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Lettre circulaire du diable à ses ambassadeurs, consuls, agents consulaires et chargés d'affaires dans les cinq parties du monde

14 pages
Paulmier (Paris). 1865. France (1852-1870, Second Empire). In-8 °. Pièce.
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LETTRE CIRCULAIRE
DU DIABLE
PARIS
J.-L. PAULMIER, LIBRAIRE-ÉDITEUR
15, RUE DE RENNES.
1865
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trouver dans leur sein les plus utiles auxiliaires pour répandre les mau-
vaises doctrines et les semences du désordre.
Quoique notre but soit toujours le même dans la guerre que nous fai-
sons au Créateur et à ses créatures, le terrain change selon les temps
et les circonstances. Aujourd'hui j'ai cru devoir signaler à votre saga-
cité et à votre zèle une phase nouvelle qui appelle la concentration de
nos forces contre la Papauté. En dirigeant nos coups sur elle, nous
"frappons l'Église à la tête et au coeur, et nous ferons plus de mal aux
hommes qu'en les entraînant individuellement dans le vice.
Nous sommes admirablement secondés par l'esprit révolutionnaire
que vous avez si adroitement soufflé clans toute l'Europe, et qui agite
tant de têtes. Autrefois nous avions pour nous les hérésies, l'ignorance
ou l'inconduite du clergé, le crédit des prétendus philosophes et la gros-
sièreté fanatique du peuple ; aujourd'hui c'est la Révolution qui marche
devant nous et qui renverse les barrières. La politique est devenue
notre arme la plus puissante par ses tendances impies et par l'alliance
étroite de ses principaux agents avec moi. Vous connaissez leurs ser-
ments.
Aujourd'hui donc il s'agit de décrier la Papauté et de la détrôner aux
applaudissements d'un peuple imbécile ; en lui enlevant son temporel,
qui est le gage de son indépendance, nous forcerons le Pape à prendre
le chemin de l'exil et à rester sous la main de nos amis, qui entraveront
l'exercice de sa puissance spirituelle par tous les moyens imaginables.
Comprenez-vous quel profit nous pouvons tirer de cette situation, quel-
que transitoire que la puissance céleste nous permette de la supposer ?
Pendant ce temps-là l'Italie sera livrée à la Révolution et le catholi-
cisme y fera le plongeon, au moins pour un temps. Avec un peu d'a-
dresse nous soulèverons les peuples, nous brouillerons les rois et nous
arriverons peut-être à une conflagration universelle. La démagogie
triomphante persécutera les catholiques, fermera les églises, égorgera
les prêtres, ou les exilera, et la licence sera aussi grande que possible.
Beaucoup d'hommes périront ou se pervertiront, et nous ferons une ri-
che moisson d'âmes. Car, vous le savez, frères et amis, c'est trop peu
pour nous de faire souffrir les hommes sur la terre, il nous faut l'éter-
nité pour les tourmenter. En conséquence, tel doit être notre plan dans
cette nouvelle campagne.
* Permettez-moi d'entrer dans quelques détails relatifs aux différentes
classes d'auxiliaires que vous devez attirer sous nos drapeaux ou dont
vous aurez à stimuler l'ardeur.
Est-il besoin de vous rappeler qu'en général vous ne sauriez trop
dissimuler votre action, cacher vos desseins, affecter de bonnes inten-
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tions, pour fausser impunément les idées, égarer les sentiments, trom-
per les hommes, en un mot, sur la moralité de vos suggestions et de
leurs propres passions ? La plupart ont une honnêteté naturelle qu'il
faut ménager et tourner à vos fins; vous les effaroucheriez en vous
laissant trop deviner. Ceux-là mêmes qui nient le plus insolemment
notre existence, vous le savez, sont précisement ceux que vous dominez
avec le plus d'empire et qui se font les plus serviles esclaves de vos vo-
lontés.
1. — DES ROIS ET DES HOMMES POLITIQUES.
Les rois et les princes, à raison de leur influence, sont les premiers
que vous deviez gagner. Déjà un bon nombre sont à nous, même en
pays chrétien, les plus arriérés et les plus scrupuleux commencent à
s'accoutumer aux idées modernes, et nous font tous les jours des conces-
sions, soit par faiblesse, soit par bétise. Quant à ceux qui nous ont prêté
serment de fidélité, vous les connaissez; ce qu'ils ont fait pour notre
cause, vous donne la mesure de ce que vous pouvez attendre de leur
concours.
La plupart des hommes politiques ont définitivement adopté notre
principe : « La parole a été donnée à l'homme pour déguiser sa pensée. »
La diplomatie pourrait se définir : " L'art de tromper dans les relations
internationales. " La confiance est bannie et je m'en réjouis grande-
ment ; car il nous sera plus facile de brouiller les rois entre eux quand
nous le jugerons à propos.
Faites bien mes compliments à ceux qui ont si bien mené les affaires
en divers pays, notamment en Irlande, d'où les catholiques s'expatrient;
en Pologne, où l'Église est énergiquement persécutée ; aux États-Unis,
où les frères s'égorgent avec acharnement, et en Italie, où la Révolu-
tion, qui a fait merveille depuis quelques années, nous promet la dé-
chéance de la Papauté. Ce m'est le côté le plus sensible. Prodiguez
donc les éloges aux chefs courageux qui ont bravé les foudres du Vati-
can, aux diplomates qui ont provoqué et dirigé ce grand mouvement,
enfin aux souverains qui l'ont appuyé et sanctionné. C'est un tour de
force digne des louanges et des applaudissements de l'enfer.
J'admire, moi Satan, qu'ils aient pu, sous les yeux de l'Europe et des
rois catholiques, accomplir toutes sortes de spoliations et de brigan-
dages, déposséder des princes, voler des royaumes, ravir des provinces,
emprisonner les évêques, fusiller les honnêtes gens, égorger les soldats
du Pape et lui enlever presque tout le patrimoine de saint Pierre, en
faisant croire au monde, les uns qu'ils en étaient désolés, les autres qu'ils
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n'avaient pu l'empêcher, ceux-ci qu'ils n'y étaient pour rien, ceux-là
qu'ils y étaient forcés, et tous qu'ils avaient le plus tendre dévouement
pour le vicaire du Christ. C'est à votre ascendant et à votre habileté,
illustres frères, que j'attribue une si étonnante et si glorieuse victoire.
Je vous félicite, avec non moins d'admiration, d'avoir pu faire ac-
cepter en politique deux principes contraires au sens commun et à
toute morale': ce que vous avez appelé la non-intervention et le droit
du fait accompli. Voilà deux armes irrésistibles pour renverser les
institutions les plus solides et pour légitimer ensuite les résultats ; avec
cela nous saperons les bases de la justice et du droit, et nous établi-
rons le socialisme aussitôt que nous serons assez forts.
L'évêque d'Orléans vient de démasquer nos artifices ; mais tant de
personnages qui s'y trouvent compromis vous aideront à paralyser ces
derniers coups.
Vous trouverez des rois complaisants, et vous ne manquerez pas
d'auxiliaires parmi leurs ministres; car il en est, vous le savez, qui
nous sont complétement dévoués. Au reste, ignorez-vous que les
grands, quand ils n'ont ni foi ni loi, et qu'ils sont ambitieux, ne re-
culent devant aucun crime? Croyez-en ma vieille expérience, un prince
incrédule, corrompu, cupide et audacieux, bouleverserait l'Europe pour
se faire ou pour garder un royaume.
Il est encore des rois et des ministres qui sont vertueux par habi-
tude et par scrupule de religion ; ceux-là entravent nos desseins. Faites
entendre à ces arriérés, ordinairement bons et timides, que la Révolu-
tion les débordera, s'ils ne lui font des concessions ; qu'ils auront des
embarras avec leurs voisins ; que leurs peuples enfin se révolteront et
leur échapperont; tandis qu'un peu de condescendance pour les idées
modernes conjurera tous les périls. Faites-leur donner des conseils
analogues par d'autres princes, par des politiques aux apparences dé-
votes, par vos affiliés déguisés en catholiques, et, quand vous les aurez
une fois lancés sur cette pente, vous pousserez leur char jusqu'au mi-
lieu des précipices.
Obtenez au moins leur abstention dans tout ce que nous allons faire
contre Rome; et concentrez vos efforts auprès de ceux qui ont accepté
nos doctrines, afin de les déterminer à frapper un dernier coup,
C'est là notre mot d'ordre.
Toutefois, conseillez à quelques-uns d'entre eux de choisir plus soi-
gneusement leurs ministres parmi les gens honnêtes, pour ne pas
exciter les susceptibilités de leurs sujets, et ne pas faire dire qu'ils
s'entourent de ce qu'il y a de pire. Recommandez-leur aussi d'apporter
plus de réserve dans leur conduite personnelle; il en est qui ont des
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moeurs trop notoirement dissolues. Sans doute, l'immoralité des grands
engendre vite la corruption parmi le peuple, et par là nous y retrou-
vons notre compte. Mais il importe, pour notre prochaine campagne,
que les chefs s'attirent une certaine considération, Qu'ils s'environnent
donc d'une plus grande circonspection, et s'ils ne peuvent se contenir,
apprenez-leur à être discrets et à mieux cacher leurs vues. Ils ne sont
point encore assez hypocrites, je veux qu'ils deviennent plus parfaits.
2. — DES ÉCRIVAINS ET DES JOURNALISTES.
La presse est un instrument admirable, qui nous a déjà procuré les
plus grands avantages, et qu'il faut exploiter pour pervertir tous ceux
qui savent lire.
Aujourd'hui que des milliers d'hommes de lettres cherchent de belles
places et veulent à toute force se faire un nom, vous trouverez sans
peine des plumes prêtes à vous servir. Promettez-leur de l'argent et
de la gloire, faites-leur comprendre qu'il faut parler aux passions pour
être lu, et que le scandale est le plus court chemin de la renommée ;
encouragez leurs premiers essais dans les journaux que nous inspirons,
et procurez-leur des profits... Ils seront à vous corps et âme, et vous
pourrez leur faire écrire en beau style toutes les sottises, toutes les
immoralités, toutes les impiétés qu'il vous plaira.
Dites-leur qu'ils ne courent aucun danger. Les lois qui sévissent
contre les empoisonneurs et les corrupteurs ne les atteignent pas, quoi-
qu'ils soient les pires de tous ; elles ne frappent pas les auteurs, mais
seulement les victimes des mauvaises doctrines. O sagesse humaine!
couronnez de fleurs ces pourvoyeurs du bagne et de l'hôpital ; car ils
travaillent pour nous ; ils aident puissamment notre oeuvre.
Nous avons déjà bien des journalistes et des romanciers qui s'ac-
quittent admirablement de cette besogne; et j'ai vu avec satisfaction
tout le bruit qu'ils ont fait autour de l'Encyclique. Soutenez leur ardeur,
enflammez leur haine contre l'Eglise, et, dans ce moment, provoquez
toute leur colère contre Rome ; qu'ils débitent contre la Papauté, con-
tre les cardinaux, les congrégations, toutes les histoires et les suppo-
sitions propres à leur enlever le respect des peuples. Peu importe la
vérité et la vraisemblance ; leurs lecteurs n'y regardent pas de près, les
passions sont disposées à tput croire ; ceux qui se repaissent de ces fa-
daises, soit dit entre nous, sont des ignorants et des niais, qui jurent
sur la foi de leur journal, ou bien des esprits malveillants qui désirent
être trompés. Vous avez beau jeu avec de pareilles gens !

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