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Les coups de boutoir

De
9 pages
impr. de "l'Illustration" (Paris). 1866. 8 p. ; in-4.
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PRIX : 15- Centimes.
Chez tous les Libraires, et au Bureau de la Parisienne, 84,.rue du Cherche-Midi, Paris.
LES
PAR
EUGÈNE MINOT
A UNE JEUNE FILLE RICrfE^
Il te faut les gradins d'une arène espagnolej'"-Ç \
Les picadors et les taureaux ; v,'v--<
11 faut pour t'émouvoir l'air de la carmagnole,
Les assassins et les bourreaux;
Ce sont les chiens galeux de la littérature,
Et l'hippodrome et les lions;
C'est du chrétien saignant qu'il te faut en pâture
Pour te pâmer sur tes millions;
Et sous le dais royal où ton argot repose,
Où ton sauvage orgueil s'endort,
Tu jures, quand tes draps ont un seul pli de rose,
Noble bâtarde d'un Mondor!
Aux rayons d'une lampe, albâtre diaphane,
Qui, comme un astre au plafond luit,
C'est là que ton genou, pur d'un contact profane,
Se livre aux baisers de la nuit ;
C'est là que, le coeur sec, sur ton trône de plume,
Avec trois verrous pour gardien,
Tu dors, sans prier Dieu pour le serf que consume
Ton luxe effronté quotidien!
Toi, pour qui le mûrier donne au ver tant de soie,
Toi, pour qui l'aube a tant d'amour,
Toi, pour qui les Mozarts ont tant d'archets de joie,
Tu ne donnes rien à ton tour !
Lorsque — des durs cailloux que la pauvreté foule —
S'élève une plainte sans fin,
Du haut de ton balcon, tu dédaignes la foule,
Où plus d'un grand poëte a faim!
Quand tu reviens, la nuit, du bal de l'ambassade,
Au trot de six chevaux fringants,
Tu ne vois pas dés mains, sur le pavé maussade,
Se salir pour avoir des~ gants ;
Tu ne vois pas des fronts de dix-sept ans à peine,
Par le désespoir couronnés,
S'élancer à travers le bourbier de la Seine,
Dans,l'hécatombe des Phrynés!
RÉPONSE A ROLLA
Regrettez-vous le temps où le ciel sur la terre
Plantait, à tout propos, un peuple de faux dieux?
Où Vénus, courtisane au souffle délétère,
Jetait sur les tritons ses filets odieux?
Regrettez-vous le temps où Dubarry lascive,
A Versaille, ondoyait parmi les fleurs des eaux,
Et d'un éclat de rire agaçait, sur la rive,
Louis quinze, indolent, couché dans les roseaux?
Où les sources tremblaient des baisers de Narcisse ;
Où du nord au midi, sur la création,
Hercule promenait l'éternelle injustice
Sous son manteau sanglant taillé dans un lion?
Regrettez-vous le temps où nos vieilles romances
Endormaient dans leurs bras l'enfant désenchanté?
Où.tous nos monuments et toutes nos démences
Portaient le manteau blanc de leur stérilité?....
0 Christ! je ne suis pas de ceux que la prière,
De tes temples muets éloigne à pas tremblants.
Je suis parfois de ceux qui vont à ton calvaire,
Homme à l'amour divin, baiser tes pieds sanglants;
Et je reste courbé sous tes sacrés portiques,
Quand ton peuple infidèle, autour de noirs arceaux,
S'agite en blasphémant sous le vent des cantiques,
Comme sous le simoun un peuple de pourceaux!
II.
0 toi qui te souviens de ta jeune maîtresse,
Lorsque ta dent de feu mordait sa blonde tresse !
Vois dans ce noir manteau, plein de paillettes d'or,
Montmartre se "draper comme un toréador!
C'est la. nuit ! c'est l'amour ! Là-haut, devant sa glace,
Pour Daniel, Pauline en souriant se lace !
Du coin de ton trottoir, vieillard au pas tremblant,
Vois là-haut, près des toits, luire ce rideau blanc;
C'est là qu'une orpheline, en allumant sa lampe,
Lisse ses blonds cheveux ondoyés sur sa tempe;
C'est là que son oeil bleu cherche, le long du mur,
Le jeune étudiant pour qui son coeur est mûr!
Et toi, cher de Musset;, mandoline si tendre,
Que sur ta fleur funèbre on croit encor l'entendre:
Mes mains cherchent en vain le flamboyant pinceau,
Enfantgâté, que-Dieu posa sur ton berceau;
Palette du Corrége, ô doux frisson de harpe,
Les Grâces ne m'ont pas bercé dans leur écharpe.
J'ai pour trépied la borne, et non le piédestal
Où la cour écoutait ton beau chant de cristal ;
Mon pied ne chausse pas ta botte aristocrate,
Et je n'ai pour landau qu'un sabot démocrate;
Pourtant, je voudrais peindre et chanter à mon tour
Le coeur.d'un voltairien, quand il vibre d'amour.
Entre, beau Daniel! Voilà sa fraîche bouche,
Voilà, non loin du feu, les rideaux de sa couche,
Voilà ses yeux, ses mains, son tablier charmant,
Voilà son vieux fauteuil, pour toi, son jeune amant!
Pour la première fois, fils d'Adam, fille d'Eve,
Entre vous deux, Vesta s'endort dans un beau rêve.
A vous l'enchantement, mieux qu'au sacré vallon,
Elle d'être déesse, et toi d'être Apollon!
Noble ami! tu n'es pas de la phalange infâme
Pour qui la liberté semble une vieille femme,
Bonne au plus à laisser tous ses enfants en deuil.
Audacieux aiglon, soldat! d'un seul coup d'oeil,
Sur nos champs de bataille au fracas équivoque,
Tu renverses déjà le mur de ton époque.
Ton sabre, c'est la plume, éblouissant flambeau,
Fait pour ouvrir au peuple un avenir plus beau.
Un jour enfin, crois-le, sortant de la poussière,
Qui corrompt parmi nous l'air pur et la lumière,
Nous pourrons, délivrés du flot des baladins,
Fêter nos plus vaillants dans nos plus grands jardins,
Et, lutteurs affranchis des tyrans, des calvaires,
A la table des rois rire au choc de nos verres !
Donc, puisque tes poumons valent ceux d'un Troyen,
Puisque tu fais grandir tes droits de citoyen,
Puisque tu crois encore au clairon du prophète,
Salut! que ton coeur sonne un carillon de fête!
III
L'aile des vents du Nord siffle en vain autour d'eux.
Au balcon voyez-les accoudés tous les deux,
Étoiles qui là-haut enseignez la clémence !
Voyez leurs longs regards sonder la ville immense
Que l'on nomme Paris, l'universel bazar,
Où tout s'offre à l'encan au banquier du Hasard.
Ils contemplent les flots de cet océan d'hommes,
Monstrueux échiquier de clochers et de dômes,
Capharnaûm étrange, où dans le ciel nageant,
Ce soir Phébé, la nymphe aux écailles d'argent,
Lorgne, d'un oeil rêveur, les somptueux grands arbres,
La cour du Carrousel, les cyprès et les marbres.
— Vois-tu, dit le jeune homme, en laissant un éclair
Fendre son large oeil noir, comme un nuage en l'air;
Vois-tu, cette fumée où tant de voix vénales,
Sous les buffets princiers chantent les saturnales ;
Ce vaste cirque où Mars met l'habit, de Scapin,
C'est sur ce dur pavé que je cherche mon pain.
Je t'ai donné ce soir, sur une fleur de Parme,
Une bien triste perle, ô Pauline ! une larme !
Mais patience ! un jour, tout luira: Tes poignets
Seront encor plus blancs sous de beaux bracelets,
Et tes yeux frangés d'or, que nul chagrin ne voile,
Brilleront encor plus de leur éclat d'étoile,
Lorsque j'aurai tiré du coffre-fort des dieux,
Pour ton front, pour ton col, un écrin radieux..,. ■
Là bas, sur tous les toits, le Panthéon surplombe :
Ainsi je serai grand sur la foule, ô colombe !
— Que dis-tu? que dis-tu ?. mon Daniel, tais-toi!
Qui donc, comme à Macbeth, t'a dit : « Tu seras roi? »
Tu m'aimes, Daniel? Cela suffit. Écoute! .
De l'amour au soleil nous laisserons la route.
Et dans ce grand Paris, comme au fond d'un sentier,
Nous vivrons séparés de l'univers entier.
— C'est que je ne suis pas du noir troupeau des moines
Qui, pour mieux arrondir leurs riches patrimoines,
Prêchent, le coeur de glace, au nom de l'indigent,
Tout en fermant leur porte au chrétien sans argent.
J'ai du feu dans la veine, et pareil à Shakspeare,
Je sens que mon cerveau comme un volcan respire.
Oh! ne m'accuse pas d'être bouffi d'orgueil !
L'hirondelle, en volant, peut me boucher un oeil,
Je le sais. Du malheur j'ai reçu le baptême.
Mais parfois je voudrais détrôner Dieu lui-même.
Lui, l'immortel César, de son talon géant,
Met l'insecte- à la vie et l'étoile au néant :
Moi, je voudrais ainsi tuer et faire vivre.
Presque autant que tes yeux l'ambition m'enivre.
Tu sais combien je t'aime, ô chaste fleur dés blés !
De longs jours avec toi sont si vite écoulés ! ,
Mais je souffre-en voyant mourir tant de familles,
Sans avoir jamais eu de banc sous les charmilles.
Lorsque dans le brouillard, où mugissent les flols,
Le marin ne-peut plus allumer ses falots,
L'ouragan, tout à; coup, mord ses lèvres livides.
Les mâts tombent. Les eaux envahissent les-vides.
Alors, au ciel en deuil, si l'espérance a lui,
Le marin, qu'épouvante un gouffre autour de lui^
Tressaille, mais il lutte, et, sur l'écume blanche,
Il repousse le spectre avec un bout de planche...
Eh bien ! s'il m'échappait, ton pur foyer d'amour,
Ma barque n'aurait plus de falot à son tour,
Mais, ayant partagé le pain de la souffrance,
J'aurais encor, du moins, l'astre de l'espérance,
Et des bras me tendraient sur le flot agité
La planche de salut de la fraternité !

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