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Lettre à M. de Marnas, par J. Mirès

De
11 pages
impr. de Vallée (Paris). 1866. Mirès, J.. In-8° , 14 p..
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LETTRE
A
M. DE MARNAS
PROCUREUR GÉNÉRAL A LA COUR IMPÉRIALE
PAR
IAJÏIRÈS
J] ?,'J/r R È S
PARIS
IMPRIMERIE VALLÉE, 15, IUE BREDA
1866
LETTRE
A
M. DE MARNAS
PROCUREUR GÉNÉRAL A LA COUR IMPÉRIALE
PAR r
J. MIRES
Monsieur le Procureur général,
Inquiété par l'annonce vraie ou fausse d'une nouvelle aventure
judiciaire, je prends la liberté de m'adresser directement à vous. Un
entretien privé vous persuaderait, je n'en doute pas, mais j'ai besoin
que votre conviction soit partagée par t-ous.
En ce moment, pour me compromettre auprès du corps judiciaire,
on fait circuler dans le monde et dans les journaux, que je vais être
poursuivi à l'occasion des bruits injurieux, récemment répandus
contre un magistrat, au sujet de la mort de sa femme.
Voici ce qu'on lit dans la Gazelle du Midi :
« Le magistrat, sur lequel on avait fait courir le bruit qu'il avait
étranglé sa femme en chemin de fer, veut, dit-on, comprendre dans
les poursuites qui doivent avoir lieu, un célèbre financier qui au-
rait raconté publiquement cette fausse nouvelle dans le foyer de
l'Opéra. »
Pendant que cette calomnie fait son chemin, je suis assailli de
communications officieuses, qui m'avertissent que l'enquête annon-
cée est ouverte et qu'elle est dirigée contre moi.
Ces rumeurs sont-elles fondées? Je l'ignore, aucun avis officiel ne
les a confirmées ni démenties; toutefois je ne puis oublier l'ori-
gine de mes malheurs ; je sais les dispositions à saisir toutes les
- 6 -
occasions de nature à aggraver un état d'antagonisme qu'on a créé,
et qu'on voudrait entretenir ; voilà le but.
Dans-ce propos qu'on-m'impute, je reconnais les tendances que je
signale ; ce n'est pas la première fois qu'une enquête a été provoquée
et faite contre moi ; et le récit suivant vous montrera à. quel degré
d'aberration peuvent être entrainés les hommes, lorsque leur esprit
est envahi par la prévention.
S
En août 1862, le tribunal civil jugeait le procès fait à M. de Pon-
talba pour l'obliger à rendre aux actionnaires, ses pupilles, la
somme d'environ deux millions, qu'il leur avait extorquée, vous
savez dans quelles circonstances.
Les protecteurs de M. de Pontalba espéraient amoindrir leur res-
ponsabilité engagée, en faisant juger ces deux points : Que M. de
Pontalba avait, des droits à la somme touchée, et que moi, l'ayant
payée pour me sauver, je devais dès lors être garant envers les
actionnaires.
Pour faciliter cette œuvre confiée au Tribunal, il fallait relever
moralement M. de Pontalba du discrédit où il était tombé. Or il y
avait eu un fait gênant; c'était son expulsion du Jockey-Club.
Les membres les plus honorables de ce cercle, connaissant la con-
duite de M. de Pontalba, avaient hautement manifesté la volonté
, de l'exclure de leur société. Celui-ci averti par M. X. se hâta de don-
ner sa démission pour conjurer la résolution qui allait être prise.
Cela se passait dans les premiers mois de 1861 ; le procès criminel
commençait et tous les membres du Conseil de surveillance étaient
compris dans les poursuites, comme civilement responsables des di-
videndes distribués. -
M. X., dans l'intérêt de M. de Pontalba, son ami, exprima l'avis
que M. le comte Siméon donnât. sa démission, puisqu'il était cité en
qualité de Président du conseil de surveillance.
M. le comte Siméon, en véritable gentilhomme, alla au-devant de
toutes les objections. Au premier mot, il déclara qu'il cessait de faire
partie du cercle.
On ne pouvait confondre le caractère de ces deux démissions; l'opi-
nion ne s'était pas trompée, elle les avait appréciées, en qualifiant
d'expulsion celle de M. de Pontalba.
- 7 -
S
Plus d'un an s'était écoulé depuis ces faits, lorsque, je le répète, se
jugeait en août 1862 le procès en restitution, intenté à M. de Pontalba.
A ce moment, il s'agissait de rebadigeonner son honneur, en atté-
nuant le fait connu de l'expulsion. Voici ce qui arriva :
Le matin même, où l'avocat opposé à M. de Pontalba allait con-
clure, il reçut une prétendue lettre du Président du cercle, qui lui
disait que M. de Pontalba en avait été chassé.
Qui donc avait fabriquée cette lettre? — Vous pouvez le deviner.
L'avocat en donne publiquement connaissance à la barre même du
Tribunal. Me Sénard, le défenseur de M. de Pontalba, fait ce qu'on
appelle au palais un éclat d'audience : il jure qu'il n'y a jamais eu -
d'exclusion ; il affirme avec chaleur que M. de Pontalba a donné sa
démission absolument comme le comte Siméon.
Le but que M. de Pontalba et ses protecteurs recherchaient est
atteint. Chacun apprend ainsi que le bruit répandu de son expulsion
n'est pas fondé; qu'il s'est retiré, comme M. Siméon. Mais qui donc
pouvait, dans ce moment, rappeler que M. de Pontalba avait subi
une impérieuse nécessité, tandis que M. Siméon n'avait obéi qu'à
un sentiment de délicatesse?
Celui qui se fût avisé de rétablir la vérité, on l'eût certainement
accusé d'être le faussaire, l'auteur de la lettre. -
Pour compléter la manœuvre, l'avocat de M. de Pontalba, pre-
nant sous sa protection l'honneur de son client, demande ardem-
ment que des poursuites criminelles soient exercées contre l'auda-
ce eux faussaire ; le Tribunal les ordonne, et la pièce est jouée 1.
Grâce à cette comédie, à cette espèce de réhabilitation éphémère,
M. de Pontalba espère avoir suffisamment préparé les voies au
jugement favorable qu'il attend, et que l'avocat des Liquidateurs, en
pleine audience, a avoué attendre comme lui !. :
Mais la combinaison organisée contre moi et contre les action-
naires fut déjouée. M. de Pontalba fut condamné à rembourser la
somme qu'il avait obtenue, dit le jugement, par la fraude et la
violence. - -
Quant à la lettre, le Tribunal ayant ordonné que l'auteur fût
prjty^uivi, le Parquet ordonna une instruction, et un juge fût nom-
effet.. - - - - - -