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Les révolutions : plus ça change, plus c'est la même chose

30 pages
Dentu (Paris). 1871. 31 p. ; in-8.
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LES RÉVOLUTIONS
IMPRIMERIE P. MOUGIN-RUSAND
RUE STELLA, 3
LES RÉVOLUTIONS
PLUS ÇA CHANGE
PLUS C'EST LA MÊME CHOSE
Sic vos non vobis
VIRGILE.
PRIX ; 50 CENTIMES
PARIS
DENTU, LIBRAIRE-ÉDITEUR,
PALAIS-ROYAL
LYON
EVRARD, LIBRAIRE-ÉDITEUR,
32, RUE DE LYON
1871
Le devoir des hommes de coeur consiste à ne
jamais désespérer ni de leur temps ni de leur
pays, et à travailler, sans se laisser décourager
par les déceptions, à faire prévaloir les idées de
justice.
(Circulaire de M. Jules Favre, ministre
des affaires étrangères, 6 juin 1871.)
I.
Je connais un honnête rentier, retiré des affaires,
jouissant de la médiocrité dorée chantée par Ho-
race, qui fait de sa fortune le meilleur usage, com-
patissant aux misères publiques et privées, économe
au profit de ses enfants, ne s'occupant de politique
que dans l'intimité pour gémir de la folie des am-
bitieux, toujours prêt à réparer leurs fautes dans
la mesure de ses ressources, un homme honorable
et honoré, en un mot.
Ce n'est pas d'une exception que je parle, mais
d'une des innombrables individualités dont la
réunion forme le parti conservateur.
Au plus fort de la guerre civile, qui a suivi si
fatalement pour la France la guerre prussienne,
alors que les hommes politiques s'efforçaient de
trouver et de faire accepter les bases d'une concilia-
tion entre l'insurrection de Paris et le gouverne-
ment de Versailles, il me disait :
— 6 —
— La conciliation est une utopie tout aussi
dangereuse que la Révolution elle-même. Ce serait
la reconnaissance du droit de l'insurrection.
— Vous voulez donc que le gouvernement
s'empare de Paris de vive force ?
— Oui, parce que Paris, le Paris de la Commune,
ne mettra pas de son gré bas les armes. Le pou-
voir, sous peine de déchéance, ne peut voir dans
les fédérés que des coupables et des rebelles.
— Mais le gouvernement n'a point d'armée
— Eh bien, qu'il temporise jusqu'à ce qu'il ait pu
en former une ; à aucun prix il ne doit pactiser
avec l'insurrection.
— Mais Paris est entre les mains de la Com-
mune et à la discrétion des gardes nationaux fé-
dérés La population a émigré presque tout en-
entière Paris sera détruit moralement
— Dieu veuille qu'il ne soit pas matériellement
anéanti !
— Vous croyez donc qu'ils oseraient réaliser leur
menace de faire sauter Paris ?
— Ils sont capables de tout Vous croyez,
messieurs les politiques, que l'histoire ne recom-
mence pas ; c'est une erreur. Nous ne sommes pas
en 1871, nous sommes en 1793. Les institutions,
les lois, les fortunes, les existences sont en coupe
réglée. La Commune n'est qu'un mot, le pillage et
la destruction, voilà la réalité.
— Vous exagérez ; les honnêtes gens ne se lais-
seront ni spolier, ni assassiner. Le temps n'est
.... 7 -
plus où les suspects se faisaient une sorte de gloire
de monter à l'échafaud.
— C'est encore une erreur. Nous sommes et
nous serons toujours les mêmes, nous les conser-
vateurs, nous les victimes. Nous gémissons dans
notre coin, mais nous tendons le cou. Nous aurions
bien le droit de nous défendre, cependant, car
c'est nous qui payons. Eh! mon Dieu! c'est tou-
jours le résultat final. Après chaque Révolution il
faut combler le goufre du déficit. Les ambitieux,
les meneurs, passent en jugement et sont plus ou
moins exécutés, quand ils n'ont pas eu le temps de
s'échapper. Les pauvres diables qui ont pris les
armes sont tombés obscurément derrière les bar-
ricades. Puis arrive la liquidation et nous payons;
nous payons de toutes les manières : Emprunts,
impôts nouveaux, centimes additionnels, sans
compter les charges communales et les cotisations
forcées. Nous avons payé le milliard des émigrés ;
nous avons payé les 45 centimes de 1848 ; nous
avons souscrit tous les emprunts de l'empire ; nous
paierons les cinq milliards d'indemnité et les mil-
liards supplémentaires nécessaires à la reconstruc-
tion de Paris et à la mise en état de la France
Les révolutions violentes se ressemblent toutes ;
suscitées par des ambitieux, elles sont faites par
les déclassés de tous les mondes et par des hom-
mes dont les passions et les convoitises sont excitées
jusqu'à la frénésie Les conservateurs seuls ne
changent pas ; et s'il est de mode de rire de ces
— 8 —
bonnes gens que l'on accable d'épithètes quelque-
fois spirituelles, toujours injustes et malsonnantes,
le gouvernement, quel qu'il soit, est toujours heu-
reux de les trouver.
II.
Les prévisions de mon ami, le conservateur,
ont été dépassées, et dans quelle effroyable pro-
portion !
L'insurrection du 18 mars, qui avait au début
une apparence de légitimité, puisqu'elle était la
revendication des franchises communales, est de-
venue en peu de temps une dictature violente, im-
patiente de tout contrôle ! les spoliations ont suivi
bientôt ; puis la terreur.
Le massacre des otages et l'incendie de Paris ont
couronné celte oeuvre impie et monstrueuse, qui
est l'irrévocable condamnation des révolutions à
main armée, qui sera la honte éternelle du XIXe siècle.
Robespierre, tacticien de l'assassinat ; Fouquier-
Thinville, pourvoyeur de la guillotine ; Couthon,
cul-de-jatte haineux, démolisseur de Lyon ; Carrier,
inventeur des noyades expéditives, vous tous,
sombres et féroces jacobins, vous avez dû trésaillir
de bonheur, en sentant s'agiter sur vos tombes la
carmagnole enragée, si furieusement conduite par
vos dignes successeurs , les Delescluze, les Félix
— 9 —
Piat, les Paschal Grousset, les Raoul Rigault, les
Vallès, les Vermorel
Comme vous, ils ont proscrit, démoli, pillé,
tué
Ils ont fait plus que vous, ils ont allumé l'in-
cendie de Paris et fait flamber les monuments,
gloire de la grande capitale, superbes témoignages
du génie national.
Ils ont imité l'empereur Néron, ces misérables,
stipendiés par l'empereur d'Allemagne et par l'ex-
empereur des Français?
Heureusement, malgré toutes les excitations,
malgré quelques tentatives, bientôt réprimées, à
Marseille, à Lyon , à Toulouse, heureusement la
province est restée calme, peut-être indifférente.
Oui, indifférente.
La province supportait malaisément le joug de
Paris. Depuis longtemps elle aspirait à vivre de sa
vie propre, sans être obligée de recevoir par le train
express le mot d'ordre parisien.
Le siége prussien l'avait obligée à s'improviser
productrice pour tout ce qu'elle attendait autrefois
de la capitale et qui lui manquait tout à coup ; c'é-
tait un pas en avant et une espérance.
La révolution du 18 mars a précipité ces aspira-
tions décentralisatrices et si les élections munici-
pales du 30 avril ont été une manifestation à peu
près unanime en faveur des franchises communales,
elles ont été aussi une énergique protestation con-
tre la Commune.
— 10-
III.
Qu'est-ce que la Commune ?
Qu'est-ce que la Décentralisation ?
La Commune est ce qu'on appellerait en peinture
un trompe-l'oeil.
A l'énoncé du mot on est porté à croire qu'il s'a-
git de l'association cordiale des habitants réunis
autour du clocher ou vivant côte à côte dans une
ville.
La Commune fait penser à. la famille.
Pas du tout. Il s'agit bien de famille, d'associa-
tion, de bien public !
C'était la Commune d'autrefois, la Commune du
Moyen-Age, celle que les vilains avaient créée pour
se soustraire au despotisme seigneurial. Ce n'est
pas la bonne, ce n'est pas la Commune moderne.
La Commune de Paris en 1793 fut un pouvoir
dictatorial qui se dressa en face de la Convention
et qui parvint à la dominer, poussant à toutes les
mesures extrêmes, ordonnant les exécutions som-
maires, supprimant les Eglises et Dieu, érigeant la
guillotine en législateur suprême.
Voilà la Commune que Paris a voulu rétablir,
que la France a eu le bon sens de repousser, et
la jeune et héroïque armée la gloire d'anéantir.
Seulement, comme il faut innover en quelque
chose, ne fût-ce que dans les mots, les membres de
_ 11 _
la Commune de 1871, tendaient un appât à la
province et faisaient appel à la fédération des
communes.
C'est une vraie trouvaille. Si la fédération pou-
vait aboutir, au lieu d'une dictature, la France
jouirait de 37 ou 38,000 pouvoirs absolus.
Ce serait un retour au Moyen-Age le plus reculé ;
mais franchement ce résultat est-il enviable ?
Il n'y a plus ni vilains ni seigneurs aujourd'hui,
et le XIXe siècle nous a donné, entre autres choses,
le télégraphe électrique et le chemin de fer, insti-
tutions éminemment contraires à l'établissement
de barrières innombrables à l'entrée de chaque
ville, au point de rencontre de chaque circons-
cription territoriale.
Mais passons. La Commune ne peut soutenir la
discussion ni en théorie ni en pratique.
Quant aux franchises communales, ou si vous
aimez mieux, la décentralisation, c'est une autre
affaire.
Les franchises communales sont un des éléments
de la liberté politique.
Elles représentent pour une ville, quelle que soit
son importance, le droit de faire ses affaires elle-
même.
Entendons-nous toutefois, je parle des affaires
municipales; il est clair que si la limite n'était pas
tracée entre les choses d'ordre public et d'intérêt
général et celles de la localité, nous tomberions
dans le gâchis.
Ce qui est abusif c'est qu'une ville dépende du
pouvoir central en tout et pour tout.
Les partisans de la centralisation disent :
« Sans l'intervention de l'Etat qui, au besoin,
force la main aux administrations locales, on ne
ferait jamais rien. »
Et ils donnent Avignon pour exemple.
L'ancienne ville des papes est, on le sait, un
fouillis de petites rues, comme toutes les vieilles
villes.
M. Pamard, étant maire et M. Durand-Saint-
Amand, préfet, une grande et belle avenue a été
ouverte, à travers les remparts, de la gare à la place
de l'Horloge.
Cette rue a transformé Avignon. Il est vrai
qu'elle a détruit le jardin de l'Hôtel des Invalides
et le jardin des plantes; mais elle a dégagé l'église
du Lycée, un délicieux temple grec qui a été
malheureusement surélevé et alourdi par des
constructions relativement modernes.
Le jardin des plantes a été transporté sur le Ro-
cher des Doms, qui est devenu un admirable bel-
védère d'où se déroulent les paysages les plus
grandioses et les plus variés. Quant à moi, je ne
connais rien qui soit plus beau, plus complet que
ce multiple panorama.
Si aujourd'hui on s'avisait de rétablir la ville
dans son ancien état, les habitants d'Avignon fe-
raient bien certainement une révolution et seraient
capables de proclamer la Commune.

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