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D'UN FRANÇOIS
A UN ANGLOIS.
IL est donc vrai, que le nom de
Lefcombat est connu dans votre Isle,
votre inquiétude fur ion fort me le
prouve assez , & mon amitié ne vous
refusera pas la petite fatisfaction de
vous en apprendre ce que j'en fçai :
le voici.
Elle s'appelle Marie Taperet, & eft
née à Paris.Orpheline de pere & de me-
re, elle s'est trouvée en bas âge fous la
tutelle d'une grande mere qui l'a élevée
A
avec soin. Devenue grande; fa figure
intéressante, & un air de vivacité, dé-
terminèrent la bonne maman à la ma-
rier de bonne heure.
Le sieur Alexandre Lefcombat Ar-
chitecte , en étant devenu amoureux, la
demanda & l'obtint. Les jeunes mariés
vécurent quelques-temps avec la gran-
de mère ; mais la jeune femme qui
fouhaitoit être fa maîtresse , fit con-
sentir son mari à une séparation qui
la débarraffoit d'une surveillante in-
commode.
Maîtresse de ses actions, & aimée
d'un mari qui par état la laiffoit sou-
vent feule ; Madame Lescombat borna
d'abord ses plaisirs à fe faire une société
aimable dans le quartier qu'elle habi-
toir. Sa figure la servit bien, on s'em-
pressa à la voir ; Bientôt; nombre de
Soupïrans ? Parties de plaisir avec le-
mari, intrigues fecrettes avec la fem-
me, qui quelques-temps après pour fe
mettre plus à son aise , engagea M.
Lefcombat à prendre chez lui des pen-
sionnaires.
[3]
Il étoit flatteur pour elle d'avoir a
chaque instant sous ses yeux une petite
cour, composée de jeunes gens qui se
difputoient le plaisir de lui plaire ; elle
avoit jusques - là assez bien conduit
fa barque, & rien n'avoit allarmé son
crédule mari. Mais un nommé
Mongeo l'un de ses pensionnaires ?
qui se deftinoit au génie, ayant ap-
paramment fait sur elle plus d'im-
pression que les autres, elle ne put
se contraindre, & ses attentions pour
lui devenant de jours en jours plus
marqués , tirèrent malheureusement
pour elle son mari de l'efpéce de l'é-
targie ou il avoit été jusques - là.
Mongeo sortit de chez Monsieur
Lefcombat avec éclat : la femme au
désespoir d'avoir perdu son amant ,
& de plus la confiance de son mari
qui ne lui paroiffoit plus qu'un tiran,
jura dès ce moment fa perte.
Pour y parvenir, elle engagea plu-
sieurs personnes à fe mêler de le ra-
commoder avec Mongeo. Monsieur
Lefcombat rejetta d'abord la propofi-
A ij