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Les cris de l'espérance, à l'avénement de Charles X, répétés par un écho

110 pages
Fanjat (Paris). 1824. France (1824-1830, Charles X). 107 p. ; in-8.
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CRIS DE L'ESPÉRANCE
DE CHARLES X.
A L'AVÈNEMENT
LES
DE L'IMPRIMERIE DE LACHEVARDIEBE FILS,
SUCCKt,3fcLR 01! CBLI.OT SUE DU C0L0MB1EB, fl" 30.
CRIS DE L'ESPÉRANCE
DE CHARLE S X,
W*^k^A PARIS,*
PARIS,
^««ÎHÏZ FANJAÏ, LIBRAIRE,
LES
A L'AVÉNEMENT
RÉPÉTÉS
PAR UN ÉCHO.
L opinion eN comme la renie da mnudt
e~a,. ~a rarre e~ ee~ n "ra~,
Pente*! de Pccai, lr" pa^'iE, ari t
RUE CHRISTIMt, N. $
1824.
1
AVANT-PROPOS.
Assez d'autres écrivent pour l'homme
instruit; mais ne croirait-on pas aussi utile
de parler à l'humble? de lui faire connaî-
tre sa véritable situation, en mettant la
politique du jour à la portée de l'intelli-
gence la moins heureuse ?
Dire que les conversations ici rappor-
tées ont réellement eu lieu, c'est garantir
qu'à défaut d'autre mérite cette brochure
aura l'avantage de présenter un tableau
vrai des griefs comme des prétentions
des partis qui nous divisent. L'éducation
monarchico-constitutionnelle des classes
peu éclairées semble une chose aujour-
d'hui si urgente, qu'il est de notre devoir
d'y concourir, dût-on taxer cette démar-
che de présomptueuse, le style de trivial,
et le but que nous nous proposons de pure
rêverie. Oui, nous rêvons le bonheur de
nos concitoyens! nous voudrions que tous
sentissent que la prospérité de la France
ne saurait pouvoir être que le résultat de
la modération, la conséquence inflexible
de notre amour sincère pour le loyal mo-
narque qui paraît avoir déjà si bien en-
tendu les cris de l'espérance. "•
1.
CRIS DE L'ESPÉRANCE
A L'AVÉHEMEHT
DE CHARLES X.
Oui, je les ferai entendre les cris de l'espé-
rance
Dans ce palais des rois sous les lambris do-
rés, entouré de mille chefs-d'œuvre debout
et muet de douleur au pied de la magnifique
estrade sur laquelle s'élève le cercueil de l'au-
guste persécuté qui, du sein de l'infortune, s'é-
lança majestueusement sur le trône de ses pères
j'ai pu méditer sur le néant des grandeurs hu-
maines, et reconnaître que la puissance de Dieu
est la seule indestructible; alors que celle de la
créature, vulnérable partout, n'est jamais qu'un
sujet de crainte ou de désirs insatiables, égale-
ment faits pour abréger la vie.
La terre, asile dernier où tout se simplifie,
va donc recevoir les restes périssables d'un mo-
LES
narque qui commanda l'admiration par sa no-
ble attitude dans l'adversité, non moins que
par les hautes lumières qui Je rendirent si
propre à gouverner les hommes! Tout de lui
va s'anéantir, hors le souvenir de ses malheurs
et de ses actes Mais, ô Français le bien fut
son ouvrage; les déceptions vous vinrent de quel-
ques flatteurs intéressés qui redoutant la vé-
rité, rôdaient sans cesse autour de sa personne
sacrée, afin de la lui rendre inaccessible.
Si le jugement. des anciens rois de l'Égypte
offritjadis quelque apparence d'utilité, c'est assu-
rément moins sous le rapport du droit qu'eut le'
peuple de condamner leur mémoire qu'en ce
que cette grande enquête fournissait au succes-
seur, avec la connaissance des besoins du pays,
l'indication des griefs du pauvre, la révélation
des méfaits des grands. Chéops, convaincu de
parjure et de cruauté, se trouve à sa mort re-
poussé de la sépulture royale, et ses cendres
allant se mêler à celles d'hommes vulgaires in-
spirent à son fils, qui lui succède, la ferme
résolution de gouverner selon la justice et l'a-
mour aussi le nom de ce dernier resta-t-il en
honneur, tandis que son corps, déposé avec
pompe au centre du labyrinthe servant de base
à la plus colossale des pyramides, put attester aux
générations suivantes quel cas les peuples font
d'un roi éclairé et consciencieux.
Ah que l'auguste prince qui succède à la cou-
ronne de France n'a-t-il été comme moi témoin
des regrets sincères et non payés, d'une mul-
titude de sujets venus pour rendre de tristes de-
voirs à la dépouille mortelle de Louis-le-Désiré!
Que n'a-t-il pareillement entendu les malédic-
tions lancées contre quiconque a voulu lui ren-
dre son peuple suspect « Que des ambitieux
» disaient-ils, aient attaqué toutes les existences,
» ravi le denier de l'orphelin, inondé de sang
«le sol de la patrie après avoir fait périr le meil-
» leur des rois l'histoire ne présente que trop de
ces époques funestes où les viles passions, long-
» temps contenues, brisent enfin la bienfaisante
» digue des lois, et, telles qu'un torrent furieux
«courent tout renverser, détruire, sans distinc-
»tion d'origine, de valeur ni de lieu. Dès lors,
» la masse ne saurait être rendue responsable d'ex-
» ces dont elle fut bien plutôt la victime que la
» complice: les pervers seuls méritent anathème.
» Et, toutefois qu'on n'aille pas confondre avec
» ces hommes du crime des êtres mus par des
«considérations d'ordre et de justice distribu-
» tive.
» Les progrès de la civilisation avaient fait
» désirer qu'on se mît en harmonie avec elle que
»les codes surannés, les pratiques du treizième
«siècle, peu propres à régir toujours une nation
» aussi éclairée que la nôtre fussent rajeunis ou
• remplacés par des institutions à travers les-
» quelles les abus pussent moins se glisser mais
» la soif du sang, l'amour du pillage, ne guidaient
point ceux qui, les premiers appelèrent la réfor-
» me novateurs religieux la félicité publique
• devait être le but, et le respect la loyauté, les
» uniques moyens d'y atteindre. Qu'on ne puisse
» se dissimuler que de là vinrent les premiers
» succès des malintentionnés, à la bonne heure;
• car tout ce qu'il y avait de grand cœur d'âme
• généreuse d'esprit cultivé, crut n'être appelé
iqu'à seconder un élan noble mesuré justifia-
» ble en fait comme en droit au moins est-il
"certain que détrompés presque aussitôt, il fut
» facile de les voir, les uns gémir de leur récente
» coopération les autres tomber sous le fer des
» perfides quiles avaient abusés. Aussi, avec quels
s transports de joie quel enthousiasme quel
à concert de bénédictions, n'accueillit-on pas en
» 1814 l'aimable prince qui n'ayant jamais cessé
«d'aimer des enfants de caractères divers, ac-
» courait en bon père s'interposer entre eux et des
»adversaires barbares ou irrités! disant à peu
» près, Qu'il n'yait rien de changé en France que
a l'on n'y voie qu'un Français de plus!
«Il est vrai que le besoin de respirer que la
.pesanteur du joug d'un despote ivre de con-
» quête n'étaient pas les principales causes du
»rappel de l'auguste famille: beaucoup d'amour
«pour cette antique race se mêlait à l'espoir
> qu'en effaçant les traces du vandalisme elle
» consacrerait à jamais les principes d'une liberté
«sage et nécessaire. La charte fut donc reçue
» avec reconnaissance, comme moyen de sécuri-
» té elle parut être le gage des sentiments affec-
tueux qui en déterminant leurs obligations
«réciproques allait pour toujours unir la France
»et les Bourbons. Et on aurait voulu porter la
» hache sacrilège sur l'arche de salut! .qu'eussent
.signifié ces distinctions insidieuses d'articles
» réglementaires et d'articles fondamentaux ? La
» corrélation de toutes les parties de ce corps est
» visible aucune ne saurait être atteinte, moins
» encore retranchée sans que le tout souffre et
» finisse par périr. Loin de nous la coupable pen-
» sée que ce pacte n'ait été qu'un leurre U.. Juré
«librement, solennellement, nos princes n'ont
» pu vouloir nous laisser arracher un bien qui fut
«leur ouvrage donner et reprendre serait une
«action si nouvelle dans cette royale lignée, di-
sons même si maladroite qu'à Dieu plaise
j avoir autrement à la qualifier! Oui, ils sont inca-
»pables de nous opprimer, nous eut-on encore
» plus noircis à leurs yeux. N'est-ce pas plutôt en
«torturant ce chef-d'œuvre de raison humaine,
» en vue d'y découvrir des dangers qui ne sont
» qu'imaginaires qu'on aurait pu parvenir à le
»dénaturer; courant ainsi la chance de nous
« livrer de nouveau à toutes les horreurs des révo-
» lutions politiques ? Qu'eût-on espéré de ces ma-
» nœuvres intempestives ? De voir rétrograder la
» société ? erreur de ramener les abus en gref-
nfant les préjugés sur un trône dont les racines
» sont desséchées ? folie les sucs nourriciers se
»porteraient de préférence vers les plantes en fa-
»veur desquelles le sol semble avoir été créé.
» En un mot, pour réacclimater les vieilles tra-
» ditions il faudrait exterminer d'un seul coup
» la génération qui finit, etles trois quarts de celle
» qui commence; sinon, de telles tentatives pour-
raient bien embarrasser un moment la marche
«du siècle mais elles ne parviendraient jamais
» à lui donner une direction contraire à ses inté-
» rets les plus chers. Si cette marche ne doit point
»être du désordre qu'on ne perde pas de vue
• que les obstacles, ou nécessitent un peu de pré-
« dpitation on oecasionent des déviations fré-
j quentes et dangereuses, qu'on n'a plus le droit
»de reprocher quand on y a soi-même donné
lieu.
» Il est possible que l'intention de revenir au
«pouvoir absolu n'ait point été le rêve favori des
«démolisseurs. Peut-être crurent-ils franche-
»ment que le salut du trône constitutionnel exi-
» geait de réduire l'influence de la démocratie à
odes proportions moindres, en la faisant descen-
» dre au terme où ils pensent qu'elle ne serait plus
» un sujet d'effroi pour le monarque? S'il en est
p ainsi leur crainte est mal fondée; la charte
» telle qu'elle fut octroyée ne renferme aucun
» élément destructif de l'autorité tutélaire elle
» ne peut faciliter la malveillance, ni faire surgir
nia discorde. Les peuples restent soumis quand
la royauté se conforme aux lois et que celles-ci
o ne veulent rien d'illégitime.
» Ne cherchons pas bien loin la preuve de ce
«que peut la désaffection des sujets.
» Parvenu à l'apogée de la puissance par un
• coup d'audace inexplicable, Napoléon s'y main-
» tient un instant par des victoires; mais l'illusion
» ne tarde pas à s'affaiblir et pour que le prestige
» cesse il n'est besoin que de se rappeler les cau-
sses particulières de son avènement à la magis-
trature suprême j ses violations manifestes, son
• mépris pour les hommes et le peu de cas qu'il
» fait de l'opinion des citoyens il ne faut que
» chercher sa pensée dans le système de gouver-
a nement qu'il a introduit et veut consolider. Il
• ne voit pas ou feint d'ignorer que la nation la
n plus délicate sur le point d'honneur ne consen-
tira jamais à se courber éternellement sous un
» sceptre de fer à devenir la complaisante de
» personne moins encore d'un soldat sorti tout
«récemment des rangs à fournir aux prodigali-
tés d'une famille dans laquelle on sait plus de
» vices que de vertus à fonder des trônes par la
»spoliation en y faisant asseoir l'immoralité
sou l'ineptie. Non moins vain qu'imprévoyant,
» l'homme de la fortune n'imagine pas que les
» contribuables puissent ne plus vouloir s'impo-
» ser les plus dures privations, à l'effet d'alimen-
a ter des guerres dont les profits doivent enrichir
«ses créatures; ni que la jeunesse française en
» courant se couvrir de gloire aux champs de Ma-
» rengo, d'Austerlitz et de Lutzen sache qu'elle
» ne fait que river les fers de la patrie. Le jour de le
«détromper arrive pourtant. On veut bien inter-
» dire aux barbares le sol sacré qu'ils brûlent de
» profaner, mais celui qui gouverne dans son
i> seul intérêt n'inspire plus assez d'amour. Si on
» l'admire encore à Champ-Aubert, à Troyes, à
»Montereau, on ne saurait se défendre d'un sen-
» timent d'indignation lorsque tournant des re-
» gards incertains vers le point de l'horizon où
«s'élève l'antique château de Vincennes, on se
» rappelle le fatal donjon au pied duquel!!
«Souvenir déchirant! vous neutralisez le courage;
»et si l'honneur a crié Repousse les hordes du
• Nord la raison dit Tu ne sers qu'un oppres-
» seur laisse choir le despote et le despote
» tombe en effet non encore désabusé de ses
» extravagantes idées de domination universelle.
> Confiné près des lieux qui l'ont vu naître
» sur l'île où abonde un métal analogue à son
• âme, on croirait que le conquérant déchu va cou-
»ler désormais paisiblement'une vie jusque là si
«agitée, si funeste à la liberté. Hélas! l'ambitieux
• ne peut se résoudre à descendre après avoir
» monté! La restauration de la France l'inquiète
» il observe ses progrès interroge les voyageurs
» qui abordent chez lui la charte est-elle loya-
lement exécutée? leur demande-t-il l'armée
a est-elle considérée ? les acquéreurs des biens
» nationaux n'ont-ils pas quelque raison de crain-
»dre? ceux qui ont voulu servirtla chose publi-
» que, sans esprit de parti, ne sont-ils point au-
jourd'hui des objets de méfiauce ou le but des
» lazzis de la bonne compagnie ? Malheureuse-
n ment on lui parle de la ligne droite et de la ligne
» courbe. On lui dit que les commandements pas-
»sent en mains d'hommes peu ou point' connus
» dans les fastes militaires de notre époque qu'à
» force ouverte ou par menaces ou a déjà ré-
» duit maints acquéreurs à résigner que la loi
» fondamentale est un sujet de dérision pour les
«uns d'attaques indirectes pour d'autres d'ido-
Dlâtrie pour le plus grand nombre et d'incerti-
tude pour tous. Alors il s'élance sur le rivage
» opposé en vain le guerrier savant et modeste
» à qui la reconnaissance fait un devoir de l'accom-
"pagner lui a-t-il représenté l'odieux de cette
«démarche l'aigle humilié n'a rien écouté il a
» franchi un long territoire subjuguant ceux-ci
»trompant ceux-là réveillant les ambitions as-
»soupies, grossissant les fautes du gouvernement
• légitime lui en prêtant même de mensongères,
nsans s'embarrasser des torts plus réels qu'on
» serait si bien en droit de lui reprocher amère-
» ment à lui-même. D'où vient donc la facilité
» qu'il trouve? comment expliquer cette espèce
» de marche triomphale par laquelle l'ex-empe-
» reur revient s'asseoir sur le trône de saint Louis
ta travers une population qui, dix mois aupara-
• vant, volait à la rencontre des Bourbons? Se-
» rait-ce un effet de l'extrême légèreté qu'on prête
» à notre nation ? ou bien en partant, Bonaparte
«n'aurait-il laissé que des traîtres ?. Ah il faut
«avoir le courage de le dire puisse-t-on avoir la
» force de l'entendre! C'est du zèle inconsidéré de
«quelques fidèles mais trop aveugles serviteurs
«du roi que vint tout le mal. La rancune qu'ils
«avaient manifestée en rentrant, les vœux qu'ils
«ne dissimulaient point assez leur soif d'hon-
«neurs, de grades plusieurs dispositions équi-
nvoques de la part du ministère étaient bien
«propres à alarmer ceux mêmes qui n'ayant
» nulle faute à faire oublier, ne se croyaient pas
» moins exposés à souffrir. Ainsi au petit nom-
n bre de véritables partisans du souverain de l'île
«d'Elbe se joignirent bientôt tous les individus
»qui, sans l'avoir appelé, avaient pourtant la
"bonhomie de le prendre comme un pis-aller,
» le supposant revenu amendé et dans la ferme
» résolution d'affermir les libertés publiques. Er-
D reur funeste que de sang de larmes de tré-
«sors n'a-tu pas coûté à la France! et combien
» en eusses-tu davantage nécessité sans la ten-
» dresse inépuisable des petit-fils du Béarnais!
«L'Europe allait de nouveau tirer le glaive
quand les Français étaient évidemment divisés
Et nonobstant pense-t-on que la lutte n'eût
«pas été autrement opiniâtre si l'armée ne se
» fût presque aussitôt aperçue de la mauvaise
.foi de son chef, dont les promesses la feinte
» modération lui parurent autant de moyens
» pour arriver à des succès militaires après les-
» quels, toute dissimulation étant superflue, on
• reviendrait à gémir sur la perte des droits que les
» Français apprécient plus que les richesses et la
» vie. Certains de son incorrigibilité ( t ), nos bra-
»ves s'isolèrent donc en quelque manière pour la
» seconde fois; et les déclarations bienveillantes
«envoyées de Gand achevèrent le mouvement
s rétrograde qui devait ramener les descen-
» dants de Henri IV au milieu du peuple le plus
s aimant, comme le plus respectueux de la terre
«quand il juge qu'on l'affectionne réellement,
» et qu'on ne cherche point à le soumettre à une
«juridiction étrangère, ni à lui enlever pièce à
«pièce des droits Revenus nécessaires à sa féli-
» cité.
«Si, depuis ce dernier retour de la noble race,
» des mutineries presque enfantines ont provoqué
(1) L'acte additionnel pouvait-il laisser aucun doute
sur la tendance de son auteur vers l'arbitraire? il eût
fallu être ou bien aveugle, ou singulièrement ébloui,
pour ne point apercevoir dans ce monument de décep-
tion une large voie conduisant à la pire de toutes les
tyrannies, celle d'un soldat enivré d'orgueil et avide de
pouvoir 1
«des mesures de rigueur; si dcs conspirations
» délirantes ou ridicules ont forcé les amis de
«la monarchie à frapper au nom de Thémis si
• le fanatisme politique arma une main sacrilége,
» ce furent là des faits hautement désavoués par
«la France entière, qui les apprit avec horreur,
ales vit punir avec justice. Serait-il donc indis-
» pensable de mettre la nation hors la charte P
» de vouloir artificieusement fausser le système
«représentatif, le seul qui doive et puisse assurer
t la paix intérieure ? Non; tous les crimes, tous les
«délits ont été prévus dans nos codes il ne
«faut conséquemment que savoir atteindre le
D coupable sans blesser l'innocent et le temps,
»qui mûrit toute chose, introduira insensible-
»ment dans le nouveau pacte les modifications
«dont il pourrait avoir besoin pour la sécurité
» des grands et le bonheur de tous. Uun habile
«médecin, qui tenterait de détruire d'un seul
» coup plusieurs causes morbifiques, ne courrait-
ail pas la dangereuse chance de tuer son ma-
»lade? Eh bien, il en est de même à l'égard du
• corps social: les violences ne peuvent que lui
«être mortelles. »
Ce langage de la franche naïveté gauloise m'a-
vait intéressé. C'était peut-être la première fois
que, dans ce séjour de la flatterie et de la dissi-
mulation, confondant l'amour du prince avec
celui des droits du sujet, de simples particuliers
osaient s'exprimer sans contrainte. Afin de ne
rien perdre de leur conversation, je les avais
suivis de très près depuis la salle du trône jus-
qu'au bout du grand escalier du château. La
foule m'ayant alors séparé d'eux, je me trouvai
en un clin d'oeil entraîné du côté du jardin, où
des personnes de tout âge, de toutes conditions,
formaient divers groupes s'entretenant de la perte
que la France venait de faire, en même temps
qu'elles découvraient mille motifs de consolation
dans les qualités personnelles de Charles X. A
l'agitation de quelques êtres passionnés il était
néanmoins facile d'apercevoir les symptômes
d'un peu d'effervescence, de présumer bien de
coupables vœux Ce que je venais d'entendre
n'étant guère qu'une opinion isolée, et l'expres-
sion de sentiments que j'approuvais, il me res-
tait, pour mieux apprécier les partis, à connaî-
tre à fond leurs griefs, leurs espérances, surpris
que je serais, sans doute, de les voir encore
se repaître d'illusions. Tout en faisant ces ré-
flexions, j'étais entré dans le bois contigu à l'al-
lée des tilleuls voisine de la terrasse des Feuil-
lans, marchant à deux pas d'un monsieur de
belle apparence à qui un autre, assis et pareil-
a
lement décoré de plusieurs ordres de chevalerie
adresse inopinément la parole-Eh! bonjour,
très cher comte, dit-il; vous venez du château?
qu'y dit-on? s'y dispose-t-on à ensevelir aussi la
charte ? D'honneur, je suis dans la jubilation
LE COMTE.
Bah! chevalier, vous vous réjouiriez du coup
qui nous frappe
LE CHEVALIER.
Pas précisément. Convenez pourtant, bon ami,
qu'il serait temps de voir réaliser certaines espé-
rances ? Voyez-vous, il faut en finir: trop de
longanimité ne mène qu'aux mécomptes.
LE COMTE.
Je ne sache pas de quelles espérances vous
parlez à moins qu'il ne s'agisse de la consolida-
tion de l'ordre, ce qui, à mon avis, n'est plus un
problème.
– Permis à vous monsieur, de croire la chose
tout arrangée, s'écrie alors un petit vieillard à
face blême, placé non loin des interlocuteurs.
Vous supposez que les Français se complaisent
dans la bassesse? détrompez-vous, ils ne veu-
lent et ne peuvent vouloir ni lisière, ni chaînes. –
Et que leur faut-il? reprend le comte un peu
déconcerté. -La liberté -l'égalité sans con-
dition, réplique l'autre.-A ces mots, le che-
valier tout ému se penche à l'oreille du comte
pour lui dire: C'est du g3 quelle horreur Fai-
sons arrêter ce jacobin. -Non, ajoute le comte
en souriant mieux vaut le ramener à la raison
et, soit dit sans vous fâcher, chevalier, vous
n'en auriez pas moins besoin que lui. Alors, s'a-
dressant à l'interrupteur il lui riposte avec
calme Nous différons essentiellement, mon-
sieur. Des publicistes que vous n'oserez peut-
être pas récuser vous opposent aussi leur auto-
rité. J.-J. Rousseau ne prétend-il pas que « la
forme démocratique ne convient qu'aux états
petits et pauvres? que ceux opulents veulent la
monarchie (1)?» que «les maximtm de force et
de faiblesse se trouvent également dans les gou-
vernements simples, au lieu que les formes mix-
tes donnent une force moyenne (2) ? » N'assure-
t-il pas, en parlant du gouvernement populaire,
qu'une telle administration ne convient pas à des
hommes (5) ? 0
Si l'opinion de l'auteur du Contrat social ne
(1) Contrat social, chap. vin.
(2) Ibid., chap. vu.
(5) Uid., chap. vm.
a.
vous suffit pas, j'en viendrai à invoquer Mon-
tesquieu et dire avec lui « La puissance exé-
cutrice doit être entre les mains d'un monarque
parceque cette partie du gouvernement, qui a
presque toujours besoin d'une action momenta-
née, est mieux administrée par un que par plu.
sieurs, au lieu que ce qui dépend de la puissance
législative est souvent mieux ordonné par plu-
sieurs que par un seul (t). »
On n'aura certes point à reprocher au fameux
Mirabeau d'avoir reculé devant la révolution
et pourtant la postérité dira qu'à l'assemblée
nationale il défendit le principe monarchique^),
comme nécessaire à la durée des grands états
et, chose étonnante sans que Robespierre,
d'horrible mémoire osât ouvertement le com-
battre.
Appellerai-je l'histoire ancienne à mon aide ? P
Vous verrez que avant l'invasion de Cambyse,
l'Egypte n'a dû qu'au gouvernement royal la
haute réputation de sagesse et de lumière dont
nous faisons encore un si grand cas. Que des
trois factions qui divisèrent l'Attique, celle des
côtes, appliquée à la marine et au commerce, de-
vint très florissante parcequ'elle s'était déter-
(1) Esprit des iois, liv. Il chap. vr.
(2) Séance du 1" septembre 1789, question du veto.
minée pour les formes mixtes, qui assuraient
ses possessions sans nuire aux libertés publi-
ques. D'où il est facile de couclure, que les uto-
pies folles fallaces ou cruelles des Lycurgues
modernes ne sauraient nous flatter notre amour
des plaisirs et quelque peu de mobilité de ca-
ractère s'opposeront éternellement à ce que la
démocratie pure prenne racine en France n'a-
vons-nous pas assez chèrement payé l'essai que
nous en fîmes? Ah! qu'il serait coupable celui
qui, voulant d'une liberté indéfinie, prétendrait
voir la vertu dans les crimes qu'elle enfante
hors du possible, y a-t-il autre que le chaos ? P
LE DÉMOCRATE.
Un peu de sang cimenta toujours la liberté.
Croyez-moi il faudrait bien autrement en ré-
pandre, si on en était à la reconquérir de nou-
veau.
LE COMTE.
Dès lors, sachons la conserver. Évitons !es maux
que vous me faites pressentir. Se procurer la
liberté par des forfaits n'offrira jamais le plaisir
qu'on éprouve à l'obtenir sans lutte ni remords.
LE DEMOCRATE.
Comment parvenir à un tel résultat ? v
LE COMTE.
En s'abandonnant avec confiance à la mo-
narchie tempérée.
LE DÉMOCRATE.
Appelleriez-vous ainsi le gouvernement qui
pour la modeste place de garde champêtre
exige des garanties ?
LE COMTE.
Aimeriez-vous mieux qu'il se livrât aux dissi-
dents ?
LE DÉMOCRATE.
Est-il mieux de les repousser toujours?
LE COMTE.
Qui vous dit, monsieur, que le temps n'est
pas venu où le monarque ouvrira les bras à qui
voudra s'y précipiter? Peut-être a-t-il été jus-
qu'ici prudent de distinguer les amis des enne-
mis. La question' va être de savoir si les uns
ont renoncé à leur coupable haine; les autres,
à des idées de fortune et d'élévation person-
nelle et les dernierSj^entraver le retour de
l'ordre par des préJt^^M^wue e les circonstances
n'autorisent y>l\xs.(Si ^wj^)>\
-'r
"f" .7
LE CHEVALIER.
Eh! bon Dieu, les circonstances sont ce qu'on
veut qu'elles soient! Après le congrès d'Aix-la-
Chapelle, il ne fallait que décomposer la ciguë
nous ne l'eussions pas laissée couler dans les
veines du corps politique, sous prétexte de le
guérir.
LE COMTE.
Maladroit serviteur de la cause royale Ainsi
pour flatter votre vanité vous faire oublier vos
peines passées, honorer votre fidélité, et répon-
dre à votre ambition, Louis XVIII devait com-
promettre la monarchie, et avec elle le repos
de l'Europe! Je suis fiché, mon ami, de voir
un homme, d'ailleurs instruit et raisonnable sous
mille autres rapports, l'être si peu en politique.
LE CHEVALIER.
C'est que l'ingratitude révolte.
LE COMTE.
A la restauration, le roi n'avait-il pas bien
reconnu vos services? Pourquoi vous être mon-
tré contraire aux concessions que sa prévoyance
lui dictait? N'était-ce pas mettre l'autorité dans
l'alternative de vous remercier, ou de se mon-
trer faible? N'oublions point, chevalier, que la
tyrannie du petit nombre ne subsiste pas plus
long-temps que celle d'un seul et qu'elle s'af-
faiblit par l'excès de son pouvoir (1).
iE CHEVALIER.
Vous verrez que ce diable de comte m'aura
bientôt rendu libéral!
LE DÉMOCRATE.
Je conviens que Monsieur présente les choses
de manière à modifier les vieilles idées. Il est
certain que si tout s'arrangeait comme il.l'insi-
nue ce serait peut-être un moyen terme conci-
liatoire.
LE CHEVALIER.
Reste toujours le retour de nos biens vendus.
LE COMTE.
En nature, impossible. Je ne dis pas qu'on
n'en vienne un jour à des indemnités encore
faut-il croire qu'elles seraient minimes.
LE CHEVALIER.
Pourquoi pas équivalentes à la perte?
(1) Arist., deRep., 1. V, o. [xn, pag. zju.
LE COMTE.
Parcequ'il est indispensable que chacun fasse
des sacrifices.
LE DÉMOCRATE.
Et où prendre ces fonds?
LE COMTE.
Je ne vois guère que les économies des bud-
gets, ou bien les bénéfices futurs de la caisse
d'amortissement.
LE DÉMOCRATE.
Que l'on touche à cela, passe mais qu'on
n'aille pas me troubler dans la possession du
superbe domaine que j'acquis de bonne foi et
pour un assez bon prix: voyez toutes les puis-
sances infernales mêmes ne sauraient m'empê-
cher d'agir alors contre les auteurs d'une telle
mesure.
LE COMTE.
Ne craignez rien avec de la patience, les
émigrés auront recouvré en partie leurs fortu-
nes vous n'aurez, point été dépouillé, et nous
pourrons tous nous féliciter de jouir de la liberté
civile et politique qu'il a paru sans doute dan-
gereux de ne pas un peu restreindre.
LE DÉMOCRATE.
Que tout n'arrive-t-il comme vous le dites 1
IE CHEVALIEB.
Oui, messieurs, je sens qu'à ces conditions
un rapprochement ne serait pas impossible.
Et ce disant nos trois politiques s'acheminaient
vers la grille Rivoli, causant affectueusement,
jusqu'à l'instant où je les perdis de vue. Ah
dis-je à part moi je ne vois pas que la refonte
de toutes les opinions en une seule soit aussi
difficile qu'on se l'imagine tant la modération
est le meilleur moyen d'amortir les passions en-
nemies, et de terminer une lutte qui n'a déjà
que trop coûté au bonfceur!
Pendant ce monologue mental, je dirigeais
mes pas vers l'un des bancs voisins de la grande
allée, lorsque trois individus, qu'il était aisé de
reconnaître pour des anciens militaires, s'ar-
rêtent tout-a-coup, et, malgré la présence de
plusieurs personnes qui les avaient suivis en-
tament le colloque suivant.
L'OFFICIER BONAPARTISTE.
iVoyons, monsieur; vous avez prétendu que je
vous avais manqué; je suis incapable de ne pas
vous offrir la seule satisfaction qui convienne à
des militaires d'honneur. Quels sont le jour
l'heure, le lieu et les armes que vous choisissez a
L'OFFICIER vendéen.
Je pourrais avec raison dédaigner de me
mesurer avec autre qu'un gentilhomme mais,
tel est le siècle il faut descendre à tirer l'épée
du fourreau pour corriger un faquin qu'on ne
veut déférer à la police 1
LE BONAPARTISTE.
Ce serait là, ma foi, une vengeance bien
digne d'un ultra! ·
L'OFFICIER CONSTITUTIONNEL.
Laissons, je vous prie les épithètes injurieu-
ses, messieurs; quelles que puissent être vos
opinions, j'aime à croire qu'il y a moyen de s'en-
tendre, pourvu que vous apportiez de la bonne
volonté et quelque esprit de justice dans cette
explication.
LE VENDÉEN.
Quelle que soit l'indifférence de la cour pour
les victimes de la fidélité, on ne me fera jamais
convenir que le gouvernement de l'usurpateur
fût préférable à celui de nos anciens rois..
LE BONAPARTISTE.
Quel bien font-ils, vos Bourbons? Venus à la
suite des armées ennemies, ils ont été reçus
aux acclamations d'un peuple bizarre, incapa-
ble d'apprécier l'homme qui régnait pour faire
notre gloire
LE VENDÉEN.
Dites plutôt notre malheur.
LE BONAPARTISTE.
Par lui, tous les ennemis de la France furent
vaincus!
LE VENDÉEN.
Et pillés.
LE BONAPARTISTE.
Témoins de l'humiliation de vingt rois. nos
phalanges parcouraient en triomphe leurs capi-
tales.
LE VENDÉEN.
Elles iraient denouveau, si l'intérêt du royaume
l'exigeait, et qu'un petit-fils d'Henri IV fût à leur
tête.
LE BONAPARTISTE.
L'Europe à ses pieds demanda merci.
LE VENDÉEN.
Fatiguée de sa turbulence, elle se ligua aussi
pour l'écraser.
LE BONAPARTISTE.
L'eût-elle pu si la lâcheté, l'infâme trahison,
n'avaient fait avorter les combinaisons du génie?
tE VENDÉEN.
Le véritable génie saittoutprévoir et quand il
prodiguait la chair à canon pour fonder des trônes,
il aurait dû se dire qu'à moins d'avoir affaire à
un peuple stupide, l'armée renfermerait néces-
sairement des hommes appréciant sa conduite
désavouant ses perfidies et disposés à lui retirer
le secours de leurs bras.
LE BONAPARTISTE.
Ventrebleu! seriez-vous un de ces traîtres?
LE VENDÉEN.
Non, je l'ai combattu dans l'Ouest sans l'avoir
jamais servi. n
LE BONAPARTISTE.
Ah vous fûtes chouan.
LE CONSTITUTIONNEL.
Eh bien! moi, monsieur, après avoir fait la
plupart des campagnes de la révolution en ga-
lant homme, je marchai sous les bannières de
l'homme magique, ayant part à ses succès,
méprisant ses largesses, et ne voyant que mon
pays. Mais une fuis convaincu que cet enfant
de la république jadis démocrate effréné, puis
souverain, fondait le despotisme militaire sur
les débris des libertés publiques, je jetais des re-
gards de compassion sur notre belle France, ef-
frayé de l'avenir qu'on lui préparait. Tout-à-coup
des revers nous affligent alors mon sang coule
pour la défense du solbien-aimé et nonobstant
je salue l'apparition de la race qui, pour quel-
ques rois fainéants et sans gloire, nous en avait
fourni un si grand nombre d'énergiques et de
vraiment paternels. Or, pensez-vous qu'exempt
de lâcheté on puisse me faire un crime de mon
adhésion à une cause qui allait rétablir mes con-
citoyens dans tous leurs droits ? a
LE BONAPARTISTE.
A le bien prendre, on ne saurait appeler cela
une trahison. Quelles si grandes fautes eûtes-
vous donc à reprocher à Napoléon ? a
LE CONSTITUTIONNEL.
Aucune comme particulier; et mille comme
Français.
LE VENDÉEN.
Soit; mais toujours est-il que vous n'avez pas
suivi la ligne droite.
LE CONSTITUTIONNEL.
Qu'est-ce à dire, la ligne droite? Je ne me
suis [point écarté de celle de l'honneur qui
veut que le Français aimant sa patrie la défende
envers et contre tous
LE BONAPARTISTE.
Et vous fûtes sans doute conservé en activité?
LE CONSTITUTIONNEL.
Non, j'éprouvai le sort de beaucoup de mes
dignes camarades actuellement à la retraite.
LE BONAPARTISTE.
Ainsi votre dévouement n'a servi de rien P
qu'attendre de pareilles gens
LE CONSTITUTIONNEL.
Je suis loin de confondre le prince avec ceux
qu'il charge de faire des choix l'un veut le
bien les autres assez souvent se trompent ou
sont trompés.
LE VENDÉEN.
11 est assez singulier que trois officiers de
nuances différentes se trouvent évincés du ser-
vice
LE CONSTITUTIONNEL
Je ne vois là rien d'étrange l'état de paix de-
vait éloigner l'un, des considérations d'ordre
faire repousser l'autre, tandis que trop d'exi-
gence nécessita apparemment la disgrâce du troi-
sième.
LE VENDÉEN.
Fort bien monsieur; vous avez réponse à
tout. J'espère pourtant que Charles X, rappe-
lant les vrais royalistes, fera cesser les persécu-
tions, fruit de l'ordonnance du 5 septembre.
LE CONSTITUTIONNEL.
Oui, je le pense aussi. Mûrie par le malheur,
sa majesté ne voudra perpétuer aucune injus-
tice, quelle qu'en puisse être la source ne sait-
elle pas que les monarques vivant sous les lois
fondamentales de leur état sont plus heureux
que les princes despotiques qui n'ont rien qui
règle le cœur de leur peuple ni le leur (1) ? Ah!
que le nôtre n'oublie jamais que les gouverne-
ments ne sont paisibles qu'en proportion de ce
qu'ils sont justes
LE BONAPARTISTE.
Voilà assurément de très belles maximes;
mais ne vous flattez pas de les inculquer à des
êtres auxquels les préjugés de l'éducation une
longue habitude du pouvoir, et plus encore le
souvenir de quelques contrariétés, ont laissé de
(i) Montesquieu, Esprit des iois<
33
O
profondes traces d'orgueil et de ressentiment.
Que ces conseils fructifiassent dans le jeune
Napoléon la chose est probable aussi avec
quelle joie la plupart des vieux compagnons
de son illustre père ne lui verraient-ils pas re-
vendiquer des droits qu'ils appuieraient de leurs
épées dont ils voudraient le faire jouir au péril
de leur vie
LE VENDÉEN.
Idées extravagantes, monsieur; si votre pré-
tendu roi de Rome osait jamais se présenter
n'en doutez pas il éprouverait le sort du
captif de Sainte-Hélène ou celui de Murat et
d'lturbide.
LE CONSTITUTIONNEL.
0 fanatisme politique, comme tu obscurcis la
raison Des hommes disant aimer leur patrie
vouloir l'inonder de sang! Et qu'attendriez-
vous de cet enfant? Une certaine dose de liberté?
vous l'avez. De l'emploi soyez en certain
Charles X vous en donnera dès que les circon-
stances le permettront, et qu'il pourra compter
sur votre loyauté. Supposeriez-vous trouver dans
l'objet de votre prédilection les qualités guerriè-
res ? Voyei la dernière campagne déceler au
monde entier les éminentes vertus d'un fils de
France; qui à la valeur d'un vieux soldat, unit
le coup -d'oeil d'un grand capitaine et toute
l'humanité du véritable philanthrope. Et voualui
opposeriez l'adolescence sans titre, sans garan-
tie, sans antiquité? Ah! dût cet enfant être en,
core plus belliqueux, que je n'en dirais pas
moins qu'aux succès de la bravoure on pré-
fère ceux que ménage la prudence
LE BONAPARTISTE.
Camarade ? votre langage est celui de la con-
viction il me persuade, et je me rends. Que
tous les ennemis de l'ordre actuel ne rencon-
trent-ils des sermonneurs de votre espèce la
France n'offrirait bientôt plus qu'un peuple de
frères dévoués au prince et pleins de confiance
en sa droiture; car pour aimer, le peuple ne
demande guère au gouvernement que de n'être
pas traité en ennemi. Quant à vous, monsieur,
exigez-vous toujours satisfaction?
LE VENDÉEN.
Non. Je ne suis pas moins émerveillé que
vous des sentiments désintéressés dont mon-
sieur vient de faire preuve et nous aurions trop
3.
à rougir de ne pas nous montrer aussi modérés,
aussi justes que lui. Agréez donc tous les deux,
je vous prie, un modeste dîner; nous choque-
rons en l'honneur de nos princes.
Eh! me dis-je, tandis qu'ils s'éloignaient
que toutes les conversions ne sont-elles aussi
faciles; la joie et le bonheur auraient bientôt
effacé tous les souvenirs pénibles!
Délicieusement préoccupé de la scène dont je
venais d'être témoin, j'allai enfin m'asseoir
comme quelqu'un qui se croit seul; mais je ne
tardai pas à être tiré de cette rêverie par la con-
versation assez animée qui avait lieu près du
banc où je me plaçai. – Parbleu capitaine
disait l'un des discoureurs, vous m'impatientez;
hé bien, oui, j'accours à Paris dans l'intention n
de vous faire retirer la perception du village dont
je suis le maire, après en avoir été le seigneur
et je crois rendre un véritable service à notre
bien-aimé monarque, le vivant, car pour le dé-
funt, Dieu veuille avoir son âme, on ne sait
trop ce qu'il voulait tandis qu'on assure au
contraire que Monsieur son frère n'a jamais
trop goûté ce galimatias de charte, de système
représentatif, de liberté et mille autres expres-
sions non moins ridicules. Vous doutant du
motif de mon voyage, vous vous mettez à mes
trousses, afin de prendre des mesures. Soit
nous serons à deux.
LE CAPITAINE.
Me serais-je jamais attendu à cela monsieur
le marquis! Ayant eu autrefois le bonheur de
vous être utile, à votre retour en France, non
seulement vous m'accueillîtes avec bonté, mais
vous poussâtes même la bienveillance jusqu'à
vouloir solliciter pour moi la modeste place de
receveur de votre commune que mon renvoi
du service militaire venait de rendre nécessaire
à ma famille; et aujourd'hui vous cherchez à
m'en priver? Quelle raison pouvez-vous donc
avoir de prendre une résolution devant m'être
aussi funeste ?
LE MARQUIS.
Ah! vousvoulez des raisons? en voici, monsieur.
Vos opinions de 93 vous ayant permis de facili-
ter ma fuite, la gratitude fit qu'à mon retour je
vous reçus sans avoir égard aux doctrines que
vous aviez professées; je m'aperçus même avec
plaisir qu'abandonnant les idées anarchiques
vous vous rangiez du côté de l'ordre ce qui fit
que l'usurpateur tombant, je ne vous tins nul-
lement compte de l'extrême attachement que
vous lui conserviez, espérant bien que le temps
et la raison vous ramèneraient aux Bourbons
comme l'intérêt vous avait fait passer du jacobi-
nisme à la servilité aussi ne balançai-je point
à vous procurer l'emploi que vous avez. Mais à
peine annonce-t-on la mort de Louis XVIII
que vous vous exprimez sur le compte du prince
qui lui succède de manière à prouver que vous
vous rallieriez volontiers au premier traître dis-
posé à attaquer la légitimité Non, non il m'est
impossible de tolérer un homme reconnais-
sant si mal ma protection, et les bontés du
roi. Ainsi je ne vous dois plus qu'une des-
titution.
LE CAPITAINE.
Avez-vous la preuve de ce que vous avancez ? P
LE MARQUIS.
Certainement, et d'irréfragables encore. D'ail-
leurs, voilà maître Cliarlot qui passe; c'est un
bon homme, mais franc; interrogeons-le, et
vous verrez qu'il n'est question que de vous dans
le pays. Hola! hé! pst, pst.
CHARIOT.
Ah c'est vous, monsieur le maire je ne
croyais pas tous suivre à Paris mais les af-
fairée. Serviteur, capitaine.
LE MARQUIS.
Toujours des familiarités! Ne te serviras 'tu
donc jamais d'expressions convenables, Cha&-
lot ? A la bonne heure, je suis le maire de l'en-
droit; mais n'oublie point que je fus et serai
bientôt encore ton seigneur.
CHARIOT.
C'est possible, monsieur; alors je changerai
d'allure; eu attendant, souffrez que je vous qua-
lifie suivant l'emploi que je vous connais.
LE MARQUIS.
Ces gens-là sont incorrigibles Chariot, ne te
serait-il pas venu que le percepteur ait tenu ces
jours derniers des propos séditieux dans la com-
mune ?
«iarlot.
Ma foi non; à moins que vous entendiez par
là ce qu'il disait du nouveau roi.
LE MARQUIS.
Là, monsieur, étais-je mal informé?
CHARIOT.
Et dam est-ce qu'il n'est pas permis de dire
son sentiment?
LE CAPITAINE.
Il paraît que non. Cela étant, je ne dissimule-
rai pas davantage, monsieur oui, le règne de
Napoléon me paraîtrait préférable à celui de
Charles X, qui se vengera, sans doute, des cour-
ses auxquelles on l'avait obligé.1
C&AÎUOT.
Lui? pas du tout; on le dit le meilleur enfant
du monde.
LE CAPITAINE.
Grimaces, mon cher. D'ailleurs, cela fût-il,
que l'orgueil et les courtisans ne se chargeraient
que trop de détruire les effets, de ce bon naturel.
CHARIOT.
Fi! capitaine, ne parlons pas de vanité; je me
souviens encore que du temps de l'empereur,
lorsque vous veniez donnez la chasse à nos pau-
vres conscrits, vous n'entendiez pas être appelé
capitaine, mais bien monsieur le chevalier.
LE CAPITAINE.
Il est vrai que j'avais obtenu ce titre et deux
mille francs de dotation, et qu'alors.
CHARLOT.
Oh que voilà bien les hommes! aujourd'hui
pour l'égalité, demain pour les priviléges, s'ils
y trouvent leur lippée.
LE marquis.
Au moins, Charlot, me rendras-tu la justice
de dire que je ne fus jamais coupable de pareil-
les aberrations (
CHARLOT.
En effet, monsieur le maire, vous fûtes tou-
jours un franc aristocrate. Et je dois convenir
que le carcan scellé à la grille du château les
coups d'encensoir à l'église, et les corvées pour
retourner vos terres, vous chatouillaient bien
plus l'âme que les élections, l'écharpe au tour
des reins, et le crieur public marchant de nos
jours devant vous dans les cérémonies.
LE MARQUIS.
Peste! il ne voit pas mal. Et te doutes-tu que

Un pour Un
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