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Les quatre chapitres d'un croyant , par J. Ducournau

De
48 pages
établissement Artisti Tipografi (Gênes). 1871. France (1870-1940, 3e République). In-8°.
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LES
QUATRE CHAPITRES
D'UN
CROYANT
PAR
DUCOURNAU
Ton frère t'avait donné le pouvoir
pour régler ses droits et tu en as
fait contre lui une loi de servitude.
PAGE 24.
Prix : 1 Franc
GENES 1871
Établissement Artisti Tipografi
Rue S. Marcellino, N. 3.
LES
QUATRE CHAPITRES
D'UN
CROYANT
PAR
J. DUCOURNAU
Ton frère t'avait donné le pouvoir
pour régler ses droits et tu en as
fait contre lui une loi de servitude.
PAGE 24.
Prix : 1 Franc
GENES 1871
Établissement Artisti Tipografi
Rue S. Marcellino, N. 3.
LES QUATRE CHAPITRES
D'UN CROYANT
PRÉFACE
PRÉFACE
En plaçant ces quelques lignes en tête de cet
ouvrage, notre intention a été de présenter a
la bourgeoisie française, sous forme de préface,
quelques considérations politiques pour la conver-
tir aux principes et au gouvernement de la
république ; il est de toute évidence, que c'est
la bourgeoisie qui souffre le plus des secousses
révolutionnaires, et que si elle ne voulait pas
s'entêter dans ses vieilles idées et s'habituer à
vivre en bonne intelligence avec le travailleur,
duquel elle tient le plus souvent sa fortune,
alors ce serait fini des révolutions et des dis-
cordes civiles.
Depuis quatre-vingts ans, la France a subi
sept modes de gouvernement, dont quatre mo-
narchies, et trois républiques, y compris celle
d'aujourd'hui.
— 8 —
La première république de 1792 fut l'héri-
tière de tout l'arsenal d'abus et de mauvaises
lois dé l'ancien régime ; elle eut aussi sur ses
bras comme aujourd'hui l'envahissement du sol
de la patrie par les hordes étrangères, et pour
la remercier du sang versé dans l'intérêt de la
France et de la civilisation, la république fut
vilipendée et trahie par ceux-là même qu'elle
avait sortis de l'obscurité. Ce n'est certes pas
la bourgeoisie qui gagna le plus à cette
trahison ; mais, elle avait peur de la république
comme l'enfant a peur des sorciers et des reve-
nants , et pour sa sécurité elle crut ne trouver
rien de mieux que de s'abriter derrière les in-
trigants et les parjures.
Le régime de Napoléon I.er qui succéda par
l'arbitraire et la force brutale à la première
république, fut au moins glorieux, car le drapeau
de la France fut par tout respecté; mais, comme
rien n'a de durée sur la terre, et surtout les
pouvoirs conquérants, par conséquent, la gloire
de ce grand génie, mais aussi grand coupable,
devait avoir son terme ; les éléments et la
trahison de ceux qu'il avait enrichis se liguèrent
ensemble pour donner raison au destin.
Vint ensuite la restauration de l'ancienne fa-
mille des Bourbons et avec elle les charges au
compte de la bourgeoisie, c'est-à-dire l'acquit
des frais de la guerre envers la Sainte Alliance,
et celui du milliard d'indénnité aux émigrés.
Pourquoi ce régime du droit divin devait-il
finir aussi par une catastrophe? C'est que les
Bourbons ne voulurent pas seulement se con-
tenter de rançonner la bourgeoisie pour les
frais de guerre et le milliard aux émigrés, elle
voulut aussi la réduire à son état primitif de
roture, le 28 juillet 1830; le peuple et.la bour-
geoisie formèrent un pacte vengeur contre le
roi Charles X, et, dans trois jours de combat,
tout fut fini.
Qu'aurait fait la bourgeoisie sans le concours
généreux du peuple dans cette circonstance
suprême? Rien qu'agraver sa position déjà com-
promise, mais on ne fait pas de sentiment avec
l'ingratitude!
Après la révolution de juillet, il semblait,
cette fois, que l'humanité fût sauvée, car, peu-
ple et bourg-eoisie, éblouis par la victoire, étaient
dans la jubilation; mais, bientôt, les points noirs
se formèrent à l'horizon politique. La classe in-
trigante de la bourgeoisie s'étant emparée du
pouvoir, les conspirations recommencèrent de
plus belle par la partie du peuple lézé dans ses
aspirations, et les hommes les plus éminents
de la révolution, le brave Lafitte, par exemple,
ce grand coeur, le citoyen intègre et généreux
— 10 —
type de la bourgeoisie intelligente et honnête,
demanda pardon à Dieu et aux hommes, sur le.
fauteuil de la présidence, d'avoir participé à
l'avènement d'un tel état de choses. Le mal,
s'aggravant par les luttes et les secousses meur-
trières de la rue, 1848 arriva, et le 24 février
vit la chute de la royauté citoyenne, et le réta-
blissement de la république.
La république de 1848 proclamée, tous, taut
bourgeois que travailleurs, l'acclamèrent cha-
leureusement ; seulement, si les travailleurs
étaient sincères dans leurs acclamations, il n'en
n'était pas de même de la bourgeoisie ; voilà
pourquoi les hypocrites de cette classe aisée,
ceux qui de tous les temps ont calculés sur les
discordes civiles et les malheurs publics pour
satisfaire leurs passions ambitieuses, travaillè-
rent incessamment à discréditer la république ;
et, pour le malheur de la France, préparent ie
coup d'état du 2 décembre, qui devait leur livrer
le pouvoir.
Nous voulons demander à la bourgeoisie hon-
nête , à cette classe d'hommes timorés, mais
consciencieux, ce qu'elle gagna à prêter la
main à cette horde d'intrigants et de parjures,
qui par leurs désordres gouvernementaux et
leurs mauvaises natures, ont conduits le pays
à deux doigts de sa perte ; qui payera encore
— 11 —
une fois les dépenses scandaleuses de cette im-
pudente courtisanerie et celles de la guerre
qui dévore en ce moment le sol de la patrie ?
N'est-ce pas la bourgeoisie foncière et industrielle,
n'est-ce pas le travailleur déjà accablé par Tim-
pôt du sang; et, pourquoi la bourgeoisie payera-
t-elle sa part de nos malheurs publics ? Parce-
qu'elle a eu la faiblesse d'encourager, par la
tolérance, ces pirates de la nation, et qui, par
haine de la république, s'est placée dans la
triste situation de préparer sa ruine. Si encore
ces nouveaux malheurs peuvent la faire réflé-
chir, et la faire rentrer en elle-même, le peuple
qui souffre, et qui encore une fois verse son sang
pour sauver la patrie, pourra trouver, dans la
conversion sincère de la bourgeoisie, la récom-
pense de ses nobles et généreux sacrifices.
Réfléchissez-donc, citoyens de la bourgeoisie,
et, en vous plaçant à la hauteur de notre siècle
de lumières, et en considérant tous les désastres
que votre répulsion pour la république a causé
de malheurs à la patrie, par les secousses ré-
volutionnaires et les guerres fratricides que
vous avez provoqués, et, dites-nous ensuite pour-
quoi vous ne vous attacheriez pas sincèrement
aux principes et au gouvernement de la répu-
blique?
Est-ce que votre conscience vous ferait crain-
— 12 —
dre l'épreuve si naturelle du suffrage universel?
Cependant votre position sociale vous place d'une
manière avantageuse vis-à-vis des classes la-
borieuses que vous avez l'air de craindre ; car
vous avez l'instruction nécessaire pour attirer
sur vous leurs suffrages , surtout, si vous y
joignez la bonté de coeur et les sentiments de
républicains sincères. Donc, si vous voulez bien
examiner sans passions, ni parti pris, l'avantage
que le citoyen honnête et éclairé peut recueillir
dans une société qui a pour base de ses insti-
tutions le suffrage universel, vous trouverez
que votre part aux honneurs et aux emplois
publics est de beaucoup plus réel et plus ho-
norable que celle que vous procurait l'abaisse-
ment et l'intrigue sous le régime de la monarchie;
soyez donc assez justes, et surtout assez rai-
sonnables, pour reconnaître que le gouvernement
de la république, sous l'égide du suffrage uni-
versel, loyalement exercé, est le seul qui puisse
convenir et assurer l'union des citoyens chez
un peuple honnête et intelligent, et surtout,
dans une nation comme la France, divisée par
tant de partis, dont, tous assurément, sont la
plus part des honnêtes gens ; dites-vous donc
une bonne fois: que nous importe le règne de
telle ou telle monarchie, qui n'a d'autre intérêt
à servir la patrie, que celui qui tourne au pro-
— 13 —
fit de sa race, et le plus souvent, d'autre mérite,
que celui de grever la nation par des listes
civiles, émaillées de quelques dixaines de millions,
et mille autres charges ruineuses et inutiles? Et
que vous importe, en effet, le règne de tel ou
tel autre souverain qui sans doute ne saura
jamais si vous l'avez aimé et bien servi, et que
le premier intrigant venu pourra séduire, et en
le perdant, perdre encore une fois notre patrie?
Reconnaissez donc vos erreurs passées, et, deve-
nant franchement des hommes du siècle, et de
sincères républicains, vous aurez assuré à vos
enfants un avenir heureux d'union et de paix,
et à la France une source de richesses sociales
qui, en la plaçant au premier rang des nations
civilisées, la feront bénir et aimer par tous les
peuples.
Si vous persistez dans la fausse voie où vous
êtes entrés, et que vous ne profitez pas du
nouvel avis que la providence vient de vous
donner, dans les malheurs qui se sont abattus
sur la patrie, prenez garde que votre stupide
entêtement ne provoque la faim, qui fait sor-
tir le loup du bois, et qui ne vous dévore sur
son passage? Ne négligez donc pas la nouvelle
heure de salut; et, surtout, pour rétablir l'ordre,
ne partez pas du désordre; les murailles de vo-
tre empire sont vermoulues, c'est vrai; votre
— 14 —
édifice social tombe en ruine, c'est encore vrai,
mais les nouveaux matériaux pour la réedifi-
cation sont découverts! Les ouvriers attendent
l'heure du travail! A l'oeuvre donc! à l'oeuvre!
Pas d'hésitation, car l'écroulement est imminent,
et la mort pourrait faucher sous les décombres!
INVOCATION
INVOCATION
Mânes sacrés, martyrs des siècles d'igno-
rance et d'orgueil, modèles sans pareil de
toutes les vertus, créatures sublimes pleines
de l'esprit de justice et d'abnégation, génies
splendides et prévoyants, illustres philosophes
et tribuns courageux, qui offriez vos têtes en
holocauste pour la défense de l'idée qui
caressait votre âme pure et sans tache,
idée sublime, virile, principes sacrés de fra-
ternité et de justice; et vous aussi, nobles
et vaillants soldats, qui avez su combattre
et su mourir pour la liberté, écoutez les
cris de détresse que vous adresse la nou-
velle génération! Ayez pitié de son desespoir
— 18 —
et de son repentir d'avoir méconnu vos pré-
ceptes immortels et divins, qui furent toujours
l'épouvante du despotisme et de la lâcheté ;
vous qui, dans les temps les plus malheureux
de l'asservissement des Nations, osiez pro-
clamer à la face des despotes la vérité de
la vraie lumière, et qui, par un geste tout
puissant de votre volonté et de votre courage,
jettiez un défi éclatant et salutaire aux ignobles
persécuteurs de la race humaine! ayez pitié
de nos peines, ayez pitié de nos larmes,
ayez pitié de nos douleurs !
Ayez pitié de nos douleurs, oh ! restes
trois fois saints, nobles et vaillants pionniers
de la civilisation, géants de l'antiquité et de
la grande révolution française! Sortez de vos
tombeaux séculaires trois fois bénis, et dites
à notre génération éplorée qui vous invoque
en tâtonnant dans les ténèbres que l'heure
du réveil a sonné, et que l'éclat majesteux
de votre auréole la conduise au mont sacré
ou elle retrempera son courage et sa foi
pour savoir mourir ou vaincre l'infâme !
Fils de la nouvelle génération, alerte donc,
— 19 —
et accourons en foule pour recevoir de ces
ombres saintes le baptême dû feu sacré.
Que notre orgueil s'abaisse, et que l'amour
de l'humanité vienne en nous remuer notre
âme engourdie; que les conseils et les exhor-
tations des restes vénérés de nos pères nous
illumine de leur foi sublime et qu'après avoir
vaincu, notre oeuvre de regénération com-
mence sous le sceptre de la loi du travail,
du devoir, de la justice et de la FRATERNITÉ
UNIVERSELLE !
CHAPITRE PREMIER
I.
La terre est sombre, le crépuscule, chargé
d'orage, semble apporter un de ces jours, dont
les eaux sont élevées au dessus des monts, et les
nations submergées.
La nature, triste comme le jour des morts,
semble écrasée d'effroi, et attendre résignée les
décrets éternels.
L'humanité entière cherche à se dégager
d'un fluide malfaisant, dont l'effort prend sa
source dans les orages.
Mais ces craintes la font chanceler, et la
plongent constamment dans la bourbe de siècles
passés.
Homme, ouvre tes yeux avant de cramponner
tes mains crispées à des ronces ou des arbris-
seaux desséchés.
Ne vois-tu pas à tes pieds l'abîme où l'éter-
nité t'attend?