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Les aventures d'un sultan / par Théodore de Langeac ; préface d'Alphonse Royer

De
339 pages
Michel Lévy frères (Paris). 1868. 1 vol. (XVI-319 p.) ; in-18.
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D'UN SULTAN
fOISST. — Tir. V flEI\. DE AVG. liOW.ET
■ . LES AVENTURES^
■D'UN SULTAN
i^Tïï|0p'0|lE DE LANGEAC .
\^'-Ç-- ^SJMS-Ï^CE' D'ALPHONSE ROYER
I 1: 1'.°! . /
PARIS
MICHEL LËYY FRÈRES, LIBRAIRES ÉDITEURS
IBFE MVIEKKEj i BIS, ET BOULEVARD DES ITALIENS, iS
A LA LIBBA1RIE NOUVELLE
4868
Droits" do reproduction et de traduction réservés
PRÉFACE
LE ROMAN ORIENTAL
Les Aventures merveilleuses de Sultan Zu-
Uazan, dont on donne ici, non pas une
traduction, mais une réduction fidèle,
appropriée à la patience des . lecteurs
français., remontent, sans aucun doute, à
la même époque que le fameux roman épi-
II PREFACE
que qu'Aboul-Moayyed-Mohammed écrivit
sous le titre de Siret-Antar (Aventures
d'Antar), vers le xif siècle de notre ère.
Une traduction du texte arabe de Sultan
Zuliazan fut publiée, il y a une vingtaine
d'années, à Constantinople, par un écrivain
turc nommé Ali-Bey, et le roman arabe n'a
guère franchi, que je sache, les limites du
lieu- de sa publication. M. Théodore de
Langeac, qui veut bien me demander une
introduction pour son livre, a pensé avec
raison que l'importation de ce curieux ou-
vrage était opportune, et il s'est efforcé,
en l'émondant'çà et là, d'en rendre la lec-
ture aussi facile qu'agréable.
La cour civilisée des khalifes, les gran-
■ PRÉFACE III
des cités du Tigre, de FEuphrate et du Nil,
ne servent pas de cadre à l'action déve-
loppée dans ces pages. Le conteur nous
promène à travers -les tentes bédouines de
l'Yémen et du Hedjaz, parmi les tribus
pillardes et batailleuses, toujours en quête
de rhazias. C'est l'époque de la chevalerie
du désert qui précède la venue du prophète
Mohammed, l'époque où l'armure de fer et
la cotte de mailles couvraient la poitrine
des guerriers, au lieu du burnous et du
haïk; le temps où le point d'honneur était
pratiqué en Arabie à l'égal de la soumis-
sion aux décrets du Dieu d'Abraham et
de Noé.
Dans le Siret-Antar, l'élément merveil-
IV MEFACE
leux n'apparaît pas un seul instant ; dans
les Aventures de Zuliazan. il est le mobile
principal de l'intérêt comme dans les Mille
et_une_Nuits • mais, au lieu _de s'éparpiller
dans vingt actions diverses, il se con-
centre sur une histoire unique. En un
mot, c'est un roman et non un recueil de
contes.
L'épopée du nègre Antar, fils de l'émir
Gheddad, a de la grandeur ; mais les lignes
en sont sévères et peut-être un peu mono-
tones, malgré les énormes coupures que le
traducteur français a pratiquées dans le
texte original, lequel commence aux pa-
triarches pour arriver à Adnan, fils dTs-
maël, tige des Béni-Abs, tribu qui donna.
PREFACE V
naissance au nègre héroïque dont Aboul-
Moayyed chante les exploits.
Zuliazan n'est ni bâtard, ni esclave , ni
noir, comme l'araantde-labédouineAbla ; il
est gentilhomme et prédestiné au sultanat;
il porte sur la joue le signe des Moulouks,
qui indique- la protection du ciel. Plein de
droiture, de chevalerie et de foi religieuse,
il marche d'instinct vers le danger, le sabre
aupoing ou la-lance en avant, en invoquant
le saint nom de Dieu. "Il- ne possède pas
seulement-la force physique et l'adresse du
corps, comme le fils de Gheddad ; il a- l'in-
telligence de la race, il a la révélation de
sa destinée, il a la foi dans le Dieu unique.
Cette foi ne l'abandonne-jamais parmi les
VI PREFACE
plus dures épreuves, sous les voûtes du
château fort où commande le nègre Sa-
doun dont il a promis la tête à son futur
beau-père pour la dot de sa fiancée Schama;
ni dans le puits où on l'enferme pour l'y
tuer par la faim, ni dans le divan deSultan-
Efrah, ni quand l'oiseau gigantesque l'em-
porte dans ses plumes et lui fait traverser
la mer des Indes, comme une flèche, pour
l'aller déposer près de la ville mystérieuse
où il doit s'emparer du kitab sacré; ni enfin
quand la curiosité lui a fait commettre le
sacrilège de lever le voile qui oeuvre le
visage du patriarche Gham, fils de Noé,
et que le caveau funéraire s'écroule sur
lui et qu'il roule, sur des pointes de
PRÉFACE vil
rochers, dans des abîmes sans fond.
La foi en sa prédestination et sa confiance
en-Dieu, voilà les signes qui marquent le
jeune émir, abandonné par sa mère Kama-
ria sous un dattier du désertj et allaité par
une gazelle égarée, jusqu'à ce qu'il soit
emporté dans la tente du cha'ikh qui doit
lui rouvrir- les portes de la vie.
Les recueils de contes arabes ont un
charme qu'on ne saurait nier. Les Mille et
une Nuits, traduites dans toutes les langues
de l'Europe, sont devenues, depuisda pu^
blication de Gallànd, un livre universel.
Mais ce n'est pas là un roman dont toutes
les parties soient combinées en vue d'un in*
térêt principal; ce n'est qu'une compilation
VL1I PRÉFACE
de récits empruntés à l'Inde, à la-Perse,
à la Syrie-et-à l'Egypte,-écrits en langage
vulgaire syrien, etdont l'origine ne remonte
pas à plus de -quatre siècles, -comme l'ont
prouvé Caussin de Perceval et Sylvestre de
Sacy. C'est unlivrequin-a pas d'auteur, qui
s'est construit, pour ainsi dire, de lui-même,
avec les matériaux recueillis dans les cafés
du Caire, d'Alep, de Bagdad, d'Alexandrie
et sous les tentes des -chameliers nomades.
C'est un charmant livre, pourtant, malgré
l'absence de forme-littéraire qui le carac-
térise et malgré la faiblesse du lien qui
rattache tous ces récits l'un à l'autre; car,
il faut bien le reconnaître, l'histoire de.
Schahriar, de, son frère Schalizenan, de
PRÉFACE " IX
Schéhérazade, fille du vizir, et de sa soeur
Dinarzade, ne figure là que comme le fil
qui retient ensemble les perles d'un collier ;
qu'importe, du reste, si ce collier est celui
d'une sultane,-et si ce fil vulgaire dispa-
raît sous les diamants, les rubis et les
escarboucles qui le couvrent en rangs
pressés. , .- <.
Les fameuses fables de Bidpaï, pas plus
que les Mille et une Nuits, n'appartiennent
à la famille des romans orientaux, dont
Antar et Sultan Zuliazan chez les Arabes,
Youçoufet Zuléïka chez les Turcs, sont des
types connus et aimés. Ces fables du bra-
mane Bidpaï, dont tout le monde parle et
que l'on connaît peu, sont plutôt un livre
X . PREFACE
de morale que le récit d'une action où se
mêle la personnalité d'un héros quelconque.
La destinée de cet ouvrage, qui remonte
aux temps antiques et pour ainsi dire fabu-
leux, a subi, avant d'arriver jusqu'à nous,
- les transformations les plus bizarres. Les
historiens orientaux nous racontent que le
sage Indien, retiré dans l'île de Sérendib
(Ceylan), est censé avoir écrit son recueil
pour l'éducation de son roi, Dabchélim. '
Ce souverain en transmit le manuscrit à
ses successeurs, lesquels gouvernèrent si
sagement leurs États en pratiquant les
maximes du Bramane, que le fameux roi
dePerseNouchirvân (Kosroès Ier) sollicita
et obtint une copie du précieux livre, qu'il
- PREFACE XI
fit traduire dans sa langue. Ceci se passait
au vie siècle de notre ère. Abou-OEhiafer-
el-Mansour, deuxième khalife arabe de la
dynastie des Abassides, se procura plus tard
àgrand'peine la traduction persane du recueil
de Bidpaï. et sur cette traduction, son se-
crétaire, Abd'Allah-ben-Mokannah, traça
du bout de son calàm, une nouvelle version
en arabe pour l'édification de son glorieux
maître.
Au xvie siècle, il prend envie au sultan
des Turcs, Suleyman-IL Fanii de notre
roi François Ier, de lire à son tour les
fables de Bidpaï, et comme il ne savait
probablement ni le sanscrit, ni le persan,
ni l'arabe, quoiqu'il fût quelque peu pro-
XII' FRÉFACE
tecteur des arts, il fait de nouveau traduire
en turc la traduction arabe par un mollah
de Constantinople, nommé Ali-Tchélébi-
-ben-Saleh,- qui-lui -donna- le -nom- àe-Hu*-
mayoun-Nameh, ou Livre impérial. '■
Si le bramane Bidpaï a jamais existé
en chair et en os, s'il a réellement servi de
pédagogue à l'hypothétique Dabchélim,
Sultan, des Indes Noires, il est évident, du
moins, que ce n'est pas lui qui s'est mis en
scène dans le petit roman qui encadre les
fables, absolument comme l'histoire de
Schahriar et de Schéhérazade encadre les
contes des Mille et une Nuits. Ce petit roman
très-primitif est évidemment le fait de l'un
des trois traducteurs.
PRÉFACE ' XIII
Tel qu'il est, traduit un peu bourgeoi-
sement par Galland et Cardonne sur le
texte turc, le recueil attribué à- Bidpaï
n'en est pas moins un ouvrage des plus
remarquables par la saine morale qu'il
prêche et par la riche invention de ses
sujets, qui ont défrayé tous les fabulistes
de la terre, depuis Ésope jusqu'à Lafon-
taine.
C'est Bidpaï qui a imaginé la touchante
histoire des Deux Pigeons, qu'il nomma
BêzendehetNézavendeh, et dont l'odyssée est
bien autrement .complète que celle des
pig*eons de Lafontaine; c'est lui encore qui
a imaginé l'Ours et l'amateur de jardins, la
Souris métamorphosée 'en femme et tant
XIV PREFACE
d'autres charmantes compositions dont la
nomenclature serait trop longue.
Les littératures de l'Orient possèdent
beaucoup d'autres livres d'imagination qui
mériteraient d'être connus de l'Europe.
Malheureusement, nous ne retrouvons
plus qu'à grande peine un Galland ou un
Gardonne qui nous gratifie de loin en loin
-de quelques traductions cueillies dans le
vaste jardin de la. littérature orientale.
A défaut des Ghézy et des Sacy, il nous
reste encore, il est vrai, quelques philolo-
gues dévoués, comme M. Stanislas Julien,
par exemple, comme M, Pauthier, comme
M. Fauche, qui défrichent avec une ardeur
toujours juvénile une lande de la Chine
PRÉFACE XV
littéraire ou de l'Inde savante. Le roman
àesDeux Cousines, celui des Jeunes filles lettrées
n'ont ni l'ampleur ni lé brillant des romans
arabes et des poèmes dramatiques de la
Perse, mais ce sont de curieuses peintures
delà vie domestique de ce peuple ingénieux
et bizarre qui, pour nous, sera longtemps
encore une énigme inexpliquée.
Les aventures de Sultan Zuliazan ont donc
le mérite d'être unromandont l'action se suit
et marche vers un but moral. Ce roman est
écrit en prose, quoiqu'il porte dans sa forme
quelque chose d'épique. M. de Langeac a
pensé qu'il devait l'abréger avant de l'offrir
à un public peu habitué aux récits de
longue haleine. Il a peut-être eu raison de
XVI PRÉFACE
sacrifier certains épisodes dont la naïveté
aurait «pu prêter" à rire dans un temps où
les rois de la Grèce, lès héros et les dieux
- de d'Iliade -sont devenus- des - farceurs si
plaisants. Les abréviations et les atténua-
tions ne seront sans doute qu'un mérite de
plus aux yeux des lecteurs parisiens.
ALPHONSE ROTER.
LES AVENTURES
D'UN SULTAN
I
L'ÉMIGRATION D'EN PEUPLE
Aux temps fameux des génies, des en-
chanteurs et des géants, une puissante
tribu des Arabes de Tabbabia occupait les
vastes plaines qui entourent la ville de
Djedda, sur le littoral de la mer Rouge.,
Ces Arabes' menaient une vie .nomade, et
leurs tentes, portées par des chameaux,
tantôt glissaient à travers les sables ar-
2 LES AVENTURES D'DK SULTAK
dents, tantôt se dressaient dans les fraîches
oasis que le désert recèle" au milieu de ses
replis.
On les nommait alors les Arabes-Rahala.
Ils avaient à leur tête un sultan renommé
pour sa sagesse dans le conseil et pour sa
bravoure dans le combat.
Une nuit, ce sultan vit en rêve un vieil-
lard vénérable, entouré d'une auréole lumi-
neuse., qui lui dit :
— Chef des Arabes-Rahala, lève-toi et
marche vers l'Orient. Le Dieu tout-puissant
te l'ordonne, car il veut te donner an fils.,
marqué d'avance pour l'accomplissement
de ses volontés.
Le malik i crut d'abord qu'il avait été
le jouet d'un rêve ; mais le vieillard lui
1. LD prince.
LES AVEHTTJRES D'uiJ SULTAN 3
étant apparu durant trois nuits consécu*
tives et lui ayant enjoint d'un ton sévère
de ne pas résistera la volonté de Dieu, il
fit .appeler son vizir et le consulta sur le
parti qu'il avait à prendre.
— Heureux malik ! s'écria le vizir, ton
rêve doit se réaliser, et il faut obéir à un
ordre céleste.
Sur cette parole, le sultan fit donner à ses
troupes et à tousses sujets l'ordre du dé-r
part. Les tentes et les bagages furent .char-
gés sur les chameaux, et les .guerriers
montèrent achevai. Le malik adressa sa
fervente prière au Créateur de toutes choses, •
puis, se plaçant au centre de ses cavaliers,
il marcha du côté de l'Orient,
Longtemps ils cheminèrent, franchissant
des déserts arides, des larges fleuves et
4 LES AVENTURES D'UN SULTAN
aussi des montagnes escarpées. Enfin, ils
atteignirent La Mecque, la Ville-Sainte, qui
renferme la Maison de Dieu. Les habitants
de la Mecque sortirent dans la campagne et
escortèrent le malik avec tous les honneurs
dus à sa puissance et a sa réputation de
haute sagesse.
Dès son arrivée dans la Ville-Sainte, le
sultan des Arabes se rendit a la Chambre
de Dieu, dont il fit le tour pour accomplir
son pèlerinage. Il donna ensuite l'ordre de
dresser les tentes, et accorda trois jours à
ses guerriers pour qu'ils pussent se reposer
des cruelles fatigues qu'ils venaient d'en-
durer. Quant à lui, il passa ces trois jours
en prières dans l'enceinte sacrée, et ne
sortit du temple qu'après avoir offert de
riches présents pour ' la Chambre de Dieu,
LES AVENTURES DUN SULTAN 5
et une grosse somme en argent ' monnayé
pour le gardien et pour les pauvres.
Ce devoir accompli, le malik repartit
avec son peuple.
Pendant bien des jours et bien des se-
maines ils traversèrent encore l'immensité
des sables solitaires, lorsqu'enfin ils attei-
gnirent une région délicieuse. L'air y était
doux et parfumé ; les ruisseaux qui sillon-
naient la plaine entretenaient une verdure
splendide; les arbres touffus qui se dres-
saient sur le bord des routes versaient un
frais ombrage. Il n'y avait pas jusqu'au
chant des oiseaux qui ne parût admirable,
et l'on eût dit qu'ils remerciaient Dieu d'a-
voir créé cette heureuse terre.
Le malik, transporté d'admiration, ap-
pela son visir Yattrab :
6 LES AVENTURES D'UN SULTAN
— C'est ici, lui dit-il. que je veux bâtir-
une ville.
— Maître du monde, répondit le vizir,
le commandement est à toi; l'obéissance
-nous reste.- ----- - - - - -
Dès lors, le sultan ordonna que l'on
réunît des maçonsi des ingénieurs et des
charpentiers. Le plan de la cité fut promp--
tement tracé, et de riantes habitations s'é-
levèrent comme par enchantement au bord
des eaux vives et au milieu des massifs de
verdure.
Une année s'était à peine écoulée que le
sultan des Arabes-Rahâla entrait avec ses
troupes dans une ville magnifique, et s'oc-
cupait sans retard à organiser les affaires
du gouvernement.
À son insu, le malik avait élevé cette
LES AVENTURES D'UN SULTAN 7
ville dans une contrée dépendante du terri-
toire des Abyssins et du Soudan.
On désignait sous le nom de Soudan une
région immense divisée en plusieurs gou-
vernements, dont le chef suprême était
sultan Saïf-Rad l. La ville capitale de ce
prince était Medinet-Adour, située auprès
de la grande mer, et son armée comptait
plus de huit cent mille hommes. Ces peu-
ples étaient de race noire et adoraient une
étoile qu'ils appelaient Zahl.
En apprenant l'établissement des Arabes
sur son territoire, sultan Saïf-Rad entra
dans une colère épouvantable, et appelant
autour de lui ses vizirs et ses conseillers :
— Voyez, s'écria-t-il, quelle est l'audace
i. Rad, en arftbe signifie tonnerre.
8 LES AVENTURES D'UN SULTA.N
de ce malik qui bâtit une ville dans mon
propre pays. Il faut que je marche contre
cette peuplade et que je l'efface de la terre.
Alors le vizir, nommé Scardion, après
s'être prosterné, lui dit :-
— Grand maître du monde, sache qu'il
y aurait imprudence de la part des Abys-
sins et des hommes du Soudan a vouloir
attaquer les Arabes, car la prière de Noé
pourrait s'accomplir.
- - — Quelle est cette prière ? interrompit
brusquement Saïf-Rad.
— Un jour, répondit Scardion, le pro-
phète Noé dormait sous un arbre ; auprès
de lui se tenaient ses fils Sem et Cham.
Bientôt le vent dérangea la tunique du
prophète et le laissa dans une complète
nudité. Cham se mit à rire, tandis que Sem
LES AVENTURES D'DN SULTAN 9
se leva promptement et recouvrit son père.
A son réveil, Noé connut la conduite de ses
fils, il éleva les mains vers le ciel et dit :
« Que Dieu rende noirs tous les enfants de
Cham et qu'il les fasse esclaves des enfants
de son frère Sem. » Nous sommes issus de
Gham, c'est pourquoi nous ne devons pas
attaquer les Arabes qui descendent de
Sem.
— S'il en est ainsi, quel est donc ton
conseil ? demanda Saïf-Rad au vizir.
— Il faudrait, continua Scardion, en-
voyer des félicitations et des présents au
malik des Arabes. Parmi les présents, il y
aurait une esclave belle et séduisante, à la-
quelle on confierait du poison. Une fois leur
chef mort, les Arabes se hâteraient de quit-
ter la centrée.
10 LES AVENTURES D'UN SULTAN
— Qu'il soit fait suivant ta pensée,- dit
Saïf-Rad s
Et sans tarder 1, il ofdonna que l'on pré-
parât une lettre et des présents. II.choisit
en même temps dans'son harem une es-
clave unique en beauté et douée d'une L>
hesse extraordinaire. Celle-ci fut mise
promptement au courant du service que
l'on attendait de son adresse, ainsi que des
grandes récompenses qu'elle devait recevoir
en cas de succès-.
Cette Belle esclave était nommée lîama-
ria.
—■ Maître, répondit Kamaria, je vous
promets de réussir. Je saurai séduire le
mâlik de ces étrangers, et en échange de
mes caresses, il recevra la mort.
Or, il se trouva que Saïf-Rad avait Un
LES AVENTURES B'UN SULTAN 11
autre vizir appelé Rif, homme instruit et
aimant le droit chemin. Ce vizir professait
en secret la religion d'Ibrahim (Abraham),
prophète de Dieu,, et pensait que la prière
de Noé ne tarderait pas à s'accomplir. La
trahison de son maître le jeta dans un
■ trouble profond, et il se décida à envoyer
un émissaire secret chez les Arabes pour
les avertir du danger qui les menaçait.
Un jour, le malik fut informé qu'une
troupe nombreuse, conduite par un offi-
cier, sollicitait une audience de la part du
sultan des Abyssins. Il se rendit dans la
salle d'honneur de son palais, et assis sur-
son trône, au milieu des officiers de ses
gardes, il donna l'ordre qu'on introduisît
les ambassadeurs.
Ceux-ci, après avoir touché le sol de
12 LES AVENTURES D'UN SULTAN
leur front, remirent au malik une lettre
affectueuse de Saïf-Rad, et, avec d'autres
présents magnifiques, ils lui offrirent la
belle esclave Kamaria.
Dès que le malik jeta les yeux sur cette
femme, il ressentit dans son coeur une im-
pression profonde. Il lui sembla qu'il n'a-
vait rien vu, pendant toute sa vie, qui pût
lui être comparé. Après avoir commandé
que l'on traitât avec distinction l'officier-
qui l'avait amenée, il se leva de son trône,
voulant la conduire luiTmême dans son ha-
rem.
A ce moment son vizir Yattrab le retint
par ces paroles :
— Convient:il à ta sagesse, de te fier
ainsi à une esclave inconnue? Ne devons-
nous pas, au contraire, nous tenir sans cesse
. LES AVENTURES D'UN SULTAN 13
en garde contre les sultans des Abyssins?
Le malik hésitait, quand tout.à coup on
lui annonça un nouveau message. C'était
l'envoyé de Rif, qui venait lui révéler le
complot tramé contre sa vie.
— Que Dieu te conserve de longs jours,
sage Yattrab ! s'écria-t-il.
Et, le sabre à la main, il s'élança vers
Kamaria.
—Esclave, dit-il, tu es venue pour m em-
poisonner; ne mens pas ou tu es morte!
Habile dans l'art de toutes les perfidies,
Kamaria comprit que si le malik ne la tuait
pas à l'instant, c'est qu'il l'aimait déjà; et
que s'il l'aimait, elle avait tout à gagner
en lui avouant la vérité et en devenant sa
favorite.
Elle se jeta aux pieds du malik, ver-
14 LES AVENTURES D'UN SULTAN
sant d'abondantes larmes et tordant dans
ses mains crispées les longues tresses de ses
cheveux.
— Tiens, répondit-elle au milieu des san-
glots, voici-le poison que j'apportais, mais
je n'aurais pu trahir le plus grand souve-
rain du monde.
Le malik crutà la sincérité de son repen?
tir. Il la releva et la fit entrer dans son ha-
rem, où elle devint la plus aimée de toutes
ses femmes.
Au bout de quelques mois, Kamaria de*
vint enceinte.
Le prince des Arabes, qui n'avait jamais
eu d'enfant, ne devait pas jouir de son
bonheur. Aux lourdes atteintes de la vieil-
lesse qui pesaient sur lui à cette époque,
LES AVENTURES D UN SULTAN 15
vinrent s'ajouter celles d'une grave ma-
ladie.
Comprenant que son heure était venue,
il fit assembler son conseil.
— Mon dernier voyage est proche, dit-il
à ses vizirs ; si Dieu veut que je meure avant
d'avoir un fils, je vous recommande mon
esclave Kamaria. Qu'elle soit reine jusqu'à
ce que son fils soit en âge de régner, car ce
fils doit être votre sultan. Si Kamaria donne
jour à une fille, c'est celui qui épousera
ma fille qui plus tard régnera sur vous.
Ensuite, il fit appeler la sultane et lui re-
commanda d'être juste envers les pauvres
comme envers les riches.
Trois jours après ces paroles solennelles,
le malik des Arabes-Rahala rendit son âme
au Créateur. Il fut pleuré par tout son peu-
16 LES AVENTURES D'UN SULTAN
pie et enseveli avec les honneurs dus au
rang suprême.
II
L ENFANT PREDESTINE
Kamaria ceignit le diadème sans aucune
opposition de la part des chefs.
Un mois ne s'était pas écoulé qu'elle
mettait au monde un prince beau comme
un rayon de lune, et portant à la joue gau-
che le signe mystérieux et sacré des Mou-
louks de Tabbabia d.
i. Les Arabes qualifiaient jadis du titre de Moulouks
les hommes à qui ils attribuaient une essence supérieure,
et qu'ils croyaient envoyés sur la terre pour l'accomplisse-
ment d'une mission providentielle. Tout malik, aux temps
antérieurs à Mahomet, était censé porter le signe des Mou-
louks.
LES AVENTURES D'UN SULTAN 17
. Lorsque Kamaria vit son enfant, au lieu
de s'abandonner aux élans de la tendresse
maternelle, elle eut le coeur tout entier
rempli de l'horrible poison de la jalousie.
— Quoii.se dit-elle, un jour viendra où
cet enfant me dépouillera du sultanat. Je
redeviendrais esclave après avoir été souve-
raine ! Non, il faut qu'il meure.
Et, dans son délire, elle s'arma d'un sa-
bre pour frapper l'innocente créature.
Dieu voulut qu'une suivante fût là, qui
arrêta le bras de la sultane.
— Qu'allez-vous faire, princesse? s'écria
l'esclave, de quoi cet enfant est-il coupa-
ble?
— Je veux, répondit Kamaria, que le sul-
tanat m'appartienne pour toujours.
— Pourquoi vous hâtez-vous de charger"
18 LES AVENTURES D'UN SULTAN
votre âme du poids d'un crime? se hâta de
dire l'esclave. Qui vous prouve que cet en-
fant doive vivre? C'est encore un papillon
sans ailes, et un souffle peut l'anéantir.
Kamaria se rendit à-cette sage réflexion
et permit que l'on donnât une nourrice à
son fils.
Quarante jours après la naissance de l'en-
fant, les vizirs réclamèrent l'honneur de le
saluer, et Kamaria fut forcée de le présen-
ter au conseil et au peuple.
Le jeune prince était enveloppé dans des
langes de soie, brodés d'or et d'argent.'
Tous les vizirs s'inclinèrent jusqu'à terre,
tandis que la foule des Arabes faisait reten-
tir les airs d'acclamations d'amour et de
fidélité.
Pendant toute la durée de cette cérémo-
LES AVENTURES D'UN SULTAN : l'J
. nie, Kamaria eut grand'peine à maîtriser
sa fureur. Et lorsque l'enfant, fut rapporté
dans son harem, elle resta longtemps si-
lencieuse, fixant sur lui des regards où
était amoncelée toute la haine dont est ca-
pable une créature humaine.
Puis elle se leva et .appela son esclave
dévouée. Elle venait de prendre une impla-
cable résolution.
La nuit venue, elle fit seller dés chevaux
poUf elle et pour l'esclave, et profitant du
premier somnieil dès serviteurs du palais,
elle gagna la dâinpâgne sans attifer l'atten-
tion.- - - - - - - - - - - • -
Après Une course qui dufa deux jours et
deux nuits,- Katuaria et sa suivante attei-
gnirent lé désert. Devant leUfs yeux s'éten-
dait Une plaine dé sables,- immense et niôr-
20 LES AVENTURES D'UN SULTAN
ne, sur la limite de laquelle, — comme,
pour attester que là finissait la vie, — s'é-
levait un arbre isolé et touffu.
Kamaria s'arrêta sous cet arbre. Elle
prit l'enfant qui dormait et. le coucha dans-
le sable. Sous sa tête, elle plaça une bourse
pleine d'or, elle foula autour de son bras
un riche bracelet de perles ; puis elle re-
monta à cheval, et, suivie de sa complice,
elle reprit le chemin de la ville.
Peu de temps après, le pauvre enfant se
réveilla; il eut faim et pleura dans la so-
litude. Mais Dieu entendit ses vagissements
et étendit sa main sur lui.
Il se trouva qu'un chasseur s'était empa-
ré des petits d'une gazelle, pendant que
celle-ci était à la recherche de quelque touf-
fes d'herbes.. La gazelle, à son retour,
LES AVENTURES D UN SULTAN 21
n'ayant pas retrouvé ses faons à l'endroit
où elle les avait laissés, se mit à bondir de
toutes part a travers les sables, en gémis-
sant.
La volonté du ciel digigea sa course folle
dans la direction de l'enfant. Au moment
où elle passait au-dessus de lui, il put sai-
sir et approcher de ses lèvres les pis gon-
flés de lait de l'animal sauvage.
La gazelle crut avoir retrouvé ses petits
et demeura immobile.
L'héritier du malik put donc se rassas-
sier à son aise. Ensuite il se rendormit.
L'instinct d'une gazelle avait sauvé cet
enfant condamné par sa mère !
A partir de ce moment, la gazelle revint
plusieurs fois par jour offrir son lait à la
frêle créature qui devait être un homme
22 LES AVENTURES D'UN SULTAN
paissant et redouté. Privée de sa lignée,
elle concentra sur lui toute sa tendresse,
ne se lassant pas de caresser et de soigner
son nourrisson adoptif.
La volonté irrésistible du Créateur de
toutes choses se joue des passions humai-
nes, et, quand il lui plaît, arrive à l'ac-
complissement de ses desseins par des voies
merveilleuses.
Quelque temps après, - le chasseur- dont
il vient d'être parlé tendit des pièges dans
les environs. La gazelle y fut prise; mais à
l'aspect de son ennemi qui s'avançait, elle
parvint à se dégager, et prit sa course -yers
l'arbre touffu quiabritait lefilsdeKamaria.
Le chasseur, qui la suivait de loin, la vit
s'arrêter et donner sa nourriture quoti-
dienne à l'enfant.
LES AVENTURES B'uN SULTAN 23
S'étant approché avec de grandes pré-
cautions, il reconnut avec u© profond élon-
nementque la gazelle allaitait une créature
humaine,
— C'est sans doute l'enfant d'une femme
qui avait une faute à cacher, se dit-il.
11 prit le nourrisson de la gazelle, ainsi
quelaboursequiétaitdéposéeaiupi'èsdelui,
et il retourna à la ville quïl habitait dansfe
pays des Abyssins,
Dès son retour, le chasseur se rendit au
château de son malik, nommé Efrah. Ce
chef possédait une grande partie du terri-
toire des Abyssins, mais sous la suzeraineté
du grand sultan Saïf-Rad..
Le malik Efrah avait pour vizir un per-
sonnage nommé Scardis, lequel était le
propre frère de Scardion, vizir de Saïf-Rad.
24 LES AVENTURES D'UN SULTAN
Le malik Efrah écouta le récit du chas-
seur. Puis tenant l'enfant sur ses genoux,
il le regarda attentivement. Ce petit être
abandonné était si beau qu'il était impos-
sible, de ne pas être ému du sort cruel qui
l'avait frappé dès son berceau.
Son visage et ses yeux étaient déjà
éclairés d'une admirable expression d'in-
telligence, et' en même temps, à la dou-
ceur mélancolique de son regard, on eût
dit qu'il comprenait son malheur.
Bientôt le coeur du malik fut pénétré
pour l'enfant inconnu d'une affection aussi
vive que s'il eût été issu de son propre sang
Il appela son vizir et lui dit :
— Vis-tu jamais un enfant d'une plus
éclatante beauté ? Regarde aussi le petit
signe qu'il porte a la joue droite.
LES AVENTURES D'UN SULTAN 25
Mais le vizir eut à peine jeté les yeux
sur lefils de Kamaria, qu'il répondit avec
toute l'apparence de la haine et del'effroi :
— 0 mon maître ! tu ne dois pas laisser
vivre cette créature dans nos pays ou dans
nos villes. C'est un fils des Arabes, et nous
devons redouter l'accomplissement de'la
prière de Noé! Cet enfant doit périr; au-
trement, — j'en ai le pressentiment, — il
nous porterait malheur à nous et a ceux de
notre race.
— Tuer cet innocent ! répondit le malik.
Mais quel est donc son crime ? Tiens, chas-
seur, je te laisse la bourse que tu as trou-
vée auprès de l'enfant. Quant au bracelet,
je dois le garder, car plus tard il me ser-
vira sans doute de signe de reconnais-
sance...
26 LES AVENTURES D UN SULTAN
=- Mais l'enfant lui-même, qu'en comp-
lez-?ous faire? demanda le mjXv,
— Je prierai, et Dieu m'inspirera.
Sur ces entrefaites, on -vint annoncer au
malik que sa femme venait de donner nai.s^
sance à une fille.
11 prit le petit garçon, l'emporta dans
son harem et plaça les deux enfants côte à
cote.
Quelle fut alors sa .surprise ! il reconnut
que sa fille portait sur la joue gauche Je
même signe que l'enfant trouvé portait sur
la joue droite, et qu'elle était comme lui
d'une beauté nier veilleuse.
•~ Vois, Scardis, dit-il à son vizir qui
l'avait suivi, vois combien ils se ressens
blent j pais aussi attention aux^ signes
qu'ils portent l'un et l'autre.
LES AVENTURES D UN SULTAN. 27
Le vizir contempla les deux signes, et
soudain il s'arracha la barbe en s'écriant :
-— Puissant malik ! la race des Abyssins
doit être anéantie et balayée de la terre si
jamais les deux signes que tu vois se réu-
nissent. Un de ces deux enfants doit périr.
Si tu hésites, je serai forcé d'informer sul-
tan Saïf-Rad que tu fais élever à l'ombre de
ton château le plus redoutable ennemi de
notre race.
A la menace de Scardis,- le malik répon-
dit :
—• Ma fille est une partie de mon corps
et dé mon âme. Quant au petit garçon que
voici,- je ne vois pas son crime, il m'est
donc impossible de le punir. Cependant,
pour calmer tes appréhensions, je consens
à Ge que ces enfants soient élevés séparé-
28 . LES AVENTURES D'UN SULTAN
ment et à faire en sorte qu'ils ne puissent
jamais se rencontrer.
En conséquence, le malik fit bâtir un
château destiné à l'habitation de son fils
adoptif, auquel il donna le nom de Veh-
Schilfala (faon du désert) en souvenir de la
manière . miraculeuse dont il avait été
trouvé.
La petite princesse, appelée Schama
(signe de beauté), fut élevée au palais.
Les deux enfants grandirent rapidement
en force et en intelligence.
Veh-Schilfala reçut les leçons des savants
les plus renommés de la contrée. On lui
enseigna les langues étrangères, l'art de
manier les armes, et aussi celui de l'équi-
tation.
A quinze ans, ce jeune homme prédes-
LES AVENTURES D'UN SULTAN 29
tiné connaissait toutes les difficultés de la
science militaire.
Il n'était aucun cheval, si fougueux qu'il
fût, dont il ne vînt facilement à bout. Or,
cette qualité était précieuse entre toutes à
une époque où les guerriers luttaient corps
à corps, à cheval, et couverts de lourdes
armures. En un mot, il touchait à peine le
seuil de l'adolescence, que déjà il était ca-
pable d'accepter le combat singulier avec
les plus fameux champions de l'armée du
malik.
Voyant cela, Malik-Efrah était fier de
son ouvrage, et s'habituait à considérer
l'enfant du désert comme son propre fils.
Mais en même temps grandissaient les
craintes et la haine du vizir Scardis.
Sans cesse il répétait au malik que tant
30 LES AVENTURES D'OK SULTAN
que l'Arabe vivrait au milieu des Abyssins,
il serait impossible à ceux-ci de jouir d'un
seul jour de sécurité. Il finit même par me-
nacer son maître d'avertir le grand sultan
Saïf-Rad.
Malik-Efrah, redoutant que son vizir ne
se portât à cette extrémité, consentit à l'é-
loignement de Veh-Schilfala.
Parmi les guerriers qui se trouvaient en
ce moment dans le palais de Malik-Efrah,
était un homme qui résidait d'habitude
dans une ville du Soudan, éloignée de celle
où régnait le malik; Cet homme,=appelé
Harak-Essedjer, possédait une force sur-
prenante et une habileté profonde dans
l'art de combattre. Maintes fois on l'avait
vu transpercer d'un seul coup de lance lés
arbres les plus énormes et les plus durs.
LES AVENTURES D'UN SULTAN 31
Le malik s'adressa à lui, voulant arra-
cher l'orphelin aux dangers qui l'environ-
naient dans le pays des Abyssins..
— Harak-Essedjer, lui dit-il, tu connais
mon amour pour Veh-Schilfala. Eh bien,
je le confie à ta garde. Emmène-le dans ta
ville et Gonsacre-toi pendant quelques an-
nées au perfectionnement de son éducation,
jusqu'à ce qu'il soit devenu un homme et
qu'il puisse se faire une place dans le
monde.
Harak-Essedjer obéit, et emmena l'ado-
lescent aveciui.
Celui-ci profita des leçons d'Harak-Es-
sedjer, si bien qu'au bout de trois ans, le
maître n'avait plus rien à apprendre à l'é-
lève.
Un jour, le guerrier dit au jeune Arabe :