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Les Branches de Lilas, Poésies

37 pages
imp. de A. Marteville et Lefas (Rennes). 1852. In-8°. Pièce.
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LES
BRANCHES DE LILAS
; 9933338»
: RENNES, . .
IMPRIMERIE DE A. MARTEVILLE ET LEFAS, RUE ROYALE , 8.
18S2.
LES BRANCHES DE LÏLAS,
LES
BRANCHES DE LILAS.
3MM&823B8.
Je chante
(Voir tous les poèmes épiquesJ
Que dire et que chanter >
{Sainte-Beuve.)
Ne croyez pas un mot de tout ceci : ce n'est que de
la poésie, c'est-à-dire un rêve, ou peu s'en faut.
l'Anonyme.)
Et depuis quand un livre cst-il donc autre chose
Que le rêve d'un jour qu'on raconte un instant ?
(A. de Musset.)
RENNES,
IMPRIMERIE DE A, MARTEVILLE ET LEFAS, RUE ROYALE , 8.
1852.
PRÉFACE.
Mais à quoi bon une préface ? En ferai-je une ?
Dam ! Il est des lecteurs béotiens qui s'imaginent que les préfaces
sont des hors-d'ceuvre uniquement faits et créés pour grossir un vo-
lume ; à ceux-là je donne ma malédiction.
Mais il en est d'autres aussi, peu nombreux, choisis, délicats,
qui savent que le livre est tout entier dans la préface, et que les
pages qui suivent n'en sont que le développement.
Lisez donc :
Cromwel,
Joseph Delorme,
Les Récits mérovingiens,
Etc.,
Etc.,
Et n'en lisez pas la préface. Je vous mets an défi d'avoir rien com-
pris au but de l'écrivain. Il faut donc une préface à mon livre, si
— 2 —
tant est que ceci soit un livre ; mais comment m'y prendrai-je ?
Toutes les réthoriques du monde vous diront que je puis faire :
Une préface romantique,
Une préface classique,
Une préface comique,
Une préface fantastique,
Une préface pittoresque,
Une préface hoffmannesque,
Une préface burlesque,
Une préface rose-tendre,
Une préface rouge-vif,
Une préface bleu-d'azur,
Une préface vert-de-mer,
Une préface jaune-d'or,
Une préface maligne,
Une préface bénigne,
Une préface orgueilleuse,
Une préface modeste,
Une préface comme ci,
Une préface comme ça,
Une préface d'autre manière,
Une préface de vingt pages ,
Une préface de dix lignes,
Halte là ! J'ai trouvé ce que je voulais ; voici donc ma préface :
AMI LECTEUR,
J'ai fait des vers, parce que c'a été mon idée ; ces vers ne sont que
des vers, et non des fragments d'autobiographie. Ceux qui voudront
— 5 —
y voir le reflet de quelques phases de ma vie se tromperont, et beau-
coup. Après tout, ami lecteur, jette ce livre au feu s'il te déplaît je
ne m'en fâcherai point, parce qu'à chacun son idée. J'ai eu celle de
commettre des vers; à toi la liberté de me blâmer, de me déchirer,
de me brûler. Je suis, entre tes mains, un martyr résigné et plein
pour toi des meilleurs sentiments avec lesquels, etc. etc.
L'AUTEUR.
ADIEUX DE CHILD-MROLD.
(Traduit do lord Byron.)
To mydearest Vict....S., remembrance
aud true friendship for ever.
THE AIÏXHOH OF TUE TRANSLATION.
I.
Quand, venant d'éclairer cette face du monde,
Le soleil, en mourant, se fut caché sous l'onde,
Le fils du brave Harold saisit sa harpe d'or :
Souvent ses doigts erraient sur l'instrument docile ;
Il savait en tirer un son grave et tranquille,
Un étrange et charmant accord.
— 6 -
Craignant d'être écouté d'une oreille étrangère,
Child-Harold remonta sur le pont solitaire ;
Et là, les yeux fixés sur son triste manoir,
Il poussa de son coeur la plainte renfermée,
Et sa muse inspirée à la terre embrumée
Jeta ce funèbre bonsoir :
« Adieu, trois fois adieu, terre qui m'as vu naître,
Qui, sur les flots d'azur, vas bientôt disparaître ,
Adieu : c'est pour toujours.
Le vent de l'Angleterre enfle nos blanches voiles,
Et le ciel brunissant va se couvrir d'étoiles ;
Adieu, mes vieux amours.
» Je ne verrai plus rien de ma terre natale,
Quand le soleil, après l'aurore matinale ,
Surgira glorieux :
Mon manoir est désert, mon foyer solitaire,
El ma chambre n'est plus que le sombre repaire
Des loups audacieux. »
II.
Et le vaisseau marchait, le vent enflait ses ailes ;
I-Iarold appelle alors ses compagnons fidèles ,
— 7 —
« — Enfant, pourquoi tes yeux sont-ils baignés de pleurs?
Je croyais que ton coeur était sourd à la crainte ;
Petit page, réponds; oui, réponds-moi sans feinte;
Redoutes-tu quelques malheurs ?
» Crains-tu donc de voguer sur la mer orageuse ?
Crains-tu que ce vaisseau par la vague écumeuse
Soit emporté demain comme un léger flocon ?
Sèche les quelques pleurs de ta paupière humide ;
Notre navire est fort, et sa course rapide
Ne peut s'égaler qu'au faucon. — »
III.
« — La peur, cher sir Harold, n'a point troublé mon àme;
Je ne crains rien du vent qui soulève la lame ;
Je ne crains rien des flots,
Du fer, ni de la flamme ;
Je suis né du sang des héros.
» Mais au fond de mon coeur une douleur secrète,
Un souvenir brûlant dans les dangers m'arrête,
Me dit : près du hameau,
Ma mère s'inquiète
Pour le page du grand château.
» Oui, j'ai laissé là-bas une mère bien tendre,
Qui, durant ses vieux ans, voudra toujours m'attendre
Et toujours pleurera ;
Pourrai-je donc apprendre
Si ma mère me reverra ?
» Fuyons-nous pour toujours les côtes d'Angleterre ?
Ah ! je lis dans vos yeux... Hélas ! je n'ai sur terre
D'amis que le hasard,
Vous et ma pauvre mère
Qui me bénit à mon départ. — »
IV.
« — Je ne t'oblige pas d'avoir tout mon courage.
Oui, pleure, mon enfant; les pleurs sont de ton âge,
Pauvre petit oiseau de son nid arraché :
Hélas, je voudrais bien encor verser des larmes ;
Mais ce qui fait pleurer, enfant, n'a plus de charmes
Pour un coeur desséché.— »
1849.
YVONNE.
(Essai de poésie Lakiste.)
A M. SAINTE-BEUVE.
Une femme en haillons, que vous avez connue,
Un bâton à la main se traînait dans la rue,
En disant : « Dieu vous bénira ;
» Donnez, riches, donnez une petite aumône,
» Et ce que votre main généreuse me donne,
» Le Tout-Puissant vous le rendra. »
— 10 —
Ainsi parlait, tendant ses deux mains décharnées ,
Yvonne, dont le corps courbé par les années
Se tordait d'angoisse et de faim ;
Et partout où sa voix disait cette prière,
Partout, on lui jetait cette réponse amère :
Revenez, revenez demain.
Enfin elle s'assit, affaissée et mourante ,
Au seuil d'une maison haute, belle, opulente,
Que favorisait le destin ;
Et là, dans ses deux mains plongeant sa blanche tète.
Elle n'écouta pas les bruits fous de la fête,
Et de la danse et du festin.
Yvonne avait été vaillante et vigoureuse ;
Des filles de Maupas, c'était la plus heureuse ,
La plus belle, et les jeunes gens
S'empressaient à fêter Yvonne au doux visage :
Autant elle était belle, autant elle était sage,
Elle repoussa les amants.
Son coeur avait choisi pour époux Jean Guillaume,
Paysan riche et brave, et surtout honnête homme,
— 11 —
Plein de jeunesse et de vigueur.
Le Ciel, pendant trois ans, bénit leur mariage :
Deux fils étaient venus accroître ee ménage,
Et leur amour et leur bonheur.
Jamais de sa maison, en maudissant Yvonne,
Un mendiant ne sortait sans conseils, sans aumône ;
Et tous les pauvres de Maupas
Disaient en la voyant : C'est notre bonne mère F
Yvonne répondait : Ah ! dans votre prière,
Mes amis , ne m'oubliez pas.
Mais un jour le malheur fondit sur leur demeure ;
Yvonne, au coeur si bon, perdit dans la même heure-
Et son époux et ses deux fils.
Que faire? demander secours, sollicitude?
Yvonne ne trouva que noire ingratitude
Chez tous ceux qu'elle avait nourris.
Depuis, que de tourments, d'angoisses et d'alarmes!
Et la vieille sentait ses yeux baignés de larmes
En évoquant ces souvenirs.
« Que vous ai-je donc fait, mon Dieu, s'écria-t-elley
» Pour mériter ces maux, cette faim si cruelle ?
» Ont-ils mérité leurs plaisirs? »
— 12 —
Sitôt elle entendit bruire à son oreille
Une voix à la voix d'un chérubin pareille
Qui lui disait comme Jésus :
« Yvonne, bienheureux l'homme ici-bas qui pleure ;
» II sera consolé dans la belle demeure
Que Dieu prépare à ses élus. »
Et la voix s'éteignit. « Mon Dieu, reprit Yvonne,
» Que ta miséricorde aujourd'hui me pardonne !
Non, je n'ai pas assez souffert ;
» Non, je n'ai pas assez de maux et de misère :
» Que m'importe-t-il d'être et triste et solitaire,
» Si le lieu de paix m'est ouvert? »
Le seigneur l'exauça : ses lèvres murmurèrent
Encore quelques mots, puis ses yeux se fermèrent
L'âme d'Yvonne était aux cieux.
Et son corps fut porté dans une pauvre bière
Jusqu'au champ du repos, jusques au cimetière,
Dans la fosse des malheureux.
Oh ! nul n'accompagna sa dépouille mortelle ;
Et pas un seul ami ne vint pleurer sur elle :

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