Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 0,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne + Téléchargement

Format(s) : PDF

sans DRM

Les legs de Marc-Antoine / par Antoine Campaux

De
226 pages
E. Dentu (Paris). 1864. 1 vol. (XIV-229 p.) ; 23 cm.
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
Voir plus Voir moins

LES LEGS
DE
MARC-ANTOINE.
1864.
LES LEGS
DE 1.
MARC AMTOtNE
4
PAH r,
7
ANTOINE OAMPAUX.
PARIS,
E.DENTU, L. HACHETTE &C'~
PALAtS-ROYAt~GALE~YED'ORLEAKS BOULEVARD S~)NT-GERMAIN, 77,
STRASBOURG,
DERIVAUX, HBRAtRE, RUE DES HALLEBARDES, 29.
A'
Pour quelque mer lointaine en temples féconde
Lorsque le vieux pècheur appareil pensif,
H repasse en esprit tous les hasaets de l'onde,
Et le noir coup de vent et le traitre récif;
Et pour garder de mal sa barque vagabonde,
A la poupe il suspend, divin préservatif,
Quelque image sacrée, et plein de foi profonde
A i'abime remet ses jours et son esquif.
Ainsi, pour assurer les destins de ce livre9
Pour qu'il puisse à cette heure, avec mon nom, survivre
Et doubler triomphant l'affreux cap de l'oubli,
Sou;, ta ~arde, doux astre, ô cher nom qui m'enivre,
Au public orageux hardiment je le livre
Et risque aux flots ma nef sous ton suave abri.
)"'Mni)M4.
AU LECTEUR.
Un écolier du XV' siècle, François Villon, a fait de la
forme des Legs l'emploi le plus original. H a en effet
trouvé moyen d'y faire entrer avec sa vie, fort aventureuse
comme chacun sait, tout un côté de celle de son temps,
qui y revit avec une vivacité de couleurs égale à celle des
vitraux des cathédra)es de la même époque.
Cette forme, si populaire au temps de l'écolier des
derniers jours du moyen âge, valait-elle la peine, après
trois siècles d'oubli, d'être tirée de la poussière où elle
dormait, pour fournir de nouveau le cadre d'un poème?
C'est au public à en décider. Toujours est-il que l'auteur
a cru piquant et à propos de l'appliquer, avec la fran-
chise de style et la variété de ton qu'elle comporte, à la
revue des doctrines et des œuvres littéraires ainsi que des
mœurs de son époque.
\')H
Outre la conformité générale de ce cadre, les dévots
du vieux poète en remarqueront une autre, celle de l'or-
donnance. La première partie des Legs reproduit en effet,
sauf certaines libertés particulières au XV" siècle et a
Villon, quelque chose des fantaisies et des malices du
Petit Testament, comme la seconde partie, plus particu-
lièrement jyriquc et etégiaque, rappelle les effusions et
les mélancolies du Grand.
Ai-je besoin de faire remarquer que tous ces legs sont
de dates fort diverses et correspondent chacun, comme
autant de chœurs légers ou sérieux, aux plus vives expé-
riences de la jeunesse, ainsi qu'aux courants d'idées les
plus marquants de ces quinze dernières années, dont plu-
sieurs sont comme le contre-coup et l'écho et apportent
ainsi leur témoignage à l'Histoire de nos jours.
Si d'ailleurs ce poème avait une origina)ité, indépen-
damment de celle du cadre et du rhythme qui, à fort peu
d'exceptions près, a t'avantage de reposer le lecteur de
l'alexandrin, ce serait d'être, même aux endroits où le ton
peut paraitre le plus familier, dans la première partie par
exemple, une des plus franches protestations de ce temps
en faveur d'idées beaucoup trop sacriuèes de nos jours,
o)') i'esprit humain, cmpnrté a )n recherche de ses dfsti-
t\
nées nouvelles, semble impatient de jeter à toutes les
bornes du chemin, comme s'il devait en être plus léger,
tout ce qui a fait jusqu'ici la meilleure partie de son patri-
moine.
A qui trouverait ces paroles bien solennelles, on pour-
rait répondre que l'heure actuelle ne l'est pas moins, et
qu'il faut être bien aveugle ou bien tegcr pour ne pas voir
qu'il y a longtemps que l'Humanité n'a traversé une crise
pareille à celle qu'elle traverse en ce moment, et qu'elle
court à une transformation. Quand en effet a-t-elle paru
jamais plus travaillée ? Je doute que le XVI" siècle, ce
grand coureur d'idées et d'aventures, l'ait été plus et
peut-être même autant. H semble, dans cet effrayant va-
et-vient de choses qui s'en vont et de choses qui arrivent,
que les destinées du monde soient à l'étude. Que va-t-il
faire? Avancer, ou reculer, ou rester immobile? Et pour
comble, cette étude est entre les mains des passions les
plus irréconciliables.
Dans l'ordre politique la guerre est partout, ou de sa
personne, ou de son ombre encore plus menaçante,
Ilorribili ~MpO' a~PC/H )MM'<f<MM.~ !MS~!M$;
<'t le monde d'un pote à l'autre semble une collection de
pnudrio'ps qu'dte fin) !f~)r a tour sauter. Ce n'est encore
x
rien auprès de la météc des idées, mêlée d'autant plus
acharnée qu'on n'y rencontre guères d'autres soldats et
surtout d'autres généraux que les furieux et les étourdis
de tous les partis. Le Passé et le Présent se sont plus que
jamais pris corps à corps, résolus à ne lâcher prise que
<~
lorsque l'un des deux sera resté sur le carreau. Si
d'un côté ou nie l'autorité et !e divin avec toutes les
choses sacrées qu'ils représentent, de l'autre on ne mau-
dit pas avec moins d'emportement les libertés les plus
inviolables de l'esprit humain. Certes je ne suis pas de
ceux qui désespèrent, le désespoir m'ayant toujours paru
une des plus grandes impiétés; j'aime à croire au contraire
que la lumière et l'ordre finiront par se dégager avec la
paix de ce chaos ténébreux; et je me persuade que la
conscience de plus en plus complète d'elle-mème, cette
grande chose, à laquelle marche de jour en jour l'Huma-
nité et dont les magnifiques découvertes de la science
moderne sont, il n'en faut pas douter, les instruments
providentiels, est une conquête faite pour dédommager
de tout ce qu'elle aura coûté. Mais, en attendant, on
pense si, au milieu d'une lutte aussi furieuse, la justice,
la morale et la Religion, qui en est la source la plus haute,
et avec elles le goût et le sens commun, reçoivent des
X!
blessures. Ils en sont criblés, exposés qu'ils sont au feu
de tous les camps; et, pour peu que cela continue, ils
risquent fort de rester sur le champ de bataille.
Ce sont ces btessés, foulés aux pieds des combattants,
que j'ai essayé de relever et de panser pieusement dans
ce poème. Ce n'est pas, je le sais, un rôle populaire, mais
c'est peut-ètre une raison pour qu'il ne soit pas moins
beau.
S'il arrivait maintenant qu'on reprochât t auteur i'ai-
liance de deux inspirations aussi contradictoires en appa-
rence que l'inspiration satirique et que l'inspiration ly-
rique, il répondrait que rien ne caractérise davantage )'es-
prit français, dont il serait jaloux d'être à son tour et dans
sa mesure un interprète sincère, ni ne représente mieux
sa tradition, qui de tout temps a consisté précisément dans
la rencontre du sentiment de l'idéal avec celui de la réa-
lité; sentiments dont l'union seule exprime i'ame toute
entière.
Il pourrait ajouter qu'il est des impertinences, à prendre
ce mot dans sa vieille et française acception, dont le ridi-
cule seul peut avoir raison, outre qu'elles ne méritent
pas autre chose, et que l'arme en ce cas, si commune
qu'elle puisse paraitre, emprunte son prix et sa dignité
XH
fie l'exccllcllcc de la cause au service de laquelle elle
('struise.
D'ai))eurs, a part quelques endroits assez rares où ce
qu'il attaquait lui a paru dépasser la mesure et l'a peut-
être lui-même entramé plus loin qu'il n'aurait voulu,
l'auteur n'a guères emporté la pièce. )) s'est contenté,
en générai, de chatouiller !égércment du bout de sa
baguette l'épaule de ceux qu'il fait défiler tour à tour
dans ses galeries.
Il ne pouvait pas faire autrement après tout avec des
hommes dont la plupart ont un véritable talent, et dont
la France, a p!us d'un égard, a droit d'être fière. De
plus, comme on le verra, sans même parler de la seconde
partie complètement inoffensive, ou a peu près, tout n'est
pas satire, même dans la première; et bien qu'avec plus
d'une réserve la louange n'a de prix qu'à cette condi-
tion )'é!oge s'y rencontre plus d'une fois.
!) y a même une partie de pur badinage et de fantaisie
destinée à délasser le lecteur; ainsi entre autres, )c legs
:) 7~<~M:'<' et le CAcfpM ~'or. Si t'auteur avait pu penser
en effet qu'il fût possible de voir dans ces )egs. et dans
quciqucs autres où il lutine a la façon d'Horace, dc!-
''rrivain? don) !t's dét~ms n~ iui cachent p:i< le m<ri)c.
XHj
autre chose qu'une malice innocente faite pour donner
même plus de prix à l'éloge, il aurait préféré les biffer
de la première à la dernière ligne.
Maintenant, et c'est par là que nous terminons, on
pourra se faire une idée de l'esprit véritable de ce poème,
en songeant que le rêve de l'auteur serait d'y avoir marié
à l'esprit immortc) de la vieille France celui de la nou-
velle, en d'autres termes, la Tradition et le Progrès, ces
deux éléments essentiels de toute civilisation complète,
quoiqu'en puissent dire les partisans exclusifs et égale-
ment intolérants de l'un et de l'autre qui ne se disputent
le monde, les uns que pour l'immobiliser, tes autres que
pour le briser aux écueils. La vraie civilisation, en effet,
s'est toujours trouvée aussi mal de la guerre d'extermi-
nation de l'esprit ancien contre l'esprit nouveau que de
cette de l'esprit nouveau contre l'esprit ancien et leur
alliance seule l'exprime toute entière Pourquoi? Parce
qu'eue donne la moyenne de l'esprit humain qui ne trouve
que là son équilibre et son niveau. La mère qui, par ses
instincts de conservation, représente le Passé dans la
famille, ne vit-elle pas à côté de t'époux. ou du père qui
représente le Présent avec ses acquisitions, et de l'enfant
qui symbolise t'Avenir ou le Progrès avec leurs aspirations
X)\'
et leurs etans? Pourquoi la conciliation de ces trois faces
du temps, avec leur triple esprit, qui fait le bonheur et
la dignité de la famille particulière, là où n'y règne pas
la tyrannie, serait-elle impossible dans la grande famille
qu'on appelle la Société ? C'est pourtant la seule chose
qui permette aux hommes, dans l'immense diversité
d'opinions qui les partage, de vivre en paix à côté les
uns des autres, ce qui est le but suprême de la Politique,
et de résoudre leurs différends autrement que par l'ou-
trage et la persécution, sans compter qu'elle a toujours
été le caractère et l'honneur des grands siècles.
PREMIÈRE PARTIE.
PROLOGUE.
Ami c'est fait, je pars et, sans retour, demain;
Demain loin de Paris je cherche un gagne-pain.
Je suis las u la fin de ce train de bohème
Qui me fait de la vie un éternel carême,
Et sous ombre de bruit et de chance à venir
De vent jusqu'à ce jour n'a su que me nourrir.
Puisque Paris n'a pas pour un pauvre poète
De besogne avouable et de métier honnête,
Et dise qui voudra que j'ai le cœur trop fier
Puisque aujourd'hui je suis moins avancé qu'hier
Et que demain plus sombre est là qui me menace
Puisque au soleil enfin je ne trouve pas place,
2
Adieu, je vais chercher aventure plus loin.
Or on m'a déterre dans je ne sais quel coin,
Par les Vosges perdu, sous la glace et la neige,
Tout au fond des forêts, le plus humble coïïége,
Où jamais cuistre, noir pourvu d'un parchemin
Ait à des éco)iers ànonné du latin.
Pour aller enseigner grammaire et prosodie,
De mon faubourg, ami, c'est la qu'on m'expédie,
C'est bien loin à ton compte, et certe au mien aussi,
Mais que veux-tu, ma foi, c'est un trop lourd souci
Que d'avoir, chaque jour, mélnncoliquc et blème,
A résoudre avec soi ce noir et long problème:
Dincrai-je ce soir, ou, si ce soir, demain? `?
Car ce temps est passé que je narguais la faim
Et, de mes gais vingt ans rechauuam, ma misère,
De tout me consolais avec une chimère.
La chimère, un beau soir, d'un coup d'aile à mes yeux
Avec un ris moqueur est repartie aux cicux.
Si ce n'était d'ailleurs que la faim qui me chasse!
Mais autre chose encore me fait quitter la place.
;3
Ce n'est pas la grand' ville et ses murs que je fuis,
Quoiqu'on me l'ait gâté mon pauvre vieux Paris,
Rien moins; ce sont les gens, c'est la race insolente
Qui chaque jour y met l'honneur du monde en vente,
Ce peuple d'impudents, qui peut mener de front
Les lettres et la banque et courtise l'affront.
C'est ce bal de boursiers, cette cobue immonde
Que je fuis et fuirais jusques au bout du monde.
Voita les gens qui font pour l'heure ici la toi.
Qu'ils la fassent, c'est bien, mais à d'autres qu'u moi.
On ne me verra pas dans cette mascarade
Qui descend de la Bourse et devant nous parade,
Le sarcasme a la bouche, au bruit de ses grelots,
Et remplace le cœur et l'âme par des mots.
A d'autres donc l'arène et sa fauve poussière,
Quant à moi desarmé, vaincu, de la carrière
Tout meurtri je m'échappe, et loin, loin de Paris
Vais recueillir ma vie et ses tristes débris.
Et maintenant adieu, pauvre nid de poète,
Où du \entj'abritais ù grand' peine ma tcic,
Toit voisin de la nue, asile humble et discret,
Qui de ma pauvreté seul avais le secret,
Qui prétais à mon front ta douce solitude,
Toit que m'a rendu cher une longue habitude,
De vos enivrements songes qui l'enchantiez,
Chastes hôtes du ciel, vous qui m'y visitiez,
Extases, visions, ravissantes chimères,
Si douces autrefois et d'autant plus amères;
Bon vieux pays latin, carrefour familier
Que j'ai battu dix ans d'un pas aventurier;
Arbres du Luxembourg, bassins, vertes corbeilles,
Où j'allais rafraichir mon front brûlé de veilles,
Jardins de Saint-Miche!, pleins d'oiseaux et de fleurs,
Où je voyais, )c soir, l'essaim des blanches Sœurs
Errer à pas trainants aux verts sentiers de mousse;
Étoiles, frais flambeaux, lueur mystique et douce,
Enchantement des nuits; fenètre où chaque soir
Pour respirer un peu, je revenais m'asseoir;
Cloches aux sons si doux de Sainte-Geneviève,
Qui berciez lentement ma pensée et mon rêve,
:)
Amer et doux Passe, jours a jiunaibemuts,
Jours a jamais perdus dans l'abîme des nuits,
Salut encore un coup.
Mais sans y prendre garde,
En plaintes longuement voita que je m'attarde.
Brusquement coupons court à tous ces vains regrets
Et vite dénions la liste de mes legs.
Au partage intégral de ma vieille défroque,
Compagnons, en ce jour, ici je vous convoque:
Hardes, meubles, bouquins, papiers et manuscrits,
De ma Fortune enfin tout le pauvre débris,
Et mon âme et mon cœur dont je n ai plus que faire
Pour débiter du grec, perché dans une chaire,
Espoirs, déceptions, regrets, suprêmes vœux,
Je veux tout vous laisser a l'heure des adieux.
7
SES MANUSCRITS.
Premièrement à mon ami Christophe,
Un ami rare et de solide étoffe,
Que le malheur ne m'a pas arraché,
Au brave cœur, au vaiHant camarade,
Qui, triste ou gai, bien portant ou malade,
S'est fidèle ombre à mes pas attaché,
Ici je laisse, en vers ainsi qu'en prose,
Mes manuscrits; sans doute peu de chose,
A ne compter que ce qu'ils m'ont valu
De quelque prix cependant, si l'on pense
Que dix ans )a gisent d'une existence,
Grand laps de temps à jamais révolu i
8
Dix ans, pas moins, d'inquiétude ardente,
Dix ans d'efforts et de )utte et d'attente,
Où ma jeunesse a laissé sa vigueur.
Vieux manuscrits pleins de vie et de flamme,
Où sans compter j'ai répandu mon âme,
Où bat encor tout ce que j'eus de cœur
Savoir un drame, un roman, trois poèmes:
Sang de ma veine, aventureux bohèmes
Pour qui Lévy Michel n'a pas d'abri,
Qui ne rêvaient que grand jour et lumière,
Et sans espoir, dans leur ombre première,
Errent damnés aux cercles de l'oubli
Ah quand jadis échappés de ma plume
Mes vers sonnaient sur la natale enclume,
Encore chauds du souffle inspirateur;
Jeunes, beaux, fiers de leurs rimes nouvelles,
Vers l'avenir lorsqu'ils battaient des aites,
Et s'emportaient d'un vol dominateur,
.1.11, rl'THI1rT""
!)
Qui m'aurait dit qu'à ces chants de ma veille
Ne s ouvrirait sur terre aucune oreille,
Que nul écho ne me les renverrait,
Quelque matin, grps de ma jeune gloirc,
Qu'un noir oubli couvrirait ma mémoire,
Et que mon nom dans sa nuit sombrerait
N'en parlons plus, car ce serait sans terme;
C'est le moment d'ailleurs de rester ferme.
Christophe donc aura mes manuscrits.
C'est mon désir qu'il en devienne maître,
Comme son droit, lui qui les a vu naitre,
Qui les ouït vagir leurs premiers cris.
De temps en temps allumant un cigare,
Sur une feuille un instant qu'il égare
Du coin de t'œi) quelque regard distrait;
Puis la roulant sous son pied consumée,
Au fugitif, en jetant sa fumée,
Nonchalamment qu'il accorde un regret.
H
UNE VIEILLE GUITARE, UNE CRUCHE.
A Grand Cotas une vieille guitare,
De cordes veuve, une relique rare
Elle servit dans son temps a Rachel!
Item encore une cruche de terre,
Étrusque peu, qu'au fort de ma misère,
A ta fontaine, 6 place Saint-Miche),
J'allais emptir, voilé par) l'heure obscure,
Trembjant de peur que quelqu'un d'aventure
Vint à passer qui reconnut mes traits.
Il fallait voir aussi, lorsque la lune
En blanc glissait au front de la nuit brune.
Comme à la hâte au logis je rentrais.
1~–
Ah sous la tente, aux premiers jours du monde,
Lorsque, nxanttcur course vagabonde,
Près des palmiers les tribus s'arrêtaient,
L'amphore au front, les filles de roi même.
En plein soleil, d'une grâce suprême,
La tête haute, aux grands puits se rendaient,
A l'étranger que la chaleur accable
Elles versaient d'une main secourable
L'eau de leur urne, et belles sous ie faix,
Se redressant avec un charmant geste,
D'une démarche à la fois nob)e et leste,
Fières portaient un flot limpide et frais.
Et cependant la caravane entière,
Du jour en feu secouant la poussière,
De l'oasis savourait le repos;
Et de la tente ou le foyer s'allume,
)fant dans l'azur, comme une blanche écume,
Sans fin montait la fumcc n tonits flots.
13
Dans ce Paris où l'or entier du monde
Et jour et nuit par cent portes abonde,
Et qui du ciel semble avoir hérité,
Pour apaiser ta dévorante fièvre,
Quelle main blanche, ô poète, a ta lèvre,
Versera l'eau de t'hospitatité? '?
Au lieu de naitre aux portes de Lutèce,
Que n'ai-je, amis, vu la lumière en Grèce,
Ou sous ta voùte, ô splendide Orient,
Dans ces beaux jours où la terre encore neuve
Du sombre Mal n'avait pas fait l'épreuve,
Où tout brillait frais, pur et souriant
Ou bien encor dans ces lointaines iles,
Au bout du monde, inviolés asiles,
Où sous la feuille, au pied de l'arbre à pain,
Sans autre loi que la mère Nature,
Des nations vivent a l'aventure,
Sans se troubler jamais du tcndcmain-
i4
Peuples heureux' Toujours bleu sur leur tête
Le ciel leur donne une éterneUe fête,
Et les saisons les bercent tour à tour.
Ils ont la source aux fentes de la roche,
La mousse aux bois; et sans bourse ni poche
Ils vont de chants cguyant chaque jour.
A!) vieux rêveur, où prends-tu donc ces songes? `?
Ne sais-tu pas que ce sont purs mensonges
Qui n'ont de beau que leur éloignement? `~
Ta Grèce, mais c'est une raiHcric,
Ton Orient une immonde voirie,
Et Tahiti. va voir ce qui s'y vend
Ne sais-tu pas que la mort et la guerre
A son aurore ont désolé la terre,
Et qu'Eden vit son seuil ensanglanté;
Que nuit et jour, d'une éternelle ronde,
Le Mal sans fin se promené en ce monde,
Et qu'il n'est pas de coin qu"i) n'ait hante?
iS
SA BIBLIOTHÈQUE.
A toi, Jacob, de ma bibliothèque
Hormis le bois que grève une hypothèque
Tout ce qui reste et qui n'a pas des quais
Repris la route au bras du bouquiniste.
Car que de fois, le ventre creux, bien triste,
J'ai dépouillé tes rayons et tes ais,
Bibliothèque ô vraiment nourricière
Que de fois j'ai furetant ta poussière
En vain cherché de quoi faire un écu
Pauvres bouquins, eonudcnts de mes rêves,
Pour vous garder, de pain bis et de fèves,
Combien de mois résigné j'ai vécu
16
Donc !).):<);uh ira ma librairie,
Collection en lambeaux mais chérie
Des francs rimcurs du doux puys gaulois
Vieux parchemins à l'odeur moite et rance,
Où, par les nuits, de notre vieille France
H me semblait de loin ouïr la voix.
Adam, Villon, Martial, vieux trouvères,
Et toi Marot qui ravissais nos pères,
Salut, amis, nous devons nous quitter;
C'est désormais Jean Rousseau le lyrique
Et Nicolas Boileau le satirique
Qu'il me faudra jour et nuit méditer.
17
SON ENCRIER, SA PLUME.
A Jacque item, voyons, que léguerai-,je?
J'ai son affaire, un encrier de liége,
Vieux puits bourbeux où je pèchais sans fin,
Croyant toujours au fond trouver la gloire,
Sans que jamais de sa profondeur noire
J'aie amené que la soif et la faim.
Ma plume avec une vieille compagne,
Qui bravement a tenu la campagne,
Sans nous flatter, et vaut son pesant d'or.
De ses travaux pour qu'elle se repose
Aux mains de Jacque ici je la dépose,
t) la pendra, s'il veut, à son castor.
ii
t8
Vieux serviteur qu'e))eai)!eaia remise..
Mais non, en deux bien plutôt qu'il le brise
Cet exécrable engin de pauvreté;
Amoinspourtantqu'i)neveuit!eauMusée,
Entre mes doigts sainte retique usée,
Te déposer comme une rareté.
Je ne me moque: elle en vaut bien la peine,
Et par ce temps ce n'est pas phénomène
Si commun ccrtc, un bec de plume franc
Pieusement dans l'or et dans la soie
Donc qu'on l'enchasse et qu'au Louvre on l'envoie
Monument rare y prendre place et rang.
tu
Sous la tui!c, au septième, au fond d'un vieux faubourg
Qui travaille et bruit auprès du Luxembourg,
Un homme de trente ans ravagé de visage,
Couvert d'un habit noir, tout râpé, hors d'usage,
D'un œi! où la pitié se heurte au desespoir
Regardait une femme au front pâle, à l'oeil noir,
Qui pleurait dans un coin de douleur et de honte,
Sur un vieux coffre assise: «Oh! le cruel mécompte,
«Disait la jeune fille, hé!as! depuis des mois,
«Sur tes places, partout, de ma plus douce voix,
«Des larmes dans les yeux, le sourire à la bouche,
cJ'ai dit tes plus beaux chants sans que pas un le touche
«Ou l'arrête un instant ce peuple au cœur d aira'n.
«Oh! les vers ont perdu leur pouvoir souverain H
–'20
"C'est bien,)) dit le poète, et contemptantta femme,
Sa prunelle brilla d'une sinistre flamme,
Puis brusque l'entraînant après lui par le bras,
Sans ajouter un mot, précipitant )e pas,
)) la mena tout droit au fleuve noir et sombre.
Là sous un ciel sans lune, en sanglotant dans l'ombre,
La vague près d'un pont s'engouffrait, et la nuit
Ajoutait sa terreur à Diorreur de ce bruit.
aC'estta,)) murmura-t-i), et soudain par l'épaule,
Comme elle ressongeait à la chanson du saule,
La pauvre et jeune muse, avec un rire affreux
H ta poussa vivante au goum'e ténébreux.
21
UN FONDS DE R)ME, UN RESTANT DE DRAME,
UN REBEC.
A Chrysoprasc item un fonds de rimes,
De premier choix, baroques et sublimes,
Neuves surtout et hautes en couleur
Matériaux d'un poème admirable,
Qui n'attendaient qu'un souffle favorable,
Et dont le ver se régale, ô douleur!
Que Chrysoprasc en fasse quelque chose,
Lui qui du rythme en souverain dispose
Et revêt d'or et de pourpre son vers.
Qu'il les recueille et les couve et féconde,
Et ies envoie écloses par le monde
Porter sa p:)oirc aux cieux tes plus divers.
–22
Au matamore, au poète bravache,
De qui Musset essuya la cravache,
A Fier-à-bras un manche de poignard,
Plus de Tolède une soi-disant lame,
Avec un cor: tout un restant de drame
Qui fit jadis fureur au boulevard.
À Fanfreluche, au chantre aimé des belles,
Tous les chiffons et toutes les dentcllcs
Du siècle rose où fleurit Pompadour,
La jarretière item de la Marquise,
Plus une veste ou vert-pomme ou cerise,
Et le rebeedu dernier troubadour.
23
LES BUtSSOKS DE LA MUSE.
Pour qu'il y tiane et longuement y musc,
A Jean Riant les buissons de la Musc,
Ses foUes fleurs et ses sentiers perdus.
Loin de ses sœurs par la brume saisie,
Telle une abeille ivre de fantaisie
Vole et s'attarde à des monts inconnus.
Le ciel rayonne au départ, l'air embaume,
Et par les champs, en quête d'un royaume,
Elle s envoie et s'enfonce au désert.
Puis le jour tombe et se fond dans la brune
Elle n'a plus pour guide que la lune,
Clarté perfide, et sans retour se perd.
24
Pour le public, sans compte ni mesure,
On se dépense au diable, à l'aventure,
Et l'on fait feu de son plus bel esprit.
Puis le patron vous découvre une ride,
Vous n'êtes plus dès lors qu'un invalide
Qui ne vaut pas le plus gauche conscrit.
Jean, tu vaux trop pour un semblable rôle,
Et ce n'est pas, sais-tu, déjà si drôle
Et si piaisant que de guetter des mots.
Pour l'Art, ami, si tu veux bien m'en croire,
Tu laisseras Ics tréteaux et la foire,
Tu n'es pas né pour faire les Pierrots.
2S
Et depuis quand, mon Dieu, comme les autres hommes,
Devons-nous être exacts, poètes que nous sommes?
Est-ce qu'il est pour nous, rêveurs capricieux,
Toujours vagabondant quelque part dans les cieux,
De ces calendriers qu'on voit dans vos demeures
Marquer les ans, les mois et les jours et les heures? `~
Bon pour vous, braves gens, qui d'un essor hardi
N'avez jamais tenté le ciel de l'infini,
Et qui ne lisez rien, tant soit-il manifeste,
Au grand a)manaci) bleu de la voûte céieste
Ce n'est qu'a notre insu que )e temps sur nos fronts
Jette en passant son ombre et ses pesants affronts.
Laissez-nous donc au moins perdus dans nos idées,
Avoir libres nos pas et franches nos coudées.
26
A ce prix seulement, oiseaux aventureux,
Nous pouvons parfois prendre un essor vigoureux,
Et, taissant là ce monde avec toutes ses fanges,
Aller nous retremper aux entretiens des anges.
~7
UN VIEUX CORBEAU.
A Gog item le poète sinistre,
Qui de Satan tient l'obscène registre
Et chante en vers la messe du Sabbat,
Un vieux corbeau pris dans un cimetière,
Comme il venait de piller une bière
Et de la mort croassait le vivat.
Qui le voudra parle de pruderie,
Mais je le dis, et sans bégucuteric,
De l'Art cet homme est le vrai malfaiteur;
Et s'il était encor du sens au monde,
Impunément jamais ce chant immonde
N'eut insulté la publique pudeur.
–28
Oui parlons en deia pudeur puh)i()ue,
Dérision! Cette matrone antique
Qu'un mot jadis eut fait se courroucer,
Et qu empourpraient de si belles eoteres,
Ivre aujourd'hui de chants patibulaires,
En plein soleil se taissc éclabousser.
On me dira qu'après tout c'est un maitre,
Un homme fort, et qu'il faut reconnaitre
Je ne sais quoi de puissant dans son vers;
Tant qu'on voudra, mais malheur à la Muse
Qui vêt la fange et du crime s'amuse.
Et va cueillir ses (leurs dans les enfers!
Ah ça vraiment, du haut de leur cervelle
Et de leur plume, ils nous la baiueut belle,
Tous ces Titans de la prose et du tut))
Ils ont beau faire, et pour qu'on les regarde
Narguer le Ciel de leur mine hagarde,
Ils font pouffer de rire Betxehuth.
M
Ils rougissent de prendre et de tai))cr en plein
Dans l'étoffe de pourpre et d'or du cœur humain,
Préférant la lisière, et rimailleurs grotesques
S'en vont la découpant en folles arabesques,
Sans se douter, enfants amusés de vains mots,
Que !'art qui tes séduit n'est qu'un art de marmots!
0 Nicolas Boileau, censeur inexorable,
Et toi Molière, et toi dont le vers implacable
Sous ses coups fit bondir les grimauds de ton temps,
Vieux maîtres oubliés ici depuis longtemps,
Que ne reprenez-vous pour un jour vos férules
Et ne courez-vous sus à tous nos ridicuies! i
Puisque les Vadius revenus parmi nous
Retrouvent des lecteurs et refont des jatoux,
50
Puisque les Scudet'y reprennent la parole
Et plus fiers que jamais de nouveau font école,
Au secours de la langue et du goût outragés
Accourez tous les deux, vous êtes engagés.
Ou plutùt si là-haut les choses de ce monde
A vos désirs comblés n'ont plus rien qui réponde,
Si c'est fini pour vous des terrestres débats,
Si vos regards enfin ne tombent plus si bas,
Donnez-moi votre esprit et prêtez-moi vos armes,
Que j'aille de la muse enfin venger lcs larmes
31
SALAMI.
lampe item, l'étoile de ma veille,
Dont le grand jour à mon front qui sommeille
Plus d'une fois fit pâlir la tueur;
Qui, toujours douce et calme et biertycittante,
De sa clarté ehétivc et vaei)tante
M'encourageait comme une jeune sœur;
Ma lampe à Paul avec les divins songes
Qui voltigeaient, fol essaim de mensonges,
Sous ses rayons, loin du jour et du bruit,
Quand d'un coup d'aile emportant ma pensée,
Au seuil du ciel comme un aig)on tancée,
Je prolongeais dans l'extase ma nuit.
M
0 chastes nuits que Nanchissait sa tiamme,
Nuits de U'avait, où je versais mon àrne,
En vers brûlants, d'une plume de feu,
Divines nuits, célestes tète il tête
Avec iaMuse, heures d'or du poète
Où je sentais ta présence d'un dieu;
Douces lueurs dont se baignait ma tempe.
Pûtes rayons qui couronniez ma lampe,
Vous avez fui dans l'ombre sans retour!
Brù)ante encor sous sa mèche qui fume
Que Paul, s'il veut, après moi la rallume,
Et sous son toit la suspende à son tour.
33
LES URNES DE JUPITER.
Pauvre roseau battu de la tempête,
Item à toi, Francisque, doux poète,
Déshérite de joie et de bonheur,
A toi ces vers de notre vieil Homère,
Si pénétrants dans leur tristesse amère,
Par moi traduits ce soir en ton honneur
f<Chez Jupiter il est deux urnes pleines;
aL'une en ses flancs n'enserre que des peines,
«L'autre est mêlée et de biens et de maux.
«De celle-ci qui reçut le mélange
«Du rire aux pleurs, en perpétuel change,
«Sans cesse flotte et court destins nouveaux.
34
«A qui n'échut que peines en partage,
«Le sort à flots sur lui verse l'outrage,
«Un noir chagrin le harcèle en tous lieux;
«Et par le monde où que son pas le mène,
«Type achevé de la misère humaine,
« Il va, rebut des hommes et des dieux. »
Pauvre rêveur! Ainsi pour toi la vie
Longtemps ne fut qu'une longue agonie
Dans le mépris et le froid et la faim,
Sombre trio. Dérision suprême
Tu t'abreuvais au pur idéal même,
Et cependant tu n'avais pas de pain!
Courage, va; tout a sur terre un terme,
Même les pleurs. En attendant tiens ferme
Contre le sort, sans honte ni dépit.
Qui sait? Demain, d'un blond rayon de fête
Le ciel plus doux peut égayer ta tête
Et te donner une heure de répit.
35
C'est l'histoire de Jacque; un soir, du ciel classique
Et de ses palais d'or au fond d'une boutique
H roula brusquement, et si bien ahuri
Qu'il ne s'en est jamais depuis lors bien guéri.
Pauvre garçon, hélas! pendant près de deux lustres
)I avait pu hanter les gens les plus illustres,
Tutoyer les héros et les dieux tour à tour;
Des reines il avait rêvé le noble amour
Et lui, le familier de cet auguste monde,
L'égal de tous ces rois, ô misère profonde,
0 honte sans égale assis dans un comptoir,
Aux côtés de son père il lui fallait se voir,
Un cornet à la main, aux flancs la serpillière,
De poivre et de sel gris servir une portière!
37
N'est-ce donc rien aussi que ces délices
Que l'Art, songeurs, vous verse à pleins calices,
Rien que ce sens du céleste et du beau,
Qui dès ce monde, au delà des étoiles,
De l'idéal écartant tous les voiles,
Vous éblouit à son sacré flambeau ? `~
Dis, à ton gré, de l'un a l'autre pôle,
Se peut-il voir plus fier et divin rôle
Que de ravir à Dieu le feu du ciel,
Et comme l'aigle antique, dans sa serre
De l'apporter tout brûlant à la terre
Que d'allumer à sa namme un autel ? `~
38
Que d'exhaler, un jour, de sa poitrine,
Lyre vivante, une voix si divine
Que, du ciel même enivrant les échos,
Elle captive en son vol toute oreille,
Et qu'à t'ouïr la terre s'émerveille
Et que la mer apaise au loin ses flots
Que de laisser, pour qu'il se la partage,
Au monde entier son âme en héritage,
Impérissable et sacré testament!
Que de nourrir du meilleur de son être
Le jour présent et l'heure encore à naître,
Et de ses mains dresser son monument!
Réponds, ami, ce destin grandiose,
De quelques pleurs dont la nuit te repose,
De quelque épine est-ce trop t'acheter?
Et, dùt-il être à tes voeux infidèle,
Rien que l'attente est encore si belle
Qu'un tâche seul pourrait la rejeter!
39
Quoique ainsi donc tu souffres de la vie,
Sans amertume ainsi que sans envie,
Va ton chemin, le cœur plein de pardon.
Ferme à ta tâche et jusqu'au bout demeure;
Car, je le dis, ta part est la meilleure;
La poésie est le plus divin don.
'VVVVVvvv'o
–4t
UN MAGOT, UN VIEUX CRITIQUE, UNE TROMPE.
A Deedatos~ le brun fils des Tropiques,
Qui de la cendre, où dorment leurs retiques,
Pieusement réveille tous les dieux,
Qui, tour à tour Payen, Turc ou Bouddhiste,
Marie à tout sa rime panthéiste
Et la promène au loin sous tous les cieux,
En don je baille un vieux magot de Chine,
Pansu, cagneux et rompu de l'échine,
Tout noir encor de l'encens des dévots;
Un beau magot dont le front file en cône
D'un petit chant qu'il lui fasse l'aumône
Et dans ses vers entrepose ses os.
42
item au fier et sombre Thréniade
Qui ronge en vers son pauvre cœur malade,
Comme dans l'ombre un rossignol plaintif,
Pour son régai une superbe proie,
Et tout un jour de quoi le mettre en joie,
Un vieux Critique à dévorer tout vif.
A Lycidas le poète silvestre,
Qui célèbra quinze ans le site alpestre
Et tout autant s'abreuva de lait pur,
Je laisse item une trompe rustique,
Pour en sonner sur un mode héroïque
Au bord des lacs, sous les grands cieux d'azur;
En sus un chêne, un vieux sage émérite,
Qui gravement sous ses branches médite
Sur l'Univers, son principe et sa fin;
Un noble chêne, orgueil de la futaie.
Qu'il enrichisse, 6 Silvain, ta chênaie
Et berce au vent ton luth de Séraphin.

Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin