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Les Prussiens à Rouen. Souvenir héroï-comique , par A. Roland...

De
48 pages
Impr. de Giroux (Rouen). 1871. In-8°, pièce.
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LES
PRUSSIENS A ROUEN.
LES
PRUSSIENS
A ROUEN
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- OFFICIELLES ET ARTIFICIELLES.
BRUITS DIVERS ET CONTRADICTOIRES.
DISPARITION DU TABAC FRRRRANÇAIS.
LES NEZ SIFFLENT.
L'ART DE FAIRE SON TABAC SOI-MÊME.
COMMENT ON POUVAIT TUER 900,000 PRUSSIENS
AVEC DES TABATIÈRES DITES QUEUES-DE-BÁT.
CONCLUSION : LA PAIX !
DERNIÈRES NOUVELLES.
HOMMAGE A MA CONCIERGE.
ROUEN,
IMPRIMERIE GIROUX,
Rue de l'Hôpital, 25.
1871.
LES PRUSSIENS A ROUEN
Pendant que MM. les Prussiens dirigeaient nos
destinées !. nous devons le dire,. l'estime ne leur
était point acquise. On ne perd point toutes sesj oies,
sans protester du fond de son cœur. Quelques per-
sonnes, sachant que la force s'impose, la subissent
avec dignité 1 d'autres, impatientes et croyant
vaincre par des bruits répandus, par des vœux ou
par des illusions, écoutent, crient ou commentent
tout ce que leur imagination, leur crédulité, peut
inventer ou accepter.
Nous avons eu l'idée de recueillir toutes ces élu-
cubrations fantaisistes, de les classer, jour par jour,
heure par heure, et de les commenter d'une façon
gauloise, afin de prouver à nos contemporains que
le caractère frrrrançais ne doit pas se laisser abat-
tre par les revers, aussi cruels qu'ils puissent être.
AGE, QUOD AGIS.
6 LES PRUSSIENS A ROUEN.
6 Décembre 1870. Après avoir vu cette masse
imposante qui, la veille de ce jour, sillonnait nos
rues, nous étions plus que jamais convaincu que les
Rouennais, malgré leur bon vouloir, eussent été
foudroyés !. Nous avons cependant reçu la visite
de quelques voisins, qui, de caractère optimiste,
affirmaient que la lutte eût pu être parfaitement
égale., qu'il y avait à peine un régiment de ligne,
quelques cavaliers, quelques canons, dont beau-
coup étaient. encloués !. Nous avons appris, nous,
que la force effective était d'au moins 20,000
hommes et de plusieurs batteries prêtes à nous
clouer si. Brou ! brou!.
*
* *
6° d°, 4 h. soir. Le 33e régiment arrive dans nos
murs; mais, me difc-.on, c'est toujours le même régi-
ment qui vasse; oui, mais en passant il s'arrête et
s'implante chez, les bons habitants des rues Saint-
Hilaire et Saint-Vivien. Ce régiment est signalé
comme mauvais coucheur. ; en effet, certains de ses
membres demandent à visiter les chambres ; cette
visite est faite avec beaucoup d'aménitti par quelques
soldats avinés qui se sont trompés, nousle croyons,
en mettant sabne en main, au lieu d'y mettre leurs.
gants. Errare humanum est!
* *
7 do, 1 h. soir. Arrivée du 41e de ligne. Les
lecteurs des journaux fossiles, la Liberté et autres,
DES- PRUSSIENS A ROUÉN. 7
avaient tant tu que les Prussiens ne tenaient pas debout,
que, -vraiment, nous éomprenions que, dans leur
poitrine d'hommes vexés, une réaction eût pu
germer; mais quand nous avons vu que les
journaux s'étaient trompés, ayant vu de loin
nous avons jugé que ce que les défenseurs désar-
més avaient de mieux à faire, c'était de mettre leurs
bras dans leurs mitaines et de gronder en soi !
*
¥ +
10 d°, soir. Une victoire d'une grande impor-
tance (si grande que l'on doute !), circule dans les
groupes. Voici les détails contenus dans la dépêche
(de qui est-elle ?) : Le prince Charles coupé en
deux. (net !). par un boulet de canon. (un prix
au pointeur I) au moment où il ralliait sa cavalerie.
Plus de 150,000 Prussiens tués, blessés ou pri-
sonniers ! (Bonne prise, hein !) VON DE BISMARK
PRISONNIER ! (aussi ! oh ! là! là !.) VINOY, général
français, à la tête de CENT MILLE FRANÇAIS !. (beau
défilé !) vient à marche forcée sur Rouen. mais
s'arrête à Vernon ! (sans doute, à cause du vin ?.)
FAIDHERBE, général aussi Français que Vinoy, vient'
aussi à notre secours! Il commande aussi 100,000
hommes, c'est l'armée du Nord. (Ah ! ah !). Briand,
vous savez, le général Briand? eh bien ! il combine
avec les deux solides cités plus haut une marche
de Honfleur. sur notre belle cité. il vient aussi
conduisant 50,000 Frirançais. Beaucoup de per-
sonnes croientque cette masse de baïOBaaettes vient
8 LES PRUSSIENS A ROUEN.
pour anéantir les Prussiens (cela paraît assez lo-
gique). D'autres, au contraire, affirment que c'est
pour punir les gardes nationaux qui n'ont pas eu
le cœur de se faire écharper. (Ces deux versions ne
sont pas rassurantes).
*
* ♦
DO, 11 h. soir. Une dépêche que reçoitle gé-
néral de Manteuffel. (sans doute les revers sous
Paris?) lui cause un tel bouleversement. qu'il est
vu brisant les glaces et les fauteuils de son appar-
tement ! (il y avait de quoi !). Copie de cette mau-
vaise dépêche est sans doute envoyée à tous les
officiers prussiens. car on a vu, dans nombre de
maisons où ils logeaient, se répéter les mêmes
scènes de fureur : bris de meubles, sabres, épées !
On a même vu dans un débit la porte étant ou-
verte un officier prenant un verre de sesnaps.
lire cette attristante missive et dire aux témoins
de son chagrin : Malher ! malher !. puis, brisant
une épée désormais inutile, s'enfuir en pleurant.
(Un homme de cœur, quoi !) On nous assure que,
dans cette soirée, les marchands de ferraille ont fait
de l'or.
*
* *
11 dO, matin. Les boutiquiers, les rentiers, les
gardes nationaux désarmés. ainsi que les Rouen-
nais qui ne se sont point trouvés dans le même
cas. (et pour cause) apprennent avec bonheur que
LES PRUSSIENS A ROUEN. 9
les Prussiens ont quitté la ville. sans, tambour ni
trompette. mais avec armes et bagages. (Toujours
précautionneux, ces Allemands !) Des gens, qui sans
dpute avaient vu, affirment qu'ils ont pris le chemin
du Havre, non pour conquérir cette ville on la
dit imprenable mais afin de cacher une fuite
honteuse. et que, vers Malaunay, les ennemis de
la France ont pris un chemin de traverse. allant à
Berlin. Tant mieux ! nous écrions-nous, Faidherbe
va les pincer; il tient le Nord, il ne le perdra pas.
*
* *
12 d°, soir. Vinoy vient d'arriver au Pont-de-
l'Arche. (Heureusement pour les Prussiens qu'ils
sont partis d'ici.) Un grand combat est imminent !.
(avec qui ?) On dit que les femmes, ayant rempli
leur devoir envers la maternité,. leur progéniture,
ainsi que les demoiselles veuves. de futurs,. sont
tenues de quitter la ville. que le bombardement va
en avoir lieu. Les femmes qui aiment leurs époux
tremblent, certaines essaient de les calmer. la
nuit est troublée !.
- *
* *
13 do, dès l'aurore, 7 heures. On s'éveille, on
se tâte, on sent que l'on est bien vivant, les hommes
mariés voient avec bonheur que leurs aimables et
vertueuses épouses. riontpasété encore. bombardées!
On regarde dans la rue. toujours les Prussiens y
lo LES PRUSSIENS A ROUEN.
circulent. Ah ça, mais, que fait donc Vinoy?.
il faut que ce général y mette bien de la com-
plaisance; le Pont-de-l'Arche est près de nous, il
ne veut donc pas englober les Prussiens? (Mystère.)
* •
* ♦
13 do, 11 h. 5 matin. Encore sous le double
espoir de l'arrivée des nôtres. et de la fuite des
autres, quand on croyait à cette délivrance si chère
à nos cœurs. un régiment tout entier, le 45e, vient
s'abattre et loger rue Saint-Vivien et ses adjacentes.
Cette nuée,que je veux qualifier de huitième plaie,
s'abat dans les domiciles pauvres ou aisés par deux,
par quatre ou six, malgré le nombre fixé par le
billet de logement (nouvellement innové pour ces
messieurs)
Ah ! diable ! s'écrient enchœurles/o^wr^éreintés,
c'est donc pas les nôtres?. Les Prussiens vont
donc prendre racine chez nous ? Maudits soient les
nouvellistes et leurs nouvelles. Nota: le lard
augmente, mais la croyance diminue. allant donc !
* +
14 d°, 9 h. 45 matin. - Les croyants quand
même au succès de nos armes. et à la fuite noc- ,
turne de nos ennemis, vont, aussitôt levés, le long
des murailles pour. y lire cette bonne nouvelle :
Lrt France est sauvée. Ils n'ont à dévorer, hélas ! que
des avis, des ordres, des réquisitions qui affirment,
LlI{5: PRUSSIENS A IWV. t b
non là fuite, mais la stabilité. Eh bien !'malgré ces
preuves, ces braves gens affirment tout bas que :
Ils partent tout doueement.
*
14 d°, 9 h. i7 matin. On q vu, àl'hôtel où réside
M. de Manteuffel, arriver ventre à terre une estafette
lui apportant l'ordre de quitter Rouen dans les 24
heures. Lfipersonnefo'e/irenseignée. affirme. qu'elle
émane de Vinoy ! ! ! (Qui ? elle ? Non ! la dépêche!)
ah ! ah I
*
* * »
14 d°, 9 h. 52 matin. - Une musique. pas du
tout française (mille tonnerres !) fait entendre ses
accents sauvages. Une musique de chiens, dit
mon voisin, qui me fait remarquer que la grosse
caisse du régiment est traînée. par un quadrupède.
Pendant une heure des troupes défilent: canons,
caissons, etc., etc.
AJi ! ah ! fait-on en se frottant les mains, c'est
pour cette fois !. les voilà bien partis !
On interroge quelques Allemands, mais eux,
moins expansifs que les Français, passent muets et
raides ! Pourtant, ils partent!
Et Vinoy, mon Dieu, où est Vinoy?.
*
* *
14 de, midi. On vient d'afficher que : 1° Lois et
décrets concernant l'armée française sont et demeu-
12 LES PRUSSIENS A ROUEN.
rent annulés. Pourquoi ?. 2° Que les cultivateurs
de l'arrondissement sont INVITÉS de bien vouloir se
rendre au Champ-de-Mars. avec la simple bagatelle
de 200 chevaux et conducteurs (bêtes et gens ne
font qu'un ! ) et quelque chose comme 400 voitures
à 1 ou 2 roues !. Cette dernière affiche est forte-
ment commentée : on dit, d'une part, que c'est pour
aller vers Paris, afin de ramasser les morts et les
blessés. (vous savez. le grand combat?); d'autre
part, on sait que ces véhicules vont servir à vider
les. docks! Pauvre ville de Rouen! Quelle
perspective ! 1° le bombardement; 20 la famine.
cruelle alternative ! Oh! Messieurs du Conseil
municipal. et vous, Briand, vous avez été bien
coupables en ne nous faisant pas tuer les 4 et 5
décembre ! ! !
Une troisième affiche, qui nous semble de na-
ture à rassurer les bons habitants, porte ceci :
« M. L. de Heydebrand et Lasa vient d'être nommé
préfet de police » Si c'est pour calmer nos craintes
sur la présence de ceux qui suivent l'armée royale
avec leurs petites voitures (on se demande pour
quelle raison), c'est une très-bonne chose. Le lec-
teur ne reconnaît-il pas dans ces bohémiens, ces
gens qui vous offraient : Un bon tapis, madame!.
de la vaisselle étrangère!. N'oublions jamais leurs
services vendus à la Prusse !
*
* *
14 d°, 6 h. soir. - Un homme bien informé affirme
sur l'honneur que les ingénieurs, les maçons, les
LES PRUSSIENS A ROUEN. 13
coiffeurs, les pédicures et généralement tous les
hommes valides et bien faits, vont être requis pour
l'édification d'une CITADELLE et des travaux de
fortifications. sous l'œil des Prussiens !. (Ah ! ça
mais, ils sont donc chez eux ?)
*
* *
14 d°, 7 h. soir. Un employé de Banque, que l'on
aurait torL de prendre pour un banquiste, a vu dans
les bureaux des grands journaux. qui ont capitulé,
un aide-de-camp prussien venir annoncer aux
propriétaires et rédacteurs de ces feuilles. mortes,
qu'ils pourraient reprendre leur publication ; que,
par ce moyen, le publie connaîtrait enfin la vérité
sur la capitulation de la ville, et pourquoi Rouen
ne s'est pas défendu.
Le matin, dés l'aurore, on vend des chemineaux,
Mais en vain l'on attend la vente des journaux.
*
* *
15 do. Naissance du journal : le Moniteur officiel
à Rouen, 1-0 c. le numéro. Imprimerie BOISSEL,
rue de la Vicomté, 55.
Ce journal sans signataire contient, à sa partie
officielle, des proclamations, avis, notifications, etc.
Dans sa partie non-officielle, quelques alinéas
bien sentis nous font savoir que M. Cramer étant
un homme solide au poste, il est appelé à tenir
l'emploi de préfet, tenu jusqu'au 5 décembre par
14 LES PRUSSIENS A ROUEN.
M. Desseaux, absent (on ne sait pourquoi) depuis
ce moment critique et critiqué.
Le nouveau fonctionnaire semble disposé à pro-
téger les habitants. contre MM. les Prussiens
qui ont contracté la funeste habitude de mettre
sabre en main. pour causer avec ceux qui, vu l'état
de guerre, étaient invités à leur céder nourriture,
même le lit conjugal. (moins la femme toute-
fois!)
Cette partie du journal contient des dépêches.
On serait porté à ne pas les croire vraies, puis-
qu'elles sont sous le titre : non-officielles !
La dépêche qui nous a le plus surpris est, vous
le pensez bien, celle qui a trait à la victoire rem-
portée sous Rouen. après combats des 4 et 5 dé-
cembre.
Si M. Boissel, qui probablement était à Rouen
dans ces jours néfastes, eût tout simplement im-
primé que : Un engagement assez sérieux avait eu
lieu à Buchy. que cette escarmouche avait suffi
pour prouver à tous que Rouen était indéfendable,
il nous semble qu'il aurait dit là une de ces vérités
vraies dont il voulait nous donner une définition
dans son deuxième numéro. Enfin, nous n'insis-
tons pas, les faits sont accomplis, mais affirmons
que la lutte était impossible. le sang versé n'eût
pas sauvé la situation. (1)
(1) Nous savons aujourd'hui que M. Boissel était absolument
étranger à la rédaction du MONITEUR, qui émanait de l'autorité
prussienne.
LES PRUSSIENS A ROUEN. U
Toutes les dépêches étaient signées :
GAZ. SULZER.
(Est-ce clair ?.)
* *
16 do. Mauvaise dépêche. elle émane des
groupes (non du Moniteur.) Armée de la Loire cou-
pée par tronçons (Bigre !) Trochu est vu allant au
quartier géné. non! royal!. du Roi!!!. (où
est-il maintenant ?)
Le général français fait. des offres de cessation
d'hostilités (ce serait, je crois, le vœu de bien des
Français). Le roi refuse net.
k
jf jf
16 d°, 9 h. 4 m. soir. - Un marchand de cotons
de notre ville (a, c'est vrai, qu'on vend du coton
chez nous !) arrrive de Lille (Nord). Il a vu l'armée-
du Nord dans de bonnes conditions (tant mieux !)
Cette armée aurait repris La Fère (bravo ! très-
bonne, l'affaire !) ainsi que Châteauneuf (bien !
bien 1) et, tandis qu'elle est en train de reprendre.
doit reprendre Amiens (bien ! très-bien !) Si en
même temps elle pouvait reprendre Rouen, mon
Dieu 1. - Et dire qu'on l'attend depuis le 10!!
*
* +
17 d°,9 h. matin. (Télégramme privé). Roi
de Prusse va trouver Trochu (bon 1) pour lui offrir
16 LES PRUSSIENS A ROUEN.
3 MILLIARDS ET. LA PAIX !!!. Trochu, que
l'on dit très-rancuneux et très-fier, répond avec
fierté au monarque : Je ne traite pas avec un prison-
nier !–Quel prisonnier?. semble dire le Roi, je ne
comprends pas. Est-ce de de Bismark qu'il s'agit?
N'obtenant pas d'autre réponse, le Roi se retire avec
dignité (je crois bien, un roi!) Note à benêt:
Mais comment Guillaume peut-il se retirer, puisque
le général lui a donné à entendre qu'il était son
prisonnier ?. Il est bien vrai de dire que les
raisons d'état sont au-dessus du vulgaire !
*
* *
17 do, 9 h. 3/4 matin. - Pour la deuxième fois, le
général de Manteuffel est sommé de faire ses malles :
deux heures lui sont accordées. On ignore si c'est
Vinoy qui l'a mis en demeure. et s'il est toujours
au Pont-de-l'Arche.
*
* +
17 d°, 11 h. matin. - Les cuirassiers blancs de
Bismark ont été écrasés à Tôtes. (comment, diable !
se sont-ils égarés par là ?) La route est VUE (par un
mareyeur sans doute ?) couverte de morts, hommes
et chevaux. Quelques blessés, quoique démontés
et n'étant pas tués (Dieu merci pour eux), ont pu
cependant venir à pied jusqu'à Rouen..
Ces braves avaient eu le soin de sauver le ha-
narchement de leur cheval, qu'ils avaient pris la
LES PRUSSIENS A ROUEN. 17
peine de ravir au vainqueur. (quel est son nom?)
Nota: Ces hommes auront appris, sans doute,
que les habitants aisés de notre ville avaient
spontanément offert leurs plus beaux coursiers, mais
sans selles. On est porté à croire que c'est pour cela
qu'ils se sont chargés de celles qui leur étaient
propres.
*
Jf *
17 d°, 11 h. 1/4 matin. - Hier soir, dit-on, ou
cette nuit. (bref, il ne faisait pas clair), plus de
1,000 blessés prussiens sont vus dans des voitures
couvertes. Les cris poussés par ces soldats (cris
de douleur sans doute) arrachaient des larmes aux
passants (ce qui ne les empêchait pas de voir).
Les malheureux soldats pleuraient aussi. La Seine
est augmentée. le pain et le lard en font autant!
*
* *
17 d°, midi. - La nouvelle des malles faites se
confirme (on jubile!) Un brillant état-major, des
cavaliers, des bagages, des dames, des malles, des
domestiques d'officiers (qui se mouchent du bout
du doigt), accompagnent M. le général de Man-
teufIel. Est-ce bien lui ? Oui, Monsieur.
Bien bel homme ! s'écrie une dame veuve, por-
tant un carlin sous son bras (elle est émue !)
Ce groupe pittoresque défile lentement et ne
paraît pas fuir du tout. J'en fais la remarque à mon
vis-à-vis, très-four:o à manivelle, mais
2
18 LES PRUSSIENS A ROUEN.
ennemi des Prussiens (je l'en félicite) et tenace
dans son idée qu'ils s'enfuient. Il ne répond que
ces mots: Ils cachent leur jeu. ils partent. Les trois
points suivants vont être occupés par le général.
Selon le musicien à manivelle, c'est à Lille où il
va former son état-major. il craint Faidherbe
(j'crois bien !)
Si j'en crois ma cuisinière, c'est à Mantes (Seine-
et-Oise), dans le même but (oui, mais Vinoy tient
la ligne de Paris !)
Moi, dit mon chapelier, je suis certain qu'il
va en villégiature au Héron, chez le marquis de
Pommereu (enfin, nous verrons!).
*
* *
18 do, toute la journée. - Des bruits de combats,
très-rapprochés de nous, circulent. Personne
n'ayant entendu le canon, on doute.
*
* *
19 do, 10 h. matin. On sait de bonne part que
les habitants, depuis Duelair jusqu'en face la Bouille
(rive droite), ont reçu l'ordre de quitter leur do-
micile, attendu qu'un grand combat va avoir lieu
sous peu.
*
* *
19 do. 10 heures 20. Les Prussiens voulant se
former la main dans l'art de jeter un pont, sont
LÉS PRUSSIENS A ItobfN. Ùr
vus; s'essayant dàns ce travail, depiiis lePônt-def-
l'Archè jusqu'à Villeqilier ! (mafe sâhs suCcès).
*
* JI.
19 d°, 10 h. 45. Un homme du peuple, dont
les enfants sont en bas-âge et. en nourrice à
Bourg-Achard, nous affirme que, de cet endroit
jusqu'à Grand-Couronne (rivegauche),la population
doit émigrer, en vue du grand combat annoncé par
les dépêches. Nota: Nous nous disions : si pour-
tant un combat doit avoir lieu à gauche ou à
droite de la Seine, nous aurions toujours le plaisir
d'être un peu débarrassés, attendu que les Prus-
siens iront camper quelque part.
Nous étions joyeux de ces réflexions, quand
nous voyons avec effroi arriver deux régiments,
musique en tête. Pour le coup, nous pensâmes la
perdre. Dieu les confonde ! Ils sont encore chez
nous !
*
* *
20, matin. Attendu que les Prussiens vont
avoir de la besogne, soit à droite, soit à gauche
(on n'est pas encore fixé), il est question, dit-on,
de réorganiser la garde nationale. Cette charge est
surtout bien accueillie par les tambours et. les
marchands d'articles militaires.
*
* *
20 d°, 9 h. mâtin. Oh assure que les habitants
des deux rives citées plus haut viemient d'envaïlir -
20 LES PRUSSIENS A ROUEN.
notre ville. La crainte d'être tués chez eux et
l'espoir d'être nourris chez nous les font prendre
cette résolution. Comme les légumes vont aug-
menter, mon Dieu !. Et le tabac donc!
*
* *
20 d°, 9 h. 10 matin. - Une lettre, qui va cons-
terner bien des cœurs, vient d'arriver du Havre.
Cette missive est adressée par un garde mobile de
Rouen à son frère.
Voici le résumé de cette lettre : Tout ce que l'on a
dit et écrit sur les succès remportés par les Français
sous Paris, sont de pures blagues ! (excusez, lecteurs).
N. B. Nous hésitons à douter de ce soldat, qui
nous est cher, mais nous nous demandons comment
lui, qui est à cinquante lieues de Paris (dans une
ville que nous croyions assiégée), est-il mieux ren-
seigné que nous qui sommes à Rouen.
Aj outons que cet homme, qui affirme nos insuc-
cès, est vraiment républicain !
*
* ¥
QUELQUES FAITS HISTORIQUES EN PASSANT.
20. Un Rouennais, qui aurait mieux fait de
faire sa digestion chez lui. que sur la place Saint-
Ouen, a reçu, hier soir,. de la main d'un Prussien,..
un coup de mitaine. au bout de laquelle se trou-
vait par hasard la crosse d'un fusil 1.