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Les otages de Louis XVI et de sa famille

De
182 pages
Pillet (Paris). 1814. XVI-160-[1] p. ; in-8.
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F-"-. IL H AT. 1979
LES
OTAGES DE LOUIS XVI
ET
DE SA FAMILLE.
Pour éviter les contrefaçons, tous les exemplaires doivent
être revêtus de ma signature.
DE L'IMPRIMERIE DE PILLET.
LES
OTAGES DE LOUIS XVI
ET
DE SA FAMILLE.
Le pur sang des BOURBONS est toujours adoré.
VOLT.
- A PARIS,
CHEZ PILLET, IMPRIMEUR-LIBRAIRE,
RUE CHRISTINE, N° 5.
1 8 1 4.
AVERTISSEMENT.
APRÈS avoir été ramené de Varennes à
Paris, Louis XVI fut gardé à vue, avec
sa famille, dans le château des Tuileries.
Plus de mille Français se présentèrent
alors et demandèrent à prendre les fers
des augustes prisonniers, en offrant leurs
têtes pour garantie a ceux qui craignaient
une nouvelle évasion. Ce sont les actes
relatifs à ce dévouement, les principales
circonstances qui l'ont accompagné, et
la liste des Otages que je publie aujour-
d'hui. Il est inutile que je dise comment
j'ai été amené à me charger de ce travail :
ma qualité d'Otage suffit seule pour jus-
tifier mon entreprise.
'., Ce fut M. de Rozoi qui fit un appel aux
Français pour les engager à se présenter
comme Otages. Il rédigeait alors la Ga-
zette de Paris. S'il se trouvait encore des
personnes qui fussent tentées de ravaler la
ji AVERTISSEMENT.
profession de journaliste, l'exemple de
M. de Rozoi les réfuterait puissamment.
Selon moi, un journaliste est un homme
de lettres qui a le sentiment des conve-
Dances, le discernement du beau, qui ne
reçoit sa mission que de son talent, et qui,
pénétré de la noblesse de cette mission,
se rend l'arbitre du goût, ne voit que
l'ouvrage et jamais l'auteur, et prononce
avec cette indépendance et cette impartia-
lité qui doivent autant appartenir à la
magistrature littéraire qu'à la magistra-
ture civile. Si son inclination l'entraîne
vers les matières politiques, c'est toujours
la Patrie qu'il a en vue. Il en défend les in-
térêts par ses écrits. Il est royaliste, parce
qu'en France royaliste et patriote sont
synonymes. Il éclaire, il échauffe, il sub-
jugue ses lecteurs. Le Roilui doit des amis,
la Patrie des enfans fidèles. Un journaliste
qui a la conscience de ses devoirs est
d'autant plus grand à mes yeux qu'il sem-
ble négliger le soin de sa propre gloire,
qu'il consent, pour captiver la multitude,
A VER TI S SEM EN T. iij
à parer la raison d'ornemens qui de-
vraient lui être étrangers, et cela dans la
seule vue de l'introduire en quelque sorte
en fraude parmi les hommes. Mon estime
s'accroît encore quand je vois des auteurs
employer à des articles fugitifs un talent
capable de produire un ouvrage qui leur
assignerait un rang distingué parmi les
grands écrivains. Quand on me présente
un breuvage salutaire, peu m'importe la
forme et la grandeur du vase qui le con-
tient; mais le peuple des lecteurs ne juge
pas toujours ainsi.
VEn faisant voir ce que sont la plupart
des journalistes de notre tems, j'ai dit ce
qu'était M. de Rozoi. La Gazette de
Paris, dont la lecture excite aujourd'hui
le plus vif intérêt, lui servit pour publier
les noms de ceux qui se rendaient à son
appel, ainsi que-tout ce qui était relatif
aux démarches qui furent faites pour par-
venir au but proposé. J'ai donc extrait de
la Gazette de Paris tout ce qui était né-
cessaire à mon dessein.
jv AVERTISSEMENT.
Pour me procurer d'autres renseigne-
mens encore, j'ai invité, par la Gazette
de Fi-ance du 3 juin dernier, tous les
Otages actuellement existans et les parens
de ceux qui ne sont plus, à correspondre
avec moi, par l'entremise de M. PILLET,
imprimeur-libraire, rue Christine, n° 5.
J'ai reçu, par cette voie, des détails pré-
cieux, et je me suis empressé d'en faire
usage. Il y en a qui ne tiennent pas à l'his-
toire générale des Otages, et qui concer-
nent des événemens postérieurs à l'accep-
tation de la Constitution de 17915 j'ai
voulu les conserver à cause du grand in-
térêt qu'ils inspirent; mais j'ai dû les re-
jeter dans des notes particulières et person-
nelles qui forment comme une seconde
partie de mon travail. En procédant ainsi
j'ai évité une confusion qui aurait fatigué
le lecteur. Forcé de rappeler quelquefois
les torts d'une grande assemblée ou de
quelques autorités locales, je n'ai jamais
nommé les individus, et je crois être de-
meuré fidèle à la loi que je me suis imposée
AVERTISSEMENT. V
de ne rien accueillir de ce qui pourrait
entretenir ou réveiller des ressentimens,
et troubler cette heureuse harmonie >
grâce à laquelle tous les Français ne
font plus quune même famille.
J'ai éprouvé une douce satisfaction en
apprenant qu'au milieu des orages qui
nous ont enveloppés, et malgré toutes les
persécutions qui ont été la suite de notre
dévouement, la Providence a daigné sau-
ver beaucoup de ces personnes généreuses
qui ont partagé mes sentimens pour les
illustres victimes que nous n'avons pu
conserver. J'ai ressenti une joie bien vive
en rencontrant par-tout l'amour le. plus
touchant pour le Monarque et les princes
que Dieu a daigné nous rendre. Ce que les
Otages étaient en 1791, ils le sont encore,
et peut-être avec plus d'énergie, en 18 il\.
Leur royalisme, que rien ne semblait de-
voir accroître, paraît cepen d ant s'être for-
tifié par le tems et par de longs malheurs,
et tous, dans des transports d'allégresse,
Bénissent le Seigneur et celui qu'il envoie.
vi AVERTISSEMENT.
S'il se trouvait encore des hommes som-
bres, inquiets, chagrins, pour qui c'est
malheureusement un besoin que de haïr,
que la joie publique effarouche, et qui se
révoltent à l'aspect d'un bonheur qu'ils
refusent de partager, de ces gens enfin qui
se plaisent à jouer le rôle du possédé, dans
le tableau de la. Transfiguration, cet écrit
ne leur est point destiné; mais l'àme de
tout vrai Français éprouvera d'hono-
rables sentimens pour les Otages de
Louis XVI et de sa famille.
Je n'ai pas cru devoir mettre mon nom
à la tête de cet ouvrage, parce que, quoi-
que dans le discours préliminaire qu'on
va lire, je parle toujours à la première
personne, c'est cependant au nom de tous
que je m'exprime. Il m'est bien doux d'être
leur organe, et je pourrais leur dire,
comme autrèfois M. de Rozoi : « Ecri-
» vant au milieu de tant de royalistes fi-
» dèles, je vous écoutais, vous dictiez, et
» mon travail est devenu le vôtre. »
f
DISCOURS PRÉLIMINAIRE.
J'ÉLÈVE, à un Roi qui n'est plus, un
monument de piété filiale. Vivant, il fut
l'objet de mon amour ; mort, il est de-
venu l'objet de mon culte. Oui, l'Europe,
sans attendre que l'Eglise ait fait parler ses
Oracles, proclame, par avance, la sainteté
de Louis XVI. Hélas! j'avais dévoué ma
tête pour sauver celle de mon Roi ; mais
Dieu n'a pas accepté mon offrande : il
voulait qu'une victime innocente et pure
intercédât auprès de lui en faveur de la
France, et le sang du juste a coulé.
J'élève au Prince que le ciel m/a rendu
un monument d'amour et de fidélité. Je
veux que tous les souverains apprennent
comment un Français sait aimer son Roi,
et qu'ils portent envie au mien. Plus de
quatre lustres sont venus peser sur ma
viij DISCOURS PRÉLIMINAIRE.
tête depuis mon premier dévouement
mais c'est toujours le même sang qui coule
dans mes veines. Au nom seul des Bour-
bons , je le sens circuler avec rapidité.
Mon ame cède aux élans généreux qui
l'entraînent, et mon cœur reprend sa pre-
mière énergie. Que dis-je? c'est un nou-
vel être qui vit en moi; et après le long
veuvage de ma Patrie, après avoir vu mes
jours flétris par son hymen adultère, je
sens enfin tout le bonheur de l'existence.
J'élève à la Fille, à la Sœur, à la Nièce
de mes Rois un monument de respect et
de tendresse. Puisse-t-elle l'accueillir d'un
regard favorable. Hélas! en rentrant dans
le palais de ses pères, elle n"a plus trou-
il F , 1
vé Français! que notre amour la
dédommage ou du moins la console! Que
le concert de nos acclamations pénètre
jusqu'à son cœur! Tout ce que nous avons
aimé respire en elle. Environnons cette
tête si chère sur laquelle reposent de si
nobles et de si touchans souvenirs. Qu'elle
daigne sourire à notre hommage, et dire à
DISCOURS PRELIMIN AIRE. ix
son second père, en parlant des Otages
du premier : Ils sont dignes de r Ordre
de. Famille.
Je découvre et fais voir à la génération
nouvelle un des plus beaux monumens de
l'honneur français. Assez et trop long-
tems une stérile philosophie a pris la place
du sentiment, a enseigné aux hommes ses
froids calculs, leur a dit que le sage doit
rapporter tout à lui seul, et borner son
univers à deux pas de son être. Opposons
à ces vains discours une autorité puis-
sante, celle de l'exemple. Que tous les
jeunes Français qui ont admiré le dé-
vouement des Décius et des Ménécée,
apprennent quelle sainte abnégation ho-
nora leurs pères, quels sentimens géné-
reux savent inspirer les Bourbons. Qu'en
mettant la main sur leur cœur, ils dé-
couvrent le secret de leur sensibilité, et
que chacun puisse dire : Et moi aussi, je
suis l'ami de mon Roi.
Vous tous, mes compagnons d'honneur
et d'infortune, ah ! souffrez que je rappelle
X DISCOURS PRÉLIMINAIRE.
à l'Europe attendrie la noblesse et la gran-
deur de votre sacrifice. Les pages de l'his-
toire, long-tems couvertes d'un voile san-
glant, vont se rouvrir. Vos noms vont
briller d'un nouvel éclat , et signaler le
nouveau règne des Bourbons.
C'est donc un Bourbon qui règne! Tout
prend une voix pour le publier. A côté de
cet ancien chevalier qui, dans les premiers
jours de nos orages politiques, fut con-
traint de fuir, la nuit, éclairé par la
flamme dévorante à laquelle était en proie
le château de ses ancêtres, et qui revient
aujourd'hui de la terre d'exil, voyez cet
autre Français saluer également, après
dix ans de captivité, la terre natale qu'il
défendit avec courage et qu'il revoit avec
transport. La conscription le ravit à sa
famille, et il est jeune assez pour espérer
de retrouver sa mère; mais celui qui l'ac-
compagne se verra seul, sans famille, au
milieu d'une génération inconnue, dans
le hameau que ses pères ont bâti, où lui-
même se plaisait jadis à répandre ses bien-
DISCOURS PRÉLIMINAIRE. xj
faits. Qu'importe ! l'aurore du bonhenr
luit sur leur commune Patrie, et tous
deux répètent à l'envi : C'est un Bourbon
qui règne.
Ces sombres inquiétudes d'un esprit
condamné à la défiance par des parjures
réitérés s'évanouissent, et la sécurité, fille
de la bonne foi, renaît dans l'âme de tous
les souverains. Le tribut annuel de quatre-
vingt mille victimes humaines ne sera
plus offert par la crainte à l'ambition.
Plus de guerre : un Bourbon ne sait pas
trahir sa promesse. Dans tous les ports
français, voyez renaître cette active in-
dustrie qui signala et enrichit nos pères.
Le pavillon sans tache flotte avec liberté
sur le sein des mers qui semblent tressail-
lir à cet aspect nouveau pour elles. L'aigle
dévastateur a fait place à ce symbole an-
tique et mystérieux de la beauté, de l'or-
dre et de l'harmonie, à ce symbole plus
sensible de la loyauté française y de la
candeur et du respect pour la foi jurée.
Tendre lis ! avec quel plaisir je te revois
xji DISCOURS PRÉLIMINAIRE
sur un cham p d'azur, emblème des douces,
des célestes vertus, et signal de la paix!
Et toi aussil, tu dis à l'univers ; C'est un
Bourbon qui règne.
Dans nos temples, quel saint recueille-
ment ! quels concerts unanimes ! quelle
ferveur! quels accensl La prière, au visage
enflammé, n'est plus contrainte dans son
essor, et s'élève librement jusqu'au trône
de l'Eternel. Les cantiques sacrés ne sont
plus profanés au nom d'une autorité qui
transformait un Pontife en proclamateur
de bulletins mensongers. Ce ne sont plus
ces sacriléges solennels, expiés et démen-
tis par la prière domestique à laquelle pré-
side le père de famille. Tout est vrai, tout
est religieux dans les temples, et tout y
répète avec une joie sainte : C'est un
Bourbon qui règne.
Les beaux-arts n'ont plus d'entraves et
la pensée n'est plus captive, (1) Le pinceau
(1) Le projet de loi sur la liberté de la presse n'était
pas encore connu quand je rédigeai ce morceau ; mais
il ne change rien à mon opinion. Les précautions que
DISCOURS PRÉLIMINAIRE, xiij
peut, sans danger, reproduire les traits
toujours chers de l'ami de Sully et de ce
prince auguste qui donna son nom à son
siècle. La vraie philosophie peut annon-
cer sa doctrine , l'homme de lettres pro-
duire le fruit de ses veilles, sans craindre
qu'une politique ombrageuse leur impute
des allusions coupables. Les cantiques du
Roi - Prophète, cadencés sur le rythme
français, ne seront plus pris pour des sa-
tires dirigées contre l'autorité. La raison,
en traversant le Rhin, ne sera plus assu-
jétie au tarif de la douane. Que d'ouvrages
utiles, que de productions heureuses, jus-
qu'à présent ignorées, vont être mises en
lumières! L'écrivain, à qui il est enfin
permis de jouir de sa renommée, s'écrie
dans l'effusion de sa reconnaissance : C'est
un Bourbon qui règne !
La plus grande liberté règne dans
toutes les con versati ons. Voyez cette douce
gaieté, cette hilarité vraiment française
l'on prend contre les pamphlets ne portent aucune
atteinte aux droits des gens de lettres.
xiv DISCOURS PRÉLIMINAIRE.
renaître avec les Bourbons, donner une
autre expression aux physionomies. L'œil
même avait appris à tromper, et l'œil s'ex-
prime enfin avec franchise. On ne craint
plus d'être cité au tribunal d'un commis
qui, loin de vous dire : On vous accuse
de tel crime, voilà des témoins, justi-
fiez - vous y vous disait, au contraire :
Pourquoi vous ai-je fait arrêter ? Je ne
dois point vous le dire ; vous devez être
votre propre accusateur.
L'urbanité renaît. La politesse, cet ai-
mable complément de la civilisation, le
sentiment des convenances, ce tact heu-
reux qui distinguait nos pères sont enfin
connus, appréciés par la jeunesse. On
m'assure que dans ces lieux, où les Muses
françaises reproduisent les trésors de So-
phocle et d'Euripide, embellis et perfec-
tionnés par elles, la décence, les égards,
les aimables prévenances reparaissent, et
que l'on rend au sexe et à l'âge ces devoirs
délicats qui ne sont bien sentis que dans
nos heureuses contrées. Enfin nos an-
DISCOURS PRÉLIMINAIRE. xv
ciepnes mœurs ont repris leur empire :
C'est un Bourbon qui règne.
0 vous, femmes généreuses, dont la
noble persévérance ne s'est jamais démen-
tie, daignez accueillir cet écrit : il est
consacré à l'honneur français, et vous en
êtes les ! oracles 1 Il est destiné à ranimer
dans tous les cœurs le feu sacré du roya-
lisme le plus pur, et vous l'avez entretenu
dans le secret du sanctuaire, au milieu des
tempêtes qui nous environnaient, et en
bravant tous les dangers qui paraissaient
levoir triompher de votre constance!
Lorsque des succès inouis et des traités
inattendus retardaient le retour du Prince
légitime, et semblaient accuser la Pro-
vidence, notre confiance était ébranlée,
et l'espoir allait s'éteindre dans nos cœurs;
mais vous, femmes éminemment fran-
çaises , comme si la suprême Sagesse
vous eût associées à ses impénétrables des-
seins, d'un seul mot vous ranimiez un
royalisme chancelant, et le courage suc-
cédait à la pusillanimité !
xvi DISCOURS PRÉLIMINAIRE.
Je n'ose dire jusqu'où vous a porté
l'excès de votre zèle. Je baisse un œil dis-
cret et respectueux devant le nuage dont
vous avez cru devoir vous couvrir le jour
où l'étranger entra dans nos murs, lors-
que de ce voile mystérieux on entendit
sortir les premières acclamations qui an-
nonçaient le retour prochain de mon Roi;
• ces cris qui se concentraient depuis trop
long-tems dans le secret du cœur, aux-
quels l'oreille avait cessé d'être accoutu-
mée. Anges précurseurs ! c'est bien à vous
qu'il appartient de s'écrier avec transport
C'est un Bourbon qui règne !
1
LES
OTAGES DE LOUIS XVI.
E xpectans, expectavi Dominum.
Psalm. 39.
INTRODUCTION.
Nota. On a indiqué par des parenthèses tout ce qui est de
l'Editeur. Le reste est extrait de la Gazette de Paris.
(S 1 l'histoire a consacré le souvenir des six
Calaisiens qui se sont offerts à la mort pour
sauver leur ville , condamnée à périr par le
glaive , à cause de sa fidélité pour ses Rois ;
si la postérité paie à ce dévouement le juste
tribut de son admiration , la génération ac-
tuelle ne verra pas sans attendrissement, et
même sans orgueil, que le même courage et la
même vertu qui ont forcé l'estime de nos en-
nemis , vers le milieu du quatorzième siècle ,
aient également honoré la fin du dix-huitième.
C'est à nos fils à perpétuer ces exemples du
plus pur patriotisme et de l'amour que tout
2 LES OTAGES DE LOUIS XVI.
Français doit aux descend ans de Saint-Louis.
Ils ne voudront pas répudier cet héritage
d'honneur qui leur est transmis d'âge en âge,
et qui ajoute à notre gloire militaire un titre
d'autant plus beau, qu'il repose sur ce qu'il y a
de plus noble dans le cœur humain. Leur
tâche d'ailleurs est facile à remplir: il ne
s'agit .plus de dangers, ils n'ont pas à craindre
pour leur vie : pour prix de ses sollicitudes,
un Prince réparateur ne leur demande que
d'être aimé.
Le dévouement des Otages de Louis XVI
appartient à Phistoire ; il leur importe donc
qu'il soit apprécié. Ce ne fut point un trait de
jeunesse , ni l'élan irréfléchi de quelques
cœurs généreux , qui ne veulent que témoi-
gner Leur amour, sans s'inquiéter des suites
de leur démarche. S'il a été inspiré par une
sensibilité vive, par un amour ardent,. il n'en
fut pas "moins l'acte d'une saine politique ,
une sage et courageuse intervention entre le
Prince - déchu de son pouvoir et une assem-
blée qui exerçait la souveraineté. Rappelons,
en peu de mots, les circonstances où notre
patrie se trouvait alors.
Un esprit d'un ordre supérieur -pensait
qu'une révolution devenait nécessaire en
France, mais que le Roi devait y présider ;
LES OTAGES DE LOUIS XVI. 3
et c'est ce que nous venons de voir exécuter
si heureusement après vingt-cinq ans d'er-
reurs , d'agitations et de calamités ; mais alors
quelques ambitieux et quelques brouillons
redoutaient l'influence d'un Monarque qui ce-
pendant ne voulait en exercer aucune. La
multitude fut séduite, la révolution se fit en
haine de la monarchie , et prit tous les carac-
tères d'une révolte.
La prise de la Bastille, en révélant au peuple
le secret de ses forces, aurait dû néanmoins
lui apprendre à connaître son Roi. Lors de
son avènement au trône , le meilleur des
princes avait fait vider les prisons d'Etat.
Le 14 juillet 1789 , après quinze ans de
règne, on trouva dans la Bastille cinq pri-
sonniers , et cette conquête fut proclamée
avec enthousiasme, et l'on institua une fête
nationale et annuelle pour en perpétuer la
mémoire.
Cependant, le 4 août, Louis XVI est pro-
clamé Restâurateur de la Liberté française.
Hélas! il ne devait pas conserver long-tems la
tienne.
Ontenait à Versailles les Etats de la France.
Le séjour de Versailles pouvait favoriser de
sages méditations ; mais ce n'était pas le
compte des tribuns séditieux. Formés à l'é-
4 LES OTAGES DE LOUIS XVI.
cole de la Fronde , ils savaient combien de
ressources leur offrait la Capitale, Le Mo-
narque et sa famille y furent amenés le 6 oc-
tobre , et l'on dit que Paris avait conquis
son Roi (i).
Ces expressions n'avaient pas le mérite de
la nouveauté ; elles rappelaient même le sou-
venir d'anciens outrages faits à la majesté
royale. Cependant , l'orateur eut toute la
gloire de l'invention ; l'idée parut sublime, et
l'on ne vit pas ce qu'il y avait de faux ou de
séditieux dans son application.
Quoi qu'il en soit, on prit les choses au
pied de la lettre : Louis XVI fut traité comme
un bien de conquête. Chaque jour on présen-
tait à sa sanction des lois qui lui enlevaient
quelques prérogatives. Ceux qui l'approchaient
lui faisaient remarquer ces altérations succes-
sives de son autorité. Je sais bien, disait ce
bon père de famille, que la royautéperd quel-
que chose; mais le peuple y gagnera-t-il ? —
Oui, Sire. — Hé bien! signons. Et le peuple
ne gagnait rien aux concessions de son Roi.
Louis XVI sentit enfin qu'il fallait s'éloigner.
du foyer de la révolution et de cette populace
furibonde qui venait, sous les fenêtres de son
(1) Discours du maire de Paris au Roi.
LES OTAGES DE LOUIS XVI. 5
palais, insulter, outrager un objet cher à son
cœur. Il connut qu'il ne pouvait agir vraiment
en Roi que dans une ville où il serait libre, et
il ne pouvait être libre que dans une place
frontière. Il choisit Montmédi. Il part secrè-
tement le 21 juin 1791. Mais Varennes.
0 mon Roi !. les sujets fidèles qui forment
votre escorte sont prêts. permettez.
Louis ne veut pas que sa liberté coûte une
seule goutte de sang, et les fers de l'auguste
prisonnier sont rivés sans retour.
Les dominateurs étaient trop habiles pour
ne pas profiter de cette victoire : la suspen-
sion des fonctions royales parut une consé-
quence nécessaire de l'état des choses.,
L'audace fut portée plus loin : on demanda
sérieusement à l'assemblée que le plus ver-
tueux des hommes fût déchu de ses droits
au trône. Cette insolence d'une part, et cette
longanimité de l'autre, rappellent ces vers :
Il n'a su que mourir , aimer et pardonner ;
Un grand exemple aurait pu sauver la
France. On ne voulut pas le donner, et la po-
pulace indocile, réunie au Champ-de-Mars ,
fit trembler ceux- là même qui l'avaient dirigée
jusqu'alors. L'Europe indignée se leva , et la
6 LES OTAGES DE LOUIS XVI.
convention de Pilnitz fit voir que deux mo-
narques puissans voulaient mettre un terme à
la captivité d'un Roi et aux malheurs d'une
grande nation.
Cependant on travaillait au grand œuvre de
la Constitution. Elle devait être soumise à l'ac-
ceptation du Monarque ; m?is il était évident
que si, dans les transactions ordinaires, il
faut que les deux parties jouissent d'une égale
liberté, à plus forte raison cette condition
devait elle être exigée pour le contrat qui allait
se former entre le Monarqne et la Nation.
Enfin c'était une chose avouée dans le sein
même de l'assemblée, qu'il fallait que la. Cons-
titution fût présentée à la libre sanction du
Roi, et que le Roi n'était pas libre.
Quant à nous, nous pensions, comme cela
vient d'être enfin reconnu , qu'en France une
charte postérieure à la charte primitive ne peut
être qu'une concession de l'autorité royale, la-
quelle renferme dans sa plénitude tous les
pouvoirs ; mais il fallait en finir avec les fac-
tieux et leur ôter tout prétexte. Le Roi ne
pouvait être libre à Paris : s'il voulait en sor-
tir, on s'écriait qu'il allait quitter la France.
Pour qu'il pût habiter une ville de son choix,
il fallait aux dominateurs une garantie. De là
cette idée si simple : Des Otages répondront
LES OTAGES DE LOUIS XVI. 7
sur leur tête que le Roi ne passera pas les
frontières. Cent, deux cents pouvaient suffire ;
il s'en présenta plus de mille. Alors on n'a-
vait plus à craindre une invasion étrangère,
ni une guerre intestine ; alors aussi nous effa-
cions aux yeux de l'Europe la tache imprimée
au nom français. En un mot, nous allions at-
teindre le but proposé ; mais la France était
livrée à cet esprit de vertige -qui devait là con-
duire à sa perte. 1
Au surplus, nos sentimens ne pouvaient
être mieux exprimés que par des vers que
l'un de nous publia alors , et qu'il a retouchés
depuis ; c'est M. J. B. I). Lavergne de Font-
bonne. Il demeure à Clermont en Auvergne.
Dire qu'il a été l'ami de Delille , c'est faire
suffisamment son éloge. Yoici ces vers , tels
qu'il les a retouchés et vient de les envoyer
sous la date du 29 juin :
MONARQUE généreux, vrai père des Français,
Toi qui de ta bonté fis ta seule puissance ;
Quand de lâckes ingrats outragent tes bienfaits,
Permets-moi d'acquitter la dette de la France.
Tu plaças près de toi la sainte Humanité,
o -Louis ! et c'est toi qu'on tient dans l'esclavage :
Si pour la notre , hélas ! tu perds la liberté,
De la mienne du moins je veux te faire hommage.
8 LES OTAGES DE LOUIS XVI.
Ah ! jusqu'ici pour toi je n'ai fait que des vœux,
Jusqu'ici ma douleur n'eut pour toi que des larmes ;
Que je puisse fléchir ton destin rigoureux,
Et le mien désormais n'aura plus que des charmes !
Oui, qu'ils brisent les tiens , et je bénis mes fers !
Après eux aujourd'hui tout mon être soupire :
Plus j'aime tes vertus , plus je sens les revers;
Tes vertus dans mon cœur te font un autre empire.
Pour toi, pour ta famille , ô mon maître ! ô mon Roi !
Daigne, dans tes malheurs , disposer de ma vie.
Mon ame est à mon Dieu, tout mon sang est à toi j
Et ce n'est qu'en t'aimant qu'on aime sa patrie. )
LES OTAGES DE LOUIS XVI. 9
APPEL AUX FRANÇAIS.
10 et ii juillet 1791 (i).
(M. de Rozoi avait trouvé de grands rapports
entre la .situation de Louis XVI et celle de
Charles Ier, et nous n'étions encore qu'au
milieu de 1791. La grande catastrophe qui
devait achever la ressemblance entre l'une et
l'autre tragédie, était encore éloignée. Aussi
beaucoup de personnes refusaient d'y croire,
et donnaient pour raison qu'un projet si cri-
minel ne pouvait point entrer dans le cœur
d'un Français, même le plus corrompu. Yoici
comment M. de Rozoi leur répond : )
Quoi ! c'est après la journée du 21 juin ,
que l'on a pu me reprocher de faire des
efforts pour trouver un rapport exact entre
Charles Ier et Louis XVI? Je jure, par l'hon-
neur, que je fais au contraire des efforts pour
(1) Les dates mises aux titres indiquent les numéros
de la Gazette de Paris d'où l'on a extrait les fragmens
qu'on publie.
10 LES OTAGES DE LOUIS XVI.
ne les point trouver, ces rapports trop dou-
loureux. Mais lorsque des décrets, également
criminels, ont condamné mon Roi aux fers,
ont réuni tous les pouvoirs dans les mêmes
mains ; lorsque la voix publique annonce
que dans la tribune du club jacobite de Paris
on a hautement voté, depuis peu de jours,
pour constituer la France en république , je
demande si l'on peut réaliser ce projet sans
détrôner le bon Roi ? Pour le détrôner il faut
le juger ; et qui voudrait alors répondre sur
sa tête du point fatal où s'arrêtera l'arrêt
prononcé ?—Et vous vous plaignez, citoyens
intègres , que je vous afflige , quand vous
devriez désirer qu'aux tableaux que je ferais
des dangers de mon Roi, il n'y eût pas un
Français qui ne versât des larmes de sang,
qui ne sentît le poignard de la douleur s'en-
foncer dans son cœur! Des mères accouchè-
rent d'effroi, quand on entendit répéter que
la tête de CHARLES Ier était tombée. C'est
pour prévenir de tels enfantemens que je
montre le fer suspendu sur celle de mon Roi
et du vôtre , avant qu'elle soit frappée. Je
demande que tant de cœurs stériles enfantent
les uns des remords , les autres des vertus.—
Je vais être calme, s'il est possible : contem-
plez les rapprochemens terribles qui sont ma
LES OTAGES DE LOUIS XVI. 11
réponse, et si vous n'êtes pas épouvantés,
conservez votre tranquillité, je ne vous l'envie
pas; laissez-moi le supplice de mon effroi;
l'amour filial à ses droits à part ; lisez cepen-
dant et jugez.
(Notre auteur présente ensuite le tableau
comparatif de la révolution d'Angleterre ,
depuis 1645 jusqu'à 1649 avec la révolution
française, depuis 1789, jusqu'à 1791 , et arri-
vant à l'assassinat du monarque anglais, il
continue en ces termes : )
CHARLES ayant harangué son peuple du
haut de l'échafaud, après avoir dit qu'il par-
donnait sans exception à tous ses ennemis,
dit qu'ils ne pouvaient tous retrouver la paix
et le bonheur, qu'en rendant à son fils , son
successeur , l'obéissance qu'ils devaient à leur
souverain.—Alors lui-même s'arrangea pour
recevoir le coup mortel, et presque dans l'ins-
tant où il penchait sa tête pour la. poser sur
un billol, il adressa ce seul mot à l'évêque de
Londres : BEMEMBER , souvenez-vous.
1.
A quel affreux moment
suis-je donc arrivé ? Jusqu'à cet instant horri-
ble , je semblais m'applaudir de la vérité des
portraits, de la fidélité des ressemblances.
12 LES OTAGES DE LOUIS XVI.
D'où vient que ma main tremble? Des carac-
tères de sang me paraissent se tracer sous ma
plume, tels que ceux que le bon Henri IV
effaçait et voyait toujours reparaître, trois
jours avant qu'un parricide. Mon Roi !. mon
Roi! sauvez mon Roi!. et son auguste
moitié !. sauvez son fils!. Quel nom d'Elisa-
beth se fait encore entendre (i)? — Je' viens
de dire qu'une princesse de ce nom mourut
de douleur d'avoir vu mourir (2). S'il en est
tems encore, sauvez le Roi. Quel supplice
affreux a déchiré tout mon être ?-Moi, qui ne
sais qu'aimer ce que je révère , je suis torturé
comme si j'étais criminel ! On oppose au
trouble qui me déchire, la nouvelle déclara-
tion de deux cent quatre-vingt-dix députés,
(1) Le lecteur remarquera que cette terrible prophé-
tie a reçu son accomplissement pour les quatre personnes
qu'elle désigne, et qu'on n'y trouve pas le nom de Fau-
guste princesse qu'en effet la Providence nous a con-
servée. Cependant elle habitait le même palais, ou plu-
tôt la même prison. L'auteur le savait, et dans d'autres
endroits il parle d'elle avec beaucoup de sensibilité. Son
nom devait se présenter naturellement à l'idée, entre
celui de son frère et celui de sa tante ; d'où vient donc
cet oubli ? Adorons et bénissons.
(2) La princesse Elisabeth d'Angleterre, fille de
Charles I".
LES OTAGES DE LOUIS XVI. 13
qui combattent pour la conservation de la
monarchie , pour l'inviolabilité de la per-
sonne sacrée de mon Roi. On m'apprend que
près de deux cents membres du côté de cette
majorité jusqu'ici ennemie du trône, ont voté
également pour le Monarque et pour la mo-
narchie.—Ah ! ne me trompez point. Que je
lise ces deux déclarations: —J'ai assez souffert ;
j'ai suivi le martyr-roi de l'Angleterre jusqu'à
ce moment terrible. Je respire, mon Roi
n'a point à craindre pour sa vie : mais il est
prisonnier encore! — Ah ! pour prix des dou-
leurs que les siennes m'ont fait éprouver, qu'il
me soit permis d'annoncer une idée qui pro-
duit sur mon âme le même effet que produit
sur une mère , après un enfantement doulou-
reux , l'aspect de l'enfant premier né qu'elle
embrasse.
L'Europe entière est instruite de cette péti-
tion exécrable, dénoncée par un homme - de
génie à FAssemblée nationale ; pétition par
laquelle on déclarait le bon Roi déchu de tous
ses droitsau trône. - Il faut qu'une pareille
monstruosité soit effacée d'une manière digne
de ce nom français, dont jadis nous étions
fiers. Toutes les fois qu'un Roi est prisonnier,
des Otages sont admis à se mettre pour lui dans
14 LES OTAGES DE LOUIS XVI.
les fers.— Voici le projet de ma pétition à l'As-
semblée nationale :
1 °. Tous les vrais royalistes s'offriront en
Otages.
2°. Dans ce nombre seront compris tous
les officiers de nos légions actuellement à
Paris.
3°. L'Assemblée nationale sera bien cer-
taine que le Roi ne quittera point le royaume,
puisqu'il n'a voulu ni le 6 octobre 1789, ni le
20 juin 1791, exposer un seul de ses sujets à
périr pour sa défense, par la main d'un Fran-
çais ; à plus forte raison n'exposerait-il pas la
vie de deux ou trois cents Otages , qui lui
seraient devenus doublement chers , par la
preuve la moins équivoque du plus tendre
amour.
4°. Nous demanderons d'avoir pour retraite
un lieu désigné, tel, par exemple , que l'an-
cienne Ecole Militaire. Là, tous les sujets
fidèles, reçus pour Otages, se livreront à tous
les exercices qui leur sont le plus chers. Cette
enceinte auguste fera souvenir du tableau que
fait Virgile des Champs - Elysées ; tous les
êtres heureux qui s'y trouvaient rassemblés,
s'y occupaient encore de leurs travaux fa-
voris. Chaque matin, autour de la statue de
LES OTAGES DE LOUIS XVI. 15
Louis XV, les Otages se réuniront pour lui
dire : « Nous sommes ici, pour garantir à la
» France la liberté de ton auguste petit-fils.
» Nous sommes ici autant de victimes eipia-
» toires. » Dès que j'aurai reçu deux cents
signatures, je rédigerai la pétition: quelque
député du côté de la droiture voudra bien
la publier du haut de la tribune. Je signerai
le dernier ; trop heureux d'écrire encore ,
comme Otage pour mon Roi, travaillant au
milieu de tant de royalistes fidèles, je leur
dirai : Dictez, que désonnais mon travail soit
le vôtre; mon plus bel ouvrage est et sera
toujours d'avoir pu vous réunir pour une si
belle cause.
16 LES OTAGES DE LOUIS XVI.
FÉDÉRATION.
14 juillet.
ç E mot fédération signifie pacte, par le-
quel on s'unit.
De tous les pactes, le plus auguste , le plus
saint, en politique, est celui nommé le pacte
de famille. Tous les souverains de la maison
de Bourbon se sont unis par cette fédération ,
devenue le garant du repos de l'Europe et
du bonheur des sujets, devenus frères et fé-
dérés d'après ce pacte solennel.
De tous les pactes, le plus dangereux, le
plus criminel , est celui de cette fédération
républicaine, imaginée dans le seizième siècle.
En 1789 ce système s'est renouvelé, mais avec
plus d'art. Des métaphysiciens célèbres ont
prétendu devenir chefs d'Empire, la plume
de Platon à la main, comme jadis l'ont été des
guerriers fameux, mais armés du fer des
César
LES OTAGES DE LOUIS XVI. 17
2
Il nous reste un grand exemple à donner ;
et c'est ce qu'aujourd'hui je nommerai notre
fédération. 0 Louis XVI ! ô mon Roi ! si cet
écrit arrive jusqu'à toi, dans ta prison , qu'au
moins une fois des larmes de plaisir coulent
de tes yeux. Apprends quel nouveau pacte de
famille est signé aujourd'hui par tes enfans
les plus fidèles. — Mon ame, dont la sensi-
bilité expansive me tient lieu de génie , ima-
gina de nous offrir pour toi en Otages : à ce cri
du cœur, dont celui de tout Français , digne
de ce nom, est l'écho fidèle , que de voix m'ont
déjà répondu! Fédération sacrée, tu deviens
la fête de l'amour filial : nous avons pour can-
tiques les engagemens pris par les Otages, qui
s'offrent pour toi, ô monRoi! L'Europe entière
n'est point un champ (1) trop vaste pour cette
fédération sublime ! 0 renommée ! prends
toutes tes trompettes, et répète à l'univers
l'hymne suivant :
I.
« Je soussigné, brûlant d'amour pour mon
» Roi, pour son auguste famille , j'adopte
(1) Par allusion au Champ-de-Mars, où se rassem-
blaient, le 14 juillet, les fédérés de la révolution. C'était
l'anniversaire de la prise de la Bastille.
18 LES OTAGES DE LOUIS XVI.
» avec autant de joie que d'orgueil l'idée de
* me rendre Otage pour la liberté de ce ver-
» tueux Monarque. J'ai trois nls ; ils ne vou-
* draient point paraître dégénérer d'un sen-
» timent aussi touchant , aussi cher à tout
» Français. Je signe en leur nom et au mien,
» trop heureux de donner à mon Souverain
» cette preuve d'attachement et de fidélité in-
» violables, qui ne finiront qu'avec ma vie. »
Signé, le marquis d'EspAGNE ,
brigadier des armées du Roi.
Qu'il m'est cher d'avoir eu pour premier
engagement, celui de ce loyal descendant des
anciens d'Espagne, issus des antiques comtes
souverains de Comminges, et de ce brave
Arnauld d'Espagne, qui, à la bataille de
Massoure, couvrit de son corps le comte
d'Artois
M. le marquis d'Espagne, brigadier des
armées du Roi, nommé en 1788 grand sé-
néchal des pays et comté de Comminges ,
Couzerans et Nébouran, pour la convocation
des Étals-généraux, s'était déjà fait inscrire
sur la liste des souscripteurs, pour le rachat
des domaines du Roi.
LES OTAGES DE LOUIS XVI. 19
II.
Retenus à Paris par notre zèle, jusqu'au
moment du départ du Roi; enchaînés depuis
par l'odieuse inquisition qu'on exerce sur les
vrais Français , nous avons ressenti encore
quelque joie, en lisant votre sublime projet
de pétition ; et nous vous supplions de nous
placer sur l'honorable liste des Otages, qui
auront le bonheur de s'offrir pour leur Roi.
Puisse cette grande idée se réaliser, et prouver
a nos tyrans que notre amour pour notre
maître peut encore surpasser leur haine.
R DE THOUZELLIER; GuiLBERT DE
MONTDEJEU, tous deux Gardes'-
du-Corps de MONSIEUR , frère
du Roi.
III.
« Annoncez que je suis prêt non-seulement
» à me constituer prisonnier, à me voir chargé
» de fers dans les cachots les. plus obsqurs ,
» mais à me dévouer à quelque genre de- mort
» que ce puisse être, pour la liberté de MON
» Roi, de MON MAÎTRE:, et puiir CELLTR dcson
» a-uguste famille. Il me Sëinbte que - chaque
» jour mon profond respect et mon amour
20 LES OTAGES DE LOUIS XVI.
» augmentent en raison de leurs malheurs. Je
» ratifie solennellement ici et ma motion et
» mon adhésion à votre petition. »
Signé, le chevalier D'ANTIBES (1).
1 V.
« Notre Roi est captif et l'on affecte de lui
» prêter des intentions hostiles contre des
» sujets dont il voulut et veut encore faire le
» bonheur. Les puissances voisines sont indi-
» gnées, presqu'autant que les soutiens nés
» de la monarchie. Il peut en résulter une
» guerre sanglante, à laquelle il est de notre
» devoir et de celui de tout vrai Français
» d'obvier.
» Ce motif, que personne ne peut empoi-
» sonner, nous donne l'assurance de proposer
» à la nation de nous constituer prisonniers à
» la place de notre chef suprême , afin d'af-
» franchir le monarque, digne petit-fils de
» Henri IV, d'un vil et cruel esclavage , et
» là nation, de l'ignominie d'avoir plongé dans
» les fers l'auteur de sa liberté. En foi de
(1) Nous aurons plus d'une fois occasion de parler
de ce noble et courageux Otage.
LES OTAGES DE LOUIS XVI. 21
» quoi nous avons signé la présente déçlara-
» tion. »
Signé, le baron de PELISSIER - VIENS,
gentilhomme provençal, capitaine de
cavalerie ; le chevalier LE CORGNE
DE LA UN A Y , gentilhomme breton,
lieutenant de cavdlerie, ancien page
du Roi, à sa grande écurie.
V.
« Je souscris le projet de pétition à l'As-
» semblée nationale, annoncé dans la Gazette
» de Paris, le 11 de ce mois.
» Je m'y engage d'honneur comme Otage du
» souverain. — J'y voue ma liberté et ma vie
» au nom de mon respect et de mon amour
» pour mon Roi, pour son auguste famille;
3) — Que mes offres soient promptement ac-
» ceptées!
» Je n'ai encore répandu que des larmes ;
;» faut-il verser jusqu'à la dernière goutte de
» mon sang , je suis prêt.
» En sauvant mon Roi et ma Patrie, j'aurai
» assez vécu, et trop long - tems si je perds
» l'un et l'autre. »
Signé, BERNARD DE TACHAINVILLE,
chevalierfrançais, président honoraire
de la cour des aides de Par is.
22 LES OTAGES DE LOUIS XVI.
VI.
« Daignez agréer, Monsieur, toute ma re-
» connaissance, pour l'occasion que vous
» m'avez fournie de témoigner mon dévoue-
» ment et ma fidélité à notre auguste Mo-
» narque , en me faisant inscrire au nombre
» de ceux qui se croient trop heureux de lui
» offrir leur vie. Vous voudrez bien me clas-
» ser sur votre liste. »
DE BALSAC, officier à la suite de
l'armée française.
VII.
« J'ambitionne l'honneur de servir d'au-
» mônier à cette foule de royalistes qui sont
>> prêts à tout sacrifier pour leur Dieu , pour
» leur Roi, pour l'honneur de leur Patrie. »
Signé, l'abbé DE MONTEIL.
c
LES OTAGES DE LOUIS XVI. 23
PÉTITION DES OTAGES.
3o juillet.
A l'Assemblée nationale.
M ESSIEURS
Puisqu'en ce moment vous êtes la seule
puissance sous laquelle fléchit la France en-
tière , c'est vous seuls aussi qui répondrez à
l'honneur français de tout ce qui peut con-
server ou détruire cet objet d'un culte vrai-
ment national.
L'Europe n'a pu, sans frémir, apprendre
quelle pétition sacrilège a été imprimée, ré-
pandue , placardée dans Paris, envoyée par
milliers dans les provinces. Chaque phrase
était un blasphème contre la Majesté royale ,
contre l'existence d'un chef suprême de la
nation. Le poignard d'un régicide semblait
avoir taillé la plume des signataires ; ce crime
pèse sur nous comme celui de Châtel pesa
sur nos aïeux.
24 LES OTAGES DE LOUIS XVI.
Les travaux, le génie , la gloire de nos pères
ont mérité que l'univers leur promît d'oublier
les forfaits du siècle qui précéda le leur ;
mais nous, Messieurs, mais nous , comment
mériterons-nous le pardon des outrages faits
à notre Roi? Laisserons-nous à nos enfans le
triste mais honorable soin d'expier par leurs
vertus un crime qui peut-être serait leur seul
héritage ?
Non, Messieurs, non : un littérateur qui
plus d'une fois eut le courage de manifester
son opinion, bien que souvent contraire à
l'esprit de vos décrets , n'en a pas moins cru'
pouvoir obtenir votre estime et la justifier
aujourd'hui.
Une pétition fait notre honte, une autre
pétition doit faire notre gloire. — Qui donc
oserait se placer entre l'Europe et notre
conscience ? Qui nous dira : Supportez le
fardeau de l'ignominie ; que cet arrêt soit
gravé sur la pierre qui couvrira votre
tombe ?
Le Roi fut l'objet du plus criminel des ou-
trages ; le Roi doit l'être de la plus sainte des
réparations. L'amour se charge toujours d'ac-
quitter les dettes' de la haine, et la reconnais-
sance celles de l'ingratitude.
De quelque nom , Messieurs, qu'il faille
LES OTAGES DE LOUIS XVI. 25
nommer la situation présente du Roi, même
de votre aveu , ce prince n'est pas libre. Une
garde nombreuse veille sur lui sans cesse : le
commandant de cette garde répond sur sa
tête de l'auguste. j'allais dire. prisonnier;
c'est que je ne connais pas encore de mot dans
la langue française qui puisse exprimer de
telles idées. Aucun de nos Rois ne s'est trouvé
dans une telle situation ; depuis long - tems
nous parlons une langue nouvelle, mais elle
ne suffit pas encore à tout ce que nous voyons
de nouveau.
Cent, deux cents, trois cents Otages s'of-
frent pour garantir la liberté du Monarque ;
mille s'offriront, s'il le faut. Le bonheur et
l'intérêt de la Patrie exigent-ils que l'on ne
puisse même penser qu'il ait l'intention de
quitter le royaume ; Français , vous n'aurez
plus à craindre qu'il sorte de la France.
Dans la journée du 5 octobre 1789, le bon
Roi défendit au glaive de héros fidèles d'abat-
tre l'hydre du crime : je vous laisse à penser
s'il voudrait exposer à quelques dangers des
Otages offerts pour lui !
L'enceinte de l'Ecole Militaire pourrait
être notre retraite : nous ne demandons
qu'une seule faveur; peut-être, Messieurs,
vous la nommerez justice : elle est d'y jouir
26 LES OTAGES DE LOUIS XVI.
de la liberté de correspondre avec l'amitié,
les arts, les talens, pour suivre sans aucune
entrave ou ses affaires ou ses travaux.
Un sexe sensible demande à partager avec
le nôtre l'honneur de ce beau dévouement.
Le Lycée royal de Saint - Cyr ou le Val-de-
Grâce, pourrait servir à rassembler les Otages
de ce sexe , qui lui - même m'autorise ,
Messieurs, à vous désigner l'une de ces deux
retraites.
Je n'ai point écouté, Messieurs, les objec-
tions que l'on a faites au plus noble des dé-
vouemens. Les uns m'ont dit : Combien de
sujets fidèles regretteront de ne pouvoir
imiter cet exemple! J'ai répondu : Que ceux
à qui la nature ou l'honneur ont marqué leur
poste ailleurs, y restent fidèles. N'est-il qu'une
manière de servir l'Etat et son Roi ?
Les autres ont paru craindre pour la sûreté
des Otages : je les ai vus, moi, sous la sauve-
garde de la loyauté française. — S'ils étaient
jamais attaqués, je vous vois déjà , Messieurs,
les environner de toute la force publique. Il
est de ces objets qui sont sacrés même au mi-
lieu des dissensions civiles et du choc des
partis les plus ennemis.
Il importe à l'Etat, à sa gloire , à son repos,
que le Roi soit libre, non comme quelque-
LES OTAGES DE LOUIS XVI. 27
fois on a voulu fiiire croire qu'il Pétait, mais de
manière que l'Europe avoue qu'il l'est en
effet. Je ne vous fais pas l'injure , Messieurs,
de supposer que vous puissiez dire : Que nous
importe ce que pense l'Europe? Vous le
savez : tout individu qui compte pour rien
l'opinion que ses concitoyens ont de lui, finit
toujours par être aussi lâche que vil, et trop
soùvent par être un scélérat. Tout peuple qui
n'attache pas le plus grand prix à l'opinion des
autres peuples, finit par mériter leur mépris.
Que le Roi signe ou non la constitution
dans son ensemble, il faut qu'il soit libre,
afin que son refus ou son assentiment le soit,
sans cela l'un ou l'autre devient nul.
Hâtez-vous donc , Messieurs, de lui rendre
toute la plénitude de sa liberté. Dès que vous
aurez prononcé sur cet objet sacré detoutesnos
sollicitudes , les Otages accourront en foule :
j'ai reçu leurs signatures, et vous n'en doutez
pas ; ce sont tous noms chers à l'honneur. --
Les mères offrent leurs enfans ; des vieillards
octogénaires envoient leurs fils et petits-fils.
La faiblesse de mes expressions trompe la
force de leurs pensées et l'énergie de leurs
vœux ; mais leur hommage se caractérise assez
par lui-même. Fixez, Messieurs, le nombre
des Otages ; plus vous en demanderez , plus
28 LES OTAGES DE LOUIS XVI.
vous ferez d'heureux ; plus tôt nous serons
honorablement acquittés au tribunal de l'Eu-
rope ; mesurez l'expiation sur le crime.
Signé, DE ROZOI, membre de plusieurs
académies, citoyen de Toulouse.
LES OTAGES DE LOUIS XVI. 29
ARRESTATION
DES OTAGES D'AUXERRE.
(L
1 A pétition qu'on vient de lire allait être
présentée à l'Assemblée nationale ; les Otages
s'offraient en foule , chaque numéro de la
Gazette publiait de nouveaux noms, lors-
qu'un événement qu'on était loin de prévoir;
arrêta tout-à-coup M. de Rozoi dans sa noble
entreprise.
En voyant ce concert de tous les cœurs
vraiment français pour consoler et délivrer le
bon Roi, je m'étais écrié : Peccator videbit et
irascetur ; dentibus suis fremet et tabeseet ;
l'événement justifia bientôt ma prédiction.
Six jeunes gens d'Auxerre avaient souscrit,
en ces. termes : « Servir Dieu, le Roi et là.
» Patrie avec honneur et fidélité, est le devoir
» de tout Français. Nous le remplissons au-,
» jourd'hui, ce devoir sacré , en vous priant
» d'insérer nos noms parmi ceux des sujets:
» fidèles qui se sont rendus. Otages de la li-i
3o LES OTAGES DE LOUIS XVI.
» berté du Roi, et garantissent sur leur tête sa
» résidence dans le royaume. »
Cette lettre est signée Bonneville ; Jearinin,
procureur au parlement de Paris ; Baudelot
fils , élévé à l'Ecole - Royale - Militaire
d'Auxerre ; Cavcrot fils , avocat ; Bourdeauoc,
avocat ; Soulage, avocat.
Dès qu'elle fut connue à Auxerre, cette
soumission fit fermenter certaines têtes ; mais
pour éclater, on attendit, et pour cause, le
3 août, jour de Saint-Etienne et fête patro-
nale du lieu.
Dès le matin les Otages sont prévenus qu'on
les arrêtera dans la journée ; ils conviennent
de se laisser conduire en prison. Chacun donne
sa parole d'honneur de ne pas sortir de la
ville , de. ne point se cacher, d'aller, de venir,
comme s'il n'était informé de rien. En sortant
de la messe, plusieurs sont insultés. Un
homme, en les montrant du doigt, dit au
peuple : Mes amis, voilà les gens qui veulent
JJOUS yaire payer le sel douze sous et demi la
tivre.
Le danger allait croissant; cependant l'un
d'eux va faire ses adieux à un ami intimé, qui
part pour une- province éloignée. Celui-ci,
instruit de ce qui se passe, le presse, mais
en Tain, de partir avec lui. Il le conjure de