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Les Deux cloches, ou les Accusateurs en regard, par M. Riom de Gévaudan [Poutignac de Villars]

De
350 pages
chez les principaux libraires et les marchands de nouveautés (Paris). 1820. In-8° , XV-336 p..
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LES DEUX CLOCHES,
ou
LES ACCUSATEURS EN REGARD.
DE L'IMPRIMERIE D'ABEL LANOE
LES-DEUX CLOCHES,
ou
LES ACCUSATEURS EN REGARD.
PAR M. RIOM DE GEVAUDAN.
Vive le Roi ! vive la Charte ! vivent les Amis
consians et fidèles de l'un et l'autre ! ivent
ceux qui ne les séparent nidans leurs pensées ,
ni dans leurs actes ! ( PRÉF. pag. xij )
A PARIS,
Chez les principaux Libraires et les Marchands de Nouveautés.
Juillet 1820.
AVANT-PROPOS.
EN donnant au public un écrit où nous
voudrions n'être que rapporteurs de faits
exacts et certains , et laisser aux lecteurs
le soin de prononcer , il nous en coûte
d'avoir à commencer notre ouvrage par
un récit qui semblera peut-être inculper
les chefs d'un dés partis en opposition.
Nous ne pouvons cependant nous taire
sur un fait important qui caractérise le
régime sous lequel nous vivons, et qui
déjà est interprété, par le public , d'une
façon défavorable : l'avenir nous révélera
ce qu'il en faut penser ; nous nous bor-
nerons à le citer aujourd'hui.
Un écrivain libéral [M. Reymondin de
Bex ] a publié une Histoire de la Première
Quinzaine de Juin 1820. Nous ne sommes
ni les apologistes ni les ennemis de cet
écrivain ; nous nous prononcerons sur
son travail, comme sur les réponses di-
rectes et indirectes qui lui ont été adres-
vj
sées ; mais une question relative a son
ouvrage est déjà traduite au tribunal de
l'opinion publique ; il faut l'éclairer, puis-
qu'il doit prononcer.
L'Histoire de M. Reymondin de Bex a
paru le lundi 19 juin 5 le mardi, l'édition
était épuisée ; le mercredi 21, elle fut sai-
sie chez tous les libraires et à la poste. Il
paraît que les commissaires de police n'en
trouvèrent qu'une douzaine d'exemplai-
res ; conséquemment, l'ouvrage est pu-
blic : il sera jugé par ses juges naturels.
Le même mercredi 21 , le Moniteur,
donnait, de son côté, un récit qui, dif-
fère , à beaucoup d'égards , de celui de
M. Reymondin , quant aux faits; mais
qui en diffère bien autrement, quant aux
causes auxquelles ces faits doivent être
attribués, et surtout quant à la manière
de les envisager, sous le rapport essen-
tiel de l'ordre public et du respect dû à la
Charte.
Il a paru évident que le récit du Moni-
teur était destiné à combattre, dans l'opi-
nion , celui qui avait été saisi le même
vij
jour. Il est fâcheux qu'on n'ait pas pu lais-
ser comparer et juger librement les deux
ouvrages.
Le jeudi de la même semaine ( 22 juin),
on lut avec surprise, dans le Constitution-
nel et autres journaux libéraux , une let-
tre du préfet de police (M. Anglès), com-
mençant par ces mots : «Je vous enjoins
« d'insérer, dans votre journal, le récit
« au Moniteur, etc. , etc. »
Notre objet n'est pas d'examiner si M. le
Préfet de police avait droit d'ordonner à
un journaliste l'insertion d'une pièce que
le Moniteur rapporte dans sa partie non
officielle, et que rien n'annonçait venir
du Gouvernement; nous ne chercherons
pas non plus si un Préfet de police peut
déclarer officiel, un écrit qui n'est signé
d'aucun ministre : l'usage commence à
nous apprivoiser avec les inconstitution-
nalités qui paraissent peu importantes.
Mais on a remarqué avec chagrin, d'a-
bord, que l'on arrêtait un ouvrage pure-
ment historique , et que l'autorité enjoi-
gnait ensuite de faire lire à ceux qui ont
viij
intérêt de connaître la vérité, le rapport
d'un écrivain qui ne paraît pas avoir plus
de droit que l'autre à la confiance de ses
lecteurs.
Ceux des membres du Gouvernement
qui ont à coeur de montrer en toute oc-
casion l'impartialité qui est leur premier
devoir, auront vu, sans doute avec peine,
un procédé qui va si directement contre
leurs intérêts et leurs intentions.
Un second fait que nous voudrions de
tout notre coeur pouvoir attribuer à d'au-
tres causes qu'à l'influence du Gouver-
nement , vient appuyer nos réflexions, et
inculper, au moins , la Commission de
censure.
Le jeudi, 22 juin, on lut encore, dans
le Moniteur, une note de M. Courvoisier,
dont l'objet était évidemment d'attaquer
la véracité des récits faits par M. Reymon-
din de Bex; elle était ainsi conçue :
MONSIEUR ,
Une brochure vient de paraître ; celle-ci a pour titre:
Histoire de la Première Quinzaine de Juin 1820, par
M. Reymondin de Bex ; et pour épigraphe : « les cada-
IX
vres parlent ; réponse de M. Dupont ( de l'Eure) à M.
Courvoisier; séance du 10 juin ».
M. Dupont de l'Eure n'a point fait cette réponse ; il n'a pu
la faire ; car je n'ai point proféré ces mots dénués de sens,
que l'auteur met dans ma bouche , à la page 155 de sa bro-
chure : les faits qu'on a cités ne parlent point.
L'auteur a composé de même quelques phrases triviales
qu'il m'attribue, pages 155 et 152. Ailleurs, il a copié le
Moniteur ; ici, il l'abandonne avec affectation.
Puisque M. Reymondin de Bex s'empare de mon nom, je
dois éveiller le lecteur sur l'infidélité de ses récits.
COUBVOISIER , député au Doubs.
Paris, le 21 juin i8ao.
M. Reymondin voulut répondre par
la lettre ci-après, qui fut repoussée par la
censure :
Paris, le 22 juin 1820.
MONSIEUR ,
« M. Courvoisier n'est pas de ces hommes auxquels il est
« inutile de répondre quand ils ont signé.
" J'honore sa personne et ses talens; je dois repousser son
« injustice.
« Je déclare que M. (Dupont de l'Eure) a prononcé très-
« exactement les mots que je lui fais dire dans mon épi-
« graphe ; je ne les rétracterai que lorsque j'aurai été démenti
« par cet honorable député ; ce que je ne crois pas possible.
« Tout ce que je puis raisonnablement conclure de la ré-
« clamation et de l'assertion de M. Courvoisier, c'est que
« M. Dupont aura crû entendre ce que M. Courroisier pré—
« tend aujourd'hui n'avoir pas dit. Ceci suffirait pour expli-
« quer l'erreur de M. Dupont et la mienne , si erreur il y
« avait.
« Mais ce n'est pas d'erreur que M. Courvoisier m'accuse.
« Il lui fallait quelque chose de plus grave , pour faire sus-
« pecter la véracité de mes récits. Il prétend que j'ai quitté ,
« avec affectation, le Moniteur , à la page 102 de mon ou-
« vrage, pour dénaturer ce qu'il a dit. J'aurai bientôt re-
" poussé ce reproche.
« C'est à la page 150 que j'ai quitté le Moniteur, pour
« prendre , dans le Journal de Paris, le discours que M.
« Benjamin Constant avait reconnu, en désavouant le texte
» du Journal Officiel. Le désir de ne prêter aux orateurs que
» le langage qu'ils ont tenu , est le seul motif qui m'ait fait
« abandonner le Moniteur en cette occasion ; il y avait donc
« de bonnes raisons , là où M. Courvoisier n'a vu que de
» l' affectation. A l'égard de la phrase qu'il annonce aujour-
" d'hui n'avoir pas dite : je l'ai copiée dans la Renommée, et
» j'ai dû la croire vraie, puisqu'elle amenait naturellement
« la réponse qu'a faite M. Dupont, et que j'atteste de nou-
« veau avoir été prononcée très-distinctement ».
J'ai l'honneur, etc.
On ne devine pas pourquoi la censure
s'est opposée à ce que cette lettre fût pu-
bliée. Elle était assez mesurée pour que
M. Courvoisier ne pût pas s'en offenser.
Elle ne contenait rien de séditieux ni qui
approchât de ces inconvenances que la
censure avait, dit-on, pour objet de pré-
venir. On est réduit à penser que la cen-
sure a cru servir le Gouvernement , en
forçant à laisser sans réponse une lettre
qui accusait la véracité de l' Histoire de
M. Reymondin de Bex.
Or , saisir un livre, inculper l'auteur,
l'empêcher de répondre, et enjoindre ce-
pendant aux écrivains libéraux de ré-
pandre des récits qu'ils n avouent pas,
puisqu'ils les font précéder de la lettre
d'injonction , sont des faits qui , s'ils
n'accusent pas précisément les autorités
qui les ordonnent', recommandent du
moins la plus grande attention pour les
documens historiques qui arrivent au pu-
blic , accompagnés d'une si étrange pro-
tection.
Quoi qu'il en soit, nous allons exami-
ner , avec l'impartialité que nous récla-
merions pour nous-mêmes, les récits des
divers partis. A cette impartialité, nous
tâcherons de joindre l'esprit de critique
qui guide toujours la bonne foi vers la vé-
rité. Nous n'avons eu aucune part aux dé-
sordres et aux funestes événemens du
xij
mois de juin; nous n'avons été ni char-
geurs, ni chargés, ni assommeurs, ni assom-
més ; nous ne proférons guère de cris pu-
blics ; et nous n'aimerions pas que l'on
nous imposât ceux mêmes qui nous con-
viendraient le plus ; mais notre devise,
celle que nous voudrions faire adopter à
tous, est : Vive le Roi ! Vive la Charte !
Vivent les amis constans et fidèles de l'un et
l'autre ! Vivent ceux qui ne les séparent ni
dans leurs pensées ni dans leurs actes!
Quelques personnes ont blâmé , d'au-
tres ont loué M. Reymondin de Bex d'a-
voir rapporté dans son ouvrage, le texte
des différens discours prononcés à la tri-
bune nationale, dans la première quin-
zaine de juin ; ceux qui lui en ont fait un
reproche n'ont peut-être pas assez réfléchi
que les scènes si intéressantes, les discus-
sions si animées des séances de la cham-
bre des députés ne pouvaient être trop
soigneusement recueillies; qu'un très-pe-
tit nombre de journaux les ont rendues
avec fidélité ; que le Moniteur lui-même ,
si exact quelquefois, a été désavoué dans
xiij
une occasion importante , et qu'il est
peu de citoyens qui ne soient bien aises de
retrouver, sons le même cadre , des dé-
tails dont la plupart échappant à ceux
qui ne lisent que successivement la feuille
du jour. Les discours des ministres, rap-
portés avec exactitude , à côté de ceux
des membres de l'opposition , mettent le
lecteur à l'abri des surprises de l'esprit de
parti. Dans ces discours, improvisés pour
la plupart, des traits de vérité que la po-
litique des hommes d'Etat eût dissimulés
peut-être, échappent à l'orateur entraîné
par la rapidité du débit , et sont relevés
avec adresse par l'orateur qui lui succède.
L'esprit qui anime les divers partis , se
manifeste ou se trahit dans ces occasions
que guette l'observateur attentif; la cri-
tique en doit tenir note exacte , quand
cela ne devrait servir un jour qu'à cons-
tater la récidive. Tout en tâchant d'éviter
le sort qu'a éprouvé M. Reymondin de
Bex, nous imiterons sa fidélité à rappor-
ter les scènes de discussion.
Il ne faut pas se le dissimuler : nous
xiv
serons bientôt rentrés dans la ligne cons-
titutionnelle, sous tous les rapports, ou
les événemens de la première quinzaine
de juin sont une véritable révolution qui
nous en a tirés pour toujours.
Dans tous les cas , la France , comme
toutes les nations qui jouissent, croyent
ou désirent jouir d'une représentation,
est intéressée à bien connaître tous les
masques dont se couvrent les factions
perturbatrices.
De quelque façon que se terminent les
choses, on voudra savoir si un parti soi-
disant libéral a voulu renverser l'ordre
dont il réclame hypocritement le main-
tien, ou si le 3 juin avait été choisi pour
être la journée réclamée par le parti qui lui
est opposé.
Tout cela ne doit se décider ni sur le
rapport d'un écrivain isolé, ni sûr un récit
officiel.
Il est bon que la France qui aura à se
féliciter ou à souffrir du résultat des efforts
qui se font de part et d'autre , assiste aux
débats qui ont eu lieu, et tienne, des ac-
xv
teurs mêmes de nos scènes politiques, les
aveux sur lesquels ils seront jugés. Ce qui
a été commencé, ne sera pas abandonné
par les directeurs des troubles qui nous
ont agités. La conduite que chacun va
tenir , expliquera les précédens qui sont
encore un problème pour beaucoup de
personnes. Nous croyons donc très-im-
portant de reproduire, à l'appui de nos
raisonnemens, les pièces de ce grand
procès. Tout le monde n'a pas dans sa
maison le recueil du Moniteur; et le titre
d'officiel qui motive la confiance des uns,
ne prouve rien à bien d'autres. Au reste,
les détails qu'il a donnés seront examinés
avec les autres ; et le rapporteur des faits,
qui sera jugé lui-même , n'oubliera pas
qu'il a promis de faire entendre les DEUX
CLOCHES.
LES DEUX CLOCHES,
OU
LES ACCUSATEURS EN REGARD.
CHAPITRE PREMIER.
D'un article du Journal de Paris.
LE Journal de Paris est assez généralement consi-
déré comme officiel; il partage, avec le Moniteur,
l'honneur de défendre les idées ou les volontés des
ministres, contre les attaques de l'opposition. On n'a
pas encore, il est vrai, enjoint de copier les articles
qu'il imprime ; mais cette injonction est suppléée par
l'autorisation qu'il paraît avoir reçue, d'envoyer lui-
même sa feuille aux abonnés des autres journaux.
Cette distribution coûteuse ne pouvant pas être pré-
sumée rester a sa charge, on s'est habitué à considé-
rer cette feuille comme le dépôt où le ministère est
bien aise que l'on vienne puiser les documens et les
principes qu'il veut répandre. Ce choix de l'autorité
commande pour les articles politiques du Journal de
2
( 2)
Paris, une considération presque égale à celle dont
jouissent ceux de son grand collègue le Moniteur ; et
c'est à ce titre que nous choisissons, pour premier ob-
jet de notre examen, un petit manifeste que nous
trouvons dans son numéro du mardi 21 juin. Ce ma-
nifeste débute par la phrase suivante :
« Si les hommes qui ont porté le désordre dans
» Paris , et qui l'ont propagé dans la France ; si sur-
» tout les véritables auteurs d'un trop long scandale ,
» éclairés par l'événement au défaut de repentir, avaient
» su dévorer la honte de leurs projets confondus et
» de leurs entreprises avortées, peut-être consentirions-
» nous à leur épargner une honte nouvelle, en étouf-
» fant des souvenirs que le ridicule dispute à l'indi-
» gnation, etc. »
Si nous comprenons bien ce que trous venons de
transcrire, il existe des hommes qui ont porté le dé-
sordre dans Paris et qui l'ont propagé en France.
Nous sommes, sur ce point, tôut-à-fait de l'avis du
journal officiel ; nous croyons même avec lui , qu'il
a des souvenirs que le ridicule dispute à l' indigna-
tion , et qu'il ne veut pas les étouffer ; mais nous ne
devinons pas ce qu'il entend par ces mots : la honte
de leurs projets confondus et de leurs entreprises
avortées. Il nous semble, au contraire, que leurs projets
et leurs entreprises ont obtenu tout le succès possible,
à un petit amendement près, lequel encore a été in-
venté par eux. Peut-être avons-nous mal saisi le sens
de cette phrase, qui, à la vérité, est un peu longue, et
(3)
que nous allons continuer , car elle n'est pas finie.
« Mais puisque ces hommes ne se tiennent pas
» pour vaincus, puisqu'ils appellent du jugement des
» gens de bien à celui de leur siècle et de la postérité;
« puisque, par une alliance qui n'étonnera personne ,
» une brochure toute récente publie, avec les im-
« précations de Louvel, d'absurdes apologies : nous
« avons cru devoir examiner sans partialité , sans ai-
» greur, par les seules lumières de la raison , de quel
» côté se trouvaient les amis de la Charte, et de quel
» côté se trouvaient ses ennemis; quel sens avait, dans
» la bouche des factieux, ce mot sacré ; de quels pro-
" jets il était devenu le signal ; comment ce signal s'é-
» tait propagé, non point de proche en proche, mais,
« au même instant et sur tous les points, que dénotait
» l'uniformité de l'expression , l'unanimité des mou-
» vemens, l'accord, l'ensemble et le choix des res-
» sorts. »
Nous avouerons que cette dernière demi-phrase, de
laquelle nous attendions quelque lumière, n'a fait que
brouiller ce que nous pensions avoir démêlé dans la
première; nous n'y voyons qu'un grand logogriphe
composé d'une série de petites énigmes, et nous plai-
gnons sincèrement ceux qui sont condamnés à les de-
viner. La seule chose qui paraisse claire , c'est que les
hommes auxquels le Journal de Paris attribue les
désordres des premiers jours de juin, ne sont pas ceux
que nous avions cru reconnaître d'abord. Au reste , si
nous avions le malheur d'être rangés par le journa-
(4)
liste au nombre des adversaires qu'il attaque, nous lui
dirions comme Ajax:
Grand Sphinx ! chasse la nuit qui nous couvre les yeux,
Et combats contre nous, à la clarté des Cieux.
Tout ce long article a été fait pour répondre à ce
qu'il plaît d'appeler un acte d'accusation contre le
gouvernement; or, cet acte d'accusation est un livre
que l'on a commencé par saisir chez les libraires.
Dès que l'autorité supprime un ouvrage, ou en empêche
la: circulation et la lecture : qu'est-il besoin d'y répon-
dre (1)? Ce procédé, nous le savons, n'est pas sans
exemple; mais les gouvernemens qui nous l'ont donné,
ont été nommés usurpateurs et tyranniques : ils sont
tombés , et ils sont tombés, précisément parce qu'ils
étaient tyranniques: tout le monde en convient. Est-
ce sous un gouvernement constitutionnel et juste,
que l'on doit reproduire des actes d'une injustice évi-
dente? Est - ce par des moyens qui ont fait tombe
les gouvernemens précédens, que l'on peut affermir
celui que nous voulons tous conserver?. Et n'est-
ce pas ou une raillerie indécente, ou une déraison
complète, que de dire : nous répondons à ce que nous
empêchons d'entendre. Voyons maintenant, comment
on a répondu.
(1) Il est bien vrai que ce livre a été enlevé sur-le-champ, mais la
saisie oblige à le cacher. Personne ne peut donc l'opposer ans réponses
qu'on lui a faites dans le Journal de Paris et dans le Moniteur;
réponses que l'on a fait réimprimer et colporter dans les rues.
(5)
Pour n'être pas accusés d'avoir morcelé les moyens
officiels , nous allons les donner ici dans toute leur
étendue; nous nous permettrons de mettre en regard
quelques observations.
Nous disons quelques observations, et non pas des
réponses; car les idées qui restent de l'impression
qu'on a précédemment éprouvée , se reproduisent
quelquefois en regard d'un paragraphe auquel elles ne
s'appliquent pas directement. On se trouverait peut-
être trompé, sans qu'il y eût de notre faute, si l'on
cherchait à chaque article une réponse directe et sépa-
rée des antécédens. On pourrait exiger cette méthode
précise, s'il s'agissait de faits ; mais les raisonnemens
étant, par leur nature, assujétis à un ordre logique
qu'il n'est pas permis d'interrompre ni d'intervertir,
les personnes habituées à raisonner ce qu'elles lisent,
ne nous feront pas un crime d'avoir été plus logiciens
que faiseurs de paraphrases , et d'avoir plutôt répondu
au sens qu'à la lettre.
(6)
TEXTE DU JOURNAL DE PARIS.
Exposons d'abord les faits. Il est certain que des
altroupemens ont eu lieu dans Paris ; qu'ils n'ont pas
eu lieu sans tumulte (a) que du sein de ces altroupemens,
il est sorti des cris séditieux, séditieux par des allusions
criminelles ou par des omissions offensantes.
Il est certain que ces cris , cette licence ont trouvé -
des panégyristes parmi ceux qui en étaient les cen-
seurs naturels; que, dans le sanctuaire même des lois,
on a donne le nom de paisible au tumulte, le nom
d'amis de l'ordre aux, perturbateurs , le nom de dé-
fenseurs de la Charte aux contempteurs des lois, le nom
de respectable à une jeunesse ameutée contre ses ma-
gistrats; que cette jeunesse, dont le sage Caton aurait
dit avec son ironie mordante et sévère : Misereamini
censeo ; peccavêre homines adolescentuli, a reçu de
l'encens au lieu de réprimandes, et qu'à la tribune
même, on l'a proclamée le modèle des générations
à venir.
Il est certain qu'avant l'emploi de la force armée
( le discours du chef de la justice en fait foi), nul moyen
pacifique ne fut négligé; que les officiers de police
y échouèrent ; que la garde nationale y échoua ;
qu'elle fut repoussée ; que les gendarmes qui avaient
le sabre dans le fourreau, furent assaillis à coups
de pierres et de bâtons. Il est certain que deux or-
donnances furent publiées sans succès ; que le mé-
pris de ces ordonnances, et du Code pénal, et des
(7)
OBSERVATIONS.
(a) Il est certain, dit-on, qu'il y a eu dans Paris des
altroupemens séditieux: nous n'avons pas connu dan»
Paris d'autre attroupement séditieux, que celui formé
par des militaires en habit bourgeois, armés de bâtons
ferrés ou à crochets ou à hachettes; et encore ce n'est
ni leur rassemblement, ni leur cri, ni même leur genre
d'armure qui les constituaient en état de sédition; mais
les actes qu'ils se sont permis, actes qui ne pouvaient
être exécutés que par un rassemblement, dont lesdits
actes déterminent le but et la moralité.
Les hommes rassemblés, en quelque nombre que
ce puisse être, soit dans les églises, soit dans les spec-
tacles, soit dans les promenades publiques, soit dans
tout autre lieu , ne forment pas ce qu'on peut appeler
un attroupement. Que ces hommes fassent entendre
le cri de vive le roi ! ou celui de vive la Charte!
ou même le cri le plus indifférent, ils ne sont point
pour cela des séditieux. On ne forme un attroupe-
ment séditieux, que quand on se réunit pour com-
mettre un délit.
Ces principes sont si vrais et si bien reconnus , que
l'on n'a pu inculper ces prétendus altroupemens qu'en
les accusant, comme on vient de le faire ici, de s'être
permis des allusions, criminelles. Or, nous demandons
au journaliste: Qui les a faites, ces allusions, de lui ou
des hommes qu'il inculpe? Quant aux omissions of-
fensantes , nous serions les premiers à les blâmer, s'il
TEXTE DU JOURNAL DE PARIS.
autres lois rappelées dans ces ordonnances, furent qua-
lifiées de simples contraventions à des mesures de po-
lice municipale.
Il est certain que l'esprit de sédition ne s'est pas
renfermé dans Paris; qu'à la même époque, presque
la même heure, l'orage éclatait dans plusieurs parties
de la France (b); qu'on s'essayait à Lyon, qu'on s'ameu-
tait à Rennes , que la Charte comptait aussi de paisi-
bles défenseurs à Brest, dans ces mêmes hommes qui
lui avaient rendu, lors du passage des missionnaires,
un si édifiant hommage.
(9)
OBSERVATIONS.
y en avait eu de celles que l'on veut faire entendre ;
mais nous ne regardons pas comme offensant, un si-
lence provoqué par des menaces et des coups. Que l'on
passe en revue les régions les plus barbares , et que
l'on nous dise ce que des Européens penseraient de
Maroc et d'Alger , si les janissaires voulaient faire
crier vive le Dey! ou vive l'Empereur ! aux passans ,
et les y inviter en les assommant.
Il est faux que des cris séditieux aient trouvé des
panégyristes dans le sanctuaire des lois. On n'a pas ap-
pelé paisible le tumulte; une partie de la chambre des
députés a même traité, comme elles le méritaient, les
insolentes provocations de l'attroupement séditieux
qui a assailli les députés défenseurs de la Charte, à leur
sortie du palais Bourbon. Ces perturbateurs n'ont pas
été appelés amis de l'ordre, et cette jeunesse ameu-
tée contre les magistrats, n'a paru respectable à per-
sonne.
(b) Si l'on accorde que l'attachement à la Charte est
une preuve de sédition, il est certain, comme le dit
le Journal de Paris , que l'esprit de sédition ne s'est
pas renfermé dans cette ville, et qu'à la même époque,
on manifestait le même esprit à Lyon, à Rennes et à
Brest. Nous sommes même convaincus qu'il règne
dans toute la France, et que les rassemblemens , quel-
(10)
TEXTE DU JOURNAL DE PARIS.
Il est certain aussi que le gros de la population,
travaillé partout, est resté partout inaccessible aux
séductions de l'exemple (c) ; que les classes inférieures
ont vu le désordre sans y prendre part, moins attirées
qu'indignées , et inébranlables dans leur dévouement
au souverain qui veut leur bonheur, qui l'a fondé,
qui le maintiendra.
Qu'annonce la nature de ces mouvemens, et leur
accord parfait, et la qualité de leurs auteurs?
( XI )
OBSERVATIONS.
que part qu'ils aient eu lieu, n'ont pas médité d'autre
crime que de bien prononcer cet attachement en face de
ceux qui pourraient en douter. En vérité, le mot sédi-
tieux est assez odieux pour être ménagé davantage; et
il serait bien temps de renoncer à l'usage de décider ,
par le dictionnaire des passions, les questions qu'elles
élèvent.
(c) Le Journal de Paris déclare encore comme
CERTAIN, que le gros de la population est resté partout
inaccessible aux séductions de l'exemple, etc., etc.
Prétend-il que, lorsque cent mille habitans, réunis sur
l'étendue des boulevards, criaient vive la Charte ! ces
cent mille habitans ne formaient pas le gros de la po-
pulation de ces quartiers? croit-il que tout le reste de
la ville pensât autrement que ces cent mille habitans ,
parce que tout ce monde n'a pas été se faire charger et
sabrer?
Quoi! lorsqu'on veut faire représenter trente mil-
lions d'hommes par dix à douze mille propriétaires ,
cent mille habitans réunis dans un quartier, ne suffisent
pas pour représenter le voeu d'une ville en faveur de
l'institution sacrée qu'ils défendent!....
Voici donc au fond ce qu'a dit le Journal de Pa-
ris : « Cent mille séditieux à Paris ont demandé la
Charte , mais le gros de la population est resté partout
inaccessible à la séduction de l'exemple, et les bou-
TEXTE DU JOURNAL DE PARIS.
Ecartons d'abord cette association de deux mots
étonnés de se trouver ensemble. Un attroupement ne
saurait être paisible (d) ; par cela seul qu'il existe, il
trouble la paix ; même non armé, même silencieux, il
répand l'alarme, parce qu'il donne l'idée de quelque
dangerimminent. Je demande ce que penserait de la paix
publique un étranger qui aurait à traverser ces attrou-
pemens.
Nos voisins eux - mêmes , plus accoutumés
que nous à de tels spectacles, eux qui ont retenu,
dans une monarchie, l'âpreté bizarre des formes
républicaines , sont - ils sans précaution contre ces
meetings (e) que la loi autorise peut-être, que du
moins l'usage tolère , qui ont une sorte de police et
de discipline, et quelque apparence de régularité?
(13)
OBSERVATIONS.
levards, avec les rues adjacentes, sont la seule partie
de la ville où il y ait eu de pareils altroupemens ! »
(d) Le même journaliste ne reconnaît pas d'attrou-
pemens paisibles. Ainsi, lorsque dans nos promenades
et dans nos fêtes, nous voyons nos quais, nos Champs-
Elisées, nos jardins, couverts d'une population immense,
il y a attroupement; et comme un attroupement ne
peut pas être paisible, il y a sédition! Et si , émue par
un sentiment électrique ou spontané, cette foule venait
à émettre un voeu publie ou un cri qui déplairait à
quelques-uns de ces individus qui veulent tout régler ,
parce que leur conscience leur rend suspect tout ce
qu'ils n'ont pas ordonné : il faudrait charger et sabrer
cette foule, et motiver cette horreur, en appelant allu-
sions criminelles ou omissions offensantes, les inter-
prétations les plus fausses données à l'événement le
plus innocent ! Quelle législation, grand Dieu! que
celle d'un pays, où un homme qui rentre chez lui,
serait sabré ou fusillé, parce qu'il se trouverait dans
une rué voisine d'un attroupement séditieux qui s'est
permis des omissions offensantes !
(e) Nous avouons, avec le Journal de Paris, que les
Anglais ne sont pas sans précautions contre ces mee-
tings que la loi autorise chez eux; nous ferons plus : nous
applaudissons à ces précautions. Nous n'aimerions pas
avoir notre population s'attrouper autour de la maison
d'un ministre, lui casser ses vitres, et couvrir sa voiture
TEXTE DU JOURNAL DE PARIS.
Mais est-il vrai que ces attroupemens fussent inof-
fensifs (f) ? Etrange ascendant de la vérité ! leurs apolo-
gistes même n'osent le soutenir, et l'accusation sort
du panégyrique. Je n'en veux pour preuve qu'un dis-
cours très-récent, où il est dit que ces jeunes - gens
qu'on inculpe, ne voulaient que défendre leur existence
constitutionnelle. Or, dans le langage de l'opposition,
leur existence constitutionnelle, c'était la loi du 5 fé-
vrier. De l'aveu même de leurs apologistes, c'était la
loi du 5 février, qu'ils entendaient garantir des attaques
de l'expérience. C'était pour la loi du 5 février, qu'ils
recrutaient des auxiliaires et des renforts dans le vieux
foyer de l'insurrection, et sous l'influence des plus
tragiques souvenirs. Ils l'ont dit, ou on l'a dit pour
eux; et l'on aurait mauvaise grâce à contester un grief
dont on s'accuse. Mais qu'est-ce que défendre une loi,
quand une autre est en discussion; et quel genre de
secours peut-on apporter à la loi qu'on regrette?
(15)
OBSERVATIONS.
de boue. Toutes ces vengeances que la difficulté d'ob-
tenir justice contre les ministres explique sans les
excuser, doivent être non-seulement prévenues, s'il est
possible, mais punies, si les auteurs en sont connus.
Que peut-on conclure de tout cela, en faveur des me-
sures prises à Paris ? Les charges, les fusillades et les
coups de sabre sont-ils des précautions dans la langue
du journaliste ?
(f) Les rassemblemens n'étaient pas inoffensifs,
ajoute-t-on; et la preuve est dans les apologies qu'on en
a faîtes. Quelqu'un a dit, que cette jeunesse inculpée ne
voulait que défendre son existence constitutionnelle.
Voilà, suivant le journaliste, la preuve du délit des
attroupés. Cela ne paraît peut-être pas bien clair à
tout le monde ; c'est que tout le monde ne sait pas ,
comme le Journal de Paris, que, dans le langage
de l'opposition , l'existence constitutionnelle est la
loi du 5 février. A la vérité, il y avait six mois que la
loi du 5 février était attaquée, et personne n'avait bougé.
Nous en concluerons que ce n'était pas précisément
la loi du 5 février, mais la constitution elle-même que
l'on entendait défendre, par l'émission très-licite d'un
voeu honorable et patriotique. Ce ne sont pas les dan-
gers que courait la loi du 5 février , mais ceux de la
Charte, qui attiraient la foule autour du palais des lois.
Quand on voudra remplacer la loi du 5 février, par
une meilleure, si l'on entend des cris, ce seront ceux
TEXTE DU JOURNAL DE PARIS.
Ainsi, ces vociférations et ce tumulte, ce n'était pas
le but (g) , c'était le moyen. Ainsi, la sédition ne se
renfermait pas dans des cris, et l'on n'alarmait les ci-
toyens paisibles que pour rallier les mauvais citoyens. Je
vais plus loin : cette loi du 5 février, leur palladium, et
suivant eux leur dernière espérance, était-ce bien pour
elle qu'on guerroyait ? tant d'apprêts, ne tendaient-ils
qu'à maintenir dans leur droit des milliers de patentés
qui ne s'en inquiètent guères, et à venger l'autorité de
la grammaire, compromise par la fausse interprétation
d'un mot. Ici les faits parlent. L'insurrection survit à
ses prétextes; les partisans de l'élection directe continuent
à l'invoquer, même après le rejet de l'élection indirecte.
Les ennemis de la candidature ne cessent de crier contre
elle, même lorsqu'il n'est plus question de candidats.
Les amis de la Charte font retentir encore dé ce nom
les places publiques. (h), lorsque, par un amendement
qu'ils n'ignorent pas, l'existence constitutionnelle
que la Charte leur assure est de nouveau garantie. Ils
pleurent les intérêts nationaux cruellement sacrifiés,
quand le guide et l'oracle du parti (le Constitutionnel).
déclare même que, dans les collèges de département,
ces intérêts sont en sûreté.
(17)
OBSERVATIONS.
de la reconnaissance; et ceux-là le Journal de Paris
ne se trouvera pas chargé de les interpréter.
(g) Nous ne savons pas ce que c'est que ces voci-
férations qui ne sont pas un but, ni comment elles
peuvent être un moyen. Les cris de vive la Charte !
ne pouvaient rallier que les amis de la Charte, et n'ont
pas alarmé les citoyens paisibles. Au reste, pourquoi
le journal officiel vient-il de nous dire que les jeunes
séditieux attroupés entendaient défendre la loi du 5 fé-
vrier, pour ajouter, comme il le fait ici, que ce n'est
pas cela qu'ils voulaient ? C'est une étrange façon de
raisonner que de dire : Ce n'est pas leur existence
constitutionnelle qu'ils voulaient défendre , c'est la
loi du 5 février ; et quelques lignes après : mais cette
loi du 5 février, était-ce bien pour elle qu'on guer-
royait ? Non , car l' insurrection survit à ses pré-
textes , etc., etc. Ce n'est pas tout que d'être officiel,
il faudrait encore avoir de la suite dans les idées et
savoir ce que l'on veut dire.
(h) Les amis de la Charte ont crié vive la Charte!
lorsqu'ils l'ont vu prête à tomber sous les coups de
l'oligarchie. Ils ont continué après l'amendement dont
il est ici question, parce que cet amendement, pour être
une violation de la Charte autre que celle proposée
par l'article abandonné, était encore une violation et
une concession insuffisante de l'oligarchie réduite à
capituler. Ils ont enfin continué à réclamer la Charte,
2
( 18)
TEXTE DU JOURNAL DE PARIS.
Maintenant, quelle commotion électrique (i) a si ra-
pidement parcouru la France d'une extrémité à l'autre
de son diamètre? quelle puissance magique a soulevé
tant de mécontentemens à-la-fois, leur a imposé une
même expression, les a ralliés sous le même signe?
Quoi ! précisément les mêmes affections et les
mêmes haines, et les mêmes voeux, et les mêmes
imprécations, et les mêmes tendances! quoi! tous
Ces jeunes gens de pays divers, de différentes hu-
meurs , se trouvent échauffés à point nommé par
un même zèle ! c'est à point nommé que l'ébulli-
tion se manifeste! Imprécations, outrages, cantiques
et apothéoses, tout se fait à point nommé ! Toutes
les âmes jeunes et indépendantes semblent taillées sur
un même patron; et la sédition , docile et compassée,
se meut et se déploie avec autant de précision qu'un
régiment en ligne (j). Quant à nous, il faut l'avouer,
tant d'uniformité nous est suspecte. Partout où nous
entendons un cri de ralliement, nous soupçonnons
(19)
OBSERVATIONS.
pour montrer qu'ils n'étaient pas dupes de la petite
transaction qui venait de se faire, et parce qu'il est temps
d'apprendre à ceux qui ne veulent pas voir la lumière,
qu'après trente ans de luttes et de débats, on a cessé
d'être dupe des charlatanismes de toute espèce.
(1) L'amour de la liberté publique, que ne connaissent
pas ceux qui font de pareilles questions ! ceux qui l'é-
prouvent, cet amour sacré, à jamais inhérent aux affec-
tions des Français, ont déjà la réponse à tous ces sujets
d'un étonnement ministériel. Oui, l'oligarchie trou-
vera partout les mêmes affections, et les mêmes haines,
et les mêmes voeux, et les mêmes imprécations , et les
mêmes tendances. Cet amour de la liberté dont n'ont
pas même l'idée ceux qui songent à l'étouffer, résis-
tera désormais à tout, parce qu'il est enfin lié à l'a-
mour de l'ordre et de la stabilité, dont il a été trop
long-temps détourné.
(j) Ceux qui ne savent trouver de raison à ce qu'ils
ont vu, que dans l'existence d'une conspiration,nous
paraissent aujour d'hui fortà plaindre. Les voilà con-
damnés à convenir de leur maladresse, ou à faire réel-
lement qu'il existe une conspiration. Il nous semble ici
les voir chargés de repasser toutes les leçons de nos
comités et tribunaux révolutionnaires, obligés de pren-
dre et d'avouer pour maîtres, ces mêmes hommes
pour qui ils affectaient tant de mépris, et répéter pré-
cisément dans les mêmes feuilles, toutes les carmagnoles
TEXTE DU JOURNAL DE PARIS.
l'existence d'un complot (k) ; et partout où il y a com-
plot, nous sommes sûrs qu'il y a des moteurs.
Ces moteurs, qui sont-ils? Est-il impossible de
remonter de l'effet à la cause, de reconnaître l'ouvrier
par le choix de l'instrument (l) ? Ici s'arrêtent nos argu-
mens et nos conjectures. Il nous a suffi de préparer
l'investigation et d'en élargir les voies. Ce n'est pas
sans un sentiment pénible , que nous avons remué la
fange de ce terrain. Pour nous y contraindre, il n'a
fallu rien moins que l'audace toujours croissante des
factieux. Hier, un acte d'accusation a paru contre le
gouvernement. Nous y répondons par un exposé sans
ornemens et sans artifice.
( 21 )
OBSERVATIONS.
de nos découvreurs de complots. Quelle triste carrière
pour des hommes à qui une si belle carrière était ou-
verte !
(k) Le journaliste officiel a entendu un cri de rallie-
ment (vive la Charte!); et dès lors il soupçonne l'exis-
tence d'un complot. Si ce complot est en faveur de la
Charte, il est patent, et nous en accusons la nation en-
tière, le Roi surtout, une partie des deux Chambres, et
peut-être même quelques ministres. S'il s'agit d'un
complot contre la Charte, nous y croyons également;
mais nous nous garderons bien d'en nommer les au-
teurs, ni d'inviter personne à les poursuivre. On dit
qu'un ministère entier y a succombé.
(Z) Nous avons eu un moment l'espoir de voir tout
éclairci. Car reconnaître un ouvrier par le choix de
l'instrument est, à notre avis, une chose bien simple ;
mais par malheur, l'auteur nous laisse ici dans l'embar-
ras, en s'arrêtant tout court. Il paraîtrait qu'il n'a voulu
que faire un peu peur aux chefs des factieux; mais qu'au
fond, c'est un bon-homme qui ne veut pas leur faire du
mal : ici s'arrêtent, dit-il , nos argumens et nos con-
jectures. En vérité, Sganarelle n'explique pas mieux
les causes de la maladie de Mlle. LUCINDE : Et voilà
ce qui fait que votre fille est muette ! Voilà un beau
sujet à médicamenter !
CHAPITRE II.
La Vraie Question.
EN exposant, comme nous venons de le faire, une
attaque d'un journal officiel contre un parti qu'il ac-
cuse des troubles qui ont agité la ville de Paris d'a-
bord , et ensuite une partie de la France, nous avons
pu donner une idée de la façon dont procèdent les
hommes officiels , et de la facilité qu'on trouverait à
réfuter leurs raisonnemens ; mais ce n'est pas seule-
ment de cela qu'il s'agit : ce n'est pas sur des faits qui
pouvaient être isolés et n'appartenir à aucun plan, que
nous avons désiré fixer l'attention publique ; mais sur
les systèmes réels ou faux que les partis s'attribuent
les uns aux autres. C'est de l'existence de ces systèmes,
surtout, qu'il convient de s'assurer, pour juger de la
probabilité des inductions que chacun tire des événe-
mens dont il désigné les auteurs.
S'il existe un parti qui veuille opérer la contre-ré-
volution , en anéantissant la charte, l'origine des trou-
bles est expliquée, sans se livrer à tant de discussions
et de controverses. Si tous les intérêts nationaux sont
menacés, l'inquiétude est toute simple, et les rassem-
blemens de gens exprimant leur volonté de les défen-
dre , n'ont rien qui doive surprendre. Une pareille cause
des désordres que nous avons vus, serait d'autant plus
fâcheuse, qu'elle nous menacerait de les voir se re-
( 23 )
produire, tant qu'elle existerait:; le calme ne pourrait
renaître que par un changement de système complet,
et par l'éloignement des personnes qui auraient créé
ou défendu une pareille politique.
Mais , si personne n'a songé à opérer la contre-ré-
volution par l'anéantissement de la Charte, si l'on n'a
fait aucune démarche pour nous priver des droits
qu'elle nous assure, si personne n'a eu raison de crain-
dre pour les libertés auxquelles il a droit; alors les
frayeurs que l'on manifeste de toutes parts, sont peut-
être des frayeurs hypocrites qui cachent un but cou-
pable. Peut-être y a-t-il un parti qui voudrait, à la fa-
veur des troubles que ces craintes font naître, renver-
ser des ministres fidèles observateurs du pacte social,
renverser le gouvernement légitime, pour rétablir à sa
place, soit une république , soit l'ex-empereur , soit
toute autre chose ; alors les vociférations ne seraient
pas le but, comme dit le Journal de Paris, mais le
moyen , et ce mot Vive la Charte ! crié avec affecta-
tion , serait le signal choisi par le parti auteur d'une
conspiration horrible, dont le ministère a depuis long-
tems été averti, comme il vient de nous l'assurer.
Les désordres qui nous ont affligé et qui nous me-
nacent encore , viennent évidemment de l'un ou de
l'autre de ces partis, s'ils existent; mais cette existence
ne peut être établie que sur de nombreuses inductions
ou des preuves. Voyons ( car c'est là la seule, la vraie
question ) si le gouvernement constitutionnel est atta-
qué par des contre-révolutionnaires incorrigibles, ou
(24)
par des révolutionnaires mal corrigés. La solution de
cette question décidera si les rassemblemens et les cris
de Vive la Charte ! ont été formés pour défendre ou
pour attaquer la Charte.
•Lorsque nous verrons ensuite les pièces ministérielles
que l'on nous produit sous toutes les formes , et que
nous les comparerons avec les écrits rares et tant pour-
suivis des écrivains libéraux, nous aurons un criterium
infaillible, pour apprécier tout ce que l'on nous dit sur
les fauteurs des désordres dont les partis nous ont
donné l'histoire.
CHAPITRE III.
Existe-t-il un parti contre-révolutionnaire et enne-
mi de la Charte ?
A cette question , tout le parti libéral répond : cela
est évident , cela est incontestable. Examinons les
preuves dont il s'appuie , et comment il raisonne.
La révolution a blessé dans leur orgueil, dans leurs
jouissances , dans leurs fortunes , et dans ce qu'ils
continuent d'appeler leurs droits , un certain nombre
d'hommes dont ces prétendus droits faisaient en grande
partie le mérite et la considération. L'élite de la nation
assemblée avait jugé plusieurs de ces avantages, injustes
ou mal acquis ; quant à la partie de leur fortune qu'ils
ont perdue, c'est leur conduite envers cette nation,
qui les en a privés. Le procès a été long et sanglant ;
la victoire a prononcé , en faveur de la nation , un ar-
rêt sans appel.
Des circonstances étrangères à ce procès ont ramené
ces émigrés au sein de la grande famille; on s'est occupé
à-la-fois de rendre ce retour utile et agréable pour eux,
et d'empêcher qu'il ne fût nuisible à cette nation avec
laquelle ils se trouvaient réconciliés. Le traité de paix
fut dressé par le père commun , et juré par tous. Le
bonheur de tous pouvait s'en suivre : il ne fallait qu'ê-
tre fidèle à ses sermens, et faire de part et d'autre, de
(26)
bonne foi et sans arrière-pensée , entre les mains du
prince conciliateur, le sacrifice des prétentions pas-
sées : la Charte protégeait, garantissait tout pour l'a-
venir.
Les rentrés gagnaient, à ce marché, une patrie per-
due, et ce qu'ils pouvaient ramasser de leur naufrage ;
tous les emplois , tous les postes lucratifs , tous les
honneurs leur furent prodigués ; ils voulurent encore
toute l'autorité. La Charte n'était pour eux qu'un
moyen ; l'ancien ordre de choses, leur vrai but. Ils ne
se divisèrent entre eux, que sur le calcul du tems qu'il
leur faudrait pour y parvenir. Les plus pressés vou-
laient opérer, en dix-huit mois ,la contre-révolution
complète; les plus éclairés voulaient dix ans. En atten-
dant, ces Messieurs se créèrent une langue à part ; et
pour changer un jour les choses, ils commencèrent par
changer le sens reçu des mots, et essayèrent d'expli-
quer, par leur nouveau vocabulaire, la lettre et l'es-
prit de la Charte et des lois. L'ancien régime fut appelé
par eux la monarchie, le nouveau, fondé sur la Charte,
fut nommé la révolution.
Pendant que la France, occupée par les troupes de
l'Europe alliée contre nous , s'épuisait en sacrifices de
tout genre, pour renvoyer sur leurs terres ces hôtes
incommodes ; pendant que le roi constitutionnel s'ef-
forçait de rallier, autour de l'étendard sacré, tous les
coeurs et tous les esprits : les rentrés s'occupaient de
reconstruire leur monarchie, et de sapper tout ce qui
restait de la révolution. Ils avaient contre eux le Roi et
(27)
la Nation, pour eux quelques ministres des gouverne-
mens étrangers , gouvernemens tous monarchiques ,
peu amis d'une nation qui les avait tous humiliés , et
plus curieux de semer, sur le sol français qu'ils allaient
quitter, les germes du monarchisme , que ceux des
révolutions! (constitutions.)
Peu contens des ministres attachés au Roi et à la
constitution, peu satisfaits d'un état de choses qui éloi-
gnait trop l'époque que leurs voeux appelaient, les ren-
trés regardèrent le trône comme vacant. Aidés par les
plus puissans d'entre eux, ils se constituèrent en gou-
vernement , eurent des ministres , des négociateurs et
des courriers à eux. Ce gouvernement que l'on nomma
depuis gouvernement occulte , avait aussi une caisse
et des finances à ses ordres, comme on le verra
incessamment.
Effrayés de l'espèce de solitude où , vu leur petit
nombre, ils allaient se trouver après le départ de leurs
alliés , les rentrés négocièrent d'abord avec les puis-
sances étrangères , pour les engager à prolonger leur
séjour en France , où leur secours allait leur deve-
nir précieux. Ces démarches n'ayant pas réussi, et les
troupes alliées ayant abandonné le territoire français,
les rentrés furent réduits à traiter à l'extérieur, par
l'intermédiaire de leurs négociateurs affidés. Leurs
Notes , appelées secrètes, sont aujourd'hui connues;
et ils se croyent tellement sûrs de réussir, qu'ils ne
se donnent plus la peine de désavouer ni leurs démar-
ches ni leur objet.
(28)
Lorsque, dans la discussion sur la loi des élections,
un ami de la Charte leur détailla toutes les particula-
rités de leurs projets criminels, l'un d'eux répondit à
chaque article de leur plan , par des aveux dont l'im-
pudence ne fut démentie par aucun de ses honorables
complices. Sans doute! disait-il sur chaque reproche,
oui! fort bien! c'est cela même que nous voulons!..Ils
n'ont donc nullement renoncé aux projets pour lesquels
ils réclamaient naguère l'intervention des troupes étran-
gères; mais ils ont redoublé l'activité de leurs ma-
noeuvres dans l'intérieur, contre l'administration légi-
time. Ces manoeuvres ont eu un tel succès, que déjà,
par toute la France, les accens de la vérité sont étouf-
fés d'avance, ou poursuivis comme criminels et sédi-
tieux devant des tribunaux plus que sévères. Les
personnes peu instruites de ces horreurs , et portées,
par le sentiment de leur honnêteté même, à douter
de ce qui répugne à l'honneur et à la loyauté, ont
peine à croire ce qu'elles entendent à ce sujet; mais
aujourd'hui que des troubles effrayans ont mis les
partis en présence, et que chacun en rejette la cause
sur ses adversaires, il est urgent de jeter un nouveau
coup d'oeil sur la conduite des rentrés et du gouver-
nement particulier qu'ils ont créé.
Il n'est pas nécessaire, sans doute, de prouver à
quiconque a la moindre notion des lois, combien
des négociations politiques entre des sujets d'un état
et les gouvernemens étrangers, sont criminelles, indé-
pendamment même des motifs qui les ont fait entre-
(29)
prendre; mais l'odieux de ces motifs jette un grand
jour sur les entreprises dont doivent être capables
ceux qu'ils ont poussés à de si étranges procédés.
Quel était le but des négociateurs du gouvernement
occulte?..... de montrer , disent-ils, par quelle série
d'événemens le gouvernement de France s'était éloi-
gné peu à peu de la ligne qui pouvait assurer l'éta-
blissement du Roi (1). Mais le Roi était établi ! la
Charte avait pourvu à tout, et avait tout réglé ! quel
homme en France avait le droit de s'occuper d'établir
(1) Nous avons cherché à faire voir comment, en ne prenant aucun
des moyens nécessaires pour établir la monarchie, ou préparait le
triomphe de la révolution.
Ces opinions paraissaient naguères partiales, et elles trouvaient des
contradictions dans ceux qui n'avaient pas assez observé la France, la
marche des esprits , et la nature du gouvernement qu'elle essayait. Au-
jourd'hui le mal est tel, les intentions révolutionnaires sont tellement
à découvert et si publiquement avouées, que les esprits les plus obsti-
nés ont été obligés de se rendre à l'évidence, et qu'il n'en est plus un seul
qui se refuse à déclarer que le Roi est placé sans appui au milieu du tor-
rent de la révolution.
En effet, la révolution occupe tout, depuis le cabinet du Roi, qui en
est devenu le foyer, jusqu'aux dernières classes de la nation, qu'elle agile
partout avec violence.
Les principes destructeurs de notre monarchie sont professés à la tri-
bune par des ministres du Roi. (a).
Des écrits audacieux sapent tous les fondemens de l'ordre social (b);
et les lois répressives ne font obstacle qu'aux écrivains qui soutiennent
la monarchie et la légitimité. ( Extrait de la dernière Note secrète
connue.)
(a) Voyez le discours du ministre de la police sur la liberté de la presse, et celui du ministre
de la guerre sur la loi du recrutement.
(b) Comme la Minerve, le Recueil des Pièces historiques, les Lettres Normandes , etc., etc.
(30)
le Roi? Un pareil langage n'est-il pas l'aveu de la réso-
lution bien arrêtée de donner une nouvelle forme de
gouvernement à la France, et de replacer, malgré le
Roi, sur sa base vermoulue, l'idole de l'antique mo-
narchie?....
Cette façon de s'exprimer sur ce qu'ils appellent le
gouvernement de France, n'est-elle pas celle de gens
qui ignorent qu'il existe une Charte, ou qui rient en-
tre eux de l'illusion de ceux qui croient en avoir une?
Si le gouvernement de France était resté sur la ligne
tracée par la Charte , qu'y avait-il à lui reprocher ? et
qu'entendent-ils par ces mots : la ligne qui pouvait
assurer l'établissement du Roi ?
La position et la marche actuelle du gouverne-
ment de la France ( ajoutent les rentrés ) conduisent
au triomphe certain et prochain de la révolution !
La révolution étant une chose faite et passée, et ceux
de ses résultats qui doivent lui survivre étant fixés par
la Charte, quel est ce triomphe prochain dont les ren-
trés sont effrayés? Ou cette phrase ne veut rien
dire, ou elle signifie que dans peu la contre-révolution
sera impossible, si on n'y prend pas garde.
Après avoir établi que la prolongation de l'occupa-
tion du territoire français est le seul parti digne de la
majesté des rois alliés (1) , les rentrés examinent les
(1) L'occupation réelle du territoire était justifiée par les circonstan-
ces où elle fut décidée, par le besoin que l'Europe avait de garantie , par
l'intérêt même de la France; et cependant on a senti les inconvéniens
(31 )
cinq combinaisons par lesquelles ils supposent que
l'on peut songer à éteindre la révolution (le gouver-
nement représentatif. )
Les uns croiront peut-être, disent ces Messieurs,
éteindre la révolution en partageant la France, ou
l'occupant militairement.
qu'on n'a pas su prévoir , an point que les plus intéressés la regardent
désormais comme impossible et comme inutile pour défendre l'Europe
de la révolution de France. Quels serontdonc ces moyens que l'on croi-
rait pouvoir employer, pour arrêter les explosions révolutionnaires ,dont
la présence des armées étrangères nous a seule garantis? Pensera-t-on
que des armées plus nombreuses , placées au dehors le long de nos fron-
tières, on groupées en masses imposantes sur quelques-uns de leurs points,
seront de meilleurs remparts ? Pourquoi paraîtraient-elles plus
rassurantes ? Seront-elles plus unies sous un même ou sous un plus ha-
bile chef ? Quand la ligne eu sera prolongée sur une étendue trois fois
plus grande, leur action sera-t-elle plus rapide sur le centre de la Frauce
qu'elle ne pouvait l'être ? Dira-t-on que cette occupation , changée en
blocus, serait moins irritante pour l'esprit de la nation ? Non : la crainte
salutaire qu'elles imposaient, sera moindre à proportion qu'elles seront
plus éloignées, plus étendues, plus divisées; et l'irritation qu'elles
pouvaient inspirer à ceux qu'elles comprimaient sera plus forte encore:
d'abord parce que les moyens de les attaquer seront plus disponibles et
plus certains; ensuite, parce que cet état menaçant contre eux, leur pa-
raîtra moins justifié, sa durée moins déterminée, l'union des puis-
sances moins assurée, enfin, parce que ce système de compression
sera réellement plus hostile. Qu'on ne s'y méprenne pas : on changerait
les embarras et les inconvéniens qu'on a appris à connaître, contre d'an-
tres qui ne seraient préférés, que parce qu'on ne saurait pas les apprécier.
Enfin, la pensée d'abandonner la France aux fureurs de la révolution,
est injuste et cruelle: elle avilirait la majesté des rois; elle effacerait
l'honneur que les couronnes avaient retrouvé dans les glorieuses époques
de 1814 et 1815 ; elle déchirerait la plus belle page de leur histoire.
On ne peut pas supposer une pareille détermination ! ( Extrait de
la dernière Note secrète. )
(32)
Le sang tout français des rentrés se révolte à cette
pensée; ils ne peuvent se résoudre h la discuter poli-
tiquement, et ils s'en réfèrent à une de leurs notes
antérieures, qu'ils datent du 15 août 1817 (1), où les
(1) Extrait de la note du 15 août 1817. Bien n'est exagéré dans les
craintes que nous exprimons : l'avenir les justifiera toutes ; et si les bor-
nes de cet écrit permettaient d'en accumuler les preuves, on les porte-
rait à l'évidence ; mais quelles que soient les leçons de l'expérience,
elles seront encore perdues pour les souverains de l'Europe ; ils s'endor-
miront dans une trompeuse sécurité ; ils chercheront à se garantir
de nos avertissemens , plutôt qu'à se garantir du danger , ou
bien ils se flatteront d'arriver toujours à temps pour le prévenir ;
et ils penseront que les 120 mille hommes de l'armée d'occupation
suffiront pour étouffer les mouvemens dangereux , pour comprimer
l'insurrection, quand elle aura éclaté. Ils se trompent: la France sera
embrasée, avant que ces faibles moyens puissent apporter un secour
suffisant pour éteindre l'incendie La France a deux fois souffert l'in-
vasion, parce que les alliés portaient avec eux, et pour ainsi dire sur
leurs drapeaux , de grandes espérances: celles d'un gouvernement qui
avait pour lui de grands souvenirs de bonheur, et des garanties d'un re-
pos durable. Ces espérances ont été déçues ; et cette fois on ne les verrait
plus arriver qu'avec l'horreur qu'inspire l'ennemi qui n'a plus rien à
nous offrir en compensation des maux de la guerre. Le prince qui les rap-
pellerait, faute d'avoir su gouverner lui-même, deviendrait odieux à la
nation entière; et le parti qui chercherait son appui dans leurs armes,
serait aussi ennemi que les étrangers, et serait repoussé avec eux. D'ail-
leurs, que Seraient 120 mille hommes qui devraient occuper la France,
contré le sentiment profond d'horreur qui s'établirait contre eux dans
toutes les classes de la nation? Croirait-on qu'on aurait le temps, les
moyens, de rassembler encore une fois un million d'hommes pour les jeter
sur cette malheureuse France ? On ne le pourrait pas dans un an ; et dans
vingt jours la France entière serait un camp, une citadelle impénétrable
dont la population entière formerait la garnison. Se tromperait-on au
point de croire qu'on pourrait ensuite, par une longue guerre , la
démembrer et partager ses provinces? et regarderait-on ce moyen comme
le dernier coup à porter à la révolution? On serait dans une bien grande
erreur : la France est trop compacte pour se prêter à un morcellement;
(33)
résultats de si exécrables déterminations sont dé-
montrés. La véritable raison (mais ces messieurs n'en
parlent pas), c'est que le partage de la France , au
profit des étrangers, ne s'arrangerait peut-être pas
avec la tolérance d'un gouvernement occulte qui se
trouve si bien de sa position actuelle.
Les mêmes rentrés ne veulent pas davantage d'un
changement de dynastie, car la nouvelle pourrait bien
ne pas s'adresser à eux pour négocier avec l'étranger
et régler les affaires de l'intérieur.
Détruire le gouvernement représentatif est encore
un moyen dont messieurs les rentrés pèsent les avan-
tages et les inconvéniens ; le passage suivant établit
combien ce régime leur déplaît.
« On voit qu'il existe une contradiction de premier
» ordre entre l'établissement du gouvernement repré-
» sentatif qui constitue les partis, et la marche inter-
» médiaire du gouvernement qui prétend les détruire,
" En effet, d'un côté on a appelé les diverses opinions
des liens trop anciens et trop forts en tiennent les peuples attachés.
Outre cela , la première ville que l'on voudrait conquérir, le premier
canton qu'on voudrait livrer comme la proie d'un des co-partageans,
serait bientôt pour eux une occasion de discorde. Enfin , quand des ar-
mées innombrables occuperaient le sol, et quelle armée ne faudrait-il
pas pour occuper la France ! quand rien ne pourrait plus déguiser à ses
yeux l'horreur de son sort; alors même, dis-je , une dernière ressource
une ressource infaillible, lui resterait, la corruption de ses vainqueurs ;
et la France révolutionnaire décomposerait les armées victorieuses par
le poison des idées révolutionnaires. (C'est peut être déjà fait. Note de
l'auteur. )
4
(34)
» qui forment et lient les partis , à se prononcer
" avec toute l'indépendance qui caractérise la souve-
» raineté, et d'un autre côté, on a usé tous les ressorts
» de l'autorité royale pour étouffer leur expression.
» D'une part, on leur a ordonné de parler; et de l'autre,
» on leur a commandé de se taire ; d'un côté, on a
» rassemblé les partis, on les a mis en présence, on
» leur a donné un champ de bataille, des armes, des
» chefs et des drapeaux ; et de l'autre, le gouverne-
« ment, tout seul et isolé qu'il était, a eu la préten-
» tion de les désarmer et de les disperser. On s'est
» placé, d'une part, dans l'obligation rigoureuse d'ob-
» tenir leur assentiment , et de l'autre on a voulu
» marcher d'une manière indépendante des intérêts
» des uns et des autres. Enfin, on a établi une forme
» de gouvernement qui ne peut manquer de créer dés
» partis dans le pays même où il n'en existerait pas
» les premières traces ; et on a établi en principe qu'il
» fallait détruire les partis dans un pays où ils exis-
" taient aussi fortement prononcés depuis trente ans.
» Que pouvait-il résulter de ce tissu d'inconséquen-
» ces, et d'inconséquences qui s'attachaient aux bases
» mêmes et à l'essence du gouvernement? Ce qui
» est en effet résulté : que le gouvernement, témoin
» inutile de la lutte qu'il ne saurait empêcher, se
» trouve froissé et brisé, au milieu des chocs des deux
» partis ennemis, et qu'il n'a échappé à son entière
». destruction, qu'en appelant les secours les plus pré-
» caires et les plus dangereux pour sa stabilité. »
( 35 )
Ces secours précaires et dangereux, comme l'o-
pinion publique, par exemple , et l'attachement aux
libertés garanties par la Charte, sont bien moins ras-
surans, en effet, que les longues rouillardes et les
principes un peu rouilles que les rentrés pouvaient
offrir à un prince qui eût voulu s'y fier ; mais il est
cependant des motifs qui les décident à ne pas renon-
cer trop brusquement à une espèce de représentation.
Il leur faut beaucoup d'argent; et s'il n'y avait pas au
moins un fantôme de représentation pour cet objet :
« Qui oserait, disent-ils, se charger de demander à la
». France les sacrifices que de dures circonstances lui
» ont imposés, quand elle peut à peine en trouver
» les moyens dans le concours de sa volonté et de ses
» efforts ?»
Cette noble et généreuse considération doit ajour-
ner encore, pour quelque temps, l'abolition du système
représentatif.
Avant de s'adresser aux deux empereurs et au roi
de Prusse pour en obtenir le régime qui convient à la
France , messieurs les rentrés avaient bien voulu tenter
de ramener le Roi et ses ministres aux principes
qui peuvent établir la monarchie; mais la première
condition ( et c'était une condition sine quâ non
de leur protection ) eût été de rattacher a eux tous
ceux qui veulent, avec passion, établir la monarchie
légitime; il paraît qu'il n'y eut pas moyen de s'arran-
ger. Des notes de 1816 et 1817, ont bien expliqué
par quel concours de circonstances le Roi et les mi-
36 )
nistres actuels ( ceux d'alors ) ont été entraînés hors
de toutes les doctrines monarchiques. Nous regrettons
bien de n'avoir pas ces notes sous les yeux; mais il
faut que ces ministres d'alors aient eu le coeur bien
dur, pour résister à des invitations comme celles-ci.
« Rattachez-vous, disaient les rentrés aux ministres,
» aux seuls principes qui puissent établir la monar-
» chie ; renoncez à vos haines contre ceux qui veulent
» franchement la défendre. A quoi nous servira votre
" pouvoir, à quoi nous servira votre fidélité, si, em-
» portés par d'aveugles passions, vous ne savez pas
» faire usage de l'une, et que vous repoussiez l'autre ?
» Qu'avez-vous à espérer des amis que vous cherchez
» dans les partis de la révolution? ils avouent haute-
» ment le projet de renverser le trône. Espérez-vous
» quelque sûreté pour vous sur ses débris? Qu'avez-
» vous à craindre de nous ? tous nos sentimens sont
» pour le Roi ; les ministres de son choix seront nos
» chefs naturels, à l'instant où ils voudront embrasser
» franchement avec nous les principes et les doctrines
» qui peuvent assurer à notre malheureuse patrie et
» à nos enfans, le bienfait de la monarchie légitime
» solidement établie. »
Les ministres, sourds cette voix de paix et de con-
ciliation répondaient Nous voulons bien que vous
veniez vous ranger sous nos bannières désertes; nous
acceptons une force que, malgré tous nos efforts,
nous n'avons pu briser mais nous l'acceptons
pour la détruire, pour qu'elle nous serve veuglé-

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