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Les Bonaparte, par Mme Eugénie Pérignon,...

De
294 pages
les frères Garnier (Paris). 1852. In-8° , 240 p..
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LES
ET
LES BONAPARTE
PAR
AUTEUR
D' UNE PASSION ENTRE DEUX EPOUX DE LA DUCHESSE DE BRACAKCE,
DE ROSINE STOLZ, ETC., ETC.
TOME PREMIER,
PARIS
GARNIER FRÈRES, ÉDITEURS
AU PALAIS NATIONAL.
1852.
LES
BONAPARTE
OUVRAGES
DU MÊME AUTEUR.
La Duchesse de Bragance, 2me édition, 2 vol.
Une Passion entre deux époux, 2me édit., 2 vol.
Un Mariage d'inclination, 2me édition, 2 vol.
Rosine Stoltz, 1 vol.
Une Visite à Rachel, 1 vol.
Quelques mots sur M. de Lamennais, 1 vol.
Sous presse, pour paraître en 1852.
Un Voeu de Mme de Miramion.
La Comtesse de Rambucourt.
LES
BONAPARTE
PAR
AUTEUR D'UNE PASSION ENTRE DEUX ÉPOUX, DE LA DUCHESSE DE
BRAGANCE , ROSINE STOLTZ , ETC. , ETC.
LES FRERES GARNIER,
ÉDITEURS, AU PALAIS NATIONAL, A PARIS.
1852.
1851
PREFACE.
je ne m'occuperai, dans ce livre,
que de personnes vivantes; trop de
célébrités brillèrent dans les deux
familles dont les descendants fixent
aujourd'hui mon attention ; trop
d'écrivains ont retracé leurs hauts
faits pour qu'il soit agréable aux
lecteurs de voir reproduire des ca-
PRÉFACE.
ractères ainsi que des événements/
suffisamment connus.
La génération actuelle s'élève
seulement. La plupart des princes
des familles impériale et royale de
notre pays nous sont connus à
peine. Tous sont jeunes et débutent
dans la carrière. Entretenir le pu-
blic de leurs aptitudes; faire ressor-
tir leurs qualités et leurs imperfec-
tions, est leur rendre, je crois, un
important service.
Appelés par la Providence à oc-
cuper par leur nom., leur intelli-
gence et leurs vertus un rang dis-
tingué dans la société, l'apprécia-
PREFACE. 7
tion sévère et impartiale de chacun
d'eux doit leur être utile. Née dans
une de nos provinces frontières;
éloignée de Paris par un espace de
cent lieues , j'ai contracté , dans la
solitude;, une grande indépendance
intellectuelle et une franchise illi-
mitée. Je chercherai à utiliser ces
dispositions pour le bien général,
La plume est aujourd'hui une
arme dont on- ne doit se servir
qu'avec la plus grande prudence;
terrible dans une main inexpéri-
mentée ou coupable, les blessures
qu'elle cause sont souvent enveni-
mées et quelquefois elles devien-
nent mortelles.
« PRÉFACE.
Travail de conviction, les lignes
de cet ouvrage sont inspirées par
un esprit en dehors de toute opi-
nion politique: c'est une apprécia-
tion des hommes et des événements
de notre époque, considérés sous
un point de vue philosophique très
avancé.
J'ai trouvé dans nos familles sou-
veraines et parmi nos contempo-
rains de grandes intelligences; en
reproduisant ce qui les concerne ,
je rends hommage à leur supério-
rité.
Oeuvre de conciliation avant
tout, la devise de ces volumes doit
être :
PREFACE.
UNION ET OUBLI.
La. Révolution de février a fait
faire un pas immense au mouve-
ment humanitaire commencé, au
dix-huitième siècle, par les encyclo-
pédistes. Les peuples aujourd'hui
connaissent leurs droits et sont
très décidés à les faire respecter par
leurs souverains.
Les discours de Louis BLANC au
Luxembourg,, quelqu'exaltés qu'ils
aient été et malgré la fausseté de
plusieurs de ses maximes ; le mani-
feste magnifique de M.deLAMARTINE
par lequel il consacrait, à la face
10 PRÉFACE.
du monde, le principe de la frater-
nité des peuples; le congrès de la
paix, tenu à Paris en 1849, en
Allemagne, en Angleterre en 1850,
où les philosophes les plus éclairés
et les plus philantropes, se réunis-
sant des extrémités de la terre, vin-
rent agiter la question de la paix
universelle, ont fait naître dans tous
les esprits les idées innovatrices les
plus heureuses et les plus favora-
bles au perfectionnement intel-
lectuel de l'humanité.
Dans ce grand mouvement, la
France semble être destinée par la
Divinité à donner l'impulsion au
monde entier. Semblable à un phare,
PRÉFACE. 11
répandant au loin la lumière, et
vers lequel se tournent les regards
des nations, elle apparaît, rayon-
nante de gloire, aux peuples émer-
veillés. En effet, c'est dans son sein
que les plus beaux génies de l'épo-
que ont pris naissance : et dans l'Erc
pacifique qui commence, ce sont
eux qui, dominant les masses, les
feront obéir à la supériorité de
leurs idées.
Une seule des convulsions de la
France suffit pour remuer le mon-
de; nous l'avons vu en dix-sept
cent quatre-vingt-douze, nous ve-
nons de le revoir encore en dix-
huit cent quarante-huit. L'amélio-
12 PRÉFACE.
ration progressive s'accomplira d'a-
bord dans notre patrie, pourde.là
se répandre sur le reste de l'Uni-
vers. C'est un fait dont il est impos-
sible de douter quand on étuidie,
avec attention, les événements suc-
cessifs qui se passent sous nos yeux.
En parlant, dans les lignes précé-
dentes, de la fausseté des maximes
émises, au Luxembourg, par Louis
BLANC , j'ai remarqué surtout celle
dont l'application immédiate eut
une si grande influence sur les es-
prits; la voici ;
Les grandes fortunes, dit-il, sont
un énorme scandale pour le monde
PRÉFACE. 13
Ces mots eurent le retentissement
le plus funeste. Ce sont eux qui , en
alarmant les capitalistes, amenèrent
la crise commerciale qui succéda
aux journées de février. En effet,
les capitaux retirés à l'instant, chez
tous les banquiers, rendaient tout
commerce impossible. La ruine gé-
nérale eut été provoquée infailli-
blement, par l'enlèvement de la cir-
culation monétaire, si cette mesure
se fut prolongée longtemps.
Les grandes fortunes ne produi-
sent de scandale que lorsqu'elles sont
acquises par des moyens honteux :
elles deviennent honorables quand
elles sont la récompense du travail.
14 PRÉFACE.
de l'intelligence et du talent, on
doit alors les respecter. LOUIS BLANC,
exalté par l'inattendu d'une position
extraordinaire, emporté par une
imagination désordonnée, eut à
cette époque les plus grands torts,
et fit un mal intellectuel dont la
société souffrira longtemps encore.
Aujourd'hui, il expie dans l'exil
les fautes qu'une ambition,malheu-
reusement excitée au plus haut
point, lui fit commettre. Sa supé-
riorité est trop grande, son juge-
ment trop remarquable pour qu'il
ne soit pas convaincu lui-même
combiende semblables idées étaient
dangereuses; emporté par une au-
PRÉFACE. 15
dace ambitieuse il égare plutôt
que d'éclairer.
Ah! ce n'est pas pour en faire un
pareil usage que Dieu lui fit don
d'un aussi beau talent! Ce n'est pas
pour égarer les peuples, pour faire
luire à leurs yeux de fausses et per-
fides lueurs, qu'il fut doué de génie.
Pourquoi prêcher à la classe ou-
vrière des maximes qu'elle ne doit
pas connaître? Pourquoi lui faire
entendre des mots subversifs et
dangereux ? Quels motifs peuvent
l'animer lorsqu'il dit au prolé-
taire :
« Que l'on abuse de sa position
46 PRÉFACE.
» pour l'opprimer et le rendre mal-
» heureux ; qu'il est obligé à un
» travail forcé que ne peut com-
» penser le salaire insuffisant qui
» lui est offert, etc. »
Louis BLANC, lorsqu'il parle ainsi,
semble plutôt suivre les inspira-
tions d'une imagination égarée, que
celle d'un jugement sain et réfléchi.
S'il eût étudié plus attentivement
les habitudes de la classe ouvrière,
ses heures les plus malheureuses et
les plus pénibles, il les eût trouvées,
non parmi celles quelle passé sa-
tisfaite d'un laborieux travail, rap-
portant à sa famille un salaire
honorablement acquis, mais bien
PRÉFACE. 17
dans celles où l'inaction et l'ennui
la livrent à des vices qui la tour-
mentent et l'avilissent.
Est-ce donc au moment où une
violente révolution régénère no-
tre patrie, à l'instant où des faillites
successives ruinent, l'un après l'au-
tre, nos plus opulents manufactu-
riers, qu'il est permis à un homme
raisonnable de venir dire à l'arti-
san :
« On spécule sur vos sueurs,
» on s'enrichit à l'aide de vos tra-
» vaux? »
Que deviennent ces richesses?
où donc est enfouie cette fortune ?
18 PRÉFACE.
Que Louis BLANC, s'il dit la vérité,
nous les indique et nous la mon-
tre.
Ce n'est pas par des bouleverse-
ments que le peuple arrivera au
bonheur. C'est au contraire par des
idées d'ordre, en se rattachant au
pouvoir établi qu'il y parviendra
plus sûrement. Ah! ce n'est pas
ainsi que doit agir, que doit penser
le véritable ami du peuple; ce n'est
pas en employant le mensonge
pour l'exciter à l'anarchie, à la ré-
volte , que l'on conduira ce peuple
au bonheur. Que le fougueux dé-
mocrate réfléchisse que Dieu con-
damne l'homme, pour première
PRÉFACE. 19
condition de son existence, à un
travail incessant.
Qu'il doue l'un d'une intelligence
supérieure, tandis qu'il départit à
l'autre une force physique qui le
met en état d'exécuter les travaux
manuels nécessaires à l'entretien,
à l'embellissement de l'existence.
Il eût dû penser que dans les villes
aussi bien que dans les campagnes,
chez les grands comme chez le peu-
ple, chacun emploie les facultés qui
lui ont été départies par la nature :
tout le monde s'occupe et travaille,
le chef bien plus encore que les ou-
vriers dont il se sert.
Mais ces réflexions sont trop évi-
20 PRÉFACE.
dentés, ces remarques ont trop de
justesse, pour qu'elles aient échap-
pé à Louis BLANC : il le sait comme
tout le monde. Seulement ces accu-
sations sont fausses : n'étant pas
convaincu de ce qu'il avance, il est
de mauvaise foi.
Ce n'est pas l'amour de l'huma-
nité qui l'inspire : l'affection, la
bienveillance sont étrangères à de
semblables idées; elles ne se ser-
vent pas de termes aussi amers.
Ces jeunes gens qu'égare sa pa-
role fallacieuse, ces ouvriers trom-
pés par de faux semblants d'intérêt
PRÉFACE. 21
et d'affection ; non, Louis BLANC ne
ressent rien pour eux. En parlant
le langage qu'il leur adresse, il cher-
che à les séduire, à s'en faire des
créatures, des appuis. Dévoré par
une ambition insatiable, il tente
tous les moyens de désordre et de
bouleversement que peut lui inspi-
rer la fièvre qui l'anime.
Républicains, c'est aussi à vous
que ces lignes sont adressées. Ne
vous laissez pas égarer plus long-
temps par d'adroits imposteurs qui,
fourbes habiles, exploitant à leur
profit votre généreuse ardeur, se
feront un marche-pied de vos ca-
davres, et s'élevant au-dessus de la
22 PRÉFACE.
foule à l'appui de votre courage ,
souriront avec ironie en voyant
avec quelle facilité on vous trompe
et combien votre dévouement est
aveugle. Avant de croire à la parole
d'un homme, étudiez sa vie et pesez
ses actions. Le passé doit éclairer
votre expérience, car il vous ap-
prend l'avenir.
Enthousiastes adolescents, quel
que soit l'étendard qui vous guide,
ah! pensez-y bien! il est celui de
la patrie. République, empire ou
royaume, qu'importe le nom que
l'on nous donne, ne sommes-nous
pas toujours Français, et les nobles
couleurs n'ombragent-elles pas le
front de nos guerriers? Par son au-
PRÉFACE. 15
dace fougueuse, il dépassa le but
plutôt que de l'atteindre, et il
ébranla, par cette coupable tenta-
tive, la société jusque dans ses fon-
dements.
D'autres esprits, également re-
marquables, imitèrent Louis BLANC
dans cette déplorable erreur. GEOR-
GES SAND se fit remarquer, elle
aussi, par l'exaltation de ses idées.
En faisant jouer au Théâtre Fran-
çais, dans la représentation gra-
tuite que l'on donna à la suite du
mouvement de février, le Roi at-
tend, elle communiquait à la foule
attentive une pensée dont l'ino-
portunité et la fausseté sont évi-
dentes.
16 PRÉFACE,
Le sujet de ce prologue est une
fête donnée au théâtre par Molière
au roi Louis XIV. Le monarque ar-
rive : Molière, fatigué des prépara-
tifs , s'est endormi; on ne sait où
le chercher. Les acteurs, inquiets,
redoutent le courroux du grand
Roi si l'on tarde à commencer le
spectacle auquel son arrivée donne
toujours le signal. On se tourmente,
on s'irrite contre Molière et quel-
que temps s'écoule ainsi. Louis XIV,
surpris, ignore la cause de ce re-
tard inaccoutumé, il va s'en infor-
mer, quand Molière paraît.
La toile se lève, et lorsqu'on
cherche Louis et toute sa cour,
PRÉFACE. 17
On ressent la plus vive surprise
en apercevant, pour spectateurs,
une foule composée uniquement
d'hommes et de femmes de la classe
la plus inférieure. LE GRAND ROI,
celui pour lequel seul se donne la
fête, c'est le peuple auquel Georges
Sand, dans son exaltation républi-
caine , donne le titre de ROI.
Le peuple se compose de tous les
rangs de la société: il n'existe pas
davantage dans ce que l'on nomme
la populace qu'il n'est renfermé dans
les rangs de la noblesse. Il est dans
toutes les classes formant la nation,
et GEORGES SAND, en appliquant
cette épithète de roi aux spectateurs
■18 PRÉFACE.
de son prologue, eut le plus grand
tort. Mais, elle aussi, alla trop
loin en cette circonstance.
Il y eut cependant une diffé-
rence entre elle et les hommes qui
s'élevèrent alors au-dessus de la
foule ; ces derniers furent excités
par leur ambition ; tandis que,
femme avant tout, et ne pouvant
par conséquent exercer aucun em-
ploi, elle ne fut inspirée que par
l'amour de ses semblables : électri-
sée par ce sentiment sublime, com-
ment eut-elle fait pour ne pas aller
trop loin ?
Elle est bien la première parmi
PRÉFACE. 19
les supériorités de notre sexe. En
vain on veut ternir sa gloire; les
fautes politiques qu'elle a pu com-
mettre sont grandement expiées :
car son culte à elle c'est CELUI DE
L'HUMANITÉ.
Intermédiaires entre les hommes
et la Divinité, essences plus parfai-
tes que les autres, il faut les respec-
ter jusque dans leurs erreurs. Re-
gardez-les de la terre, où vous
retient votre infériorité, s'élevant
rayonnantes de gloire vers le Ciel
d'où elles sont descendues. Oh
oui, respectez-les, il vous est dé-
fendu de les juger. Pauvres âmes
égarées sur ce globe, elles ne sont
20 . PRÉFACE.
pas de votre monde à vous : Dieu
ne les en a que trop séparées
Chacune d'elles accomplit dans
sa sphère, sans s'en rendre compte,
et sans même le comprendre, le
travail que Dieu lui impose : tra-
vail immense et incessant, mar-
chant, sans relâche, à travers les
siècles.
Tapeur éthérée, planant sur la
terre, où elle prend naissance, et
flottant dans l'espace pour y rece-
voir la consécration de Dieu : ca-
chet sublime dont l'empreinte im-'
mortelle possède une telle puis-
sance que les peuples lui obéissent,
PRÉFACE, - 21
sans même essayer de la combattre
et de se soustraire à son pouvoir.
En effet les idées, conçues par
les HOMMES SUPÉRIEURS, se répan-
dent, et forment une seconde at-
mosphère respirée en même temps
que l'air physique, indispensable à
notre existence. Ces mêmes idées,
étrangères d'abord aux masses,
finissent par s'y joindre si com-
plètement qu'elles forment un
même corps avec elles : et que les
pensées, émanées par quelques-uns,
deviennent ainsi celles de la mul-
titude toute entière.
Telle est la puissance accordée à
la parole de l'être auquel Dieu, dans
sa munificence, fit don de cette
22 PRÉFACE.
émanation céleste que l'on appelle
le GÉNIE. En le douant de cette
qualité :
« Je vous la donne, dit-il, mais
» uniquement pour qu'elle vous
» serve à travailler au perfection-
» nement moral de l'humanité. »
Et de même que Jésus-Christ aux
apôtres :
« Allez, ajoute-t-il, parcourez la
» terre et répandez-y votre pa-
» rôle : marchez, vous dis-je, vos
» efforts seront bénis par moi,
» et, avec l'aide du temps, partout
» vous serez triomphants entre
» tous les hommes. »
Dieu le voulut et il en fut ainsi.
PREFACE. 25
L'époque dans laquelle nous vi-
vons est des plus étranges. Epoque
de transition , de bouleversements
et de progrès, elle prit naissance
dans le temps où le despotisme cour-
bait, sous sa verge de fer, les peu-
ples tremblants devant lui.
La royauté, séparée alors des
rangs populaires par un espace
immense, planait du haut d'un pié-
destal , sur la nation tremblante
à ses pieds; elle était pour les popu-
lations un reflet de la Divinité.
Aujourd'hui , traînée dans la
tourbe révolutionnaire, disparue
dans le sang et le désordre, la
couronne a perdu la plus grande
partie de son éclat, de son prestige.
24 PRÉFACE.
La République de 1792 , en bou-
leversant l'état social, posa tout en
question : l'oeuvre entière s'est trou-
vée à reconstruire. Après avoir en-
levé aux Tuileries leur roi, à l'au-
tel son Dieu, la révolution s'arrêta
incertaine. Contemplant avec épou-
vante et consternation le sang dans
lequel elle venait, en proie au délire,
d'édifier la liberté, elle s'inclina
devant le despotisme de la gloire ;
et se jeta,honteuse et troublée, dans
les bras du guerrier qui lui offrait,
pour déguiser ses attentats, l'ombre
des lauriers qu'il l'invitait à cueillir.
Un malaise général tourmente
les esprits, on sent la nécessité de
se rattacher à quelque chose de
PRÉFACE. 25
grand, d'élevé. Le besoin d'une ré-
génération se fait énergiquement
sentir; et la société en travail,con-
tinuant le mouvement intellectuel,
commencé en 1789, le perfectionne
de jour en jour.
Les souverains suivent d'un oeil
inquiet cette transformation nou-
velle. Redoutant l'époque de l'affran-
chissement, ils cherchent à prolon-
ger leur pouvoir, et compriment
le mouvement en retardant l'heure
de la délivrance.
Leurs efforts seront vains. Assez
longtemps les peuples ont souffert.
Si le pouvoir demeure aux mains
qui le possèdent aujourd'hui, Rois,
songez-y bien, il ne vous est donné
PREFACE.
que pour travailler au bonheur (le
vos peuples.
Renoncez pour toujours à l'or-
gueil, à l'égoïsme; travaillez à la
régénération générale en commen-
çant par triompher de vos passions.
Destinés à être les premiers parmi
les mortels, soyez-en les plus ver-
tueux,
Les philosophes se lèvent et, mon-
tant à la tribune, ils font entendre
à la foule attentive, étonnée, des ac-
cents révélateurs. Apôtres dévoués,
bravant l'irritation qu'ils soulèvent,
ils sont prêts à répandre, pour ac-
complir leur noble tâche, le sang
qu'une courageuse ardeur fait
bouillonner dans leurs veines.
PRÉFACE. 27
Généreux athlètes, poursuivez
hardiment votre oeuvre; le temps
des persécutions n'existe plus, les
nations vous écoutent avec respect,
vos paroles sont recueillies avec en-
thousiasme. Marchez donc ! l'heure
du triomphe est proche; et les fé-
licitations des grandes intelligences
ne font que précéder, de quelques
instants, celles du monde entier.
En effet, un grand mouvement
s'accomplit aujourd'hui dans l'hu-
manité. L'époque tourmentée que
nous traversons doit, sans aucun
doute, nous conduire à une ère for-
tunée , à une sorte d'âge d'or dont
toute personne supérieure a le pres-
sentiment. Monsieur de Lamartine
28 PRÉFACE.
en consacrant, dans son manifeste,
le principe de la fraternité des peu-
ples, vient de hâter ce moment. Une
fusion générale doit s'accomplir :
toutes les nations, en se rappro-
chant plus intimement qu'elles ne
le sont maintenant, ne formeront
plus qu'un même peuple dont les
intérêts communs, se confondant,
amèneront le bonheur le plus com-
plet qu'il soit possible d'imagi-
ner.
Les pensées émises aux Congrès
de la Paix et qui semblent, au plus
grand nombre, des utopies irréali-
sables, s'accompliront dans un temps
plus rapproché qu'on ne le croit
généralement. Les chemins de fer
PRÉFACE. 29
seront une des principales causes
qui accéléreront ce moment.
Ces idées étonnent peut-être; ce-
pendant elles sont le résultat de
faits qu'il est impossible de révo-
quer en doute. A aucune époque
de l'Histoire, depuis la fondation
de la monarchie française, jusqu'à
nos jours, nous n'avons vu un temps
aussi long s'écouler sans une seule
guerre. Quarante années de paix
sont un fait inouï et qu'un grand
changement dans l'action gouver-
nementale peut seul avoir produit.
Autrefois le nom d'Anglais seu-
lement, prononcé en France, sou-
levait dans tous les coeurs une
profonde irritation : la haine, ani-
30 PRÉFACE.
niant sans cesse une nation contre
l'autre, amenait ces conflits épou-
vantables dans lesquels les armées
rivales semblaient devoir disparaî-
tre entièrement. Aujourd'hui des re-
lations fréquentes ont fait succéder
la bienveillance et les sentimens af-
fectueux à l'animosité qui jadis exis-
tait. La tribune anglaise, par l'or-
gane de son ministère, retentit de
notre éloge. A son tour, le président
de l'assemblée législative, en France,
déplore la perte du grand homme
politique dont l'Angleterre porte
le deuil en ce moment*. Jamais un
semblable spectacle n'a frappé les
regards.
Robert PeeL
PRÉFACE. 31
En réponse aux paroles frater-
nelles du gouvernement provisoire,
nous voyons la population de
Vienne envoyer en France, en 1848,
un étendard, emblême d'une al-
liance désirée. Ainsi de toute part
des paroles amies, la concorde uni-
verselle : l'Amérique envoyant à
l'Europe ses penseurs et ses philo-
sophes les plus philantropes , pour
travailler à la paix générale.
Et, dans un ordre de choses plus
relevé et plus intime encore, la re-
ligion unissant sa grande voix au
mouvement, et consacrant, au
nom de Dieu , ces démonstrations
populaires. Nous avons vu ces ar-
bres de la liberté, dressés par un
52 PRÉFACE.
peuple exalté, réunir à leur base
le prêtre catholique , en même
temps que le pasteur hébreu : et
tous deux se donnant la main, bé-
nissant, dans un idiome étranger,
l'emblême révolutionnaire.
Un des faits les plus frappants
de notre époque, est l'ambassade
envoyée par le sultan Abdul-Medjid
à Pie IX , pour le féliciter sur son
avènement à la chaire de St.-Pierre,
et sur les réformes qu'il jugeait né-
cessaires d'accorder à son peuple.
Il y a loin de ces démonstrations
amicales et respectueuses de l'em-
pire du croissant à la religion ca-
tholique, au temps où la voix d'un
prêtre fanatique armait les popula-
PRÉFACE. 55
lions européennes contre l'éten-
dard de Mahomet. Un espace im-
mense nous sépare de cette époque
où les croisés, au nom d'un Dieu
de paix et d'amour, se précipitaient,
ivres de carnage, sur la terre Asia-
tique, et semblaient ne respirer que
pour faire disparaître de la terre,
la race détestée des Musulmans.
Toutes les personnes supérieures
travaillent, en cet instant, à ame-
ner cette fusion des peuples et des
religions.
M. de Lamennais est un des pre-
miers qui, dans ces derniers temps,
voulut exiger des réformes, mais,
comme toutes les intelligences in-
34 PRÉFACE.
novatrices, il fut persécuté en ac-
complissant sa noble tâche.
Comprenant le génie de Jésus-
Christ, son divin maître, marchant
dans l'esprit de l' Evangile, au mi-
lieu de ceux qui ne le pratiquent
pas, froissant l'orgueil et l'égoïsme,
bases de la société actuelle et sur
lesquelles reposent les fondements
des lois qui nous régissent, il fut
arrêté et comprimé par cette société
alarmée.
« — Vous ne voulez pas, dit-il,
» travailler au soulagement des
>> souffrances populaires! Eh bien,
» je saurai vous y forcer : je ferai
» commenter l' Evangile par le peu-
» ple dont il est le code et le salut... »
PRÉFACE. 35
Et se séparant violemment de
l'Eglise, monsieur de Lamennais fit
paraître LES PAROLES D'UN CROYANT.
Ce Manifeste écrit sous l'empire
d'une irritation profonde acheva
d'indigner le clergé, et lui attira
les censures ecclésiastiques qui,
en blessant son orgueil, le jetè-
rent dans la révolte la plus auda-
cieuse.
Ne suivant plus que l'entraîne-
ment d'un courroux furieux -, il
écrivit le pamphlet intitulé: LE PAYS
ET LE GOUVERNEMENT. Ce livre ne
conservant aucune mesure, atta-
quait l'action gouvernementale
avec une telle force et en expres-
sions tellement inusitées, que l'au-
56 PRÉFACE.
teur fut arrêté et condamné à un
an d'emprisonnement.
Quelle immense différence entre
la pensée qui anima monsieur de
Lamennais au début de sa carrière
et celle qui lui dicta ses dernières
lignes. Dans la première il existe
une puissance d'éloquence et de
persuasion, à l'empire de laquelle
on se laisse entraîner avec bonheur:
dans la seconde, une sourde colère
gronde en rugissant. Elle égare
l'auteur et lui inspire des paroles
de fiel et d'amertume, inconvenan-
tes dans un écrivain qui se res-
pecte et qui doit toujours conser-
ver la dignité indispensable à un
grand talent.
PRÉFACE. 57
Que le fougueux démocrate se
rappelle les préceptes que du haut
de la chaire évangélique il faisait
entendre à la foule avide dé les re-
cueillir ; qu'il relise les pages de
l' Avenir} ces pages empreintes
d'une si douce et si puissante élo-
quence; qu'il se reporte à ce temps
où, prêtre honoré, il remplissait,
avec joie, avec bonheur, la noble
mission que Dieu lui avait confiée :
à ces instants où, entouré du res-
pect du peuple, de l'admiration de
ses confrères, de l'estime, de l'af-
fection de ses supérieurs, il s'élan-
çait, ardent et courageux Apôtre,
dans la route que le devoir, la rai-
son , la vertu lui avaient tracée.
58 PRÉFACE.
Où sont aujourd'hui les félicita-
tions, les encouragements qu'il
était habitué à entendre? Quels
amis l'ont accompagné dans la som-
bre demeure qu'une société outra-
gée lui a assignée ?
Mais si la justice a raison de pu-
nir et de réprimer sévèrement les
ambitieux qui, dans de coupables
tentatives, cherchent à exciter le
désordre, le pouvoir à son tour,
comprendra que pour exister en
paix, il doit s'occuper à soulager les
souffrances populaires.
Un jugement droit, éclairé par
l'expérience, est impérieusement
PRÉFACE. 59
convaincu que le seul moyen d'être
heureux sur cette terre, c'est de
contribuer de toutes nos facultés
au bonheur de tout ce qui nous en-
toure. Plus la position est élevée,
plus ce devoir est sacré, il devient
alors une nécessité de l'existence.
Les crimes politiques , la mort
des rois surtout fut presque toujours
provoquée par un ressentiment
justement éveillé, lorsque, par
exception seulement, ils n'étaient
pas frappés par l'ambition.
Républicains, c'est aussi à vous
que ces lignes sont adressées. Ne
vous laissez pas égarer plus long-
temps par d'adroits imposteurs qui,
40 PRÉFACE.
fourbes habiles, exploitant à leur
profit votre généreuse,ardeur , se
feront un marche-pied de vos cada-
vres, et s'élevant au-dessus de la
foule à l'appui de votre courage ,
souriront avec ironie en voyant
avec quelle facilité on vous trompe
et combien votre dévouement est
aveugle. Avant de croire à la parole
d'un homme, étudiez sa vie et pesez
ses actions. Le passé doit éclairer
votre expérience, car il vous ap-
prend l'avenir.
Parmi les choses les plus remar-
quables du moment, le mandement
que Monseigneur l'Archevêque de
Paris, monsieur Sibour, a publié»
PRÉFACE. 41
au mois de janvier mil huit cent
cinquante-un , mérite , sans au-
cun doute, d'occuper la première
place : le véritable esprit évangé-
lique a pu seul inspirer des idées
aussi complètement en harmonie
avec la situation difficile dans la-
quelle nous nous trouvons.
L'Archevêque, défendant toute
ambition personnelle , invite le
clergé à s'occuper uniquement du
dogme religieux. Ses conseils, em-
preints de l'amour de l'humanité,
sont dictés par la sagesse la plus
profonde et par la plus douce phi-
losophie; ses paroles sont celles
42 PRÉFACE.
qu'un tendre père pourrait adres-
ser à ses enfants les plus aimés.
Puissent les exhortations de ce
grand homme , trouver du reten-
tissement dans le coeur des prêtres,
et puissent-ils, se conformant à
ses avis, tenir la louable conduite
qu'il vient de leur prescrire !
Monsieur Sibour recommande
particulièrement aux prêtres, de
s'occuper des classes inférieures, en
cherchant à soulager leurs souf-
frances.
Une charité éclairée s'adressant
au moral aussi bien qu'aux dou-
leurs physiques, est conseillée aux
ecclésiastiques; partout dans ces li-