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Les amours de Pierre et de Léa / par Louis Salles

De
396 pages
A. Lemerre (Paris). 1870. 1 vol. (397-XIII p.) ; in-16.
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LES AMOURS
ni-;
PIERRE ET DE LÉA
!' .1 il
LOUIS SALLES
PARIS
ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR
fASSAGr. ciioisr-UL, 47
M. BCCC. LXIX
LES AMOURS
DE
PIERRE ET DE LÉA
IMPBINCBIC t. TOI NON »T C*. A SAINT OINNAIN
LES AMOURS
DE
PIERRE ET DE LÉ A
PAR
4-OUIS SALLES
PARIS
ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR
PASSAGE CHOISEUL. 47
M. DCCC. LXJX
A mon illustre compatriote
M. OCTAVE FEUILLET
je dédie
LES AMOURS DE PIERRE S PE LÉA
ATTENTE
SÉRÉNADE
QUAND sur les fleurs des molènes
Les phalènes
Viennent, le soir, voltiger,
Près de ta persienne verte
Entr'ouverte,
Ma Léa, j'aime à songer.
Parfois donnant une trêve
A mon rêve,
Surveille par le voisin,
Cyclope qui dans sa forge
Se rengorge,
Avec un souris malin ;
Les Amours de Pierre et de Léa
Je parcours en sentinelle
Ta ruelle,
Aux sons du pesant marteau
Frappant l'enclume sonore
Que colore
Le feu rouge du fourneau;
Sitôt que dans la fournaise
Meurt la braise,
Quand les sombres forgerons,
Pour saluer la journée
Terminée,
Passent la main sur leurs fronts ;
Quand à pas pressés la foule,
Qui s'écoule,
Laisse le quartier sans bruit,
Quand berçant ton indolence
Le silence
Enveloppe ton réduit;
Je reviens à ta fenêtre,
Sous le hêtre
Laissant sur tes blancs rideaux
Vaciller la clarté brune
De la lune,
A travers ses noirs rameaux.
Les Amours de Pierre et de Léa 3
Pour embellir les mensonges
De tes songes,
Voltigeant dans le boudoir,
Ainsi qu'un essaim d'abeilles
Sur les treilles
A la porte du pressoir ;
Ma toute belle maîtresse,
Je te tresse,
Sur d'arabesques dessins,
Une magique couronne
Qui rayonne
Pareille au nimbe des saints;
Dérobant à la nature
Sa parure
Je t'en forme un vêtement ;
Pour toi je prends à l'étoile
Son blanc voile,
Sa perle et son diamant ;
Aux touffes des marjolaines,
Des verveines,
Sous les bocages rameux,
Je cueille les fleurs nouvelles,
Les plus belles,
Et j'en fleuris tes cheveux ;
4 Les Amours de Pierre et de Léa
A tes pieds j'étends la mousse
La plus douce,
Les palmes des hauts palmiers,
Les pétales de la rose,
Fraîche éclose.
Et le duvet des ramiers ;
J'emprunte à la fée Urgèle
Sa truelle
Et j'élève des villas
Mirant leurs façades neuves
Dans des fleuves
Bordés d'odorants Filas ;
Des larges flancs d'une amphore
Qu"on perfore
Jaillissent les vins du Rhin,
Du Cap et de la Champagne,
De l'Espagne,
Dans un cratère d'airain ;
I^a porcelaine de Chine,
\j\ plus fine,
Des vases bleus du Japon
Chargés de fruits délectables,
Sur tes tables
Forment un triple cordon;
Les Amours de Pierre et de Léa 5
Aux clartés de girandoles,
Des gondoles,
Ainsi que les alcyons,
Dans leur course vagabonde
Rasent l'onde
Où scintillent des rayons ;
L'hirondelle du rivage,
Sous l'ombrage,
Jette à l'écho de doux airs,
Et des rameurs, en cadence,
I^a romance
Va se perdre dans les airs ;
A giorno j'illumine
La colline
Où s'étagent mollement
Des jardins en pyramide
Comme Armide
En créait pour son amant ;
Dans des grottes parfumées
Des aimées
Dansent le pas des péris,
Aux arpèges de la harpe
Leur écharpe
Voltige sur les tapis ;
6 Les Amours de Pierre et de Léa
Une robe diaphane
De sultane
Laisse entrevoir le trésor
De ces brunes bayadères
Plus légères
Que la mouche aux ailes d'or:
Pour se parer, ces gazelles
De dentelles
Voilent des yeux de velours,
Miroir ardent de leur âme,
Vive flamme,
Où se pâment les amours;
Devant toi, reine chérie,
Je les prie
D'improviser dans leurs chants
Sur de nouvelles pensées
Cadencées,
Les contes les plus touchants.
Oh ! faut-il que ces merveilles
De mes veilles
S'envolent comme l'oiseau
Au chant des rondes joyeuses
Des glaneuses
Assises près du ruisseau !
Les Amours de Pierre et de Léa -
Des ailes de la nuit sombre
S'enfuit l'ombre
Et l'étoile du berger
Annonce la blonde aurore
Qui décore
D'émeraudes le verger.
Alors, doux ange, à mon rêve
Je fais trêve,
Maudissant le lourd marteau
Et la résonnante enclume
Quand s'allume
La braise dans le fourneau;
Et je regagne en cachette
Ma couchette
Et je brode, tout le jour,
Des caprices, des cantates,
Des sonates
Sur le thème de l'amour.
8 Les Amours de Pierre et de Léa
SONNET
UNE lampe éclairait la sombre basilique,
Et perçant les vitraux, les blonds rayons du soir
Dessinaient dans la nef, au pavé blanc et noir,
La rosace en couleurs, brillan:e mosaïque ;
L'orgue retentissait sous l'ogive gothique,
Les parfums s'embrasaient au fond de l'encensoir,
Et le prêtre chantait, au pied de l'ostensoir,
Les sublimes versets d'un sublime cantique.
D". s l'extase, ravi, je voyais sur l'autel
Les séraphins ailés et les vierges du ciel
Planer, portant des fleurs et des lyres d'ivoire ;
Leone, tu parus, et toute cette gloire
De la terre et du ciel, tout cet enchantement
Dans l'ombre s'éteignit à ton rayonnement.
Les Amours de Pierre et de Léa g
ODELETTE
SUR mon coursier,
Aux nerfs d'acier,
Que ne puis-je effleurer vos cimes,
Neiges amantes du glacier
Baignant son pied dans les abîmes!
Mon étalon,
Comme l'aiglon, f
Volerait sur les avalanches;
Sous son sabot chaque piton
Secouerait ses aigrettes blanches;
Suivant l'eider
Au fond de l'air,
Léa, je prendrais au passage
Un rubis du plus rouge éclair
Pour en étoiler ton corsage.
i o Les Amours de Pierre et de Léa
RONDEAU
ROSES d'avril, aux fenêtres grimpantes,
De mes chagrins petites confidentes,
Ouvrez, ouvrez vos feuilles, vos boutons:
Pâtres déjà mènent leurs blancs moutons
Paître des prés les herbes verdoyantes;
Ouvrez, ouvrez vos gorges odorantes
A la rosée, aux perles ruisselantes,
Aux chants du ciel, aux jaunes papillons,
Roses d'avril.
Comme Vénus, les nymphes sont savantes
Dans l'art divin d'amo.'Ur les amantes;
Si de vos fleurs elles font des festons
Pour en broder des temples les frontons,
En ma faveur parlez-leur, ô charmantes
Roses d'avril.
Les Amours de Pierre et de Léa 11
A LÉA
TRIOLET
L'AMOUR est le pain de la vie :
Laissez-vous, laissez-vous aimer,
La jeunesse vous y convie,
L'amour est le pain de la vie.
Ne ressentez-vous pas l'envie
Comme les belles de charmer?
L'amour est le pain de la vie :
Laissez-vous, laissez-vous aimer.
12 Les Amours de Pierre et de Léa
A I.ÉA
SONNET
QUE n'ai-je un char ailé pour m'clever aux nues !
Sur toi j'effeuillerais les étoiles du ciel,
Ces pâquerettes d'or, à l'éclat éternel,
Fleurs que jette la Nuit sur ses épaules nues;
D;s ruches de PÉden, aux mondes inconnues,
Je te rapporterais les blonds gâteaux du miel
Qui sert à composer l'enivrant hydromel
De l'Olympe arrosant les fêtes continues;
Pour toi j'enfermerais dans un céleste écrin
Une plume arrachée à l'aile d'un archange,
Et la verte émeraude et la topaze orange
Qui brillent sur le front des séraphins, ou bien
La rivière en saphirs dont Phébé se décore,
Ou pour ton chapelet les perles de l'aurore.
Les Amours de Pierre et de Léa 13
A CHARLES LEXAR1EV
RONDEAU
A LA bouche aux roses contours,
Fleur où butinent mes amours,
Trente-deux petites dents fines,
Sur des gencives purpurines,
D'un blanc de lait brillent aux jours.
Non, jamais Breughel de Velours,
Peignant sa maîtresse en atours,
Ne lui mit autant d'églantines
A la bouche.
Deux fossettes aux alentours,
Sous un blond duvet de velours,
Sont le nid de mouches mutines.
Voyant ce bijou, tu devines,
Si l'eau ne m'en vient pas toujours
A la bouche.
14 Les Amours de Pierre et de Léa
CHANSON
PARMI les fleurs du pays,
Blondes comme le maïs,
11 en est une,
A la peau brune,
Oh ! que ne suis-je le roi !
Elle irait en palefroi :
Sous ses pieds la mousse
N'est pas assez douce;
Elle aurait, chaque matin,
Tout en maline et satin
Mante légère.
Quand en bergère,
Sur la pente des guércts,
Elle vient cueillir au frais,
A pleine corbeille,
La fraise vermeille;
Pour ctoiler ses atours,
S'enroulant en mille tours
Les Amours de Pierre et de Léa 15
Sur l'églantine
De sa poitrine,
Perles fines, diamants
Embraseraient, chatoyants,
De leurs étincelles,
Ses noeuds de dentelles;
Sous une courtine d'or
Quand sa nourrice l'endort,
Ma sérénade,
Comme à Grenade,
Égrènerait dans les airs,
Sous sa fenêtre, les airs
Que Fraschini chante
D'une voix touchante;
Comme l'esclave, au sérail,
Qui présente l'éventail,
Sous le platane,
A la sultane,
A ses pieds je coucherais
Et tout mon sang donnerais
A la charmeresse
Pour une caresse.
iô Les Amours de Pierre et de Léa
A LÉA
SONNET
A TRAVERS les genêts te courir dans la plaine,
Toucher les grains brillants de ton chapelet d'or.
Te regarder broder, ou bien baiser encor
IJH place de ton sein sur ton fichu de laine;
De ma lèvre effleurer la frêle porcelaine
Dont ta lèvre en buvant a touché le rebord ;
Surprendre ta rougeur à mon subit abord,
Tofirir une ancolie, aspirer ton haleine.
Tels sont les riens charmants qu'en rêve je poursuis
Et qu'appellent mes voeux, quand ta pudique image
Illumine mon ciel, voilé par un nuage;
Et dans ces doux moments, je délire et je suis
Aussi brûlé de feux, maîtresse bien-aimée,
Que si contre mon coeur je te pressais pâmée !
Les Amours de Pierre et de Léa 17
SONNET
DANS les hymnes divins de la grande nature
Tout se parle d'amour : la fleur dit â la fleur,
Sa corolle entr'ouverte : Embrassons-nous, ma soeur;
L'herbe dit aux ruisseaux : Oh ! que votre onde est pure 1
Le vent dit au mélèze : ^ ^uvre ta chevelure,
Que je baigne mon aile a sa molle senteur;
I-a terre dit au fruit : Viens dormir sur mon coeur;
L'oiseau près de l'oiseau jase sous la verdure.
Ce ne sont que soupirs partagés, que doux chants;
Ce ne sont que regards tendres, que mots touchants,
Qu'épanchements qu'anime une ivresse profonde.
Mais'moi, comme le pâtre au milieu du désert,
Si je mêle ma voix à l'éternel concert,
Je n'entends pas, hélas ! d'écho qui me réponde.
iS Les Amours de Pierre et de Léa
SONNET
QUAND après vos soupirs, le soir, sous les balcons
lui châtelaine, ouvrant la verte j l< usie,
Se laissait, dans vos bras, instruire en poésie,
Beaux pages d'autrefois, qui chassiez aux faucons:
Quand des urnes neigeaient les roses par flocons.
Que vos coeurs étouffaient des cris de frénésie,
Et que buvant l'ivresse avec le malvoisie,
Vos lèvres s'unissaient sur les mêmes flacons;
Beaux pages, répondez, par quelles sérénades
Avcz-vous obtenu ces moites accolades
Et ces brûlants baisers sur des lits de velours?
Et j'irai, chaque année, au pied de votre tombe.
Offrir, frais déniché, le nid d'une colombe,
En pieux souvenir de vos chères amours.
Les Amours de Pierre et de Léa i Q
A LÉA
SONNET
PARFOIS vous devenez pensive
Et penchez la tête en rêvant, -
Ainsi que sous l'aile du vent
Le saule pleureur sur la rive ;
Votre âme angélique et naïve
Qui dans les cieux plane souvent
Semble d'un songe captivant
Poursuivre l'ombre fugitive.
Vers qui s'envolent ces désirs,
Entrecoupés par des soupirs
Dé ta guimpe cntr'ouvrant la gaze i
Je l'ignore, — mais bien heureux
Est l'amant, cause de l'extase
Qui baigne tes yeux langoureux.
20 Les Amours de Pierre et de Léa
A SON ROSIER
ROSIER que Leone a planté.
Petit rosier aux roses blanches.
Pour mante prends le velouté
Et le frais duvet des pervenches ;
Quand les herbes semblent mourir.
L'été, vers midi, dans la plaine.
Qu'en passant sur toi le zéphir
Attiédisse sa chaude haleine ;
Que le chatoyant papillon
S'amuse a lutincr ta tige
Et soit un vivant médaillon
Qui près de tes fleurons voltige:
Que l'oiseau te jette en passant
L'air amoureux de sa romance,
Que sous un ciel éblouissant
Ton vert feuillage se balance ;
Les Amours de Pierre et de Léa 21
La nuit, que tes fleurs de satin,
Aspirant l'humide rosée,
Brillent au souffle du matin,
Comme l'écrinde l'épousée;
N'exhale tes parfums ambrés
Que pour ta pudique maîtresse,
Que tes boutons blonds et nacrés
N'éclosent que sous sa caresse ;
Veille en ami sur son sommeil,
Et quand l'aurore au front d'opale
Se lève, d'un reflet vermeil
Dore sa chambre virginale ;
Enfin, gentil petit rosier,
A la fenêtre où tu reposes,
Ainsi qu'un ange familier,
N'offre à ses yeux que douces choses.
Mais si mon coeur forme des voeux,
Blanc bengale aux blanches corolles,.
Pour que tu fleurisses mousseux
Sous les baisers des brises folles,.
Les Amours de Pierre et de Léa 23
A LA I. V s r.
SONNET
LE blond Phébus, Phébé, jaloux te porte envie :
Ton front est éclairé de nocturnes splendeurs,
En tête du nuage, aux changeantes couleurs,
Des étoiles du ciel tu t'avances suivie ;
A ses fêtes d'amour la terre te convie :
Tu vois les fleurs s'unir, les printanières fleurs
Que la rosée emperle et gaze de ses pleurs,
Tu vois le grain des champs s'éveiller a la vie, '
La nacre à tes rayons s'argente au fond des mers.
Tu connais le palmier élancé des déserts
Où niche l'oiseau-mouche à l'aigrette dorée ;
Enfin, tu peux, bravant fenêtres et barreaux.
Regarder, à travers la frange des rideaux,
Sur son lit de brocart dormir mon adorée.
24 l-cs Amours de Pierre et de Lia
A LÉA
SONNET
BLONDE aux seins dorés.
Vous faites la moue
Si le vent dénoue
Vos cheveux cendrés,
Ou si dans les prés
IM branche qui joue
Baise votre joue
Aux parfums ambrés.
Sachez, jeune femme,
Que vous donnez l'âme
A tous les objets,
Et que sur vos traces
L'éclat de vos grâces
Laisse des reflets.
Les Amours de Pierre et de Léa 25
A LÉA
VILLANELLE
RÉPONDS-MOI, bachelette,
Par le sentier des bois
Où t'en vas-tu seulette?
De l'ombreuse coudrette
Picores-tu les noix,
Réponds-moi, bachelette?
Blanche est ta gorgerettc.
Effilés sont tes doigts,
Où t'en vas-tu seulette ?
Voudrais-tu pour couchette
De mon coeur faire choix,
Réponds-moi, bachelette ?
26 Les Amours de Pierre et de Léa
Soulève la voilette
Qui cache ton minois,
Où t'en vas-tu seulette ?
Je sais une cachette,
Mais entends-tu ma voix,
Réponds-moi, bachelette ?
Une flamme secrète
Me réduit aux abois,
Où t'en vas-tu seulette ?
Pourquoi rester muette
A mon accueil courtois,
Réponds-moi, bachelette,
Où t'en vas-tu seulette ?
Les Amours de Pierre et de Léa 27
LE TRIOMPHE DE GALATEE
PAXTOIM
JE t'aime, fille deNérée;
Dans ce triomphe en pleine mer.
Sur une coquille nacrée,
Debout, tu fends le flot amer.
Dans ce triomphe, en pleine mer,
Aux vrents flotte ta chevelure,
Debout, tu fends le flot amer,
En courbant ta molle encolure:
Aux vents flotte ta chevelure.
L'amour se fait automédon,
En courbant ta molle encolure
La pose est belle d'abandon;
L'amour se fait automédon,
Ton pied gauche argenté l'écume.
La pose est belle d'abandon,
De deux dauphins le naseau fume :
28 Les Amours de Pierre et de Léa
Ton pied gauche argents l'écume,
Au galop parade un Triton,
De deux dauphins le naseau fume.
Ivres sont les fils d'Ixion ;
Au galop parade un Triton,
Lascives sont les Néréides,
Ivres sont les fils d'Ixion,
Tes verts coursiers nagent rapides:
Lascives sont les Néréides,
Quatre Amours décochent leurs traits.
Tes verts coursiers nagent rapides,
La brise colore tes traits;
Quatre Amours décochent leurs trait;;,
Pourquoi ce trouble, Galatée ?
La brise colore tes traits,
Le ciel est bleu, l'onde est lactée :
Pourquoi ce trouble, Galatée?
Ton peintre est le grand Raphaël,
Le ciel est bleu, l'onde est lactée.
Tu vis dans un cadre immortel :
Ton peintre est le grand Raphaël,
Ton pocte est le vieil Homère,
Tu vis dans un cadre immortel,
Pourquoi ce regard en arrière?
Les Amours de Pierre et de Léa 29
Ton poète est le vieil Homère,
Vers et fresque vivront toujours,
Pourquoi ce regard en arrière
Nymphe qu'enlèvent les Amours?
Vers et fresque vivront toujours,
Nymphe par Acis adorée,
Nymphe qu'enlèvent les Amours,
Je t'aime, fille de Nérée.
Leone, en cadeau
Reçois ce divin tableau.
Pour t'enlever, que ne puis-je
Opérer un tel prodige !
3o Les Amours de Pierre et de Léa
TRIOLET
REVENEZ, brises printanières,
Voici les jaunes papillons
Qui content fleurette aux bruyères.
Revenez, brises printanières:
Sur le ruisseau les lavandières
Joutent avec les alcyons,
Revenez, brises printanières,
Voici les jaunes papillons.
Les Amours de Pierre et de Léa 31
TRIOLET
SALUT, charmant renouveau,
Couronné de primevères!
L'herbe verdit le coteau,
Salut, charmant renouveau !
Dans son nid couve l'oiseau,
Les agneaux tcttent leurs mères,
Salut, charmant renouveau,
Couronné de primevères!
32 Les Amours de Pierre et de Léa
TRIOLET
LÉA, puise à pleine main
Dans la corbeille de Flore
Sur toi neige le jasmin :
Léa, puise à pleine main;
La rose prend le carmin
Et le collier de l'aurore,
Léa, puise à pleine main
Dans la corbeille de Flore.
Les Amours de Pierre et de Léa 33
A LÉA
VILLANELLE
POUR emporter h ton moineau,
Gai prisonnier dans une cage,
De l'eau fraîche et du grain nouveau,
Tu descendais dans le bocage;
Près de ces aulnes, pour te voir,
J'attends depuis une semaine;
Nymphe des bois, reviens, le soir,
Emplir ton urne à la fontaine.
Ta voix apprenait aux échos
Le refrain d'une barcarolle;
Sur la fleur des coquelicots,
Tu sautillais rieuse et folle;
Une écharpe rose en sautoir
Flottait à ta taille de reine;
Nymphe des bois, reviens, le soir.
Emplir ton urne à la fontaine.
3
34 I~cs Amours de Pierre et de Léa
De la mousse le vert tapis
T'offrait une couche odorante :
Sous le cresson et les iris
Coulait une onde transparente,
Tu regardais dans ce miroir
Ta figure napolitaine:
Nymphe des bois, reviens, le soir,
Emplir ton urne à la fontaine.
Volant de buisson en buisson,
Comme la prévoyante abeille.
De chènevis et de mouron
Tu garnissais une corbeille,
Tu retournais au vieux manoir
Quand le pâtre quittait la plaine ;
Nymphe des bois, reviens, le soir,
Emplir ton urne ù la fontaine.
Sous les pins, après ton départ,
Comme j'explorais la vallée,
Un jour, guidé par le hasard,
Près d'un bouquet de giroflée,
J'ai trouvé ton riche mouchoir
Parfumé de ta fraîche haleine ;
Nymphe des bois, reviens, le soir,
Emplir ton urne à la fontaine.
Les Amours de Pierre et ce Léa 35
Je conserve ce cher trésor
Depuis ce temps sur la poitrine,
Mes larmes qui coulent encor
Ont trempé sa batiste fine,
Je garde, en le baisan-;, l'espoir
De ton retour, belle inhumaine ;
Nymphe des bois, reviens, le soir.
Emplir ton urne à la fontaine.
Au bruit de ce naissant ruisseau,
Où dans la source à fleur de terre
Se baigne le petit oiseau,
Sous ce taillis plein de mystère
Qu'il me serait doux de pouvoir
Près de toi faire une neuvaine;
Nymphe des bois, reviens, le soir,
Emplir ton urne à la fontaine.
La neuvaine au dieu Cupidon
Par moi promise en ton absence
Est de prendre pour édredon
Ton sein qu'un blond duvet nuance,
Et pour étoiles de n'avoir
Que tes yeux bleus aux cils d'ébène;
Nymphe des bois, reviens, le soir.
Emplir ton urne à la fontaine.
36 Les Amours de Pierre et de Léa
A LEA
SONNET
J'AI SU qu'au fond du bois, hier, vous êtes allée,
A l'heure où Ton revient chantant de la moisson,
Et qu'assise pensive, au pied de ce buisson,
Vous avez appelé l'écho de la vallée ;
Et rêveur, aujourd'hui, je suis la même allée,
Explorant les halliers, et j'éprouve un frisson
Aux plaintes de la brise, à chaque léger son
Que soupire dans l'herbe une feuille envolée.
La rougeur sur le front et le coeur gros d'amour,
Je me retourne alors et vous cherche au détour
Que forment les sentiers creusant le taillis sombre.
Hélas ! je sens en moi tomber le désespoir:
Aux tremblantes lueurs des étoiles du soir
Sous les arbres déserts je ne vois que mon ombre.
Les Amours de Pierre et de Léa 3y
A L'ÉTOILE DE VENUS
SONNET
JOYAU de l'océan des nuits,
Astre de l'amour, je t'implore.
Etoile, étoile brille encore,
Comme une perle au fond du puits.
Ma nymphe, au lever de l'aurore,
A la cascatelle où tu luis
Viendra puiser l'onde sonore
Dans son antique urne de buis ;
Penchée au bord de la margelle,
La folle enfant, baissant la main,
Voudra te pêcher, mais en vain;
Étoile, par ma chère belle,
Laisse-toi prendre : ses doux yeux
Te feront oublier les cieux.
38 Les Amours de Pierre et de Léa
TRIOLET
CACHE tes dards et tes épines,
Rosette, rosette des bois.
Rosette aux blondes étamincs.
Cache tes dards et tes épines :
Léa, parmi les églantines,
Viendra t'elîeuillcr de ses doigts;
Cache tes dards et tes épines.
Rosette, rosette des bois.
Les Amours de Pierre et de Léa 3Q
A LA lONT.WNE DU BOIS
SONNET
FONTAINE dont l'eau salutaire
Donne l'éclat aux yeux éteints
Du malade qui, les matins,
A ta source se désaltère.
Si dans ce vallon solitaire
Vient une blonde aux cils châtains,
Aux longs regards napolitains
Qu'un voile ombrage avec mystère,
Dis-lui que sur tes bords je cherche la santé
Que m'a fait perdre hélas ! sa froide cruauté,
Que je bois mais en vain ton onde bienfaisante ;
Dis-lui que d'un baiser dépend ma guérison,
Et par l'été brûlant ma main reconnaissante
D'amaryllis en fleur sèmera ton gazon.
4<> Les Amours de Pierre et de Léa
Qut: les chasseurs, au son retentissant des cors,
Traquent dans les forets le sanglier sauvage,
Que le soir, aux flambeaux, de lugubres accords
Annoncent la curée aux lévriers en nage;
Que rivaux de Gérard, îe tueur de lions.
D'autres, portant au coeur une bravoure antique,
Explorent sans pâlir les déserts de l'Afrique
Ou des antres béants les sombres régions.
Par les prés odorants moi je chasse une belle,
Petite soeur de lait du bel ange Ariel,
Blanche nymphe n'ayant pour arme qu'une ombrelle
Qui garde sa fraîcheur des chauds baisers du ciel.
Les Amours de Pierre et de Léa 41
AU MYOSOTIS DE LÉA
PETITI: fleur des bois, pourquoi ce fin souris?
De Léa tu le sais mon âme est affolée.
En me nommant tout bas, à l'ombre des taillis,
Aurait-elle baisé ta corolle étoilée ?
Se serait-elle assise à la source sablée,.
En lisant les sonnets que pour elle j'écris ?
Petite fleur des bois, de l'ange que l'on aime
On caresse, on saisit, comme un bonheur suprême,
Une parole, un geste, une pensée, un rien.
Dis, fleurette d'azur, à mon coeur en souffrance,
Si je puis me bercer d'une faible espérance :
l'n mot encourageant, hélas ! fait tant de bien.
}i /.i'A Aiuaurs de Pieiie et de LIA
SONNET
CHANTEZ, bons villageois î le souffle d'un génie
Féconde des sillons les germes assoupis.
Aux ardeurs du soleil les flexibles épis
Ondulent mollement dans la plaine jaunie ;
Parles bois feuillus passe une vague harmonie.
L'herbe couvre les prés d'un verdoyant tapis,
Les lins prennent les tons azurés du lapis,
Sur vous s'étend des-cieux l'influence bénie.
Faut-il que pour moi seul triste soit la moisson !
Les fruits de mon verger tombent sous le buisson,
Malades, rabougris, détachés avant l'heure,
Et mes lys, inclinant leur tète de satin,
Aspirent vainement les larmes du matin :
Vous chantez, villageois, hélas ! et moi je pleure.
Les Amours de Pierre et de Léa 43
A LEA
QUAND ma muse prend son essor
Elle enrichit ton diadème
D'un fleuron portant pour emblème
Une colombe aux ailes d'or.
Comme prix de cette parure
Où brillent perles et rubis,
Je ne demande qu'un souris.
Du tourment cruel que j'endure.
Mal dont Sapho voulut mourir.
Un souris seul peut me guérir.
44 Lt'.v Amours de Pierre et de Léa
A LÉA
VIRELAI
C'EST demain qu'on fauche le pré.
Voulez-vous être des faneuses t
Voyez, le couchant est paré
De roses bandes lumineuses \
C'est dems'i qu'on fauche le pré,
Voulez-vous être des faneuses ?
Vous prendrez contre le soleil
Robe blanche et chapeau de paille ;
Chassez de vos yeux le sommeil,
Il faut que dès l'aube on travaille.
Vous prendrez contre le soleil
Robe blanche et chapeau de paille.
Pour dessert, auprès du moulin,
Au lait nous mêlerons la fraise ;
Les Amours de Pierre et de Léa 43
Nous verrons dans l'eau le malin
Par bataillon s'ébattre à l'aise.
Pour dessert, auprès du moulin,
Au lait nous mêlerons la fraise.
Sur les bottes de foin, le soir,
Vous trônerez comme une reine ;
Mes boeufs, au ventre roux et noir.
Traîneront le char dans la plaine.
Sur les bottes de foin, le soir,
Vous trônerez comme une reine.
C'est demain qu'on fauche le pré,
Voulez-vous être des faneuses?
Voyez le couchant est paré
De roses bandes lumineuses;
C'est demain qu'on fauche le pré.
Voulez-vous être des faneuses ?