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Le triomphe des femmes , ouvrage dans lequel on prouve que le sexe féminin est plus noble et plus parfait que le sexe masculin...

De
89 pages
Bossange père (Paris). 1822. 90 p. ; in-18.
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R
LE TRIOMPHE
DES FEMMES,
OUVRAGE DANS LEQUEL ON PROUVE QUE LE
SEXE FÉMININ EST PLUS NOBLE ET PLUS
PARFAIT QUE LE SEXE MASCULIN.
On y a joint une Notice d'un choix d'ouvrages
en faveur des dames.
Quoi de plus beau dans la nature
que la Femme !
Apothéose du Beau Sexe,
PARIS,
DELAUNAY, au Palais-Royal:
BOSSANGE père, rue Richelieu,n°. 60
1822,
I *
A Mademoiselle Julie ***
Mademoiselle,
Vous n' ignorez pas que j'ai
trouvé dans votre personne des
agrémens non communs, une ame
également noble et belle, un bon
coeur et un esprit aussi judicieux
qu'élevé. Ce sont ces agrémens, cette
( 4 )
ame, ce coeur et cet esprit, qui
τη ont inspiré la pensée de composer
le Triomphe des Femmes. Si bien,
Mademoiselle , qu' 'il est votre pro-
duction avant qu'il soit mon ou-
irrage. N'est-il donc pas juste que
votre nom y paraisse à la tête ?
Je serais le plus lâche et le plus
injuste des hommes, si vous déro-
bant la part que vous avez à ce
petit abrégé, j'allais l'offrir à quel-
que Princesse, pour en mendier les
Javeurs. Vous avez toutes les qua-
lités d'une Reine accomplie, et c' est
suffisamment prouver l'excellence de
votre sexe, et prononcer son pané-
( 5 )
1.
gyrique, que de faire votre portrait;
c' est pour cela, Mademoiselle, que
la connaissance que j'ai de vos
perfections, est le seul modèle que
j'ai suivi, et sur lequel je me suis
réglé pour relever l'honneur du beau
sexe , que l'injustice des hommes
tâche ( de ternir, et dont l'éclat brille
si excellemment chez vous. Je ne
vous offre donc rien, Mademoiselle,
qui ne soit votre ouvrage, si vous
exceptez ce qui s'y trouve de défec-
tueux , qui me doit être attribué ;
c'est toute la part que j'y ai. M'en
fasse des reproches qui voudra ;
comme je n'ai écrit que pour obéir
( 6 )
et plaire à vous seule, j'aurai par-
faitement réussi, si rien ne blesse
la délicatesse de votre goût : trop
heureux si ayant votre approba-
tion , vous ne me jugez pas in-
digne d'être,
Mademoiselle,
Votre très-humble et très-fidèle
ami,
CHARLES ***.
(7)
AVANT-PROPOS.
Je ne doute point que ce que
j'avance ici, ne paraisse un para-
doxe à quelques personnes, particu-
lièrement à celles qui ne jugeant des
choses que par prévention, ne don-
nent rien à la raison, qui cependant
doit être la règle de tous les hommes,
et dont les décisions sont toujours
sures. Nous ne saurions nous empê-
cher de rire, de voir les coutumes qui
( 8 )
sont établies chez certaines nations
étrangères , et nous n'en rions que
parce que nous n'y sommes point
faits, et les nôtres leur semblent
pareillement ridicules par la même
raison. C'est assez que ce que je
veux prouver ici soit contraire à
l'opinion commune, pour qu'il soit
rejetté de ceux qui se laissent aller
à la coutume, et n'ont point d'au-
tre règle que les préjugés. Je m'at-
tends bien que ces gens-là , qui ne
jugent des choses que par l'écorce ,
feront le procès à ce petit traité.
( 9 )
à la seule vue de son titre, et
prononceront définitivement contre
lui, malgré la force de ses raisons,
que leur prévention empêche de
pouvoir goûter ; mais je m'assure
aussi qu'étant fondé sur la raison,
il sera bien reçu de tous ceux qui
raisonnent, et qui savent, que pour
trouver la vérité, il faut tourner
le dos à la multitude, et que les
opinions communes sont toujours
la règle des opinions saines, quand
elles sont prises à contre-sens. C'est
donc pour disposer le lecteur , à ne
( 10 )
point s'arrêter à l'usage introduit
tyranniquement par les hommes,
au préjudice du beau sexe, que je
commence par en faire voir l'in-
juste abus ; ensuite , pour montrer
la différence qu'il y a entre la femme
et l'homme , et combien celle-là
l'emporte au-dessus de celui-ci. Il
sera à propos de remonter à la
source , et d'examiner ce qui s'est
passé dans la création , où Dieu
semble avoir pris plaisir à distin-
guer la femme comme l'ouvrage de
ses mains le plus parfait, par les
( 11 )
noms qu'il a imposé , par l'ordre
qu'il a gardé dans la production de
l'un et l'autre sexe, par la différence
du lieu où il les a créés, par la dif-
férente matière dont il les a com-
posés, et par les propriétés qu'il
leur a données. L'on verra ensuite
les exemples qui nous marquent
l'excellence de la femme, les expé-
périences qui la confirment , les
témoignages des auteurs qui nous
en convainquent ; et on conclura
enfin avec moi, que l'ambition, l'in-
justice et la tyrannie des hommes,
( 12 )
ont usurpé ce qui appartient de
droit naturel à la femme : c'est ainsi
que l'esclave est devenu maître,
et que la maîtresse légitime est
tombée en servitude.
2
LE TRIOMPHE
DES FEMMES.
Comment les hommes se sont
rendus les maîtres.
REGARDER les choses sur le pied qu'elles
sont , il n'y a personne qui ne juge en
faveur des hommes ; tout leur donne gain
de cause , et parconséquent les femmes
ont perdu leur procès; ainsi, c'est une
témérité à moi de prendre leur parti ;
néanmoins si on veut examiner les choses
dans son principe et les considérer telles
qu elles sont en elles-mêmes, on changera
bientôt de sentiment. Les hommes, il est
( 14 )
vrai, sont les chefs dans les familles ; ils
président dans le barreau, ils établissent
les lois , ils gouvernent les villes , les
provinces et les royaumes, eux seuls entre-
prennent les guerres, essuyent la fatigue
des voyages, excellent dans les académies,
les arts et les sciences ; enfin , ils sont les
maîtres dans toutes les conditions, et les
arbîtres dans tous les états Mais que pen-
sez-vous qu'il s'ensuive de tout cela ? Sinon
que l'homme, qui était destiné de Dieu
pour servir la femme, s'est insolemment
révolté contr'elle, et d'insolent rebelle ,
est devenu l'injuste usurpateur du droit
de celle qui devait lui commander. N'est-
ce pas ce que nous enseignent ces paroles
de l'écriture, que Dieu dit à Eve d'un ton
de compassion , après qu'Adam eut péché ?
Femme, dit il , tu seras soumise à ton mari
et il sera ton maître, comme si ce sou-
verain Créateur eût voulu dire , pauvre
femme, je plains ton sort, je t'avais des-
tiné le droit de commander à l'homme ,
( 15 )
2 *
tu devais lui faire la loi, et. il devait te
rendre obéissance; mais à présent que ce
malheureux a mangé du fruit que je lui
avais défendu, il a ouvert les yeux et a
connu qu'étant plus grossier et plus terres-
tre que toi, il était aussi plus fort et plus
robuste, et qu'ainsi il pouvait secouer ton
joug; ce qu'il ne manquera point de faire ;
et quoique tu sois plus noble que lui ;
malgré tes excellentes qualités, tu te verras
malheureusement réduite à la honteuse
nécessité de lui être soumise. Je sais bien
que plusieurs ne conviennent point que ces
paroles ayent été dites à la femme par
compassion, et qu'ils veulent au contraire,
qu'elles ayent été prononcées de Dieu
comme un anathême , en punition de
ce que la femme avait porté l'homme à
manger du fruit défendu : ce qui n'est pas
croyable, puisque la loi ayant été faite
et manifestée à Adam seul, Eve qui était
dans une ignorance invincible du précepte,
( 16 )
n'avait point péché; et par conséquent, en-
couru aucune peine. Mais , quand cela
serait, il est aisé d'en tirer une conséquence
fort avantageuse pour la femme ; car si elle
eût été naturellement soumise à l'homme,
envain Dieu eût-il prononcé cet arrêt contre
elle, qui ne la condamnait à rien de nou-
veau, puisque , par sa propre nature , elle y
aurait déjà été engagée : par exemple, ce ne
serait point punir un soldat coupable, si le
Roi lui disait : mon ami, en punition de ton
crime , je te condamne à obéir à ton capi-
taine ; mais ce serait une punition pour le
capitaine, si on lui ordonnait d'obéir à son
soldat. Il faut donc conclure qu'avant que
cet arrêt fût prononcé , la femme avait auto-
rité sur l'homme ; or, comme Jésus-Christ
est venu réparer la faute de nos premiers
parens, il a aussi remis les choses dans le
même état qu'elles étaient avant cet arrêt
prétendu; ainsi la femme doit être rentrée
dans son droit : il faut donc conclure de
là, que l'homme l'a injustement obtenu.
( 17 )
2. .
Des noms que Dieu a imposé
à nos premiers Parens.
Il est constant que le Créateur n'a imposé
des noms aux choses, que pour. nous en
exprimer la nature, la propriété et l' usage ;
si bien que les noms nous donnent une telle
connaissance de la chose, que nous la dis-
tinguons de toute autre. Ce fut donc l'in-
tention du Créateur, quand il imposa les
noms d'Adam et d'Eve , de nous faire
connaître la disproportion qu'il y a de
l'homme à la femme ; et il semble que ce
soit un blasphême, de vouloir nier que la
femme soit plus parfaite que l'homme,
après le témoignage que cet oracle sacré
nous en donne, par l'imposition de ces
deux noms., qui devait convaincre les plus
opiniâtres de la vérité. Il a donné à
l'homme le nom d'Adam, qui, selon tous
les interprètes, signifie terre , aussi est-il
( 18 )
constant que l'homme fut pétri de cette vile
matière ; et à la femme , celui d'Eve, qui
veut dire vie , parce qu'en effet la femme
fut. formée d'une matière animée et qui
avait vie. A voire avis, la sagesse incréee
peut elle se tromper ? et a-t-elle prétendu
par le nom de ferre qu'elle a donné a
l'homme , le déclarer plus noble que la
femme, à qui elle a donné le nom de vie ?
Non , sans doute ; mais elle a voulu au con-
traire nous signifier , qu'autant que la vie
est plus noble que la terre, autant aussi la
femme est plus noble que l'homme. Or,
qui ne sait pas la grande disproportion qui
est entre la terre et la vie. La première est
un corps vil et grossier, ingrat et stérile
de lui-même sans le secours des autres
élémens , dont il est le plus matériel ; au
lieu que l'autre est une nature qui ren-
ferme en soi-même le principe du mouve-
ment , par le moyen duquel nous voyons,
nous entendons, nous parlons, nous- con-
( 19 )
cevons et produisons toutes-autres actions.
Jugez maintenant de cette disproportion,
et vous aurez une juste idée des nobles
avantages que la femme a sur l'homme ,
dont personne ne devait douter, puisque
c' est un oracle sorti de la bouche de la
vérité même.
De l'ordre que Dieu a gardé dans
la création.
Dieu ne s'est point contenté de nous
faire connaître l'excellence de la femme,
par les noms dont je viens de parler; l'ordre
qu'il a tenu dans la création du monde,
en est encore une puissante preuve , a
laquelle tout homme de bon sens doit se
rendre.
Tout le monde convient, et l'écriture
nnus l'assure , que Dieu a tout, créé, pre-
mièrement pour sa gloire , et secondement
pour l'usage de l'homme , c'est à-dire,
( 20 )
de l'un et de l'autre sexe : et quoique de
toutes les créatures, la plus raisonnable ait
été créée la dernière, Dieu cependant se l'é-
tait proposée la première, comme la plus
parfaite, et en conséquence de laquelle, le
Créateur a donné l'être à toutes les autres;
si bien que ce qui a été le premier dans
l'intention de Dieu , a été le dernier dans
l'exécution ; car remarquez que cette sou-
veraine sagesse, qui est admirable dans ses
oeuvres, a tellement créé toutes choses par
ordre, qu'elle a commencé ce grand ou-
vrage de la création du monde , par les
créatures les moins parfaites , et l'a fini par
la plus noble et la plus accomplie ; car
après avoir créé les auges, la lumière et les
corps incorruptibles, tels que sont les cieux
et les étoiles, cette suprême sagesse pro-
duisit premièrement les minéraux, secon-
dement les choses vegetables , c'est-à dire ,
les herbes, les simples, les plantes et les
arbres : il créa ensuite les animaux ; je veux
( 21 )
dire, les bêtes, chacune par ordre, en sorte
que les animaux rampans furent les pre-
miers qui virent le jour, qui furent suivis
des poissons , et ceux-là des oiseaux , après
lesquels furent produites les bêtes à quatre
pieds, le lion par exemple , le cheval , etc.
Enfin , toute la nature étant ainsi disposée,
Dieu tira l'homme du néant, comme l'être
le plus parfait de tous ceux qui avaient été
produits jusques-là, ayant une ame raison-
nable, capable de connaître et aimer son
créateur. Il semble, après une créature si
accomplie , et formée à l'image et ressem-
blance de Dieu même , que la nature était
dans sa perfection, qu'il ne restait rien à y
ajouter, et que Dieu en devait demeurer
là; mais ce grand ouvrier n'était pas encore
au bout de ses desseins ; il devait finir ce
grand ouvrage de la création , par un chef-
d'oeuvre ; et ce fut enfin qu'il produisit la
femme, qui fait l'ornement et l'admiration
de toute la nature, et qui semble avoir
( 22 )
épuisé, pour ainsi dire, la sagesse et la
puissance de Dieu , qui n'ayant plus rien
à créer de plus noble et de plus parfait,
cessa d'exercer son bras tout puissant, et
mit fin à ce grand ouvrage par la produc-
tion d'une créature si achevée et si accom-
plie. S'il est donc vrai que Dieu ait com-
mencé la creation par les moindres choses,
et qu'il l'ait achevée par les plus parfaites,
peut-on raisonnablement contester après
cela , que la femme ne soit la plus noble
et la plus accomplie de toutes les créa-
tures, puisqu'elle fut la dernière qui fut
produite ?
Des différens lieux où la femme
et l'homme furent créés.
La conduite extraordinaire que Dieu
garda quand il voulut créer la femme , est
une preuve sans réplique de son excellence.
Remarquez, s'il vous plaît, que l'homme
( 23 )
a cela de commun avec les bêtes, les ani-
maux rampans et les insectes, qu'il fut pro-
duit au même endroit qu'eux ; c'est-à-dire,
dans un lieu champêtre, sans aucune céré-
monie ni distinction ; mais quand il fut
question de créer la femme , ce fut pour
lors qu'il parut bien, par les dispositions
qu'il fallut y apporter , que Dieu allait
mettre la dernière main à ce grand ouvra-
ge de la création, et que le bras du Tout-
Puissant se disposait à produire ce bel
ordre d'une puissance extraordinaire. Ce
champ qui fut choisi de Dieu pour être
le théâtre et le témoin de tant de merveilles,
et où tout ce qui avait été créé jusques-là ,
reçut le jour, ne fut pourtant pas jugé
digne de porter celle qui devait consommer
celte grande action ; il fallait un lieu qui
eût du rapport avec les perfections dont
Dieu la voulait enrichir ; et ce fut pour cela
que ce sage ouvrier produisit le paradis
terrestre, ce lieu d'agrément et de délices,
( 24 )
qui était un présage de la complaisance que
Dieu devait avoir pour y produire une créa-
ture si achevée. Ce fut donc dans ce paradis
de volupté, comme l'appelle l'écriture , où
Dieu , pour terminer la création de toute
la nature par celle de la femme, conduisit
Adam, et lui suscita un profond sommeil
dont il se sentit assoupi, et ce fut pour
lois que dans ce lieu délicieux, ce sage et
souverain Maître de l'Univers produisit
enfin la femme, ce chef-d'oeuvre de sa
toute puissance : si bien que le paradis fut
le seul lieu qui fut trouvé digne d'être,
pour ainsi dire, le pays natal de ce prodige
de perfection. Peut-on douter après cela,
que la souveraine sagesse , dont nous
devons adorer la conduite , n'ait fait cette
spéciale distinction de la femme, pour
nous apprendre qu'elle est la plus noble de
toutes les créatures ?
( 25 )
3
Du sommeil d' Adam.
Pensez - vous que ce fut sans mystère
qu'Adam s'endormit , et que Dieu produi-
sit la femme pendant son sommeil ? Non,
sans doute ; mais c'était pour nous signifier
qu' Eve n'ayant point encore reçu l'être,
Adam était pour lors le souverain des
créatures, et par conséquent maître de son
repos , n'ayant à répondre à personne ;
mais aussitôt que la Femme fut formée , il
s'éveilla , pour reconnaître cette nouvelle
Souveraine ; et c'est ainsi que l'homme
doit renoncer à sa propre satisfaction et à
son repos , pour écouter la voix de la fem-
me , et se rendre aux ordres de celle reine
de toutes les choses créées.
De la différente matière dont la
femme et l'homme furent formés.
La différente matière dont la femme et
( 26 )
l'homme furent formés , crie vengeance
contre ceux qui osent disputer la préémi-
nence à la Femme. Dites-moi, je vous prie,
de quoi l'homme fût-il composé ? Peut-on
le dire sans lui faire confusion ? pour moi,
je vous avoue que je ne vois point de plus
grand sujet d'abaissement pour lui, et il
faut n'y point faire réflexion , et fermer
absolument les yeux à une chose si évi-
dente, pour refuser de rendre justice aux
perfections de la femme , qui demande bien
plutôt nos admirations, qu'une vaine et
frivole dispute qui ne peut se terminer qu' à
la honte de l'homme. En effet, peut-on
rien de plus vil que son extraction? Il est
issu des mains de Dieu, il est vrai, et il
a cela de commun avec la femme et avec
toutes les autres créatures, qui sont aussi
bien que lui l'ouvrage de Dieu ; mais il ne
partage ni avec la femme, ni avec les êtres
créés, le désavantage qu'il a d'être formé
d'une poignée de boue; lui seul est pétri de
( 27 )
3 *
celte matière abjecte ; et je ne vois guères
de différence entre l'homme, quant au
corps, et les insectes qui s'engendrent tous
les jours de corruption,' sinon que celui là
est formé d'une masse terrestre par la
volonté absolue du Très-Haut, et ceux-ci
par le concours général du même Dieu ,
qui laissant agir les causes secondes, per-
met ces productions naturelles. En vérité
l'homme est bien injuste ou bien aveuglé,
de vouloir, malgré la bassesse d'une pareille
origine, s'élever jusqu'à se vouloir mettre
en comparaison avec la femme, dont l'ex-
traction n'a rien que de noble, puisque ,
pour là former, il fallut une matière affinée,
qui avait passé par les mains de Dieu , et
qui parconséquent était purifiée, animée et
déjà pleine de vie. Il fallut un os, qui est
une matière solide et exempte de corrup-
tion , pour confondre ceux qui traitent ce
beau sexe , de sexe fragile, et pour nous
faire connaître la grande fermeté de la
( 28 )
femme à conserver la pureté qu'elle a tou-
jours gardée avec tant de soin et de cir-
conspection.
Dieu enfin , qui ne fait rien qu'avec une
sagesse toujours adorable, choisit d'entre
tous les os une côte, parce que c'est un os
qui règne sur le coeur, pour nous appren-
dre que la femme qui en est formée, doit
avoir un empire souverain sur le coeur de
l'homme. Sur quoi donc est fondée cette
vaine et ridicule présomption de l'homme,
qui ose disputer la primauté à la femme,
à laquelle Dieu a imprimé de si beaux carac-
tères , lui qui n'est qu'un rejeton de boue ,
et une production d'immondices ? C'est pour
cela que certains auteurs appellent l'homme
un ouvrage de nature, et la femme l'ou-
vrage du bras du Tout-Puissant ; et parce
qu'à la vérité nous voyons briller chez elle
des traits de la Divinité, qui marquent
quelque chose de sur naturel, an lieu que
l'homme n'a rien que de terrestre et de
l' animal.
( 29 )
3..
De la beauté de la femme.
Quoique Dieu soit un être très-simple,
et que ses attributs ne se distinguent point
entre-eux, n'étant tous qu'une même chose,
il semble néanmoins que la beauté l'em-
porte au-dessus des autres perfections. C'est
elle qui fait les bienheureux , puisque la
béatitude des ames saintes consiste dans la
vision de cette même beauté; c'est donc
cette perfection qui semble briller le plus,
en Dieu, et cependant c'est celle-là même
qu'il a bien daigné communiquer abondam-
ment à la femme, qui pour cela est appelée
le beau sexe par excellence, tant il est vrai
que Dieu a pris un plaisir singulier à rendre
la femme la plus accomplie de toutes les
créatures. Qu'il est glorieux à la femme de
porter ce beau caractère de la divinité ! et
qu'il est ridicule à l'homme de vouloir lui
disputer son excellence ; elle qui » par sa
( 30 )
beauté est la vive image de Dieu même.
Chacun sait qu'elle est née avec des agré-
mens qui lui donnent une espèce de. souve-
raineté. Cette chair tendre et délicate ; celle
pea ι douce et unie , dont la blancheur est
mêlée de lys et de roses; ce teint vif et
éclatant : tout cela fait assez voir que Dieu
n'a eu autre dessein en la créant, que de la
faire admirer de tous ceux qui ont des yeux.
Ne voyons-nous point sur son visage tous
les traits d'une Divinité ? Ses yeux également
doux et fiers sont de petits incendiaires qui
portent le feu dans tons les coeurs ; cette
bouche de corail, jointe à la blancheur de
ses dents , nous représente un objet si
ravissant à la vue , qu'on ne peut rien se
figurer de plus charmant. Son air enjoué ,
soutenu d'une noble fierté , inspire tout
ensemble et de l'amour et du respect.
Enfin, il semble que Dieu en ait fait un
riche assemblage de tout ce qu'il y a de
plus charmant dans le monde, pour sur-
( 31 )
prendre tonte la nature et en faire le digne
objet et la vénération de tous les êtres créés.
Ecoutez ce que dit un amant passionné
aux pieds d'une maîtresse, dont il est idolâtre,
et. qu'il fatigue par le récit qu'il lui fait de
ses beautés. Il l'aime , dit-il , jusqu'à l'ado
ration : c'est une déesse qui seule mérite
son encens; ses yeux sont deux soleils, sa
bourbe surpasse le vermeil des roses, ses
dents sont autant de perles enchâssées dans
du corail , sa gorge est faite au tour, ses
mains et ses bras ne sont faits que pour
enchanter. Enfin , il lui attribue cent autres
perfections, qui souvent ne lui conviennent
point , et qui néanmoins ne laissent pas
d'etre annexées à ce beau sexe, qui semble
n'avoir été fait que pour le trône et pour
dominer sur les hommes.
Dites moi un peu, je vous prie, vous
qui voulez vous opposer à des sentimens si
conformes à la raison, croyez-vous être à
l'épreuve de ses charmes? auriez-vous assez
( 32 )
de présomption pour vous prévaloir d'une
infaillible résistance? et pensez-vous que
vous n'en deviendrez pas l'adorateur, si
vous ne l'êtes déjà ? Les princes et les rois,
sous qui tout tremble , et qui tiennent des
millions d'hommes sous leur empire, ne
se voyent-ils pas tous les jours sous celui
d'une femme ?
David, ce grand homme, roi et pro-
phète , consommé dans la vertu, et qui
était selon le coeur de Dieu, ne devint il
pas l'esclave de Belzabée à la vue des
beautés que sa nudité lui découvrit , quel-
que illégitime que fût sa passion.
Salomon , que Dieu avait gratifié du don
de sagesse, et qui pour cela est surnommé
le sage , n'abandonna -t-il point le culte de
ce Dieu bienfaisant pour porter son encens
sur des autels étrangers, par la complai-
sance qu'il eut pour le beau sexe, dont il
était devenu l'adorateur ? tant il est vrai
que l'éclat de sa beauté éblouit les yeux des
plus clairvoyans.
( 33 )
Samson , cet homme de terreur , ne se
vit-il point dépouillé de ses forces et ense-
veli sous des ruines, pour n'avoir pu résis-
ter aux instances de Dalila qui le tenait
dans les fers.Nous avons des milliers d'exem-
ples et anciens etmodernes, qui nous dé-
couvrent assez ce que peut la femme sur le
coeur de l'homme, et il faut n'avoir aucune
expérience dans le monde pour en douter.
Il ne sera pas hors de propos de faire
remarquer ici combien la France est rede-
vable aux charmes de ce beau sexe, aussi-
bien qu'à sa piété et à sa valeur. L'histoire
de Charles VIII nous en donne une preuve
qui devrait inspirer à tous les Français de»
sentimens de reconnaissance, bien loin de
vouloir lui disputer un droit que Dieu et la
nature lui donnent sur les hommes.
Les Anglais, en 1428, étaient entrés en
France,et s'étaient presque rendus maîtres de
tout le royaume ; si bien que Charles VIII
était sur le point d'abandonner ses états,
( 34 )
et se retirer en un pays de montagnes,
pour ne point tomber entre les mains
de ses ennemis. Agnès, maîtresse de ce
monarque, indigné d'une si lâche réso-
lution , s'avisa d'un stratagême pour l'en
détourner. Elle fit venir un astrologue pour
cet effet, auquel elle découvrit son dessein ;
et après qu'il eut fait semblant de bien
marquer le jour de sa naissance , il lui dit
un jour, en présence de Charles VIII, que
tous les astres se trompaient ou qu'elle
inspirerait une grande passion à un grand
Roi. Agnès aussitôt se tournant du côté du
Roi , lui dit : cela étant, Sire, vous ne
devez pas trouver mauvais que je passe à la
cour d'Angleterre ; car vous ne voulez plus
être Roi, et il n'y a pas assez long temps
que vous m'aimez pour remplir ma desti-
née. Ce prince, qui, peu auparavant, voulait
abandonner le sceptre et sa couronne, se
détermina sur le champ à risquer jusqu'à sa
propre vie , plutôt que de perdre celte
( 35 )
beauté. Il reprit les armes, résolu de mourir
ou de vaincre ; et avec les secours d'une
autre fille, connue de tout le monde sous
le nom de ta Pucelle d'Orléans, il chassa
vigoureusement ses ennemis ; si bien qu'une
fille anima le Roi par ses attraits, et une
autre fille anima les soldats par sa valeur ;
et voilà la France délivrée de ses ennemis, et
le Roi glorieusement rétabli. N'est-ce pas là
un monument éternel de gloire pour le beau
sexe, auquel la France doit son entier réta-
blissement? Voilà jusqu'où va le pouvoir de
la beauté, qui a un droit naturel de com-
mander aux hommes. Elle désarme les plus
furieux, adoucit les plus violans et les plus
emportés, réduit les plus impérieux sous son
obéissance, et les tourne enfin tout comme
il lui plaît ; elle a l'art de persuader, et son
éloquence muette en fait plus que tous les
discours étudiés des plus grands, orateurs ;
témoin cette dame d'une singulière beauté,
laquelle étant sur le point de perdre un

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