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Les Oeufs de Pâques, ou Lettre d'un procureur de Boulogne à Me Guislain Mathorez, procureur à Dunkerque

15 pages
Cox (Londres). 1790. Mathorez. In-8 °. Pièce.
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LES
OEUFS DE PAQUES,
L ET T RE
D'UN PROCUREUR
DE BOULOGNE
PROCUREUR A DUNKERQUE.
A LONDRES,
Chez J. Cox, Libraire , dans le Strand.
Avec Approbation & Privilège du Roi.
1790.
[3]
ou
LETTRE
D'UN PROCUREUR DE BOULOGNE
A Me. GUISLA IN MATHOREZ,
Procureur à DUNKERQUE.
J'appelle un chat un chat, & Rollet un fripon. Bon,.
Ous êtes donc incorrigible, mon Confrè-
re , & toujours vous commencerez 3 en ne
suivant que l'impulsion de votre mauvaise
tête, par faire de fausses démarches , sauf,
ensuite, à demander conseil, quand il n'en
est plus tems? Dites-moi, à quel titre vous
prétendez encore à la confiance du public $
si vous ne savez pas vous diriger dans vos
propres affaires , & si vous entassez conti-
nuellement sottises sur sottises ?
Vous trouverez ce début un peu dur, peut-
être ; mais quand la gangrène fait des progrès
alarmans , ne faut - il pas couper profondé-
ment dans le vif? Vous êtes d'ailleurs accou-
tumé à ma franchise : il est permis à mon
âge de tout dire, & c'est à vous à m'écou-
ter avec la docilité qui devroit toujours être
l'appanage du vôtre.
A
[4]
La tendresse vraiment paternelle avec la-
quelle j'ai soigné votre première jeunesse, en.
vous retirant vous ne pouvez avoir oublié d'où,
(*) la sollicitude avec laquelle, j'ai guidé vos pas
dans la route tortueuse & glissante de la chi-
cane, pour vous mettre en état de volerpro-
priis viribus , tout, enfin, m'assure de l'atten-
tion que vous allez donner à.un homme par
qui vous avez été initié , comme disoit votre
pauvre père, d'honnête mémoire, dans l'utile
■métier de GRAPIGNAN.
Je vous parlerai sans fard , dans cette lettre
qui doit rester à jamais renfermée dans le sein
de deux.amis ; car vous ne serez certaine-
ment pas tenté de la communiquer au public ,
ni moi non plus.
Vous m'aviez demandé un plan de conduite
dans vos démêlés avec M. Balardelle : pour-
quoi donc ne pas attendre mes conseils avant
de dénoncer à la justice un mémoire de lui ,
dans lequel, en effet, il vous traite un peu
lestement ? Vous m'objectez que ce mémoire
est un libelle, qui vous a d'autant plus dou-
loureusement affecté, qu'il renferme de gran-
des vérités; que votre honneur, quoique déjà
un peu contaminé'} vous imposoitla loi d'eni-r
pêcher l'impression qu'elles ne pou voient man-
quer de produire sur l'esprit de ce public frivole
& malin , dont la crédulité aime à s'alimenter
des petites méchancetés dont on l'amuse.
Je n'admettrai jamais cette mauvaise ob-
jection, résultat d'un amour- propre trop
(*) Me. Mathorez n'avoit fait qu'un saut du Moulin de
son père dans l'Etude de l'honnête Procureur. Note de
l'Editeur. ,
[5]
exalté. Eh! mon Confrère, c'étoit précisément
pour ne pas réveiller la malignité de ce pu-
blic, dont vous parlez bien légèrement 3 qu'il
falloit vous taire. Voici mon raisonnement à
moi. - Ou l'imprimé, qui vous a fait jeter si
indiscrètement les hauts cris , représente le
tableau fidèle de vos faits & gestes, & dans
Ce cas , vous deviez garder le tacet sur le
pamphlet, payer M. Balardelle, même lui
accorder un honoraire , s'il l'eut exigé, pour
le petit coup de cihglon; — ou le mémoire ne
contient que des imputations calomnieuses ,
&, dans cette hypothèse, il falloit encore rester
tranquille, parce que la calomnie tombe bien-
tôt d'elle-même , lorsqu'elle est méprisée par
celui qui en est l'objet, & qu'il n'est pas assez
sot pour lui donner une sorte de consistance
pour un esclandre pareil à celui que vous
venez de faire. Si spreta , exolescunt, si
irascaris , agnita videntur.
Vous voyez donc , mon Confrère, mainte-
nant qu'il est peut-être trop tard, que, dans
tous Tes cas, le silence était, de tous les
expédiens, le meilleur : & pour qui encore
avez - vous rompu le silence? Avez-vous
donc oublié que vous dites , dans une de
vos lettres, en me parlant des affaires du
tems & de cette révolution à jamais mémo-
rable , qui fixera long-tems l'attention de l'Eu-
rope étonnée, que les Dunxerquois , vos Con-
citoyens, sont d'une telle apathie pour tout
ce qui ne concerne pas leur bien-être indivi-
duel, qu'ils sont insoucians même pour lès
intérêts les plus précieux de leur Ville , & que
les réflexions importantes , que de zélés Pa-
triotes leur ont quelquefois présentées sur ces
objets d'une considération vraiment majeure,'
n'ont jamais pu les attacher vingt-quatre
heures de suite ; que les meilleurs conseils
donnés le matin, sont déjà oubliés le soir, sans
que personne s'en occupe davantage : & c'est
pour arrêter un instant les regards de tels
Citoyens que vous avez compromis votre ré-
putation., &, ce qui pis est, votre fortune
déjà furieusement chancelante ! Filer doux
devoit être votre unique soin, puisque vous
avez le bonheur de rencontrer des Egoïstes
pareils.
Je ne m'amuserai pas à examiner ici, quels
sont les caractères d un libelle ; si l'imprimé
de M. Balardelle , qui vous a fait éprouver
une si violente crispation , en est un. Oui ou
non, comme l'on voudra , encore falloit-il
toujours, dans l'une & l'autre de ces deux
suppositions,, je ne me lasserai pas de le répé-
ter., -de vous tenir coi.
Je me contenterai de parcourir rapidement
avec vous les principaux articles qui ont pu
plus particulièrement vous déplaire. Ce que
je dirai vous fera suffisamment connoître mon
opinion sur ce Mémoire.
Je viens de relire ce mémoire qui a motivé
vos pitoyables lamentations, & plus je le lis &
moins j'y trouve matière à une procédure cri-
minelle; car, enfin, je ne puis compter au nom-
bre de vos prétendus griefs , les puériles re-
proches qu'il vous fait, d'orgueil, d'égoïsme,
de Cupidité, & c. quels sont les hommes qui
n'ont pas. un peu de tout cela? Balardelle lui-
même, avec tout son étalage.de probité go-
tjrique, en est-il bien exempt?. Credat judaeus
apella, non ego.