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Lettre au citoyen Méhée de La Touche. (5 et 6 octobre.)

18 pages
chez tous les marchands de nouveautés (Au Palais-Royal). 1814. France (1814-1815). In-8 °. Pièce.
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LETTRE
AU CITOYEN
MEHÉE DE LA TOUCHE.
LETTRE
AU CITOYEN
MÉHÉE DE LA TOUCHE.
LIBERTE.
ÉG ALITÉ.
AU PALAIS-ROYAL,
CHEZ TOUS LES MARCHANDS DE NOUVEAUTÉS.
1814.
LETTRE
AU CITOYEN
MÉHÉE DE LA TOUCHE.
CITOYEN,
La brochure que vous veues de publier, et
qui a,pour litre : Dénonciation au Moi, vous
a, dites-vous, attiré beaucoup de lettres... Je
veux aussi vous écrire ; je veux que vous
sachiez la haute estime que je professe de-
puis long-temps pour votre personne, et le
vif plaisir que m'a procuré la lecture de votre
nouvelle production.
Je suis peu versé dans l'art d'écrire, ainsi
que vous,le remarquerez, facilement ; je n'ai
( 4 )
fait mon cours de littérature que dans les sec-
tions , où l'on se souvient encore de ma vaste
et forte poitrine. Mais cette considération ne
peut m'arrêter ; je méprise l'éloquence : elle
n'a jamais servi qu'à farder la vérité.
Il est donc vrai qu'il existe encore de ces
citoyens généreux , de ces ardents patriotes
qui ne se laissent point influencer par les cir-
constances, qui ont précieusement conservé au
fond de leur coeur le feu sacré de 93, et qui
aimeraient mieux que la France tome entière
pérît, plutôt qu'un seul principe!.. Mais qu'ils
sont rares ces courageux citoyens, et qu'il y
a peu d'âmes trempées comme la vôtre ! Je
cherche vainement ceux qui ont figuré avec
nous dans les fameuses journées : je ne les
trouve plus. La plupart, après avoir long-
temps professé la liberté et l'égalité, après
avoir porté les nobles livrées du sans-culo-
tisme, ont dégénéré de cette simplicité an-
tique; ils ont abjuré les signes de la liberté,
et se sont lâchement endormis dans le faste
et dans la mollesse. Pour vous, Citoyen, vous
pouviez aussi vous donner les airs d'un grand
seigueur, car vous aviez fait une assez belle
fortune; vous avez reçu beaucoup d'argent
en Angleterre, quand vous vous y êtes pré-
(5)
senté pour négocier la conspiration de Georges
et de Pichegru ; vous avez reçu beaucoup
d'argent lorsque vous êtes allé à Munich faire
vos fausses confidences à M. Dracke ; vous
avez reçu beaucoup d'argent, lorsque vous
êtes revenu à Paris rendre compte de cette
honorable mission ; vous avez encore reçu
beaucoup d'argent, lorsque, pour des raisons
que vous connaissez fort bien, vous fîtes pa-
raître la relation de votre voyage eu Angle-
terre : mais, supérieur à la bonne comme à
la mauvaise fortune, vous ne vous êtes point
laissé vaincre par la prospérité; et de même
qu'Aristippe, vous avez fait voir que vous
possédiez des richesses, mais que vous n'eu
étiez pas possédé.
Je sais très-bien qu'à l'époque de votre
voyage en Angleterre , quelques personnes
qui n'étaient point à la hauteur des principes,
osèrent qualifier d'espionnage cette petite in-
cursion dans les îles britanniques ; insensés
qui végètent dans l'étroite sphère, de leurs
idées ! qui ne savent point que dans les af-
faires publiques la morale a bien plus d'éten-
due que dans les particulières! que ce, que
l'on qualifie de perfidie et de bassesse dans le
commerce ordinaire de la vie, prend un tout
( 6 )
autre caractère dans les relations diploma-
tiques! La raison d'Etat a des privilèges extrê-
mement étendus, vous le savez très-bien ; et
dans toutes les occasions, vous avez prouvé
que vous apparteniez à la patrie avant d'être à
la société.
C'est le sort des grands hommes d'être per-
sécutés; personne plus que vous n'avait droit
de l'être. Vous eûtes des ennemis nombreux ;
ces ennemis ( tant la haine est aveuglé! ) ne
s'accordaient même pas entre eux ; les uns di-
saient que vous aviez été chassé de Pologne et
de Russie parce que vous aviez voulu inoculer
dans ces contrées le virus révolutionnaire; les
autres soutenaient que c'était à cause dé quel-
ques petites escapades que vous vous étiez per-
mises chez une comtesse qui vous avait admis
dans sa société. Ces ennemis ne s'en tinrent
pas là, et lorsque vous fûtes appelé au dépar-
tement des affaires étrangères, ne vous en fi-
rent-ils pas encore chasser sous prétexte que
vous aviez coopéré aux massacres du 2 sep-
tembre?.. Et quand cela serait? si à cette époque
vous crûtes cette opération honnête, quel mal
y a-t-il? il est bien difficile dans ce monde de
professer des Opinions libérales sans que les ti-
mides cherchent à Vous en rendre victimes.

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