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Lettre au duc d'Orléans, prince royal, par H. Auger, de la Société des amis du peuple

De
20 pages
impr. de Goetschy ((Paris,)). 1830. In-8° . Pièce.
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LETTRE
AU DUC D'ORLÉANS,
PRINCE ROYAL.
PAR H. AUGER.,
DE LA SOCIETE DES AMIS. DU PEUPLE.
IMPRIMERIE DE GOETSCHY,
Rue Louis le-Grand , N. 35.
LETTRE
AU DUC D'ORLÉANS,
PRINCE ROYAL.
MONSEIGNEUR ,
Dans la journée du 29 juillet , tandis que de
riches individus allaient, auprès du duc de Raguse,
marchander le retrait des ordonnances et compro-
mettre l'avenir de la liberté, un des héros en hail-
lons qui s'emparaient du Palais des Tuileries, ne
trouva pas de récompense plus douce que de se
reposer un moment sur le lit du monarque dé-
chu : c'était une fantaisie d'esclave, mais celle-là
ne portait préjudice à qui que ce fût au monde.'
Le peuple s'est assis sur le trône de France ; un
sabre nud, un fusil noirci par la poudre lui ser-
virent de sceptre et de main de justice, et, du-
- 4 -
rant ce règne de force et de victoire, le souve-
rain improvisé n'a demandé ni sang ni richesse:
plaise au ciel. Monseigneur, que personne n'ou-
blie jamais cette grande circonstance,
Après ce fait qui prouve d'une manière in-
contestable le progrès moral advenu dans la
classe la plus nombreuse depuis 89, un plébéien
dont les intentions sont pures, se croit autori-
sé à satisfaire l'envié qu'il a de vous écrire, Mon-
seigneur, à vous qui êtes l'avenir de nos fils, et
qui dit l'avenir dit l'espoir. C'est une fantaisie
d'homme libre. J'espère qu'elle me sera pardon-
née par le Roi votre père à qui rien n'est indif-
férent ; par les hommes appelés au timon des af-
faires, tout indifférens qu'ils sont pour ce qui ne
les intéresse pas particulièrement; par la cham-
bre élective dont l'ouie est un peu dure et la
vue un peu courte, son grand âge pris en consi-
dération ; par la chambre héréditaire qui ne lit
pas toujours très-couramment; par la masse des
citoyens à qui tout importe, et surtout par vous
Monseigneur, qui ne devez pas être une néces-
sité, mais dont le nom impose déjà tant d'amour
et de respect. Encouragé par cette idée, je laisse
courir ma plume en pleine liberté; fier de me
sentir tout-à-coup revêtu du sacerdoce de la
pensée, je veux l'exercer sans réserve et sans
— 5 —
crainte: c'est aujourd'hui un devoir de vous
éclairer sur les destinées de la France , de cette
France qu'on trouve toujours à la tête des pro-
grès dans la marche intellectuelle de l'humanité,
et à la tête de laquelle vous êtes appelé à vous
trouver un jour.
Et tout d'abord, convenons-en , Monseigneur,
les plus pressés ne font pas toujours la meilleure
besogne; la ligne courbe de M. Ferrand n'était
pas un si mauvais conseil. .. mais c'est de l'ave-
nir dont je veux entretenir Votre Altesse. Mal-
heureusement on ne peut prévoir l'avenir qu'en
vertu du passé, et le présent d'ailleurs nous do-
mine et nous presse tellement que nous ne pou-
vons guère en détourner nos regards. Mais, si
vous voulez bien me le permettre, confondons-
les ensemble de façon qu'on ne voye entre hier
et aujourd'hui de différence que celle de quel-
ques noms-propres ; cette manière de procéder
nous épargnera du tem, c'est d'ailleurs une opi-
nion générale, et je prends Dieu à témoin qu'il
ne dépend de moi qu'il en soit autrement, dans
votre intérêt, comme dans l'intérêt du peuple
que nous sommes obligés de compter pour quel-
que chose, parce qu'il peut beaucoup ainsi que'
vous avez pu vous en convaincre , Monseigneur.
Toute révolution amène un changement, tout
— 6 —
changement doit introniser un progrès, tout pro-
grès tend à l'amélioration de la condition du plus
grand nombre : c'est l'ordre logique ou provi-
dentiel. Quand il est d'une autre manière, il y a
contre-révolution, c'est-à-dire perturbation de
l'ordre logique ou providentiel. Or, Monseigneur,
je vous le demande , après les trois journées de
juillet, quel progrès est-il résulté en faveur de
ces pauvres dont on peut constater le dévoue-
ment par le nombre de morts ? Est-il venu dans
les 221 vénérables têtes qu'ils ont arrachées au
trépas la moindre velléité de chercher à soulager
le sort du peuple, moralement ou physiquement ?
A-t-on enfin accordé aux classes laborieuses les
droits de citoyen, qu'elles méritent par une sar
gesse bien préférable au cens électoral, aristocra-
tie bourgeoise dont le plus petit ridicule est
d'être surannée, soit dit en passant ? nullement ;
et en attendant les fruits naturels d'une révolu-
tion faite par le peuple, 1,000 francs et 1oo écus
d'impôts sont toujours la raison la meilleure, ou
si vous l'aimez mieux, la raison du plus fort.
C'est là la garantie la plus sûre de la droiture de
l'esprit ; de telle sorte qu'il suffit de posséder
une fraction du territoire pour avoir le droit de
débiter du haut de la tribune mille absurdités
sur les prolétaires, etc., etc. ; de telle sorte que
l'oisif est juge et partie contre le laborieux ; de
telle sorte que le riche égoïste fait la part du
pauvre, et que le gros manufacturier se berce de
la douce illusion de faire vivre trois mille ou-
vriers à son profit.... Bravo, messieurs les libé-
raux, messieurs les philantropes, messieurs les
philosophes! Voilà où vous vouliez en venir,
bardés du pouvoir ; bravo ! La Quotidienne le
disait bien : « A l'oeuvre on connaît l'artisan. »
En vérité, Monseigneur, c'est une chose étrange
que le pouvoir; dès qu'on y parvient, tout
change d'aspect : les promesses, les professions
de foi, les déclarations de principes sont des dé-
grés, mais des dégrés fragiles qui croulent sous le
poids d'une dignité ; et, comme l'enfer, le pouvoir,
est pavé de bonnes intentions, depuis la Chambre
des Députés, vaste pépinière d'hommes d'état,
jusqu'au cabinet des ministres, où viennent s'a-
néantir toutes les célébrités, y compris M. de
Chateaubriand. N'y aurait-il pas,: Monseigneur,
dans l'atmosphère ministérielle, quelque chose de
laxatif et de morbifique qui détend la volonté,
qui paralyse les facultés, qui porte à la modéra-
tion quand l'énergie est nécessaire, et qui, par
un malicieux effet de toutes les maladies, fait
prendre une ferme résolution, alors qu'il faudrait
qu'on laissât aller doucement les choses? Il faut