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Lettre adressée en réponse à Mme la Mise de Tourzel, née de Pons, suivie du sommaire analytique d'un mémoire déjà publié concernant la maison des princes ou sires de Pons, anciens hauts barons du royaume, et pouvant servir de complément audit mémoire. [Signé : Prince de Pons, Mis de La Châtaigneraye.]

De
31 pages
Plassan (Paris). 1828. In-4° , 33 p..
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LETTRE
ADRESSEE EN REPONSE
A MADAME LA MARQUISE DE TOURZEL, NÉE DE PONS.
LETTRE
ADRESSEE EN REPONSE
A Mme LA MARQUISE DE TOURZEL, NÉE DE PONS;
SUIVIE
DU SOMMAIRE ANALYTIQUE D'UN MÉMOIRE DÉJA PUBLIÉ,
CONCERNANT LA MAISON
DES PRINCES PU SIRES DE PONS,
ANCIENS HAUTS BARONS DU ROYAUME,
ET POUVANT SERVIR DE COMPLEMENT AUDIT MEMOIRE.
PARIS.
IMPRIMERIE DE PLASSAN, RUE DE VAUGIRARD, N° 15,
DERRIÈRE L'ODEON.
1828.
LETTRE
ADRESSEE EN REPONSE
A Mme LA MARQUISE DE TOURZEL, NÉE DE PONS;
SUIVIE
DU SOMMAIRE ANALYTIQUE D'UN MÉMOIRE DÉJÀ PUBLIÉ,
CONCERNANT LA MAISON
DES PRINCES OU SIRES DE PONS
« Quant aux familles qui descendent d'une ancienne
race, elles n'usurpent point en reprenant le nom et le
titre de leurs ancêtres, qui peuvent avoir été inter-
rompus par des cadets, à la différence de leurs aînés,
quoiqu'elles le fassent SANS LETTRES DU PRINCE
(LA ROQUES, Traité de la Noblesse, p, 50)
— « L'ancienne noblesse reprend ses titres, etc. »
(CHARTE.)
Madame la marquise,
Lorsque, dans l'avertissement du Mémoire héraldique publié
en 1827, et dont un exemplaire vous a été adressé, j'ai pris en
quelque sorte l'engagement de laisser dire et faire cette classe de
personnes qui, dans chaque société, aiment assez peu le nom d'au-
trui, j'étais loin de prévoir qu'il me faudrait vous compter au
nombre des contradicteurs-nés de toute question d'origine, ou,
plus exactement, de celle qui nous concerne. Dans ce cas, en effet,
telles n'eussent pas été mes paroles; car si, après avoir donné les
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éclaircissements nécessaires, un silence digne est l'unique chose
qu'il soit convenable d'opposer aux déclamations intéressées de
l'amour-propre, aux vains propos des cercles, et surtout à l'igno-
rance des faits, il peut exister cependant des adversaires investis
d'une considération assez grande pour qu'on se voie obligé de
ramasser le gant qu'ils vous jettent, ne daignassent-ils pas vous en-
tendre, ni même justifier leur défi.
La lettre dont vous m'avez gratifié le 11 août 1827, en réponse à
la communication officieuse que j'ai cru devoir vous faire, et qui
renferme ces mots : « J'ignore quel degré d'intérêt a pu vous por-
ter ma tante (madame la duchesse de la Vauguyon), et je n'ai pas
lieu de penser qu'elle ait accueilli la démarche que vous me dites
avoir faite près d'elle ; » puis ceux-ci: « Quant à moi , Monsieur,
seule représentant ma famille, j'honore trop la mémoire de mon
père pour ajouter au chagrin de l'avoir perdu d'une manière
aussi cruelle celui de laisser prendre son nom à qui que ce soit, »
et se termine enfin par cette phrase : « J'ai été élevée dans l'intime
conviction, malheureusement trop réelle, que nous n'avions plus
personne de notre maison, et jusqu'à ce qu'il me soit prouvé,
Monsieur, que vous avez le droit de vous appeler comme moi,
j'userai de celui de m'opposer à votre prétention : » cette lettre,
dis-je, me met dans une position analogue à celle que je viens de
signaler, sans qu'il soit même besoin d'ajouter foi à tout ce qui
m'a été répété comme sorti de votre bouche. C'est, je crois, ex-
pliquer suffisamment la raison qui me détermine à redescendre
dans une arène que j'eusse déjà revue sans d'autres soins plus im-
périeux; c'est justifier un combat, où, du reste, je me présenterai
moins pesamment armé, puisqu'il me faut le soutenir contre vous;
c'est enfin annoncer la résolution de ne vous opposer que des
armes courtoises, quelles que soient d'ailleurs celles dont vous
jugeriez encore à propos de vous servir.
Deux faits de la cause sont déjà rangés au nombre des événe-
ments accomplis, et par conséquent nous peuvent être un point
de départ. Le premier est que, fort d'un droit appuyé sur des
pièces irrécusables et sur la chose jugée, plus heureux en cela
que beaucoup d'autres, auxquels pourtant on ne dispute rien,
j'ai repris le nom, les pleines armes et la qualité générique des an-
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ciens sires de Pons, vos auteurs, qui sont aussi les nôtres. Le second
consiste en ce que, par un motif impénétrable à mon jugement,
vous vous êtes déterminée à protester soit en paroles, soit dans
la lettre citée, contre ce que vous appelez sèchement une préten-
tion, comme s'il s'agissait de répondre, non pas tout au moins à
un homme de qualité, issu en ligne féminine des Lusignan (jadis
comtes de la Marche et d'Angoulême, rois de Jérusalem, etc.);
comptant parmi ses aïeules paternelles deux descendantes d'une
célèbre maison d'Allemagne (celle des comtes de la Tour, autre-
ment dit Thurn, qu'on a vue assise sur le trône électif de Bohême);
petit-fils du côté maternel d'un ancien lieutenant-général des armées
du roi, chevalier-commandeur de ses ordres etc., chef d'une race
aussi ancienne qu'illustrée (celle de Montmorin, alliée à la maison
régnante); dont le père et l'oncle, jouissant autrefois d'une for-
tune très-considérable, et admis tous deux aux honneurs de la
cour, sont morts officiers-généraux ; qui, enfin, vient de s'allier
par mariage à une maison long-temps souveraine tant en Es-
pagne qu'en France (celle des princes comtes de Lara, vicomtes
héréditaires de Narbonne, issue des anciens comtes souverains de
Castille) ;mais à quelqu'obscur personnage qui, sortant de je ne sais
où, et se prévalant d'exemples trop nombreux parmi nous, serait
venu dire tout simplement : Je suis des vôtres, par une raison à
moi connue.
Il en résulte évidemment que l'un ou l'autre de nous s'est mé-
pris: vous, madame, par votre dénégation, nous, au contraire,
par une déclaration formelle suivie d'une signature plus démons-
trative encore, ce me semble ; auquel des deux, cependant, doit
advenir le reproche ? C'est ce qu'il s'agit d'examiner, et c'est aussi
ce que je vais faire avec toute l'indépendance dont, peut-être, j'ai
déjà donné quelques preuves.
Sur qui, d'abord, paraît assise une opposition qui, permettez-
moi de le dire, est si peu en rapport avec la sphère d'idées qu'on
aime à supposer aux personnes de votre naissance, lorsque, sur-
tout, elles ont pu croire à l'extinction de leur famille? Apparem-
ment, et même exclusivement pour moi, sur ce qu'il vous a plu
de m'apprendre, c'est-à-dire sur le contenu de votre lettre, car
il ne m'appartient nullement de scruter les raisons particulières
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que vous pourriez vouloir cacher. Or, que lit-on dans cette
pièce?
Vous débutez par me donner une sorte de démenti à propos
d'un mot concernant feu madame la duchesse de la Vanguyon,
votre tante; mais, madame la marquise, la seule chose avancée
par moi est que, de ce côté, ma communication a été reçue avec
intérêt; et celte phrase me paraît d'autant moins mériter la vôtre ,
qu'aussitôt après la démarche purement de forme dont il s'agit,
M. le duc de la Vauguyon a bien voulu se donner la peine de passer
lui-même chez moi, au nom de sa femme, née de Pons ; m'écouter
avec le soin et l'extrême politesse qui le caractérisent, lorsque j'ai
mis sous ses yeux les papiers très en règle dont je m'appuie ; enfin
m'écrire postérieurement (16 janvier 1825) « qu'il ne manquerait
» pas de lire les deux généalogies (celle de Pons et la nôtre comme
» suite, in-4°) que je lui avais adressées. »
J'ajouterai, au surplus , que, fussiez-vous mieux informée que
moi, une telle circonstance serait étrangère au fond de la cause,
en ce que, n'exprimant rien autre chose, sinon l'existence d'une
opinion individuelle, cette opinion ne saurait servir de preuve
négative, émanât-elle, s'il est possible, d'une personne encore plus
respectable que celle dont, après sa mort, la pensée nous est tra-
duite comme vous l'avez; entendue.
Votre second argument consiste, comme on a pu le voir plus
haut, à déclarer que vous représentez seule votre famille; que , par
respect pour la mémoire de votre père, vous ne voulez laisser
prendre son nom à qui ce soit; que vous avez été élevée dans l'in-
time conviction qu'il n'existait plus personne de votre maison ;
enfin que vous comptez agir en conséquence de cette façon d'en-
visager les choses. Mais encore, et tout intérêt privé à part, quelle
force peuvent avoir des raisons semblables contre des titres pro-
duits au grand jour par un tiers? Honorer la mémoire d'un père
cruellement immolé par la hache révolutionnaire, est un acte mé-
ritoire tout-à-fait digne de vous; vouloir empêcher que le noble
patrimoine de son nom ne soit envahi par des étrangers, n'est
pas moins louable assurément : mais prendre la résolution d'op-
poser de pareils sentiments et une pareille volonté à des pièces re-
vêtues de formes légales, à une décision de l'ancien cabinet du
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Saint-Esprit, juge compétent et souverain en ces matières, et, par
surcroît, à 75 pages d'un mémoire in-4°, en réfutation du-
quel, malgré sa date déjà ancienne, pas un mot n'a encore été pu-
blié, c'est, permettez-moi de le dire à mon tour, une prétention
exhorbitante du droit commun, qui, certes, ne saurait avoir
aucun poids aux yeux de tout homme un peu éclairé. Comment
ignorer, en effet, que notre histoire présente de nombreux exem-
ples de croyances analogues , qui se sont évanouies devant l'auto-
rité des titres? Le maréchal de la Force ne se regardait-il pas
comme le dernier de sa race, lorsqu'à sa grande satisfaction, il
retrouva un jeune Caumont sous l'habit de simple garde-du-corps ?
Le cardinal de la Rochefoucauld n'avait-il pas la même conviction,
lorsque l'humble toit d'un curé poitevin lui offrit l'héritier d'où
proviennent, assure-t-on, tous les la Rochefoucauld d'aujourd'hui?
Sans parler ici des Montfalcon relativement aux anciens Adhémar,
n'en peut-on pas dire autant des Talleyrand-Périgord, ainsi nom-
més depuis Louis XV seulement, et même de la maison actuelle
de Montmorency, dont les auteurs, suivant son propre dire, s'ap-
pelaient barons de Fosseux?
Telles ont donc été vos raisons, madame la marquise, ou du
moins celles que vous avez pris la peine de me communiquer. C'est
au public à juger si leur gravité est telle que vous paraissez le
croire, et s'il serait bien téméraire d'en tirer une conclusion op-
posée à celle que vous paraissez désirer. Quant à moi, voici d'a-
bord l'exposé de la conduite, j'ose dire pleine de franchise et de
mesure, que j'ai cru devoir suivre dès l'origine de cette affaire.
Nous reviendrons ensuite, mais sous une forme plus abrégée,
sur les preuves dont l'évidence paraît ne vous avoir pas encore
frappée.
Indépendamment de ma démarche auprès de madame votre
tante et de vous, mon premier soin a été de porter à la connais-
sance du Roi le fait de notre extraction masculine des anciens
sires de Pons, fait jusqu'alors peu connu, à part, s'entend, notre
famille, qui le savait par tradition, les généalogistes du cabinet
des ordres, et quelques autres, notamment M. l'abbé de l'Espine,
aujourd'hui conservateur à la Bibliothèque royale; de lui révéler
la source où j'en avais puisé la certitude légale (nos preuves de
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cour, dressées en 1780) ; et de le prier d'avoir pour agréable que
nous en recueillions les avantages. — Premier renvoi à M. le
garde-des-sceaux, comte Peyronnet. — Réponse déclinatoire de
celui-ci, par laquelle if apparaissait que son département ne pou-
vait en connaître. — Seconde requête à S. M., suivie d'un second
renvoi autographe au même Ministre. — Lettre de S. Ex. pour
nous apprendre que la commission du, sceau est enfin saisie de
notre demande. — Instance près de cette espèce de tribunal, non
pas, comme on a paru le croire, tendant à faire décider une ques-
tion d'État, déjà jugée sans appel depuis plus de quarante années,
mais seulement à obtenir la récognition d'un droit acquis, ou, si
l'on veut, une sorte d'entérinement. — Après une instruction
prolongée, rapport du commissaire royal près le sceau (M. Pas-
toret fils). — Déclaration d'incompétence, fondée sur la méprise
ci-dessus indiquée, dont le motif n'existait pas dans la cause, ou
peut-être manière commode de faire néant à la requête, sans se
montrer ni pour ni contre. — Réclamation motivée, remise à
S. Ex. en personne. — Réponse ministérielle qui, par des raisons
de chancellerie, maintenait le prononcé de ladite commission.—
Sur ces entrefaites, ainsi que nous l'avions annoncé, le cas
échéant, publication d'un Mémoire immédiatement adressé à
S. M., et déposé au parquet du procureur-général près la Cour
royale de Paris, où la question, traitée avec étendue et con-
science, se montre appuyée de moyens qu'on pourrait dire sura-
bondants. (En voir ci-après le sommaire analytique.) — Inter-
règne à cette sorte de procès sans juges ni parties. — Considé-
ration domestique qui, pour la troisième fois, nous détermine à
entretenir S. M. de cette affaire, par l'organe du premier gen-
tilhomme de sa Chambre (M. le duc de Blacas). — Réponse de
ce dernier, où il se lit, à l'occasion d'une formalité gracieuse
dont nous sollicitions le bénéfice, « qu'à l'égard de nos titres (ceux
» que nous avons pris et signés dans le Mémoire), S. M. a ajouté
» qu'il fallait les faire reconnaître par M. le garde-des-sceaux » :
ce qui, d'abord, est absolument conforme à notre constante de-
mande, et, loin de témoigner, ensuite, que l'on conteste les titres
mentionnés, ne dit pas même, notez-le bien, qu'il faille les éta-
blir, par le motif, sensible à la perspicacité royale, que si, comme
11
je le répète, il y à jugement définitif quant à l'origine, la quali-
fication, étant une conséquence toute faite de celle-ci, ne saurait
donner lieu à aucune discussion substantielle. — Nouveau point
d'arrêt, volontaire en ce sens, que nous n'avons tenté nulle dé-
marche ultérieure, et dès-lors renonciation temporaire à l'objet
ci-dessus indiqué, jusqu'à ce qu'il plaise à S. Ex. ou à ses suc-
cesseurs de nous entendre, et d'obtempérer ainsi à un ordre deux
fois renouvelé par un prince aux yeux duquel, même en fait de
généalogie, la justice n'est pas un vain nom, et qui, sans doute, a
pensé que l'assertion d'un gentilhomme appartenant à deux fa-
milles dont les services et la loyauté lui sont particulièrement
connus, méritait bien la peine d'être approfondie, ne fût-ce qu'à
raison de l'ordre public.
Nous venons d'exposer le passé de cette affaire; en voici main-
tenant l'état actuel, joint à une partie de son avenir présumé.
Conformément au contenu des preuves qui, dressées sur titres,
en 1780, par M. Chérin père, généalogiste des ordres du Roi,
nous ont fait admettre aux honneurs de la cour, ainsi qu'à tous
les documents historiques sur la matière, j'ai dit, nettement et
hautement, que la famille dont je suis l'un des chefs est une
branche autrefois paragère, ou, en d'autres termes, branche ca-
dette apanagée des anciens sires de Pons, ajoutant qu'elle est
sortie de leur souche même vers le milieu du douzième siècle;
que, dès-avant notre formation, lesdits sires de Pons étaient
1° seigneurs souverains, 2° barons du royaume; et dès-lors, à ce
double titre, non moins qu'à celui de sires héréditaires, PRINCES
de fait comme de nom , c'est-à-dire princes, du premier ordre;
car, indépendamment des têtes couronnées, on en compte de trois
espèces , savoir : ceux qui le sont par droit d'origine, par défini-
tion d'état, et qu'on ne peut ni abolir ni créer, ce que n'ignorait
pas le duc de Nevers (prince de la maison de Gonzague), lors-
qu'il disait, dans son langage : « que le roi ne pouvait pas faire
» des princes qu'en légitime mariage, et des ducs par parchemin»;
ensuite ceux qui jouissent ou jouissaient d'une seigneurie ordi-
naire, érigée par lettres en simple titre de principauté, que du
Tillet tenait pour inférieure aux marquisats, comtés ou vicomtés,
et qu'un peu crûment, peut-être, Loyseau appelle extravagante ;
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enfin, les personnes qui ont seulement été gratifiées d'un diplôme,
comme certains princes de l'ex-empire germanique, les plus es-
timés de cette classe, ceux du pape et autres de création ana-
logue. Ma troisième assertion a été que toute branche de maison
princière, nécessairement princière, succède de droit à ses aînés,
et, parconséquent, que la qualité de prince serait un privilège
de notre naissance, quand elle ne nous appartiendrait pas comme
l'un des représentants de la tige-mère éteinte; j'ai déclaré encore,
insistant beaucoup sur ce point, que si, dans un tel état de cause,
la sanction de l'autorité est un avantage précieux, ni l'ancienne
législation, ni la nouvelle, ni les règles posées par les écrivains les
plus accrédités, n'en imposaient l'obligation (voir en tête l'épi-
graphe de la présente lettre); j'ai dit enfin, pour dernier argu-
ment, que, nos droits étant identiques avec ceux qu'on a solennel-
lement reconnus, non par grâce, mais par justice, aux représen-
tants, aujourd'hui princes, des anciens vicomtes de Rohan, cet
exemple était sans réplique. Or, tout ce qu'on vient de voir ex-
primé, tout ce que j'ai pu dire ou publier à ce sujet, je le main-
tiens absolument, et même le maintiendrais de plus fort s'il en
était besoin. C'est là où j'en suis à cette heure, et là où, Dieu ai-
dant, j'espère au moins demeurer ferme.
Que si, maintenant, nous n'avons pu nous faire écouter de la
chancellerie, et par suite de la cour, tant pis pour cette dernière,
plus encore que pour nous-mêmes. En supposant qu'il ait plu
aux ministres de ne pas reconnaître d'antiquités égyptiennes, le
Roi n'aurait pas de Musée égyptien dans son palais du Louvre.
Ne sait-on pas, d'ailleurs, qu'au rebours de certaines légitima-
tions, où le doigt de la faveur est évidemment empreint, un droit
véritable puise une nouvelle force dans la contradiction qu'il
éprouve? Sommes-nous, enfin, assez peu instruits du taux auquel
une prodigalité sans exemple, jointe à une extrême tolérance, a
fait descendre ce qu'on s'est cru obligé de laisser à la noblesse,
pour vouloir en tirer une vanité puérile, bien que (nous en fai-
sons ici l'aveu) un de nos intimes nous ayant dit, naguère, qu'il
aimerait mieux être un marbre mutilé des anciens temps, qu'un
magot d'argile pétri d'hier, fût-il doré de la tête aux pieds, nous
ne l'ayons pas contredit.
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Il arrive quelquefois qu'un fait étant exposé, l'on n'en de-
mande pas davantage; quelquefois aussi l'on veut être informé
de ses causes déterminantes, par la raison qu'à l'ordinaire, les
deux conditions réunies se fortifient mutuellement. Il ne serait
donc pas hors de propos de faire connaître à quel esprit peut
s'attribuer le non-succès dont j'ai parlé, je veux dire de mon-
trer que, depuis Louis XI et le cardinal de Richelieu, qui, suivant
l'expression aussi énergique que profonde de feu M. Ferrand
(Théorie des Révolutions), furent les sapeurs de l'armée révolu-
tionnaire, un malheureux système a été constamment suivi par la
couronne, ou plutôt ses ministres, puisqu'il est convenu que les
rois ne sauraient mal faire, et d'en tirer ma conclusion ; mais je
sens également que c'est là le sujet d'un gros livre, et qu'aucune
précaution oratoire ne saurait me justifier, si j'allais chercher
aussi loin l'explication de la circonstance qui nous occupe. Je sa-
crifierai, en conséquence, mes frais d'exorde, et, après avoir fait
observer historiquement que cette aristocratie tant redoutée ne
manqua jamais à la monarchie dans les dangers nationaux, té-
moin Bouvines, les guerres contre l'Anglais, etc., tandis que
l'hydre démocratique, si imprudemment caressée en vue d'un
plus large pouvoir, a donné pour résultat le 21 janvier et ses
suites, je reprendrai mon discours où il a été interrompu, j'en-
tends à ce qui peut concerner, soit en mal soit en bien, les éven-
tualités de la présente affaire.
A l'égard donc de son avenir néfaste, jamais sécurité ne fut
plus grande, non que je brave, à l'étourdie, cette haute puissance
qu'on nomme malice humaine, mais parce qu'en supposant à qui
l'on voudra, et pour tel motif que ce soit, la prétention sérieuse
de vouloir annihiler le passé au profit de je ne sais quel présent,
ainsi que celle de neutraliser l'effet naturel d'actes parfaitement
en règle, tous ces efforts ne sauraient du moins m'empêcher de
transmettre à mes descendants, et pour des jours meilleurs s'ils
viennent, un droit contre lequel ne peut exister aucun droit.
En ce qui touche le second point, c'est-à-dire l'espérance de
voir la noblesse remise en honneur dans ce royaume qu'elle a
scellé de son sang, et d'y occuper la place qu'une illustre ori-
gine devrait alors m'y assurer, je ne dirai ici qu'un mot, bien que
14
le sujet réclamât quelque bon chapitre, qui, du reste, est là sur
ma table, c'est que j'en sais trop là-dessus pour ne pas borner
mon ambition présente au triomphe passif dont il vient d'être
parlé.
Mais il est temps, madame la marquise, de terminer ce nouveau
plaidoyer, qui, déjà long, aurait pu l'être beaucoup plus. Le point
capital de la querelle que vous avez jugé à propos de me susciter
se pouvant réduire au fait de votre dénégation et à l'importance
que vous y attachez, il ne me reste, je pense, après tant de déve-
loppements, qu'à résumer, en peu de mots, ce que j'ai cru devoir
y répondre. Or, je vous disais dans ma première lettre (juin 1827),
et je prends la liberté de vous répéter en ce lieu, « que si l'ex-
traction a été jugée certaine par l'autorité compétente, circons-
tance incontestable à notre égard, nul désaveu ne saurait en para-
lyser les conséquences, et que si le fait n'existe pas, au contraire,
toutes les récognitions du monde seraient impuissantes pour le
créer. » J'ajoutais « que l'assentiment des membres de la famille
n'en était pas moins très-précieux; qu'il nous serait dès-lors infini-
ment agréable d'obtenir le vôtre, c'est-à-dire, de rencontrer en
vous justice et bienveillance. » II était écrit, enfin, « que, si des
préventions injustes et difficiles à comprendre l'emportaient sur
le contenu d'un mémoire dont, j'ose le répéter, pas une ligne ne
pourra être effacée, je me verrais contraint de résister à une op-
position aussi peu fondée, et de maintenir, envers et contre tous,
la vérité d'un fait trop honorable, bien que de luxe en quelque
sorte, vu ce que nous sommes déjà par nous-mêmes, pour ne
pas y attacher l'importance qu'il mérite. »
Ma tâche est par conséquent achevée, du moins jusqu'à cette
heure. Quant à vous, Madame, il vous appartient de savoir si,
mieux éclairée sur la portée de vos droits, non moins que sur la
nature des nôtres, vous voulez faire justice, comme j'en nourris
toujours l'espoir, d'une façon d'agir gratuitement hostile , et, par
ce noble exemple, qui, de votre part, ne saurait étonner personne,
mettre fin à une lutte que, sans la redouter, il m'eût, certes, été
doux de n'avoir pas à soutenir.
J'ai l'honneur d'être, etc.
(Signé comme ci-après).
Paris, 15 décembre 1827.