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Les Sirènes, d'après George Kastner (par Delcasso)

De
10 pages
impr. de Vve Berger-Levrault (Strasbourg). 1867. In-8° , 10 p..
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LES SIRÈNES
D'APRÈS GEORGE KASTNER.
'? H-s'esf'trowé de nos jours un artiste alsacien épris de la
grjÂëé^jtfdxfue, savant et passionné tout ensemble, juge
expert et compositeur distingué, joignant à ces aptitudes
spéciales, d'abord une érudition classique très-solide, qui,
une question d'art étant donnée, tient à remonter à ses ori-
gines pour en construire l'histoire complète; ensuite une
aspiration métaphysique qui, sous les formes, cherche l'idée,
sous les faits leur raison d'être; enfin un instinct poétique qui
prête à tout cela de la couleur, du mouvement et de la vie.
Avec cette étendue d'esprit et cette patience de travail,
George Kastner a successivement porté ses études sur plu-
sieurs problèmes qui intéressent à la fois la musique, l'ar-
chéologie, l'histoire et la philosophie.
Un jour il s'est occupé de cette étrange et lugubre fan-
taisie du moyen âge qui enfanta, avec les fictions des Danses
macabres, les rhythmes de leurs évolutions malicieusement
symboliques. Une autre fois, son attention s'est portée sur
les tons variés et puissants des chants guerriers et des mu-
siques militaires. Nous l'avons vu, sur un théâtre bien dif-
férent, pénétrer le sens de ces notes bizarrement groupées
qui modifient les voix tantôt isolées, tantôt confuses, les
cris, les grondements, les clameurs des grandes cités. Avec
une prédilection facile à comprendre, il a écouté, pour nous
les expliquer, les soupirs des harpes d'Éolie et les séduc-
tions mélodieuses des Sirènes.
A propos de chacun de ces sujets si divers, le docte ar-
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tiste a interrogé les mille traditions éparses chez les poëtes,
les historiens, les critiques, les savants; il a évoqué et mis
en lumière les pensées ou les sentiments qui, à travers les
âges, se sont exprimés sous ces formes mobiles, pittoresques
et quelquefois si singulièrement accentuées. Puis, pour con-
clure, il a donné de chaque genre de mélodie un spécimen,
un ingénieux échantillon, réalisant ainsi sa théorie par de
remarquables créations musicales sur des paroles que lui
ont fournies des plumes élégantes. On peut dire que, dans
chacune de ces cinq monographies, la matière est à peu
près épuisée, et qu'après le bénédictin de l'art, il ne reste
presque rien à glaner.
La conclusion philosophique qui ressort de cette oeuvre
vaste et multiple, c'est qu'au-dessus de la musique plus ou
moins artificielle de nos concerts et de nos opéras, il y a
une musique naturelle, qui de toutes parts résonne autour
de nous, sous nos pieds et sur nos têtes, qui frissonne dans
les. eaux, frémit dans les bois, murmure dans les cavités
souterraines, éclate et tonne aux jours des batailles ou à
l'approche des commotions populaires,
La symbolique musicale de G. Kastner m'a charmé par la
conception,-la méthode, la mise en scène, et, ajoutons-le,
par l'exécution typographique, vraiment digne de ce monu-
ment de l'art. Mais ce qui m'a surtout captivé, c'est la bril-
lante fiction qui prit en Grèce la figure des Sirènes, et qui
s'est reproduite dans tous les temps, chez tous les peuples,
avec des traits d'une frappante analogie. Comme il y a des
accents qui traduisent' ou excitent l'ardeur guerrière; des
rumeurs ou des cris éclatants qui expriment les besoins,
les joies, les souffrances, les colères des populations agglo-
mérées; des sanglots, des* bourdonnements sourds, des
frôlements mystérieux sortis des profondeurs sépulcrales;
comme le frémissement des airs rencontre des gammes dé-
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licieus.es qui vibrent à nos oreilles et les caressent au milieu
du silence des bois et des ruines abandonnées, il est aussi
des voix, des tons, des accords qui s'élèvent du sein des
eaux, molles et flottantes harmonies que G. Kastner a enten-
dues courir ou ondoyer avec les sources, les fleuves, les
lacs, les mers, et dont il a retrouvé l'écho voluptueux dans
une foule de mythes, de fabliaux, de légendes, au nord
comme au sud, dans les brumes de l'Occident comme sous
le ciel doré-de l'Asie.
Chacune des études du maestro, chacune des mélodies
naturelles dont il nous révèle le sens, a ses nuances dis-
tinctes, son caractère, son accent, son rhythme, son effet
moral. Les danses des morts serrent le coeur par leur impi-
toyable ironie; les cris de la grande ville vous étourdissent
et vous inquiètent; les chants de guerre vous électrisent et
vous entraînent; les harpes éoliennes vous bercent dans des
rêveries tendres et religieuses; les Sirènes versent dans vos
âmes la langueur et le poison des séductions sensuelles.
Pour donner un corps aux concerts voluptueux de ces
nymphes perfides, un poëte a fourni au musicien un petit
drame dont les acteurs, les sentiments et les paroles sont
empruntés au moyen âge. Il m'a semblé qu'il y aurait aussi
intérêt à traiter la matière au point de vue des Grecs. Le
mythe nous rappelle avant tout Orphée, Homère, les Argo-
nautes. J'ai donc essayé de faire entendre les Sirènes dans
une cantate hellénique, pour laquelle j'ai mis à contribution
le Pseudo-Orphée, Apollonius de Rhodes, Pindare, sans
m'inlerdire quelques autres emprunts que les lettrés recon-
naîtront à première vue.
En traitant la fable antique, je me suis permis des infi-
délités dont je dois donner les raisons. D'après la tradition
suivie par les poètes argonautiques, les Sirènes arrêtent les
Minyens à leur retour, près des côtes de la Sicile, lorsque