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Les fleurs : fabliaux et poésies / par Jules Bondon

De
99 pages
Ledoyen (Paris). 1861. 1 vol. (104 p.) ; in-18.
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IL.3SS
FLEURS
Fabliaux et Poésies.
TAÏl
JULES BONDON
PABIS
LEDOÎE:-;, LIBRAIRE
GAtBftïK D'OHl-KANS, 31, PALAIS-BOYAL
1861
LES FLEURS
Imprimé par Georges Ktrgelmann,
ÏU'E DE IA GRANGE-BATELIÈRE, 13
LIES
FLEURS
Fa$Nafx et Poésies.
l-AK
Jules BONDON
PARIS
LEBOYEN, LUiRAIRE
(.A1IÎ1UG D'ORLIA'VS, 31, l'Ai Al-.-IH»\AÏ.
J«G1
DÉDICACE
Gentilles fleurs, mes préférées,
Que j'ai si souvent admirées
Et qui m'avez dit vos secrets ;
Consentez qu'ici je les livre
Aux feuillets volants de ce livre,
Pour les parer de vos attraits.
Mes lectrices, dans vos emblèmes
Gomme en un miroir, elles-mêmes
S'y reconnaîtront, traits pour traits,
Et dans vos parfums, vos nuances,
Votre fraîcheur, vos différences,
Parmi vous verront leurs portraits.
Les mêmes grâces vous rassemblent,
Leurs charmes aux vôtres ressemblent
Quand vous nous venez au printemps :
La seule chose qui diffère,
C'est que votre éclat éphémère
Ne brille que quelques instants !
INnïs, r; novembre loRO.
A MES CIIERS AMIS,
Je cède, mes omis, à vos instances, en publiant un
petit recueil de Fabliaux sur l'emblème des Fleurs.
Il vous a plu de m'encourager à publier cet essai
pour lequel vous avez eu plus d'indulgence que de
critique ; aujourd'hui, le public, plus sévère que vous,
vous dira si vous avez eu tort ou raison; quant à
moi , étranger dans la littérature, sans patronage,
n'ayant d'autre titre que votre bienveillant accueil, je
ne puis me défendre d'un sentiment de crainte en
mettant au jour quelques vers qui ne devaient pas
franchir le foyer de famille et le cercle restreint de
mes bons amis ; je ferai donc ici acte de contrition en
réclamant, ainsi que le fait l'acteur Indisposé, toute
l'indulgence du public pour ce premier essai.
Jules BONDON.
LE BOUQUET
A MADEMOISELLE ***
Pour dépeindre votre élégance,
Je nommerai l'Àccacia ;
Pour constater votre présence,
Je montrerai le Dahlia;
Pour chanter vos grâces parfaites,
Le Charme me secondera;
Et si je dis : Belle vous êtes,
La rose pour moi parlera.
Pour prouver combien je vous aime,
La capucine sera là;
Soyez de mon amour extrême
La liane d'Orthuella !
1
L'AUBEPINE
Doux espoir.
Blanche Aubépine,
Dis-moi pourquoi
Je m'achemine
Toujours vers toi ?
C'est, me diras-tu, ma belle,
Que tes fleurs ont des secrets,
Pour le coeur toujours fidèle
Et pour les amants discrets.
D'abord, dis-moi, je te prie,
Si ce matin tu la vis,
Est-elle toujours jolie ?
Aussitôt, oui, tu me dis ;
Car je vois que ta parure
Manque aux bords de ton buisson,
Et ta fleur dans sa coiffui'e
Ne peut pas me dire : non !
L'AUBÉPINE 3
Blanche Aubépine,
Dis-moi pourquoi
Je te devine
Si bien, ma foi?
Est-elle à mon coeur fidèle ?
Dis : m'aime-t-elle toujours ?
Je serai discret, ma belle,
Parle-moi de mes amours.
Ne crains pas que je sépare
Ton secret de mon bonheur ;
De tous deux je suis avare,
Et des indiscrets j'ai peur !
Parle, ou je devine encore,
Car j'entends sur ton buisson
L'oiseau, d'une voix sonore,
Dire oui dans sa chanson.
Blanche Aubépine,
Dis-moi pourquoi
Je m'achemine
Encor vers toi ?
Petite fleur, je te prie,
Un dernier mot... Dis tout bas
A ma tendresse infinie
Qu'elle ne m'oublie pas ;
Que je puis compter sur elle
L'an prochain à ton retour,
/! I.'AUIIÉPINE
Lorsque ta fleur renouvelle
Son parfum et mon amour !
Aussitôt je vois en place,
Dans un coin de ton buisson,
Un écrit remplit de grâce
Qui tendrement me répond :
« Blanche Aubépine.
» Parle pour moi,
» Puisqu'il devine
» Qu'il a ma foi ! »
LA PENSEE
Pensée.
Une pensée en rejetons féconde,
Dans un jardin multipliait ses fleurs,
Elle imitait les grands Penseurs du monde
En exhalant de suaves senteurs !...
Elle était là, réfléchissant dans l'herbe,
Tous les rayons qui lui venaient du ciel,
Elle était là, bienfaisante et superbe,
Donnant à tous, son parfum et son miel !
Ainsi que vous, Penseurs, elle abandonne
Tout ce qu'elle a de plus pur dans son sein,
Sans éloigner le frelon qui bourdonne,
Elle nourrit l'abeille et son essaim !
6 LA -PENSÉE
Et nous aussi, nous puisons la sagesse
Dans vos écrits toujours harmonieux,
Car la pensée humaine se redresse
Aux doux rayons qui descendent des cieux !
Nous la voyons sur sa puissante tige
Epanouir des noms aimés de tous,
Depuis le Christ, le plus divin prodige,
Que de penseurs ont fleuri parmi nous !
Et presque tous ont payé de leur vie,
Ou par l'exil, le tort d'avoir dit vrai,
Ainsi que toi, noble fleur qui, cueillie,
Languit et meurt loin du soleil de mai !
Mais les penseurs comme toi reparaissent,
Eux, que grandit la persécution,
Plus forts, plus grands, d'âge en âge renaissent
Plus lumineux dans leur ascension !
Salut à toi, fleur de l'intelligence,
Le monde entier te proclame en tous lieux,
Du'cieltu viens pour bannir l'ignorance,
Tu sors du sol pour captiver les yeux !
LE LILAS
Jeunesse et Amour naissant.
Petit arbrisseau, quand l'hiver se passe
Quand le doux printems vient nous visiter,
Tu mets dans ta fleur la fraîcheur, la grâce
Que toutes tes soeurs vont te disputer ;
Ne te hâte pas d'ouvrir tes corolles,
Trop tôt les enfants voudraient te cueillir,
Quand tu nous souris toujours tu consoles
Notre pauvre coeur, prêt à défaillir.
0 lilas que j'aime
A chaque printems,
Toujours ton emblème
Rejouit nos ans !
Laisse tes grenats aux mille facettes
Du plus tendre vert se rougir un peu,
Lorsqu'en soupirant, tout bas, tu t'apprêtes
A te colorer par un doux aveu.
S LE LILAS
Résiste longtemps à montrer tes charmes,
Tes boutons en fleurs ne durent qu'un jour,
Et le Dieu cruel se rit de tes larmes
Lorsque ton parfum s'exhale à son tour
0 lilas si tendre
Quand tu viens charmer,
Peut-on se défendre
De ne pas l'aimer ?
Ta grâce enfantine est toujours l'emblème
Des premiers beaux jours dont nous jouissons,
A chaque printemps, ta fleur que l'on aime
Charme notre vie à nous qui passons !
Et quand vient le temps de notre vieillesse,
Nos jolis enfants, beaux comme ta fleur,
Semblent prodiguer à notre tendresse
Les charmes si purs de ta douce odeur.
Car 1a fleur chérie,
Lilas mes amours.
De toute la vie
Embellit le cours !
LE LIS
Majesté, Candeur.
Faut-il te plaindre ou te porter envie
Fleur orgueilleuse et candide à la fois ?
Quand je te vois si fraîche et si jolie,
Pourquoi vas-tu te flétrir, ô ma mie !
Sur le blason et le manteau des rois !
Ne sais-tu pas que la gloire éphémère
Sur tes attraits n'a brillé qu'un moment ?
Que des grandeurs la troupe passagère
N'a pu verser qu'une liqueur amère
Sur ton coeur d'or au calice d'argent 1
Reviens, crois-moi, dans nos jardins éclore
Sous le beau ciel de nos riants climats ;
Viens consoler l'aimable et tendre Flore,
. Qui chaque jour au lever de l'Aurore
De ton exil ne se consolait pas!
i*
LA MARGUERITE DES PRÉS
Innocence.
De ma blanche couronne
On me dépouille sans pitié,
Mon coeur, on l'abandonne
Sur le sol, foulé par le pié :
Hélas ! je croyais être
La Reine des prés et des champs,
Et ma Candeur peut-être
Fait mon malheur et mes tourments.
Pour m'effeuiller si vite
Qu'ai-je fait de mal ici-bas ?
Je suis la Marguerite
Par pitié, ne m'effeuillez pas !
« Console-toi, lui dis-je,
» Cache tes pleurs et tes regrets,
» Ta mort est un prodige,
» Elle divulgue les secrets ;
12 LA MARGUEIUTE DES PRES
» Elle fait dire : j'aime,
» Un peu, beaucoup, passionnément
» A l'innocence même
» Qui rougit en te consultant ;■
» Si ton dernier pétale
» A son coeur répond pas du tout
» Ta parole fatale
» Nuit et jour la suivra partout.
» Mais belle autant que bonne
» Ta fleur jamais ne la dira,
» Et ta blanche couronne
« Toujours d'amour nous parlera.
» Réjouis-toi bien vite
» Toute fleur désire ton sort,
» 0 ! blanche Marguerite,
« Puisque l'amour naît de la mort.
LE MYOSOTIS
Aimez-moi î Ne m'oubliez pas.
Aimez-moi, je suis si petite,
Aimez-moi, car j'ai les yeux bleus !
Aimez-moi, car je meurs bien vite
Aimer, aimer, c'est être heureux !
Ainsi chantait la douce plante
Dont le nom est Myosotis,
Elle est seule, elle se lamente
Aux bords des ruisseaux aux longs plis,
N'ayant que le silence et l'onde,
Le roseau vert, le vert gazon,
Comment conserver sa raison
Lorsqu'on se voit seule en ce monde ?
Bien à propos pour cette fleur
Une fille jeune, et pensive
LE CAMELIA
Froideur
Toutes les fleurs ont un emblème,
La Capucine dit : Je t'aime ;
Le Myosotis : aimez-moi !
La Violette simple et chaste
Exhale une senteur sans faste
Et la modestie est sa loi !
Mais toi, Camélia superbe,
En t'élevant sur une gerbe
Comme un bouquet artificiel,
Tu parais comme un météore,
Qui brille, s'éteint, s'évapore
Sans renvoyer son âme au ciel !
LA PERVENCHE
Doux souvenir.
Quand j'aperçois ta fleur simple et charmante
Se dérober aux regards, dans les bois,
Je crois revoir sur ta tige pendante
Les traits chéris de ma première amante,
Lorsque j'aimai pour la première fois !
Et ton aspect en tout tems me rappslle
L'objet aimé dont mon coeur a fait choix.
Chaque printems tu me reviens plus belle.
Petite fleur, quand tu me parles d'elle,
Dis, puis-je aimer une seconde fois?
A te cueillir j'hésite et je balance,
Car tu me dis toujours à demi-voix :
« Ne suis-j£ pas la fleur de l'innocence
» Qui dans ton coeur laissa la souvenance
» Du doux aveu qu'il reçut autrefois? »
LE SYRINGA
Amour fraternel.
A MES ENFANTS.
Dans le champ paternel
Trois syringas, plantés à trois ans de distance,
De l'amour fraternel
Savouraient les douceurs dès leur plus tendre enfance.
Ils fleurissaient tous trois
Quand le printemps venait, et leurs blanches corolles
Ouvertes à la fois
Dispersaient dans les airs de bien tendres paroles.
L'aîné disait : « Lorsqu'on nous mît en place
« On écarta, de trois pieds en trois pieds,
» Nos tiges provenant de même race,
» Et sous les mêmes lois nous nous sommes plies.
» Le plus jeune de nous atteint nos hautes branches,
» Sur des rameaux plus verts il nous donne ses fleurs,
» Il se joint avec joie à nos corolles blanches
» Et mêle à nos parfums ses suaves senteurs !
20 LE SYIUNGA
» Et nos trois tiges distancées,
« Se rapprochant avec amour
» En un buisson entrelacées,
» De l'amour fraternel se parent tour à tour ! »
Un seul regret préoccupait ces plantes :
Il leur manquait, parmi leurs fleurs charmantes,
Pour compléter leur amour fraternel,
L'amour si pur d'une soeur que l'on aime,
Qui, sur leur front, comme un saint diadème,
Couronnerait leur symbole réel !
Quand tout à coup, comme une fée,
Parut une plante greffée
Par la main de l'horticulteur.
Dans leur buisson elle s'élève,
Dans leur sève y puise sa sève,
Elle fleurit c'était leur soeur!
L'ANÉMONE
Oubli. Abandon.
Parmi les ronces et les pierres
Qui déchirent nos pieds, nos mains,
Quand nous marchons dans les ornières
Que l'intérêt creuse aux humains,
Languissait une pauvre plante
Sans racines, presque mourante.
Exhalant un triste soupir...
C'était une pâle anémone
Qui jetait aux bises d'automne
Ce cri plaintif : je vais mourir !
Pauvre plante qui vient de naître,
Le sol manque à tes premiers pas :
Sans soutien, tu vas disparaître,
Meurtrie aux douleurs d'ici-bas ?
22 L'ANÉMONE
Eh ! qu'importe que la natuie
En ton sein ait mis un trésor,
Ta simple et modeste verdure
Aux yeux de tous le cache encor !
Nul ne prendra soucis et peine
Pour te cultiver avec soin,
Car le plaisir, qui nous entraîne,
Délaisse le malheur bien loin !
Reste donc triste, humiliée,
Et par les heureux oubliée
Sur le sol mouillé par tes pleurs,
Peut-être qu'une main amie,
En te rappelant à la vie,
Verra fleurir tes chastes fleurs !
Alors, je ramassai -la tige
Que je trouvai sur le chemin.
Je l'emportai... Mais quel prodige !
La plante me sourit soudain :
« Merci, me dit-elle. Oh! que j'aime
» Ta main qui vient me secourir.
» Hier encor j'avais l'emblème
» De l'abandon qui fait mourir ;
» Aujourd'hui que ma destinée
» Sourit pour la première fois,
» Que, pauvre plante abandonnée,
» Je pleure et je ris à la fois,
LANEMONE 23
» Je te promets, en récompense
» Des soins que tu me donneras,
» Qu'à chaque printemps qui commence,
» Nouvelles fleurs tu cueilleras ;
» Que pour toi je me ferai belle,
» Pour charmer tes yeux et ton coeur,
» Afin que ma fleur te rappelle
» Que je te dois tout... le bonheur ! »
LA BELLE DE JOUR
Eclat.
ET LA BELLE DE NUIT
Timidité.
Deux soeurs, dans le jardin de Flore,
S'entretenaient à petit bruit.
L'une souriait à l'Aurore,
L'autre souriait à la nuit.
La plus jeune au matin entr'ouvrant la paupière,
Qu'appesantit encor un reste de sommeil,
Saluait le ciel pur, et semblait la première
De la belle nature admirer le réveil.
Sa soeur, tout au contraire, enroulant ses pétales
Dès que l'astre des cieux projetait sa clarté,
Fermait languissamment ses fleurs tendres et pâles
Dont Phoebé dans la nuit admirait la beauté !
LA BELLE DE JOUH ET LA BELLE DE NUIT 2J
» Ma soeur, dis pourquoi tu te caches
« Quand j'ouvre les yeux pour te voir?
'' Pourquoi constamment tu t'attaches
» A ne fleurir que vers le soir?
» A cette heure dont Dieu dispose
» Pour que tout se livre au sommeil,
» Toi seule revêts, demi-close,
» Ton mystérieux appareil !
» Et, quand le soleil se retire
» Pour éclairer d'autres climats,
» Pourquoi ta jeune fleur désire
» La nuit pour montrer ses appas ?
» Ecoute-moi, ma soeur : la nature est féconde,
« Les jours comme les nuits possèdent leurs splendeurs,
» Le petit ver luisant au grand jour est immonde,
» Et cependant du ciel reflète les lueurs !
» Le grillon, dans les blés, que la chaleur accable,
» Donne aux ombres du soir son chant silencieux,
» Et des sylphes cachés la cohorte innombrable
» Disperse dans les airs des sons mystérieux !
» Comme le ver luisant qui cache sa parure,
» Les sylphes dans les airs, les étoiles au ciel,
n Je suis un des accords de la belle nature
» Qui font la majesté du concert éternel !
2
LE CHAMPIGNON
Méfiance.
Quelle est cette plante éphémère
Qui croît, languit, se désespère
Dans l'herbe humide des forêts ?
Sans couleur, sans parfum, sans grâce,
Sa fleur n'a pas encor de place
Dans les parterres de Gérés !
Son aspect attriste et repousse
La main qui vient pour la cueillir.
Au fond des bois sa tige pousse,
Comme un pénible souvenir !
Sa laideur en tout temps nous glace.
Comme l'aspic dans le buisson,
On la fuit.... et souvent on trace
Un signe de croix sur son nom !
23 LE CHAMPIGNON
Son emblème est la méfiance,
Son suc est toujours vénéneux,
C'est un poison... Eh bien ! je veux
Cultiver son adolescence...
Alors, cette plante sera
Sinon belle, au moins délectable,
Et bien souvent sur notre table,
Avec plaisir on la verra ;
Car pour nous elle prend sa sève
Sur le sol fécond, nourricier,
Où tout commence, où tout s'achève
Pour renaître et multiplier !
Rien n'est de trop dans la nature.
Elle répand d'une main sûre
Sur toutes choses ses amours,
Et la sève où l'âme divine
Ont besoin pour qu'on les devine
D'être cultivées.... toujours!
Les plantes, ainsi que les hommes,
Sont soumises aux mêmes lois,
Faire bien et mal à la fois....
Pauvres champignons que nous sommes !
LE ROSEAU
Protection.
Au milieu d'un étang, un roseau solitaire,
Balançait tristement sa tige hors des eaux ;
Il enviait le sort du chêne séculaire
Qui sur le champ voisin étendait ses rameaux.
Or, le chêne abritait, sous son épais feuillage,
Les tendres sentiments des oiseaux d'alentour,
Tandis que lui tout seul dans son vert marécage
Augmentait de ses pleurs son humide séjour !
Quand tout à coup suryint une pauvre fauvette
Qu'un épervier chassait de l'arbre hospitalier ;
Haletante elle fuit, sur le roseau s'arrête,
Et, sur ce faible abri, semble le défier !
LE DAHLIA
Coquetterie.
Parmi les fleurs aux corolles charmantes,
Au doux parfum, à l'aspect attrayant
Qui sur la terre, en étoiles tombantes,
Semblent du ciel venir en souriant ;
Il en est une à nulle autre pareille,
Empruntant tout à ses aimables soeurs,
Sauf le parfum, ravissante merveille !
Elle revêt leur grâce et leurs couleurs !
Le blanc au Lys, comme à la Pâquerette,
Le violet au Lilas du printemps,
Le panaché sur l'OEillet du poète
Et le grenat sur le Pavot des champs.
La Rose aussi dans toutes ses nuances
Du rouge vif, au plus tendre incarnat,
Eut la douleur, malgré ses résistances,
D'être imitée en son plus bel éclat !
32 LE DAHLIA
Mes belles fleurs, méprisez la coquette,
Car ses atours feront peu de jaloux;
Sachez le bien, quelque chose l'arrête
Pour égaler la plus simple de vous !
Pour la punir de sa coquetterie,
Flore n'a pas répandu dans son coeur
Votre parfum que sans cesse elle envie,
Et, corps sans âme, elle vit sans odeur !
0 ! Dahlia ! ce n'est pas tout de plaire
Par un éclat à d'autres emprunté;"
Si de ton sein tu ne peux en extraire
Ni doux parfum, ni douce volupté !
LISERON ET CLOCHETTE
Amoir conjugal,
Deux beaux enfants des champs, Liseron et Clochette,
Sous les yeux paternels, à l'ombre, fleurissaient.
Ils cachaient leur amour dans leur humble retraite
Sous le chaume et le toit qui les réunissaient;
Puis déployant tous deux leurs splendides corolles,
Exhalant à l'entour leur parfum jusqu'au ciel,
Ils échangeaient entre eux de bien tendres paroles
Et leurs doux entretiens étaient plus doux que miel !
Quand le soir arrivait, s'enroulant sur eux-mêmes,
Ils laçaient leurs rameaux, s'entrelaçaient si bien,
Qu'ils bravainnt des Autans les rafales suprêmes
L'un à l'autre attachés par leur puissant lien !
Témoins de leur bonheur, Nicolas et Fanchetle,
Se juraient même amour dans la même maison;
L'une jurait tout bas d'être toujours Clochette,
L'autre jurait tout haut de rester Liseron ! '
LA ROSE POMPON
Gentillesse.
La Rose pompon se plaignait
De se voir ainsi si petite,
Et que Vénus la dédaignait
En la laissant seule en son gîte ;
Tandis que ses soeurs, tour à tour
Fleurissant au jardin des Grâces,
Occupaient les plus belles places
Qu'on leur réservait à sa cour I
L'Amour voyant couler ses larmes
A son coeur vint se révéler,
La revêtit de tous ses charmes
Et sut ainsi la consoler !
0 jeune fille qui désire
Avoir beauté, fraîcheur pour don,
Imite la Rose pompon,
Fais à l'Amour un doux sourire !
LES BOUTONS D'OR
ramté.
Les Boutons d'or épandus sur la terre
Envahissaient un champ mis au repos,
Se carraient au soleil, et sans jamais rien faire,
Parés de robes d'or, se croyaient sans égaux !
Ils oubliaient, hélas ! que leurs jaunes pétales
N'exhalaient nul parfum, aucun miel n'épanchaient
Et que les vents du ciel dans leurs folles rafales
Pour punir leur orgueil, sur le sol les jonchaient !
« Que nous fait, disaient-ils que_le vent nous emporte
» Où toute chose est emportée !
» Naître, jouir, briller, à nous que nous importe
» Où la sève sera jetée !
» Le hasard nous fit fils d'une riche famille
» Où l'or vient nous couvrir dès que nous fleurissons,
» Toujours avec orgueil sur nous ce métal brille
» Et sans l'avoir gagné, toujours nous jouissons !
3(i LES BOUTONS ll'oll
» Jamais l'horticulteur ne nous donna la gêne
» Qu'il inflige à nos soeurs pour les faire fleurir,
» Nous naissons pour jouir, exempts de toute peine
» Que nous importe à nous qu'on les fasse souffrir ?
Alors, le champ qui les vit naître
Honteux de leur donner le peu qu'il possédait,
Se fendit sous le soc champêtre
De la forte charrue où la herse pendait !
Préférant voir son sein déchiré par la lame
Et ses flancs tout meurtris par le travail humain.
Que de les supporter, alors que Dieu réclame
Pour tant de malheureux la sève de son sein !
Les Boutons d'or que la charrue entraîne
Dans les sillons qu'elle creuse soudain,
En détritus fécondèrent la plaine
Rui se couvrit d'épis d'or, au bon grain !
Les orgueilleux sous le soc et la herse,
Dans le néant furent tous rejetés.
Orgueil de l'or, ô passion perverse,
Ainsi s'en vont toutes tes vanités !
LA SENSITIVE
Pudeur.
A M""! B.
Auprès d'une plante craintive,
Une jeune tige poussait ;
La plante était la Sensitive
Qui vers sa fille se penchait,
Redoutant autant que pour eUe
Le contact toujours dangereux
Du beau Papillon infidèle
Aux fleurs dont il est amoureux !
Elle disait, dans son langage,
A sa fille, à peu près cela :
« N'écoute pas le bavardage
» Du beau Papillon qui dira,
3
74 LA SENSITIVE
» En te voyant sage et gentille,
» Qu'il meurt d'amour pour tes beaux yeux.
» Il veut te charmer, ô ma fille !
» Par ses propos insidieux.
» Replie avec soin tes pétales,
» Ferme ton coeur à ses discours,
» Afin que ses ailes fatales
» Ne déflorent pas tes beaux jours !
» Mais alors qu'un ami sincère
» T'offrira sa main pour appui,
» S'il s'approche auprès de ta mère
» Sans qu'elle s'éloigne de lui,
» Tu pourras, timide et craintive,
» Donner ton coeur à cet ami,
» Puisque ta mère Sensitive"
» A son contact n'a pas frémi! »
L'OEILLET
Amour vif et pur.
Comme l'OEillet dans un parterre,
Qui ne fleurit jamais si bien
Que lorsqu'un osier tutélaire
A ses branches sert de soutien,
Notre amour vif et pur soupire
En s'exhalant de notre coeur,
Et sans un soutien il expire
Avant d'épanouir sa fleur !
Qui .soutiendra notre tendresse
Comme le fait un osier fin,
Quand en éventail il redresse
L'OEillet qui fleurit le matin ?
C'est la femme vaillante et sage,
Souple et franche comme l'osier,