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Le Triomphe de la religion catholique, dithyrambe, par M. Boussot,...

De
136 pages
G. Mouret (Aix). 1814. In-8° , 137 p..
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LE
TRIOMPHE
DE LA
RELIGION CATHOLIQUE,
DITHYRAMBE.
PAR M. BOUSSOT, Avocat.
» Ecce ego vobiscum su?n, omnibus diebus
y usijuô ad consummationem sct'cuh. »
Math. cap. xxvin. f. 20
A AIX,
Chez G. MOURET, Imprimeur du Kui et
Libraire. 1814*
AVIS.
JiAfOlS depuis plusieurs années composé
ce petit Poème , et la plupart des notes qui
ïaccompagnent, priais sans aucun dessein
de le livrer au public.
L'année dernière entendant dire à plusieurs
personnes quelles craignoient pour les jours
du Pape, et que la religion ne fût ren-
versée, je m'étois décidé à le livrer à l'im-
pression , mais on pense bien que j'avois
omis tout ce qui me paroissoit pouvoir
offenser le gouvernement d'alors. J'eus oc-
casion de parler de mon manuscrit et de le
montrer à. un inspecteur de la librairie ,
a qui je fis part de mon dessein ; après avoir
jeté un conp d'oeil sur la troisième strophe
et la note qui ïaccompagnait , il me le
rendit en me disant : » Ce n'est là qu'une
satyre détournée, et il parolt d'ailleurs que
voire objet est d'exciter l'intérêt en faveur
d'un prisonnier d'étal ; je ne vous conseille
pas de présenter cela à la censure. »
Je m'abstins donc de le présenter, et mon
ouvrage n'y aura vraisemblablement pas
perdu , puisqu'il m'est permis de le publier
aujourd'hui avec des augmentations et des
ehangemens considérables.
Lès hôtes* qni l'accompagnent pùfoîtfont
longues à, ceux qui ne les liront pas , et à
eeux qui auroient pu s'en passer. J'espère
qu'elles seront jugées utiles par te phts grand
nombre des lecteurs.
Si un ouvrage étoit parfait, par cela
seul qu'on ïimprimerait a Paris, je n'aurois
rien négligé pour publier le mien dans la
capitale. Tout ce que je puis en ce moment r
c'est de promettre de prendre en bonne part
et de tâcher de faire mon profit des avis de
la critique , si je suis dans le cas d'eu.
donner une seconde édition*
LE TRIOMPHE
m LA RELIGION CATHOLIQUE;
DITHYRAMBE.
» Ecce ego vobiscum sum , omnibus diebus
» usquè ad consummationem seculi. ,
Math. cap. xxvni. f. 20.
J'AI VU les enfans de la terre
Armés contre le roi des cieux,
. Et d'Encelade furîeux
3L,e hras qui menaçort le maître du tonnerre.
Tout pliait sous l'effort de ce bras indompté ;
Les monts européens en redoutoient l'audace ;
Jl les faisoit mouvoir, il en marquoit la place 7
Ils trembloient sous sa volonté.
Son front étincelant des feux de la comète ,
■Sembloit de l'Éternel effacer la splendeur ;
Lorsqu'atteint par la foudre, il chancelé, il s'arrête ~
Et s'abîme aux pieds du Seigneur.
6a force a disparu comme une ombre légère,
Tandis qu'on la portait à l'immortalité.

(6)
0 sagesse de l'homme ! ô grandeur mensongère !
Hélas t tu n'es que vanité ! (i)
7
Là gloire et les plaisirs du monde
En un instant s'éclipseront.
Les monumens s'écrouleront. (2)
La nature elle-même aujourd'hui si féconde,
Recevra de la mort une atteinte profonde. (3)
Et les siècles s'écouleront.
Mais ta parole est immuable (4)
Seigneur ! et rien ne peut en suspendre l'effet.
L'impie essaye en vain d'abolir ton décret ;
Ii n'est que l'instrument du pouvoir qui l'accable. (5)
Ainsi ne pensent point les modernes Titans.
Des soleils dont tes doitgs ont parsemé l'espace
Pour y graver ton nom , quand tu créas le temps ;
Ce nom si redouté, leur compas l'en efface.
Quoi ! nous verrions ces conjurés
T'exclure ainsi de ton empire ,
Et le système affreux qu'enfanta leur délire
Tiendroit lieu des dogmes sacrés ! (6)
Pourquoi dans leur horde funeste
Veulent-ils que je sois admis ? (7}
Ennemis du pouvoir céleste
Peuvent-ils être mes amis l
La Raison , disent-ils sans cesse ^
La Raison, voilà la déesse (8)
Qui, seule , a droit à notre encens.
Mais leur déité profanée
(7)
N'est, dans leur conduite effrénée,
Que l'humble esclave de leurs sens.- (9)
Fuyons l'aspect de cette idole ,
De<qui la trompeuse bonté
Présente aux mortels qu'elle immole-
La coupe de la volupté.
Mais quand d'une lèvre imprudente ,
Pour étancher leur soif ardente ,
Ils ont savouré le poison ;
Cette impitoyable furie ,
D'une main d'ulcères flétrie ,
Donne la mort en trahison,
Tel un perfide météore
,Formé d'un gaz impur s'enflamme dans la, nuit,
Le mortel dérouté que sa lueur séduit
En le suivant, s'égare encore ;>
Il sourit en songeant à l'acceuil du fermier
Dont le,,foyer produit la clarté qui le guide;
Il touche de ses voeux au seuil hospitalier
Hélas ! il dormira dans l'étang homicide.
J
Fille de l'Éternel et soumise à ses lois ,
La Raison véritable à mon secours s'avance ; (10)
Et je sens dans mon coeur descendre l'évidence ,
Aux accens de sa voix.
v De ce vaste univers je suis la souveraine :
9 Ces mondes infinis , c'est moi qui les enchaîne ;
» Mais puis-je suffire à tes voeux ?
» Mortel, une clarté plus pure ,
C ( 6 )
» Est, par l'auteur de la nature J
!» Réservée à tes foibles yeux.
£ Vois ce phare allumé sur le roc immobile ;
è> A l'aspect de ses feux le matelot tranquille
» ' Espère de rentrer au port ;
$> Entouré de la nuit, il brave la tempête ;
» Et les fiers aquilons déchaînés sur sa tète
»'Ne lui font pas craindre la mort.'
b Voudras-tu rejeter son éclat salutaire
» Et navigateur téméraire
I» Ne consulter que toi dans un péril certain ?
i> Qu'es^tu donc pour vouloir te suffire à toi-même ?
» Ta misère est extrême
» Et ton savoir est vain, (n)
i
V . •
\
» Tu veux \concevoir tout, et ta folle insolence
» Ose demander compte au suprême pouvoir ;
» Quand le moindre Ciron, de ton intelligence
» Feroit\le désespoir. (12)
» L'objet de la foi de tes pères
» Sera-t-il une absurdité ,
5» Parce que d'étonnans mystères
» Ne sont point sans obscurité l (i5)
» Ah ! plutôt, baissant la paupière ,
» Redoute la vive lumière,
1i> De ce soleil divin qui daigne se voiler ;
» L'astre du jour existe, et tu n'y mets nul doute ;
» Pourtant les yeux fixés sur la céleste voûte ,
» Peux-tu le contempler ï (14)
(9)
Dans ce qu'il opère
Je vois le Seigneur ; (i5)
Sa lumière éclaire
La nuit de mon coeur.
De l'humaine race
Fixe , par ta grâce ,
Les voeux inconstans I
Seigneur , ta puissance
Est de tous les temps !
Et, de ta clémence ,
O quelle abondance ,
De faits éclatans !
Les divins oracles
Sont promulgués dans l'univers j (16)
L'aspect des miracles
A changé le coeur des pervers ; (17)
Malgré mille obstacles
L'évangile est connu chez les peuples divers. (18)
Où la Jérusalem nouvelle
N'a-t-elle pas des citoyens ?
O prodige ! Rome est fidèle ;
Carthage a brisé ses liens.
Déjà le Sicambre indomptable (19)
Au Gaulois devenu semblable ,
Se mêle parmi les chrétiens.
Pourquoi nous vantiez-vous vos sages (ao) ,
Vos législateurs , vos guerriers (ai) ?
Qu'ont-ils fait ? Où sont leurs ouvrages ? (aa)
Grecs orgueilleux, Romains altiers.
Parlez, de vos moeurs corrompues ,
Et de vos fêtes dissolues ,
Faut-il rendre grâce à 'Platon ? (23)
Caprée et ses plaisirs infâmes,
Sont-ils les leçons qu'à vos femmes ,
Dicta le rigide Caton (24) f
Que peut votre philosophie
Pour le bonheur du genre humain î (p,S)
Un remède aux maux de la vie ,
Chez elle on le désire en vain.
Offre-t-elle un modèle à suivre ,
Et nous enseigne-t-elle à vivre ?
Non. Elle apprend à disputer. (26)
Chaque secte à son gré s'égare ,
En méprisant le peuple ignare
Qui n'es.t pas venu l'écouter.
Dans le crime et dans la mollesse
Coule tes jours, ô peuple-Roi !
Du nord , la hache vengeresse
Viendra bientôt fondre sur toi. (27)
La nature humaine flétrie
S'abime dans la barbarie ,
Le luxe et la férocité.
Point de terme à ce mal extrême ,
Si Dieu ne daigne pas lui-même
Régénérer l'humanité. (28)
Celui qui pétrit la poussière
Qu'avec son souffle il anima ,
Quitte l'éternelle lumière
( M)
Pareil à celui qu'il forma.
Le 'Créateur reçoit la vie ,
Timide agneau qui s'humilie
Sous la verge de la douleur j
C'est dans le sein de l'indigence
Que , pour signaler sa puissance ,
Se fait homme le dieu sauveur. (29)
Devenu notre égal, il s'avance au supplice
Accablé du fardeau de notre iniquité,
H satisfait pour nous l'inflexible justice ,
Et la mort le ravit au monde épouvanté.
Son sang a couvert nos misères
Et sa croix devient notre appui ;
S'il n'est plus l'égal de ses frères ,
Ses frères s'ont égaux à lui.
Confiez-vous en ses promesses
Vous , les pasteurs de son troupeau ,
Abjurez enfin vos foiblesses ;
Il a triomphé du tombeau.
Il se montre à vos yeux , il parle à vos oreilles ,
Il se rend maniable à vos sens éperdus
D'où vient?.... Ils vont déjà publiant ces merveilles ?
Ils ont de l'Esprit saint recueilli les vertus. (3)
Contre leur sacré ministère
En vain le siècle a combattu.
Leur voix a retenti dans ce vaste hémisphère ,
Le Dieu des nations en est enfin connu.
Sur la terre , aux enfers , est-il une puissance
Pour les forcer au silence ,
( 12)
Pour arrêter leurs travaux l
Non. Des martyrs la constance "'
Lasse le fer des bourreaux. (3i)
Le sang de ces martyrs engendre les fidèles, (32)
Déjà de toutes parts
Des légions nouvelles
Du Christ, de l'homme-Dieu suivent les étendarts.
Gloire aux cohortes immortelles !
La Croix a triomphé de l'aigle des Césars.
Viens ,' fille de Sion ! nous tarirons tes larmes.
Règne sur des sujets dans la pourpre élevés ;
Prends notre diadème, et livre nous tes charmes 3
Ainsi parlent les rois à ses pieds captivés.
Jamais une molle indolence
N'a pu lui dicter le repos ,
Au sein de la magnificence
Elle enfante encor des héros.
Toujours semant la zizanie ,
Parmi l'Eglise désunie
L'orgueil veut répandre l'erreur ";
Forte en celui qui la protège ,
L'Eglise voit le sacrilège
Et le repousse avec horreur. (54)
Souvent on a vu les orages
Prêts à détruire la moisson ;
Aglo;nérés , d'affreux nuages
Dans la nuit plonger l'horison ;
Et leurs flancs enflammés , sillonnés par la foudre
( i5)
En grêle se dissoudre ; ' v
Une sombré clarté
Permet d'apercevoir ce qu'ils ont dévasté.
La plante a succombé dans la plaine inondée.
L'arbre , de son feuillage est resté dépouillé.
Mais l'air devient plus pur , la terre est fécondée ,
Et d'un éclat plus vif le soleil a brillé.
L'orage est dissipé qui menaçoit nos têtes !
Content de notre repentir ,
Dieu nous permet encor d'assister à ses fêtes 1
Il procure à Sion de nouvelles conquêtes
Sur ceux dont les forfaits dévoient l'anéantir ! (35)
Seigneur ! pour mieux montrer ta gloire
Tu permets à tes ennemis
De te disputer la victoire j
Leurs complots ; tu les as permis. (56)
Dans les décrets de ta sagesse
Tu veux que les combats signalent tes élus
La palme les attend , un saint désir les presse,
Rien ne résiste à leurs vertus.
Contre la loi que tu nous as donnée
J'ai vu l'impie épuiser sa fureur.
J'ai vu le deuil de Sion consternée ,
Dans le lieu saint mille scènes d'horreur.
Je disois , dans ce temps funeste ,
Le Seigneur s'est-il endormi l
Mais sa bonté se manifeste ,
Dans la. foi je suis affermi. (57)
( i4 )
Qui pourroit s'empêcher de croire î
Qui pourroit de l'impie adopter les discours ï
Au sophiste insensé j'opposerai l'histoire
Des événemens de nos jours.
Oui , qu'elle rende témoignage
A l'éternelle vérité ;
Si du Dieu tout puissant il n'étoit pas l'ouvrage
Le culte du Messie auroit-il subsisté ? (38)
Dès long-temps remplis d'un faux zèle
Des réformateurs délirans ,
Tentaient d'entraîner le fidèle
Dans mille piège différens. (3g)
Déjà leurs adeptes sans nombre
Ont parcouru tous les états ;
Aux voeux qu'ils ont formés dans l'ombre
r Ont succédé les attentats
Loin de moi le tableau des crimes
Dont ils ont souillé l'univers !
De leurs déplorables victimes ,
Qu'à mes yeux les tombeaux ne soient point découverts l
Que la Seine et le Rhin , que la Loire et le Rhône
Ne nous présentent point leurs mânes gémissans I
Pourquoi sur les débris de l'autel et du trône
Ferois-je-retentir mes lugubres accens?....
Dans ses cavernes souterraines (40)
L'Etna prépare ses fureurs ;
De ses explosions soudaines
D'affreux rugissemens sont les avant-coureurs.
L'eau , la pierre , le bitume ,
Embrasés, confondus, sont vomis-dans les airs j
(i5)
Les plus rians jardins sont changés en déserts,
Un long torrent de feu s'élance et les consume
Les humains et les animaux
Sont renversés sous la poussière ;
Le palais avec la chaumière
Ont disparu dans ce cahos.
La terre s'est émue, elle mugit ,/s'entrottve ,
Et dans les plus lointains climats ,
Des- canaux imprévus la trace qu'on découvre ,
Fait comme leurs sujets pâlir les potentats. (41)
Mais bénissons sa providence ;
D'un Dieu la visible puissance
Préside à ces ébranlemens : (42)
Dans l'antre de l'Etna c'est sa main qui resserre
L'impureté des mers T la crasse de la. terre ,
Pour en purger les élémens.
Celui qui rétablit la nature ébranlée
A Sion promit son secours 5
En vain par les méchans , Sion! tu fus troublée ,
Leur règne est terminé, le tien dure toujours. (43)
Chaste épouse du Christ jusqu'à la fin la même ,
Les siècles ne sauraient altérer ta vigueur.
Tes enfans d'aujourd'hui dans les eaux du baptême ,
Des chrétiens primitifs ont trouvé la ferveur. (44)
Quand, plus que de nos jours , des martirs intrépides
De leur sang généreux ont-ils scellé leur foi î
Les prélats , les pasteurs et les vierges timides (45)
Sont tombés triomphans sous les fers homicides ,
Ainsi qu'Elisabeth ,, Antoinette et mon, Roi l (46)
(i6)
N'avons-nous pas vu les impies
Confondus par tes défenseurs,
Et d'innombrables confesseurs
T'offrir leurs tourmens et leurs vies ?
Dans la misère et les liens :
» Mon Dieu ! s'écrioient-ils , nous sommes
» Les plus infortunés des hommes
» Et les plus heureux des chrétiens ! »
Il partagea leur gloire et devint leur modèle,
Ce pontife accablé d'ennuis et d'ans nombreux
Mort captif dans la France, où le peuple fidèle
Gémissoit sous le joug d'un pouvoir désastreux.
Désormais de l'aigle rapace _,
Qui peut interrompre l'essor .'
Quand tout succède à son audace
Qui peut lui résister encor l
Le Pontife est en sa puissance ,
Pauvre , isolé , mais sa constance
N'est point une humaine vertu j
Le Très-Haut entend sa prière t
^ Et vainqueur de l'Europe entière ,
Son persécuteur est vaincu.
Ce colosse d'or et d'argile
Lui , qui de Rome t'exila j
Qu'étoit-il l un roseau fragile
Dont Dieu fit un autre Atila.
Du Christ, vicaire vénérable ,
Vois , par un prodige admirable ,
Tes voeux pour la paix accomplis j
La France à ton siège soumise ,
Et le fils aîné de l'église
Reprenant le sceptre des lis I
NOTES.
C 17)
NOTES.
(1) Hélas ! tu n'es que vanité.
Il n'est rien que l'esprit de riiomme n'ait
tenté pour pénétrer dans les secrets du Tout-
Puissant, et pour se soustraire à son autorité.
Que de systèmes inventés pour expliquer
toutes choses sans recourir a. la divinité, et
sans admettre'l'action de sa providence ! Que
nous ont appris les auteurs de ces systèmes ï
si ce n'est que la vanité de leur foiblesse,
égaloit la vanité de leur audace.
Ne pourraient-ils pas s'appliquer ces pa-
roles de l'Écclésiaste ? » Je me suis proposé
f> de faire des recherches et d'aller à la dé-
» couverte de toutes les choses qui se font
» sous le soleil Et voilà une vanité uni-
» verselle , et une affliction d'esprit Jes
» me disois.au fond du coeur : voilà que je
» suis devenu grand, et que je surpasse er*
» connoissances tous ceux qui ont vécu avant
» moi dans Jérusalem. Mon esprit s'est livré k
» la contemplation de beaucoup de sciences ,
» et }e les ai apprises. Je me suis affectionné
» à l'acquisition de l'expérience et de féru-
» dition , et à reconnoîtxe les erreurs et la
>> sottise, et j'ai éprouvé que dans ces études,
» il n'y avoit que peine et affliction d'esprit;
» parce que plus on a de connoissances, plu*
» on a. de dépit (de savoir si peu), et qu'en
» ajoutant à la science ; on ajoute au travail
» ( par laquelle on l'acquiert. ) » — Eccl.,
chap. i $. i3 jusqu'à la fin.
(2) Les monuments s'écrouleront.
Ce sont pour l'ordinaire ceux que la vanité
des hommes leur fait considérer comme les
plus solides qui durent le moins. Démétrius
de Phalère survécut à ses trois cent soixante
statues d'airain.
( Voilà ce qui apparemment fut regardé
l'année dernière comme une satyre détournée
par le judicieux inspecteur dont j'ai déjà
parlé. )
Que sont maintenant devenus les milliers:
de bustes de cet homme auquel il n étoit pas
permis de faire allusion, et qui vouloit, il y
a peu de mois , que son image fût partout?
Combien de tems a-t-il fallu pour faire
disparoître sa statue colossale , qu'il avoit
placée au sommet de la eolonne érigée comme
un monument éternel de sa gloire , et qui ne
subsiste encore qu'en témoignage de la mag-
nanimité de ceux qui nous ont aidé à nous en
délivrer l
» Rien de nouveau sous le soleil, per-
t *9 )
» sonne n'est fondé à dire , voyez;, ceci est:/
» récent: car il nous précède dans les siècles
» antérieurs. On ne se rappelle plus des évé-
» nemens anciens ; et dans des siècles plus
» reculés, on perdra le souvenir de ceux qui
» arriveront dans la suite des tems. » •— Eccï.
chap. i , ii. i o et i1.
(3) Recevra de la mort une atteinte profonde* -
Ce dogme de la religion chrétienne est
aussi ancien et aussi répandu que celui de
l'existence de Dieu.
Un ordre admirable préside à la conser-
vation de l'univers ; faut-il donc s'étonner
que de graves philosophes qui n'ont eu aucune
notion de la création , qui n'ont pas voulu
admettre un commencement des choses , par
le seul et absurde motif qu'ils n'ont pu en-
imaginer le comment, aient refusé de croire
que cet univers étoit périssable, parce qu'ils
n'y découvraient aucune cause inhérente de
destruction ?
C'est ainsi que Pline, entr'autres , a con-
sidéré le monde. » Il est, dit-il, sacré ,
» éternel, immense , tout en tout, ou pour
» mieux dire, il est lui-même tout. » Sacer
est , immensus , totus in toto, ïmo vero
ipse totum, Hist. nat., lib. n , cap. i.
Mais Pline étoit athée, dans ce sens qu'il
se mocquoit des dieux du paganisme ( voyez
B a
'(> 20 )
«te qu'il en dit au même livre ; chap. vil ) ,
et qu'il n'en connoissoit point d'autre.
Le commun des hommes, sans se mettre
en peine d'imaginer et de comprendre , a
cçu que le monde avoit commencé et qu'il
prendrait fin , par la raison qu'il a cru en
Dieu , qui seul possède et peut posséder
l'éternité.
En cela , le vulgaire , le dernier paysan
chrétien en sait plus , est plus philosophe,
plus raisonnable dans sa croyance, que Pline
et ses pareils dans leurs systèmes.
Le premier croit un Dieu tout puissant,
tout intelligent, et qui est la vérité même.
> Dès-lors il admet sans peine, malgré qu'il
ignore comment cela s'est fait, que ce même
Dieu créa l'univers par un,acte de sa volonté,
«t qu'il le détruira quand il le voudra.
Il admet sans peine que Dieu aura cette
seconde volonté comme il a eu la première ,
parce que c'est sa parole qui l'en assure, et
que cette parole est vraie.
Le second, au lieu de trouver Dieu dans
ses ouvrages , l'en exclud parce que , frappé
de la bizarrerie et de l'indécence des dieux
de son pays, il aime mieux s'égayer à tourner
en ridicule leur forme et leur figure, que
d'interroger son coeur et son entendement. Or,
quel philosophe que celui quij occupé à d&-
(21 )
rouler le spectacle de l'univers, ne pense à
la divinité que pour se moquer de la barbe
d'un Jupiter et d'un Escuiape, ou du menton*,
imberbe d'un Appollon ? Si l'on ne savoit pas
que c'est là Pline , ne prendrait-on pas cette
manière d'agir et de raisonner , pour celle
d'un insensé l
(4) Mais ta parole est immuable.
» Le Ciel et la terre passeront, mais mes
» paroles ne passeront point. » — Evangile
selon St. Mathieu , chap. 24 , #. 35 , et
selon St. Marc, chap. i3 , iï. 3i.
Le même JÉSUS a dit aussi à son église :
» Voilà que je suis au milieu de vous ,
pendant tous les jours , jusqu'à la consonv
maLion des siècles. » — Même évang. selon
St. Mathieu ,• ch. 28 , #. 20.
Quel plus beau motif de confiance, ai»
milieu des persécutions et des conjurations
qui avoient la destruction de l'église pour
objet ! Quel pressant argument pour la con-
version des incrédules ! qu'ils y fassent at-
tention : dix-huit siècles n'ont point démenti
ces oracles de notre législateur, et ils vien«
nent au contraire d'acquérir une énergie
nouvelle.
Cependant , il conste d'une infinité de
passages des écrits de Voltaire, de Diderot,
de d'Alembert, du Roi de Prusse, etc., etc.,
( 2â )
qu'ils n'drtt rien négligé pouf parvenir à dé-
mentira ces prophéties , comme Julien leur
modèle s n'avoit rien épargné pour en de-
M^ntir une autre du même JÉSUS-CHRIST*
jdVïais » comme lui , ils seroient obligés de
•s'écrie; î Galiléen, tu as Vaincu^
Or, il est sensible que renonciation anté-
rieure de dix-huit siècles à ce qui s'opère
(aujourd'hui contre tous les efforts deâ so-
phistes de tous les teins et de tous les lieux,
.est une chose sur-humaine. Il faut donc ou
nier l'évidenGe du fait, ou reconnoîtrè que
£elui qui l'a promis et prédit > n'étoit pas un
simple mortel.;
(5) // n'est que tinstrument du pouvoir qui
l'accable.
Les conjurés contre la religion s'étoient
flattés qu'après avoir dépouillé, chassé, mas-
sacré ou déporté ses ministres ; renversé ses
autels] profané, fermé ou détruit ses temples;
aboli tout enseignement et pris tous les
moyens dont ils purent s'aviser pour la dé-
raciner de nos coeurs, il ne leur restoit plus
qu'à s'emparer du souverain pontife , pour
la faire oublier à jamais. Lorsqu'ils furent
parvenus à expulser de Rome le sacré collège,
et à détenir à Valence, dans la captivité où
£1 est mort confesseur de la foi, le vénérable
Vieillard Pie Vï > ils crurent avoir donné un
(23)
démenti formel à cette parole divine , qui
dit à Simon fils de Jean : Simon, tu es Pierre,
et sur cette pierre je bâtirai mon église ,
et les portes de l'enfer ne prévaudront point
contr'elle.
Cependant le sacré collège s'assemble â
Venise , et dans le même - tems que les
journaux de l'impiété publient que Pie VI
sera le dernier Pape, Barnabe Chiaramonte
est élu pour occuper après lui la chaire de
St. Pierre.
( Addition à la note. )
Peu après , un homme revient de l'Egypte
qui fut compté au premier rang des conjurés.
Dieu n'a pas besoin de changer son coeur
pour en faire l'instrument de ses desseins..
S'il rappelle les pasteurs, c'est parce quil a
besoin d'eux pour décider à la résignation ,
le troupeau qu'il se propose d'écorcher et de
dévorer. S'il ouvre les temples , c'est pour
qu'ils retentissent de ses éloges. S'il permet
la célébration de quelques-unes de nos fêtes,
c'est pour que la fête de son nom efface la
fête de la mère de Dieu , et nous fasse
oublier qu'un Roi très - chrétien avoit voué
son royaume à sa puissante protection.
Bientôt il ose se dire le protecteur de
réglise , et il pousse l'insolence jusqu'à vou-
loir que les évêques s'adressent à lui pour
( 24 )
le spirituel et pour le temporel, alléguant
qu'il est le seul soutien de l'église et qu'il
lui est nécessaire. Dans le même tems il
prive de ses états et de sa liberté, le pontife
généreux qui avoit versé sur lui l'huile sainte ;
et il emploit tout ce que la ruse, la violence
et le mépris du droit des gens- ont de plus
odieux.
Bientôt après il assaye de séduire les
prélats qu'il s'imagine trouver disposés à lui
obéir, attendu qu'il les a nommés ; et ces
préLts assemblés par son ordre , ne se sé-
parent point de leur chef prisonnier.
Alors il exige que la chaire de vérité n'ait
plus d'orateurs, et les plus illustres des mi-
nistres de la parole sont envoyés en exil et
en captivité.
Dans sa rage, il imagine qu'il obtiendra
la victoire , s'il peut lutter avec toute sa puis-
sance, contre un pontife séparé de ses frères,
abreuvé d'outrages, et dont il tient le corps
sous sa dépendance absolue.
Mais au moment où il croit vaincre, le
successeur de Pierre est délié de ses tiens ,
et part pour aller gouverner encore la capitale
du monde chrétien.
Il suit bientôt lui-même la même route ,
et ce même peuple qui se portoit en foule
pour recevoir les bénédictions du souverain
(25)
pontife prisonnier d'un implacable tyran, ce
même peuple accourt sur son passage pour
l'accabler de ses malédictions !
L'oeuvre de l'impie étoit terminée, puis-
qu'il avoit en vain tout mis en usage pour
remporter la victoire sur l'épouse du Christ,
et qu'il avoit été vaincu dans sa puissance
absolue , par ce qui, suivant la* chair, étoit
la foiblesse même.
Il falloit peut-être cette réponse aux ar-
guties des sophistes. Elle offre un grand sujet
de réflexions aux chrétiens séparés de la
communion romaine. Ce qui vient de se passer
doit leur faire reconnoître que c'est à cette
église que s'adressent les promesses de JESUS-
CHRIST , puisque c'est en elle que ces pro-
messes viennent d'être si visiblement ac-
complies. Or, Jesus-Christ n'a pas plusieurs
épouses, s'il reconnoît celle-là, il est évident
qu'il rejette les autres.
Prions le Dieu de miséricorde et de vérité,
pour qu'il accorde le don de lumière aux
princes et aux peuples qui ont si admirable-
ment concouru à l'accomplissement de ses
desseins éternels. Le moment n'est peut être
pas éloigné , où , rentrés dans le giron de
l'église, par un de ces événemens merveilleux
que la clémence inépuisable du Tout-Puissant
nous donne lieu d'espérer, ils resserreront
(26)
<ïe plus en plus les liens de confraternité
qu'ils ont si glorieusement rétablis entre les
peuples de l'Europe. La sûreté et la splendeur
de leurs trônes dépendent bien plus que ne
le pensent les politiques humains, de cette,
unité de foi et de pasteur ; mais à Dieu seul
est réservée la gloire de cette réunion, si
avantageuse pour les monarques et pour leurs
sujets.
(6) Et le système affreux qu'enfanta leur
délire ,
Tiendroit lieu des dogmes sacrés !
Je ne veux point relever ici tout ce qu'il
y a d'affreux, d'absurde, d'immoral et d'anti-
social dans le système des sophistes : mes
notes qui seront bien plus longues et plus
nombreuses que je ne voudrois, ne peuvent
cependant pas contenir la substance des vo-
lumineux écrits des chefs de la conjuration
contre l'évangile.
Je ne ferai que cette seule question : com-
ment se fait-il qu'ils aient osé entreprendre
d'abolir une religion qui nous prescrit en
substance d'aimer Dieu par - dessus toutes
choses, et le prochain comme nous-mêmes ;
et qu'à ces deux préceptes d'amour ils aient
espéré pouvoir substituer ceux de la haine ï...
Ah ! c'est que la haine vient de l'enfer , et
qu'ils en étoient sortis.
( *7 )
ïîs nous l'ont bien prouvé lorsqu'au tems de
leur puissance, ils décrétaient la guerre àmort
contre telle ou telle nation, et proscrivoient
en masse telle ou telle classe de citoyens ;
lorsqu'ils punissoient de mort quiconque avoit
une opinion différente de la leur, pendant
qu'ils proclamoient la liberté des opinions]
lorsqu'ils déportoient ou massacroient les
prêtres catholiques dont ils venoient de pil-
ler et de fermer les temples, tenant à la
main un acte constitutionnel qui promettait
le libre exercice de tous les cultes. Prosternés
comme de vils idolâtres devant la statue ou
l'arbre de la liberté, ou offrant l'encens à la
déesse Raison, ils juraient haine à la royauté,
haine aux royalistes, haine aux prêtres , haine
aux catholiques , haine aux souverains, haine
à leurs sujets fidelles , haine à quiconque
n'embrassoit pas leur doctrine, et n'imitait
pas leur conduite , haine sur-tout au Dieu
des chrétiens et même au Dieu de la nature,
dont la plupart dénioient l'existence.
(7) Pourquoi dans leur horde funeste
Veulent-ils que je sois admis ?
Ils ont fait un crime aux ministres de l'évan-
gile de leur prosélytisme et de leur intolé-
rance. Mais qui peut dire combien eux-mêmes
ils mettaient de zèle à propager les maximes
de l'incrédulité, à procurer des néophites
< 38 )
h l'athéisme ? Qui pourra nombrer les inrioirt'
brables victimes de leur intolérance ?
Eh ! qu'ils ne viennent pas l'attribuer cette
intolérance destructive de tout ce qu'il y
avoit de bon et d'honnête parmi les hommes,
à l'effervescence d'une révolution commencée
dans la seule vue de remédier aux abus du
gouvernement, et de pourvoir aux besoins
de l'état.
• Mille preuves, mille témoignages éma-
nés d'eux-mêmes , dont ils se sont fait gloire,
lorsque leur conjuration contre l'autel et le
trône paroissoit avoir réussi, s'élèvent au-
jourd'hui pour les confondre.
Et si, accablés de honte, ils alloient en-
core essayer de donner des palliatifs à leurs
propres paroles, nous leur opposerions aussi
•celles d'hommes honnêtes, mais assez foibles
pour avoir toujours été leurs amis; celles,
par exemple , de Marmontel qui , dans le
i4.mo livre de ses mémoires pour l'instruc-
tion de ses enfans, rendant compte d'une
conversation qu'il eut dans la salle de l'aca-
démie française, avec son confrère le jacobin
Champfort,. la termine ainsi : « et le trône
» et l'autel, me dit-il, tomberont ensemble;
» ce sont deux arcs-boutans appuyés l'un
» par l'autre; et que l'un des deux soit brisé,
î» l'autre va fléchir. — Je dissimulai l'impres-
- (39)
j> sion que me faisoit sa confidence et pour
» l'attirer plus avant : — Vous m'annoncez,
» lui dis-je, une entreprise où je crois plus
» de difficultés que de moyens. — Croyez-
» moi, reprit-il, les difficultés sont prévues,
» et les moyens sont calculés. »
Or, c'était dans le palais de nos Rois,
qu'un homme qui tenoit son existence de la
munificence royale, parlait ainsi en 178g ,
avant la réunion des états-généraux.
Faut-il donner un échantillon de leurs prin-
cipes sur la tolérance avant la révolution,
je choisirai la lettre de l'abbé Galiani, insé-
rée dans celle du baron de Grimm, à la
date du i.er juin 1772. ( Corresp. de Grimm,
i.ere part., t. 2 , pag. 242 et 243. )
« Vous avez reconnu Voltaire à son sermoa
» ( sur la tolérance ), moi je n'y rèeonnois que
» l'écho de feu M. de Voltaire. Ah ! il raba-
» che trop à présent. Sa Catherine est une
» maîtresse femme, parce qu'elle est into-
-» lérante et conquérante. Tous les grands
» hommes ont été intolérans , et il faut
*> l'être : si l'on rencontre sur son chemin
» un prince sot, il faut lui prêcher la tolé-
» rance, afin qu'il donne dans le piège,
» et que le parti écrasé ait le tems de se
» relever par la tolérance qu'on lui accorde,
ï> et d'écraser son adversaire à son tour*
f5o)
» Ainsi le sermon sur la tolérance est un
» sermon fait aux sots ou aux gens dupes,
» ou à des gens qui n'ont aucun intérêt dans
» la chose : voilà pourquoi, quelquefois un
» prince séculier doit écouter la tolérance,
» c'est lorsque F affaire intéresse les prêtres
» sans intéresser les souverains. »
Veut-on un échantillon de l'esprit de pro-
sélytisme qui les animoit, j'emprunterai la
la lettre du baron de Grimm , du i.er janvier
1773 ( même volume, pag. 4to )» où il dit:
» Un peu avant le système social, a paru
» le bon sens ou idées naturelles opposées
» aux idées surnaturelles, brochure in-12
» de trois cent et quelques pages, C'est le
» système de la nature, dépouillé de ses
» idées abstraites et métaphysiques ; c'est
» l'athéisme mis à la portée des femmes
» de chambre et des perruquiers ; c'est le
9 cathéchisme de cette doctrine écrit sans
» prétention, sans enthousiasme, d'un style
» simple et précis, parsemé d'apologues
» pour l'édification des jeunes apprentifs
» athées. Il y a des gens qui, sans se piquer
» d'être fort catholiques, trouvent ces livres
» d'un extrême danger, et regardent leur
» multiplication comme un symptôme ef-
» frayant, Moi, je ne leur trouve d'autre
» danger que celui de l'ennui. Tout cela
( «i )
» commence à être si rebattu qu'on en est
» excédé. Cependant le monde ne va ni plus
» ni moins, et l'influenee des opinions les
» plus hasardées, est équivalant à zéro. »
Grimm a vécu assez pour que l'expérience
le détrompât, si toutefois il disoit sa façon
de penser, quand il vouloit persuader à un
prince souverain d'Allemagne que la prédi-
cation de l'athéisme n'était pas un poison.
Il a vu les effroyables convulsions qu'ont
produit ces doses de poison si souvent répé-
tées.
(8) La raison, voilà la déesse.
Oui, quoiqu'on en dise, il ne faudra jamais
l'oublier ce tems , où, dépassant les horreurs
de l'idolâtrie payenne , on prétendoit rendre
un culte exclusif à la raison, dans des tem-*
pies consacrés à l'Lternel.
Rougissons-en de honte, mais rappelions-
nous pour nous corriger à jamais , qu'au
même tems où le plus pur sang de la
France ruisseloit sur les échafauds, noa
pas l'image , mais une prostituée vivante
et à-peu-près nue, sous le titre de déesse de
la Raison, occupoit sur nos autels la place
du saint des saints, et en usurpoit les hom-
mages.
Il faut que nos derniers neveux le sachent,
pour qu'ils enduisent leurs oreilles de cire,
t 32 )
si jamais ils entendent les discours d'ua
sophiste ennemi de la religion de leurs pères.
Il faut qu'ils puissent lui répondre : les
payens qui adoroient l'impudique Vénus ,
n'en détestaient pas moins l'impudicité. Mais
vous ! rappellez-vous ce qu'ont fait ceux dont
vous êtes le sectateur, et taisez-vous.
Après que l'athéisme le plus absolu fut
suffisamment proclamé à la tribune et à la
barre de la Convention, où quelques prêtres
apostats venoient renier Dieu, le régicide
Robespierre s'avisa de faire décréter que le
peuple français reconnoissoit l'existence de
lEtre-suprême et timmortalité de lame.
Mais cet être-suprême, dont il devint le
grand prêtre , n'était qu'un être de raison.
Jl ne prescrivoit aucun dogme, ni aucune
règle de conduite. Il n'avoit pas, de temple
et point de culte. Un seul jour de l'année
étoit consacré à sa fête. Elle se célébroit au
milieu des champs; là, autour d'un autel de
gazon, fumoit l'encens offert par ceux qui,
gorgés de sang et de rapine, venoient protes-
ter qu'ils avaient les mains nettes et le coeur
pur.
Ce culte abominable fut imaginé comme
une espèce de transaction entre ceux qui
n'avoient pu se défaire de l'idée du Dieu de
leurs ancêtres, et les sectateurs de la Raison.
Les
(33)
Les temples des chrétiens n'en restèrent pas
moins fermés, ou exclusivement affectés à
ces derniers.
Un autre régicide, la Revellière-Lépeaux
ayant succédé au pouvoir de Robespierre,
voulut établir, au lieu du culte de l'être-su-
prême, celui de la théophilantropie ; mais
comme il n'avoit point d'échafaud à sa dis-
position , son culte ne sortit point de Paris y
et même de la chapelle où le directeur
alloit célébrer les mystères, suivi seulement
de quelques individus , dont la réunion étoit
appellée par le peuple parisien , celle des
filoux en troupe.
(9) Que l'humble esclave de leurs sens.
Cest-là qu'aboutissent tous les préceptes
des impies , quand ils invoquent leur raison
en délire. Ils ont beau diviniser cette raison
et préconiser la vertu; satisfaire ses goûts
et ne pas résister à ses penchansy sont les
dogmes qu'on trouve rebattus sans cesse
dans tous leurs écrits.
(10) La raison véritable a mon secours
s'avance.
Ce n'est pas d'aujourd'hui que les apolo-
gistes de la religion chrétienne ont démontré
l'accord parfait de cette raison épurée avec
la foi.
Je me propose d'ajouter une foule de nou^
C
< 34 )
veaux apperçus sur cette matière dans un
ouvrage dont je m'occupe depuis long-tems,
et que je publierai peut-être un jour.
J'y démontrerai en combinant notre sys-
tème religieux avec les découvertes faites
en ces derniers tems dans les sciences phy-
siques , comme aussi avec l'histoire , la juris-
prudence , la politique et les autres sciences
morales :
i.° Que la philosophie la plus sévère et la
plus exacte , nous conduit à la nécessité
d'une religion révélée;
2. 0 Qu'une religion a été révélée de Dieu
aux hommes , dont les caractères exigés par
cette philosophie, ne se trouvent que dans
^a religion catholique, apostolique et romaine;
3.° Que les expériences et découvertes
dans les diverses sciences physiques et mo-
rales , loin de lui ê tre contraires, la confir-
ment, et ne sont dues qu'au triomphe du
christianisme sur le paganisme;
4.°Que la science de l'homme, la morale,
la politique, la législation et la jurispru-
dence sont absolument redevables à cette
religion, de tout ce qu'elles ont de solide
et d'utile au genre humain,
(n) Et ton savoir est vain.
Pour nous en convaincre , il suffit de
considérer l'infinie divergence des anciens
C 35 y
philosophes, sur les questions qui intéres-
sent le plus le genre humain.' -,... ' ^
Je leur demande, i.° si Dieu existe^et ce.,
que c'est. .> >
Ils répondent :
Evémère de Tégée et Théodore de'Cyrène :
Non. _> , ,:f!
Simonide : Donnez-moi du tems pour répon=-_
dre ; plus je considère, plus je trouvénia
chose obscure. , ■, ^.,0-,f *'
Protagoras : On peut sur touterchose dis-
puter également le pour et le contre*-et
même on peut soutenir les deux opinions
contraires sur la question de savoir,.,si
l'on peut sur toute chose soutenir-le pour
et le contre. , ,
Nausiphanes : De tout ce qui paraît exister,
rien n'est, plutôt quil n'est point.
Parménides • Rien n'existe de ce qui paraît
exister, tous les êtres n'en sont qu'un.
Zenon d'élée ; Il n'y a rien.
Les Stoïciens : Oui, il y a un Dieu, c'est
un feu et un air qui pénètre le monde
universel.
Pythagore : C'est la monade, l'unité numé-
rique.
Démocrite ■• C'est un air igné, l'ame du
monde.
Aristote : C'est la forme séparée , mais s'ap-
C 2
( 36 )
fuyant sur la sphère de l'univers.
Thaïes: C'est l'aine du monde.
Platon : -.Dieu est seul , fils unique, né
de lui-même. C'est lui qui est le même,
la matière co - éternelle à lui et qu'il a
•• façonnée non àans peine et non sans résis-
tance , est l'autre,
^dnadhrtandre : Il n'y a pas un seul, mais
Ljpmsieurs dieux, ce sont les astres.
Epicure : Ce ne sont pas les astres qui sont
-' dieux, puisqu'ils ont la forme humaine ,
etc. etc. etc.
Je leur demande, 2. 0 ce qu'est le monde.
Ils répondent:
Platon : Dieu la formé en se servant de lui-
anême pour modèle de son ouvrage; c'est
' un animal vivant qui se nourrit de tout
ce qui se consume.
rAristote : C'est un composé éternel. ( Ce qui
est évidemment absurde. ),
Epicure : C'est un composé d'atomes impé-
rissables qui se détruit sans cesse.
Xénophanes : C'est un être éternel et exempt
< de corruption.
Pythagore et les Stoïciens ; C'est un être
engendré de Dieu, (c'est-à-dire, de l'unité
numérique suivant le premier, ou du feu
jet de l'air suivant les autres ) et qui ce* ■
(*7 )
pendant est périssable et doit se* résoudre
en son principe.
_, Je leur demande 3.° quel est le principe,
de ce qui existe.
Us répondent : »
Anaximène : C est l'air. , -
Thaïes : C'est l'eau.
Anaxagore : Ce sont les parties similaires.!
( De je ne sais quoi. )
Heraclite : C'est le feu.
Archelaùs : C'est la rareté et la densité d'un
air infini.
Empedocle : C'est l'amour et la haine.
Pytagore : Ce sont les nombres et leurs,
dimensions.
Platon : Dieu, la matière, et l'idée
Zenon : Dieu, la matière et les quatre
élémens.
Aristote : Dieu , la matière, la privation ,}
les quatre élémens , et un cinquième corps,
inconnu.
Je leur demande 4*** ce <ïue cest <Ttre
l'ame humaine.
Ils répondent :
Pythagore: C'est un nombre se mouvant
lui-même.
Aristote : C'est la première entéléchie dit
corps.
" §8^
Dicéarque : C'esty l'harmonie des quatre'élé-
mens.
Thaïes : C'est une nature sans repos et caus^
de son mouvement. ■ '
'Asclépiade le médecin: C'est l'ensemble de
l'exercice des sens.
Platon: C'est je ne sais qu'elle substance
douée d'intelligence.
Les Stoïciens ; C'est un air brûlant.
Anaxagore : C'est quelque chose semblable
à de l'air.
Démocrite : Quelque chose semblable à du
feu.
Epicure : C'est une température élémentaire.
etc. etc. etc.
Cette définition de l'ame humaine que
nos enfans apprennent dans nos temples,
ne seroit jamais tombée dans aucune de ces
fortes têtes de l'antiquité. Aucun des sages
du paganisme , n'aurait conçu l'ame de
l'homme, comme étant un esprit immortel
'capable de connoitre et d'aimer Dieu.
Nos philosophes modernes , même ceux
qui étant d'ailleurs orthodoxes, ont essayé
cependant de secouer en philosophie les idées
de leur catéchisme, n'ont pu trouver une
•'définition plus- exacte.
Frappés de leur intelligence, ils ont cru
(59>
pouvoir faire de cette intelligence le carac-
tère essentiel et distinctif de l'ame.
Mais il en est résulté qu'il leur a fallu,
ou nier l'intelligence des animaux, ce qui
est contraire à l'expérience; ou confondre
cette intelligence avec celle des animaux ,
ce qui loin de nous en distinguer , nous
assimile à eux, et ne peut par conséquent,
en bonne philosophie , entrer dans la défi-
nition de ce qui nous est propre.
Un esprit capable de connoitre Dieu, par
la contemplation de ses oeuvres, créé pour
l'aimer et pour être immortel, voilà ce qui
distingue essentiellement l'homme de la brute,
et par conséquent la seule bonne définition
de l'homme.
Ici, comme partout, la religion a mieux
dit que la philosophie , et cela n'est pas
étonnant , puisque la philosophie n'est que
l'amour et la recherche de la sagesse, tandis
que la religion est la sagesse elle-même.
(12) Quand le moindre Ciron , de ton
intelligence
Feroil le désespoir.
Diderot lui-même a dit ( Pensées philoso-
phiques , n.° 20 ), s'adressant à un athée :
» Je ne t'ai pourtant opposé que l'aile d'un
» papillon 5 quand je pouvois t'écraser du
» poids de l'univers. » Et c'est là pourlant
( 4o )
l'auteur du système de la nature \ ô incon-
séquence ! mais non, il n'y en avoit point,
t'était ici Ja doctrine publique; le système
■de la ncture étoit la doctrine secrète. Les
adeptes le publièrent sous le nom du défunt
Mirabaud. Ils attribuèrent cet ouvrage d'un
énergumène en déliré , au froid traducteur
du Tasse, afin que les initiés pussent recon-
naître tout de suite que c'était un des frères
tjui se cachoit sous ce nom. Il faut donc
s'écrier, ô imposture, ô perfidie !
^i3) Parce que d'étonnans mystères
Ne sont-point sans obscurité /
» C'est le mystère qui fait un des charmes
» de la religion. Ceux qui y veulent une dé-
» monstration géométrique, ne commissent,
» ni les lois de la nature, ni les besoins du
» coeur humain. » ( Bernardin de St. Pierre,
Éludes de la nature, note à la fin du cha-
pitre intitulé , plaisir du mystère. )
Ajoutons : les mystères de la foi sont in-
finiment au-dessus de ïa raison humaine,
mais celle-ci peut leur servir de base , et
ils/sont en harmonie avec ses principes. C'est
ce que je développerai dans l'ouvrage dont
j'ai déjà parlé, et que raisonnablement on
ne doit pas s'attendre à trouver dans un®
simple note.
( 40
(i4) Pourtant, les yeuxfixés sur la céleste
voûte
Peux tu le contempler /
» Ce grand Dieu mênie qui a bâti l'u-
» nivers, et qui soutient ce grand ouvrage x
» dont toutes les parties sont accomplies en
» bonté et en beauté ; lui, qui a fait qu'elles
» ne vieillissent point avec le tems, et qu'elles
» se conservent toujours dans une immortelle
» vigueur, qui fait encore qu'elles lui obéissent
» inviolablement, et avec une promptitude
» qui surpasse notre imagination ; celui-là,
» dis-je, est assez visible par tant de mer-
» veilles dont il est auteur. Mais que nos
» yeux pénètrent jusqu'à son trône pour le
» contempler dans ces grandes occupations,
» c'est en cela qu'il est toujours invisible.
» Considérez un peu que le soleil, qui semble
» être exposé à la vue de tout le monde ,
» ne permet pourtant pas qu'on le regarde
» fixement, et si quelqu'un a la témérité de
» l'entreprendre, il en est puni par un aveu-
» glement soudain. »
( Xénophon, des choses mémorables de
Socrate , liv. 4- )
(i5) Dans ce qu'il opère
Je vois le Seigneur.
Dans l'Étude de la nature, les philosophe»
les moins religieux sont ^obligés de recon-
soître, que ses ouvrages ont certains carac-
tères ineffaçables , que l'art ne peut jamais
qu'imparfaitement contrefaire ou défigurer.
Hs.y .admirent un système d'unité, de forcer
de,constance, d'intelligence et d'ordre dans
lequel on ne trouve rien de trop ni de trop
peu; la parcimonie jointe à la magnificence,
la petitesse à la grandeur, la simplicité à
la majesté ; une variété infinie, cachée sous
«ne apparente uniformité, etc. etc., voilà ce
qui, dans l'ordre physique, décèle,Dieu.
Or, ces mêmes caractères se retrouvent
exactement dans le système de la foi chré-
tienne ; ce sont eux encore qui distinguent
nos livres sacrés et qui les rendent inimi-
tables ; pourquoi donc se refuseroîent-ils à
reconnoître que le Dieu de la religion est le
Dieu de la nature , et pourquoi ce qui leur
montre la main de cet unique et même Dieu
dans les oeuvres de,la création , ne la leur
montreroit-il pas dans les livres de la loi ï
(16) Les divins oracles
Sont promulgués dans l'univers.
J'adresse aux sophistes qui on tten té d'abolir
notre culte , cette question à laquelle je les
défie de faire une réponse plausible.
Pourquoi se fait-il que si la religion chré-
tienne est une institution des-hommes , et
même d'hommes ignorans, elle ait cependant
( 43 )
trouvé des gens qui, au péril de leur vie
et sans aucun espoir de récompense mon-
daine , sont allez l'annoncer dans toutes les
parties de la terre habitée, et qu'ils ont re-
noncé aux douceurs de leur patrie, au com-
merce de leurs parens, aux commodités de
leurs richesses, pour vivre au milieu de
sauvages , exposés à la mort à la suite de
privations de toute espèce, et cela, dans
l'unique objet de faire croire aux hommes
la loi d'un Dieu mort sur la croix ï
Il faut bien saisir l'état de cette question.
Ou ceux qui vont ainsi prêcher l'évangile y
croient, ou ils n'y croient pas.
\ S'ils n'y croient pas, ce sont des imposteurs
et des impies abominables , et par conséquent
les plus mal-honnêtes gens du monde. Mais"
outre que toute leur conduite est contraire
à cette supposition, il faut encore examiner
dans quelle vue, ils vont ainsi convertir le
genre humain à une croyance qui n'est pas
la leur. C'est, ou pour faire du bien, ou pour
faire du mal aux hommes. Leur faire du mal
uniquement dans l'objet de souffrir soi-même
de bien plus grands maux, c'est ce qu'on ne
saurait admettre. Reste donc la supposition
que c'est pour leur faire du bien; et alors je de-
mande aux sophistes d'où vient qu'eux-mêmes
ne les imitent pas? eux qui prêchent sans cesse
( 44 )
l'humanité et la bienfaisance dans le fond de
leurs cabinets, pourquoi ne vont-ils pas au
Japon, à la Chine, aux Indes, au Canada ,
au Pérou, au Paragay et dans les déserts de
l'Afrique , porter leur doctrine, faire con-
noître la vérité aux hommes , et les rendre
plus heureux ï Si les missionnaires croient à
cet évangile et qu'ils soient dans l'erreur ,
cette erreur suppose que ce sont des fana-
tiques et des imbécilles. Or, les études pré-
liminaires qu'ils sont' obligés de faire t et les
connoissances variées et profondes dont ils ont
donné tant de preuves, ne permettent assu-
rément pas de les regarder comme des imbé-
cilles. D'autre part, il est infiniment difficile,
pour ne pas dire impossible, de rendre fana-
tique un homme instruit; l'habitude de la
méditation, quelqu'en soit l'objet, enlève à
l'ame cette ardeur impétueuse qui forme les
fanatiques. Mais ce n'est pas tout, pour qu'un
fanatique soit persuadé et forcni, il faut
quelqu'un qui le persuade et qui le forme;
point de séide, si point de Mahomet. Or, qui
est celui qui a pu rendre fanatiques des
hommes instruits, des hommes aussi recom-
mandables par leurs études que par la douceur
de leurs moeurs , par leurs connoissances
que par leur sagesse ? Où le trouvera-t-on ,
cet instituteur de pareil fanatiques ? assu-
( 45 )
rément il n'est point parmi les individus qui
composent le genre humain. C'est cette
dernière conclusion qui m'oblige à défier les
sophistes de répondre à la question que je
leur fais. Maintenant c'est à eux à voir s'ils
peuvent accepter le défi.
(17) L'aspect des miracles
A changé le coeur des pervers.
Un sophiste ne conçoit point comment un
mort peut être ressuscité, commentun aveugle
de naissance peut acquérir la vue , comment
un paralytique peut reprendre l'usage'^de ses
membres à la voix d'un homme qui parle
au nom de Jésus-Christ, et moins encore
en présence des reliques d'un .^martyr de
la foi.
Toujours occupé et retenu dans la déné-
gation , il aime mieux conclure, de ce qu'il
y a eu des charlatans et de faux miracles ,
qu'il n'y en a jamais eu de réels. Car pour
un sophiste ce n'est pas quelque chose de
répugnant que d'ériger l'exception en règle ,
et la règle en exception.
Au sophiste , il ne faut pas opposer une
infinité de témoignages historiques et authen-
tiques ; il trouverait encore le moyen de-
s'échapper par des faux-fuyants. Il auroit
toujours son exception prête pour s'empêchez*
de croire f et disputer sans fin.
0-46 )
La voie la plus sûre, est d'admettre d'abord
son opinion comme vraie , et de l'obliger à
la coordonner avec les faits historiques dont
il ne conteste pas la vérité. On est assuré
que son explication le conduira nécessaire-
ment à un résultat absurde, s'il ne change
pas sa dénégation en affirmation.
Ainsi, par exemple. sur la question des
miracles :
J'admets avec lui la négative.
Une,fois posé que les miracles n'ont point
contribué à l'établissement de la religion
chrétienne , je demande si les peuples de
la Grèce et de Rome à cette époque ,
n'étaient pjs les hommes les plus instruits, •
les plus, mocqueurs , les plus prévenus
contre les étrangers , et en même - tems
les plus corrompus de toute la terre l Le
sophiste, quel qu'il soit, n'en disconviendra
point, car il ne peut tarir sur les grecs et
les romains , soit quand il vante leur sagesse,
leur patriotisme et leur politesse, soit quand
il déclame sur la corruption dans laquelle ils
s'étaient laissés entraîner.
Je demande encore , si les hommes qui
sont venus prêcher l'évangile à ces peuples,
n'étaient pas précisément ceux que les grecs
et les romains dévoient regarder comme les
moins propres à diriger leurs opinions , et'
(47)
qui d'ailleurs, ne leur annonçant en appa«
rence rien d'aimable , rien d'attrayant, rien
qui pût satisfaire leur vaine curiosité et moins
encore leurs passions dépravées, dévoient en
être écoutés peu favorablement?
Le sophiste qui partage les préjugés de
ces grecs et de ces romains contre la science
du peuple juif en général, et en particulier
contre les individus sortis de la lie de cette
nation , ne pourra point en disconvenir.
Voilà cependant que quelques hommes,
réputés ignorans et grossiers , pauvres d'ail-
leurs et persécutés par les riches, par les
puissans et par les savans du siècle, ont
converti à la religion de la croix, la vanité
philosophique des grecs , et la majesté po-
litique des romains !
Or, ils ont opéré, ou par des moyens
naturels , ou par de moyens surnaturels.
Si, par ces derniers ; il faut croire , ou
du moins rien ne répugne à croire qu'ils
ont fait les miracles que les historiens leur
attribuent , puisque ces miracles sont au
nombre des moyens surnaturels.
Si , au contraire , ils ont opéré par des
moyens purement naturels; je dis que c'est
là le prodige le plus extraordinaire , celui
qui est le plus contraire à la vraisemblance,
à la nature des choses, à toutes les notions
( 48 )
de la raison humaine. Mais tout extraordi-
naire , tout incroyable qu'il soit, ce prodige
n'en est pas moins un fait évident, palpable
çt qui est encore sous nos yeux.
Or, prodige pour prodige, il vaut encore
mieux admettre celui qui répugne le moins
aux règles du raisonnement, et par consé-
quent celui des miracles particuliers , qui
découle de lui-même de l'emploi des moyens
surnaturels une fois admis. La conversion
des grecs et des romains par des voies
purement humaines et telles qu'elles pou-
voient être à la disposition de ceux qui
l'ont opérée , est un miracle absurde en
quelque sorte , à force d'être contraire aux
principes du sens commun.
Mais voilà pourtant mon sophiste , qui
ne vouloit de miracles d'aucune espèce ,
forcé d'opter entre deux genres de miracles,
et réduit à choisir le pire pour se dépêtrer
de la conclusion que l'établissement du chris-
tianisme est l'oeuvre de Dieu, et nullement
celle des foibles mortels.
(18) Malgré mille obstacles
L'évangile est connu chez les peuples divers.
Les sophistes ont cru pouvoir faire la
guerre avec succès à la religion catholique,
en lui opposant qu'elle étoit bien loin d'être
universelle, puisqu'elle étoit à - peu - près
réduite
réduite à Teurope, dont une foible4partie
seulement suivoit l'église romaine.
Son caractère de catholicité ou d'univer-
salité , ne lui vient pas de ce qu'un plus ou
moins grand nombre d'individus la profes-
sent , mais bien de ce qu'elle seule est apte
à être professée par tout le genre humain.
Le paganisme avoit des dieux et des rîtes
pour chaque nation particulière ; la loi mo-
saïque ne devoit avoir qu'un seul temple,
et comme le mahométisme, le bramisma
et les autres religions d'Asie, elle prescri-
voit des abstinences qui auroient pour objet
de détruire une partie des êtres créés, si
ses coutumes évidemment locales pouvoient
jamais devenir universelles.
Cependant malgré les obstacles et les dif-
ficultés de tout genre qui s'opposoient à sa
propagation, notre religion est la seule qui,'
en peu de tems, ait réuni les peuples bar-
bares et les peuples civilisés en une croyance
commune.
Elle est encore la seule qui cherche con-
tinuellement à se répandre. Les communions
séparées de l'église (romaine sont loin de
l'imiter. Les mahométans n'ont pas cherché
à convertir, mais à conquérir. Les juifs
toujours subsistans et répandus par - tout,
se mettent peu en peine de communiquer
D
SuX, autres ^familles du genre humain, la cou-
noissance du dieu d'Israël. Que font-ils donc
de çesrprophéties dont ils sont les déposi-
taires? De ces prophéties qui leur promet-
tent que leur dieu sera dans la suite des
tems connu et adoré de toutes les nations ?
Nous seuls nous l'avons fait connoître ce
.dieu, d'abord aux Grecs et aux Romains,
ensuite dans les Gaules, dans les Espagnes,
dans la grande Bretagne, dans les forêts de
la Germanie, de la Pologne, de, la Suède,
de la Moscovie , dans l'Arabie et sur les
côtes d'Afrique, et maintenant dans les dé-
serts de l'Amérique, aussi bien que dans la
Chine, les Indes et le Japon. L'apathie des
Israélites, qui contraste si fort avec les pro-
messes des prophéties accomplies par nous,
n'est-elle pas encore une preuve que c'était
de nous et non pas d'eux que partaient les
prophètes ?
J(IC)) Déjà le Sicambre indomptable.
Allusion à ces paroles de St. Remy, au
moment où il alloit baptiser Clovis: « baisse
» la tête, fier Sicambre; adore ce que tu
» as brûlé, et brûle ce que tu as adoré. »
C'est à l'exemple de Clovis, que l'armée
des francs est redevable de sa conversion.
C'est à Clovis et à ses successeurs que la
France est redevable de n'être pas arienne ^
(5i).
et peut-être mahométane. Que d'amour n0
leur est-il pas dû, quand même ils n'y au-
raient d'autre titre que \ cet inappréciable
bienfait ?
Nos Rois ont toujours regardé comme
le plus beau de leurs titres , celui de Rois
très-chrétiens et de fils aine de l'église.
Lors donc qu'on a tenté de détruire l'église,
il a fallu détruire aussi la royauté ; il a fallu
que les membres de la famille royalev con-
fessassent leur foi, et que quelques-uns la
scellassent de leur sang.
Celui qui , voulant établir une nouvelle
dynastie, fut le persécuteur de l'église, ne
prit pas le titre de Roi. Ainsi la royauté n'a
pas été souillée , ni profanée par cette persé-
cution. Elle est restée pure et sans tâche
aux yeux de la religion et aux yeux de la
politique, comme le lis qui en est le symbole.
(20) Pourquoi nous vantiez-vous vos sages l
Nous avons déjà vu ( note 10 ) quelles
étoient leurs opinions sur les plus" impor-
tantes de nos connoissances, et certainement
elles ne sont pas faites pour nous donner
une grande idée de leur sagesse.
Il seroit facile de prouver que leur morale
théorique et pratique ne valoit pas mieux.
Ils ont quelques principes admirables, mais
D 2

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