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Les Mystères du cabinet noir sous l'Empire et la poste sous la Commune / par Émile Lambey. précédés d'une lettre / de Bonvalet...

De
65 pages
E. Dentu (Paris). 1871. In-16, 70 p..
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LES MYSTÈRES
DU
CABINET NOIR
SOUS L'EMPIRE
ET LA
POSTE SOUS LA COMMUNE
Par Emile LAMBRY
PRÉCÉDÉS D'UNE LETTRE
DE
BONVALET
MEMBRE DE LA GAUCHE MUNICIPALE.
PARIS
E. DENTU, LIBRAIRE-ÉDITEUR
PALAlS-ROYAL, 17-19, GALERIE D'ORLÉANS
1871
Pour paraître prochainement.
OUVRAGES DU MÊME AUTEUR :
La Gauche municipale.
Biographie complète des principaux membres répu-
blicains du Conseil de Paris.
Les Mémoires d'un révoqué..
LES MYSTÈRES
DU
CABINET NOIR
SOUS L'EMPIRE
ET LA
POSTE SOUS LA COMMUNE
PAR
Emile LAMBRY
PRÉCÉDÉS D'UNE LETTRE
DE
BONVALET
MEMBRE DE LA GAUCHE MUNICIPALE
PARIS
E. DENTU, LIBRAIRE-ÉDITEUR
PALAIS-ROYAL, 17-19, GALERIE D'ORLÉANS
1871
Tous droits réservés.
A MON PÈRE
A Monsieur Emile Lambry, rédacteur du journal
la Vérité.
Paris, 21 août 1871.
Monsieur,
J'ai lu avec une vive émotion votre notice sur
les Mystères du Cabinet noir sous l'Empire, et il
m'en est resté cette impression :
C'est que si les gens d'en haut ne donnaient
pas de si tristes exemples d'immoralité,_ les
gens d'en bas ne se croiraient pas si souvent et
à bon droit autorisés à réagir contre leurs gou-
vernants.
En signalant de pareilles turpitudes à l'indi-
gnation publique, vous contribuez à l'oeuvre
— 8 —
d'honnêteté que nous poursuivons et qui doit
être la base de la civilisation et de la Répu-
blique.
Recevez , Monsieur, mes bien fraternelles
salutations.
BONVALET,
Conseiller municipal,
ancien maire du troisième arrondissement.
LES MYSTÈRES
DU
CABINET NOIR
I
On se souvient que, dans une séance très-ora-
geuse, M. Vandal, directeur général des postes,
interpellé par la gauche, monta à la tribune du
Corps législatif et fit cette motion :
« Le cabinet noir n'existe pas. On n'arrête pas
les lettres à la poste et on n'en décachèté aucune.
Du teste, si le cabinet noir avait existé lors de
1.
— 10 —
mon entrée à la direction générale, je l'aurais
fait supprimer. »
En lançant cette affirmation, M. Vandal se
trompait-il grossièrement ? Nous ne voulons pas
nous prononcer. Mais il est certain qu'au mo-
ment même où il parlait en pleine tribune du
Corps législatif, le cabinet noir fonctionnait avec
sa furia habituelle.
— Depuis que la poste est devenue une admi-
nistration gouvernementale, on a procédé au
décachetage des lettres — sur une large échelle.
Autrefois, je parle de cent cinquante ans,
quand un individu était soupçonné de complot
contre l'État, et dans ce seul cas, le fermier des
postes, dans la localité habitée par l'individu
soupçonné, devait remettre à l'autorité les lettres
qui lui étaient adressées.
Plus tard on donna aux procureurs impé-
riaux ou royaux, et aux juges agissant dans
l'exercice de leurs fonctions, le droit de deman-
der la saisie de toutes lettres et journaux circu-
lant par la poste.
L'article 840 de l'instruction générale des
—11 —
postes donne au préfet de police à Paris et aux
préfets dans les départements, le droit d'opérer
personnellement ou de requérir les officiers de
police judiciaire, d'opérer des saisies de lettres
et de journaux.
Les officiers de police judiciaire sont, outre
les procureurs impériaux, leurs substituts et les
juges d'instruction, les juges de paix, les offi-
ciers de gendarmerie, les commissaires de po-
lice, les maires et leurs adjoints.
L'article 841 porte : Un réquisitoire spécial
est nécessaire pour chaque perquisition de let-
tres.
L'article 842 : Les magistrats qui opèrent la
saisie donnent reçu des objets dont ils s'empa-
rent.
L'article 843 : La lettre ou l'imprimé qui,
après avoir été saisi, doit être réintégré dans le
service, est, s'il a été ouvert, recacheté par le
magistrat qui a ordonné la saisie et scellé au
moyen d'un timbre portant ces mots : Ouvert
par autorité de justice.
Lorsque l'objet saisi a été seulement retenu
— 12 —
sans avoir été ouvert, les mots : Ouvert par au-
torité de justice sont remplacés par ceux-ci ;
Saisi et retenu par autorité de justice.
L'article 845 interdit aux receveurs des postes
de reprendre les lettres et les imprimés qui ont
été l'objet d'une saisie, lorsque les formalités
prescrites pour la réintégration des objets saisis
n'ont pas été rigoureusement remplies.
Enfin, le Bulletin mensuel des postes n° 34,
porte à la page 319 la mention suivante :
La saisie préventive des correspondances par-
ticulières n'est pas autorisée en matière civile.
— 13 —
II
Avant de commencer l'historique du cabinet
noir sous l'Empire, nous avons voulu faire con-
naître au public les différents cas où l'employé
des postes, quel que soit son grade, est obligé
de s'incliner devant l'autorité judiciaire. Mais
quoi qu'il advienne, il est expressément défendu
de céder une lettre à la justice, à moins d'une
réquisition spéciale, et il est expressément dé-
fendu de la reprendre si elle n'est scellée d'un
timbre constatant qu'elle a été ouverte.
Et, dans aucun cas, une lettre ne doit être ou-
verte à la poste.
Ceci bien admis, si l'administration des pos-
tes avait voulu ou pu rester dans ses attribu-
tions, le cabinet noir n'aurait jamais été inventé,
— 14-
mais ce qui se passait dans ce cabinet était hors
la loi et les instructions.
Du reste, sous Charles X et sous Louis-Phi-
lippe, on décachetait déjà les lettres à la poste,
mais jamais ce décachetage n'avait pris de fan-
taisistes proportions comme sous l'Empire.
A ce propos, le cabinet noir a sa légende. Il pa-
raît que le lendemain de la Révolution de février
1848, le chef du cabinet noir d'alors fut tué rue Ti-
quetonne, au moment où il serendait à son service.
Sous la direction Arago, on s'abstint de dé-
cacheter les lettres, ou du moins on s'y prit de
telle façon que personne ne s'en aperçut, pas
même le directeur général. Arago, qui savait
parfaitement que le cabinet noir existait sous
ses prédécesseurs, voulut connaître l'endroit où
il était situé, mais on en avait prudemment muré
la porte et, malgré toute la bonne volonté du
monde, il lui fut impossible de la découvrir.
Sous la Présidence et sous l'Empire, le cabi-
net noir fut en pleine floraison.
Et pourtant, à la suite de l'interpellation dont
nous avons parlé, M. Vandal demanda à ce que
— 13 —
cinq députés vinssent visiter l'hôtel des postes
de fond en comble, afin de s'assurer de visu qu'il
n'existait pas de cabinet noir. La Chambre pro-
testa, affirmant sa pleine et entière confiance
dans les paroles du directeur général; M. Van-
dal insista et cinq députés se dévouèrent. Ils
vinrent et visitèrent l'hôtel, M. Vandal les pré-
cédait et ouvrait les portes. Il les ouvrit toutes,
sauf une seule, celle du cabinet noir. Les dépu-
tés passèrent devant sans la remarquer. Ce fut
heureux pour M. Vandal, car à ce moment même
le chef du cabinet noir était en plein travail.
— Pour ceux qui connaissent un peu la dis-
position de l'hôtel des postes, voici l'itinéraire
qui conduit à cet antre : Lorsqu'on se trouve
dans la cour de l'Horloge, on tourne à gauche
et on monte l'escalier du départ. Arrivé dans
l'antichambre, on longe le couloir situé en face
de la porte d'entrée, on passe devant le bureau
du chef de section, et, à l'extrémité à gauche,
on peut s'arrêter, c'est là.
Ouvrons la porte, et entrons.
Vous vous attendez probablement à trouver
— 16 —
une salle petite, étroite, basse de plafond, suin-
• tante et puante ; erreur ! On avait affligé de ces
deux mots « cabinet noir » l'endroit où se déca-
chetaient les lettres ; mais ce n'était pas un ca-
binet, c'était une salle, et cette salle n'était pas
noire. Elle était et elle est encore assez vaste,
très-élevée, avec deux grandes fenêtres garnies
de doubles rideaux blancs. Dans le fond, une
cheminée à la prussienne, sur la gauche, une
vieille armoire, à droite de la porte un petit
bureau, sur la table duquel on tripotait les cor-
respondances.
Entre les deux fenêtres se trouve un casier
muni de nombreux cartons. Ces cartons renfer-
maient des timbres à date de tous les bureaux
de poste français, et des principaux bureaux de
l'étranger. Il s'y trouvait en outre des cachets à
toutes les initiales possible, les uns avec armoi-
ries, les autres avec devises. Tout ce que l'ima-
gination originale des graveurs avait pu inventer
était réuni dans ce lieu malpropre. Ajoutez à
cela des pinceaux et des couleurs pour rendre à
la cire malmenée sa nuance primitive.
— 17 —
III
Sous l'Empire, le chef du cabinet noir se nom-
mait Simonel. C'était un homme d'une quaran-
taine d'années et d'apparence maladive. Petit,
malingre, souffreteux, poitrinaire, toussant,
crachant, mais doué d'une énergie sans pareille.
Il avait été choisi pour cet emploi, d'abord à
cause de son caractère souple, et, il faut bien
le dire, grâce à ses qualités postales.
C'était un manipulateur de premier ordre,
actif, très-intelligent, vif malgré sa constitution
maladive, et, chose très-importante sous l'Em-
pire, sachant se faire valoir.
Il était aux modestes appointements de quinze
cents francs lo e prit dans les rangs des
— 18 —
employés pour en faire le chef, du cabinet noir.
Nous n'avons jamais compris pourquoi cet
homme fut nommé chef. Le titre de chef sup-
pose un certain nombre d'employés à comman-
der, et le malheureux fut toujours seul.
Du reste, et permettez-moi cette petite di-
gression, sous l'Empire on créait sans nul be-
soin des emplois de chef pour le protégé de
M. n'importe qui, ou le fidèle serviteur de
Mme n'importe qu'est-ce. Et cela ne se passait
pas seulement à la poste, mais dans toutes les
administrations et dans tous les ministères. J'ai
connu un bureau qui comportait deux agents,
l'un était chef, l'autre sous-chef : d'employés,
point ! A eux deux ils avaient bien pour dix mi-
nutes de travail par jour et ils coûtaient aux
contribuables douze mille francs par an.
Simonel était excessivement jaloux de son
emploi ; il ne voulait jamais être aidé et, pour
arriver à voir consciencieusement toutes les let-
tres qui lui passaient par les mains, que de mal
il se donnait.
Les employés des postes ont en moyenne de
— 19 —
huit à neuf heures de travail par jour, Simonel,
lui, abattait ses quatorze heures sans se gêner.
Quand on le nomma chef du cabinet noir, on
lui donna mille francs d'avancement et peu à
peu il arriva aux appointements fixes de six
mille francs par an, plus cent francs d'indemnité
par mois. Cette indemnité lui était payée sous
la rubrique califonies. On désigne ainsi à la
poste les heures de présence faites en dehors du
service ordinaire et payées d'après un état d'é-
margement autre que celui des appointements.
On n'a jamais su ce que ledit Simonel tou-
chait au ministère de l'intérieur, mais il est cer-
tain que ses services étaient payés dans plu-
sieurs endroits à la fois.
Pour faciliter la surveillance des lettres, on
avait depuis longtemps centralisé le service des
postes. Toutes les correspondances de la pro-
vince et de l'étranger passaient par Paris, tou-
tes les correspondances pour Paris venaient
converger au bureau central, et toutes les cor-
respondances, passant par le bureau central,
stationnaient plus ou moins au cabinet noir.
— 20 —
Dès l'abord, Simonel, suivant en cela l'exem-
ple donné par ses prédécesseurs, n'arrêtait que
les lettres qui lui étaient signalées sur une liste
dressée à l'avance. Cette liste venait de la pré-
fecture de police, on y désignait le nom du des-
tinataire et le lieu de sa résidence. De cette
façon, il n'y avait pour Simonel qu'un travail
manuel. Quelques minutes avant la fermeture
des dépêches, on portait au cabinet noir toutes
les lettres pour la ville ou l'ambulant incriminé,
on les déposait sur la table du bureau dont nous
avons parlé, et Simonel les faisait glisser l'une
après l'autre sous ses yeux.
Puis toutes les correspondances ainsi arrêtées,
étaient placées dans une grande enveloppe et
remises à un homme de confiance qui les portait
soit à la Préfecture, soit au Ministère de l'Inté-
rieur.
C'est là, et là seulement que les lettres étaient
ouvertes. Mais cette façon de procéder avait un
grand défaut, c'est que, pour connaître le con-
tenu d'une lettre, on était fort souvent obligé de
retarder son envoi, ce qui amenait de nombreuses.
— 21 —
réclamations. En revanche, pour peu qu'on eût
la conscience élastique, on pouvait se dire que
l'on sortait à peine des prescriptions de l'instruc-
tion générale. A défaut d'un mandat réquisition-
naire pour chaque lettre arrêtée, on avait du
moins une liste préparée à la Préfecture, et si
les correspondances n'étaient pas, après leur
ouverture, scellées du timbre réglementaire,
cette ouverture dans tous les cas n'avait pas lieu
à la poste.
Mais bientôt les exigences de la politique im-
périale s'accentuant de plus en plus, on résolut
d'opérer le décachetage des lettres au cabinet
noir même, et dès lors son chef jouit d'un véri-
table pouvoir discrétionnaire.
— 23 —
IV
Non-seulement il ne dépendit plus de ses chefs
immédiats, mais il refusa de recevoir les ordres
du directeur du département de la Seine et du
directeur général lui-même. Il était roi d'un pe-
tit État dans l'État.
C'est alors qu'il put utiliser toutes les capaci-
tés dont il était doué. Il se mit au courant de la
politique, s'enquit des villes étrangères où s'é-
taient réfugiés tous les conspirateurs, petits ou
grands, s'affilia à plusieurs sociétés plus ou
moins secrètes, se faufila partout.
Il eut des amis nombreux qui, probablement,
ne connurent jamais le métier qu'il faisait,
mais qui lui donnèrent dans tous les cas de pré-
cieux renseignements.
— 24 —
Par ce moyen, il put non-seulement arrêter
les lettres qui lui étaient désignées sur la liste
de la préfecture de police, mais aussi celles qui
lui paraissaient bonnes à arrêter.
Grâce à son intelligence, à son flair extraordi-
naire et à son initiative, il lui est arrivé maintes
fois d'arrêter des correspondances pour des
individus purs de tout soupçon. Et souvent, que
dis-je, presque toujours, ces correspondances,
arrêtées sans ordres, se trouvaient intéresser
une influence quelconque»
Car le chef du cabinet noir ne travaillait pas
seulement pour la préfecture de police, pour le
ministère ou pour l'Empereur, il travaillait pour
tout le monde. Que de fois, vers la fin de l'Em-
pire, il a fait passer les lettres du président
Rouher au ministre Ollivier, et celles du ministre
Ollivier au président Rouher. Chacun de ces
deux favoris croyait avoir le chef du cabinet noir
dans sa manche; mais, je l'ai dit, il était dans la
manche de tout le monde. Sans nul doute, il se
compromettait vis-à-vis de ces deux personna-
ges, mais il sentait bien qu'il ne pouvait pas se
— 23 —
compromettre en plus mauvaise compagnie.
Si l'Impératrice avait voulu lire, les lettres
adressées à l'Empereur par Marguerite Bellan-
ger, sans nul doute Simonel les lui aurait don-
nées, mais je crois que l'Impératrice se moquait
de cela comme de Colin-Tampon.
En revanche, l'Empereur ne se moquait pas
des correspondances écrites par sa femme. Pres-
que toutes les lettres adressées en Espagne par
la Montijo étaient fidèlement remises à l'Empe-
reur, qui en prenait connaissance. Quand elles
n'étaient pas de son goùt, il les détruisait, sans
songer ou tout en songeant aux conséquences
que cet acte pouvait avoir. L'Impératrice se
plaignait au directeur général, et l'adminis-
tration lançait une enquête foudroyante-. Le
malheureux employé qui avait expédié la routé
d'Espagne ce jour-là était compromis pour une
lettre qu'il n'avait même pas reçue. Et voilà
Comment les petits sont toujours sacrifiés aux
grands;
Quand Simonel avait la bonne fortune de
tomber sur une lettre de l'Impératrice ou toute
— 26 —
autre intéressant directement l'Empereur, il la
portait lui-même aux Tuileries, car il avait là ses
grandes et ses petites entrées. La chose lui était
arrivée à la suite d'un service qu'il avait rendu
au maître, mais d'un service sérieux cette fois.
Un jour il avait arrêté une lettre adressée en
Angleterre à un homme qui n'était pas compro-
mis, et venant d'un autre homme qui ne l'était
pas davantage. La lettre avait été portée à l'Em-
pereur, et il se trouva que cette lettre donnait,
les plus grands détails sur un complot ourdi
contre la vie du souverain. La justice fut saisie,
l'un des affiliés fit des révélations complètes, et
tous les comploteurs furent condamnés.
Dans un premier mouvement de reconnais-
sance, l'Empereur offrit la croix d'honneur au
chef du cabinet noir. Simonel refusa.
On remplaça la croix par une plantureuse
indemnité, et l'administration des postes reçut
l'ordre de donner mille francs d'avancement
à Simonel. Mais là se produisit un incident
sur lequel on n'avait pas compté.
. Sur l'Annuaire des postes, Simonel ne figu-
27
rait pas comme chef du cabinet noir, car le ca-
binet noir était censé ne pas exister, il était
porté comme chef de section. A côté de lui se
trouvait le nom d'un homme aussi estimé qu'es-
timable, chef de section pour de vrai, celui-là.
Cet homme apprenant que l'on allait donner
mille francs d'avancement à Simonel, réclama
près du directeur général lui-même.
On ne pouvait sérieusement mécontenter l'une
des capacités de la poste, un agent supérieur
aimé de tout le personnel du service actif et qui
était beaucoup plus ancien à l'administration
que Simonel.
Le directeur général donna mille francs d'a-
vancement au chef de section et au chef du ca-
binet noir.
Et voilà comment un honnête homme peut
quelquefois profiter de certain voisinage.
— 29 —
V
Où le chef du cabinet noir devenait vraiment
utile pour les gens qui l'employaient, c'est
quand il s'agissait d'ouvrir les sacs en transit
par la France. On nomme ainsi les sacs de
l'étranger pour l'étranger, séjournant ici quel-
ques heures au plus. D'ordinaire, ces sacs sont
fermés au moyen d'une ficelle fortement serrée
et dont les deux bouts sont réunis sur un mor-
ceau de carton au moyen d'un cachet de cire
fine.
Simonel prenait des deux mains l'extrémité
du sac, puis, aidé d'un gardien de bureau, qui
saisissait l'endroit immédiatement au-dessous
de la ficelle, ils se mettaient tous deux à tortiller
la gueule du sac jusqu'à ce qu'ils l'eussent ren-
due aussi mince que possible. Puis, ils faisaient