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Les oreilles des bandits de Corinthe , avec une Lettre de M. de Voltaire sur les comètes

De
23 pages
Valade (La Haye). 1772. 23 p. ; in-12.
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1 * M
• M 't
4
L E S
OREILLES
DES BANDITS
DE CORINTHE,
AVEC
UNE LETTRE
DEM. DE VO L TAIR E
SUR
..Tu JÈ l ~O~jg~
A LA HAY
Et se trouve à Paris,
Chez VALADE, Libraire rue Saint Jacques, en
face de celle des Mathurins.
M. D C C. LXXII. -
Aij
LES OREILLES
DES BANDITS
DE CORINTHE.
TH E S E E chargé des dépouilles
des Brigands qu'il avait exterminés
& des peaux de plusieurs bêtes
féroces dont il avait délivrées les
campagnes, devait passer par Co-
rinthe. C était un beau spectacle
quel empressement des Corinthiens
pour voir leur bienfaiteur. Les rues
par ou il devait palier pouvaient
a peine contenir la multitude : on
y remarquait des jeunes mères qui ;
au milieu de la foule , exposées
[ 4 ]
sans l'avoir prévu , au danger de
périr, prenaient tendrement leur
nourriuon contre leur fein ; des
ménagères qui 9 s'étant dérobées
aux foins domestiques & entraînées
par la curiosité , avaient oublié de
laisser à la maison les instrumens
de leurs ménages ; on y voyait aussi v
de vieilles femmes qui, courbées
sur xrn bâton noueux , voulaient
avant de mourir jouir du plaisir
de dire : je l'ai ru ; des vieillards
décrépits qui, soutenus par leurs
cnfans , leur disaient : regardez. le
bien quand il paffira. Le conten-
, tement était peint sur le visage de
cette multitude de personnes de
tout sexe, de tout âge & de toutes
conditions : dans leur impatience
elles se demandaient viendra-t-il
bientôt ?
Quelques Bandits qui avaient
échappé à Thésée au coin d'un
bois, & qui l'avaient devancé à
, Coxinthe, ameutèrent une tren^
r n
A iij
taine de leurs camarades. Ils s'ar-
mèrent tous de pierres & de bâ-
tons : leur espérance était d'accabler
Théfle, & de le faire mourir au
milieu de cette espèce de Triom-
phe.
Enfin Théfle arrive à Corintlie
il pafTait à travers deux files de
citoyens rangés le long des mai-
sons, qui, en le voyant, tressail-
laient de joye & le remerciaient
en mille manières. Le plaisir que
dans ce moment éprouvaient les
honnêtes gens de Corinthe était
pour Théfle le fruit le plus doux
de ses expéditions, & des dangers
qu'il avait courus. Comblé des bé-
nédi&ions de ce peuple immense 1
il traversait la rue qui conduit au
Temple lorsque les Bandits, dont
l'attroupement s'était mis en em-
buscade dans un carrefour, font
pleuvoir sur lui une grêle de pier-
res : ils veulent aller à lui avec leurs;
bâtons ; mais la frayeur, qui S'eill-
C * 1
pare facilement des lâches , les
arrête ; & demeurans comme im-
mobiles , ils se contentent de pouf-
fer des cris de fureur. Tout ceci
est d'autant plus vraisemblable qu'en
tous tems & en tous pays l'homme*
qui sest occupé du bien de ses con-
temporains, a toujours été exposé
à être lapidée
La crainte n'arrête jamais une
ame courageuse, ainsi Théfle peu
épouvanté des cris de ces insensés,
fend sur eux, ôc pouvant les exter-
miner tous , il borne sa vengeance.
à se moquer d'eux, & à leur cou-
per le bout des oreilles.
Cette canaille effarée, confuse
& ayant les oreilles écourtées ,
prend la fuite & criait en fuyant
'J.'oilà un méchant homme y voilà, un
méchant homme. Ces criailleries
firent rire tous les fpeclateurs, ôc
Thésée lui-même, qui, sans s'ar-
rêter plus long-tems, continua son
chemin, & les bénédictions des-.
Gens de bien redoublèrent,
r 7 ]
A iv
On ne peut s'empêcher de fe-
marquer en passant que la con-
duite des méchans, à peu de choses
près, a toujours été la même. Dans
tous les tems on a vu des hommes
méprisables, nés pour la plûpart
au fein de la lie & de la craffe
du Peuple, attaquer avec audace
tous ceux qui s'occupent du bon-
heur de leurs semblables , inven-
tans chaque jour des noirceurs pour
les perdre, & ensuite se plaindre
hautement qu'on les outrage, qu'on
viole en eux le droit de Citoyen,
parce qu'on se défend, qu'on leur
rend justice ôc qu'on se moque
d'eux. C est joindre l'imbécilité à
l'insolence ? ce qui est assez ordi-;
naire.
Graces au vertueux fils d'Egée 9
à son courage & à fan dévoue-
ment pour sa patrie, on ne par-
lait plus de meurtres dans les
campagnes ; les assassins ne trou-
vant plus de sûreté dans les bois
[ 8 ]
avoîent été forcés de rentrer dans
les Villes pour y travailler, ou
d'employer utilement leurs bras à
remuer la terre.
On allait sans crainte & sans
danger à Pilos, dans l'Argolide,
en Ëlide, à Sparte. Les forêts,
qui jusqu'alors avoient été comme
des repaires de voleurs, devinrent
des retraites paisibles pour les voya-
geurs, qui brûlés des ardeurs du
soleil, ou fatigués d'une longue
marche , voulaient prendre du re-
pos. Les Bergers ne craignaient
plus d'y faire paître leurs brebis
pendant le jour, & quand l'étoile
de Vénus avait paru , tranquile-
ment livrés au sommeil, dans leurs
cabanes, ils les laiflaient au milieu
des champs goûter la fraîcheur des
belles nuits. Leurs chiens, devenus
inutiles pour avertir de l'approche
des voleurs ou des bêtes malfai-
fanres, ne servaient plus que pour
donner le signal du raliement ou.
du dépars