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Lettre à M. le Comte de Paris / [signé : Ch. Desbans]

De
18 pages
impr. de Monnoyer (Le Mans). 1871. In-8°, 18 p..
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LETTRE
A
MONSIEUR LE COMTE DE PARIS
LE MANS
TYPOGRAPHIE EDMOND MONNOYER, PLACE DES JACOBINS
18 7 1
Tout exemplaire non signé de l'auteur sera considéré
comme contrefait.
A MONSIEUR LE COMTE DE PARIS
Le Mans, le 16 Aoiït 1871.
MONSIEUR LE COMTE,
Il y avait du feu et de l'âme dans cette génération de 1830,
et je me rappelle avec quel bonheur elle accueillit l'avéne-
* nient de la nouvelle royauté. C'était pour elle l'avènement
d'un droit, vague, sans doute, et qu'elle appréciait plutôt
par intuilion que par raisonnement. Mais enfin, il y avait là
comme une auréole de gloire nationale et des lueurs sédui-
santes d'avenir. Toutes les aspirations se confondaient dans
une profonde affection de la patrie. Chacun portait brave-
ment ses espérances. Nos écoles étaient brillantes d'enthou-
siasme. Ce fut merveille que la population parisienne en
armes. Rien n'égalait l'élégance de la garde nationale à
cheval, formée comme par enchantement. Votre père, tout
jeune encore, vint s'y ranger. Il s'y fit remarquer par ses
grâces sympathiques qui lui valurent des attachements
comme il s'en forme au collège : — pour la vie. Votre père,
et bientôt après, vos oncles n'eurent rien tant à coeur que de
passer de cette vaillante milice dans les rangs de l'armée de
terre et de mer, sur l'épée de laquelle devait reposer long-
temps l'équilibre de l'Europe. Nous trouvions très-beau que
de jeunes Princes quittassent toutes les jouissances de la vie
pour aller affronter les périls de la guerre, tandis que nous
restions paisibles au sein de nos familles. Aussi, n'étions-
nous pas ingrats : nous payons d'une cordiale reconnais-
sance ces dévouements patriotiques. Voilà comment se
formait entre votre famille et notre jeune France, un concert
de noblesélans. Le Roi, d'une main ferme, tenait le gouver-
nail des affaires publiques. L'agriculture florissait. Le culti-
vateur français s'enrichissait par un travail honnête et
persévérant. L'industrie, devenue savante, s'élevait honora-
blement. La couronne était considérée comme un don de la
nation... Hélas ! vous perdîtes votre père, ■— la France se
sentit blessée, — mais les malheurs privés s'effacent dans la
marche de l'humanité, sous la main qui dirige les mondes.
Je retrouve dans mon album de 1842, une esquisse d'une
grande réception de la cour qui vous donnera une idée des
sentiments qui nous animaient alors.
« Dans le cercle des hommes, les Princes se distinguent
« par leurs avantages personnels. Tous sont éminemment
« Français ; tous ont fait leurs preuves, comme chef, et
« comme soldat; tous, quoique jeunes encore, ont acquis de
« la gloire pour eux, pour leur pays.
« L'un, génie de nos marins illustres, porte et fait res-
« pecter sur les mers le nom et le pavillon français ; les
« autres, déjà gloires militaires, ont été des premiers à
« implanter sur le sol d'Afrique, nos principes de justice et
« de liberté.
« Néanmoins, que réclament tous les genres de gloire?.,.
« que réclame l'art ?
« Ferdinand et Marie d'Orléans... étoiles apparues dans le
« monde, comme ces astres auxquels les peuples attachent
« des idées de prospérité... trop tôt éteintes pour les savants,
« pour la France.
« Mais les regrets sont là comme un témoignage histo-
« rique, comme une grande leçon. Car il y a dans l'affection
« d'une nation quelque chose de fort et de providentiel. »
Vous voyez, Monsieur le Comte, par quel lien d'affection
vous appartenez à la France.
C'était un des hommes le plus heureusement doués que ce
pauvre duc d'Orléans, votre père, enlevé si prématurément
à son pays. Il avait ce fond de bonté que notre poète Victor
Hugo appelle le fond des natures augustes. Ses manières,
son langage caractérisaient dans leur plus grande distinction
les manières et l'expression françaises. Il aimait Paris et il en
était aimé. Il portait dans son coeur la France dont il rêvait
la grandeur. La trouvant prospère, il l'eût fait riche et
honorée, parce qu'en lui se trouvait cet ascendant moral, ce
parfum d'honnêteté qui place un Etat au plus haut rang.
Vous avez, dit-on, les vertus de votre père... C'est un
beau titre de recommandation auprès de notre chère patrie,
si douloureusement éprouvée et dont la plus puissante aspi-
ration est de retrouver l'honneur.
Souvent mon âme a été prise de pitié de votre long exil.
Mais mesurant les règles de la justice divine à l'étendue des
iniquités, j'ai calculé, jour par jour, l'heure de la délivrance
et celle de votre retour.
— 6 —
Je m'en réjouis doublement.
Dans mes Exilés, où se mêlent aux souvenirs du passé les
plus patriotiques espérances, j'ai dit :
Rapportez des coeurs simples
Et sans ambition ;
Car, voyez-vous, la France
N'appartient à personne
Et nous commande à tous
La vénération !
Il paraît que je n'ai fait qu'interpréter vos sentiments à
l'égard de la France. Vous n'aspirez qu'à l'honneur de la
servir : c'est le trait distinctif de votre famille et d'un coeur
vraiment français.
« La famille d'Orléans, ai-je dit ailleurs, éminemment
« douée du génie français, est peut-être la seule où le senti-
« ment et le respect de la souveraineté nationale se soient
« maintenus d'une manière remarquable. Elle s'est montrée
« constamment opposée à toute fusion du principe de liberté.
« Un pareil exemple d'intelligence et d'énergie morale pourra
« contribuer à relever le caractère national. Il est bon que le
« feu sacré se conserve quelque part. »
J'ajoute, sans injustice et sans louange : vous avez com-
pris mieux que personne ce grand principe de la souve-
raineté nationale, proclamé par nos ancêtres, d'éternelle
mémoire!
Ce profond respect de la France, cette abnégation, cette
patience de vingt années, rappellent les vertus antiques...
C'est la foi... la grandeur de l'exil !
Pour ceux qui, intelligents spectateurs de nos grandes
commotions, ont pu mûrir leur pensée par la réflexion,
la souveraineté nationale est le palladium de nos libertés.
Vous retrouvez la France comme une mer agitée sur

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