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Lettre à M. Gambetta à l'occasion de son discours de Saint-Quentin / par un prêtre-instituteur [l'abbé A. Dufay]

De
12 pages
E. Dentu (Paris). 1872. France (1870-1940, 3e République). 14-[2] p. ; 15,5 cm.
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LETTRE
A M. GAMBETTA
A l'occasion, de son discours
DE
SAINT- QUEWTIIH
Les Trois-Moustiers (Vienne), le 21 novembre 1871.
Il y a quelques jours, vous avez eu l'hon-
neur d'assister au banquet donné par les
Saint-Quentinois, en souvenir de la défense de
leur ville, et là, vous avez prononcé devant un
auditoire qui devait naturellement vous ap-
plaudir, puisqu'il vous avait invité, un discours
dont je lis aujourd'hui quelques extraits dans
le journal le Soir (n° du 19 novembre).
J'ai l'honneur, Monsieur, d'être Français,
catholique et prêtre, et, comme tel, je ne veux
pas laisser passer, sans y répondre, — sinon
avec habileté, du moins avec toute mon éner-
— 4 —
gie, — l'insulte, oui, la véritable insulte que
Votre ex-Excellence ne craint pas de faire à
mon pays, à ma religion, à ma dignité de prê-
tre, en parlant comme vous l'avez fait.
Et d'abord, ne voyez-vous pas que c'est
faire une véritable injure à la France, que de
la supposer assez stupide pour ne pas s'aper-
cevoir enfin que vos utopies ne pourraient
que nous conduire dans des abîmes profonds,
d'où votre génie ne parviendrait jamais à nous-
tirer, pas plus qu'il n'a su nous préserver de
la grande invasion des Prussiens, ni de la
paix si onéreuse de Versailles ?
Je crois connaître l'esprit, l'opinion, les
sentiments de nos bons et braves habitants
des. campagnes ; ils ont en général beaucoup
de bon sens, et ils ont jugé, surtout depuis un
an, que vos théories ne valent rien. Ils ne
veulent pas, mais pas du tout, d'aucun des
gouvernements que vous pouvez leur vanter,
car, s'il faut tout vous dire en un mot, votre
nom résonne mal à leurs oreilles.
Qu'entendez-vous par « véritable éducation
— 5 —
« nationale, donnée d'une manière véritable-
* ment moderne , véritablement démocra-
«■ tique ? »
Qui sera le grand-prêtre de cette éducation ?
Qui en dressera le programme ? Sera-ce vous ?
Je ne sais, Monsieur, si vous êtes chrétien,
mais si vous l'êtes, que faites-vous de cette pa-
role du maître : « Euntes, docete. — Allez, ensei-
gnez »? — Que votre ex-confrère, M. Crémieux,
ne le comprenne pas, soit : il est Juif; mais
vous qui prétendez être convaincu « qu'il n'y a
rien de plus respectable dans la personne hu-
maine que la liberté de conscience, » qui con-
sidérez comme « le plus odieux et le plus im-
pudent des attentats d'opprimer les conscien-
ces, »— comment pouvez-vous, sans contradic-
tion, émettre publiquement cette opinion, qu'il
faut interdire le droit d'enseigner aux évoques,
aux prêtres, c'est-à-dire à ceux-là mêmes qui,
aux yeux de tout chrétien, ont reçu de Dieu
même la mission d'enseigner? —Euntes, docete.
Vous n'êtes pas hostile à la religion, dites-
vous; de quelle religion parlez-vous? Est-ce
— 6 —
de la vôtre? Il me faut le croire pour vous
comprendre, quand je vous entends accuser
l'Église de s'arroger « le droit presque exclusif
de distribuer l'enseignement dans nos écoles. »
Ce que vous avez dit là, Monsieur, est une ca-
lomnie ; l'Église n'a jamais exclu personne du
droit d'enseigner ; elle n'en a jamais eu ni la
puissance, ni encore moins la volonté. L'É-
glise, amie d'une sage liberté, réclame tout
simplement et réclamera toujours pour elle la
liberté de faire le bien, comme vous réclamez
pour vous et vos adeptes celle de faire tout
autre chose. Si vous voulez que les lycées, les
collèges laïques se remplissent et que nos
maisons ecclésiastiques se vident, il y a un
moyen bien simple, c'est d'obtenir, si vous le
pouvez, que, dans vos maisons laïques, on fasse
mieux que dans les nôtres, et à meilleur mar-
ché pour l'État et pour les familles. Laissez la
concurrence libre, et les parents, qui sont li-
bres aussi, vous l'avouerez, de confier leurs
enfants à ceux qui leur inspirent plus de con-
fiance, ne s'y tromperont pas.

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