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[Lettre au président du Conseil général du Rhône, proposant certaines mesures destinées à attirer les touristes étrangers à Lyon et dans la vallée du Rhône / signé J. Laverrière, 26 octobre 1871]

De
8 pages
impr. de Vve Bouchard-Huzard (Paris). 1872. 8 p. ; in-4.
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Paris, 26 octobre 1871.
MONSIEUR LE PRÉSIDENT,
Par les contributions de guerre que l'Allemagne nous a imposées, elle cherche à
ruiner notre commerce, notre industrie et jusqu'à notre crédit.
Il est vrai que, jusqu'à présent, sa haine contre la France a été déçue. Les der-
niers emprunts montrent que l'Europe a foi dans notre solvabilité et dans notre
énergie à réparer les désastres dont nous avons été victimes. Mais ce premier symp-
tôme de relèvement ne doit pas nous illusionner. Nos milliards en numéraire
prennent ou prendront le chemin des coffres-forts de la Prusse, à mesure que les
billets souscrits arriveront à échéance ; et, si nous ne travaillons pas activement à
remplacer le numéraire qui nous quitte, la perturbation se manifestera dans nos
transactions à l'intérieur et à l'extérieur, et nous nous verrons exposés à toutes les
tribulations qui ont si cruellement visité les Etats-Unis, bien mieux constitués que
nous pour surmonter d'aussi terribles épreuves.
Mon intention, Monsieur le Président, n'est certes pas d'indiquer par quelle série
de mesures on pourrait conjurer le danger qui menace notre cher pays. Mon but
est plus modeste; il consiste à soumettre au conseil que vous présidez un projet
d'intérêt plus local, plus restreint, mais non dénué d'importance comme vous le
verrez, grâce auquel je suis convaincu que la ville de Lyon d'abord, et ensuite
la Vallée du Rhône tout entière, pourront ramener dans cette partie de la France
la part de richesses métalliques que lui soutire l'avidité prussienne.
Je prends la liberté de recommander ce projet, d'autant plus à votre attention et
à celle de mes concitoyens.lyonnais, qu'il renferme une véritable revendication
contre l'Allemagne, Si, grâce au patronage, de la ville de Lyon et des autres grandes
cités de la vallée du Rhône, il arrivait à être réalisé, nous aurions commencé la
série des revanches à prendre, en attendant la suprême revanche à remporter sur
un autre terrain.
1872
A Monsieur le Président du Conseil général du Rhône.
—2—
Ceci dit, j'entre en matière.
On ignore généralement le nombre considérable de touristes, qui vont annuelle-
ment visiter les bords du Rhin, devenus classiques beaucoup plus par les brillantes
descriptions qu'en ont faites nos écrivains français que par les souvenirs histo-
riques qu'y rattache l'Allemagne. C'est surtout à partir du magnifique livre de
Victor Hugo, intitulé le Rhin, traduit et imprimé dans toutes les langues, qu'appa-
raît dans le monde élégant la mode d'aller, chaque année, passer quelques mois
sur les bords du fleuve germanique. Cette mode se généralisa bientôt, les médecins
ne tardant pas à lui prêter leur concours, en conseillant et en prescrivant les eaux
minérales de ces régions. Des hôtels, des palais luxueux consacrés à la musique,
à la danse, au jeu, etc., s'élevèrent à grands frais, pour recevoir le monde opulent,
pour le fixer, et lui donner des impressions capables de le ramener ou de le renou-
veler indéfiniment.
A quel chiffre peut-on estimer les sommes dépensées sur les bords du Rhin par
le courant voyageur qui vient, chaque année, s'y arrêter et s'y délasser ? D'après
une publication américaine toute récente, le chiffre ne s'élèverait pas à moins de
120 millions de dollars pour les Américains seulement, autrement dit 600 millions
de notre monnaie !
En effet, la statistique en question constate qu'une moyenne annuelle de
40,000 Américains s'inscrit dans les agences spéciales, pour faire ce qu'on appelle
the continental tour. Chacun de ces voyageurs emporte avec lui 3,000 dollars
(15,000 francs), en moyenne, pour son voyage, qui, multipliés par 40,000, donnent
le chiffre signalé ci-dessus. Or tout le monde sait que le continental tour des Amé-
ricains consiste surtout, après avoir rapidement traversé Paris et la Suisse, à visiter
les villes d'eau et les rives du Rhin. Qu'à ces 40,000 voyageurs américains on
ajoute les voyageurs anglais, russes, espagnols, etc., non moins riches et aussi
nombreux, et les 600 millions constatés monteront, très-probablement, à un mil-
liard!
Un milliard ! voilà la somme énorme d'argent comptant qu'une réunion de cir-
constances voulues, bien plus que la beauté supérieure des sites, attire et fait dé-
penser annuellement sur les bords du Rhin. Et, quand je dis les bords du Rhin, je
me trompe; c'est sur une petite partie des bords du Rhin qu'il faut dite, car la
région particulièrement visitée commence à Mayence pour finir à Bonne.
Pourquoi, Monsieur le Président, lés bords du vieux Rhône gaulois, si variés, si
grandioses, ici roulant au fond des abîmes, là s'épanouissant dans des plaines.fer-
tiles, tour à tour sévères et gracieux, partout pittoresques, jalonnés de villes célèbres
par leur industrie ou par leurs produits artistiques,.embellis de vignobles fameux»
illustrés par les plus éclatants épisodes de l'histoire ancienne et moderne, parsemés