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Lettre à M. de Châteaubriand en réponse à sa brochure intitulée : "De la nouvelle proposition relative au bannissement de Charles X et de sa famille, etc.", par M. A. de Briqueville,...

De
35 pages
Ladvocat (Paris). 1831. In-8° , 32 p..
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LETTRE
A MONSIEUR DE
CHATEAUBRIAND
EN
PARIS. — IMPRIMERIE ET FONDERIE DE G. DOYEN,
RUE SAINT-JACQUES, N. 38.
LETTRE
A MONSIEUR DE
CHATEAUBRIAND
EN RÉPONSE A SA BROCHURE INTITULÉE
De la
NOUVELLE PROPOSITION
Relative au Bannissement de Charles X
Et de sa Famille, etc.
PAR
M. A. DE BRIQUEVILLE
DÉPUTÉ DE LA MANCHE
AUTEUR DE LA PROPOSITION.
Tout pour la France. — NAPOLÉON.
Paris
Palais-Royal, galerie d'Orléans.
M DCCC XXXI.
A MONSIEUR
MONSIEUR,
Dans la brochure que vous avez publiée contre
ma proposition, vous me confondez sans cesse
avec le gouvernement ; vous me prêtez sa pen-
sée ; vous lui attribuez mon action. Je repousse
toute solidarité avec lui, lui repousse toute
solidarité avec moi, et, d'avance, j'en suis sûr,
sa voix peureuse et suppliante vous avait dit,
comme un faible enfant à qui on montre les
verges: «Ce n'est pas moi. »
Non, Monsieur, ce n'est pas lui ; je vous l'as-
sure , j'en suis son garant, je le sais mieux que
1
2
personne et vous ne pouvez l'ignorer. Aussi,
dans les hautes régions, doit-on vous accuser
d'injustice, et ne regarder le texte que vous
avez pris, que comme le cadre des paroles fortes
et vives que vous lancez, avec tant d'éloquence,
contre la politique et la lâcheté dominantes.
Ainsi, Monsieur, n'accusez que moi de ma
proposition. J'en revendique toute la responsa-
bilité, tout le péril. Sans le dire précisément,
vous laissez penser que je ne suis qu'un pre-
scripteur à la suite, qu'un licteur du juste-mi-
lieu. Cette insinuation se glisse, involontaire-
ment , je le crois, à travers beaucoup de vos
lignes. Ma vie y répond de reste, et je la livre
toute au jour de la publicité.
Mais vous attaquez ma proposition. Eh bien !
j'en appelle, comme vous, à l'opinion, à la rai-
son publiques je viens leur donner mes motifs;
elles jugeront s'il y a plus de patriotisme à la
repousser qu'à la faire.
Je sais,que, dans ce combat, vous avez pour
vous l'autorité du talent et l'éclat du génie ; mais
j'ai pour moi le coeur et le bon sens: et cette
main, qui tient une plume inexpérimentée, a
5
été mutilée, la dernière, en défendant le pays.
C'est vous dire, Monsieur, que, comme vous,
je suis indigné de la bassesse de nos gouver-
nans; que, comme vous, je suis humilié de voir
cette forte France, traînée à genoux dans la boue
et dans le sang des peuples, pour mendier un
peu de paix qu'elle n'aura pas et qu'elle eût
obtenu, à coup sûr, à la pointe de ses baïon-
nettes. C'est vous dire combien j'aime à vous
voir flageller ces viles épaules toujours courbées
devant l'insolence, et l'égoïsme de la honte, et
le jésuitisme de la liberté, et ces vantards de pol-
tronnerie , et ces publicains, aux ignobles ba-
lances, qui croient laver, en le rendant au faible,
le soufflet qu'ils reçoivent du fort. C'est alors
que je loue votre colère, que j'admire votre
talent, que j'envie votre verve : car tout cela ,
est beau, pur, étincelant du feu de la patrie, et
tout coeur de Français s'allume à de tels ac-
cens.
Mais, plus loin, la sympathie cesse ; le dis-
sentiment commence : car nous ne sommes pas
accoutumés à marcher long-temps sous les
mêmes bannières.
4.
Vous nous avez présenté, vous nous présentez
toujours votre légitimité, comme un appareil
réparateur de toutes nos blessures. Vous vou-
driez faire, de notre jeune liberté, une pieuse An-
tigone pour cette légitimité aveugle et décrépite.
J'y vois, moi, Monsieur, la source vive de tous
nos maux; un OEdipe, il est vrai, un OEdipe fatal
qui ne laisse, après lui, que désastres et crimes.
Consultons les faits.
Waterloo consommé, les vainqueurs s'assem-
blèrent.
Après que les esclaves furent parqués et les
limites tracées, il fallut bien aviser à jouir paisi-
blement de la proie. Mais que de dangers à
traverser !
Car cette odieuse révolution, qu'ils venaient
de tuer, avait crié aux nations, qui avaient
entendu, qu'elles n'étaient pas un troupeau
qu'un roi avait le droit de tondre et de manger
à merci.
Car, au milieu de cette confusion tumul-
tueuse d'hommes qu'on mêlait, qu'on séparait,
qu'on isolait, qu'on unissait, sans consulter leurs
voeux, leurs intérêts,; leurs droits, leurs lumières,
5
il se pouvait qu'un désespoir de peuple vînt
compromettre terriblement le repos et le pou-
voir des maîtres.
Et l'étincelle jetée , où s'arrêtait l'incendie?
Mais, par bonheur, l'homme des expédiens
se trouvait parmi eux; l'homme de tous les
pouvoirs et de toutes les trahisons. Il n'eut pas
de peine à leur démontrer que les peuples
étaient leurs premiers ennemis, qu'ils n'au-
raient pas trop de toutes leurs forces pour dé-
fendre en commun leur inique puissance; il
organisa enfin une royale association d'as-
surance mutuelle de toutes les tyrannies contre
toutes les libertés.
Mais notre France surtout troublait le som-
meil dés rois. Ils savaient qu'elle était le foyer
des idées généreuses, des conquêtes de l'intelli-
gence. Ils savaient que l'arbre de la liberté,
abattu de leurs mains, à la surface, avait jeté
au fond du sol de vivaces racines. Ils savaient
que trente-deux millions de Français, se levant
au nom de la gloire et de la liberté, pouvaient
encore refouler dans les; steppes du Nord les
hordes de l'Europe barbare et féodale. Il fallait
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donc un ami sûr, un instrument docile, une
créature de la Sainte-Alliance; faible et impo-
pulaire , car elle était là , pour énerver, pour
amollir, pour diviser, inquiète et intrigante,
car elle avait pour mission de surveiller les
pousses nouvelles de l'arbre, et de n'en laisser
qu'une tige faible et languissante, dont la main
du maître pût s'armer, au besoin, pour fusti-
ger de rebelles sujets.
Talleyrand y avait pourvu; la légitimité était
aux Tuileries.
La légitimité était installée avec son bagage
de vieux hommes, de vieux souvenirs et de
vieux préjuges. Sa force, elle l'avait partout, ex-
cepté chez elle; son baptême , c'était le sang de
deux millions de Français morts, contre elle, sur
les champs de bataille.
Elle était digne de sa mission et de ses enga-
gemens. Résumons.
Les traités de 1815, c'était la proclamation
de notre défaite, la sanction de notre vasselage,
l'admission des ennemis dans le sein du pays,
l'introduction des commissaires de la Sainte-
Alliance non pas au milieu, mais à la tète de nos
affaires.
Les traités de 1815 furent, à la fois, la ligue
des rois contre la France, et la ligue de l'absolu-
tisme contre la liberté. Ils furent le manifeste
de la violence et de l'injustice, contre la faiblesse
et le droit.
La légitimité, c'était le principe de la vieille
monarchie, de la monarchie féodale conjurée
avec l'Europe, contre la liberté, contre l'indé-
pendance française, en vertu des traités de
I8I5.
Aussi, admirez son action sur les peuples d'Eu-
rope et le peuple de France, de concert avec ses
alliés.
La France est encore vigoureuse, il faut com-
mencer par la saigner. On lui enlève ses trésors,
on décime ses généraux, on mutile sa vieille
armée : on la fatigue de ce système de corrup-
tions parlementaires, de conspirations de police,
d'évolutions politiques, si fameux sous le nom de
bascule.
Mais, malgré tout, les citoyens osaient mon-
trer du nerf et de l'indépendance. Aussi, une
faction occulte, dominatrice du gouvernement,
put traîner son pays devant le tribunal de Lay-
8
bach et de Vérone et requérir sa condamna-
tion devant des juges secrets. .
Pendant ce temps, un rayon de liberté poin-
tait-il quelque part en Europe? vite, On l'étouffait
derrière un nuage de notes, ou un rideau de
baïonnettes.
Jusques-là, la France n'avait été que victime,
il fallut la faire complice. On ordonna à son ar-
mée d'aller replanter le despotisme en Espagne,
pour nous en rapporter une bouture.
Ici, Monsieur, permettez-moi, sur l'incompa-
tibilité du principe libéral et du principe, légi-
timiste, une objection que je crois invincible.
Vous, républicain par nature, vous le dites, et
je le crois, vous n'êtes pas né pour le despo-
tisme; la liberté est la nourrice du génie, a dit
notre Béranger; vous, égaré par la préoccupa-
tion du salut de votre principe, ne devintes-
vous pas le partisan le plus chaud, le propagan-
diste le plus influent de cette agression inique,
de cet attentat effronté contre les.droits d'un
peuple et l'indépendance d'un pays? et puis-
qu'il vous a entraîné à.une erreur aussi déplo-
rable, à quel degré de déraison et de tyrannie
9
ne peut-il pas pousser des âmes moins fortes et
des esprits moins éclairés ! Je reviens.
L'armée fit ce qu'on lui ordonnait.
Dès-lors, le pouvoir absolu ne prévit plus
d'obstacles. Dès-lors, s'ouvrit cette voie plus
large d'audace et de privilége, où l'on rencontre,
tour à tour, la censure, le sacrilège, l'aînesse et
qui ne s'arrêta, un instant, que pour se culbuter,
de toute la force de sa course, contre Polignac et
les ordonnances.
Voilà quelle fut la légitimité.
Ce n'est pas tout; comme le Partlie, elle a
lancé son dernier trait en fuvant. Elle nous à
légué la quasi-légitimité.
Cette quasi-légitimité, qu'est-elle?
Grammaticalement, une modification, l'ap-
proximation, aussi complète que possible, du
principe de légitimité.
Abstractivemeut, l'accouplement monstrueux
de la souveraineté populaire avec le dogme du
droit divin; image de ce tyran de Virgile qui
attachait tout vif un homme à un cadavre.
Politiquement, c'est l'un et l'autre. C'est pour
les trois jours une révolution de palais, pour la
40
France, un peu plus de faiblesse et de honte,
pour l'Europe, un degré d'esclavage de plus,
pour la Sainte-Alliance, un commissaire rem-
placé.
Et qu'on ne vienne pas crier à la perfidie et
m'accuser d'équivoquer sur les mots : ce que je
dis je vais le prouver jusqu'à l'évidence et les
faits à la main.
La royauté de juillet apparut au milieu
des barricades, la Marseillaise à la bouche et
Lafayette sur son coeur.
C'était un de ces momens rares et magnifiques
dans l'histoire, où tout un peuple montre les
vertus d'un grand homme. Confiant et modeste, il
déposa, avec candeur, la victoire, dans des mains
qu'on lui dit sûres et fraternelles. A l'aspect de
tant d'héroïsme, les nations se levèrent d'en-
thousiasme et de sympathie, tout peuple voulut
être libre et pur comme nons, les révolutions
couraient l'Europe comme le feu sur la traînée
de poudre, I8I5 était broyé sous les pavés, la
Sainte-Alliance agonisait.
O! que d'avenir et de gloire rayonnait alors
sur la couronne républicaine! Quel rôle et que