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LE |p|TËE,
tUbrijÈ seps', 'hi BVBÈCTIOH DE
EUGÈNE GUYO^T HONORÉ DÉO.
Je veux •
Fouelter d'un vers sanglant ces grands hommes d'un jour.
GIIBEKT.
PSEMIEHE LIVRAISON,
4 MARS.
QUATORZIÈME LIVRAISON,
-t JUIN.
AU BUREAU DU TYRTÉE,
RUE MAZARIHE, H aS.
1852
LE TYRTÉE,
PUBLIÉ SOUS LA DIRECTION DE
EpafÈf^GUYOT ET HONORÉ DÉO.
3C I A Fo^îSttr d'un vers sanglant ces grands hommes d'un jour.
GILBERT.
AIR : Bon voyage.
Voici venir les chansonniers,
Grands hommes nains tenez-vous sur vos gardes!
Voici venir les chansonniers ,
Cousez vos croix , abritez vos lauriers.
LE TYRTEE.
Proneurs gagés de toutes les cocardes,
De tout système effrontés courtisans !
Crésus d'hier échappés des mansardes
Pour caresser le-joug de nos tyrans.
Voici venir, etc>
Joyeux enfans, montons au Capitule,
Le bras armé du vers flagellateur,
Sur l'autel même allons fouetter l'idole,
Dut le pontife en crever de fureur.
Voici venir, etc.
Aux dieux de cour, ambitieuxProthées ,
Allez offrir un encens corrupteur,
Pour de tels dieux, peuples, soyons Athées;
L'es nôtres sont : Liberté, Gloire^Honneur !
Voici venir, etc.
Guerre éternelle à l'aristocratie ! ■
Juillet l'a dit, les mortels sont égaux.
Vous qui dormez, héros d'Académie,
Éveillez-vous au bruit de nos pipeaux !
Voici venir, etc.
Dormez plutôt, jadis dormait Homère,
Dormez au sein de votre nullité,
Vous, du sommeil du moine qui digère,
Lui, du sommeil de l'immortalité.
Voici venir, etc.
LE TYRTEE.
Vous, créateurs de la France future
Qui ramenez la France au temps passé ,
Et dont la chambre est une chambre obscure
D'où vous voyez le monde renversé.
Voici venir, etc.
A coups de fouet te pressant dans l'arène,
Juste-milieu, lourd troupeau de ventrus ,
Nous te ferons danser, chaque semaine,
La Carmagnole autour de Spartacus.
Voici venir, etc.
Rêveurs debout, auteurs de mélodrames,
Epargnez-nous vos meurtres, vos bourreaux,
Grâce , une fois, pour les nerfs de nos dames,
Et frissonnez au bruit de nos pipeaux.
Voiei venir, etc.
Froids courtisans d'une autre Melpomène,
Vous qui jonchez nos théâtres de morts,
Par le génie ennoblissez la scène,
Sans dépenser tant d'esprit en décors.
Voici venir, etc.
Ah! venez tous, venez à notre barre,
Vous qui mettez votre lyre à l'encan !
Dans nos couplets votre Apollon avare
Tous les huit jours sera mis ait carcan.
Voici spiir, etc.
Tristes acteurs que la foule délaisse,
.jJl LE TYKTi';h.
De notre Muse acceptez les leçons,
Si vous trouvez du vide dans la caisse
De temps en temps répétez nos chansons.
Voici venir, etc.
Les chansonniers dans leur joyeux délire,
Pour vous fêter trouveront des couplets ,
Malheur à vous ! dans la voix de la lyre
Il est aussi d'harmonieux sifflets.
Voici venir, etc.
Vous, créateurs de la joyeuse orgie,
De la prison acceptez les bienfaits,
N'oublions pas que Sainte-Pélagie
Est de nos jours le Parnasse français.
Voici venir les chansonniers, etc.
Honoré DÉO.
AIR : Balayons, etc.
Travaillons,
Exploitons
La bourse comumne;
Aux çots ici bas
A payer les frais du repas.
LE TYRTEE.
Hauts filous
Voulez-vous
Fixer la fortune ?
Chez nous rien n'est bon
Comme l'association.
Un gars à langue dorée,
A l'esprit louche et retors,
Disait : voici la curée !
Venez; aux absens les torts.
A placer sa marchandise
Le temps ne met nul retard,
N'attendez pas qu'il dise :
Messieurs, il est trop tard.
Travaillons, etc.,
Lors un avocat s'approche
Comme une chauve-souris,
Maître, dit-il, je m'accroche,
Aux procès les mieux nourris
Je ne sais de conscience
Que la cote du trésor.
— Viens, frère ; ta science
Est une mine d'or.
Travaillons, etc.
Puis un piébot le remplace ;
« Maître, dit-il, j'ai joué
Les trônes à pile ou face;
C'est moi qui suis le roué.
LE TYRTEE.
J'ai toujours un stratagème
S'il faut vendre peuple ou roi.
J'ai vendu Dieu lui-même. »
— Viens, frère, honneur à toi !
Travaillons, etc.
' >
Un magister passe ensuite,
Langue de myrrhe et de miel :
« Maître, dit-il, à ma suite
Marchent tous les dons du ciel;
J'ai des semblans de droiture,
Mais je sais, dans l'embarras,
Nier ma signature. »
—Frère, viens dans nos bras.
Travaillons, etc.
« Jugez bien mon industrie,
Maître, s'écrie un manchot,
J'ai, pour sauver la patrie,
Des fusils à l'entrepôt ;
A d'autres le sacrifice,
A nous la commission.
— Viens, frère, l'artifice
Est toujours de saison.
Travaillons, etc.
Un financier se présente :
« Maître , je suis un madré ;
Je sais le report de rente ,
Le contrat à réméré ;
LE TYRTEE.
Je n'ai pas d'égal au monde
Pour les bijoux de haut prix. »
— Viens, lumière féconde,
Viens, viens, le peuple est pris
Travaillons, etc.
La troupe ainsi composée
Débite l'orviétan,
Et dans la ville épuisée
Etale un train de Sultan.
Ils vont mangeant les empires.,..
Chantons ! paira qui pourra.
Oh ! rira bien, beaux sires,
/ Qui le dernier rira.
Travaillons ,
Exploitons
La bourse commune,
Aux sots ici bas
A payer les frais du repas.
Hauts filous,
Voulez-vous
Fixer la fortune ?
Chez nous rien n'est bon
Comme l'association.
J. CAIIAIGNE.
Lh TYRTEE.
LE TRIBUN,
AIR : Liberté sainte.
« A mort ! » disait le tribun impassible,
Et tous les rois couraient hurlant de peur,
Et leurs valets étaient passés au crible;
La trahison en frissonnait d'horreur.
« Grâce ! criait l'infâme à l'agonie, |(
« Je vous vendrai ceux qui m'ont acheté. »
Mais le tribun chérissait sa patrie;
« A mort ! à mort ! c'est pour la liberté ! »
Le prêtre armait contre la république ;
Et l'étranger, dans nos sillons sanglans ,
Donnant l'éveil au pâtre fanatique,
Par le canon décimait nos enfans.
Le prêtre alors, pour conserver la vie,
Demandait grâce en criant,charité !
Mais le tribun chérissait sa patrie,
« A mort ! à mort ! c'est pour la liberté ! »
« Grâce, criait le fils de la noblesse
« En s'inclinant devant le plébéien,
Ll. TYRTÉE. ()
« Ah ! laissez-moi, pour cacher ma détresse.
« Vivre à Coblentz en obscur, citoyen. »
Et puis , poussant sa troupe abâtardie,
Condé revint, fier de l'impunité ;
Mais le tribun chérissait sa patrie,
« A mort, à mort, c'est pour la liberté.»
Le roi VETO , ce dévot hypocrite,
Nous avait dit : « je régnerai par toi,
« Peuple, sois libre, au front du temple écrite,
« L'égalité proclame enfin sa loi. »
Et trafiquant de la France appauvrie,
Il la livrait, ce roi tant regretté !
Mais le tribun chérissait sa patrie,
« A mort, à mort, c'est pour la liberté ! »
Charles PINEL.
LE ROI-CITOYEN.
AIR : Quels dinés!
Les ministres m'ont donnés.
A ton bonheur tout s'applique,
Peuple, dors en sûreté ;
10 LE TYRTEE.
Tu veux de la république,
Et nous de la royauté.
Mais pourquoi se diviser ?•
Des deux on peut bien user.
Le moyen
Mitoyen
Est d'avoir un roi citoyen....
— Va donc pour le roi citoyen !
Le voici, ne te déplaise,
Peuple, vois quel bon humain!
Comme il sait sa Marseillaise!
Comme il te serre la main !
Et puis, on le dit aussi.
Légitime, mais quasi.
Le moyen
Mitoyen
Est d'en faire un roi citoyen.,..
—■ Salut donc au roi citoyen !
Tu l'entends : s'il monte au trône,
Peuple, il s'immole à ton choix,
Pour convoiter la couronne,
Son génie est trop bourgeois ;
Il ne formait d'autre voeu
Que celui du pot-au-feu.
Le moyen
Mitoyen
Est d'en croire au roi citoyen....
— Vive donc le roi citoyen !
LE TYRTÉE. * I
Mais, dieux ! quel air de famille !
—- Peuple, qu'importe ce point ?
De qualités il fourmille,
Que les autres n'avaient point;
Car il lorgna l'ennemi
A Jemmapes, à Valmy.
Le moyen
Mitoyen
Est d'aider un roi-citoyen....
— Gloire donc au roi-citoyen !
Gens de cour ! mais il doit faire
Peuple, ses quatre repas :
Quinze millions,... — Point d'affaire !
Non,je ne les donne pas!
Il me faut, j'en suis fâché,
Des rois à meilleur marché.
■—• Le moyen
Mitoyen
Est pourtant un roi-citoyen....
— Grand merci du roi-citoyen !
A. L.
COUPS DE FOUET.
Dupin, ce héros de parade,
En carnaval voulant fêter Bacchus,
Va prendre, pour la mascarade.
La figure de Spartacus.
12 LE TYRTEE.
Juste-milieu, je te jure ,
De te reconnaître au bal,
Je sais bien quelle figure
Tu prends pour ton carnaval :
Lobau, dont le ministère
Atteste un rare savoir,
Doit te presser par derrière
Sous la forme d'un clysoir.
Perier, ami de la danse,
Forme, dit-on, le projet
De cacher Son Excellence
Sous la forme d'un budjet.
Chacun sait qu'une noble dame,
Dans un accès de sentiment,
Voulant un jour faire du drame,
Pendit, sans façon, son amant.
C'était pour contenter l'envie
De voir, comme on l'a raconté,
Si les pendus quittaient la vie
Dans les bras de la volupté.
Le malin Figar© déserte sa bannière,
Il ne rit plus ; son style est pâle et flagorneur.
— Pâle ! — Quoi d'étonnant ? Sais-tu qu'au ministère
Il a vendu, l'autre jour, sa couleur?
LE TYRTEK.
i3
LA CHANSON.
La chanson, différente de Ions les autres genres
de littérature, est appelée spécialement à représen-
ter les passions, et à traduire toutes les émotions
de l'âme. Autrefois, sous le nom de romance, elle
se produisait, tantôt sous la cotte de maille du
troubadour, sous la tunique et l'armure du cheva-
lier; dans son pèlerinage chevaleresque, elle s'ar-
rêtait sous les mnrs des châteaux gothiques, sou-
pirait de mélancoliques accens et demandait tendre
retour k bachelette mystérieuse. Tantôt, sous la
la figure enluminée du vieux Silène, elle célébrait
bruyamment les bacchanales, et la libre gaieté des
buveurs, comme dit Horace. Quelquefois, elle
résonnait comme la trompette guerrière , reteaant,
aux magiques accens de Tyrtée, les belliqueu-
ses phalanges grecques sous le charme puissant du
courage.
Il est dans la chanson, la langue musicale et la
langue poétique; l'une et l'autre s'adressent à l'âme.
l/j LE TYRTÉE
La première éveille les sensations et sert de véhi-
cule à la seconde; il n'est personne qui, en enten-
dant une douce mélodie, n'ait enfanté des rêves de
gloire et de bonheur.
Il en est de la chanson comme de toutes les au-
tres productions littéraires, les lois de l'unité ne
doivent pas moins y être observées que dans une
pièce de théâtre ou dans un roman. Elle doit être
un petit poème, dit J.-J. Rousseau, divisé par cou-
plets que l'on chante; elle n'est autre chose qu'un
petit drame ou l'unité de pensée concourt avec l'u-
nité tonale.
D'abord erotique, belliqueuse et satirique, la
chanson agrandit peu à peu son domaine, elle va-
ria ses tons avec ses sujets. Dans le vaudeville qui,
à la musique près, n'avait jusqu'à lors offert que
d'ennuyeuses bucoliques, elle dessina des tableaux
de moeurs, et parut pour la première fois sur la
scène avec son sourire ironique, et ses pointes amè-
res, déroulant l'épigramme à coups de fouet, corri-
geant le ridicule et châtiant le vice.
Aujourd'hui que la politique domine toutes les
intelligences et envahit tous les genres de littéra-
ture ; aujourd'hui que la prose et la poésie se mon-
trent partout, sur la place publique comme dans
le salon, à la tribune comme sur n<»s théâtres,
abordant toutes les questions politiques, jugeant
LE TYRTÉE. l5
avec gaieté tous les actes du gouvernement, la
chanson n'est pas resiée en arrière : par son carac-
tère particulier, elle était appelée plus que tous
les autres genres à la satire politique ; aussi a-t-elle
rempli sa mission avec les plus grands succès.
Béranger a été le créateur de la chanson politi-
que. L'opposition ne saurait avoir une arme plus
dangereuse et plus énergique. Elle établit sa tri-
bune partout; elle vole de bouche en bouche, se
glissé au milieu des masses populaires, parle aux
passions par le double charme de la poésie et de la
musique, et travaille l'opinion avec un art infini;
les impressions qu'elle laisse ne s'effacent jamais.
Donec erunt numeri discenlur tua, divine vates,
Carmina.
Les Français sont passionnés pour la musique.
Si le siècle n'est point poétique, il est du moins
éminemment chantant. La note musicale aide sin-
gulièrement l'intelligence du lecteur; ainsi, les
chansons de Béranger, bien qu'étincelantes de
verve et de poésie, soit qu'elles cachent l'épi-
gramme sous la délicatesse des allusions, soit qu'elles
présentent quelque vérité philosophique, sont à la
portée de toutes les intelligences.
Béranger avait tué le gouvernement de Charles X
bien avant les balles de juillet; il - a plus fait pour
l6 LB TYRTÉE.
les libertés de la patrie qu'aucune des mille voix de
la presse. Sa lyre historique n'a cessé de faire une
éclatante justice des ridicules d'une cour bigotte et
des travers d'esprit d'un monarque imbécille. Ainsi
que Juvénal, après avoir fustigé le Capilole et ses
dieux, il les à attachés au carcan des siècles et a im-
primé à leur mémoire une flétrissure impérissa-
ble comme ses chants.
E. GUYOT. '
AVIS.
Les directeurs du TYRTÉE recevront avec plai-
sir toutes les chansons ou autres pièces de poésie
qu'on voudra bien leur adresser; le comité de
rédaction s'attachera toujours à faire un juste choix
entre celles qui lui seront soumises.
On est libre de signer ou de garder l'anonyme.
{Affranchir').
LE TYRTÉE
VIVE LA REPUBLIQUE.
AIR : du retour dans la patrie.
Bon! bon ! l'orage se concentre :
Amis, fermes sur nos gradins!
Il nous faut d'un éclat du centre
Pulvériser tous ces gredins.
Malgré les coups
Et les verroux,
A notre barbe ils se moquent de nous ;
De liberté ,
D'égalité,
Grâce à leurs cris, le peuple est empesté.
Il faut enfin que tout s'explique j '
Le centre ne saurait plier;
Voyons s'ils oseront crier :
Vive la république !
J-K LE TYRTÉE.
Pourquoi, dans le siècle où nous sommes,
Fustiger si fort les ventrus ?
Souvenez-vous donc de vos hommes
Qui mangeaient les enfans tout crus.
Notre appétit
Est si petit,
Qu'à l'appaiser un milliard suffit;
En session,
Vous parle-t-on
D'un député mort d'indigestion ?
Non, l'âge n'a rien d'héroïque,
Il aime l'or plus que l'acier.
Avec ce goût venez crier :
Vive la république !
Le peuple, dit-on, n'est pas riche;
Il nait, vit et meurt dans les pleurs.
Soit ; mais le terrain qu'il défriche
Est fécondé par ses sueurs.
Les minéraux,
En capitaux
Par lui changés, brillent sur des tréteaux;
Dans les galas,
Un cervelas
D'en haut jeté se crotte sous ses pas.
Cherchez si votre Rome antique
Honorait ainsi l'ouvrier,
Et puis encore osez crier :
Vive la république ! '
Mais de tous côtés on m'obsède
LE TYRTÉE. IQ
Pour le droit de la nation.
Bon Dieu ! quel démon vous possède !
Quelle fièvre d'élection !
Pour tel emploi,
Bien mieux qu'un roi,
On sait choisir à l'entour de chez soi;
Après contrat,
Le magistrat
Par vous élu tiendra mieux son mandat.
L'honneur est d'un prix trop modique,
On meurt de faim à ce métier.
Vertueux fous, allez crier :
Vive la république !
Des moeurs, dites-vous, la souillure
Par ce moyen s'effacera ;
Vous tarirez la source impure
Ou l'infidèle s'y noiera.
Un peu de bien
A qui n'a rien,
Est mieux que tout au prince citoyen ;
Dotations
Et millions
Ouvrent la voie aux sales passions.
Ah! voilà bien, en politique,
De la science d'écolier!
Il ne faut rien moins pour crier :
Vive la république!
La royauté vit de la fraude ,t
Disent partout vos grands parleurs;
h6 LE TYRTÉE.
C'est l'habit usé qu'on ravaude
De pièces de toutes couleurs.
La poule au pot
N'est qu'un vieux mot
Ressuscité pour vous dorer l'impôt;
Et liard par' liard,
Le gros pillard
A votre dette ajoute un milliard.
Eh ! passez donc en Amérique
Si vous êtes las de payer;
Là, je vous permets de crier :
Vive la république !
J. CAHAIGNE,
IL! IED1WBJte WEtam
AIR : De le Petite coquette.
La Ifberté deux fois a fait naufrage,
Ton bras puissant l'arrachait au cerceuil,
Peuple! pour elle il n'est point de rivage,^
Toujours d'un sceptre elle heurte l'écueil.
Ose frapper la main qui la repousse ;
Hélas ! tes coups n'aboutissent à rien !
Le glaive tombe et la pointe s'émousse
A l'aspect du roi très chrétien.
Viens contempler ta gigantesque image !
LE TYRTÉE. 2 £;
Oui, c'est bien toi, regarde Spartacus !
Là, de juillet resplendit le visage. ..
Ce' sont tes traits et tes mâles vertus.
Du feu sacré qu'on révérait à Rome
Viens réchauffer ce marbre citoyen,
Qu'il se ranime et qu'il redevienne homme,
A l'aspect du roi très chrétien !
Eh quoi ! toujours au trône héréditaire
Viendra s'asseoir la légitimité,
Cette orgueilleuse et pâle douairière
Au regard louche, au sourire hébété !
Sous les hochets qu'un siècle à l'autre lègue,
Vît-on jamais battre un coeur citoyen ?
Qu'un roi soit grand, gros, fainéant ou bègue,
C'est toujours un roi très chrétien.
C'en est donc fait, pour l'aristocratie
Le siècle d'or va renaître à jamais !
Quand , par la faim, la figure blémie,
Le soir, le peuple erre autour des palais ,
Ah ! s'écrie-t-il, au jour de la tempête,
Vous invoquiez -mon honneur pour soutien,
A moi l'outrage, à vous les jours de fête;
Béni soit le roi très chétien.
Viens, pour payer ces brillantes orgies,
Viens, pauvre serf, apporter ton denier !
Joie et plaisirs régnent aux Tuileries,
La faim, la mort habitent le grenier.
22 LE TYRTEE
Dans ce palais, si délaissé naguères,
Ressucitez les beaux jours de Quélen ;
Toujours le sceptre et la mître sont frères.
Heureux est un roi très chrétien.
Fouille toujours, fouille dans ta besace,
Il reste encor un seul morceau de pain ;
En vain pour lui tu veux demander grâce,
L'hydre de cour le dévore soudain.
Oui, croyons-en à la voix des oracles :
Nous reverrons un jour le temps ancien ;
Il reviendra ce bon temps des miracles
Où régnait un foi très chrétien.
Honoré Déo.
LES AUXILIAIRES DU PAPE.
AIR : de la Marseillaise. .
Allons, soldats,ivite en campagne,,
Serrez vos rangs, pressez vos pas,
L'esprit du ciel vous accompagne,
Le Saint-Père vous tend lès bras !
Courez au secours de l'église,
Car ses. foudres sont'Superflus, •
Ses sujets ne l'écoutent plus,
Et sa puissance est compromise.
Volez, dignes guerriers,
LE TYRTEE.
Cueillir de pieux lauriers;
Soyez toujours bénis
Jusques en paradis.
Ne cherchez plus la vaine gloire
D'Arcole et de Montebello ;
Fuyez la profane victoire,
Pleurez sur vous à Marengo !
Rappelez-vous avec souffrance
Ces jours de ténèbres, d'erreur !
Repentez-vous dans votre coeur.
Priez, et faites pénitence.
Volez, dignes guerriers,etc.
En arrivant dans cette Rome,
Qui jadis trembla devant vous,
N'oubliez pas qu'aux pieds d'un homme
Il faut vous jeter à genoux:
Abjurez l'esprit de conquête,
Le passé n'est que vanité,
L'honneur n'est que futilité,
Apprenez à courber la tête !
Volez, dignes guerriers, etc.
Votre cocarde était impie,
Hâtez-vous de la converti».
Que le jaune la purifie,
Et que l'orgueil puisse en sortir !
Les clés de la céleste flamme
Vont vous guider, pauvres pécheurs !
Aux souvenirs de vos grandeurs
24 LE TYRTÉE.
Qu'elles daignent fermer votre âme !
Volez, dignes guerriers, etc.
La liberté fut votre idole ,
Vous quittiez tout pour la servir;
Que l'espérance vous console,
Dieu pardonne au vrai repentir.
Prouvez-le lui par votre zèle
A briser cette déi'té ;,
En combattant la liberté,
Vous gagnez la palme éternelle!
Volez, dignes guerriers, etc.
!
Ah ! que le ciel vous réunisse,
Soldats du pape et de Louis;
Que le démon en vain rugisse,
Et que Jes saints soient réjouis !
Que les noms de ces deux grands princes j
De vous éloignent la fierté!
Allez chercher l'humilité, ,
Pour l'apporter dans nos provinces. ,
Volez, dignes guerriers,
Cueillir de pieux lauriers ;
Soyez toujours bénis
Jusques en paradis. . , .. ,;
HEDAPOL.
LE TYRTEE.
LE COUPABLE.
Airi'du Carnaval.
A vos arrêts je souscris sans mot dire,
Punissez-moi, Messieurs, je me repens;
Punissez-moi, j'ai pu, dans mon délire,
Après l'orage, invoquer ie beau temps.
Je prévoyais un terme à la tempête,
J'espérais voir s'éclaircir l'horizon;
Vite, Messieurs, ordonnez qu'on m'arrête,
Car j'ai cent fois mérité la prison.
Je me trouvais au Louvre, à Babylone,
Quand la mitraille effrayait tout Paris,
Quand, sous ses pieds, écrasant la couronne,
La liberté repoussait Charles iix :
Je le confesse, et vous demande,grâce,
Je me battis en courageux luron ;
Trois cents bras,nus attestent mon audace:
Oh ! j'ai cent fois mérité la prison I
J'ai fais bien plus ; car le jour que Bruxelles
Du vieux Guillaume éveilla les soldats,
Je me joignis aux courageux rebelles,
Maint Hollandais se plaignit de mon bras.
Quand la victoire, adoptant la Belgique,
Vint l'élever au rang de nation,
Crois-moi, lui dis-je, et deviens république:,
Oh ! j'ai cënt;fois.mérité la.prison !.
26 LE TYRTÉE.
De tes enfans, généreuse Italie,
J'ai salué le généreux^ élan ; .
Et ma fortune, à défaut de ma vie ,
A combattu contre un lâche tyran.
Quand l'Autrichien, soldat de l'esclavage,
Au despotisme eut vendu son canon,
Sébastian!, j'ai flétri ton langage :
Oh ! j'ai cent fois mérité la prison !
Les rois ligués pour défendre leurs trônes ,
Noble Pologne, avaient juré ta mort;
Leur or du Czar étayait les colonnes,
Depuis ce jour on entrevit ton sort.
Tu succombas, sublime Varsovie !
Pour cette fois un ministre eut raison ;
A ton secours j'appelai ma patrie :
Oh ! j'ai cent fois mérité la prison !
En voilà bien ; mais que de torts encore !
D'abord, je suis ami de mon pays;
Et selon moi, le drapeau tricolore '
Ne fut point fait pour protéger les lysJ
De me pâmer je n'ai point la manie,
Quand de Périer on prononce le nom;
Et j'ai juré haine à la tyrannie :
Oh J j'ai cent fois mérité là prison !
De me courber je n'ai point la bassesse, '•
Je ne connais que le respect aux lois;
Il ne me faut ni prêtres, ni noblesse,
Mais je voudrais l'égalité des droits.
LE TYRTÉE.
De nos ventrus je siffle les courbettes ,
Dans le parquet je ris de Brid'oison;
Et j'ai juré haine à nos girouettes :
Oh ! j'ai cent fois mérité la prison !
N. BRESSAUDIER.
COUPS DE FOUET.
Grand Dieu, si tu n'es mauvais père,
Regarde et prends-nous en pitié :
La doctrine avec la misère !
Deux fléaux ! c'est trop de moitié.
Sais-tu que Figaro va changer sa vignette ?
Du manteau de Basile on dit qu'il s'est couvert ;
Du bonnet doctrinaire il affuble sa tête,
Et Basile, à son tour, va tenir le bois vert.
Basile à Figaro dit un jour : Mon mignon,
Tu me fais expirer sous les coups de bâton :
Vois eette bourse... Allons, ne sois pas inflexible
28 LE TYR'TÉE.
—Me vendre! Ah ! laisse-donc,laehoseest impossible!
Après avoir ainsi répondu deux fois : Non !
Il prit ; car l'argument était irrésistible.
Le Czar vainqueur peut sommeiller tranquille
Et craindre peu les chants du coq Gaulois,
Car maintenant, comme l'a dit Saint-Gille,
C'est un chapon sans colère et sans voix.
France ! voter la mort d'un roi traître et parjure,'
C'est un crime bien grand ! Dreux-Brézé te l'assure :
Aussi, de par les Pairs, pour le bien expier,
Chaque an, tu prieras Dieu le vingt et un'janvier.
Républicains, prôneurs de la démagogie,
Qui sans cesse admirez la révolution,
Taisez-vous,, oucraignez...—Quoi?—Sainte-Pélagie:
En France on peut tout dire.... hors.... son opinion.
LE TYRTÉE. 2Q
CHRONIQUE THEATRALE.
La Bourse, dit-on, s'est glissée dans notre gou-
vernement, notre diplomatie est financière et usu*-
rière, l'opinion est un objet marchandise. Get
esprit de spéculation, 'ce démon vigilant de la
hausse et de la baisse domine toute pensée hu-
maine ; ne s'est-il pas introduit dans la littérature ?
Les associations pullulent de toutes parts; on sent
tout le danger qu'il y aurait à s'isoler de son siècle.
J.-J. Rousseau et Gilbert s'étaient mis en état de
guerre contre les hommes et les choses; l'un avec
sa formidable logique et son inflexible dilemme,,
l'autre avec la verge de Juvénal ; le premier mourut
pauvre, le second fou. Les courtes années de l'exis-
tence de Gilbert furent une longue agonie ; comme
le cygne de l'antiquité, son talent poétique, qui
avait cédé à de douloureuses épreuves, s'éveilla
quelques temps avant sa mort pour faire entendre
d'harmonieuses paroles.
Il n'est pas à craindre que Pexemple^de ces deux
grands hommes devienne contagieux parmi, nos
écrivains. MM- Cousin, Guizot et Villema.in vous.
3o LE TYRTÉE.
diront que J.-J. Rousseau était un homme d'une
très haute portée, et qu'il ne manquait à sa philo-
sophie qu'une université pour l'admettre, et un bud-
get pour l'engraisser. M. Villemain qui presse entre
ses bras son faisceau de férules, comme un licteur
ses verges, ou un ministre son portefeuille, n'au-
rait pas voulu introniser le philosophe de Genève
dans une de ses chaises curales. M. Cousin, qui
fait plier sa philosophie aux idées et préjugés de
l'époque, au lieu de les combattre corps à corps, et
qui dit, comme Tacite, seculum vocatur, aime
mieux afficher le faste dé Platon que l'indigence de
Diogène et l'honorable pauvreté de Rousseau. D'ail-
leurs, il est bien plus facile de morigéner des pé-
dans et des lycéens, que de morigéner l'espèce
humaine. Mieux vaut être philosophe, historien,
professeur de belles-lettres, parordonnance que par
vocation ou par|amour de l'humanité. Cependant,
les arts et les sciences, fruits d'une libre émanation
de l'esprit, plient aussi sous des maîtres.
Depuis l'institution de la camaraderie, chaque
théâtre a ses auteurs à gages. L'arbitre du goût est
la caisse du directeur qui spécule sur les plaisirs du
public. Que de vaudevilles, de drames et de mé-
lodrames ne voyons-nous pas éclore chaque jour!
Quelle effrayante stérilité dans cette abondance!
C'est un commerce comme un autre, et qui fait fleu-
rir le commerce. Les imprimeurs, les libraires, les
décorateurs, l'épicier,la contre-marque et la claque,
prélèvent sur le monopole un bénéfice honnête. Il
LE TYRTEE.
serait difficile de compter trois pièces remarquables
depuis la révolution de juillet. Tandis que le pro-
létaire va chercher le gros rire aux boulevards, que
nos Dandys, nos nobles dames et toute l'espèce
fashionable vont mendier des émotions à la porte
du Théâtre-Français ou de l'Opéra, les uns et les
autres éprouvent de désespérans mécomptes.
La semaine dernière, l'Odéon, l'Opéra-Comique
et le théâtre du Palais-Royal ont payé leur tribut
de rigueur à l'époque du carnaval. La pièce qu'on
a représentée au premier de ces théâtres, sous le
titre d'Une Révolution d'Autrefois, et où l'on a vu
des Romains en robe de chambre et en pantoufles,
à l'instar de nos jeunes diplomates et des romanti-
ques de l'époque, a été vivement applaudie. Au
reste, quelques tableaux des moeurs de Rome sous
l'empire heureusement tracés, des traits d'esprit et
des allusions politiques étaient pour MM. Pyat et
Théodore des élémens de succès.
Le théâtre de l'Opéra-Comique, qui semblait avoir
pris l'engagement de mentir à son titre, se relève
depuis quelque temps de sa longue agonie, et s'ef-
force de ressusciter les beaux jours de Feydeau.
Nous espérons qu'une administration mieux enten-
due restituera à nos plaisirs un des plus importans
de nos théâtres; l'immense disproportion de talens,
parmi les sujets, aurait amené infailliblement la
ruine complète d'un théâtre auquel l'art magique
de MM. Boyeldieu, Auber, Scribe, etc., semblait
promettre une longue existence. Le public, qui
32 LE TYRTÉE.
paraît se reconcilier avec' la 1 salle Véntadour, vient
d'accueillir, d'un rire franc, le Manequin de Per-
game, véritable folie de carnaval, qui ajustifié plei-
nernent son titre et les succè qu'elle a obtenu.
M. Dormeuil, qui ne s'endort pas toutes les fois
qu'ils'agit de concilier les plaisirs du public avec
l'intérêt de sa caisse^ a traduit sur la scène du Pa-
lais-Royal Louis XI, sous le costumé de carnaval.
Cèfté parodie spirituelle a excité de bruyaris ap-
plaudissemens. C'est de l'Aristophane tout pur. Lés
auteurs' ont à peine pris soin de travestir les noms
des personnages. M*. Enfantin, sous-pâpe des S'aint-
Simoniens, y joue un Vole fort gai. Cette pièce, où
M:' Casimir Delavigne n'est point épargné, est
fort originale et très bien versifiée. Nous regrettons
dè: ne pouvoir en citer quelques passages à nos
lecteurs; nous les renvoyons au théâtre du Palais-
Royal.
AVIS.
Les directeurs du TYRTÉE recevront avec plai-
sir toutes les chansons ou autres pièces de poésie
qu'on voudra bien leur adresser; le comité* de
rédaction s'attachera toujours à faire un juste choix
entre celles qui lui seront soumises.
On est libre de signer, ou de "garder l'anonyme.
(Affranchir).
LE TYRTÉE.
LES OIES DU PERE PHILIPPE.
AIR : des Ventrus.
Chers oiseaux de mon royaume,
L'histoire dit qu'autrefois
Vous sauviez l'aigle de Rome,
Sauvez donc mon coq gaulois,
Et mon trône citoyen
N'aura pas d'autre soutien.
Chers oiseaux!
Chers oiseaux!
Pour nos droits seigneuriaux
Faites des prodiges nouveaux!
34 LE TYRTÉE.
Veillez toujours sur la France
Et la Charte-Vérité;
Vous aurez en récompense
Des truffes à volonté,
v î Et des croix et des blasons,
Des lauriers conïme aux jambons.
Chers oiseaux ! etc.
Ame sublime et diserte,
Mon député clérical,
Nargue Mauguin et Salverte
De ton geste provençal.
Oie, objet de mon amour,
Phénix de ma basse cour !
Chers oiseaux ! etc.
Un jour j'assiste à la chambre,
L'on discute le budget,
Et je crois, dans chaque membre,
Voir un soleil de juillet.
Bravo ! mes amis ! bravo !
Encore un petit zéro.
Chers oiseaux ! ete.
Rampe aux pieds de ton idole,
Toi, pauvre républicain !
Mais nous, aux flots du Pactole,
Confions notre destin.
Poussons les paillettes d'or
Dans les coffres du trésor.
Chers oiseaux ! etc.
LES :TY,R,T-ÉE. 35
Quand du héros de la -Nièvre.
La voix au loin retentit,
Le côté gauche a la fièvre,
Le centre s'épanouit.,
Notre bonne loi'd'amour
Aura peut-être son tour.
Chers fliseaux ! etc.,
Qu'aucune de vous ne bouge
D'ici ; j'ai peur de Brennus,
De la grippe en bonnetrouge
Et du choléra-morbus.
Ces maux sont «n-vérité
Amis de l'égalité,--
Chers -oiseaux ! etc.
Honoré DÉO.
OU LES INTRIGANS. j
AIR : Halte-là!
Vite en prison pour cela.
i
Haute et puissante canaille,
Qui, dans le jour du danger,
A l'abri de la mitraille
Saviez si bien vous ranger;
30 LE TYRTÉE.
A peine l'orage cesse,
Vous reparaissez au jour,
Et votre troupe s'empresse
Devers la nouvelle cour.
Halte-là!
Halte-là! ,
Le roi populaire est là.
Pareils à de sombres nues,
Vos escadrons odieux ,
Encombrent les avenues
Du temple des jeunes Dieux.
Une retraite ! une place !
Ma préfecture à tout prix !
Une faveur ! une grâce !
Quel vacarme ! Dieux, quels cris !
Halte-là!
Halte-là!
Le roi populaire est là.
Dieux ! c'est comme après l'orage,
Lorsque le soleil reluit,
Que la vermine fait rage,
Pullule, se reproduit.
De tous points, la lèpre immonde,
Pour avoir part au gâteau,.
Court, aborde, nous inonde,
Se précipite au château !
Halte-là ! -
Halte-là !
Le roi populaire est là.
LE TYRTEE.
Mais, bon Dieu ! quelles figures
M'offre ce monde intrigant !
J'y vois les caricatures
Qui déjà venaient de Gand.
Hier on était victime
De la légitimité;
Aujourd'hui chacun s'estime
Martyr de la liberté.
Halte-là !
Halte-là !
Le roi populaire est là.
Et lui qui de la mitraille
Affronta les longs assauts,
Ce brave peuple travaille
Pour payer de lourds impôts.
Et la horde que dévore
La soif de l'or, des honneurs,
Voudrait lui ravir encore
L'humble prix de ses labeurs !
Halte-là!
Halte-là!
Le roi populaire est là.
Ne craignons plus la misère,
On connaît tous nos besoins. -
A rogner lé haut salaire,
On apporte tous ses soins.
Jamais plus de sinécures ;
Et si quelques eslaffiers
LE TYRTEE.
Peu contens de leur pâture,.
Mangeaient à deux râteliers1!... ■
Halte-là!
Halte-là!
Le grand économe est là.
BoUVAïiOT.
LA LIBERTÉ.
AIR': Liberté sainte, etc.
Cette nuit même , elle m'est apparue,
Ce n'était plus la reine aux trois couleurs,
Sous des haillons qui l'aurait reconnue?
Ses yeux éteints étaient noyés de pleurs,
Son front meurtri saignait d'une blessure,
Sa main serrait le tronçon d'un drapeau,
Au gré du vent flottait sa chevulure,
Et sous ses pieds s'entrouvrait un tombeau.... !
« Est-ce bien vous, m'éeriai-je ! ô ma mère,
« Vous, que suivait un peuple de héros ?
« Oh ! répondez, quel est le téméraire
« Qui, loin de nous vous a mise en lambeaux 1 »
Je vis alors se r'ouvrir sa paupière,
Son sein bondir,, sa tête se dresser,
LE; TYRTÉE. 3T)
Puis elle dit d'une voix.dé-tonnerre:
« Ce que j'ai fait est à recommencer...!
« France crédule, où sont ces jours de fêtes
« Où ton fusil déblaya les palais.... !
« Où tous les coeurs, pour les mêmes conquêtes,
« Battaient d'accord au milieu des boulets !
«Jours de vertus, d'héroïsme et de gloire,
« Où riche et pauvre, à mon cri plébéien,
« Marchant ensemble, unis parla victoire,
« D'un peuple entier n'ont fait qu'un citoyenf
» Ainsi toujours, ta mémoire oublieuse
« Récusera les leçons du passé.
« Tu fis un roi; vanité dangereuse....!
« Devant le sien ton règne est effacé.
« La royauté demande une hécatombe;
» Subiras-tu ses mépris insultans ?
« De tous mes fils on à creusé la tombe.
« Tarde un seul jour... il ne sera plus temps.
« Ah ! ressaisis les rênes du vieux monde,
« Et tes accens au loin vont retentir ;
« A mille échos que ton écho réponde,
« Et tu verras les trônes s'engloutir.
« J'ai remué jusqu'aux peuples barbares,
« Ces noliveau-nés ont bégayé mon chant,
« Ils marcheront au bruit de tes fanfares,
« Protège-les de tes bras de géant...!
« Protège-les..! Ton drapeau tricolore
« S'est mis hier à la solde des rois, ,*,' • •
/(O LE TYRTÉE.
« France, veux-tu plus bas descendre encore ?
« Cherche en exil tes princes d'autrefois,
« Livre aux bourreaux nos citoyens fidelles,
« Et des martyrs jette la cendre aux vents !
« Aux rois le droit d'écraser des rebelles
« Quand ton pardon a sauvé les tyrans.
Charles PINEL,
SOLIDE - AU- POSTE
A SON CAPITAINE.
ALLOCUTION ÉMINEMMENT MILITAIRE.
AIR de la Catacoua.
Là, franchement, mon capitaine^
Qu'allons-nous faire en ce pays ?
Est-ce la guerre? ou la neuvaine
Pour le retour des fleurs de lys ?
L'antienne.... Ah ! vous riez sous cape.
Hé bien ! mon capitaine, adieu.
LE TYRTÉE.
Non, ventrebleu !
Non, sacredieu,
Je ne veux pas chanter pour le bon Dieu.
Moi! Solide, un castrat du pape !
C'est bon pour le juste-milieu.
Partout on rit de l'équipée ;
Partout on crie autour de nous,
Que notre liberté dupée
Va faire campagne à genoux.
Ce n'est pas ainsi qu'on m'attrape;
Je ne mettrai pas mon enjeu.
Non, ventrebleu!
Non, sacredieu !
Je ne sers pas de risée au bon Dieu.
Moi! Solide, un jouet de pape!
C'est bon pour le juste-milieu.
Il faut qu'à leurs saintes vengeances
L'indévol par nous soit remis ;
On nous promet les indulgences
Si nous dénonçons nos amis.
Plutôt que de mordre à la grappe,
Cent fois l'enfer, Satan, le feu !
Non, ventrebleu !
Non, sacredieu !
Pas de police au profit du bon Dieu.
Moi ! Solide, un mouchard du pape !
C'est bon pour le juste-milieu.
On dit qu'avec ce peuple esclave
âl
42 i L'BTYRTKÎT.
Le Saint-Père agkisans façon;'.
Qu'on est choyé dans le conclave
Pourvu qu'on soit joli garçon.
Il est donc vrai que sous la chape,'
Le prêtre cache un beau neveu.-' < •-'
Ah ! ventrebleu !
Noïi, sacredieu!
Ce n'estiffhsi que j'entends servir Dieu.
Moi! Solide, un mignon du'pape! '
C'est boh pour le juste-"îmT?eù'.
Dois-je le croire ? On dit encore,
Capitaine, que dans l'étui
Il faut cacher le tricolore;
Qu'au, patriote il sert d'appui.
Quoi ! pour les frères de la Trappe ,
Contre les miens je ferais feu !
' ''''Non, ventrebleu !
Non, sacredieu !
Je ne veux pas défendre le bon Dieu.
Moi! Solide, un soldat du pape !
C'ç3t bon pour le juste-milieu. -
Tenez, ce métier me dégoûte;.
Franchement, je n'y.suis pas bon.
Mieux vaut une armée en déroute
Qu'un régiment en capuchon.
Ces gouvernemens à soupape
Nous font jouer u» trop gros jeu.
LE TYRTÉE. 4^
Hé donc, adieu!
Moi, sacredieu!
J'y veux voir clair, même avec le bon Dieu.
S'il faut des aveugles au pape,
Prenez dans le 1 juste-milieu. i
J. CAHAIGNÉ.
ANCONE.
AIR : Liberté sainte.
On mexlisait: Le drapeau tricolore
Est mis au ban des légitimes rois, '''
Et l'étranger, du couchant à l'aurore,
Insolemment crache au coq des Gaulois.'
Moi, je pleurais sur la France avilie....
Mais un navire a sillonné les mers...
Salut à vous, rivages d'Italie!
Nous voilà, nous, nous qui brisons les fers.
Les cabinets ; tout plastronnes de notes,
Criaient bien haut : Attendez à demain...
44 LE TYRTÉE
En attendant se rouillaient vos menottes :
Pour les limer nous armons notre main.
Gloire éternelle aux couleurs de la France !
A leur aspect, oubliez vos revers ;
Frères, Brennus fait pencher la balance...
Nous voilà, nous , nous qui brisons les fers.
Nous savons bien que de cette victoire
Nos sept visirs se montraient peu jaloux,
Et que Périer, en signe expiatoire,
Devant les rois s'excuse à deux genoux ;
Mais l'étincelle a fait jaillir la poudre:
Oh ! qu'on s'exhale en reproches amers ,
Il est trop tard pour retenir la foudre,
Nous voilà, nous, nous qui brisons les fers.
Vous qui dormez sous cette chaude terre ,
Réveillez-vous, sortez de vos tombeaux !
Après la mort, en foulant leur poussière,
Nos bataillons raniment les héros.
Blêmes soldats du vieux Grégoire seize,
Les armes-bas'! fuyez dans les déserts...
Votre Apennin redit la Marseillaise !
Nous voilà, nous, nous qui brisons les fers.
Espère enfin , ô notre sbeur chérie,
Il est brisé le joug des encensoirs ;
A notre voix tu deviendras patrie ;
Belle Italie ! ouvre tes grands yeux noirs,
LE TYRTÉE.
Ton aigle d'or déchirant son étole,
Libre et vainqueur a bondi dans les airs.
Nous bâtirons son nid au capitole!
Nous voilà, nous , nous qui brisons les fers.
A. G.
BASILE.
AIR : du Vilain.
Avez-vous rencontré Bazile ?
En costume de Figaro,
Dans tous les trous il cherche asile,
Sur tout le monde il crie haro ;
Tantôt plate caricature,
Tantôt élégant de bon ton.
Ah ! Messieurs de la préfecture,
Pour un mouton
Basile est bon ;
Je vous le dis : c'est un mouton,
Un vrai mouton.
46 LE TYRTÉE.
Sous tous les masques politiques,
Basile dérobe ses traits ;
Aujourd'hui les formes antiques,
Demain le galon des laquais.
Il va prêtant partout l'oreille,
Au greffe, à la cour, au salon.
Oh ! c'est trouvaille sans pareille
Pour un mouton, etc.
Au fond le métier est facile :
Qu'il souffle d'amont ou d'aval,
Le vent est toujours pour Basile;
C'est un pierrot de carnaval.
L'or mis en pile galvanique
A son corps flasque rend du ton.
Tout physique et tout mécanique,
Sous le bâton
C'est un mouton;
En vérité, c'est un mouton,
Un vrai mouton.
LE fï'R'TÉE. 47
COUPS DE TOUET-
Voyez cet orateur! diable, commëil prêrïd feu.'
Un tiers de moins Userait un atome,
Un tiers de plus il serait un grand homme;
Il n'est donc qu'un juste-milieu.
Nos anciens rojs avaient jadis deux fous,
La folie eut toujours accès auprès du trône,
Cayette et Triboulet étaient pour la couronne
Un passe temps bien doux.
La noblesse en comptait plus d'un parmi ses membres,
Des moines, des prélats et de preux chevaliers ;
Mais les rois de nos-jours, mieux, que Jeurs devanciers,
Au lieu de deux fous ont deux chambres.
Le diplomate judaïque
Qui tant de fois nous a trahis,
4^ LE TYRTÉE.
Auprès de l'orgueil britannique
Fait chaque jour boiter notre pays.
Ce fruit de juillet qui naguère
Avec ivresse était fêté,
, ;N'est qu'une poire d'Angleterre
Sur l'arbre de la liberté.
Peuple , tes droits ne sont que châteaux en Espagne,
Et de la liberté l'arbre esclave des rois
N'est donc plus qu'un mât de cocagne
Où sont pendus titres et croix.
On prétend que Monsieur d'Harcourt,
Quand il veut parler, reste court.
Il est maigre et chétif : le géant de la chambre
' Est muni d'un bien petit membre.
En l'entendant parler, s'écriait un gabeur,
Quel orateur, petit ! quel petit orateur!
LE TYRTÉE.
AIR : du Dieu des bonnes gens.
Qu'espères-tu, ravissante Italie,
De tes prélats et de tes roitelets?
Sous le missel ton front pur s'humilie,
Peuple, on t'enchaîne avec des chapelets.
La liberté t'appelle, il faut la suivre;
Bois à sa coupe et deviens son élu !
Tu t'en souviens, la Pologne était ivre,
Les Français avaient bu !
4s-tu, comme elle, invoquant tes ancêtres,
4

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