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Le Triomphe admirable observé en l’alliance de Betheleem Gabor, prince de Transylvanie, avec la princesse Catherine de Brandebourg

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Variétés historiques et littéraires, Tome ILe triomphe admirable observé en l’alliance de Betheleem Gabor, prince de Transylvanie, avec la princesse Catherine deBrandebourg.1626Le triomphe admirable observé en l’aliance de Betheleem Gabor,prince de Transilvanie, avec la princesse Catherine de1Brandebourg ; ensemble les magnifiques presens envoyez dela part de l’Empereur, du roy d’Espagne, de l’evesque deCracovie, et autres princes d’Allemagne, et celuy du GrandTurc, envoyé par un Bacha ; traduit d’allemand en françois.À Paris, chez Jean Martin, ruë de la Vieille-Boucherie, à l’Escu deBretagne.M.D.C.XXVI.In-8º.Comme il n’y a rien qui oblige davantage les bons esprits au contentement que lacuriosité qu’ils ont tousjours d’apprendre ce qu’ils ne sçavent pas, j’ay creu enobliger beaucoup de ceste espèce en leur faisant voir, par un veritable recit, lesplus belles magnificences, les plus beaux triomphes et les choses les plusremarquables que l’antiquité nous aye laissé pour un mariage d’entre un prince etune princesse seulement. Pour en venir à la pure verité et ne point entretenir leslecteurs de fantaisies imaginaires, comme beaucoup d’autres qui de rien font deschoses de grand prix, je commenceray à dire :Que Betheleem Gabor, prince de Transilvanie, estant arrivé à Cacha pour ysolemniser son mariage avec la princesse Catherine de Brandebourg, voulut luy-mesme, comme un grand capitaine qu’il est, faire les logemens des ambassadeursqui le devoient ...
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Variétés historiques et littéraires, Tome I Le triomphe admirable observé en l’alliance de Betheleem Gabor, prince de Transylvanie, avec la princesse Catherine de Brandebourg. 1626
Le triomphe admirable observé en l’aliance de Betheleem Gabor, prince de Transilvanie, avec la princesse Catherine de 1 Brandebourg ;ensemble les magnifiques presens envoyez de la part de l’Empereur, du roy d’Espagne, de l’evesque de Cracovie, et autres princes d’Allemagne, et celuy du Grand Turc, envoyé par un Bacha ; traduit d’allemand en françois. À Paris, chez Jean Martin, ruë de la Vieille-Boucherie, à l’Escu de Bretagne. M.D.C.XXVI. In-8º.
Comme il n’y a rien qui oblige davantage les bons esprits au contentement que la curiosité qu’ils ont tousjours d’apprendre ce qu’ils ne sçavent pas, j’ay creu en obliger beaucoup de ceste espèce en leur faisant voir, par un veritable recit, les plus belles magnificences, les plus beaux triomphes et les choses les plus remarquables que l’antiquité nous aye laissé pour un mariage d’entre un prince et une princesse seulement. Pour en venir à la pure verité et ne point entretenir les lecteurs de fantaisies imaginaires, comme beaucoup d’autres qui de rien font des choses de grand prix, je commenceray à dire :
Que Betheleem Gabor, prince de Transilvanie, estant arrivé à Cacha pour y solemniser son mariage avec la princesse Catherine de Brandebourg, voulut luy-mesme, comme un grand capitaine qu’il est, faire les logemens des ambassadeurs qui le devoient aller trouver, et faire orner devant luy tous les autres destinez pour les delices de ses nopces.
Le premier ambassadeur qui luy arriva fut celui du prince de Walachie, accompagné de cent cinquante gentilshommes, lequel, après avoir eu audience, luy presenta deux grands chevaux si richement enharnachez que la description que j’en voudrois faire icy effaceroit quelque chose de la valeur et de l’estime d’un si riche present.
À ceste arrivée succeda celle des ambassadeurs du prince de Poulogne, l’evesque de Cracovie, duc de Sburas et de Strastota et Sendomiria. Il n’en vint point de la part du roy de Poulogne, pourceque, quelques jours d’auparavant, le prince de Transilvanie s’estoit offensé contre Sa Majesté de ce que, luy envoyant par un courrier un pacquet où il n’avoit point mis les qualitez au dessus, il ne le voulut pas recevoir à ceste occasion, et le renvoya avec ceste responce au roy, qu’il ne devoit point feindre à luy donner les tiltres et les qualitez dont l’empereur et les autres roys et princes de la chrestienté le qualifioient ; que, ne le faisant pas, il luy tesmoignoit n’estre pas son amy, veu qu’en cela c’estoit comme s’oposer à son bonheur et à sa 2 gloire .
Un bacha arriva après, de la part du grand-seigneur, suivy d’une belle compagnie de Turcs et Tartares, au devant duquel le prince envoya son carrosse et quantité de seigneurs de qualité, avec cinq cens lanciers, qui conduisirent cest ambassadeur jusques à son logis ; le son des tambours et des flustes, qui sont les instrumens ordinaires dont ceste nation se sert pour les plus grandes resjouissances, ravissoit les cœurs d’admiration, estonnant la terre et resjouissant le ciel. Comme l’ambassadeur eust esté ouy, il presenta au prince, de la part de son maistre, deux grands chevaux turcs avec les caparaçons et les crinières de toille d’or, et treize hommes turcs, dont trois presentèrent chacun un habit à la turque de toille d’or, trois autres chacun un de toille d’argent, et les autres sept des estoffes les plus precieuses dont les plus grands princes se servent en ce pays-là. Le mesme jour, le prince fit un festin au bacha et à toute sa suitte, où il n’y eust pas moins de
despence qu’à celuy de Marc-Anthoine avec Cleopâtre. C’est là qu’il prit la place d’honneur et beut à la santé du grand-seigneur, la teste couverte, ce qui estonna fort toute la compagnie. Le prince, qui a bon jugement et bon esprit, prévoyant et craignant tout ensemble les disputes qui pourroient survenir pour les presceances entre l’ambassadeur de l’empereur, qui devoit arriver le lendemain, et celuy du grand-seigneur, et jugeant aussi qu’à cause du grand nombre de gens qu’avoit amené le bacha il ne pouvoit plus longtemps sejourner sans beaucoup d’incommodité, il se servit de ceste ruse admirable pour le renvoyer honnestement sans lui deplaire, qui fut qu’il l’asseura avoir apris par un courrier exprès que sa maistresse estoit malade de la petite-verolle, et que pour ce sujet il l’alloit trouver, comme le devoir l’y obligeoit, de telle sorte que, ne sçachant pas l’heure certaine de son retour, il luy conseilloit de s’en retourner trouver son masitre ; ce qui fut aussitost executé que resolu : car le bacha s’en retourna le lendemain ; et la prompte arrivée de la princesse, et son visage aussi frais qu’à l’ordinaire, montrèrent bien que c’estoit bien par consideration d’estat que le prince de Transilvanie avoit ainsi congedié le bacha. Le lendemain de ce departement, les ambassadeurs de l’empereur, de son fils, 3 esleu nouvellement roy d’Hongrie, de l’électeur et du duc de Bavière, accompagnez de cinq cens chevaux beaux et lestes, au devant desquels le prince envoya six carrosses et un regiment de deux mille Poulonnois àpied, qui les conduisirent jusques aux logis qu’on leur avoit preparez, où l’on posa en haye force gens de guerre, qui tenoient depuis leurs maisons jusques au palais du prince. Après les audiances particulières, l’ambassadeur de l’empereur presenta une chaisne d’or esmaillée, reprise par couplets avec force diamans, prisée à soixante mille richedales. L’ambassadeur du roy de Hongrie donna un diamant d’une incroyable grosseur, estimé vingt mille richedales. L’ambassadeur de l’électeur et duc de Bavière fit deux presens : l’un d’une fontaine d’or artistement fabriquée, et d’une grandeur desmesurée, de la part de son maistre, et l’autre d’un aigle d’or, dans lequel y avoit un horloge très artificiellement fait, de la part de l’électeur de Cologne. La princesse de Brandebourg estant à demie lieuë de la ville de Cacha, le prince de Transilvanie alla au devant d’elle, accompagné de six mille chevaux, quinze cens Hongrois vestus tous de bleu avec du passement d’argent, cinq cens mousquetaires allemans, vestus de satin rouge avec du passement d’or et la livrée blanche, et une très grande suitte de seigneurs et de gentilshommes, qui estoient tous si bien couverts qu’il y a longtemps qu’on n’a veu chose si magnifique. Ce fut dans une grande campagne, où le prince avoit fait tendre grande quantité de tentes et de pavillons d’estoffes rares et precieuses, que se rencontrèrent ces deux amans. Le prince, voyant que sa maistresse avoit fait arrester son carrosse pour descendre et le saluer, luy descend aussitost de cheval, et, s’estant approché d’elle sans luy faire de grands complimens, il luy donna la main, qu’elle baisa, et la conduisit dans un pavillon de velours rouge tout couvert de clinquant d’or, où ils devisèrent ensemble une bonne heure et demie, après laquelle le prince sortit de là avec sa maistresse, laquelle il fit monter dedans un carrosse de velours cramoisy brodé d’or ; luy monta à cheval et s’en retourna dans la ville en bel ordre, à la teste de toutes ses trouppes, où devant lui paroissoient douze chevaux aussi richement enharnachez qu’il est possible de descrire, menez en main par douze esclaves ; deux elephans les suivoient, d’une prodigieuse grandeur, couverts de velours cramoisy en broderie d’or eslevée, où estoient depeintes toutes les actions les plus remarquables qu’avoit jamais fait le prince en toutes ses guerres. En cest apareil entra ce grand guerrier dans la ville, et ensuitte la princesse, sa maistresse, avec madame la duchesse de Bronsvich, sa sœur, qui estoit dans un carrosse de velours cramoisy, avec des clinquans d’or et d’argent aussi bien dehors que dedans. À leur suite il y avoit cent cinquante coches à la mode du pays, couverts de cuir rouge, tirez chacun par six chevaux, et conduis par deux cochers, vestus d’escarlatte, chamarrez de passement d’or ; deux cens cavaliers suivoient après, aussi vestus d’escarlatte, avec du passement d’or, et autre grand nombre de noblesse, qui n’avoit rien espargné pour paroistre à un jour si solennel. Il se remarque particulierement que le mareschal de Brandebourg avoit fait faire si grande quantité d’habits, et de si riches, qu’on en croit la despence revenir à cinquante mille richedales.
Plusieurs pages, montez sur chevaux fort richement enharnachez, marchoient après, ayant les pourpoins de toille d’or noir découpée, et dessous des camisolles de toille d’or, et les hauts de chausses et manteaux de velours noir, chamarrez de passement d’or, et grand nombre de laquais vestus de la mesme façon.
C’est là la suite de la princesse, qui, pour n’estre point d’une haute taille, ne laisse pas d’être d’aussi bonne mine qu’il se peut dire. Elle est brune, mais la plus agreable et la plus blanche qui se puisse voir ; elle begaye un peu, mais non à dessein, ny par affetterie, et cela luy revient si bien qu’il y a de l’admiration à l’ouyr parler ; ses mains sont si blanches et si polies qu’il n’y a marbre qui le soit davantage.
Après que l’ambassadeur de l’Electeur de Brandebourg, qui avoit arrivé avec la princesse, eust eu audience, il presenta au prince un petit coffre d’ambre, plein de pierres précieuses d’un prix inestimable.
Cela fait, la ceremonie du mariage se fist au palais du prince, en presence de tous les ambassadeurs, et peu après on commença le festin, qui dura huict jours continuels, durant lesquels il ne se vit jamais des choses semblables. Là furent servies force viandes accomodées à la façon des Hongrois, desquelles ne peurent manger les Allemans, et, ne les trouvans à leurs goûts, les rejettèrent, s’en mocquant et n’en faisant point d’estat. Pendant ce temps là, c’estoit à qui inventeroit de nouveaux passetemps pour honorer le triomphe de ce mariage. Le jour on voyoit force courses de bagues, combats à la barrière, et autres exercices que la noblesse allemande est curieuse de venir apprendre en France ; le soir, on prenoit plaisir à voir toutes sortes de feux d’artifices, danses et jeux, dont chacun se divertissoit selon son inclination.
Le second jour de ceste resjoyssance fut dansé un balet par quelques seigneurs Allemans, qui fut fort approuvé et trouvé beau generalement de tous ceux qui le virent, hormis des Hongrois, qui, comme ignorans en semblables gentillesses, le trouvèrent fort extravagant. Le mesme jour, sur le soir, où l’on voyoit rompre le bas à quelques cavaliers, le boufon du prince en défia un autre, par galenterie, à faire cest exercice ; mais il en devint si bon maître qu’il mourut le lendemain, d’un esclat de sa lance qui luy donna dans l’œil.
Le jour suyvant, le prince donna à sa femme quantité de pierreries, belles par excellence, jusques à la valeur de deux cens mil richedales, et ce qui est à remarquer, c’est qu’encores qu’il n’y eust aucuns ambassadeurs de France, d’Espagne, d’Angleterre, de Venise, ny de quantitez d’autres royaumes, seigneuries et republiques, et y estant convyez toutesfois, la valeur des presens que l’on a envoyé s’est montrée deux fois plus grande que la despense de toute ceste magnificence.
Tant de pompes cessées, et l’esprit du prince appelé ailleurs, l’oblige à s’en retourner en Transylvanie.
Il traversa le fleuve de Tyssa, sur lequel il fist faire un pont de basteaux qui luy cousta 6,000 richedales, et chacun se retira dans son pays.
L’ambassadeur du roy d’Espagne, qui estoit en chemin pour aller de la part de son maistre trouver le prince en Transilvanie, aprit à deux journées de Cacha son retour ; cela le fit rebrousser sur ses pas, et il ne laissa pas d’avoir le present qu’il avoit charge de lui faire par l’un des siens, accompagné de quatre gentilshommes, qui estoit deux diamants estimez 4,000 richedales.
C’est là tout ce qui s’est passé de plus remarquable aux nopces de ce prince, de qui la valeur et son espée luy ont acquis le tiltre qu’il possède maintenant. Et en ces pompes diverses il a bien tesmoigné sa puissance et sa grandeur, plus grande que beaucoup ne se l’imaginoient pas.
Nous le laisserons à l’abry de ses mirthes, qui se joignent à ses lauriers, et qui font la paix entre Mars et l’Amour.
1. Elle étoit sœur de l’électeur de Brandebourg. Avant de mourir, Bethlem Gabor, qui n’avoit pas d’enfants, ordonna que Catherine lui succéderait ; mais son ordre ne fut pas exécuté.
2. Bethlem Gabor tenoit d’autant plus à ses titres que, né d’un simple gentilhomme, il se devoit tout à lui même.
3. À peu d’années de la, Bethlem Gabor, en guerre avec l’empereur Ferdinand II, et agissant de concert avec les troupes ottomanes, devoit, après une heureuse campagne, prendre pour lui-même ce titre de roi de Hongrie ; mais il l’abdiqua bientôt, se contentant de garder ses conquêtes.
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