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Les élémens de l'histoire générale simplifiés : à l'usage des écoles primaires / par G. G. Bredow ; ouvrage traduit de l'allemand par M. J.-L. Moré,...

De
142 pages
A. Delalain (Paris). 1833. 1 vol. (IV-138 p.) ; in-12.
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LES
it & â a a a a
DE
L'HISTOIRE GÉNÉRALE
SIMPLIFIÉS,
PAR G. G. BREDOW,
A U»5Î^.DES ÉCOLES PRIMAIRES;
~'- OV V RAGE
•^A^UR^^E L'ALLEMAND
,
\A~. J. L. MORÉ,
G E N E V E.
Al
PARIS,
DE L'IMPHIMERIE D'AUGUSTE llELALAIN,
r.1BRAIRE-ÉDlT., RUE DES MA.THURINS-S®-JA.CQTJES) K° 5.
IFR DCCO XXXIII.
Les. Exemplaires exigés par la loi ont été
déposés à la Bibliothèque royale et à la Di-
rection de l'Imprimerie.
Toute contrefaçon de cette Edition sera
poursuivie conformément aux lois.
Toutes n és Editions sont revêtues de ma
griffe.
C^o j
PRÉFACE
DU TRADUCTEUR.
- UN savant professeur G. G. BREDOW^
venait d'être nommé recteur du collège
d'EuTiN , quand il fut sollicité par le régent
de la troisième classe, de faire choix du li-
vre élémentaire qui devait servir aux élèves
pour leur apprendre l'histoire. Bredow revit
tous les auteurs qui avaient travaillé sur cette
partie des études; il ne tarda point à se con-
vaincre que, si les uns laissaient beaucoup
à désirer par leur b rièv été, les autres avaient
trop d'étendue, et n'étaient pas assez spé-
ciaux ; il ne trouva donc pas de moyen plus
simple pour sortir d'embarras, que de com-
poser lui-même un traité approprié à l'usage
auquel on le destinait : cet ouvrage clas-
sique parut sous le titre de : Récit dé-
taillé des événemens les plus remarqua-
bles de 1/ Histoire générale du monde 9
pour servir à l'élude de l'histoire.
Ce livre dont l'excellence fut bientôt re-
connue , ne demeura point l'apanage ex-
clusif du collége d'Eutin j il se répandit
promptement dans toute l'Allemagne. Pour
qu'il devint encore plus à la portée de tous,
il en fut fait un abrégé ( celui que nous
publions aujourd'hui), lequel, en peu d'an -
IV PRÉFACE DU TRADUCTEUR.
nées, compta dix-huit éditions successives;
certes le mérite de l'ouvrage justifie un suc-
cès aussi brillant. Bredow est non seule-
ment estimé de l'Allemagne entière, mais la
France savante lui rend aussi justice. Voici
comment M. De Gérando s'exprime à son
égard, dans son Cours Normal des institu-
teurs primaires , en parlant des méthodes
et des livres qu'ils doivent adopter de pré-
férence : (( Vous pouvez employer pour
ti l'instruction des enfans j la traduction
(( française de l'ouvrage que Bredow a pu-
o blié en Allemagne, et qui y a obtenu un
« succès aussi général que mérité ; il em-
« brasse l'Histoire universelle , et a pour
cc objet de la mettre à l'usage des écoles. »
Désirant vivement voir la jeunesse
française profiter des leçons de l'auteur
allemand , j'ai traduit l'abrégé de son
ouvrage , bien convaincu que je faisais
là une chose utile. Qu'il me soit permis
d'ajouter que ma traduction a été faite avec
eonscience; j'ai constamment cherché à
gendre la pensée et le texte de l'auteur.,
ce qui est surtout de rigueur, quand il
s'agit défaits et d'événemens qui appar-
tiennent à l'histoire.
J - l
- k t:
■ j 'i i
Rist. gén. 1
LES ÉLÉMENS
DE L'HISTOIRE GÉNÉRALE
SIMPLIFIES.
1. Objet de l' histoire générale.
XJjne foule d'hommes remarquables ont vécu -
avant notre époque ; il en est qui ont fait
beaucoup de bien et quelquefois du mal : ils.
eurent des destinées très-variées. Des événe-
rnens mémorables se sont passés sur la terre :
de grands royaumes furent fondés et détruits ;
des contrées stériles devinrent fertiles par
l'activité des hommes ; d'autres qui étaient
fertiles sont devenues désertes. On ne peut
voir, sans un étonnement plein d'admiration,
ces changemens se succéder les uns aux autres.
Nous possédons dans notre existence civile et
domestique une multitude d'institutions qui
furent ignorées de nos ancêtres ; nous jouis-
sons de mille découvertes , appliquées diver-
sement à l'agriculture , aux métiers et aux
arts , qui ne furent faites ou perfectionnées
que successivement.
L'histoire ne nous transmet que les plus
imporians de ces hommes , les plus remar-
quables de ces événemens , de ces institu-
tions , de ces découvertes. Il n'est ni pos-
'sible ni nécessaire de tout saVOlr, parce que
déjà il existe une bien grande quantité de
choses importantes. On répute important
2 LES ÉLÉ MENS
tout ce qui peut avoir des suites graves , .soit
en bien, soit en mal, quoique dans le principe
ce ne soit souvent qu'une bagatelle ; il en est
de même de tout ce qui exigea de grands pré-
paratifs.
2. Fornlation et aspect de notre terre
ferme.
Au commencement Dieu créa le ciel et la
terre. La terre était vide et déserte. La terre
et l'eau n'étaient point séparées l'une de
l'autre, et il n'existait nulle part une plante
ni un être vivant. La terre et l'eau se sépa-
, rèrent peu à peu : des pro f on d eurs s'affaissè-
rent par les feux intérieurs ; les eaux s'y re-
tirèrent et formèrent les mers. Des corps
durs ou qui se durcirent , des coquillages
pétrifiés des poissons et des plantes marines
se. superposèrent par couches; des rochers
s'élevèrent, qui, comme les os dans l'homme ,
devinrent le squelette de la terre ; autour
de ces rochers se formèrent les continens ;
ils furent aussi un point de résistance à la
tempête et à la mer , pour-que celles-ci n'em-
portassent pas les terres nou encore affer-
mies : enfin, un ouragan venant du sud-ouest
donna à la surface de notre globe sa forme
actuelle.
Cette tempête effroyable emporta le sol de
l'hémisphère méridional ; il n'y eut que des
pointes de rpcher qui seules résistèrent ; ce
sont elles qui forment aujourd'hui les pro-
montoires saillans etrentrans : la plus grande
partie de ce sol fut lancée vers le nord-est.
Néanmoins cette forme ne saurait être ni d une
durée éternelle, ni invariable ; il s'opère jour-
DE L'HISTOIRE GÉNÉRALE. 3
nellement de nouvelles révolutions, mais elles
ne sont que partielles. Des élévations s'affais-
sent, des plaines deviennent des sommités ;
des pays sont submergés, tandis que certaines
profondeurs de la mer se dessèchent insensi-
blement. Quels changemens peut amener en-
core un tremblement de terre , tel que celui
qui, le premier novembre 1755, bouleversa
Lisbonne et les contrées voisines!
3. Création des plantes, des animaux et de
l'homme.
Le sol ainsi affermi, reçut de Dieu la force
de nourrir les végétaux ; la mousse et l'herbe;
les plantes et les légumes ; les fleurs et les
arbres. La puissance fie Dieu créa ensuite les
animaux : les reptiles qui rampent sur le sol ;
les bêtes des champs et des forêts ; les volatiles
qui peuplent les airs, et- les poissons qui ha-
bitent les eaux : chacun ayant dans son espèce
la faculté de se reproduire.
Lorsque tout ce qui était nécessaire aux
besoins de l'homme exista , il fut créé lui-
même. Elu roi de la terre par sa raison , il
ressembla par elle à Dieu , dont il est l'image.
Au commencement, deux créatures , Adam et
Eve , furent placées dans une contrée si riche
en. fruits non cultivés , et si belle par sa na-
ture , qu'on l'appela jardin de délices ou Pa-
radis. C'est de ce couple primitif que toutes
les nations et toutes les races d'hommes qui
peuplent la terre ont tiré leur origine , quelle
que soit d'ailleurs la différence de leur couleur,
de leur force et deèeur genre de vie.
4 -. LES ÉLÉMENS
4- Manière de vivre des premiers hommes ;
premières découvertes.
Les premiers hommes vivaient sans travail
des produits que la terre leur offrait d'elle-
même. Ils ne portaient aucun vêtement, ou
il ne se composait que de feuilles d'arbres
réunies ensemble , et plus tard de peaux d'a-
nimaux. Leur habitation était l'ombre d'un
arbre ou une grotte. Cependant Dieu n'avait
point placé l'homme sur cette terre pour y de-
meurer oisif : l'homme devait y développer les
forces de son corps et les facultés de son esprit ;
l'homme doit travailler , penser , apprendre
et découvrir.
Les grands phénomènes de la nature , le
tonnerre, la tempête, les inondations furent
peut-être les premiers objets de ses réflexions ,
et le conduisirent à uîie vie active ; mais ce qui
y contribua le plus, ce fut la nécessité , qui,
suivant un ancien adage , est la mère de la
sagesse : c'est elle qui, dès" les premiers temps,
contraignit les hommes à se défendre contre
les attaques des animaux. Pour y parvenir- ils
durent avoir des armes : elles se trouvent ainsi
être une des plus anciennes découvertes. Au
commencement , ces armes étaient grossières :
une branche d'arbre , un jeune tronc , une
pierre lancée , voilà ce qui fut d'abord la mas-
sue , la lance , la fronde.
Tandis que les hommes tuaient ou prenaient
de la sorte les animaux , ils goûtèrent de leur
chair , ou par hasard, ou peut - être parce
que toute-autre nourriture manquait ; ils la
trouvèrent vraisemblablement savoureuse : dès-
DE L'HISTOIRE GÉNÉRALE. 5
lors ils ne se servirent plus seulement de leurs
armes pour se défendre , mais aussi pour at-
taquer : ils devinrent chasseursr Alors ils du-
rent faire la remarque que plusieurs animaux
étaient moins sauvages que d'autres, et qu'on
pouvait les habituer facilement à l'homme :
ils les apprivoisèrent, les nourrirent ;.-et ces
animaux fournirent à leur tour à la nour-
riture de l'homme qui , de chasseur , devint
aussi berger. La nourriture venait - elle à
manquer quelque part ; aussitôt les tentes,
première habitation artificielle des hommes,
étaient levées; on poussait plus loin, vers
d'autres contrées, pour y chercher des pâtu-
rages nouveaux.. Ces peuples de bergers , sans
domicile fixe , furent appelés Nomades ; et
quelques nations vivent encore aujourd'hui
de cette manière , particulièrement en Asie.
, 5. Découverte de agriculture et de ses
principaux instrumens.
Cependant, ni les mœurs sauvages du chas-
seur , ni la vie toujours errante du berger ,
n'offraient à l'homme assez de repos pour
pouvoir développer ses belles facultés : aussi
est-ce seulement avec la découverte de l'agri-
culture , que commence le vrai perfectionne-
ment de la race humaine. C'est encore la
nécessité qui conduisit à cette découverte ,
faite vraisemblablement en différens lieux de
la terre. Un hasard , dirigé par la divinité,
vint à l'appui des pensées de l'homme-obser-
vateur et attentif, qui jeta le premier de la
semence dans la terre pour en retirer des fruits.
Nous ne connaissons point à la vérité les
G LES ÉLÉMEWS
hommes qui les premiers firent cet essai ; mais
sans savoir leur nom, nous les honorons comme
les plus grands bienfaiteurs de l'humanité.
Après la découverte de l'agriculture, durent
bientôt suivre la construction de maisons plus
solides , les douceurs de la vie domestique ,
et bientôt enfin la réunion d'hommes en so-
ciétés : cependant l'agriculture, à son origine t
dut être bien imparfaite. La charrue, la herse,
la faucille, et tant d'autres instrumens dont
nous nous servons aujourd'hui , ne furent
point immédiatement trouvés par les premiers
agriculteurs. La découverte de ces instrumens
et leur perfectionnement furent l'ouvrage du
temps ; et de nos jours , combien de peuples
ne les connaissent pas encore ou ne les pos-
sèdent que très-imparfaits ? Nous ne sommes
point nous mêmes arrivés au véritable but; il
existe encore une multitude de directions fau-*
tives et mal entendues, qui devront être amé-
liorées : il est dans l'agriculture des perfection-
nemens supérieurs, que l'esprit de l'homme
doit chercher à atteindre.
6. Découverte de l'art de cuire le pain, des
moulins et des boissons artificielles.
Le plus généralement aujourd'hui , nous
nous servons de blé pour faire le pain , et nous
le faisons cuire; mais les peuples anciens ne
connaissaient point cet art. Ils mangeaient les
grains de blé crus, ainsi que les autres fruits;
ils les attendrirent ensuite dans l'eau, puis ils
les réduisirent en bouillie; mais l'usage le plus
général dans l'antiquité était de rôtir Je-grain.
Une des découvertes les plus importantes ,
DE L'HISTOIRE GÉNÉRALE. ?
qui dut précéder la cuisson du pain , fut celle
des moulins pour obtenir de la farine : à la véi
rite, Moïse connaissait les moulins, mais ce n'é-
taient que des moulins à bras, mûs par des hom-
mes. On ne construisit guères les moulins à eau
qùe vers le temps de la naissance de Jésus-
Christ. Les moulins à vent ne sont connus que
depuis l'an noo, et leur construction per-
fectionnée n'a. eu lieu que depuis 200 ans,
encore de nombreuses améliorations peuvent-
elles y être introduites. Dans l'antiquité , où
ces moulins perfectionnés n'étaient pas connus,
la farine n'était ni aussi fine ni aussi nette.
Les Romains et les Grecs faisaient de leur fa-
rine une bouillie qui servait à leur nourri-
ture quotidienne. Les Israélites pétrissaient
une pâle, y ajoutaient un levain , et en fai-
saient des gâteaux minces et étendus qu'ils
'cuisaient sous les cendres , ou peut-être , ainsi
que le font encore aujourd'hui certains peu-
ples non civilisés , en les plaçant entre des
pierres chauffées ; ils mangeaient ce pain
qu'ils rompaient en morceaux.
Un autre usage très-répandu a été de brasser
de la bière avec le grain : mais cet art est
d'une origine bien plus moderne. Cependant
on raconte que les peuples de la Germanie (Al-
lemagne) , il y a pfus de 2000 ans , faisaient
déjà une boisson semblable au vin , avec de
l'orge grillé et cuit. Il n'est presque aucun
pays dans le monde , où l'eau pure soit restée
l'unique boisson.
8 Les élémèns
7 Premier moyen d'obtenir du feu ; de cuire;
de travailler les métaux; de construire des
maisons.
La manière de faire du feu était même
inconnue aux anciennes races des hommes ,
comme elle l'est aujourd'hui encore à bien
des peuples sauvages. Le feu mis par un écldir,
frappant quelque moelle d'arbre du genre de
l'amadou , et où l'incendie se conserva , put
fixer Fattentiori de quelque homme obser-
vateur, qui aura cherché à entretenir ce foyer.
D'autres trouvèrent peut-être le feu par le
frottement de pièces de bois sèches.
Cette découverte fut, pour les hommes, une
des plus importantes et des plus heureuses. Dé-
sormais ils purent préparer leurs mets d'une
manière plus savoureuse et plus digestive ;.
former des vases pour les cuire, découvrir l'art
du potier. Seulement alors , la connaissance
des métaux fut utile ; on put les fondre , les
purifier , les faire rougir pour les former sous
le marteau. Aux temps les plus anciens, le fer
n'était pas en usage; le métal dont on se
servait généralement était le cuivre. -
Dès que , par plusieurs circonstances fa-
vorables , l'art du forgeron - eût été décou-
vert , les outils nécessaires à tous les besoins
de la vie , furent confectionnés les uns après
les autres , et l'on put faire des con-
structions plus solides. A Babylone, et plus
particulièrement en Egypte , on construisit
en pierre d'une manière moins grossière.
Les Egyptiens élevèrent , il y a plus de
4ooo ans , d'immenses monumens en pierres
DE L'HISTOIRE GÉNÉRALE. 9
*1
taillées, qui existent encore pour la plupart,
et font l'admiration du-monde. Cependant les
plus beaux édifices furent construits par les
Grecs dans les siècles qui précédèrent la nais-
sance dg Jésus-Christ : c'-est d'eux que nous ap-
primes et que nous apprenons encore la belle
architecture.
8. Formation des différentes langues sur la
terre y dispersion des hommes.
La première manifestation de la raison chez
l'homme , fat la parole. Les sensations de la
douleur, de la joie, de la surprise, de la
crainte, provoquèrent l'émission de sons ,
presque involontaires , comme ceux que pous-
sent les animaux : ah ! o ! ou Tels durent
être les premiers commencemens des langues.
L'homme entendit le cri des animaux , et le
contrefit ; il entendit le bruit du tonnerre ,
le mugissement du vent, le fracas de la mer,
le doux murmure des sources et des ruisseaux ;
il imita avec l'instrument du langage les sons
qu'il avait entendus ; il" ne tarda point à dé-
couvrir l'analogie qui existe entre l'impres-
sion de ce qui avait frappé ses yeux , et
ce qui frappait son oreille. Les couleurs
vives et les sons aigus d'un cri, produisirent
en lui une sensation égale; ils furent donc
marqués par des exclamations semblables..
C'est ainsi que les hommes formèrent, pour
les choses qui les environnaient , ainsi que
pour les pensées qu'elles faisaient naîire ,
des sons semblables aux impressions nées de
ces choses.
I A LES ULÉ MENS
La langue que parlèrent les premiers hom-
mes nous est inconnue ; la plus ancienne qui
nous ait été conservée , est l'hébraïque dans
les livres de Moïse.: déjà elle devait être
très - différente» de fia langue des premiers
hommes. A peine pouvonjs-nous comprendre
la langue parlée et écrite dans notre pa-
trie , il n'y a pas encore mille ans ; tandis
que des premiers hommes à Moïse , il s'était
déjà écoulé 3ooo années : bien.plus, - ce der-
nier ne vivait point dans la patrie originaire
de l'espèce humaine. A mesure que les hommes
se multiplièrent , ils durent se répandre dans
toutes les régions de la terre : les uns pous-
saient les autres en avant : et comme dans ces
divers pays ils apprenaient à connaître aussi
des choses' nouvelles ; qu'ils y faisaient des
découvertes- ignorées jusqu'alors ; qu'ils pre-
naient d'autres usages , toutes ces causes'ap-
portèrent dans leur langage des changemens ,
indépendamment des variantes que fait subir le*
temps/aux langues qui se forment si différem-
ment les unes des autres , qu'à peine on peut
reconnaître qu'elles soient sorties d'une origine
commune. Mais il est bon de remarquer,
que ces langues si diverses , composées de mots
innombrables, se forment toutes, à peude chose
près, des vingt-quatre mêmes lettres de l'alpha-
bet ; il est également remarquable , combien
ces mots se lient à la pensée pour la rendre
précise, claire et bien sonnante, et comme, par
euX: , les hommes peuvent agir puissamment
sur leurs semblables.
DE L'HISTOIRE GÉNÉRALE. II
9. Formation des États.
, A la..naissance de l'agriculture, plusieurs
familles, jadis seules, se réunirent et bàtirent
des villages et des villes. Ainsi que daas l'in-
térieur d'une famille, le père règne , entre-
tient l'ordre et les mœurs, inflige même des
punitions ; de même les hommes , désormais
réunis en une jgrande famille , sentirent le
besoin d'un semblable père de famille ; car
sans. un juge protecteur, les faibles et les pau-
vres sont particulièrement livrés à l'arbitraire
des forts et des riches ; tous seraient devenus
la- proie des animaux sauvages ou des bandes
d'hommes étrangers , eu l'absence de l'ordre
et d'un chef.
1 Celui qui, dans ces temps r se distinguait -
par son courage et sa prudence , voyait la mul-
titude se réunir à lui , obéir à ses ordres à la
fifuerre^, et s'habituer ainsi à l'honorer comme
maître en temps de paix. C'est ainsi que Nem-
rod , faîneux chasseur, fut le premier qui com-
mença à devenir puissant dans son pays ( l'As-
syrie ). Ainsi celui qui se distinguait par sa
sagesse., sa justice dans les conseils et les
jugemens, devenait l'homme auquel.on s'adres-
sait de préférence dans les momeus difficiles et
lors des discussions ; sa sagesse l'élevait peu
à peu au rang de juge commun ou de
prince du peuple : tel fut Déjocès , depuis roi
des Mèdes.
Les plus anciens royaumes furent électifs
à leur origine , mais ne tardèrent pas à de-
venir héréditaires ; la plupart étaient petits
et d'une puissance bornée. Les ph. grands
12 LES ÉJ;..ÉMENS
empires se formèrent en Assyrie et en Egypte :
aussi est-ce dans ce dernier pays que nous
trouvons la promulgation des premières lois.
Lorsque l'état s'agrandissait, k prince avait
besoin {l'aide ; il choisissait pour les déposi-
taires de sen pouvoir et pour ses conseillers ,
les plus sages et les plus âgés : de là se forma
la noblesse. 1
La constitution de l'état où un seul a
le pouvoir de donner la loi et" de la faire
exécuter , où il est à la tête de iout , s'ap-
pela une monarchie ; l'état où les pro-
priétaires d'apanages , les nobles , les riches
possèdent en commun le droit législatif, sans
quJil y ait un chef , est une aristocratie-; et
l'état où le peuple se donne la loi à la majo-
rité des voix , et se gouverne Jui-meme , est
une démocratie ou une république. ■
i o. Incertitude des histoires anciennes. VEgyp-
te ; ses propriétés naturelles ; ses productions
remarquable%. Obélisques ; Pyramides.
- Nous ne connaissons que peu de chose de
ce qui se passa dans les temps les plus reculés ;
encore le -peu que nous en' connaissons est-fil,
incertain. Les événemens les .plus -anciens
dont nous ayons jusqu'à un certain point des
not ions à-peu-près sûres , ne vont guère au-
delà<lé mille années-avant la naissance de Jésus-
Christ : ce qui est anlérieur à cette époque, ou
est complètement fabuleux on tellement mé-
langé de fictions, que l'on n'en peut distinguer
la vérité ; lvEgypte seule, remarquable paT sa
8J
DE L'HISTOIRE GÉNÉRALE. l3
constitution naturelle , a conservé des monu-
mens de l'art humain qui sont les plus an-
ciens.
L'Egypte est ajrosée par leNiI,j]ui, chaque
anTiée , sort de son lit pendant l'été , et par
ia vase qu'il laisse sur le pays , le fume et-le
rend très-productif. La partie la plus fertile
était le Delta , au Nord , qui jadis n'existait
point, mais qui a été formé par la vase et le -
sable que charie le Nil.Outre une grande quan-
tité 4e blé et de riz, le pays produisait encore
le papyrus, dont certaines pellicules servaient
à former des feuilles à écrire 7 et dont notre
papier, fabriqué de chinons, a tiré son
nom. Alors on ne se servait pas de lettres
pour écrire , mais de hiéroglyphes , ou
d'une écriture symbolique; chacun-de ces si-
gnes -représentait un seul mot , dont les
prêtres seuls possédaient la signification. La
fine toile de lin , appelée Bysslts, était aussi
très-renommée. Mais si l'Egypte était redevable
dé sa grande fertilité aux inondations (lu Nil,
le limon que celui-ci laissait après lui nour-
rissait une multitude d'insectes , et par ses
insalubres émanations donnait'naissance à des
maladies contagieuses.
L'Egypte manquait de bois efde métaux;
mais on y trouvait une quantité éonsidérable
de pierres dans les montagnes , frontières de
l'est. C'est de là que furent tirés les mons-
trueux blocs de pierre appelés Obélisques, et
Jes-mass.es- nommées Prramides, qui comp-
tent plus de 5ooo ans. Les obélisques, sont
Jes ooJonnes carrées , se terminant en pointe,
i4 LES ÉLÉMENS
d'un seul bloc ; ils ont de cinquante à cent
quatre - vingts pieds de longueur : quatre de
ces anciens obélisques se trouvent mainte-
nant à Rome. Les pyramides sont des édi-
fices carrés , d'une dimension gigantesque ;
elles s'élèvent sur une farge base ayant des
faces inclinées , construites en « pierre cal-
caire ; les pyramides ont une hauteur de deux
cents à huit cents pieds , et reposent en ouve
sur des élévations ; au centre, de ces élé-
vations se trouve une île autour de-laquelle
un canal conduit les eaux du Nil : il existp
au-dessus et au-dessous du sol , des-pièces et
des couloirs , mais point de^enêtres. Ces im.-
tnenses édifices étaient les lieux où on dépo-
sait les morts , après les avoir embaumés. On
enlevait à ces corps toutes- les parties d'une
corruption facile, et on les remplaçait dans
l'intérieur par des baumes extrêmement forts;
on recouvrait ensuite l'extérieur d'une ma-
tière du genre de la poix et transparente ;
ainsi préparés , on les appelait momies ; il
s'en est conservé jusqu'à nous , qui' out
maintenant 3ooo ans.
i i. Castes égyptiennes. Les prêtres déposi-
taires de - toute la a science. Manière de
supputer les temps. Culte des animaux.
, habyrinthe-Psammitique.
Les Egyptiens possédaient plusieurs arts ,
et dans les tem ps reculés ils formèrent déjà
cjivers:méliers. La loi de la division par castes
( états ) , qui défendait au fils de quitter le
DE L'HISTOIRE GÉNÉRALE. 15
mt de son père , conduisit chez eux les
art. 1 un haut point de perfectionnement.
Ltes prêtres concentraient en eux - mêmes
toute la science et les arts ; les autres castes
en étaient absolument exclues. Une partie de
ces prêtres s'adonnait à la médecine ; mais
ceux-ci n'avaient point la faculté de guérir se-
lon les symptômes de la maladie ou selon
leurs vues ; au contraire, ils devaient sui vre
les règles .générales qui étaient prescrites.
Le calendrier était établi d'après les inonda-
tions du Nil, qui revenaient ordinairement au
365e jour, lorsque la canicule se levait. Les
* Egyptiens ne paraissent point avoir observé
combien l'année solaire contient de temps de
plus que les 365 jours. Les Grecs furent les
premiers qui firent cette remarque avec assez
de précision. Un Romain, Jules César, dis-
posa, 46 ans avança naissance de J ésus-Christ,
le calendrier de manière que trois années
successives fussent de 365 jours , et que
chaque quatrième fût bissextile , ou de 366
jours ; parce qu'alors on croyait que chaque
année avait juste 365 jours et un quart ;
mais elle ne renferme que 365 jours, 5 heures
et 48 7 minutes ; d'où il résulte qu'après cha-
que révolution de 4 ans , on comptait 45 mi-
nutes de trop; ce qui fit, en i5oo ans » une
différence de io jours. Le pape Grégoire XIII
laissa , en 1582, ces 10 jours en arrière , et
ordonna pour l'avenir que dans les 100 années
hissextiles., qui , d'après Jules César , de-
vaient avoir lieu dans l'espace de ^ooans, il
se trouverait 3 annéesordinairesdeplus ; ainsi,
sur les 4oo années, il ne s'en trouva que 97 de
16 LES ÉLÉMENS
bissextiles. Les Russes n'ont point admis en-
core le calendrier grégorien perfectionné , et
sont , en conséquence, maintenant de t 2 jours
en arrière de nous.
Le culte rendu aux animaux , chez les
Egyptiens , est remarquable. Ils honoraient
comme divinités l'oiseau Ibis, du genre des
cigognes ; le crocodile , le" chat , et sur-
tout un bœuf tàcheté d'une manière particu-
lière , qu'ils appelaient Apis : ils les embau-
maient après leur mort.
Nous connaissons peu de choses des plus
anciens événemens de l'Egypte , 'parce que
cette nation vivait dans la plus entière sépa- -
ration des autres peuples. Ce ne fut guère
que l'an 700 avant Jésus-Christ , qu'il fut per-
mis aux Grecs d'y aborder , de s'y établir ,
et d'y faire le commerce, Psammitique fut le
premier roi égyptien qui les reçut, et qui,
aidé des Grecs , vainquit.ses onze cp-régens;
auparavant, et à l'époque de leur bonne intel-
ligence, ils avaient construit l'immense labyrin-
the, qui devait leur servir de sépulture royale.
12. Abraham ; Joseph ; Moïse.
Abraham, le père des Juifs, étant nomade,
passa sur ce côté de l'Euphrate pour aller eu
Chanaan. Une famine le conduisit en Egypte ;
il en revint avec de grands biens , el se sé-
para de Lot , fils de son frère. Celui-ci choisit
la fertile vallée de Sodôme et de Gomorrhe, qui
ne tarda pas à être détruite par des feux sou-
terrains , et à faire place à un lac appelé la
mer Morle ; cependant Lot échappa à ce désas-
tre. Presque tous les peuples de cette époque
DE L'HISTOIRE GÉN ÉRALE. 17
honorafcut plusieurs divinités , se formaient
des idoles , ou imploraient des animaux, des
plantes , les étoiles. Mais Abraham repoussa
les idoles et lout culte qui leur était adressé,
pour ne croire qu'à un seul Dieu , créateur
du ciel et de la terre, et protecteur spécial
de sa race. Sa foi était si forte et si inébran-
lable , qu'il fut prêt à sacrifier son propre
fils , son enfant chéri , quand Dieu le mit à
l'épreuve; mai s Dieu ne demande pour sacri-
fice qu'un cœur pur , et une conduite irré-
prochable
Israël, arrière - petit fils d'Abraham, eut
douze fils : ils soignaient les troupeaux comme
leur aïeul. Parmi eux étaiL Joseph, le favori de
son père. Ses frères en devinrent jaloux, et le
vendirent en secret comme esclave , pour être
mené en Egypte, où, malgré son. inno-
cence, il fut accusé et conduit en prison.
Mais les voies de Dieu sont admirables : il
amène toutes choses à une juste fin : une
heureuse explication d'un songe par Joseph
le ijt sortir de prison, et le plaça au pre-
mier rang après Pharaon. Par cette mission
de Dieu, et par sa prévoyance, Joseph de-
vint , pendant la disette , le sauveur de l'E-
gypte et le conservateur de sa famille. Ayant
acheté, dans les années d'abondance, d'im-
menses provisions de blé pour les années de
famine dont le pays semblait êire menacé, - il
les revendit au moment du besoin , .non-seu-
lement aux Egyptiens, mais encore à toutes
les nations voisines. Les frères de Joseph
accoururent aussi en Egypte pour acheter du
grain : il les reconnut, les effraya un peu par
i 8 JL.E-S ÉLÉMEN S
des procédés durs en apparence ; mais quand
ils lui eurent amené Benjamin, son plus jeune ;
frère, il se fit reconnaître à eux, tranquillisa
ceux qui redoutaient la vengeance d'un frère
qu'ils avaient vendu , et procura à toùte sa fa-
mille , en Egypte , une étendue de pays- qui
était riche en pâturages : ceci arriva 1800 ans
avant Jésus-Christ.
Cependant après la mort de JVseph, les
Israélites furent opprimés de plus en plus,
et à tel point que tous leurs enfans mâles
devaient être tués. Moïse, homme aussi cou-
rageux que sage , se mit alors à la tête des
Juifs , les fit sortir de l'Egypte en traver-
sant la mer Rouge. Parvenu au mont Sinaï,
ce fut au milieu des éclairs et des tonner-
res que Moïse donna-la loi qui devait rani-
mer la foi en un seul Dieu , Providence pro-
tectrice; réveiller le courage et l'union, re-
tenir enfin dans l'ordre -' par une extrême sé-
vérité , un peuple difficile à conduire. Moïse
mourut/avant que les Juifs eussent atteint le
pays de Chanaan. Ce ne fut que sous Josué, « que
les douze tribus conquirent une grande partie
de cette terre promise ; cependant elles ne de-
vinrent point. agricoles , ainsi que Moïse l'a-
vait ordonné : quelques-unes conservèrent la
vie des bergers nomades. La treizième tribu
des lévites , comme étant ecclésiastique, fut
répartie parmi les douze autres.
i3. Samson; Saiil ; David; Salomon.
Les lsraëlites. eurent encore souvent à
combattre avec les anciens habitans de Cha-
naan, particulièrement avec les Philistins,
DE L'HISTOIRE GÉNÉRALE. 19
et plusieurs fois ils furent vaincus et soumis
par ces derniers. Dans leur défaite , ils revin-
rent à l'idolâtrie , comme si les faux dieux
devaient leur être d'un plus grand secours;
c'est ainsi que, perdant courage et pleins de
défiance, ils oubliaient- leur Dieu. Cette cir-
constance suscita-de vaillans guerriers ( les
juges) et des hommes sages, (les prophètes) qui,
animés de l'esprit^ivin , et comme envoyés
de Dieu, s'avancèrent, délivrèrent le peu-
ple, et le ramenèrent au culte véritable du
Tout-Puissant. Tel fut le vaillant et fort
Samson qui délivra les Juifs des Philistins t
1 i5oans avant Jésus-Christ ; et lorsqu'après sa
mort , les Israélites découragés furent géné-
ralement battus , Samuel ranima leur courage,
et repoussa les ennemis en 1120 : mais la
vieillesse l'ayant atteint, -et de nouvelles guer-
res menaçant , le peuple demanda un roi qui
conduisit l'armée , et fût juge.
Samuel, bien malgré lui , céda enfin, et
choisit Saül pour roi en i 100 ; mais la mésin-
telligence ne tarda pas à éclater entre Samuel
e't Saùl, parce que celui-ci voulait être entière-
ment roi , et ne point obéir aux prescriptions
du prêtre Samuel. Alors Samuel sacra roi
en secret David , qui s'acquit bientôt de
la renommée parmi les Juifs par ses faits
d'armes. Saiil , soupçonneux et accablé de-
tristesse , en voulait à la vie de David. Mal-
gré la générosité avec-Iqquene ce dernier épar-
gna deux fois celle de Saiil que le hasard avait
mis en ses mains, lorsqu'il en était pour-
suivi, Saül ne pouvait point compter sur-la du-
rée d'une réconciliation. David s'enfuit donc
20 LES ÉLÉMENS
du pays , et Saiil, ayant perdu une bataille
contre les Philistins., se donna la mort.
Ce fut sous David , en 105.0, qXie.Ia
Judée atteignit son plus haut degré de puis-
sance. Les Philistins ayant -été vaincus , le
château de Sion fut pris ; un superbe
palais y fut construit par GLes ouvriers sido-
niens. Le petit empire des Juifs se trouva
agrandi jusqu'à l'Egypte l'Eup-hrate ; du
côté du nord 7 il toucha à la Syrie. David
était l'un des hommes les plus instruits de
son peuple ; il a écrit des psaumes qui se chan-
tent dans les églises et dans les temples , pen-
dant le service divin. Cependant son luxe et
ses cruautés provoquèrent une rébellion parmi
le peuple. Son propre fils Absalon se mit à Ja
têtedes révoliés ; David fut obligé de fuir Jéru-
salem : Absalon, vaincu et arrêté par sa che-
velure dans les branches d'un arbre, y fut tué.
Salomon succéda à David , son père , en
1000; il aimait la paix, et construisit un
temple magnifique à Jérusalem ; il s'enri-
chit, ainsi que son peuple, par la naviga-
tion de la mer Rouge : cette richesse con-
duisit à la licence et à la dissipation. , Les Juifs
tombèrent dans l'idolâtrie. Salomon devint
dur , et accabla le peuple d'impôts. Un sou-
lèvement - éclata , et Salomon , le plus heu-
reux de tous les rois hébreux , fut forcé de
s'écrier : Ah, tout n'est que vanité !
Salomon étant mort, la Palestine fu.t partagée
en deux royaumes : ceux de Juda et d'Israël.
Après des guerres intestines continuelles,
après être retombés plusieurs fois dans Fido-
lâtrie , ces deux royaumes furent soumis par
DE L'HISTOIRE GÉNÉRALE. 2 1
des conquérans étrangers : Israël en y 20 , et
Juda en 600. Nabuchodonosor conduisit le roi
et les principaux habitans de Juda à la capti-
vité de Babylone , qui dura 7oacs. Leurs cfes-
cendans revinrent en 53o, et commencèrent
à rebâtir le temple de Salomon , qui, 70" ans
après la naissance de Jésus-Clirisi , fut de
nouveau entièrement détruit par les Romains.
Depuis ce temps, la nation jnive-, dispersée
dans tous les pays de la terre , s'est néanmoins
conservée peuple à part, quoique mélangée
avec toutes les nations.
14. La navigation.
Une des œuvres les plus compliquées de
l'art moderne , est sans contredit la cons-true-
tion d'un grand vaiveau de commerce ou de
guerre , avec sa capacité intérieure, ses ponts,
ses cajutes , ses mâts, ses voiles, ses rames ,
ses ancres, etc. Ce fut vraisemblablement bien
peu de chose dans l'origine : peut-être qu'un
tronc flottant, ou un arbre creux donnèrent à
l'homme l'idée de se confier sur les eaux, monté
sur un pareil véhicule ; les premières em-
barcations artificielles ne purent guères être
que des radeaux ou des canots enveloppés de -
peaux. Au commencement on ne connaissait
pas les rames , on se laissait entraîner par
e courant , et quand on eut inventé les
rames, c'est-à-dire les barres brutes avec les-
quelles on poussait le radeau ou le canot,
les voiles demeurèrent encore long-temps in-
connues; au reste, on en avait peu besoin tant
qu'on ne navigua que sur les côtes. C'est en-
core ainsi que d'abord on se contenta, au
22 LES É L £ M El^S
lieu d'ancres en fer, de pierres attachées à
des câbles, et qu'on lançait sur la terre.
Le premier peuple qui osa abandonner la
côte, pour s'élancer en pleine mer, futlePhé-
nicftn : c'est lui qui vraisemblablement trouva
la voile , comme il fut le premier à diriger sa
navigation, - d'après l'observation des étoiles.
• La navigation demeura cependant assez im-
parfaite jusqu'au XVe siècle, parce que',
quoiqu'on eût des voile6 et qu'on observât
• les étoiles , on se hasardait rarement en
pleine mer. On ne put le faire avec un peu
de sécurité, que depuis la connaissance de
J'aiguille aimantée , qui, presque partout ,
indique directement le nord ou le sud, et peut
-ainc;i, jusqu'à un certain point, diriger Ja
course du navire , que4ue couvert que soit
le ciel. Il n'y a guère que cinq siècles, que les
Européens ont commenaé à se servir de la
boussole. - Ce sont les Anglais , qui, dans les
derniers temps, ont construit les plus grands
vaisseaux et les plus nombreux.
i5. Commerce et monnaies.
La navigation fut surtout pour le commerce
d'une haute importance. A son origine , Je
négoce n'était qu'un échange de marchandises ;
celui qui avait du superflu le livrait à celui
qui en-avait besoin : mais lorsque ces échanges
commencèrent à devenir plus fréquens , on
chercha un moyen qui permit de comparer
et diestimer mieux les marchandises. Aujour-
d'hui on les mesure à l'aune, à la toise, au ton-
neau ; au commencement on les pesa sur la
main., puis sur une planche brute: 1105 bassius
DE L'HISTOIRE GÉNÉRALE. 23
de balances ne sont point une des découvertes
anciennes. Il arrivait souvent que l'acheteur
n'avait pas ce que le vendeur aurait dé-
siré ; mais il se trouvait un article également
estimé et demandé par tous. C'est ainsi que
peu à peu on en vint à fixer le prix des
choses ( ce qu'elles valent ), en établissant une
proportion avec cette autre marchandise gé-
néralement estimée : ielle fut l'origine de l'ar-
gent ( des espèces en circulation ). Dans quel-
ques contrées les coquillages , le bois , le sel,
le poisson en tiennent lieu ; mais en général
ce sont les métaux : on commença par le
cuivre ,w on vint à l'argent , enfin à l'or. On
pesa d'abord les métaux les uns après les
autres; puis, comme cela était souvent peu
commode et long , on les pesa à l'avance ,
et on frappa dessus la marque de l'animal
qu'on pouvait acheter avec ce morceau de
métal. Plus tard , l'usage prévalut que les rois
fissent frapper leur effigie sur la monnaie.
Peu à peu, les villages, puis les villes ,
commencèrent ii faire du commerce les uns
avec les autres ; ensuite les caravanes, et plus
tard , les vaisseaux transportèrent les articles
superflus ou les choses rares d'une contrée à
une autre , et mirent ainsi les parties les plus
éloignées de la terre, en relation et en liaison
les unes avec les autres. C'est par le com-
merce et la navigation que nous avons appris
à connaître la Chine, située au point de l'orient
le plus éloigné par rapport à nous ; comme
aussi le Pérou qui se trouve le plus à l'oc-
cident ; le Groenland au nord , et le Icap
de Bonne-Espérance au sud. Le commerce
24 les élémens ]
stimule et encourage les métiers et les arts :
il fait fleurir les fabriques et les manufac-
tures. L'ambition , l'amour du gain et la
jalousé mettent en jeu toutes les facultés .<le
l'homme , afin de pouvoir livrer de la mar- <
chandise nouvelle, belle et au mçilleur prix.
Mais c'est cet amour du gain qui conduit aussi
certains hommes à la mauvaise foi, aux cruau-
tés., à la traite affreuse des esclaves , qui,
à la honte de l'humanité , n'est point encore �
généralement abolie ou punie. Les hommes
s'enrichissent par le commerce ; la richesse ;
nourrit l'amour.de la magnificence ; on ho-
nore , on récompense les chefs-d'œuvre des
- i-
arts; mais souvent aussi la magnificence eu- 1
fante le luxe et la dissolution des mœurs; les
hommes s'amollissent , et ces richesses qu'ils
considéraient comme leur bonheur, les per-
dent à jamais. Quelques-uns deviennent Ex-
trêmement riches , et par-là s'acquièrent la
considération de tous les autres. Cette consi-
dération -passe du père au - fils ; c'est ainsi
que quelques familles s'élèvent, et qu'elles
excluent les autres des avantages du commerce j
et de l'influence dans l' État. C'est aussi pour
cela que tous les États commerçans , sont des
aristocraties opprimantes , où les plus pauvres
sont souvent traités avec le mépris le plus
avilissant.
16. Commerce, navigation, colonies et
découvertes des Phéniciens.
Les Phéniciens étaient le peuple commer-
çait, le plus ancien et le plus renommé. Leur
capitale, Sidon en Chanaan, était déjà un
DE L'HISTOIRE GÉNÉRALE. 25
Rist. gén. 2
port fréquenté lorsque les Juifs pénétrèrent
dans ce pays : elle doit donc avoir été fon-
dée au moins 2000 ans avant Jésus-Christ.
Son premier commerce , toujours lié à la
piraterie, commença - avec l'île de Chypre;
puis il s'étendit aux côtes de l'Asie mineure ,
tout autour du détroit de l'Hellespont ( des
Dardanelles ), jusque dans la mer Noire , et à
l'occident dans la Grèce européenne.
Les Phéniciens fondèrent de toutes parts des
colonies, afin de protéger et d'étendre leurs
relations. Ils furent dépossédés plus tard du
commerce de l'Asie mineure , et de celui de
la Grèce par les Grecs eux-mêmes, qui étaient
également un peuple adonné au négoce ; cepen-
dant les Grecs ne purent point se passer entiè-
rement des Phéniciens , n'étant pas à même
de produire tous les articles que fournissaient
ces derniers. Le commerce que faisaient les
Phéniciens , le long des côtes nord de l'Afri-
que , fut de plus longue durée : c'est là qu'ils
fondèrent la célèbre colonie de Carthage , à
laquelle se soumirent presque toutes les côtes
de la Sicile située vis-à-vis d'elle ; de là aussi
ils firent voile jusqu'en Espagne , appelée-
Tarsis dans la Bible : ils y trouvèrent une
grande quantité d'argent. Ils naviguèrent en-
suite au-delà de la pointe sud-ouest de l'Espa-
gne , et vinrent aborder dans la Grande-Breta-
gne ( Angleterre ) où ils trouvèrent l'étain ; ils
parvinrent uiêmelusqu 1aux côtes septentriona-
les de laGermanie,où ils découvrirent l'ambre,
qui , par sa rareté , était , chez les anciens ,
plus estimé que l'or. Ils surent si bien cacher
ces traversées en Espagne, en Grande-Bretagne
26 LES ÉLÉMENS
et en Germanie , soit par les fables adroites
, quils débitèrent, soit en détournant adroite-
ment les vaisseaux qui voulurent les suivre ,
que-, six cents ans avant Jésus-Ckrist, ils
étaient encore les seuls qui osassent entre-
prendre ces voyages maritimes.
Ce n'était pas seulement par mer, mais aussi
par terre , que les Phéniciens faisaient fleurir
leur commerce : ils envoyaient des caravanes
au nord , à l'est , et particulièrement vers le
sud, en Arabie, d'où ils tiraient les épiceries ,
la canelle, l'ivoire et l'or, qu'y amenaient
d'autres peuples marchands. Si , d'une part ,
les Phéniciens importaient les fruits eu les
produits de l'industrie d'une contrée dans une
autre; d'autre part, ils avaient eux-mêmes
une multitude de manufactures et de fabri-
ques à Sidon , à Tyr , et dans d'autres villes
où l'on travaillait le verre, la toile , les étoffes
de laine, qu'on teignait en magnifique couleur
pourpre, au moyen de coquillages miarins.
C'est ainsi que Sidon , et Tyr après elle ,
devinrent les cités les plus opulentes et les plus
florissantes du monde. L'art et l'industrie y
étaient portés au plus haut degré. On kâûs-
sait dans ces villes de beaux palais, et cha-
que pays y envoyait ce qu'il produisait de
plus précieux. C'est dans cet état de prospérité
qu'Isaïe, et particulièrement Ezechiël, nous
représentent Sidon et Tyr , 700 ans avant
Jésus - Christ; mais ils menacent en même
temps ces deux. villes d'une destruction pro-
chaine ; destruction qui eut lieu l'an 600.
iNabuchodonosor, ce puissant conquérant de
Babylone , détruisit facilement SIdDB ; alais il
de l'histoire générale. 27
ne s'empara de Tyr qu'après un siège de- i3
années , et n'y trouva que des maisons dé-
sertes , la presque Loialilé des habitans ayant
cherché un asile dans une petite île voi-
sine. Ce fut" là que les Tyriens fondè-
rent une nouvelle cité , et cette ville nou-
velle ne tarda point à être aussi renom-
mée que celle qui avait été détruite sur "la
côte. Cependant, en 333, survint un autre
conquérant ambitieux , Alexandre de Macé-
doine , qui anéantit entièrement Tyr ; ses
- babilans se défendirent pendant sept mois,
avec une adresse et uue \aleur remarquables ;
mais enfin ils succombèrent, un grand nombre
d'entr'eux subirent la mort , et le reste fut
vendu connue enclaves : dès-Lors Alexandrie ,
en Egypte , devint l'en lie pot du commerce du
monde.
17. Coup d'œil général sur les empires qui
ont gouverné une partie considérable de
la terre.
Les empires suivaus ont successivement do-
îuiuc une grande partie de la terré.
Celui d'Assyrie, 2000 ans avant Jésus-Christ;
il s'écroula en 888, et de ses débris furent for-
ncés trois royaumes: - ceux d'Assyrie , de B.iby-
lone eL de Médie. Nabuchodollosor, roi de
Babylonie, éleva son état à la plus grande puis-
sance, en 600. Ces trois royaumes furent en-
suite conduis et réunis au grand empire des
Perses .sous Cyrus, en 555. L'empire des Perses
fat détruit par AlejLajadie-le-Grand , qui , par
de vastes conquêtes , forma , en 333 , le plus
grand empire : celui des Grees-Macédoiaiens.
28 LES ÉLÉMENS
Après la mort d'Alexandre , ses états furent
partagés en plusieurs petits royaumes ; mais
presque tous ceux-ci furent réunis peu à peu
au plus grand des empires de l'antiquité, à
l'empire romain , qui, au temps de la nais-
sance de Jésus Christ , comprenait une multi-
tude de conquêtes antérieures, renfermant
des pays encore tout-à-fait inconnus. Quatre
cents ans après Jésus - Christ , l'empire ro-
main fut divisé en empire d'occident ( Rome ),
et en empire d'orient ( Constantinople ).
En 476 , l'empire d'occident fut détruit par
les Allemands : il se forma alors beaucoup de
_petits états dans l'Europe occidentale.
Ea 800 , Charlemagne , par des conquêtes
nombreuses , éleva l'empire des Francs au pre-
mier rang en Europe. Au même temps fleu-
rissait en Asie et en Afrique , le puissant
empire des Arabes mahométans : ces deux
empires ne demeurèrent pas long-temps vas-
tes et puissans ; celui des Francs s'écroula
par la faiblesse de ses princes ; dans les pro-
vinces , les grands se déclarèrent seigneurs
indépendans, L'empire mahométan fut mor-
celé par les Turcs; une partie s'empara de
J érusalem , et la conserva malgré les croisades
de 1095 à 1250 ; une autre passa en Europe,
et s'empara de Constantinople en 1453.
La monarchie austro - espagnole , sous
Charles-Quint, composée de beaucou p de
petits royaumes , était , en 1520 , par sa puis-
sance et sa richesse , le premier des états de
l'Europe; elle déclina depuis 1600. La France,
en 1650 , sous Louis XLV, régna en Europe :
cette prépondérance se perdit eu 170a. Dèsr
DE L'HISTOIRE GÉNÉRALE. 19
lors, la Russie , le plus grand empire de la
terre ; l'Angleterre , la dominatrice des mers ;
la France , l'Autriche et la Prusse , par leurs
armées nombreuses et bien exercées , main-
tinrent la balance. Cette balance fut momenta-
nément détruite : pendant que la France ,
sous Napoléon, domina sur le continent,
les Anglais régnèrent sur les mers ; mais la
grande guerre de l'indépendance qui eut lieu
en 1813, 1814 et 1815 , renversa la domi-
nation de la France , et l'équilibre général
fut rétabli en Europe.
18. Sémiramis, Sardanapale.
Ninus, le fondateur de Ninive , fut aussi
celui du grand empire assyrien, 2000 ans avant
Jésus-Christ.Il laissa après lui son filsNinyas et
sa femme Sémiramis ; celle-ci, d'un courage au-
dessus de son sexe, s'étant déguisée , se donna
pour son fils : c'est ainsi qu'elle régna plusieurs
années , jusqu'à ce que sa puissance fût affer-
mie , el qu'elle pût hasarder à se faire re-
connaître publiquement pour reine , sous son
viai nom. Elle embellit Babylone, y bâlit les
jardins suspendus, procura les mêmes avanta-
ges à d'autres villes, et augmenta encore sa 1 é-
putation par tles conquêtes : elle s'avança jus-
qu'au-delà de l'Indus.
Ninyas, son fils , qui lui succéda , était
efféminé : on rapporte que tous ses successeurs
le furent aussi, jusqu'à ce qu'enfin le dernier
d'entr'eux , Sardanapale , fut renversé par ses
généraux en 888. Sardanapale se brûla alors
avec ses femmes et ses trésors. Trois de ses gé-
néraux se partagèrent l'empire : c'est ainsi que
Ôo LES ÉLÉMENS
furent formés les trois royaumes d'Assyrie ,
de Babylonie et de Médie.
19. Cyrus ; Crésus ; Solon.
Astyage , roi de Médie, avait eu une fille, de
laquelle , selon les devins, interprètes des
songes , devait naître un fils qui soumettrait
toute l'Asie. Ce fut pour éviter l'accomplisse
ment de cette prédiction , qu'Astyage maria sa
fille à un simple Perse; et quand elle eut mis au
monde un fils, nommé Cyrus, il livra l'enfant
à un serviteur de la cour , appelé Harpagus ,
pour qu'il le tuât. Celui-ci le remiL à un ber-
ger avec ordre de s'en défaire ; mais le berger
le porta à sa femme qui le conserva et l'éleva.
Un jour que , dans leurs jeux , Cyrus fut
choisi pour roi par les enfans des bergers,
il fit frapper un jeune enfant de naissance,
pour avoir été désobéissant ; le père de cet
enfant s'en plaignit au roi. Astyage, ayant
fait venir Cyrus, le reconnut pour son petit-
fils , et le prit en affect ion à cause de son in-
génuité ; mais il fit luer les en fans d' Harpagus.
Cyrus fut élevé en Perse, et lorsqu'au bout de
quelques années, il revint à la cour de son
grand-père , Astyage trouva dans ce jeune
homme tant de gaieté et d'esprit, qu'il le garda
auprès de lui. En peu de temps , Cyrus s'at-
tira également l'amour des grands et des
petits. Harpagus , ce père infortuné, profita
de cette circonstance pour engager le jeune
prince à délivrer les Perses , ses compatriotes,
du joug des Mèdes. Cyrus , gagné , détrôna son
grand-père, et devint roi des Perses et des
Mèdes, 555 avant Jésns-Christ.
On distinguait parmi les rois voisins, l'un des
DE L'HISTOIRE GÉNÉRALE. 3 1
plus puissans, celui dont les richesses ont passé
en proverbe , Crésus, roi de Lydie. Celui-ci,
dans l'orgueilleuse confiance de ses forces,
attaqua Cyrus ; mais il fut vaincu et fait
prisonnier. Placé sur un bûcher pour y être
brûlé, il se souvint des exhortations d'un
des sages de la Grèce, Solon, qui , dans
les teraps de sa plus grande prospérité , n'a-
Tait-las voulu le déclarer heureux , et il pro-
nonça hautement le nom de ce sage.Cyrus, cu-
seux d'apprendre pourquoi ce nom avait tant
de prix pour lui , le fit descendre du bûcher.
Cttésus lui cita alors ces mots de Solon : « Tu
* veux être un des heureux du siècle ; les dieux
fc comblent souvent les hommes de leurs bien-
« faits , mais ils les leur retirent quelquefois
* tout à coup , et les mettent beaucoup plus
(c bas qu'ils ne les avaient d'abord élevés : voilà
« pourquoi l'on ne saurait appeler heureux un
« homme qui n'est pas encore au bout de sa
« carrière. » Cyrus, frappé de cette prédiction
sur l'instabilité des choses humaines , ne
donna pas seulement la vie à Crésus, mais il
le retint encore au près de lui comme ami.
Cyrus envoya ses généraux contre les Grecs
des côtes occidentales de l'Asie mineure ; ils
les soumirent facilement à sa puissance, tau-
dis que lui-même se dirigeait vers l'orient ,
•ù il s'emparait de la grande ville de Baby-
lone. Son fils Cambyse conquit l'Egypte, et
son successeur Darius s'avança en vainqueur
à l'orient jusqu'au-delà de l'Indus; au nord-
ouest au-delà de l'Hellespolit, et par la Thrace
jusqu'au Danube ; de telle sorte que le grand
empire des Perses s'étendait du couchant au
levant , depuis le Danube jusqu'à l'Indus,
32 LES ÉLÉMEWS
20. Lutte des -Grecs contre les attaques me-
naçantes des Perses. Marathon ; Miltiade ;
Salamine ; Thémistocle.
Les Grecs de l'Asie mineure firent, 5oo ans
avant Jésus-Christ, une tentative pour se déli-
vrer de la domination des Perses. Ils s'allièrent
dans ce but avecles Athéniens de la Grèce euro-
péenne ; mais cette entreprise ayant échoué,
l'Asie mineure dut se soumettre aux Perses.
Dès-lors Darius, leur roi, ne songea plus qu'à
se venger d'Athènes et du reste de la Grèce;
il envoya des ambassadeurs demander qu'ils
se soumissent à lui : ces ambassadeurs Jurent
égorgés. Il fit aussitôt avancer une flotte et
une armée de terre : la flotte fut battue par
la tempête, et l'armée défaite , avant qu'elle
eût atteint la Grèce, en 492.
Une flotte et une armée plus nombreuses
encore s'avancèrent de nouveau pour cerner
Athènes par terre et par mer. Les Athéniens ,
abandonnés de presque tous les Grecs, trem-
blaient et songeaient à fuir, quand un seul
homme, Miltiade, ranima leur courage : ils le
suivirent au combat , et la plaine de Marathon
vit la puissante armée des Perses entièrement
battue par une poignée de Grecs, en 490. La
ville sauvée reçut Miltiade avec des transports
de joie ; des inscriptions , des tableaux , des
fêtes immortalisèrent le jour de cette brillante
victoire , ainsi que le nom du vainqueur.
Darius, plus irrité encore par cette défaite , l
réunit une armée de quelques millions d' hom-
mes- Il mourut pendant ces préparatifs; mais
son fils Xerxès les continua avec la plus grande
DE L'HISTOIRE GÉNÉRALE. 33
*2
activité, et quand son innombrable armée
eut inondé tous les pays au nord de la Grèce ,
la plupart des états grecs intimidés se soumi-
rent. La Grèce est bornée de ce côté par une
chaîne de montagnes escarpées , qui n'est
coupée que par quelques défilés étroits. Le
Spartiate Léonidas les occupa , et toutes les
attaques des Perses furent inutiles, jusqu'au
moniBt où un infâme traître leur eut dé-
couvert un sentier caché qui tournait la
rMmtagne ; alors, mais seulement alors, Léo-
nidas et ses braves périrent jusqu'au dernier,
non sans avoir fait éprouver de grandes pertes
à l'ennemi : les Perses s'a pprochèrent d'A-
thènes.
Les Athéniens , désespérant de pouvoir dé-
fendre leur ville contre un tel déluge d'hom-
mes, se retirèrent sur les côtes et dans les îles
voisines ; tout ce qui était en état de porter
les armes monta sur des vaisseaux pour com-
battre l'immense flotte des Perses qui s'ap-
prochait d'Athènes. Les autres Grecs vou-
lurent fuir avec leurs navires ; ce ne fut
que par une ruse que Thémistocle sauva la
liberté et l'honneur de la Grèce. Ayant fait
savoir aux Perses ce qui se passait, ceux-ci
entourèrent pendant la nuit l'étroite baie dans
laquelle la flotte grecque était réunie. Lorsque
les Grecs voulurent fuir , ils. se virent arrêtés
par l'ennemi et durent combattre malgré eux.
ThémistGcle, qui avait tout préparé pour la
bataille , les soutint vivement ; les Perses se
trouvaient dans des mers inconnues , ils cou-
raient sur des écueils , se serraient les uns les
34 LES ÉLÉMEKS
autres à cause du peu d'espace, et lùrsqu:enfin
une partie de leur flotte passa aux Grecs, ils
s'enfuirent dans le plus grand désordre. Thé-
mistocle livra ce combat à Salamine en 48o , il
y remporta une des victoires les plus mémora-
bles , victoire qui sauva la liberté de la Grèce ,
el acquit aux Athéniens la plus grande prépon-
dé, ance, et à lui-même une gloire immor-
telle.
Xerxès avait brûlé Athènes ; témoin de
la défaite de sa flotte , il s'enfuit dans la
plus grande hâte, et sans prendre aucun repos,
jusqu'en Asie. Son armée le suivit, souffrant
de la faim et des maladies ; cependant 3oo,ooo
hommes demeurèrent sur les frontières du
nord de la Grèce. Au printemps suivant, ils
pénétrèrent de nouveau jusqu'à Athènes r
mais leur déroute fut telle , que le Perse
orgueilleux ne se hasarda plus désormais à
venir attaquer les Grecs chez eux.
21. Institutions et mœurs des Spartiates ;
amour des Athéniens pour les chef s-d'œuvre
des Arts.
Les deux principaux peuples de l'ancienne
Grèce, les Spartiates et les Athéniens, avaient
des goûts et des mœurs tout différens. Les
Spartiates étaient guerriers et rudes ; ils avaient
reçu leurs lois, propres à les former seulement
pour la guerre, de Lycurgue , fils de l'un de
leurs rois ; celui-ci s'était acquis beaucoup
d'expérience par de longs voyages. Il divisa
la totalité du pays en portions égales , mit
en commun les armes et les outils d'agricul-
P
DE L'HISTOIRE GÉNÉRALE. 95
ture. Les Spartiates mangeaient ensemble dans
de vastes réfectoires , où ils se nourrissaient
de la manière la plus frugale. La monnaie
était de fer ; les voyages à l'extérieur du
pays étaient interdits; le séjour des étrangers
à Sparte éprouvait des difficultés ; la ville he
devait point avoir de murailles ; les citoyens
en étaient les défenseurs naturels. Les femmes
et les filles , endurcies elles-mêmes par les
exercices du corps , se glorifiaienL, comme
mères des Spartiates, d'élever seul es des hom-
mes ; ces derniers faisaient le plus grand cas
de l'éloge ou du blâme des femmes.
L'éducation était sévère : tout enfant nou-
veau-né subissait une visite, et si on le trouvait
difforme, on ie condamnait à mourir. Les gar-
çons dormaient nus sur des lits de roseaux,
et faisaient nus aussi tous leurs exercices. Le
jeune homme gardait le silence en présence
des gens âgés , et ne répondait qu'aux ques-
tions qu'on lui adressait. Tout babil inutile était
interdit; on habituait la jeunesse à répondre
brièvement et avec force , et à toujours parler
ainsi. Les Spartiates étaient endurcis contre la
faim et les veilles , contre la chaleur et le
froid, même contre les coups de fouet. Tels,
furent les Lacédémoniens , peuple de héros ,
mais étranger aux sciences , aux arts et aux
qualités aimables.
Il ne manquait aux Athéniens ni cou-
rage , ni vigueur corporelle ; ils honoraient
la sculpture , la peinture , la belle archi-
tecture , les arts , les ustensiles soignés , et
avant tout les poëmes et les discours spiri-
tuels. Les grands orateurs , tels que Périclès,
36 LES ÉLÉMEN8
en 444 avant Jésus-Christ, étaient écoutés par
tous les citoyens d'Athènes avec étonnement
et enthousiasme. Cest encore sur le modèle
des templès grecs , que l'on construit de nos
jours les plus belles églises. Tous les édifices
publics, tous les marchés , toutes les rues
étaient ornés de statues des plus grands maî-
Lres; dans l'intérieur même des maisons, on
voyait des ornemens d'un goût exquis , et des
vases de la plus belle forme. Cependant cet
amour excessif des beaux-arts conduisit quel-
quefois les Athéniens à la dissipation , les ren-
dit licencieux et débauchés , et causa même
leur ruine.
22. Guerres entre Athènes et Sparte;
Alcibiade; chute d'Athènes.
- Athènes, par sa victoire sur les Perses.,
devint l'état le plus considéré de la Grèce ;
mais poussée par le sentiment de sa prépon-
dérance, cette ville abusa de sa considération:
elle voulut dominer partout avec sa flotte , et
les petits états par leur faiblesse furent forcés
d'obéir.Cette conduite provoqua un méconten-
tement que Sparte, rivale jalouse d'Athènes, sut
nourrir, au point qu'il n'y eut plus besoin que
d'une occasion pour que tous les mécontens
marchassent contre l'arrogante Athènes. Cette
occasion ne se fit pas long-temps attendre.
Athènes soutenait une île contre l'opulente
cité de Corinthe : Corinthe s'en plaignit aux
autres Grecs; ceux ci trouvèrent la plainte
fondée , se réunirent à Corinlhe , et exigèrent
d'Athènes qu'elle rendit la liberté à toutes.
les villes et à toutes les iles qu'elle avait.
DE L'HISTOIRE GÉNÉRALE. 37-
soumises. Athènes refusa , par le conseil de
Périclès : on voulut l'y contraindre par la
force des armes ; il en résulta la guerre du
Péloponèse qui dura 28 ans, entre Athènes
et Sparte, c'est-à- dire de 431 à q04 avant
Jésus-Christ. Une peste terrible éclata à
Athènes au commencement de cette guerre ,
en 4-Soet 429 ; ce fléau n'interrompit point la
guerre. On s'égorgeait , on se pillait avec
la plus barbare cruauté ; mais ce qui nuisit le
plus , fut la licence qui régnait généralement ;
l'inconstance et la légèreté conduisirent enfin
les Athéniens à leur perte. La paix fut cepen-
dant conclue une fois en 42a.
Alcibiade , jeune homme arrogant quoique
aimable , et qui n'avait d'attachement sin-
cère que pour le sage Socrate , persuada
alors aux Athéniens de faire la guerre à la
Sicile. A peine eul-il mis à la voile , qu'il
fut condamné comme ayant profané la re-
ligion publique. Il se refugia chez les Spar-
tiates, et ceux-ci furent partout vainqueurs
sous sa conduite. Mais il se vit bientôt obligé
d'abandonner l'armée lacédémonienne ; et ,
comme il ne se trouvait plus nulle part en sû-
reté dans la Grèce , il se rendit auprès du
gouverneur persan de l'Asie mineure : celui-ci
se disposait justement à envoyer une flotte au
secours des Spartiates.
Alcibiade se conduisit si adroitement, que le
commandement de cette flotte lui fut encore con-
fié ; mais , comme dans son cœur il était plus
porté pour Athènesque pourSpàrte, il conduisit
cette flotte contre les Spartiates ; et quand le
Persan'l'eut déclaré prisonnier pour ce fait, il
38 LES ÉLÉMENS
s'enfuit et repassa chez les Athéniens , où ,
pendant quatre années successives, de 4n
a 408 , il accumula victoire sur victoire ,
chassa des mers la flotte Spartiate , et conquit
un grand nombre de villes et d'îles. Mais
en 407, sa flotte fut battue pendant son
absence; aussitôt le peuple inconstant lui ôta
sa place de général , et remit la flotte à la
conduite de chefs légers et inexpérimentés.
Peu de temps après, en 4o5 , cette flotte
fut prise avec presque tous ceux qui la mon-
taient ; Athènes succomba en 404. On la dé-
truisit après l'avoir pillée , et après qu'on eut
égorgé ses habita ns, avec la plusgrande barbarie.
L'indignation s'éleva alors contre Sparte ;
tous les Grecs désirèrent et favorisèrent
la délivrance d'Athènes. C'est pourquoi lès
Spartiates furent chassés d'Athènes l'année
suivante , en 4o3 , et cette cité redevint li-
bre ; toutefois elle demeura faible , et ne re-
trouva plus son ancienne gloire. Alcibiade ,
poursuivi par les Spartiates , s'était réfugié
dans l'Hellespont ; retiré ensuite chez le gou-
verneur persan de l'Asie mineure , à la de-
mande des Spartiates , il y fut tué à coups
de flèches par des meurtriers.
- 23. Socrate.
Au milieu de la corruption générale des
mœurs à Athènes,un homme se conserva pur et
sans reproche ; cet homme, l'un des plus grands
philosophes , était Socrate. Fils d'un statuaire,
il apprit cet art chez son père ; il ne négligea
point pour cela les exercices militaires , et
combattit même souvent avec courage pour sa
j
DE L'HISTOIRE GÉNÉRALE. 09
patrie. Mais l'occupation qu'il préférait, était
tiei-asseniblei- autour de lui uneaimable et bril-
lante jeunesse pour l'entretenir, et en parti-
culier pour provoquer son imagination par
des questions ; lui faire remarquer que la
science sans vertu est aussi sàus mérite ; enfin
combien à cet égard , on paraît savoir de
choses que l'on ignore. Le nombre de ses
disciples n'était pas grand, et quand même
il eût augmenté , le relâchement des mœurs
olui régnait généralement les lui aurait sou-
vent enlevés ; mais le petit nombre qui lui
resta fidèle s'attacha invariablement à lui. Un
jeune homme, entre autres , avide d'instruc-
tion , faisaitrouvent quatre milles au péril de
sa vie, pour passer une journée avec Socrate ,
et pouvoir entendre ses leçons.
Socrate vivait très-sobrement, ne buvait et
ne mangeait que les choses les plus communes ;
il portait un mauvais manteau , et toujours le
nême en hiver et enété ; il marchait pieds-nus,
il endurcissait son corps par la course et la
lutte , et veillait des nuits entières sans en être
incommodé ; car le bonheur, disait-il, ne con-
siste point dans le superflu et les commo-
dités de la vie , et rien n'est divin comme
de n'avoir aucun besoin j celui qui a le
moins de besoins , est celui qui approche
le plus de la divinité : il avait de plus une
modération imperturbable et une dignité
telle que jamais la colère n'avait de prise
sur lui. Il ne manquait pas dans Athènes
corrompue , d'envieux et d'ennemis qui le
tournaient en ridicule, et cherchaient à le faire
haïr; ils finirent par l'accuser publiquement
4o LES ÉLÉMENS
devant les juges , comme méprisant les dieux
et séduisant la jeunesse. Socrate en appela à
sa vie ; mais les juges , de simples citoyens qui
ne le cpnnuissaient pas , le condamnèrent
comme contempteur de la religion et corrup-
teur du peuple , à boire la ciguë.
Ses amis voulaient le faire sortir de prison ;
mais il les en dissuada pour ne pas violer les
lois ; et après un long entretien sur la vie,
la mort, et l'espérance de l'immortalité , il
prit la coupe fatale et la vida , sans changer
de visage. Ses amis pleuraient autour de lui :
il les consolait. Sacrifiez aux dieux , dit-il
déjà refroidi ; je vais être guéri ! A ces mots ,
il s'enveloppa dans son manteau; on le ques-
tionna, mais il ne répondit plus. Il mourut
4oo ans avant Jésus-Christ, dont la vie et la
mort semblent établir entre eux une certaine
ressemblance.
24* Alexandre.
Philippe , roi de Macédoine , profita de la
mésintelligence qui régnait parmi les Grecs
pour ranger sous son sceptre presque tous les
états de la Grèce. Son fils était Alexaudre-
Je-Grand, roi si célèbre , qui , en qualilé
de général des Grecs, se crut appelé à de-
venir le maître du monde. Encore enfant il
annonçait déjà un courage téméraire, de l'or-
gueil et un violent amour de lagloire. « Ah ,
te s'écriait-il, mon père ne me laissera rien à
« faire ! n Monté sur un cheval, que n'avait pu
dompter encore tout l'art des plus habiles
écuyers , il parvint à le réduire , et comme il
le lui voyait conduire selon sa volonté: « MOl)
DE L'HÎSTOJRE GÉNÉRALE. 41
r fils, lui dit son père, cherche un autre royau-
* me; la Macédoine est trop petite pour loi. »
Agé de 20 ans , Alexandre devint roi de
Macédoine , l'an 336 avant Jésus - Christ.
Il forma aussitôt le projet, étant à la tête
des Grecs , de punir les Perses de leurs
brutales attaques contre la Grèce, et de se por-
ter à l'Orient jusqu'au bout du monde. Dès
qu'Alexandre eut pacifié les petits royaumes
qui confinaient à la Macédoine , il traversa
l'Hellespont , en 334 1 pour passer d'Europe
en Asie , battit aussitôt , près d'un petit fleu-
ve -/ une armée de Perses de l'Asie mineure ,
et s'empara de leur camp , qui était plein de
richesses. Il se trouva lui-même en danger
de la vie ; mais un de ses généraux, nommé
Clitus, lui fit, un rem part de son corps et le
sauva. Une des suites de cette victoire fut la
conquête de presque toute l'Asie mineure.
En 333, il vint à Tarsus , où ayant impru-
demment pris un bain au moment où il avait
extrêmement chaud, il fut atteint d'une ma-
ladie si dangereuse , qu'au commencement au-
cun médecin n'osait entreprendre sa guérison:
c'était précisément à l'époque où le roi de Perse
approchait avec une armée innombrable. La
mauvaise humeur du roi fut à son comble : sen
fidèle médecin Philippe, contre lequel on avait
éveillé ses soupçons comme s'étant chargé de
l'empoisonner , lui présenta alors une boisson
salutaire ; et peu de jours après , Alexandre ,
de nouveau à la tête de ses soldats pleins de
joie r marcha au-devant des Perses. La rencon-
tre eut lieu à Issus. On en vint aux mains, l'ar-
mée persanne fut mise en déroute; des milliers.
LES É LÉ M K3TS 1
de prisonniers furent faits , et parmi eux se
trouvèrent la mère , l'épouse et deux filles
du roi des Perses ; à peine put-il s'échapper
lui-même ; les vainqueurs recueillirent dans le
camp un riche butin.
Alexandre passa ensuite au sud , le long des
côtes de la Syrie ; il détruisit Tyr en 332 ,
traversa le pays des Juifs , se jeta sur l'E-
gypte, où il fonda une nouvelle ville à la-
quelle il donna son nom En 331 , il tra-
versa de nouveau la Judée pour se porter
au nord-est vers la contrée de Ninive ; c'est
là qu'il rencontra le roi de Perse , à la tête
d'une nouvelle armée. Les Perses combattirent
en désespérés ; mais , plus versé dans le mé-
tier des armes , Alexandre l'emporta. Beau-
coup d'hommes furent tués, les autres prirent
la fuite ; et, en 330. le roi de Perse fut assas-
siné par ses propres sujets , tandis qu'il fuyait
devant Alexandre. Depuis ce moment, les
provinces se rendirent l'une après l'autre : Ba- ;
bvlone , la Perse , la Médie , tous les pays
jusqu;à l lndus se soumirent.
Le butin immense, fruitde toutes cesvictoires
et de toutes ces conquêtes, enrichit les soldats
et leurs chefs, au point qu'ils ne se plurent
désormais que dans la magnificence , et parmi
les jouissances d'une vie licencieuse et dissi-
pée. Alexandre lui-même se livra à l'orgueil :
gâté par les impudentes flatteries des Perses ,
il devint bientôt si arrogant qu'il n'exigea pas
seulement des Perses , l'usage servile auquel
ils étaient habitués ; mais encore des Grecs «
libres , qu'on le saluât en ployant le genou, ;
P el qu'on l'honorât comme un Dieu. Il fit
J
DE L'HISTOIRE GÉNÉRALE. 43
saisir et exécuter plus tard Callislhène, pour
s'y être refusé. Il tua de sa propre main
Clitus , qui lui avait sauvé la vie , pour avoir
placé les fiiu du roi Philippe , père d'Alexan-
dre , au-dessus de ceux de son fils.
Néanmoins Alexandre resta entreprenant
comme il l'avait toujours été ; il ne redouta au-
cun danger , eL se montra assez passionné ,
pour pénétrer jusqu'au bout du mondé. II
régnait cependant parmi ses soldats un cer-
tain mécontentement ; ils le suivaient malgré
eux. Lorsqu'il fut au-delà de l'Indus , et qu'il
voulut encore pàsser le fleuve Hyphasis, tous
s'y opposèrent unanimement ; Alexandre fut
forcé de rebrousser chemin en 3 a6 : il s'embar-
qua alors sur l'Inclus , et le descendit. Il avait
connu autrefois des rois Indiens , aussi braves
qu'instruits; il désira faire la connaissance des
sages de l'Inde , des Bramines.
Une partie de son armée s'embarqua à l'em-
bouchure de l'Indus , et revint par le golfe
Persique ; le reste prit la route de terre , et
traversa de brûlans déserts , où des milliers
d'hommes trouvèrent la mort. Alexandre fit
reposer son armée en Perse ; là il récom-
pensa richement ses soldats , sans apaiser pour
cela leur mécontentement. Il se rendit ensuite
à Babylone , c'est là qu'il avait formé le plan ,
et fait les préparatifs pour conquérir tous
les pays de la terre qui lui étaient connus , au
midi et au couchant , de même qu'il avait
soumis ceux de l'orient ; mais la mort l'arrêta
au milieu de ces vastes projets, en 323.
- Il n'avait point nommé de successeur ;
ses généraux, après une guerre de 23 ans, se
44 LES ÉLÉMENS
partagèrent ce grand empire. Parmi ces nou-
veaux royaumes, les plus puissans furent ceux
d'Egypte i de Syrie et de Macédoine ; les états
libres de la Grèce vinrent se placer à côté
d'eux ; mais comme ils entretinrent entr'eux
une guerre presque continuelle , ils s'af-
faiblirent mutuellement ; et déjà avant la
naissance de Jésus-Christ , tous étaient deve-
nus provinces romaines.
25. Mœurs et héroïsme des anciens
Romains.
Les habitans de la ville de Rome , capitale
de l'Italie , située sur le Tibre ; étaient encore
plus guerriers et plus héroïques que les Spar-
tiates , dans les siècles qui précédèrent la
naissance de Jésus-Christ. Chaque citoyen était
né soldat, et ce petit peu ple, qui, dans l'origine,
ne possédait qu'un territoire à peine de quatre
lieues d'étendue , conquit, l'un après l'autre,
tous les pays connus de la terre. L'occupation
principale des Romains, en temps de paix, était
l'agriculture, à laquelle s'adonnaient même les
personnages les plus distingués. Leur vêtement
consistait en une tunique et un manteau, car il
fait plus-chaud en Italie que chez nous : aussi
mangeaient-ils moins ; leur principal repas
avait lieu entre cinq et six heures; leurs mêts
ordinaires étaient la bouillie de farine , la
viande, des figues, et leur boisson, de l'eau mé-
langée de vin. Leurs temples , leurs palais et
leurs maisons étaient bâtis avec de la glaise
et des briques ; les rues n'étaient pas formées ,
il n'exislait point de pavés : leurs lois étaient
sév ères.
DE L'HISTOIRE GÉNÉRALE. 45
Ce peuple guerrier ne pût pas su pporter les
cruautés de ses rois : il chassa Tarquin qui
avait tué son prédécesseur et plusieurs nobles
romains ; le gouvernement roval fut entière-
ment aboli en 510 avant Jésus-Christ. Tar-
quin échoua dans toutes ses tentatives pour
ressaisir la couronne. Une conspiration formée
parmi la jeunesse romaine , fut découverte.
L'attaque d'un roi voisin , que Tarquin avait
soulevé; metiacai L déjà la ville, quand quelques
traits héroïques de plusieurs Romains sauvèrent
Rome. Horatius seul défendit la tête d'un pont
sur le Tibre, et empêcha ainsi que l'ennemi ne
pénétrât dans la ville. Mucius entra dans le camp
ennemi, dans le but de tuer le roi : ce ne fut
que par erreur qu'il frappa le secrétaire du
prince : Mucius , menacé d'etre brûlé , éten-
dit tranquillement la main droite sur un
brâsier ardent , et la laissa se consumer.
L'étonncment, l'effroi s'emparèrent des as-
sistans ; le roi, plein d'estime et d'horreur ,
offrit la paix aux Romains à des conditions
équitables. Il exigea , pour gages de la paix,
des otages, au nombre desquels se trouvaient
plusieurs jeunes filles ; mais celles-ci trom-
pèrent les gardes , et rentrèrent à Rome en
traversant le Tibre à la nage. Les Romains
les livrèrent à la vérité de nouveau, mais
le roi rendit la liberté à la plupart d'entre
elles,, et Tarquin ne fut point imposé aux
citoyens de Rome.
Après s'être affranchi de la domination de ses
rois , le peuple ne voulut pas se voir oppri-
mé par les grands et les nobles. Ceux-ci vou-
laient s'approprier les avantages de la guerre ,
4^ LES ÉL ÉMEN S
et remplir toutes les places supérieures. Le
peuple s'y opposa , et obtint enfin, mais non
sans de longs combats , les mêmes droits que
les grands. Dès-lors il devint arrogant , il se
hissa flatter et trom per; de là se formèrent
des divisions au milieu de ce peuple égaré :
aussi de sanglanles guerres civiles ne tardè-
rent-elles point à éclater.
26. Pyrrhus ; Fabricius; Curius.
1 Les Romains menaçant de mettre sous le
joug les Tarenlins dans la Basse-Italie , ceux-ci
appelèrent, de la Grèce du nord , Pyrrhus à
leur secours en 280 avant Jésus-Christ. Ce
prince arriva suivi d'une grande armée et d'un
certain nombre d'éléphans. Ces animaux, en-
core inconnus aux Romains , épouvantèrent
leurs chevaux ; les Romains perdirent la batail-
le, mais Pyrrhus y laissa beaucoup dessiens. Ce
roi fit offrir la paix*, mais , encouragés par les
discours pleins de feu c'uqi vieillard énergique,
les Romains répondirent qu'on ne songerait
point à traiter de la paix , avant que Pyrrhus
tût-quiué l'Italie. Le roi chercha alors à séduire
un Romain très-distingué, mais pauvre, Fabri-
cius , qui méprisa ses séductions et lui ren-
voya son argent. Pyrrhus remporta, à la
vérité , une seconde victoire, mais il perdit
tant de monde, qu'il profita avec empresse-
ment de la prière que lui adressèrent les
Siciliens de venir à leur secours , comme
d'un prétexte pour quitter 1 Italie , et s'em-
barqua pour leur île.
Dêuï ans a près il repassa en Italie ; mais les