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Les tastes de Napoléon, ou l'homme du siècle...

177 pages
Ledentu (Paris). 1815. France (1804-1814, Empire). In-18.
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LES FASTES
DE
NAPOLÉON.
LES FASTES
DE
NAPOLÉON,
ou
L'HOMME DU SIÈCLE
RESUMÉ purement historique des actions et
paroles mémorables, bons mots et réparties
ingénieuses du premier Empereur des Français ;
avec des détails curieux sur sa conduite privée
à l'île d'Elbe, et son retour en France ;
Précédé d'un précis de sa vie et de ses opérations
militaires.
D'éloges maladroits pourquoi charger son style ?
Quand les faits ont parlé, le reste est inutile.
PARIS
VEDENTU, Libraire, passage Feydeau.
1815.
IMPRIMERIE DE J. D. IMBERT,
RUE DE LA VIEILLE
LES FASTES
DE
NAPOLÉON.
Précit de la vie de l'Empereur , et de
ses opérations militaires.
On a trop reproché à Bonaparte le lieu
de sa naissance, pour que personne dans
l'univers ignore qu'il a vu le jour à
Ajaccio en Corse. Quel a été le fruit de
ce risible acharnement?.... d'accélérer
son retour au trône. C'est ainsi que les
ligueurs forcénés en agissaient avec
Henri IV; et ce prince bon et magnanime
se glorifia du nom de Bearnais, que ses
ennemis lui avaient donné par dérision.
Une autre maladresse des détracteurs de
Napoléon , fut de lui contester le jour
de sa naissante, qu'il était facile de vé-
3
( 6)
rifier, et jusqu'à son prénom , pour lui
en donner un qu'ils se plaisaient à re-
garder comme ridicule, (1)
Bonaparte ne touchait pas. encore à sa
dixième année, lorsque sa famille obtint
du maréchal de Ségur, alors ministre de la
guerre, son admission à l'école militaire
de Brienne ; il s'y montra plus réfléchi
qu'on ne l'est ordinairement' à un âge
beaucoup plus avancé. Soit taciturnité
(1) Ce n'est pas le nom, c'est la manière dont
on le porte qui peut être ridicule. Le vainqueur
de Pompée pouvait s'appeler Claude aussi bien
que César, et Claude eut été dès lors le nom
de tous les grands hommes qui lui ont succédé.
Au surplus les ennemis de l'Empereur eux-
mêmes ont fait justice de cette calomnie, en
publiant le certificat ci-après , qu'il obtint
(disent-ils ) à sa sortie de l'école de Brienne :
Bonaparte, (Napoléon) né le 15 août 1769,
taille de quatre pieds, dix pouces, dix lignes,
a fini sa quatrième année ; très-bonne consti-
tution, sauté excellente s'est toujours dis-
tingué par son application aux mathémati-
ques, etc. »
(7)
soit amour de l'étude, il prenait rare-
ment part aux jeux de ses camarades;
et, retiré sous un berceau, il donnait à
la lecture presque tout le temps des ré-
créations. Ce fut ainsi que s'écoula la
première année de son séjour à l'Ecole ;
les deux suivantes furent témoins de ses
progrès dans la connaissance de l'histoire,
des mathématiques et des fortifications.;
aussi apportèrent-elles un notable chan-
gement dans ses relations avec ses cama-
rades. De solitaire qu'il était, il devint
chef de la joyeuse troupe, et au lieu de
prendre part à ses jeux, il eut sur elle
assez d'ascendant pour lui faire adopter
les siens. La jeunesse est, encore plus
que l'âge viril, avide de nouveautés ;
quel enthousiasme né produisit pas sur
de jeunes écoliers l'idée de renouveler
parmi eux les exercices des Grecs et des
Romains, dont toutes leurs études leur
retraçaient les faits mémorables ! Dès
lors il né fut plus question à Brienne
que de luttes, de batailles, de retran-
4
(8)
ehemens; soit qu'il donnât l'assaut, soit
qu'il soutînt le siége, lé peloton que
commandait Bonaparte remportait pres-
que toujours la victoire 5 il est vrai que
les armes des combattans n'étaient pas
meurtrières ; c'étaient des mottes de
terre ou des pelotes de neige, selon la
saison ; et lorsque l'on s'en était en-
voyé quelque, temps de part et d'autre,
on en venait à l'arme blanche ; c'est-à-
dire que les assiégés faisant une sortie,
ou les assiégeans donnant l'assaut, on
finissait par lutter corps à corps les uns
contre les autres, Les chefs de l'Ecole
encourageaient, ces exercices, qui déve-
loppaient rapidement les forces corpo-
relles de leurs élèves, sans les exposer
à des suites fâcheuses.
L'entrée du jeune Napoléon à l'Ecole
militaire de Paris , vint interrompre les
plaisirs guerriers de celle de Brienne;
il y soutint, par un travail opiniâtre,
la réputation qu'il s'était acquise ; sortit
avec avantage de tous les examens qu'on
(9)
lui fit subir, et fut promu au grade de
sous lieutenant au premier régiment
d'artillerie de La Fère, au commence-
ment de l'année 1789.
Qn assure que le jeune sous-lieute-
nant embrassa avec ardeur les opinions
qui prévalurent à cette époque; et cette
assertion n'étonne aucunement les per-
sonnes qui veulent se donner le temps
de réfléchir. Il s'agissait de secouer le
joug de vieux préjugés et d'institutions
gothiques'; quel jeune homme, encore
imbu de la lecture des poètes et des
orateurs grecs et latins, eût pu en-
tendre prononcer le mot de liberté sans
que sort coeur se dilatât, comme frappé
tout à coup d'une violente commo-
tion électrique! Cette remarque est
si vraie que, dans ce moment encore ,
après vingt-cinq ans d'une révolution
dont les excès ont, aux yeux de bien
des gens, effacé les bienfaits, c'est au
nom de cette même liberté que Napo
léon recrée l'esprit national, et rattache
(10)
à lui tout ce que la France a de partisan
des idées libérales.
Bonaparte habitait avec sa famille
auprès de Toulon, lorsque cette ville
fut livrée aux Anglais ; il sollicita et
obtint du service dans l'armée chargée
de sa délivrance. Dans les premiers jours
du siége, on remarqua un artilleur qui ,
demeuré presque seul au milieu de ses
camarades blessés ou tués , suffisait à
toute la manoeuvre de sa pièce. C'était
Bonaparte ; le rapport que l'on en fit ,
au représentant du peuple (1) lui valut
(1) Les représentans du peuple, en mission
auprès des armées, y exerçaient une autorité
presque sans bornes. Cette considération n'em-
pêchait pas Bonaparte de remettre quelquefois
ces messieurs à leur place. Un d'entre eux
voulut lui donner son avis sur la direction d'une
batterie ; « Citoyen, répondit le jeune héros,
faite votre métier de représentant, et laissez-
moi faire le mien d'artilleur. Cette batterie
est fort bien là ; elle y restera tant qu'il sera
nécessaire, et je réponds du succès. »
(11)
le brevet de général d'artillerie , et la
récompense des bravés fit son effet accou-
tumé ; car le nouveau général, animé
peut-être encore plus par cette glorieuse
distinction , pressa l'ennemi 'avec tant
de vigueur, qu'il l'obligea de se rembar-
quer. Quelques injustices dont il eut à
se plaindre après la rentrée des armées
françaises dans Toulon , lui firent envi-
sager comme mensongère la liberté dont
jouissait la France , et despotisme pour
despotisme, il demanda la permission
de se retirer à Constantinôple.
Cette démarche n'eut point de suite;
il rentra donc dans la classe de simple
citoyen, et se remit paisiblement à ses
travaux, jusqu'à l'époque du 13 ven-
démiaire , où la Convention , effrayée ,
l'adjoignit à Barras dans le comman-
dement des troupes armées pour sa dé-
fense. Les ordres les plus violens lui
furent donnés, et ils eurent au moins
un commencement d'exécution, car beau-
coup des insurgés furent tués ou blessés
6
sur les marches de Saint-Roch, qu'ils
avaient choisi pour leur quartier-géné-
ral. Cependant on remarqua qu'une in-
finité de balles et de biscayens portèrent
dans' la sommité des colonnes de l'é-
glise, ce qui supposerait l'intention d'é-
pargner le sang ; car pourquoi-ajuster.
si haut , quand il était facile de tout
exterminer sur les degrés où s'était ras-
semblée la foule des citoyens égarés ? On
ajoute que la plupart des coups de canon
tirés dans cette nuit de terreur, le furent à,
poudre, et seulement à dessein d'épou-
vanter les Parisiens ; ce qui s'accorde
assez bien, avec ce propos si connu d'un
général, en présence duquel on blâmait
Napoléon de sa conduite à cette époque
« Messieurs, ne jugeons, pas sans en-
tendre ; s'il eût, à la lettre, suivi les
ordres qu'il avait reçus, jamais journée
n'eût, été plus sanglante, »
La France avait alors en Italie une
armée que l'on regardait presque comme
anéantie, Elle avait perdu cette attitude
(13)
fière qui, si long-temps , avait imposé
à nos ennemis ; confinée sur les rochers
de Gênes , dans un état de détresse ef-
frayant , il était encore trop heureux que
le souvenir de ses exploits tînt en res-
pect les Autrichiens, qui à leur tour,
avaient pris l'offensive. C'est dans ces
circonstances que Bonaparte fut appelé
à en prendre le commandement en chef ;
ce fut, là qu'il déploya pour la première
fois contre l'étranger les talens qui lui
valurent la; réputation de premier capi-
taine de l'Europe. Eu moins de dis
jours ses soldats , ranimés par son cou-
rage , triomphèrent quatre foie d'un en-
nemi qui l'emportait sur eux par le
nombre, Montenotte, Millésimo, Dégo.
et Mondovi. furent les théâtres successifs
de batailles sanglantes dont ils eurent
tout l'honneur. Le roi de Sardaigne, trop
heureux' d'obtenir un armistice , donna-
pour garant de sa parole deux de ses
places fortes. Le Pô, l'Adda) défendus
par les Autrichiens, semblaieut devoir
( 14 )
arrêter l'impétuosité française ; Bona-
parte fait ses dispositions , et le premier
de ces fleuves est passé à Plaisance, au
moment où l'on s'y attendait le moins ;
le passage de l'Adda ne pouvait avoir
lieu que par le pont de Lodi, que Beau-
lieu poursuivi de près à la suite d'une
première affaire sous les murs de la ville,
n'avait pas eu le temps de couper, mais
qu'il défendait avec le feu bien nourri
de trente pièces de canon. Tout dépen-
dait d'un coup d'éclat : ce sorit Masséna
et Berthier qui se dévouent ; ils s'élan-
cent sur le pont ; leur enthousiasme se
communique aux soldats ; le pont en est
couvert au même instant et emporté.
Beaulieu frémit ; mais tous ses efforts
sont inutiles , et la journée de Lodi
ajoute à la gloire du nom français.
A la suite de cette bataille, Pavie ,
Crémone, Milan, la Lombardie entière
tombèrent au pouvoir de nos troupes ; la
position que Beaulieu avait jugée inexpu-
gnable derrière le Mincio fut emportée
( 15 )
et Wümser lui succéda dans le commen-
dément des forces autrichiennes ; ce gé-
néral eut d'abord quelques! avantages
qui n'empêchèrent pas Bonaparte de
s'emparer de Trente, après avoir vaincu
son adversaire à Lonado, à Castiglione,
à Saloet à Gallardo. L'affaire de Lonado
lui fit surtout un honneur infini parla
présence d'esprit qu'il déploya dans cette
occasion.
Le passage des gorgés de la Brenta
ne fut pas un des faits d'armes les moins
beaux de cette campagne et s'il eut été
suivi d'un pareil succès à Céria, l'armée
de Wurmser eut été anéantie ; mais la
fortune inconstante se montra quelques
instans pour lui ; ce qui lui donna le'
temps de faire une retraite honorable
sur Mantoue , où il espérait faire sa'
jonction avec les généraux Davidovich
et Alvinzi , qui lui amenaient cinquante
mille hommes de troupes fraîches.
Bonaparte après avoir passé l'Adige
se porta sur Arcole, village dont la prise
assurait la défaite de l'ennemi et empê-
chait la jonction projetée ; malheureu-
sement la position du village au milieu
des canaux était si avantageuse, que peu
de troupes suffesaient pourra défense ,
et que notre ayant-garde, arrêtée, là toute
une journée , vit successivement blesser
tous ses généraux. Le succès tenait au
passage du pont; mais il était tellement
chauffé par l'artillerie des Autrichiens ,
que la mort y semblait inévitable ; en
vain le général Augereau porta-t-il jus-
qu'à l'extrémité du pont un drapeau; il
fallait un exemple encore plus entraînant
pour déterminer le soldat. Bonaparte,
instruit de ce qui se passe, y vient lui-
même, et par ce peu de mots communi-
quant à ses braves l'ardeur qui le guide ;
« Amis, dit-il, souvenez-vous du pont de
Lodi ! » A ces mots il saisit un drapeau
tricolore, pique des deux, et franchit le
pont eh criant : « Suivez votre général. »
Dès lors toit te irrésolution cesse ; le
passage s'effectue en dépit des bouches à
(17)
feu qui vomissent la mort, et la victoire
est le prix de l'audace.
De nouveaux triomphes attendaient
les Français à Rivoli , à Anghiari , et
déterminèrent la prise de Mantoue , de
Venise et des gorges du Tyrol; quelques
révoltes qui éclatèrent à Milan et à
Pavie furent habilement réprimées par
les. soins du général en chef, qui eut la
gloire de dicter à Campo-Formio les
conditions d'une paix honorable dont il
avait arrêté les préliminaires à Léoben.
Un congrès assemblé à cette époque
pour traiter de la paix générale , étant
demeuré sans effet, le directoire, qui
gouvernait alors la France, parut s'occu-
per sérieusement d'une descente en An-
gleterre ; la flotte se réunit à Toulon, et
Bonaparte fut nommé le chef de l'expé-
dition ; mais ce n'était pas sur les côtes
de la Grande-Bretagne qu'elle devait
avoir, lieu. On prétend que les directeurs,
inquiets de l'ascendant que le général en
chef commençait à avoir sur des troupes
( 18 )
qu'il avait' si souvent conduites a la vic-
toire ,' conçut, pour éloigner lui et l'élite
de ses soldats , le plan d'un débarque-
ment en Egypte , dont Bonaparte lui-
même n'aurait connu le projet que lors-
qu'il n'était plus temps de reculer. Le
général, voyant d'ailleurs la paix réta-
blie par ses soins, n'envisagea peut-être,
lorsqu'il fut instruit du but véritable de
L'expédition, que les nouveaux lauriers
qu'il allait cueillir , et il partit sans se
permettre le plus léger murmure.
Il avait avec lui dix-neuf mille hom -
mes de débarquement et environ deux
mille savans, artistes et employés , que
portaient cent quatre-vingt, quatorze
bâtimens tant de guerre que de trans-
port.
La première opération de l'armée na-
vale, fut la prise de Malte, qui ne se
rendit qu'après une vigoureuse défense.
La flotte arriva ensuite devant Alexan-
drie. Cette ville ayant fait moins de
résistance, souffrit très-peu du siége,
et fut respectée par le soldat, selon les
ordres précis qu'avait donnés Bona-
parte au moment de l'attaque. Un pre-
mier traité avec les Arabes fut la suite
de cette victoire , et l'armée se mit en
marche pour le Caire. Vainement les
Mamelucks et les Arabes se réunirent
à Rhamanié et à Chabranne pour arrêter-
ses progrès; ils furent enfoncés de toutes
parts, et la cavalerie des Mamelucks, qui
cherchait à se faire jour dans nos rangs
n'ayant pu y parvenir, fut obligée de
battre en retraite.
Enfin on découvrit les fameuses pyra-
mides ; on n'était encore qu'à Embabé,
et six lieues restaient à faire avant d'en-
trer dans la capitale de l'Egypte; c'était
peu de chose pour une armée qui avait
franchi avec tant de rapidité un espace
si considérable ; mais on rencontra dans
cette position les vingt-trois beys qui
avaient réuni là toutes leurs forces, et'
élevé des retrancheinens formidables pour
tout autres que des français. Bonaparte:
( 20 )
les fit attaquer par les généraux Ram-
pon et Desaix. La résistance fut opi-
niâtre ; des sorties fréquentes tournèrent
au désavantage des assiégés, et la place
fut emportée. Il périt dans cette affaire
deux mille hommes de cavalerie ennemie
la plupart des beys, et presque tous les
Mamelucks. On trouva dans la place
cinquante pièces d'artillerie et la charge
de cinq cents chameaux, en munitions
de guerre et de bouche et marchandises
de toutes espèces. Après cette victoire
signalée , le Caire se rendit sans résis-
tance..
Malheureusement la me? ne nous fut
pas aussi favorable ; l'amiral Brueys,
qui commandait la flotte, fut attaqué par
les Anglais près d'Aboukir; il périt, et
presque tous les vaisseaux furent pris ou
détruits.
Bonaparte , instruit de ce funeste évé-
nement et privé de ses communications
avec la France par le blocus de tous les
ports de l'Egypte , eut néanmoins con-
( 21 )
naissance d'un traité conclu entre l'An-
gleterre et la Turquie; il songea qu'il
pouvait être attaqué à la fois par mer et
du côté de la Syrie, où fuyait Ibrahim-
Bey , l'un de ceux qui avaient survécu à
la défaite d'Embabé ; il était important
de se mettre à sa poursuite, et c'est ce
que fit la général, après toutefois avoir
organisé le gouvernement du Caire ,
créé dans cette ville un institut , une
bibliothèque , une imprimerie, un labo-
ratoire de chimie ; et réprimé surtout
une insurrection des habitans , qui pou-
vait avoir pour l'armée les suites les
plus funestes.
Suez ouvrit ses fortes ; des déserts
immenses furent traversés. L'armée tur-
que, retranchée dans les plaines de Gha-
aah, y fut complettement battue et dis-
persée, et la ville tomba au pouvoir des
Français. Giaffa eût le même sort ; mais
près une opiniâtre résistance, après que
la ville et le fort ayant été emportés
d'assaut, la garnison fût toute passée au
( 22 )
fil de l'épée; De nouveaux malheurs
attendaient là nos soldats ; la peste se
mit dant la ville , et moissonna l'élite
de l'armée ; Bonaparte montra dans cette
occasion le même sang-froid la même
présence d'esprit qu'il déployait dans uns.
jour de bataille.
Après avoir opposé les secours dé l'art-
à ce terrible fléau , il eut la satisfaction
d'y soustraire le plus grand nombre de
ses compagnons d'armes et les conduisit
devant Saint-Jean d'Acre , dont il fallut
interrompre le siége pour combattre au
mont Thabor les bataillons nombreux
qui de toutes parts arrivaient au secours
de la ville ; la victoire s'y déclara encore
pour nous, et le siége fut repris avec une
nouvelle vigueur ; mais la saison des dé-
barquemens approchait , et les Anglais
pouvaient à leur tour descendre en
Egypte; d'ailleurs la peste que l'on avait
crue dissipée, n'était qu'assoupie, et se
réveillant avec plus de force moissonnait
une foule de guerriers ; il fallut donc
(23)
renoncer au siège, double succès ajou-
tait peu de chose à la gloire de nos armes,
et reprendre la route du Caire ; l'armée
y rentra après plus de deux mois de fati-
gues inouïes.
Bonaparte ne s'était pas trompé dans
ses calculs ; peu de temps après son re-
tour au Caire, il apprit aux pyramides
de Giseh, où il avait ordonné au général
Murat de le venir rejoindre, que les
Anglais débarqués à Aboukir mena-
çaient Alexandrie. En conséquence il
fit toutes les dispositions qu'il crut né-
cessaires pour n'être pas attaqué dans
sa marche, dont le résultat fut la destruc-
tion du fort d'Aboukir, et la victoire
la plus complète.
Depuis long-temps on n'avait en France
que des données incertaines sur le sort
de l'armée d'Egypte et de son général.
Tout à coup on apprend que Bonaparte
est débarqué près de Fréjus et qu'il, se
rend à Paris. Instruit des déchiremens,
qui menaçaient la France, il s'était ino-
(34)
pinément embarqué, laissant l'armée sous
le commandement du général Kléber.
Ce retour inattendu changea en un
moment la face des affaires politiques,;
le conseil dès anciens appela le général
en chef au secours de la chose publique
menacée par un parti puissant ; les fac-
tieux furent réprimés au 18 brumaire,
et par la nouvelle forme de gouvernement
établie, trois consuls furent nommés ; (1)
un sénat , un corps-législatif, uni tribu-
nat furent créés, et la France s'arrêta
sur le bord de l'abîme où l'allaient plon-
gér les dissensions intérieures , encore
plus que les efforts habilement concertés
des ennemis du dehors.
Il faut cependant avouer que notre
position n'était pas brillante ; l'Autriche
avait violé le traité de Campo-Formio ;
nos armées en Italie manquaoent de tout
(1) Voici leurs noms : Bonaparte, premier,
consul; Syeyes et Roger Ducos, deuxième et
troisième.
et se trouvaient dans l'état le plus complet
de désorganisation ; une guerre cruelle
armait les citoyens les uns contre les
autres dans la Vendée; l'Angleterre ve-
riait de refuser les conditions de la paix
qui lui étaient offertes. Bonaparte fit tête
à ces dangers réunis; il arma la jeunesse
française, marcha sur l'Italie avec qua-
tre-vingt mille hommes , franchit les
hauteurs des Alpes , du Saint-Bernard ,
du Simplon et du Saint-Gothard : les
fleuves n'entravèrent pas mieux sa mar-
che ; il traversa le Tésin et le Pô : l'on-
nemi battu perdit tout, artillerie et ma-
gasins ; les batailles de Montebello et de
Marengo achevèrent la destruction de
ces phalanges, et il fut trop heureu-
d'obtenir une suspension d'armes qui
seule pouvait en sauver les débris , tan-
dis que; satisfait de ce triomphe glorieux,
le premier consul revenait à Milan réor-
ganiser la république cisalpine , pacifiait
la Vendée , traitait avec l'Angleterre par
le moyen de plénipotentiaires rassemblés
B
(36)
à Amiens ; et de retour à Paris , rece-
vait des mains du sénat une récompense
honorable dans sa réélection pour dix
nouvelles années , quoiqu'il ne s'en fut
encore écoulé que trois sur les dix que
lui assurait sa première nomination.
Bonaparte n'accepta cet honneur qu'a-
près que le décret qui le lui accordait
eut été soumis à l'acceptation du peu-
ple et consacré par la constitution de
l'an X. Il avait aussi entrepris de grandes
routes , des canaux, des établissemens
essentiels , et remis en vigueur l'édu-
cation et la religion, si négligées avant lui.
L'année suivante il apaisa par ses pro-
clamations, et surtout par l'appareil de
ses soldats , les troubles qui déchiraient
la Suisse , et fut nommé médiateur de sa
confédération.
Une des principales conditions de
la paix. d'Amiens était l'évacuation de
Malte par les Anglais, qui pendant la
campagne d'Egypte avaient repris cette
île. Leur gouvernement évita sous mille
(37 )
prétextés de se conformer à cet article du
traité. Cette conduite fut considérée par
le premier Consul comme une violation
manifeste du traité, et le général Mor-
tier pénétra dans le Hanovre , à la tête
d'une division française qui mit en fuite
l'armée du lord Cambridge. En vain la
Prusse et la Russie intérvinrent-elles
pour la restitution de ces états; Bona-
parte déclara fermement qu'il y consen-
tirait lorsque le traité subsistant serait,
rempli dans toutes ses conditions ; la
Grande - Bretagne garda Malte, et la
France acheva dé s'emparer du Hanovre.
Une tentative criminelle contre les
jours du premier Consul ne fit que hâter
son élévation au rang suprême; les con-
jurés furent arrêtés, jugés et condamnés
à mort ; quelques-uns obtinrent leur
grâce de sa clémence.
Peu de temps après le sénat' proposa ,
le peuple et l'année approuvèrent un sé-
natus-consulte qui créait la dignité im-
périale, et en assurait le titre à Bona-
B2
( 28 )
parte et à ses héritiers. Pour donner plus
d'éclat à cette auguste cérémonie, le
pape Pie VII vint lui-même en France,
et le premier Consul fut sacré et cou-
ronné. Empereur le 2 décembre 1804 ,
sous le nom de Napoléon 1er; L'impéra-
trice Joséphine fut sacrée le même jour.
Revêtu de cette dignité imposante ,
Bonaparte voulut faire auprès de L'An-
gleterre un dernier effort pour le rappro
chement des deux puissances; sa lettre
au roi de la Grande-Bretagne se faisait
remarquer par une grande force de rai-
son , appuyée de ce que la modération a
de plus respectable ; il fallut, néanmoins
renoncer à ce doux espoir.
Le 18 mars de l'année suivante, l'Ita-
lie demanda à échanger son titre de ré-
publique contre celui 4e royaume, et
offrit à Napoléon la, couronne de fer, au
lieu de la présidence qu'elle lui avait pré-
cédemment déférée. Napoléon accepta; il
nomma vice-roi le prince Eugène, fils
de l'impératrice Joséphine et du général
( 29)
Beauharnais, son premier époux. Il réur
nit ensuite Gênes à la France.
L'Autriche, peu satisfaite de ces in-
novations , déclara la guerre à l'Empe-
reur ; la Russie fit un traité d'alliance
offensive avec la cour de Vienne, et cette
dernière commença les hostilités par l'in-
vasion de la Bavière, alliée de la France,
le passage de l'Inn et la prise de Munich,
capitale des états bavarrois.
A cette nouvelle, Bonaparte sent se
réveiller son ardeur martiale ; ses trou-
pes, déjà rassemblées par ses ordres,
passent le Rhin , les Alpes wurtember-
geoises , les fleuves du Necker, du Da-
nube et du Lech; chemin faisant il s'em-
pare d'Ausbourg, remporte la victoire
de Wertingen, délivre Munich , force
le passage du pont de Lech, fait six mille
prisonniers à Memmingen, met à Elchin-
gen toute l'armée ennemie en déroute,
et s'empare de ses bagages ; et le vingt-
cinquième jour de sa marche , fait pri-
sonnier dans Ulm, qu'il enlève de vive
3
(30)
force, le général autrichien Mack, dix-
sept de ses généraux et vingt-trois mille
de ses soldats.
Un mois après son départ de la capi-
tale n'était pas encore écoulé, et l'Empe-
reur annonça l'ouverture de la campagne
contre les Russes, compta pour une an-
née de service à ses troupes la campagne
qui venait de se terminer d'une manière
si glorieuse , et leur abandonna, à titre
de gratification, toutes les contributions
levées en pays ennemi.
Le mois suivant suffit pour réduire
l'armée russe à la dernière extrémité.
Voici le tableau succinct des opérations
dé l'Empereur : elles commencèrent par
la prise de Braunau., Lambach et Linch ;
et le combat de Lovers, où les Autrichiens
furent battus par lès Bavarrois ; vinrent
ensuite un premier engagement avec les
Russes, dans lequel nous eûmes tout
l'avantage; le combat de Marienzelle,
qui décida la retraite de leur armée ; celui
de Durnestein , où quatre mille Français.
( 31 )
résistèrent à trente-six mille Russes,
leur blessèrent ou tuèrent quatre mille
hommes, en prirent treize mille, avec dix
drapeaux et six canons; l'entrée à Vienne,
où l'on trouva des armes et des muni-
tions considérables; la marche des Fran-
çais à la poursuite de l'empereur d'Au-
triche, réfugié en Moravie ; (la prise du
fort de Kustrin, celle de Brunn ; la dé-
faite de la cavalerie russe entre Brunn et
Olmutz ; divers avantages assez impor-
tans , et enfin la bataille d'Austerlitz , à
la suite de laquelle François lui-même
vint solliciter un armistice en faveur de
l'armée russe , qui , cernée de toutes
parts , ne pouvait échapper à sa destruc-
tion. L'Empereur accorda l'armistice ; et
vingt-quatre jours après, la paix ayant
été signée avec l'Autriche, à la condition
par elle de reconnaître les rois de Wur-
temberg et de Bavière, il promit à ses
troupes de leur donner une fête superbe
à Paris, le premier de mai suivant.
L'armée d'Italie ne restait cependant
(34.)
pas oisive ; elle punissait le roi de Naples-
de son infraction, aux traités , en renver-
sant son. trône. Tout succédait aux voeux
de Napoléon; Les contrées les plus oppo-
sées reconnaissaient le pouvoir de ses
armes; et deux de ses frères, Louis et
Joseph Bonaparte, venaient d'être par
lui créés rois de Hollande et de Naples.
La Prusse alors s'inquiéta de cet ac-
croissement de puissance ; elle demanda
à la France l'évacuation entière de l'Al-
lemagne; non seulement-Napoléon-s'y
refusa., il vit encore dans la demande
une déclaration tacite de guerre , et ,
toujours infatigable, il quitta une seconde
fois Paris pour conduire ses troupes à la'
victoire.
En effet, il remporta le 14 octobre 1806
celle d'Iéna, dans laquelle les Prussiens
firent des pertes considérables : nous
disons les Prussiens , car l'Empereur-
n'avait pas laissé aux Russes le temps
d'arriver au secours de leurs alliés.
Il ne fut question de leur approche
(33)
Qu'après la prise de Postdam , qui suivit
de douze jours la bataille aliéna. L'hiver
ayant interrompu quelque temps les opé-
rations militaires, elles furent reprises
avec une nouvelle vigueur à la fin de fé-
vrier 1807, par le gain des batailles
d'Eylau t d'EIbing , dont la première
fut. livrée le 29' février, et l'autre le
premier mars. De là au mois de juin il
n'y eut plus guère que quelques enga-
gemens partiels, les deux armées ayant
presque un. égal besoin de se refaire ;
mais.elles se dédommagèrent amplement
de ce. repqs dans les mémorables jour-
nées de Eriedland et de Tilsitt, où l'Em-
pereur ayant remporté des victoires dé-
cisives, dicta les conditions d'une paix
aussi : glorieuse pour lui qu'onéreuse
pour les deux alliés.
Dans l'année suivante ayant, par des
traités, assuré la couronne- d'Espagne à
son frère Joseph, Napoléon donna celle
de Naples au général Murat, qu'il avait
précédemment élevé an grand-duché de
( 34)
Berg. Il conféra le grarid-duché au jeune
prince de Hollande sous sa propre auto-
rité , et nomma sa soeur Elisa grande-
duchesse de Toscane.
L'Autriche voulut de nouveau es-
sayer de s'opposer aux glorieux accrois-
semehs dé puissance que la France ob-
tenait chaque jour , plus encore par ses
alliances que par ses conquêtes ; elle
déclara la guerre au commencement
d'avril 1809 , et le 12 juin Vienne était
au pouvoir de Napoléon. Le 23 eut lieu
la batail d'Esling, dans laquelle, après
des efforts surnaturels de part' et d'autre,
la victoire se déclara, comme dé coutume,
pour les Français. Celle de Wagram
acheva ce que l'Empereur avait si heureu-
sement, commencé, et la principale con-
dition de la paix qu'il accorda à l'Au-
triche , fut son mariage avec l'archidu-
chesse Marie-Louise. L'Impératrice Jo-
séphine, voyant que son âge était le seul
obstacle qui s'opposât à l'affermissement
du trône par l'hérédité directe, eut la géné-
(35)
rosité d'offrir elle-même la rupture d'une
union stérile, et son fils le prince Eugène,
qui, dans la famille , perdait peut-être
le plus à ce divorce, non moins, grand
que sa mère, l'appuya de tout son pou-
voir. Le premier, mariage, fut rompu pai-
les autorités civiles : et ecclésiastiques ,
et la nouvelle. Impératrice, fut. reçue à
Paris, au milieu des fêtes, dans les pre-
miers jours d'avril 1810.
Le roi de Hollande ayant jugé conve-
nable d'abdiquer en faveur de son fils ,
sous la régence de son épouse, soeur du
prince. Eugène l'Empereur réunit la
Hollande à la France, par sénatus-con- -,
sulte du mois de juillet.
Ce fut le dernier événement remarquable
de l'année. Celle qui la suivit combla tous
les. voeux de.Napoléon , en lui donnant
enfin cet héritier du trône qui devait à.
jamais assurer en France la stabilité du
gouvernement; Le roi de Rome naquit le
20 mars, veille de la renaissance du prin-
temps. Cent un coups de canon, répétés
(36)
de ville en ville, annoncèrent à toute la
France cet heureux événement, et la joie ;
fut universelle.
L'Empereur, tout entier à son épouse
et à son fils, né s'occupa cette année que
de l'intérieur de ses états; il assembla
un concile national composé d'évêques
italiens et français, et annulla un bref
du pape , comme attentatoire aux droits
et aux libertés de l'église gallicane.
La grande armée était toujours canton-
née en Allemagne, et s'étendait jusques
sur les bords de la Vistule ; l'Empereur
et l'Impératrice partirent de Paris le 9 mai
1812. Ils se rendirent à Dresde, où se réu-
nirent l'Empereur d'Autriche ; le roi de
Prusse et la plupart des princes, membres
de la confédération germanique , dont
Napoléon, était le protecteur; il y fut
conclu un traité d'alliance offensif et dé-
fensif contre la Russie, qui, depuis quel-
ques mois, faisait d'immenses préparatifs.
de guerre.
Rentré par ce traité dans lia carrière
des armes, Bonaparte fit voir que les dou-
(3?)
ceurs de l'union conjugale n'avaient point
affaibli son courage; il fit passer le
Niémen à ses troupes le 26 juin, et se
rendit successivement le maître de Wilna
et de toutes les places fortes qui. voulu-
rent s'opposer .à ses progrès. Il arriva
ainsi dans les premiers jours de sep-
tembre sur les. bords de la Moskowa,
où fut livrée, le 10, une bataille dans la-
quelle éclatèrent de part et d'autre la
valeur, le. sang-froid, et la discipline
militaire, des combattrans. L'armée russe
demeura, presque tout le jour sous le
feu d'une quantité innombrable de pièces
d'artillerie ; et ne pouvant avancer, elle
ne recula point. Tant de fermeté rendit
long-temps la victoire, indécise; mais
enfin elle se déclara ppur Napoléon, et
le 14 il fit son entrée dans Moscow, qu'il
trouvalivrée aux flammes par les. ordres
du gouverneur, comme sur toute la
route il avait trouvé, les villages détruits
et ravagés par la barbare prévoyance de
l'ennemi. Un temps superbe pour la sai-
C
( 38 )
son endormit la prudence de l'Empereur ;
Surpris le 7 octobre par un froid extrême
dont la rigueur tuait les hommes et les
chevaux , celui que n'avaient pu vaincre
des armées nombreuses et aguerries ; fut
réduit à la dernière extrémité par l'âpreté
de la saison. Faute de moyens de trans-
port , il fallut abandonner et détruire
l'artillerie, les munitions de guerre et
les provisions de bouche, et se retirer
en toute hâté vers des contrées moins gla-
ciales. Nos troupes , harcelées dans leur
marche par les débris de l'armée ennemie,,
qui avait eu le temps de se rallier, et
pour qui l'habitude, du climat rendait
le froid moins sensible, arrivèrent à
Pluhnitz le 30, cruellement affaiblies
par l'impossibilité où s'étaient trouvés
beaucoup de soldats de soutenir les ef-
forts d'une marche précipitée:
L'amour de ces bravés avait sauvé à
l'Empereur une partie des dangers de
la route. Quatre compagnies de cent
cinquante hommes chacune s'étaient for-
mées spontanément pour veiller à la sûreté
de sa personne. Elles étaient composées
de tous les officiers qui avaient pu réussir
à conserver un cheval. Les généraux y
faisaient les fonctions de capitaines, les
colonels celles de sous-officiers. Le
roi de Naples. et le colonel Grouchy,
commandaient ce corps, que l'armée elle-
même nomma l'Escadron sacré.
Lorsque Napoléon eut arrêté, les me-
sures que lui commandait le salut de ceux,
de ses soldats qu'il avait pu soustraire à.
ce fléau, il revint dans la capitale pour
réparer ses pertes et prendre les moyens
de faire face au nouvel ennemi que lui avait
suscité le mauvais succès de la dernière
campagne. la Prusse, infidèle aux traités,
venait de joindre ses forces à celles de la
Russie. Il fallut avoir recours à ces fortes
levées qui mécontentent moins le nouveau
spldat que celui qui n'en est pas atteint ;
dp leur côté, les deux puissances avaient
fait pour, cette nouvelle campagne des
arméniens, extraordinaires ; leurs batail-
C3
(40)
Ions présentaient une telle masse que des
rangs entiers, enlevés par notre artille-
rie, étaient regarnis au même instant com-
me si, nouveaux Antées, les morts eussent
repris l'existence en touchant à la terre.
Cependant l'Empereur, qui , après avoir
fait toutes ses dispositions , avait quitté
Paris le 15 avril 1813 , remporta les vic-
toires mémorables de Lutzen et de Baut-
zen ; il consentit même à un armistice
pendant lequel devait se traiter la paix.
Mais les conditions proposées par l'en-
nemi semblèrent à S. M. trop déshono-
rantes pour être acceptées. Elle était en-
core à la tête d'armées formidables ; pou-
vait-elle d'ailleurs soupçonner les tra-
hisons, sans nombre dont les horreurs
allaient se dérouler sous ses yeux? L'Au-
triche , la Suède, la Bavière , le Meck-
lembourg tournèrent successivement con-
tre leur ancien protecteur des armes
qu'ils portaient dans ses rangs. Une vic-
toire importante remportée à Wachau ;
les dispositions les plus sages pour la ba-
(41)
taille de Léipsik; tout cela devait persua-
der à Napoléon que la journée du 18 oc-
tobre , dans laquelle notre feu avait re-
ployé tout celui de l'ennemi, et rejeté
ses cohortes à une lieue du champ de ba-
taille , serait suivie d'une journée non
moins glorieuse. Vains calculs ! L'armée
saxonne tout entière et la cavalerie wur-
tembergeoise ,,. au milieu de l'action ,
passent de l'autre côté, et tournent contre
nous quarante pièces d'artillerie qui de-
vaient foudroyer les bataillons du nord.
Un pont miné , en cas d'événement, et
confié à des mal-adroits ou des traîtres ,
saute au moment où l'armée française
opérait sa retraite. Que l'on se figure, s'il
est possible., la confusion qui se mit par-
mi les soldats ; ils se crurent pris entre
deux corps d'armée ennemis , se déban-
dèrent, et se précipitant dans le fleuve, y
perdirent quantité des leurs..
Il fallut alors rassembler les restes de
l'armée , et, de crainte de nouvelles tra-
hisons, les concentrer en France, où l'on
3
(42 )
pouvait se croire à l'abri de la, perfidie.'
L'Empereur revint à Paris ; exalté par
des malheurs si inconcevables , il rejeta
plusieurs propositions de paix plus hon-
teuses les unes que les autres; et, sûr de
la nation , il attendit tout de son dévouer
ment. Mais que petit là masse des ci-
toyens contre une trame ourdie de lon-
gue main? On ne tarda pas à appren-
dre que les armées alliées s'avançaient
en France sur divers points; et que par-
tout , soit malveillance, soit défaut de.
mesure , elles gagnaient un terrain con-
sidérable. L'Empereur alors jugea que sa
présence était nécessaire à la tête de ses
troupes ; il partit, laissant à la garde des
Parisiens ses biens les plus précieux, son
épouse et-son fils. Il trouva le mal en-
core plus grand que ne l'annonçaient les
divers rapports publiés ; résolu à venger
sa gloire compromise par des événemens
aussi imprévus, il se multiplia, pour ainsi
dire ; et surpassant, s'il était possible ,
tout ce qu'il eût jamais fait d'admirable,
( 43 )
il se porta sans relâche d'un corps d'ar-
snée à un autre , partout animant ses
troupes dé son seul regard , et partout
victorieux ; mais à peine quittait-il un
point de la guerre, que l'ennemi, averti
sans doute par des traîtres , tombait tout
à coup sur les soldats privés de leur plus
habile chef, les massacrait, ou leur en -
levait des parcs entiers d'artillerie. C'est
ainsi que se passèrent les mois de jan-
vier, février et mars. Vers le milieu de
ce dernier, Napoléon était parvenu à
séparer l'armée russe de ses bagages, de
ses parcs d'artillerie , de ses' provisions
de bouché ; il regardait ces hordes barba-
res comme des prisonniers qui ne pou-
vaient plus lui échapper. Tout à coup il
apprend que ce corps se porte sur Paris ;
éloigné de plus de cinquante lieues, il
fait passer des ordres pour qu'une vigou-
reuse défense le tienne trois jours seule-
ment en arrêt ; mais les traîtres char-
gés d'exécuter ses ordres , insinuent à
l'Impératrice, demeurée régente pendant
4,
(44 )
l'éloignement de son époux, qu'elle et
son fils ne sont plus en sûreté dans la
capitale ; la tendresse maternelle s'effraye
de cette perspective, elle s'éloigne , et
le découragement commence à gagner les
Parisiens. Cependant on se réunit ; la
générale qui bat rend un peu d'énergie
aux vrais Français ; ceux qui sont armés
volent aux barrières , les autres deman-
dent des armes, des munitions , et ré-
pondent au refus qu'ils reçoivent, par des
cris de désespoir. Quelques troupes de
ligne, quelques bataillons de gardes na-
tionales , les jeunes élèves de l'école po-
lytechnique , rivalisent de zèle , et font
mordre la, poussière à plus de 12,000
étrangers. Les chefs de ceux-ci , qui ne
s'attendaient qu'à une défense simulée ,
surpris d'une pareille résistance avec si
peu d'artillerie , se croient trahis eux-
mêmes par ceux qui leur ont promis de
leur livrer la ville ; et déjà , dans leur
conseil, ils agitent la question de savoir
s'il n'est pas temps de se retirer ; niais
( 45 )
dès envoyés viennent demander une ca-
pitulation , et Paris est rendu.
L'Empereur, qui volait à son secours,
apprend cette funeste nouvelle; il est
obligé de se retirer à Fontainebleau pour
éviter à sa capitale le funeste spectacle
d'un combat dans ses murs ; c'est là qu'il
apprend ce qu'a fait contre ses droits une
partie du sénat sous l'influence des baïon-
nettes étrangères; ses fidèles soldats de-
mandent à marcher à l'ennemi : « non, se
dit le héros à lui-même , trop de sang a
coulé, trop de sang coulerait encore. Un
temps viendra où ceux qui m'injurient me
connaîtront mieux ; je ne veux rentrer
dans mes états qu'une branche d'olivier
à la main, » Il dit, et plus grand dans
l'adversité qu'il né le fut dans les jours
de sa gloire, il se retire sur les rochers
d'une île à peu près stérile , dans la Mé-
diterranée.
Là, quoique éloigné de la France , il
a toujours l'oeil ouvert sur elle ; il y voit
un prince, bon sans doute, mais infirme,
5
( 46. )
mais entouré de prêtres , d'émigrés ,
d'ennemis de leur patrie, qui chaque
jour le forcent à violer quelques-unes de
ses promesses ; qui ramènent peu à peu
cet ordre de choses dont le peuple a
acheté la destruction par vingt ans de
travaux et de sacrifices.
Il est temps d'arrêter ces vils com-
plots ; Napoléon quitte l'île d'Elbe avec
un millier de braves ; trois jours s'écou-
lent au milieu des dangers ; enfin il sa-
lue le sol de son'Empire ; il s'avance, non
en conquérant, niais en père ; la troupe
qui l'accompagne se grossit de toutes les.
troupes que l'on envoyait pour le com-
battre ; et le vingtième jour de sa mar-
che , qui n'est qu'un triomphe non in-
terrompu, il rentre dans son palais sans.
qu'un seul coup de fusil ait été tiré de
part ou d'autre, sans qu'on puisse lui re-
procher d'avoir fait couler une goutte de
sang, une larme. Il paraît vouloir mettre
le comble à sa gloire en nous rendant la
liberté après laquelle la France soupire
(47)
depuis vingt-cinq ans ; tous ses décrets
tendent visiblement vers ce but hono-
rable : c'est à nous de ne point laisser
dégénérer ce précieux bienfait en licence,
et de vouer une reconnaissance éternelle
au héros qui préfère la félicité publique
aux vaines jouissances de l'orgueil.
( 48 )
Détails sur la vie privée de l'Empereur
à l'île d'Etbe.
(Extrait d'une brochure anglaise. )
« ... . Napoléon', suivant son ancien
usage, se levait de très-grand matin , et
se mettait aussitôt à lire ou à écrire. Sa
bibliothèque était presque entièrement
composée d'ouvrages de littérature, et
surtout de livres d'histoire. Le sujet de
ses écrits était ses propres campagnes. Sa
manière de vivre , connue des moindres
habitans de l'île , était l'objet de tous les
entretiens, et les différens journaux de
l'Europe en ont plus d'une fois admiré
la noble simplicité. Après un déjeuner,
pendant lequel il semblait descendre sans,
effort à tous les détails de la vie privée ,
il commençait la revue de sa petite ar-
mée. Qn attribuait au souvenir de ses
premières habitudes l'attention qu'il pre-
nait à ses manoeuvres, et l'exactitude
avec laquelle il lui faisait observer la dis-
( 49 )
cipline. Après la revue il montait à che-
val pour faire sa promenade du matin.
Le maréchal Bertrand, le général Drouot
et quelques, autres officiers formaient son
escorte. Il donnait audience à tous ceux
qu'il rencontrait sur sa route, et ne quit-
tait jamais personne sans avoir satisfait
à sa demande. Il parcourait les terres et
visitait les mines de l'île avec autant
d'attention qu'un simple particulier au-
rait pu en apporter à l'examen de ses pro-
priétés. Il revenait ensuite dîner. Tous
ceux qui étaient admis à sa tablé étaient
reçus avec un air de franchise , de cor-
dialité et d'aisance parfaites. Il avait
trouvé le secret, sans rien perdre de sa
dignité, de devenir, simple particulier
au milieu des particuliers, et autour de
lui la conversation avait toute la liberté
et tout l'abandon dont on aurait pu jouir
à une table d'hôte.
» Lorsqu'il recevait la visite de quel-
que étranger de marque, ce qui arrivait
souvent, il l'accueillait avec la même
familiarité et la même grâce, comme s'il
eût principalement ambitionné de prou-
ver que les coups de l'adversité ne l'a-
vaient point changé. Il parlait, aux phi-
losophes et aux savans , de l'Institut, de
l'académie royale de Londres, et des dé-
couvertes faites de nos jours dans la chi-
mie et dans le galvanisme. Il félicitait
les riches propriétaires anglais sur l'ex-
cellence de leur agriculture et sur la li-
béralité des lois de leur pays ; enfin il
entretenait les militaires des mémoires
historiques qu'il écrivait sur ses cam-
pagnes.
»Tel fut le genre de vie par lequel il
inspira à ses gardiens la confiance la plus
absolue; et si leurs-rapports sont fidèles,
on peut assurer que la conduite magna-
nime de Charles-Quint et de l'empereur
romain qu'il a imité , a été surpassée à
l'île d'Elbe par l'empereur Napoléon.»
( 51 )
Le zélé Royaliste.
ON dit qu'à son débarquement l'Em-
pereur se dirigea avec une partie de ses
gens sur la petite ville de Gap. Entré chez
le commandant dé la place, avec deux
de ses officiers généraux, et vêtu aussi
et peut-être plus modestement qu'eux-
mêmes , il les laissa d'abord porter la
parole; puis, s'avançant avec cet air d'ai-
sance qu'on lui connaît : « C'est vous ,
monsieur , lui dit-il , qui commandez
ici?— Oui, monsieur. — Où avez-vous
servi?— Dans la Vendée, à Quiberon ,
chez les Chouans. — Bon ! Ainsi vous
aimez votre- roi? — Ah! de toute mon
âme. Je suis prêt.,.. — Vous allez mon-
ter à cheval et lui porter cette lettre.—
Je vais.... De quelle part? — De la
mienne. — Puis - je savoir à qui j'ai
l'honneur de parler? — A Napoléon Bo-
naparte. — Bonaparte ! ah! je....Mon-
seigneur,., pardonnez, si,.., —Ne par-