//img.uscri.be/pth/ac5da1e3da104df68a5e00e8a56ea9f2f464c42a
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 0,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne + Téléchargement

Format(s) : PDF

sans DRM

Les Bords du Loir (par É. Delaunay)

De
42 pages
Bourgouin (Château-du-Loir). 1868. In-8° , 41 p..
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
Voir plus Voir moins

IJE^BORDS DU LOIR
Ce livre que je mets, Sylvie; à vos genoux.
Hc mes pensers d'amour est un écho fidèle ;
11 on est qui croiront que je l'ai fait pour vous.
En lisant dans mes vers combien ma Dame est telle..
iifiPKlMEiHi; ÎIOI.'IVGO'I.'I'S , A CBATEAU-'DL'-Ï.OIJU
Ce Coir.
à Elle.
Beau Loir, j'aime tes eaux lorsqu'une molle brise
Les ride en se jouant;
J'aime sous l'aviron ton cristal qui se brise
Et s'argente en fuyant.
J'aime dans tes roseaux ton cours presque invisible,
Par son bruit deviné ;
J'aime tes peupliers et le saule flexible
Sur ton onde incliné.
J'aime à voir frissonner l'ombre du vert feuillage
Sur ton limpide azur,
Comme un tissu mouvant ou comme le nuage
Qui ternit un ciel pur.
0 Loir, lorsque la nuit obscurcit de ses voiles
Tes flots mélodieux,
J'aime voir dans ton sein trembler les mille étoiles
Qui brillent dans les cieux.
— 6 —
Mais, si je t'aime tant, beau Loir, douce rivière,
C'est qu'en suivant ton cours,
Sur tes bords j'ai cueilli, dans sa fraîcheur première,
La fleur de mes amours !
Ce Cilos blanc.
— Son lilas blanc est en fleurs sur sa tombe ! —
Elle n'est plus! — mais lui fleurit toujours;
Dans ses rameaux, la plaintive colombe,
Comme autrefois vient cacher ses amours.
— Son lilas blanc est en fleurs sur sa tombe ! —
— Il a toujours son parfum d'autrefois, ■—
Son doux parfum qui tant me la rappelle !
Plus n'entendrai le doux son de sa voix!
Que de douleurs ma pauvre âme recelle !
— Il a toujours son parfum d'autrefois. —
— Sur sa croix noire il répand ses fleurs blanches.
Nous nous aimions. Que nous étions heureux !
Sous ce lilas nous passions nos dimanches,
Il fut témoin de nos tendres aveux!
— Sur sa croix noire il répand ses fleurs blanches.
— La lune brille en ses rameaux touffus. —
Un soir de mai, sous sa clarté mourante,
Tout en causant (que nous étions émus!)
Entre mes mains je pris sa main tremblante.
— La lune brille en ses rameaux touffus. —
— 7 —
— Le vent du soir frémit dans son feuillage, —
Et ses beaux yeux se remplissaient de pleurs,
Qui lentement coulaient sur son visage.
Oli ! comme alors se parlèrent nos coeurs!
— Le vent du soir frémit dans son feuillage. —
— Parmi ses fleurs soupire un rossignol. —
Puis elle dit : « Je sens que je succombe,
« Bientôt mon âme au ciel prendra son vol;
« Sous ce lilas que l'on place ma tombe. »
— Parmi ses fleurs soupire un rossignol. —
— Beau lilas blanc, veille toujours sur elle! —
Elle mourut un matin de printemps;
Chacun pleurait dans la pauvre chapelle ;
Sur son cercueil on mit la fleur des champs.
— Beau lilas blanc, veille toujours sur elle! —
Virgo fuit, species dederat cui candida nomen
Candida
MAXIM. Eles. IV.
Je sais dans ce pays un ange de candeur,
Par son nom gracieux exprimant sa blancheur,
Dont le front est charmant, dont l'âme est aussi pure
Que les plus claires eaux du ruisseau qui murmure.
De limpides rayons de lumière et d'amour
Descendent de ses yeux, brillants comme le jour.
0 sa chaste beauté! qui pourrait la décrire?
Un sourire d'enfant, un frais et doux sourire
. — 8 —
Voltige sur sa bouche aux merveilles couleurs,
Comme un zéphyr de mai sur l'aubépine en fleurs.
Sa peau, dans sa blancheur, a l'éclat du satin.
Des gouttes de rosée aux rayons du matin,
Scintillant dans le coeur de la nouvelle rose,
Voilà ses blanches dents sous sa lèvre mi-close...
Il n'en est point qui porte un front plus souriant,
Sous de plus beaux cheveux un cou plus ondoyant,
Dont l'oeil ait plus d'azur, la voix plus d'harmonie. -
Sa céleste beauté, de pudeur embellie,
Autour d'elle répand un charme si vainqueur,
Dans toute sa personne il est tant de candeur,
De modestie — elle est si fraîche et si charmante,
Qu'on dirait à la voir que tout son être chante,
Qu'elle est une Willis, un sylphe gracieux
Qui sur un bleu rayon va remonter aux eieux.
Rose printanière! ô virginale rose!
Fraîche rose du Loir dans les rochers éclose,
Quelle main assez pure osera te cueillir?
Quel sera le jardin que tu dois embellir?
Tour qui tes doux parfums, et quelle brise aimée
Viendra faire frémir ta corolle embaumée?
~°V° "CKf'"'° ^"v 0 -o'^° "°^ °~
Scnrnenir.
à Nelly C."
Tes doux accents, Nelly, ravissent tous les coeurs :
Dans les roseaux du lac c'est la brise plaintive,
C'est le bruit d'un flot pur expirant sur la rive,
C'est le chant d'un oiseau dans les lilas en fleurs.
__ 9 -.
Tandis que sur le Loir notre barque glissait,
Un soir tu nous chantas LE LAC de Lamartine;
Pour ouïr les accords de ta voix argentine,
Le rossignol plaintif dans les bois se taisait.
Un charme était en toi que je ne saurais rendre,
Douce Nelly ! Ton chant mélancolique et tendre,
Venait nous mettre à tous des larmes dans les yeux.
Ici-bas, si la voix semble être une caresse
Qui console les coeurs, adoucit la tristesse,
Comment chanteras-tu quand tu seras aux cieux!
à Mme G.*"
Non, tu n'as pas connu les faux plaisirs du monde,.
Cygne, qui ne te plais qu'en de limpides eaux;
Non, tu n'as pas quitté pour une boue immonde,
Ton bassin d'onde pure et ton nid de roseaux!
Non, tu n'as jamais eu des faiblesses de femme.
Fuyant l'éclat du jour où tu pouvais briller,
Tu gardes pour un seul les trésors de ton âme,
Et tes moments si courts pour les soins du foyer.
Pour loi le monde entier c'est ta jeune famille
Dont le moindre chagrin met ton âme en émoi ;
Et le choeur qu'elle forme est l'unique quadrille,
Dont la danse folâtre ait des charmes pour toi.
..... [o —
Dans ce siècle mauvais où l'orage à toute heure
Gronde, où comme une mer le monde est agité,
Tu trouves sous ton toit une calme demeure,
Un nid, comme au printemps sous les fleurs abrité.
Et demandant à Dieu, sous ton ombre bénie,
A chaque jour sa joie et sa goutte de miel,
Tu le remplis d'amour, de parfums, d'harmonie,
Ton doux nid de V , ce petit coin du ciel.
Reste toujours ainsi, laisse les autres femmes
De leur belle jeunesse éparpiller la fleur,
Aux voluptés du monde abandonner leurs âmes :
Elles ont les plaisirs, toi seule as le bonheur.
... Tecum oliciim lihens.
Hou.
Oh! dites, sans amour qu'est-ce donc que la vie?
C'est un ciel sans azur, une aride prairie ;
C'est un sentier maudit, c'est un jardin sans fleurs,
Sans fraîcheur et sans ombre, où croissent les douleurs!
Pour moi, si je devais subir cette misère
De me voir arracher mon seul bien sur la terre,
Cette âme de mon âme et ce coeur de mon coeur,
Cette source où ma vie a puisé le bonheur,
Je n'aurais qu'un seul voeu, c'est d'aller dans sa tombe
Reposer le jour même auprès de ma colombe !
— H —
à mon ami Alfred D.***
Ami, contre l'amour Ion coeur veut se défendre,
Tu ne veux pas aimer et ne veux pas comprendre
Que Ja vie est amère à celui qui n'a pas
Une âme qui frémit au seul bruit de nos pas;
Un ange dont la voix, à minuit, vous éveille
Pour vous parler d'amour tout bas à votre oreille,
Et puis qui se rendort dans un calme divin,
En pressant tendrement votre main dans sa main !
A ton coeur cette ivresse est encore inconnue.
L'amour est ignoré de ton âme ingénue.
Nulle vierge, en fixant ses beaux yeux sur les tiens,
N'y a trouvé l'ardeur qui*remplissait les siens;
Et jamais d'un baiser l'attouchement timide
N'a coloré ta joue à sa chaleur humide!
Pourquoi, mon Dieu, laisser mon âme aride?
Rends-lui l'extase sainte et l'amour de la loi;
Qu'elle trouve, aux lueurs d'un jour pur et splendide,
L'eau vive de la grâce aux sources de la foi.
Pourquoi, trompant ma soif comme une coupe vide,.
Ai-je vu ton amour se retirer de moi"?
Pourquoi le rejeter à ce monde perfide,
Ce coeur infortuné qui ne cherchait que toi!
Quand ses ardeurs au ciel montent libres et pures,
L'âme avec loi, mon Dieu, se sent toujours en paix.
Avec pareil amour on bénit tes blessures,
On reçoit les faveurs et les maux que tu fais.
— 12
Seigneur, Dieu de bonté! que jamais je t'oublie!
Sois toujours ici-bas mon appui, mon soutien !
A ton pardon, mon Dieu, que ta grâce s'allie
Et. que par toi mon coeur se tourne vers le bien.
à M»'£ A. C.***
Madame, votre front aux grâces souveraines,
A la beauté du lis, la fraîcheur des fontaines;
Votre calme sourire, en sa limpidité,
De l'aube d'un beau jour a to sérénité.
Une pudeur charmante à vos gestes préside;
Vous avez un regard si pur et si candide,
Si fins sont vos cheveux, si blanche est votre main,
Enfin il est en vous un charme si divin,
Si chastes beautés dans toute votre personne,
Que, vous trouvant semblable à la Sainte Madone,
Lorsque vos yeux charmants se reposent sur nous,
On est parfois tenté de se mettre à genoux.
21 0j)h)ie.
A l'aube qui vous luit que ce jeune veuvage
Enlève de clarté, jette un sombre nuage!
Que je plains le bouton venu seul au rosier,
Et la colombe en deuil qui n'a pas de ramier,
Pas un roucoulement qui dans la solitude
Réponde sympathique à sa voix qui prélude !
li
— 13
Vous êtes seule, enfant, seule, et voici le jour
Où le temple du coeur s'illumine d'amour.
1" Mai 1887.
â M"ie la Cesse D. de la R."
De votre onde fidèle à son cours régulier,
Chaque goutte brillante est d'un rare collier
Une perle qui se détache.
De toutes vos vertus rien ne couvre l'essaim,
Et le regard va lire au fond de votre sein
Comme au fond d'un cristal sans tache.
Juillet 1867.
£'(Drgue.
à M™ B.***
Madame, vous avez d'un ange les doux yeux,
Une taille flexible, une main ravissante,
Un sourire enchanteur, un parler gracieux;
En un mot, vous êtes charmante.
Ne voyez pas ici, Madame, un compliment;
Je ne sais pas les faire et toujours les élude,
Je dis ce que je sais : parler sincèrement
Fut toujours dans mon habitude.
— -1-1 —
Oui, vous êtes charmante et vos yeux sont rêveurs,
Votre front est candide et votre frais sourire
S'en va toujours flottant sur vos lèvres en fleurs;
- Enfin, qui vous voit vous admire.
Mais, entre nous soit dit, ce que j'aime dans vous
Ce n'est pas votre grâce à nulle autre semblable,
Ce n'est pas votre esprit dont chacun est jaloux,
Ni votre regard ineffable.
Non, c'est ce don sacre'' par vous reçu des cieux,
Ue pouvoir sur votre orgue évoquer l'harmonie,
Et répandre votre àme en chants délicieux,
Pleins d'une douceur infinie.
Bienheureux Séraphins qui habitez les cieux,
Avez-vous, dites-moi, les chants harmonieux
■ De l'orgue de cette chapelle?
Archanges, répondez, n'êtes-vous pas jaloux?
Votre luth sous vos doigts a-t-il les chants si doux
De cet orgue touché par Elle?
Tantôt, ce sont des pleurs et des gémissements,
De douloureux soupirs, des attendrissements
Comme en a l'âme pécheresse :
L'orgue en son chant lugubre inspire la terreur,
11 accuse, il menace; — on croirait du Seigneur
Entendre la voix vengeresse !
Tantôt, ce sont des chants, des choeurs mélodieux,
De ces choeurs que les Saints croyaient venir des cieux
Dans leurs prières extatiques.
Puis, c'est un loger souffle, un si timide accord,
Que parfois on dirait un enfant qui s'endort
En murmurant de saints cantiques.
Ou bien ce sont encor, sous les sombres arceaux
D'un cloître dont la lune argenté les vitraux,
L'hymne lointain de jeunes vierges
Qui, le voile baissé, s'éloignent lentement
Le long de noirs piliers qu'éclaire vaguement
La rouge lueur de leurs cierges.
Et parfois l'on dirait d'oiselets dans leur nid
Le doux gazouillement, ou du flot qui gémit
La voix mélancolique et triste;
Car, chants de la nature ou cantiques sacrés,
L'orgue sait rendre tout sous les doigts inspirés
De la divine et sainte artiste.
0 Mozart, Gluck, Palestrina!
Un soir d'été, dans sa villa,
N'entendrai-je pas votre élève
Me jouer sur son clavecin,
Effleuré par sa blanche main,
Quelques accords doux comme un rêve!
J'irais écouter ses concerts
A l'heure où flottent dans les airs
Des foins les senteurs pénétrantes,
Où le jour fait place à la nuit,
Où l'on n'entend plus que le bruit
De nos fontaines murmurantes.
— 16 —
A l'heure où, baignant l'horizon,
La lune vient sur le gazon
Epancher sa douce lumière,
Où l'on pense au ciel, où le coeur
— Comme l'abeille dans la fleur —
Se repose dans la prière.
Je m'asseoirais dans son jardin,
Sous son balcon qu'un frais jasmin
Semble couvrir de blanches voiles,
Et, dans un songe me berçant,
Pensif, j'écouterais son chant
Les yeux fixés sur les étoiles l
à Mademoiselle ***.
En lui envoyant le livre : Du Vrai, du Beau
el du Bien île M. Cousin.
Le vrai, Mademoiselle, est votre âme candide,
Le beau, c'est votre corps si pur et si charmant,
Pour qui vous aimerez, le bien certainement
Sera de votre bouche un doux aveu timide.
£c Rapon.
à Elle.
Pourquoi viens-tu briller à travers la feuillée,
Seul, au fond de ce bois où l'ombre règne encor?
Qui t'arrête, ô rayon, sur cette herbe mouillée
Où tu frémis au vent comme une écharpe d'or!
„_ 17 —
Tes frères vont là-bas dans la plaine embaumer!
Jouer sur l'aubépine et les buissons en fleurs,
Faire flotter la brume en légère fumée,
Ou peindre l'horizon des plus vagues couleurs.
Le feuillage, étoile des gouttes de rosée,
Sous tes baisers d'ami palpite mollement,
Et dans l'herbe, ô rayon, par la brume arrosée,
De chaque goutte d'eau tu fais un diamant.
Mais pourquoi rester seul, perdu dans ces bruyères,
Sur ce pâle gazon par un aussi beau jour?
Pourquoi ne vas-tu pas jouer avec tes frères,
Et comme eux dans les prés t'égarer à ton tour?
Le rayon répondit doucement : 0 poète!
Si je suis seul, bien loin de leurs joyeux ébats,
Et si je ne vais pas me mêler à la fête
Que parmi tant de fleurs ils se donnent là-bas,
C'est qu'ici près de toi, dans l'ombre où je me cache,
Regard du ciel tombé sur un sol attristé,
J'accomplis à l'écart mon humble et sainte tâche :
J'apporte un peu de joie et de fécondité.
Oui, poète, c'est Dieu qui de bien haut m'envoie.
Regarde ! dans cet air par moi seul attiédi,
Je réchauffe à tes pieds sans que ton oeil le voie,
Sur ce frêle brin d'herbe un insecte engourdi.
:- Ce raybhîbiéîïfaisant c'est vous, muse chérie,
POuj, mig'iiQiprlQ 1, c'est vous. — En avez-vous douté?
..... 18 --
Pouvîinl briller ;ni loin, vous vîntes dans nia vie
Ainsi que ce rayon dans cette obscurité!
AoiU 1M.7.
Combien do fois, à l'heure où tout se rembrunit,
Evoquant un passe dont ma jeunesse est veuve,
J'ai suivi du regard ce long drame d'épreuve
Que le berceau commence et qu'un tombeau finit!
Combien de fois, jugeant des jours qui sont à naître
Par les jours de vertige auxquels j'ai dit adieu,
Triste, j'ai murmuré dans le fond de mon être :
Où donc est le bonheur, mon Dieu !
JuiMel 1807.
ijparapljrase ï)e Toïie Vfyovacc
u lieatus Me, qui prvcitl nrgotiis... »
(IÎPODES. Ode II.)
à mon Oncle M1 A. D.*"*
Heureux qui vit tranquille en son humble village,
Loin du luxe des cours et des vaines grandeurs;
Ses jours, libres de soins, s'écoulent sans orage;
Ses nuits sans crainte, sans terreurs.
Les plaisirs innocents d'une vie champêtre
Charment ses doux loisirs, suffisent à ses voeux.
Le champ qui le nourrit, le toit qui l'a vu naître
Verront naître tous ses neveux.
S'il lui survient parfois quelque douleur amère,
Quelque chagrin mortel qui déchire son coeur,