelles, à la suite de processions générales, en 1543, 1544, 1549,
1552.
Il avait figuré avec honneur aux concours du Puy de l'Imina-
culée-Conception (2). M. Emile Picot rappelle qu'en 1538 il avait
traduit un ouvrage de Raimond Jordan, qui venait d'être mis
au jour par Le Fèvre d'Etaples Les Contemplations du simple
dévot; qu'en 1539, il composa le Manuel des abus de l'homme in-
grat, et, en 1553, le Miroir du corps humain, où est descrit set
misères et calamités, aussi son excellence, et enfin le Doctrinal de
la mort (3).
Le Parlement, qui avait soumis à son examen le Trésor im-
mortel, n'autorisa, le 2o octobre 1556, la représentation de la Vie
de Job, de Pierre Le Pardonneur, qu'à la suite de la lecture faite
(1) Compte de Saint-Pierre-du-Châtel de Rouen, 1535 « Pour avoir illu-
miné et escript le tableau des Pardons de l'église, par Mathieu De La Lande
70 s. » Arch. de la S.-Inf. G. 1527.
(2) Iiib. nat., ms. français, 2206, f» 115.
(3) M. Emile Picot, Théâtre mystique, p. 68-70.
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de cette pièce par ce religieux et par le pénitencier Lambert (1).
Il y avait, du reste, une raison pour que le Parlement donnât
sa confiance à un carme plutôt qu'à un religieux d'un autre
ordre. De tous les monastères de Rouen, c'était celui des Carmes
qui donnait le moins de prise au soupçon d'hérésie (2), et où
s'était le mieux conservé le goût des études (3). D'ailleurs, de
tout temps, l'usage était que les messes du Palais fussent célé-
brées par les religieux de cette maison. Ils étaient, en quelque
sorte, attachés au service de la Cour, et leur église paratt avoir
été toujours l'église favorite des conseillers.
Mathieu De La Lande mourut à Rouen, au couvent des Carmes,
dans le courant d'avril 1556. Cet extrait du compte des recettes
de ce couvent équivaut à son acte de décès De o/fertorio servitii
pro magistro nostro provinciali, M. Matheo De Landa def-
functo reccpi XYIIII 1. III d.
(1) M. Ed. Gosselin, Recherches sur les origines du Théâtre à Rouen,
1868, p. 42.
(2) A cette époque, les Cordeliers, les Jacobins, mais surtout les Augus-
tins, fourmrent un certain nombre de fauteurs du protestantisme. 28 août
1549, à l'occasion des processions générales qui devaient se faire pour le Roi,
le pénitencier Le Rat et le promoteur Bretel remontrèrent que l'archevéque
verrait avec peine qu'on adoptât comme lieu de station et de prédication le
monastère des Augustins, ces religieux donnant lieu à de fortes suspicions en
matière de foi. 32 religieux de cette maison étaient suspects d'hérésie et fu-
gitifs Plusieurs étaient sous la main de la justice. 11 fut décidé que la prédi-
cation se ferait non par Guerente, leur prieur, mais par le pénitencier. Der-
nier août de la même année, mention, comme prédicateur, de M. De La
Lande, de l'ordre des Carmes. Arch. de la S.-Inf. G. 2160.
(3) C'était chez eux que se tenait le Puy du Palinod et que se célébraient
La suite du compte nous apprend que ce religieux était mort
au retour de la station de carême qu'il était allé prêcher, à Lon-
gueville, ou il avait peut-être été appelé par le bailli du lieu,
homme lettré et lié d'amitié avec un savant professeur de
l'époque, Nicolas de Grouchy. t!i5'7, a /.aMt'<'ti<:o ~ef.aMda, pro-
curatore (un des religieux carmes), de ultima qutndena Longa-
rtH<c ratione f/f~M/M'~ magistri Kosttt p)'oftftCta<M qui antra
predMMperat. Ab eodem, de f~fmo.st'na Domini ballirfi JLon~o
MH<B, magistri Petri De la Mare, ratione predicationis qM<!dra-
gMtMtce quia KOttdMw dederat, JtT s.
Mathieu De La Lande laissait au couvent des Carmes deux re-
ligieux de son nom (frèresou neveux), Laurent, qui vient d'être
cité, et Nicolas, qui paraît avoir été fréquemment employé
comme prédicateur pour les stations de carême en diverses pa-
roisses du diocèse.
Le Puy des Pauvres n'eut qu'une assez courte durée. Les
préoccupations religieuses et politiques absorbaient toute l'at-
tention elles devenaient de moins en moins favorables aux
exercices poétiques. Le 3 mai i5!)p, le Bureau des pauvres or
donnait « que les thésauriers.Cotton et Ha)té se retireroient par
devers le lieutenant général du bailly de Rouen, luy remonstrer
qu'il n'eust à donner congé aux joueurs de farces et basteleurs
de jouer en la ville, si ce n'estoit en cas qu'ils jouassent que!-
ques mistères*?saincts et choses sainctes, comme la Passion,
l'Acte des ~p04<rM(l) a. Le 16 janvier suivant, un arrêt du Par-
tes offices particuliers de la confréne <ie)'!mmacntee Conception. Haudcnt,
l'auteur des Fables, éUit pensinnnaire au monastère des Carmes a cette
époque.
(i) Arch. de la S.-tnf. Plumitifs du Bureau des pauvres.
lcmcnt faisait défense « a tous badins et joueurs de farces et au-
tres tels jeux de plus se.ingérer et se pourmener par la ville,
sonner, tabourer, et ne jouer leurs dits jeux a. En 1558, la même
Cour défend à Le Pardonneur (1) a de jouer farces ne moralités,
parce que ces divertibtiements entratnaient a de vaines dé-
penses e. La m&me année, mterdiction deb.promenades des Co-
nards, dont s'étaient d'abord amusés les magistrats aussi bien que
le peuple, mais qui avaient fini par dépasser les bornes d'un hon-
néte divertissement.
On conservait encore les Palinods en l'honneur de l'Imma-
cuiée-Conception, mais un refroidissement se taisait sentir
parmi lex contrèrea de cette association, et déjà il faiiait se dé-
fier des dispositions d'une partie du peuple à leur égard (2).
Entre catholiques et protestants, la lutte ne tarda pas à de-
venir passionnée'et violente les émeutes qui éclatèrent à Rouen
en 1560, provoquèrent des mesures de rigueur, qui n'empêché
(t) Le Pardonneur n<'ta)t pas un étranger Compte de la Fabrique Samt-
Vivien de Rouen, i~S-mG: A Pierre Le Pardonneur, pour une année de ses
gages, d'avoir entretenu et conduit la musique, )2 i. 1562-i563. compte
de la Fabrique Sâtnt-NtCotjs de Rouen A M* Robert Jean et Pierre Pardon-
neur, pour tj cayers et demi escripts et notés pour dire matines, à Id raibon
de 24 s. pour chaque cayer, 16 ). 8 s
(2) t9 octobre 1551, M. Quesnel, conseiller au Parlement, annonçait à t.t
Cour qu'incontinent que aux postes on a\o)t aCiché les balades de la Con-
ception, on les fouloit aux pieds et gastot de fanges, et en avoit esté commis
pour en informer D'autre part, nous voyons dans le livre de comptes du
couvent des Carmes, où se fai~ajent les exercices des l'alinods 1551, De
offertorto <nMM Pahnocttorum pro Aa<tui<<t<< B. ~f. ) trgtnM, propter pau
Ctt~ent <MtM<<M<iunt, 9 s. t d. ·
rent pas les partisans de Condé de se rendre maîtres de cette
ville, le 16 avril 1562. On sait comment ils s'y conduisirent et
par quelles dévastations ils signalèrent leur triomphe.
Il y eut interruption des séances du Bureau des pauvres, du
10 mai 1562 au 8 avril 1563. Le service de l'Ilotel-Diou fut désor-
ganisé religieux et administrateurs durent cesser leurs fonc-
tions et s'enfuir.
Un seul fait suHtt à donner une idée de la misère occasionnée
par ces troubles funestes. Lorsqu'après la réduction de la ville
de Rouen sous l'autorité royale le Bureau de l'IIotcl-Dieu eut
été rétabli (20 janvier 1563), on eut à prendre des mesures pour
empêcher que les chiens et les loups n'enlevassent les cadavres
du cimetière Saint-Maur et ne les tratnassent et mangeassent
par les champs et par les rues (1).
Pendant ce temps-là, qu'étaient devenus Petremol et Bréart ? 2
En 1560, le premier avait été chargé par le Roi de demeurer
près du maréchal de Bouillon, gouverneur de Normandie, pour
le seconder « dans les matières qui mériteroient quelques ins-
tructions concernant les troubles et émotions populaires, et
pour juger les choses qui pourroient demander quelque célé-
rité ». Cette commission qui visait les protestants, donna lieu
à un complot que put déjouer le Parlement. Mais Petremol res-
tait en butte à la haine et à la vengeance de ceux qu'on l'avait
chargé de punir. Il ne tarda pas à en ressentir les effets. Le 3 dé-
(t) Ce ne fut qu'en iS7t (janvier et avril), qu'on put s'occuper de la répa-
ration des portes, clôtures et chaires de Féghse de la Madeleine, « rompus
pendant les troubles de l'an i562 L'image de Saint-Julien, abattue par les
protestants au prieuré de Saint-Julien, avait été restaurée par le scutpteur
Etienne Desplanches, en janvier i564.
cembre de cette année, une bande de furieux vint cerner, en
proférant des menaces de mort, la maison où il se trouvait, oc-
cupé vraisemblablement à quelque œuvre d'assistance pu-
blique (i). Il réussit à leur échapper et vint faire ses plaintes à
la Cour, qui, pour sa sûreté, le contraignit par un arrêt à cher-
cher promptement, et sous escorte, un refuge dans le château.
Quelques jours après, le 8 décembre, il venait, de nouveau, au
palais annoncer qu'il se machinait quelque chose contre lui (2).
a Jamais, avait-il dit, je n'ay fait que tout le bien que j'ay
pu faire à la Ville et aux habitans. Je n'ay point mérité d'être
(U M. Floquet nous apprend que cette agression eut heu dans«)'ancienne
demeure du Centrât Prudhomme, cet ami de Marot, maison sise à une extré-
mité de la t))te, )j oùest aujourd'hui l'Hôtel-Dieu NMt. du Pari., H, 347.
Petrcmot n'était pas assez nche pour avoir acquis cette demeure, où la reine
douairière d'Ecosse avait été logée en t5SO. L'aequtsihon du jardin du Gé-
néra! Prudhomme (Louis Prudhomme, sieur de Fontenay en Brie), fut déodéc
dans une assemblée où apurèrent Carrouges, lieutenant général en Nor-
mandie, et le Premier Président de Bauquemare, 24 février U67, après qu'on
eut reconnu que ce terrain était très commode pour bâtir un hospice pour les
pestiférés. Un arrêt du Parlement du 12 avril de cette année nous apprend
que la demeure de Prudhomme avoit été ruinée et démotie au moyen des
troublcs advenus en l'an t5C2 L'acquisition s'en fit moyennant un prix de
3,600). Le vendeur était Nicotas Luillier, sieur de Saint-Mesmin ,tuteur et cu-
rateur de ses neveux, enfants mineurs de feu L. Prudhomme et de Marie
Luillier.
(2) Ce fut Petremol qui donna au Parlement la première nouvelle de la
mort du ro) François II, quand tes conseillers vinrent ( le 8 décembre) s'in-
former auprès de lui des vexations dont 't avait à se plaindre de ses ennemt*
Voir pour le rôle de Petremol, M Floquet, NM<. du PaW«n<n<, !t, t46, 35t,
352, 366, 368.
ainsi traicté Toutes fois. Dieu soit loué, en la garde duquel je
me mectz, qui me gardera, s'il lui plaist 1 L'animosité qu'on
avait conçue contre lui, non seulement persista, mais ne fit que
s'accrottre i'annëo suivante, parce qu'on le soupçonnait d'être
en rapport avec un émissaire des Guises, un nommé Quitard,
envoyé, disait-on, pour prendre des notes secrètes sur les reli-
gionnaires et sur leurs biens, en d'autres termes, pour préparer
des listes de proscription, fait plus ou moins avéré, mais pour
lequel ce particulier fut condamné à mort et exécuté le 29 sep-
tembre 1561.
Plus que tout autre, Petremol était donc exposé aux mauvais
traitements des protestants, lorsque ceux-ci se furent rendus
maîtres de Rouen. Le Roi, à la première nouvelle des troubles,
avait permis aux officiers du Parlement de se retirer dans leurs
maisons de campagne. Peu de temps après (août 1562), il leur
ordonnait de se rendre à Louviers pour tenir leur juridiction(i).
On ne trouve pas le nom de Petremol parmi ceux desconseitiers
qui se conformèrent à l'ordre du Roi. Son âge pouvait être consi-
déré comme une excuse valable. H dut s'en tenir la permission
donnée antérieurement par le Roi et alla finir ses jours, soit à
Paris, près de son fils, soit à RierviHe, où il possédait une
maison de campagne (2).
(t) Déclaration du Roi dans les Wf'MOtrM de Condé, [H, 557.
(2) Cette terre de Bierville lui avait donné le droit de s'intituler sieur de
BterviXe. Cette qualification fut contestée à son fils par un propriétaire de la
même paroisse, LeVillain,et ne lui fut définitivement acquise que par la vente
que les religieux de Samt Lo lui firent, le 8 juin i575, du 6ef de Saint-Lô,
dit communément Bierville. Jacques Petremotfst cité comme avocat au Par-
lement de Normandie, le 27 juillet i559. (Tab. de Rouen). H fut nommé con-