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Les Trois calvaires de Poix, par Alphonse Chastelain,...

De
14 pages
Seringe frères (Paris). 1864. In-8° , 16 p..
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LES
TROIS CALVAIRES
DE POIX
PAR
ALPHONSE CHASTELAIN, DE POIX
PARIS
ANC" M™ BÉNARD. — SERINGE FRÈRES
2, Place du Caire, 2
1864
NOTÏGE HISTORIQUE
En 1848, le village de Poix fut témoin d'un acte de profa-
nation qui produisit dans le pays une immense sensation :
l'antique Calvaire qui, depuis un temps immémorial, se voyait
sur le bord de la chaussée Brunehaut disparut tout à coup.
On avait arraché la croix avec des chevaux, on l'avait con-
vertie en bois à brûler : le Christ, brisé et ramassé dans la
boue, avait été enfoui clandestinement pendant la nuit. Le
lendemain, on cherchait, on se. demandait ce qu'était devenu
ce vieux monument religieux : il n'en restait plus rien.
L'auteur de cet acte coupable, pour faire taire l'indignation
générale, fit ériger, à l'aide de souscriptions, un petit Calvaire
auprès de l'église ; mais les habitants de Poix, peu satisfaits
de ce sacrifice expiatoire, firent réédifier leur ancien Calvaire
l'année suivante. L'inauguration de cette troisième croix eut
lieu le 1er septembre 1849, au milieu d'un concours immense
des populations circon voisines, accourues pour assistera cette
oeuvre de réparation.
C'est ainsi qu'une déplorable fantaisie a donné naissance
aux trois Calvaires de Poix.
OUTRAGE
Quis talia fando temperet a lacrymis?
(VlRG.)
Non, non, vous n'irez plus sur la route romaine (1),
A l'ombre du Calvaire, invoquer l'Éternel ;
Vous n'irez plus prier, humble Samaritaine,
Comme au mont Golgotha, le peuple d'Israël ;
Les lévites pieux, l'essaim des vierges saintes,
Iront, comme autrefois, chercher la vieille croix ;
• Mais le Christ n'est plus là pour entendre leurs plaintes
Et les porter au Ciel, aux pieds du Roi des rois.
Quand l'airain consacré, de son timbre mystique,
Jette aux échos lointains l'heure de l'Angélus,
L'homme simple des champs cherche la croix rustique ;
Il regarde à l'entour et ne la trouve plus ;
Et le vieillard qui vient s'incliner sur la pierre,
Pour demander à Dieu, comme un dernier bienfait,
De clore sans douleur sa pesante paupière,
En ne la voyant plus, demeure stupéfait.
Ces couronnes de fleurs, ces tresses d'immortelles,
Qu'au jour de mon départ y suspendit ma main,
(1) La chaussée Brunehaut.
— 6 —
Ah ! je les cherche en vain, mes amis, où sont-elles ?
Ce jour devait avoir un triste lendemain ! !
Pas un arbre, pas même une pierre oubliée,
Pour indiquer la place où jadis fut l'autel
Où ma mère resta longtemps agenouillée,
En bénissant son fils, en lui montrant le ciel.
C'était là qu'elle était, gémissante, éplorée,
Lorsque je la quittai ; c'était dans ce saint lieu
Qu'en priant Dieu pour moi cette mère adorée
Me serrait dans ses bras et me disait : Adieu !
Hélas! pauvre invalide, après vingt ans d'absence,
Quand j'ai revu le chaume où je fus élevé,
, Ah ! j'ai bien reconnu le lieu de ma naissance ;
Mais le vieux Christ de Poix, je ne l'ai plus trouvé ! !
Tout avait disparu ! ! Cette épaisse charmille,
Cet arbre hospitalier, où le pauvre en passant
Allait, pendant l'orage, abriter sa famille
Et retremper son coeur aux pieds du TJout-Puissant,
Je ne l'aperçois plus ! Le soc de la charrue
A creusé son sillon sur le sol profané,
A la place du Christ, de la croix disparue ;
Je me suis arrêté, surpris et consterné.
Ah ! quel esprit du mal, quelle main sacrilège,
A brisé cette croix? Qui donc osa braver
Dieu dans son sanctuaire ? Est-ce un noir sortilège ?
Ah ! quel est l'insensé qui l'a fait enlever?
Quel vent a soufflé là sur l'antique Calvaire
Et renversé l'autel où notre vieux pasteur
Nous mena tant de fois réciter le rosaire
Et déposer nos voeux aux pieds du Rédempteur?
Le terrain consacré vendu pour une obole ! ! !
Pour un peu d'or! ! Seigneur, pourquoi l'as-tu permis?
_ 7 —
Pourquoi? quand tu pouvais, d'une seule parole,
D'un signe de ta main, frapper tes ennemis!
Il restera maudit, car c'est le champ du crime;
Puis un jour on verra gravé sur un poteau :
Ici fut le Calvaire, ici fut la Yictime ;
0 honte, ô déshonneur ! *" fut le bourreau!
Le Christ honteusement renversé dans la boue,
Honteusement brisé, traîné par des chevaux!
Ah ! que ne l'avez-vous attaché sur la roue,
Et dans ce triste état montré, sur des tréteaux,
A ce peuple, indigné, de vos lâches colères ! !
Vous n'avez pas osé; ces glorieux débris,
Ces restes consacrés que vénéraient nos pères,
Vous les avez cachés, profanés et meurtris ;
Vous les avez cachés ; vous avez craint peut-être
Que le peuple indigné n'arrachât de vos mains
Son vieux Christ mutilé (mutilé par un prêtre !),
Pour le restituer au culte des humains
Oui, vous avez senti que vous étiez coupable;
Vous avez attendu le sombre de la nuit,
Ce complice discret au crime favorable,
Etseul, et sans témoins, vous l'avez enfoui!,..
Oh! non, n'espérez pas, si le peuple pardonne,
Qu'il oublie aussi bien l'outrage qu'on lui fait ;
En vain vous répandez une tardive aumône :
L'or ne rachète pas un semblable forfait.
Arrière donc ! ô vous, apôtre mercenaire !
Un autre un jour viendra relever cette croix ;
Un plus digne viendra, pieux missionnaire,
Rétablir malgré vous le Calvaire de Poix.

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