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Chers concitoyens,
La crise électorale approche. Nous la traverserons,
je l'espère, non-seulement en paix, mais encore dans
un esprit de bienveillance réciproque.
Un douloureux épisode a marqué l'élection par-
tielle du mois d'août dernier. L'imprudence des
agents du gouvernement a failli coûter la vie à l'un
de nos honorables compatriotes, en dispersant par
la force une réunion électorale. M. le ministre de l'in-
térieur a, dans la défense de cette mesure, émis à la
tribune du Corps législatif des assertions inexactes
et injustes pour notre population. L'honneur de notre
cité a été vengé par la protestation unanime de ses
conseillers municipaux.
Cessons de parler, sans l'oublier, de ce grave inci-
dent qui a excité en faveur de la population de Nîmes
les sympathies générales, et concentrons toute notre
attention sur la grande épreuve électorale où nos prin-
cipes traditionnels, nos sentiments intimes, nos inté-
rêts les plus précieux, notre avenir social et politique
sont engagés.
Aucune candidature ne s'est encore révélée parce
qu'aucun de ceux qui aspirent à l'honneur de repré-
senter l'arrondissement de Nimes dans le Corps légis-
latif n'a cru devoir devancer le voeu spontané des
électeurs. C'est ainsi que, dans un pays libre, on de-
vrait toujours procéder, afin d'éviter les inconvénients
inséparables des brigues électorales, et de laisser au
peuple toute liberté dans ses choix.
Toutefois il est temps de s'entendre sur l'esprit
qui doit présider à l'élection, en se pénétrant des exi-
gences d'une situation politique qui, sans être aussi
périlleuse qu'à d'autres époques, est très-grave au
point de vue des questions d'avenir social que la pro-
chaine législature est appelée à résoudre.
Dans un arrondissement dont l'esprit public tradi-
tionnel a survécu à tant d'épreuves, et récemment
encore au partage de son chef-lieu en trois tronçons
électoraux arbitrairement adjoints à des arrondisse-
ments voisins, les esprits sont trop indépendants pour
se laisser jeter en quelque sorte dans le même moule ;
et quelque fermes qu'y soient, dans chaque parti, les
convictions religieuses et politiques, on a pu se
diviser sur des questions de tactique. Le moment est.
venu de parler en toute liberté et sincérité, et d'offrir
aux réunions électorales privées qui doivent néces-
sairement précéder les réunions publiques le terrain
d'une discussion libre et réfléchie.
La première condition à exiger des candidats, c'est
une parfaite sincérité.
Quiconque aspire à l'honneur de représenter ses
concitoyens au Corps législatif doit formuler nette-
ment, sans réticence et sans arrière-pensée, le pro-
gramme de ses principes. Qu'on n'essaye pas de re-
courir aux déguisements d'opinions, et aux hypocrisies
de langage. Ce qu'on pense, ce qu'on veut, il faut
que le peuple le sache, car c'est du peuple qu'émane
le mandat législatif. Les allures franches d'une poli-
tique, ferme dans ses convictions, simple et honnête
dans ses moyens, sont préférables, pour des hommes
qui veulent l'ordre et la liberté, aux mystères suspects
et aux combinaisons cauteleuses d'une stratégie sans
principes. Le peuple veut savoir où il va. Il se défie
des chemins tortueux et demande que ses représen-
ants suivent avec lui la voie droite. Nous touchons,
à un de ces moments solennels où tous les masques
doivent tomber, où toutes les convictions conscien-
cieuses doivent s'affirmer avec la liberté que com-
porte une constitution qui ne permet pas qu'on la dis-
cute, mais qui autorise la controverse dans les li-
mites qu'elle a tracées.
L'opposition parlementaire démocratique a fait
depuis quelque temps de l'arrondissement de Nîmes
le théâtre de ses manifestations les plus énergiques.
Ses orateurs les plus éminents ont réuni à Nîmes, à
Calvisson et ailleurs, des milliers d'auditeurs qui ont
acclamé leurs principes.
Quelle doit être notre attitude, à nous chers conci-
toyens? Nous avons vu avec douleur, vous le savez
tous, tomber en 1830 la monarchie légitime, nous
avons lutté dix-huit ans contre un régime d'inégalité
politique et locale, mais c'est par d'autres mains que