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Les Mémoires d'un billet de banque, par M. G. de Parseval Deschênes

De
374 pages
E. Dentu (Paris). 1864. In-18, 369 p..
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LES MEMOIRES
D'UN
PA R.
M. C. DE PARSEVAL-DESCHENES
PARIS
E. DENTU, LIBRAIRE-EDITEUR
PALAIS-ROYAL 17 DU 19. GALERIE D'ORLEANS
LES MÉMOIRES
D'UN
BILLET DE BANQUE
PROPRIÉTÉ DE L'AUTEUR
POISSY. — TYP. ET STER. DE A. BOURET.
LES MÉMOIRES
D'UN
BILLET DE BANQUE
PA R
M. G. DE PARSEVAL-DESCHÊNES
E. DENTU, EDITEUR
LIBRAIRE DE LA SOCIÉTÉ DES GENS DE LETTRES
PALAIS ROYAL, 17 ET 49, GALERIE D'ORLEANS
1864
Tous droits réservés.
INTRODUCTION
LA JUSTICE DIVINE
Le dernier jour de l'aimée 1889, le 31 décem-
bre au soir, une scène imposante et solennelle
emplissait de son lugubre apparat la superbe de-
meure d'un des princes de la finance moderne, le
banquier Jonas Marius. Il avait fait construire à
grands frais une habitation splendide, on pourrait
dire un palais, dans ce riant quartier de Paris, si
incroyablement transformé depuis l'époque où
Eugène Sue y plaçait quelques sinistres épisodes
d'un de ses plus célèbres romans, et qu'on ap-
pelle les Champs-Elysées. Installé dans, ce para-
dis et retiré des affaires depuis peu de mois, avec
1
2 INTRODUCTION
une fortune que les gens bien informés n'esti-
maient pas au-dessous d'une demi-douzaine de
millions, il se disposait, après trente années
d'incessant labeur, à jouir d'une existence qu'il
s'était faite si belle, lorsqu'il fut, à l'âge de cin-
quante ans, soudainement frappé d'une maladie
terrible et presque toujours incurable, l'apoplexie.
M. Jonas Marius gisait sans mouvement sur un
lit magnifique, occupant le milieu d'une chambre
à coucher où l'art du décorateur avait épuisé tous
les raffinements du luxe le plus fastueux. Mais
les rideaux de soie bordés de dentelle, dont les
plis retombaient le long de sa couche, n'abri-
taient qu'un corps à qui, pour ainsi dire, il ne
restait plus de l'homme que le nom, et que la
mort avait déjà touché de sa faux invisible.
Autour de lui trois médecins, les plus renom-
més de Paris, se consultaient, essayant de ravi-
ver la -lueur d'existence qui, par intervalles, se
manifestait, faiblement dans le moribond. De nom-
breux domestiques allant, venant, recevant, en une
minute dix ordres contradictoires, encombraient
l'escalier et l'appartement même de leur maître.
C'était tout. Aucun ami, aucun parent n'assistait
aux derniers moments de cet homme assez riche
INTRODUCTION 3
pour tout acheter, tout excepté ce qui est au-des-
sus des plus précieux trésors de ce monde, l'af-
fection désintéressée.
Cependant, devant l'insuccès des efforts de la
science, un des médecins perdit tout espoir et en-
voya chercher un prêtre. Le ministre de Dieu ar-
riva, se fraya un passage au milieu de cette co-
horte de valets affairés et indifférents, et s'approcha
du lit. A peine eut-il posé son doigt enduit de
l'huile sainte sur le front du malade, que celui-ci
fit un mouvement. Les médecins attendaient ce si-
gne, comme le symptôme d'une réaction salutaire
qui, peut-être, allait rappeler la vie sur le point
de s'évanouir; ce fut un vain espoir. Le banquier
s'agita, prononça deux ou trois fois assez distinc-
tement le mot million et retomba dans une immo-
bilité définitive. Il était mort au moment où la re-
ligion lui apportait le pardon suprême et avant de
l'avoir obtenu.
Lorsque la mort brise le lien mystérieux qui
l'attachait à sa prison charnelle, la partie imma-
térielle de notre être, affranchie, libre, heureuse,
remonte à sa source divine et Dieu la juge. Qu'a-
t-elle fait pendant son passage sur la- terre? telle
est la question qu'examine le redoutable tribunal
4 INTRODUCTION
devant lequel elle comparaît. L'enfer attend les
âmes que frappe l'infaillible justice; le purgatoire
est le lieu d'épreuves où se dégagent de leurs souil-
lures celles qui, n'étant pas dignes encore de la
récompense, ne sont pourtant pas condamnées à
ne l'obtenir jamais; le paradis enfin, séjour de la
béatitude infinie, ouvre ses portes rayonnantes à
la phalange immaculée qui, sous l'.égide d'une
vertu sereine, a victorieusement soutenu les lut-
tes de la vie. Le bienheureux saint Yves bien
qu'avocat, d'autres disent avoué, mérita les hon-
neurs de la canonisation ; comme lui, Jonas Ma-
rius quoique banquier, aurait pu pénétrer dans
ces sphères radieuses où l'âme catholique jouit de
l'éternelle contemplation de son Dieu. Il n'en fut
pas ainsi. Son âme en quittant la terre ouvrit ses
ailes immenses, monta, monta par de là les lumi-
neuses myriades d'étoiles qui peuplent le firma-
ment aux yeux éblouis de l'homme, et parut hési-
ter ; elle commençait à apercevoir les premières
clartés de l'immortelle aurore. Son vol continua,
elle allait toucher le seuil de la Jérusalem céleste,
mais une troupe de Séraphins l'arrêtèrent dans sa
course et l'amenèrent, ainsi qu'un grand nombre
d'autres, parties de notre globe en même temps
INTRODUCTION 5 .
qu'elle, devant le souverain Arbitre de sa destinée.
Elle n'était pas digne du paradis, elle le savait,
mais elle espérait de la miséricorde infinie la fa-
veur du purgatoire.
« Jonas Marius, dit le Seigneur, tu as été un
homme heureux selon le monde. Dès ta nais-
sance, les biens les plus enviés des mortels, la
santé et la richesse, ont été ton partage. Qu'as-
tu fait de tes trésors pendant le demi siècle
d'existence qui t'a été accordé? Insatiable dans
ton avidité, tu n'as ardemment désiré qu'une
chose : accroître ta fortune. C'est vers ce but
que tu as dirigé tous tes efforts, c'est à l'attein-
dre qu'ont été consacrées toutes les forces de ton
intelligence. Le succès ne t'a pas fait défaut, tu es
devenu un de ceux que ses semblables citent parmi
les plus riches. En recherchant ainsi les moyens
de posséder davantage, en usant de tous ceux
que la loi humaine ne réprime ni ne punit, obéis-
sais-tu du moins à un noble sentiment ? Etait-ce
pour faire le bien que tu amassais cet or, dont
la possession augmentait ta convoitise à mesure
qu'il s'accumulait dans tes coffres? Te propo-
sais-tu de le répandre en rosée bienfaisante sur
les malheureux dont tu étais environné? Ton
6 INTRODUCTION
coeur s'est-il complu à l'exercice de la charité ?
As-tu laissé après toi les regrets qui accompa-
gnent l'homme de bien au-delà de la vie péris-
sable ? Non. Tu aimais la richesse parce qu'elle
est la clef funeste de toutes les jouissances ter-
restres. Tes joies ont été les joies stériles de
l'avare, qui contemple son trésor mais ne s'en
sépare point et rapporte tout à lui-même. Egoïste,
tu n'as vécu que pour toi, tu as mérité l'éternel
châtiment. Quelques bonnes actions que tu as
accomplies dans ta jeunesse atténuent pourtant
l'étendue de la faute, et je ne te condamne pas
d'une manière absolue. C'est à la richesse que
tu as tout sacrifié, qu'elle soit donc maintenant
ton seul juge. Tu retourneras sur la terre pen-
dant un court laps de temps, six mois seulement,
mais tu revêtiras une autre forme. Tu devien-
dras toi-même un des attributs de la fortune
dont tu n'as pas su faire un bon emploi. Ton
âme habitera un de ces billets de banque que tu
as tant ahnés. Elle lui sera intimement liée,
comme celle de l'homme à son corps, avec cette
différence que toute manifestation de sa présence
lui sera interdite. Elle assistera sans pouvoir
donner aucun signe de douleur ou de joie à toutes
INTRODUCTION 7
les transactions humaines dont ce billet sera le prix.
Elle vivra cependant, en conservant l'exacte
notion du bien et du mal ; et ne tirera de la fa-
culté de discernement que je lui laisse, d'autre
fruit, que d'apprécier sûrement à quel usage bon
ou mauvais on aura fait servir le papier où elle
sera cachée-, car les déterminations de ceux entre
les mains desquels il tombera échapperont à son
influence. Tu vivras passivement, acceptant le
bien, subissant le mal, impuissant à provoquer
l'un comme à empêcher l'autre. Va donc, à l'expira-
tion du terme que j'ai fixé t'attend la récompense
ou la punition, selon que les actions louables dont
tu auras été la cause, le témoin ou l'intermédiaire
l'emporteront sur les actions blâmables, ou seront
dépassées par elles !»
L'âme du banquier Jonas Marius prit immédia-
tement possession de la demeure qui lui était as-
signée.
Après que le financier eut rendu le dernier sou-
pir, sa chambre somptueuse se dégarnit peu à
peu. Les médecins s'éloignèrent les premiers, les
domestiques n'avaient plus rien à faire; seul le
prêtre, tombé à genoux, récitait les prières des
morts.
8 INTRODUCTION
Que devint le billet de banque, aveugle instru-
ment choisi pour l'exécution de l'arrêt du Très-
Haut? c'est ce que fera connaître le récit qui va
suivre.
LES MÉMOIRES
D'UN
BILLET DE BANQUE
I
LA TROUVAILLE
Le renouvellement de l'année est, depuis la plus
haute antiquité, considéré comme l'occasion de fê-
tes, dont le caractère est essentiellement patriarcal,
car leur théâtre est le foyer de la famille. Elles
ont néanmoins leur côté officiel et mondain. C'est
pour ce motif, sans doute, que beaucoup d'hom-
mes en sont venus à se plaindre de ce que cet
anniversaire se représente si fréquemment. Mais
il y a lieu de penser que dans leur enfance ils
ont émis l'opinion précisément contraire. Aussi
cette date, si impatiemment attendue ou si re-
4.
10 LES MÉMOIRES
doutée, aura-t-elle toujours des défenseurs aussi
nombreux qu'opiniâtres. Quoi qu'il en soit, c'est
généralement un jour de joie pour les plus pau-
vres comme pour les plus riches. Tel ne le ju-
geait par un homme qui, le 1er janvier 1860, à
onze heures du soir, marchait à grands pas dans
la rue Saint-Antoine, à Paris. Il avait la mise
d'un ouvrier endimanché très-jeune encore, et
continuait sa route en grommelant, proférant de
temps à autre des jurons sonores. Il se nom-
mait Claude Vigneron, menuisier de son état. De
la main droite il tenait une canne, de l'autre un
paquet, contenu dans un mouchoir à carreaux
rougeâtres noué par les quatre coins.
A mesure qu'il approchait de la place de la Bas-
tille les passants devenaient, plus rares et lorsque,
l'ayant traversée obliquement, il commença à s'en-
gager dans la rue de Lyon, il ne rencontra pres-
que plus personne. Le temps était froid d'ailleurs,
et quelques flocons de neige tourbillonnaient dans
l'espace au souffle d'une bise glaciale. Peut-être
le grand air agit-il sur son cerveau, peut-être
était-il un peu gris, ce qu'excusait au besoin la so-
lennité du jour, peut-être enfin se trouvait-il sous
l'empire d'une émotion violente; toujours est-il
D'UN BILLET DE BANQUE 11
que son monologue, primitivement composé de
mots incohérents, devint plus suivi. Il parlait
haut, de plus il rendait très-énergiquement sa
pensée. Si quelque Parisien attardé était soudain
arrivé à portée de sa voix il aurait pu, sans y met-
tre d'indiscrétion, entendre les.phrases que nous
transcrivons :
— Tonnerre ! si j'avais prévu un coup comme
celui-là je ne me serais pas dérangé. Vieille bête!
(c'est de son oncle qu'il parlait avec cette irrévé-
rence) épouser sa domestique à son lit de mort et
lui léguer toute sa fortune !... C'est encore une
malice des curés. Il lui ont dit de grands mots en
latin, le vieux avait la tête faible et il n'en a pas
fallu davantage pour qu'il me deshérite, lui le
frère de ma mère ! (Ici un repos de plusieurs mi-
nutes succédant à un juron tel qu'il ne peut
s'écrire). C'est qu'il ne s'agit pas d'une pièce de
cent sous! Fonde Bardeau avait au moins dix
mille francs ! Tout cela me crève dans la main
quand je n'avais plus qu'à me baisser pour le ra-
masser (un juron)... Je suis venu de Bourg, et il
y a loin, afin de lui fermer les yeux, en neveu at-
tentif et respectueux. Il m'a donné cinquante
francs ! (un juron). Il n'y a pas de quoi s'établir !...
12 LES MÉMOIRES
Ah! je regrette bien d'être allé à ton enterrement,
oncle dénaturé ! mauvais parent !... Qu'est-ce qu'ils
vont dire à Bourg en me voyant rentrer les po-
ches vides? moi qui avais crié partout que j'allais
faire un bel héritage, et qui avais promis au père
Gédéon d'en déposer une part chez lui! — Ils
se moqueront de moi. Eh bien, le premier qui
me regardera en ricanant je lui montrerai qu'il ne
fait pas bon échauffer les oreilles de Claude Vi-
gneron, et personne n'y reviendra. Ce n'est qu'un
moment désagréable à passer... Et Roussel dont
je guigne la fille, il compte sur la somme que je
doit lui prêter. Tonnerre! c'est ce qui me vexe le
plus : encore une qui ne sera pas pour moi !
si je tenais seulement le calotin qui a décidé mon
oncle à se marier, il passerait un quart d'heure
qui lui ôterait l'envie de donner des conseils
comme ceux-là!...
L'ouvrier se tut, tout entier sanë doute à ses
regrets et, se dirigeant visiblement vers la gare du
chemin de fer de Lyon, il était arrivé à la hauteur
de l'a rue traversière, non loin de la prison Mazas.
Tout-à-coup il fut brusquement heurté par un
homme qui déboucha en courant de cette même
rue. Cet accident contribua d'autant moins à lui
D'UN BILLET DE BANQUE 13
rendre un peu de bonne humeur que, fortement
ébranlé par le choc imprévu qu'il eut à supporter,
il alla rouler à quelques pas, pendant que le nou-
veau venu ramassait, en maugréant, son chapeau
tombé de l'aventure, et reprenait sa course. Il
ne tarda pas à disparaître dans la pénombre loin-
taine.
On pense si Claude Vigneron stupéfait, épancha
sa colère en imprécations nombreuses et bien ac-
centuées Il se releva lestement, la menace à la bou-
che, prêt à tirer vengeance du mal appris, mais il
ne vit plus rien autour de lui ; à peine entendait-
il vaguement le bruit décroissant des pas de
l'homme qui l'avait renversé. Quelle ne fut passa
surprise, en cherchant à réunir sa canne et son
paquet qu'il avait lâchés dans sa chute, de sentir
sous ses doigts un portefeuille chaud encore, et
qui avait certainement du glisser de la poche de
l'inconnu lorsqu'il s'était baissé.
Le contact de cet objet fit tressaillir l'ouvrier
dont le juron commencé ne s'acheva pas. Un por-
tefeuille ! que d'idées éveille ce simple mot dans
certaines situations ! On y dépose des papiers pré-
cieux, souvent des valeurs; si celui-là contenait
un trésor ! telle fut la première pensée de Vigne-
14 LES MÉMOIRES
ron, qui le cacha immédiatement sous son gilet.
Sa colère disparut comme par enchantement et il
se mit à courir, mais bientôt, il s'arrêta indécis.
Il ne se rendait vraisemblablement à la gare de
Lyon à pareille heure que pour prendre un des
trains de nuit et retourner dans son pays.
— Je partirai aussi bien demain, se dit-il. Il
faut voir ce que c'est que cela.
Il ne songeait déjà plus à son oncle ni à l'héri-
tage dont on l'avait frustré, mais le portefeuille le
brùlait. La crainte d'ailleurs de rencontrer l'homme,
qui s'était peut-être aperçu de sa perte et devait
se livrer à d'activés recherches, lui donna des ai-
les ; il refit tout courant le chemin qu'il venait de
parcourir. Arrivé dans la rue Saint-Antoine il re-
trouva, non sans peine, le garni d'où il était sorti
une.heure environ auparavant et qui, par bon-
heur, n'était pas encore fermé.
— J'ai manqué le train, dit-il en entrant; don-
nez-moi pour cette nuit encore la chambre que
j'avais hier.
La pièce à laquelle Vigneron donnait ce nom'
ambitieux, avait une dizaine de pieds carrés, qua-
tre murs couverts d'un papier en loques et pour
tous meubles un lit de sangle, une chaise boiteuse
D'UN BILLET DE BANQUE 13
et une glace fêlée large comme la main. Il s'em-
pressa d'y monter, alluma une chandelle, ferma la
porte, s'assura que d'aucun endroit on ne pouvait
l'épier, poussa, même là précaution jusqu'à mas-
quer l'unique fenêtre dépourvue de rideaux qui
ouvrait sur la rue (on était au sixième étage, pres-
que sous les combles) avec la couverture de son
ht, et, pâle, tremblant, agité il procéda à l'examen
de sa trouvaille.
Assis sur la chaise, la chandelle posée en face
de lui sur le sol, il fut quelque temps avant d'oser
regarder. Il lui coûtait d'aller peut-être au devant
d'une déception et il considérait avec une sorte de
crainte superstitieuse ce portefeuille ouvert sur
ses genoux, mais qui ne lui présentait encore
qu'une surface de cuir dont l'odeur pénétrante
(c'était du cuir de Russie) lui montait à la tête
comme par bouffées, et dont le mystérieux con-
tenu était protégé par deux poches hermétique-
ment fermées au moyen de pattes que retenaient
d'étroites languettes.
Sous sa main frémissante il sentait bruire des
papiers de l'un et l'autre côté, à la fin son ardente
curiosité l'emporta. D'un mouvement résolu il ou-
vrit le compartiment de droite et y plongea un re-
16 LES MÉMOIRES
gard avide. Il en tira plusieurs lettres qu'il froissa
dédaigneusement, elles n'avaient pour lui aucune
importance, et il chercha à gauche. Là, au milieu
de trois ou quatre autres lettres, apparurent deux
papiers à l'aspect desquels il ne se méprit pas un
instant, c'étaient deux billets de banque, l'un de
mille l'autre de cent francs.
Il en prit un qu'il déplia en tremblant, il
en étudia la vignette compliquée, sa valeur
était bien de mille francs. Il savait lire, et les
mots magiques flamboyaient à illuminer la
chambre. Sa contemplation fut longue, attentive
et devint peu à peu tellement intense, que son re-
gard fixe, comme hébété, gardait dans ses yeux
agrandis l'immobilité la plus complète; il était
comme rivé au billet que de ses deux mains Vi-
gneron tenait étendu devant la lumière. L'ouvrier
semblait pétrifié. Il fit un mouvement et examina
plus soigneusement encore, il avait cru découvrir
quelque chose d'indéfini, comme un signe de re-
connaissance. Devant la réflexion sa crainte s'éva-
nouit. Tous les billets de banque de même valeur
non-seulement se ressemblent, mais encore sont
identiquement pareils les uns aux autres. De même
que toutes les pièces de monnaie d'une série sont
D'UN BILLET DE BANQUE 17
frappées par un coin unique, la même planche
sert à les imprimer tous. Ils ne différent entre eux
que par les numéros sous lesquels ils sont classés
et qui constituent à chacun d'eux une sorte de per-
sonnalité; mais il n'en ont point d'autre, et le
possesseur le plus méticuleux n'aurait pas l'idée
de leur en créer une seconde, dépourvue' de toute
utilité pratique. On ne les marque pas, non plus
que l'or ou l'argent dont ils ne sont qu'une des
formes de crédit. Il n'y avait donc pas à redouter
que le légitime propriétaire de celui-ci y eût em-
preint un point de répère destiné à se ménager
les moyens de le reconnaître un jour. Au surplus,
à supposer que cela fût, rien n'était plus simple
que de déjouer cette précaution, en ne le faisant
changer qu'à une grande distance de Paris.
Néanmoins Claude Vigneron ne pouvait déta-
cher ses yeux d'une ligne rougeâtre qu'il distin-
guait dans le papier même, formant corps avec
lui et incrustée au milieu du filigrane où se trouve
répétée en signes transparents, la valeur impri-
mée en noir sur le billet lui-même. Était-ce la
réalité, était-ce une sorte d'hallucination causée-
par l'excessive tension de toutes ses facultés sur
un seul point? bientôt cette ligne se modifia et se
18 LES MÉMOIRES
changea en une étoile d'un rouge caractéristique,
d'un rouge de sang.
Ses mains retombèrent sur ses genoux, il tourna
légèrement la tête comme pour se soustraire à la
vision. Il tressauta au même instant et sa figure
exprima l'effroi. Il avait vu, distinctement vu, à
côté de lui, quelqu'un qui suivait silencieusement
tous ses mouvements. Il reconnut promptement
son erreur et respira plus librement. Non, personne
ne le voyait, si ce.n'est Dieu et sa conscience.
C'était cette dernière qui, dans son trouble, lui
montrait partout une menace. La lueur tremblo-
tante de la chandelle, dont la mêché fumeuse s'al-
longeait en se consumant, découpait sur le mur
blanchâtre la silhouette opaque et grandie de l'ou-
vrier; il avait eu peur de son ombre.
Il sourit de sa terreur et reprit le billet. Il eut
beau le tourner et le retourner, l'exposer dans
tous les sens à la lumière, il n'y remarqua plus
rien d'extraordinaire ; l'étoile avait disparu, comme
sans doute' elle était née, par un caprice de son
imagination frappée; il n'en restait aucun vestige.
Claude Vigneron n'était pas un malhonnête
homme, rien du moins ne s'était encore produit
dans sa vie qui fût de nature à le faire considérer
D'UN BILLET DE BANQUE 19
comme tel. Mais la probité de bien des gens est,
comme la vertu de beaucoup de femmes, une sorte
de ressort latent dont la portée défie toute appré-
ciation, tant que la lutte contre les entraînements
de la tentation n'en a pas révélé la force ou trahi
la faiblesse. Dans l'ordre physique, la pierre de
touche indique avec certitude le degré de .pureté
des métaux précieux ; Vigneron traversait une de
ces circonstances décisives qui donnent de la va-
leur morale d'un homme l'exacte mesure. L'occa-
sion s'offrait à lui dans des conditions telles, que
l'impunité la plus entière devait inévitablement
consacrer le vol. Nul ne savait que le portefeuille
fût en sa possession ; et, s'appropria-t-il les onze
cents francs trouvés, qui s'étonnerait à Bourg de
ce qu'il fût revenu de Paris avec cette somme,, im-
portante relativement à sa position sociale, alors,
qu'au su de tous, il était parti pour recueillir un
héritage notoirement plus considérable? Ne lui
serait-il pas aisé de raconter que son oncle la lui
avait remise avant de mourir, comme un dédom-
magement du don fait à un autre du reste de sa
fortune? pas de démenti à craindre, l'oncle était
mort ; et cette fable présentait assez de caractère
de vraisemblance, pour qu'elle trouvât facile-
20 LES MEMOIRES
ment créance partout et n'éveillât aucun soupçon.
L'ouvrier était donc dans cette situation où, dé-
gagée de toute la pression qu'exercent générale-
ment les lois criminelles sur les déterminations de
cet ordre, la question devait être résolue par les.
libres inspirations de sa conscience. Qu'allait-il
faire? il n'hésita pas un seul instant à voler les
deux billets, et à s'occuper sans retard d'anéantir
les traces révélatrices de son action coupable. Les
lettres, qu'il n'eut pas même la curiosité de lire,
furent brûlées séance tenante et le résultat de la
combustion, soigneusement recueilli jusqu'au plus
mince fragment, déposé dans un des comparti-
mens du portefeuille qui fut ensuite refermé. Puis,
Vigneron ouvrit sa fenêtre et explora- les alen-
tours. Aucune lumière ne brillait aux maisons voi-
sines, la rue était silencieuse et sombre ; pour être-
plus, sûr de n'être pas vu, il souffla sa chandelle,
et, d'une main vigoureuse, lança le tout aussi loin
qu'il put sur un toit. Après quoi, il se jeta tout
habillé sur son lit, où il ne dormit guère de toute
cette nuit. Parfois il s'assoupit, mais pour se ré-
veiller en sursaut toutes les dix minutes, rêvant
qu'il était arrêté, fouillé et conduit en prison.
.... Il se leva,longtemps avant le jour, paya sa dé-
D'UN BILLET DE BANQUE 21
pense et courut à la gare du chemin fer. Il ne
commença à se croire on sûreté, que lorsqu'ayant
pris place dans un train en partance, il entendit le
sifflement aigu de la locomotive qui se mettait en
mouvement et l'entraînait dans la direction de
Lyon. Alors, bien certain de n'être ni découvert ni
recherché pour un vol qu'il était à qui que ce fût
impossible de prouver, il berça son imagination
des rêves dorés dont cet argent mettait à sa dis-
position la réalisation rapide. Il n'avait pas encore
eu le loisir d'y penser, non plus qu'au proprié-
taire des billets. Quand il songea à ce dernier :
— Tu m'as flanqué par terre, canaille ! mur-
mur a-t-il, mais cela t'a coûté cher !
Voilà tout ce qu'il en dit.
II
LA FAMILLE ROUSSEL
Le soir de ce même jour vers sept heures, le
chemin de fer amenait l'ouvrier menuisier à Bourg,
chef-lieu du département de l'Ain et terme de son
voyage.
Claude Vigneron avait à peu près vingt trois
ans, il était petit, mince, d'apparence débile.
Ses cheveux blonds, coupés moins courts que ne
le sont d'ordinaire ceux des hommes dans la classe
ouvrière, étaient de sa part un objet de coquette-
rie ; il les lissait toujours avec grand soin, et ti-
rait vanité de leurs anneaux fauves, souvent fri-
sés, qu'il affectait de recouvrir à peine d'une cas-
quette crânement posée sur l'oreille. Son front
large mais déprimé était bien découvert, il indi-
LES MÉMOIRES D'UN BILLET DE BANQUE 23
quait à coup sûr l'intelligence, comme le.regard
inquiet de ses petits yeux verdâtres, presque ronds
et très-enfoncés sur l'arcade sourcilière, dénotait de
mauvais penchants et une inclination naturelle vers
l'astuce. Ce regard soutenait rarement celui d'un
interlocuteur qu'il semblait toujours éviter. Une
moustache blonde très-fine estompait légèrement
des lèvres fortes, sensuelles, charnues. Vigneron
avait la bouche grande, les dents vigoureusement
plantées dans une mâchoire remarquable par sa
configuration solide; la bouche d'un homme de
résolution avec l'oeil fuyant d'un peureux et d'un
traître. En somme son visage eût paru assez
agréable, sans le manque absolu d'animation du
teint, qu'il avait pâle et plombé.
Orphelin depuis plusieurs années, il passait pour
avoir eu à la mort de ses parents, dont il était
l'unique enfant, et qui l'avaient élevé avec soin,
une petite fortune qu'il s'était hâté de dissiper, et
il travaillait chez un maître menuisier de Bourg
en attendant qu'il eût achevé son tour de France.
Il l'avait commencé en partant de Lyon deux an-
nées auparavant.
Plutôt craint qu'estimé de ses camarades, qui
n'aimaient pas son caractère inégal et vaniteux, ni
24 LES MÉMOIRES
son esprit frondeur et jaloux, il avait cependant
beaucoup d'amis; car nul n'était plus disposé que
lui à la dépense, et il payait volontiers l'écôt d'un
invité. Comme ouvrier, on le disait bon quand il
voulait. Généralement il ne faisait rien, à moins
d'être absolument contraint au travail par le man-
que d'argent.
Il se sentait si joyeux à sa sortie de la gare de
Bourg, qu'il perdit de vue la mort de son on-
cle et l'affliction qu'une bonne politique lui com-
mandait au moins de paraître éprouver, et il en-
tonna à plein gosier une chanson populaire. C'était
la joie remplie d'assurance de l'homme qui a le
gousset bien garni, le chant de triomphe du vo-
leur à l'abri de tout danger. Après avoir suivi, le
Mail, il descendit dans la ville par la rue Teynière
qu'il quitta pour prendre celle Vieille-Charité.
L'ayant parcourue dans toute sa longueur, il tour-
na à droite et entra dans le quartier dit Bourg-
neuf.
Cette partie de la ville de Bourg, assez impro-
prement nommée, est la plus pauvre. Au n°34 de
la rue il s'arrêta. Devant lui, formant l'angle d'une
impasse du nom de Saint-Dominique, s'élevait une
maison haute d'un étage, dont les compartiments
D'UN BILLET DE BANQUE 25
de bois se prolongeaient en sur plombant du côté
de la ruelle, et dont la façade principale, en pierre
depuis longtemps brunie par les siècles, conser-
vait assez fidèlement encore l'aspect du temps de
la construction.
Que de vicissitudes avait eues cette habitation,
édifiée par un riche propriétaire du seixième siècle
et devenue une de ces ruches où la population la-
borieuse des petites villes se loge à peu de frais !
Bien que déchue de sa primitive splendeur, elle a
toujours un imposant cachet. C'est une des plus
curieuses de Bourg, qui en compte plusieurs vé-
ritablement remarquables. Le regard ravi de l'ar-
chéologue admire dans celle-là l'étroite porte à
ogive ; au rez-de-chaussée, une vaste baie cin-
trée ; au premier, deux fenêtres carrées et larges
dont les meneaux sculptés, solides et gracieux,
n'ont subi aucune mutilation.
En été les souples lianes de plantes grimpantes,
volubilis, coboeas, capucines, enveloppent les dé-
licates nervures de ces deux fenêtres, et les me-
neaux disparaissent sous leurs volutes vertes. On
voit encore sur l'arête extérieure d'un des murs, ainsi
qu'entreles deux croisées, les restes deculs de lampe
ouvragés, qui furent probablement autrefois sur-
26 LES MÉMOIRES
montés d'une madone. C'est une maison de la Re-
naissance d'un modèle charmant dans son élégante
simplicité, un bijou véritable pour qui se com-
plaît à étudier la poésie de ces monuments d'un
autre âge et sait y lire l'histoire de l'humanité.
Ces appréciations artistiques n'étaient pas du
domaine de Vigneron à qui elles importaient fort
peu. La baraque lui était depuis longtemps con-
nue et il n'était pas venu pour la considérer ; mais
là demeurait le maître menuisier qui l'employait;
Une enseigne très-vieille et très-dégradée, né
datant pourtant pas de la Renaissance, tant bien
que mal attachée à lamuraille, portait ces mots, à
peu près illisibles grâce à la pluie qui avait déco-
loré la plus grande partie des lettres :
ROUSSEL,, DIT CADET, MENUISIER.
Elle surmontait le rez-de-chaussée récemment
embelli par l'établissement de trottoirs, contraires
à la couleur locale, mais infiniment commodes dans
une résidence où le pavé peut être ainsi défini :
.Des oeufs de pierre plantés dans le soi par le gros
bout, et qui, du petit, déchirent à qui mieux mieux
le pied des passants. Ce rez-de-chaussée se corn-
D' UN BILLET DE BANQUE 27
posait de la baie dont nous avons parlé, qui avait
été distribuée en trois parties vitrées. Celle du mi-
lieu, plus grande que les deux autres, était percée
d'une porte. L'aspect de cette devanture était mi-
sérable ; de nombreux carreaux cassés étaient rem-
placés par du papier et ceux qui subsistaient, tou-
jours noirs, crasseux, disparaissaient complète-
ment sous un amas de poussière et de toiles
d'araignées..Un semblant de fermeture en -bois
étendait le soir sur tout cela ses ais vermoulus,
bigarrés, presque disjoints.
Les volets étaient mis et Vigneron, debout sur
le trottoir, s'assurait s'il y avait quelqu'un chez
son patron. Un rayon de lumière filtrant à travers
les interstices des planches lui fit une réponse pé-
remptoire, et il ouvrit la porte.
Il pénétra dans une pièce longue et assez élevée
qu'éclairait, accrochée à un des murs, une lampe
de fer-blanc réduite à son expression la plus sim-
ple ; c'est-à-dire un récipient contenant l'huile, et
pourvu d'un bec en forme d'éperon dans lequel un
trou circulaire permettait à une mèche de plonger.
La lumière obtenue parce procédé primitif n'était
pas très-brillante, elle remplissait néanmoins suf-
fisamment son office et rendait les objets percep-
28 LES MÉMOIRES
tibles. Si, d'ailleurs, on avait fait au maître du lo-
gis une observation à ce sujet, il n'aurait pas man-
qué de répondre qu'un bec de gaz était placé con-
tre la maison, en dehors, à l'usage de ceux
auxquels son mode d'éclairage ne conviendrait'
pas.
L'atelier était celui d'un menuisier et chacunpeut
se le représenter aisément. A droite et à gauche,
de chaque côté, un établi et ses accessoires, le
long des murs, blanchis à la chaux, des outils ac-
crochés dans un pêle-mêle bizarre ; sur le sol, une
grande quantité de copeaux, des folies, disent les
habitants de Bourg ; au plafond enfin, formé comme
ceux d'autrefois de compartiments .à poutrelles
saillantes, étaient suspendus des. pièces de bois,
des modèles en carton, mille choses dont le dé-
nombrement serait aussi long qu'inutile. Un petit
poêle en fonte à tuyaux minces, allumé mais
chauffant à peine l'atmosphère, tant le froid était
vif et la pièce mal close, complétait le mobilier
de cet intérieur où flottait une indéfinissable exha-
laison de pauvreté, presque de misère.
Quatre personnes, assises en demi-cercle autour
du feu, causaient lorsque parut Vigneron.
L'une tout à fait dans la pénombre, à cause de
D'UN BILLET DE BANQUE 29
son éloignement de la lampe, était le chef de la
famille, le menuisier Roussel. Petit, trapu, un
peu gros, il rappelait l'Hercule Farnèse et pouvait
représenter le type de la force. Sa figure colorée,
encadrée dans une barbe brune, était empreinte
de franchise et de loyauté. Elle était rude pour-
tant au premier abord, et ses yeux noirs avaient
un regard d'une sécheresse singulière. Mais la
franchise même qu'on lisait sur sa physionomie
eût donné à un observateur le secret de sa rudesse.
Roussel avait la brusquerie affectée et inégale de
l'homme avili, faible, manquant de dignité, mé-
content de lui-même, pour qui la mauvaise hu-
meur, passée à l'état d'habitude, n'est qu'une
arme défensive contre l'intimité de la famille,
dont il redoute la sollicitude clairvoyante et la
censure. Les cheveux bruns également étaient,
comme la barbe, fort négligés; les travailleurs
n'ayant pas le temps de consacrer à leur toilette
les heures qu'y passe une petite maîtresse.
Roussel ou plutôt Cadet, car on ne le désignait
guère à Bourg que sous ce sobriquet, auquel avait
évidemment donné lieu un rapprochement entre
son nom et celui du héros d'une chanson très-
populaire, avait quarante-deux ans. Les rides
30 LES MÉMOIRES
précoces que le labeur incessant et l'inconduite
avaient ineffaçablement gravées sur son front, au-
tour de ses yeux, et aux coins de la bouche ac-
cusaient beaucoup plus. C'était bien pis encore
si on considérait sa tête en partie dénudée, où les
cheveux avaient prématurément grisonné ; et sur-
tout si, le regardant de près, on essayait d'ana-
lyser l'impression ressentie à sa vue. Dieu a mis
en nous comme un phare destiné à nous guider
sur l'Océan de la vie dans nos rapports les uns
avec les autres ; sa lumière n'est que le reflet de
l'habitante intérieure. Elle n'est pas toujours très-
vive, parce que, sous l'empire des passions dont
nous sommes les jouets, beaucoup cherchent à en
amortir ou à en modifier l'éclat révélateur. Mais,
quoi qu'ils fassent, il ne leur est pas donné de
l'anéantir ni même de la dénaturer entièrement.
A de certains moments elle brille, malgré tout, dé
la lueur qui lui est propre. Malheur à qui ne sait
ou ne veut pas la voir, car elle est à portée de
tous les yeux et ne trompe jamais. Le phare, c'est
ce je ne sais quoi qui anime le visage et qui, plus
encore que la conformation des traits, établit en-,
tre chaque figure des différences profondes. On
l'a appelé l'expression. Celle de Roussel était ca-
D'UN BILLET DE BANQUE 31
ractéristique et terrible. Il avait, pour employer
la langue du peuple qui rend en un seul mot ce
que le langage châtié n'exprimerait qu'en longues
périphrases, et encore imparfaitement, il avait
l'air abruti.
Ouvrier honnête et laborieux dans le début, il
s'était établi maître avec une petite avance ; mais
il avait eu peu de bonheur. Les entreprises dont
il se chargea ne réussirent pas et peu à peu, dé-
couragé, perdant au contact de la mauvaise for-
tune la qualité la plus nécessaire à l'homme,
l'énergie, il avait demandé à l'ivresse une exci-
tation factice qui suppléât à la force morale dont
il était dépourvu.
L'ivrognerie avait fait chez lui de rapides pro-
grès, elle était devenue, comme pour la plupart
des malheureux qui s'y adonnent, une sorte de
consolation, une jouissance au prix de laquelle il
oubliait ses malheurs. Elle avait de plus, accru
et développé sa tendance naturelle à la brutalité.
Sous l'influence de ces causes le ménage se ruina
insensiblement. La gêne s'intronisa dans l'atelier,
la pauvreté lui succéda bien vite ouvrant la porte
au sinistre cortège de la plus horrible des misères,
celle qui compagne inséparable du désordre,
32 LES MÉMOIRES
dégrade l'âme avant de tuer le corps. Au moment
où commence ce récit, Roussel avait la réputa-
tion d'un ivrogne ; et tout le monde savait qu'il
poussait l'oubli de lui-même jusqu'à rendre sa.
femme responsable de ses sottises et parfois à la'
frapper.
Aussi en plaignait généralement la compagne
de cet homme. Elle était attentive, dévouée à ses
devoirs, travaillait sans cesse et ne se plaignait
jamais. On la trouvait fière parce que, parlant ra-
rement, elle avait peu de liaisons dans le quar-
tier, mais on la respectait involontairement et
elle jouissait de cette sympathie que commandent
les infortunes imméritées. Ce fut sans doute à
cette considération particulière qu'elle dut d'échap-
per à un surnom. On ne la désignait que sous son
prénom : Marianne.
Elle était, à peu de mois près, du même âge
que son mari et avait dû être fort jolie. Ses traits
n'étaient nullement déformés et leur beauté na-
tive était visible. Ses cheveux abondants et frais
encore avaient surtout un grand charme. Ils
étaient de cette chaude couleur d'ambre qu'on re-
marque dans les tableaux de l'école vénitienne,
nuance peu commune en France, mais répan-
D'UN BILLET DE BANQUE 33
due, dit-on, dans quelques parties de l'Italie.
Il ne manquait guère à Marianne, pour être
fort agréable, sinon tout à fait belle, que d'être
heureuse. Elle ne l'était pas, il est superflu de le
dire. Ses grands yeux bleus, toujours baissés,
révélaient l'humble attitude du malheur; un cha-
grin violent, continu, mais concentré, qui avait
rougi ses paupières d'une manière indélébile,
avait encore creusé entre ses deux sourcils cette
ride qui ne ressemble à aucune autre, et que
porte seul l'homme travaillé par une incessante
pensée de regret ou de remords. On lisait sur son
front pâli une sorte de déchéance, dont l'altéra-
tion de la taille, qui s'était légèrement voûtée, et
l'absence complète de coquetterie, frappante chez
une femme jeune et belle après tout, dévoilaient
plus que tout autre signe le ressentiment profond.
Marianne, grande, frêle et maigre, qui, murmu-
rait-on autour d'elle, n'avait que le souffle, était
cependant adonnée à de rudes travaux et y résis-
tait. Elle faisait des ménages, allait à la journée
dans les maisons où, par suite de quelque circon-
stance extraordinaire, on avait besoin d'un sup-
plément de domestiques, et enfin consacrait au
pénible métier de laveuse le reste de son temps.
34 LES MÉMOIRES
Son caractère doux et faible l'avait empêchée de
prendre sur son mari un ascendant propre à com-
battre ses habitudes détestables ; elle supportait
sans se plaindre ses brutalités et ne lui répliquait
pas.
Quiconque, jugeant à première vue, l'eût consi-
dérée comme la personnification de la résigna-
tion, se fût grandement trompé. Sa soumission
d'emprunt, superficielle seulement, n'était qu'une
carapace dont, de parti pris, s'enveloppait Ma-
rianne. Elle n'arrivait pas à ce degré de placidité
sans luttes intérieures constamment renouvelées,
car la tyrannie aveugle de Roussel, ses colères
injustes, réveillaient à chaque instant en elle la
légitime indignation d'une conscience pure mé-
connue. Il ne lui arriva jamais, à bout de patience,
de céder à la vivacité naturelle à son sexe ; il
semblait qu'elle eût pris à tâche de tout subir en
vue d'une expiation, comme le vrai chrétien ac-
cepte ici-bas les déboires et les amertumes de la
vie. Sa figure mélancolique avait cette apparence
grave et triste qui glace le sourire, parce qu'elle
indique une profonde blessure morale.
Le sentiment de dépendance calculée, d'infério-
rité, pourrions-nous dire, que trahissait toute la
D'UN BILLET DE BANQUE 35
conduite de Marianne, renfermant héroïquement
en elle toutes ses souffrances, s'étudiant à les dis-
simuler au yeux de celui qui les faisait naître, et
ne les confiant qu'à Dieu, se rattachait à un de
ces mystérieux détails de la vie privée, dont nul
pendant longtemps ne peut soulever les voiles.
Le récit en se déroulant, fera suffisamment con-
naître le secret de la pauvre femme, pour qu'il
soit inutile de s'y arrêter davantage quant à pré-
sent.
Ce soir-là, assise non loin de Roussel, mais
plus rapprochée du mur et, par conséquent, de la
lumière, elle s'occupait à raccommoder des bas
déjà rapiécés en bien des endroits, et dont la cou-
leur bleue primitive avait en partie disparu à la
suite de nombreux lavages. La tête penchée sur
sa poitrine et, en apparence, entièrement absor-
bée par son ouvrage, on l'eut dite changée en
statue, sans l'actif mouvement de ses doigts qui
tiraient l'aiguille.
En face d'elle, de l'autre côté du poêle, et pla-
cée également sous l'auréole lumineuse que ré-
pandait la lampe, une jeune fille de vingt-deux ans
avait à la main un ouvrage de couture. C'était sa
fille. Elle se nommait Augustine et était fort jolie.
36 LES MÉMOIRES
Brune comme une Espagnole, elle avait la peau
très-blanche, un teint d'une rare fraîcheur, des
dents rieuses sous des lèvres d'un rouge vif, mi-
gnonnes et faites pour le baiser, et des yeux bleus,
larges, bien ouverts, pleins de la sève et du feu
de la jeunesse, étincelants parfois, souvent rêveurs
et naïfs. Elle tenait de sa mère une grande acti-
vité et une exquise beauté.
Rien n'était frêle et gracieux comme cette pe-
tite fille, grosse comme un enfant, bien prise
dans sa taille fluette, svelte, accorte, chantant
toujours et riant de toutes ses dents. Elle était
repasseuse, et les élégants de la ville vieillaient à
ce qu'elle ne manquât pas d'occupation.
Marianne et elle avaient beau réunir tous leurs
efforts, elles parvenaient à grand'peine à nourrir
la fainéantise et l'ivrognerie du menuisier, et la
misère les avait gagnées. On le voyait aux vête-
ments que portaient les deux femmes. Ils étaient
propres, mais que d'éloquence dans l'aspect de
leur vétusté sans cesse ingénieusement consolidée !
c'était d'ailleurs le plus irrécusable témoignage
de la sagesse de toutes les deux.
Depuis leur arrivée à Bourg, c'est-à-dire de-
puis 1839, vingt et un ans avant l'époque où se
D'UN BILLET DE BANQUE 37
passent les faits que nous allons raconter, Rous-
sel et Marianne avaient établi leurs pénates dans
la maison qu'ils occupaient et ne l'avaient pas
quittée. Leur logement se composait de l'atelier
et de deux pièces situées au premier étage, don-
nant sur la rue et éclairées par les fenêtres à me-
neaux que nous avons décrites. Une de ces deux
pièces formait l'appartement d'Augustine, l'autre
servait de chambre aux deux époux; c'était en
même temps la cuisine et la salle à manger.
Le quatrième personnage enfin était absolu-
ment différent des trois autres. C'était un jeune
homme de trente ans environ, grand, de bonnes
manières et vêtu élégamment. Sa figure était ou-
verte, gaie et ne manquait pas de charme; il por-
tait de longues moustaches blondes et une royale.
Ce jeune homme que sa mise, son éducation, sapo-
sition sociale, semblaient au premier abord devoir
éloigner de la fréquentation du menuisier, était as-
sis entre Augustine et son père, plus rapproché de
ce dernier et, comme lui, dans l'ombre. Tous deux
causaient, pendant que les deux femmes travail-
laient en silence. Il s'appelait Jules Cendrier. Un
mot expliquera sa présence dans l'atelier et sa
quasi-liaison avec cette famille. Il était fils unique
3
38 LES MÉMOIRES
d'un entrepreneur de travaux qui avait plusieurs
fois employé Roussel. Riche déjà, on n'ignorait
pas qu'en continuant et en étendant les opérations
de son père il était en passe de conquérir une
fortune considérable. Il était en outre, depuis
peu de temps, propriétaire de la maison habi-
tée par ceux dont nous avons esquissé le por-
trait.
Du premier coup d'oeil Vigneron l'aperçut. Cette
rencontre le contraria visiblement, parce qu'il fal-
lait raconter devant lui l'histoire des onze cents
francs ou ne pas parler des billets, ce qu'il pres-
sentait impossible, et qu'il redoutait l'incrédulité,
du jeune homme. La fable imaginée par l'ouvrier
menuisier était inattaquable, et il prit son parti
courageusement ; très-rapidement surtout, car il
n'hésita pas et s'avança jusqu'auprès du poêle,
avec l'aplomb d'un homme qui a de l'argent dans
sa poche.
Marianne, Augustine et M. Cendrier, ne firent
pas grande attention à lui, les deux premières le-
vèrent les yeux et ne suspendirent pas la. course
de leur aiguille, le jeune homme continua à jouer
du bout de sa canne avec les copeaux qui jon-*
chaient le sol. Quant à Roussel, il se- leva vive-
D'UN BILLET DE BANQUE 39
ment et tendit au nouveau venu sa main calleuse.
— Eh bien! dit-il.
— Eh bien, patron, mes espérances n'ont pas été
réalisées entièrement, mais je n'ai pas à me plain-
dre. Et cependant, ce n'est pas à moi que mon oncle
Bardeau a laissé ce qu'il avait ! Bourgeoise, ajouta-
t—il, en se tournant vers Marianne dont il avait re-
marqué l'accueil froid, est-ce ainsi qu'on reçoit un
ami qui arrive de voyage? et vous, mademoiselle
Augustine, ne me souhaiterez-vous pas le bonsoir?
— Vous vous trompez, Claude, répondit Ma-
rianne, je n'ai rien contre vous. Je suis aise au
contraire que vous soyez en bonne santé, et fâchée
que vous n'ayez pas reçu l'héritage sur, lequel
vous comptiez.
Augustine envoya à Vigneron un sourire d'ami-
tié, mais ne prononça pas un mot.
— Tu reviens comme tu es parti alors? de-
manda Roussel.
— Oh ! que non! répliqua l'ouvrier.Mon oncle,
que Dieu ait son âme ! s'est marié peu de jours
avant sa mort. Il paraît qu'une vieille domestique
qu'il avait depuis longtemps était comme sa femme,
et je ne me doutais pas de cela. Avant de partir
pour l'autre monde, il m'a appelé auprès de son
40 LES MÉMOIRES
lit et il a fait sortir tous ceux qui étaient là, le mé-
decin, le curé et les autres. « Claude, m'a-t-il dit,
et il pleurait le pauvre vieux, je sais bien que je'
vais te causer de la peine, mais un homme est un
homme, et si tu es aussi honnête que l'était ta
mère, tu m'approuveras. Je suis forcé de donner à
celle qui est ta tante depuis hier le peu d'argent
que j'ai amassé par mon travail, car après moi
elle n'aurait plus rien.Mais je ne veux pas, quand
je ne serai plus, que tu aies sujet d'accuser ma
mémoire. Pendant bien des années je t'ai consi-
déré comme mon enfant, en te déshéritant contre
mon gré je ne t'ai pas oublié; je te donne ceci :
et il tira des papiers de dessous son oreiller. A
présent, embrasse-moi et va-t-en. Garde cela le
plus longtemps que tu pourras, sois économe, vis
honnêtement et pense quelquefois à ton vieil on-
cle. Surtout, ne parle à personne de ce cadeau,
c'est inutile. Avec ce que tu as là, tu es plus, ri-
che que quand j'ai commencé, car je n'avais rien. »
Lorsque je me fus éloigné, continua Vigneron qui
avait rapporté le petit discours de son oncle avec
un attendrissement qui lui faisait honneur, je re-
gardai ce qu'il m'avait glissé dans la main, c'étaient
deux billets de banque.
D'UN BILLET DE BANQUE 41
En même temps il les mit sous les yeux du
menuisier et de Marianne.
— Des billets de banque! s'écria Roussel.
Il les prit, les toucha avec respect, et sa figure
exprima une joie telle qu'on eût dit qu'ils lui ap-
partenaient. L'examen qu'il paraissait en faire
était, au reste, simplement un acte de foi, il ne
savait pas lire. La crainte de prodiguer son ad-
miration pour une chose qui ne la méritait pas,
car les paperasses qu'il tenait avaient une piètre
apparence, elles étaient pliées et froissées de tous
les côtés, lui fit promptement poser cette ques-
tion :
— Combien cela vaut-il?
— Il y en a un de mille, et l'autre de cent
francs.
— Dieu de Dieu! onze cents francs! tant d'ar-
gent sur de mauvais chiffons! hein!;femme, en
voilà des écus! Ah! bien, mon garçon, tu es
cossu, à présent ! Onze cents francs !...
Marianne qui portait à la richesse de l'ouvrier
un intérêt moins vif, ne partagea pas la naïve
expansion de son mari.
— C'est une fortune, dit-elle simplement.
Augustine courut à son père et, s'appuyant sur
42 LES MÉMOIRES
son épaule, regarda les riches papiers, comme
une chose curieuse qu'il fait bon. voir une fois au
moins dans sa vie ; une minute après elle n'y pen-
sait plus.
M. Cendrier n'avait pas parlé encore, il s'était
borné à adresser, lors de son entrée, un salut
amical à Vigneron.
— Oui, parbleu ! dit-il, ce sont bien des billets
de banque. Ils tsont même excellents, ajouta-t-il
après une rapide inspection.
Pendant ce temps, Claude Vigneron demeurait
complètement impassible. L'histoire fabuleuse du
don de son oncle avait été débitée avec un accent
si vrai, que personne, ne doutait que les choses
ne se fussent réellement passées comme il le rac-
contait.
— Mon ami, reprit M. Cendrier, vous ne devez
pas tenir à ces billets, vous ne garderez sans
doute pas cette somme chez vous, et vous ferez
sagement...
-— Je n'en suis pas embarrassé, répondit l'ou-
vrier, je sais où la mettre.
Son regard se porta sur Roussel, et de là sur
Augustine où il s'arrêta avec complaisance. Ce
fut peine perdue ; la jeune fille, les yeux baissés,
D'UN BILLET DE BANQUE 43
travaillait avec une conscience qui. prouvait sur-
abondamment qu'elle ne songeait ni à lui, ni à
ses onze cents francs. Mais le menuisier comprit
le coup-d'oeil qui lui avait été adressé, et il se
frotta les mains.
— De l'or ou de l'argent vous feront probable-
ment plus de plaisir, et ne vous empêcheront pas
de placer vos fonds comme vous le voudrez. Si
cela vous convient, je changerai les billets.
— Volontiers, dit Vigneron.
— Venez me voir demain matin, nous arran-
gerons cela : Père Roussel, je vous quitte, pensez
à ma proposition.
— Je vous remercie bien, monsieur Jules, ré-
pliqua avec obséquiosité le menuisier en se dis-
posant à reconduire M. Cendrier, si cela pouvait
réussir, vous n'auriez pas obligé un ingrat.
— Bonsoir, mademoiselle Augustine, dit le
jeune homme en s'inclinant devant la fille de
Roussel qui lui sourit gracieusement. Quant à
vous, Marianne, vous savez qu'il ne manque pas
'd'ouvrage à la maison.
M. Cendrier parti, Roussel rentra vivement.
Sur un signe de Vigneron il prit sa casquette et
s'apprêta à sortir.
44 LES MÉMOIRES D'UN BILLET DE BANQUE.
— Tu peux te coucher et éteindre la lampe,
femme, je ne sais pas à quelle heure je rentrerai;
j'ai à causer avec monsieur! cria-t-il en s'en al-
lant.
Quelques minutes après, tous deux se donnant
le bras, entraient dans un cabaret de la rue des
Halles.
III
L'ENTRETIEN
Roussel et son ouvrier étaient avantageusement
connus dans cet établissement, qui n'offrait d'ail-
leurs rien de particulier. C'était un débit de bois-
sons de l'espèce la plus modeste, bien au-dessous
d'un café, et dont le propriétaire cumulait l'ex-
ploitation avec celle d'un fonds de boulangerie.
Le cabaretier s'approcha d'eux et leur dit avec
une certaine déférence :
— La salle est pleine (en effet, il y avait un
grand nombre de buveurs dans la pièce enfumée,
sombre, éclairée par quelques chandelles, où en-
trèrent nos deux personnages), si vous voulez, je
vais vous mettre dans une chambre où vous serez
seuls.
3.
46 LES MÉMOIRES
— Ça va! répondit le menuisier; pas vrai, Vi-
gneron?
— Et c'est moi qui paie! ajouta celui-ci avec
orgueil.. Montez-nous deux bouteilles de vieux
pour commencer; nous verrons après, et du bon
surtout...
— Ces messieurs veulent-ils des cartes ?
— Eh ! eh! dit Roussel,, un bezy ne serait pas
de refus. Pourtant, non, reprit-il, pas aujourd'hui.
Nous avons à parler d'affaires.
Ils montèrent et s'assirent vis-à-vis l'un de l'au-
tre -devant une table, où le cabaretier posa une
chandelle, deux verres et deux bouteilles. Il en dé-
boucha une, emplit de son contenu les verres, et.
s'éloignant discrètement :
— Si ces messieurs ont besoin de quelque
chose, dit-il, un coup de pied sur le plancher et
je monterai.
— A votre santé, patron, murmura Claude Vi-
gneron, tendant son verre au menuisier qui s'em-
pressa de choquer le sien contre celui qui lui était
présenté.
— Merci, garçon, à la tienne ! et à la part de
paradis de ton oncle!
— Mon oncle, c'est une fière c,..! Vigneron

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