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Lettre d'un rêveur à M. le Mis de ***, pair de France. (12 décembre.)

11 pages
Le Clere (Paris). 1821. France (1814-1824, Louis XVIII). In-8 °. Pièce.
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LETTRE D'UN REVEUR
A M. LE MARQUIS DE
PAIR DE FRANCE.
voici, Monsieur le Marquis, une nouvelle
preuve, et des plus positives, que tout songe
est mensonge.
Cette nuit même, dans le cours paisible ,
d'un sommeil tranquille et profond, je me
suis vu pair ecclésiastique de France, siégeant
dans ce premier corps de magistrature, sans
en être plus étonné que si j'en avois été mem-
bre depuis son institution : tant sont étranges
et bizarres les illusions du sommeil !
L'ordre du jour étoit, cette nuit-là, la dis-
cussion de la loi répressive de la presse.
Soit défaut d'habitude, soit timidité, soit
amour propre, je redoute de parler en public;
mais j'aime encore moins opiner du bonnet,
surtout quand il s'agit de religion : bien con-
vaincu qu'un pair ecclésiastique doit être tou-
jours être prêt à parler sur ce sujet, je monte
(2)
à la tribune, et j'y prononce l'opinion sui-
vante:
MESSIEURS,
Les pairs ecclésiastiques sont d'autant plus
flattés d'appartenir à cette noble Chambre,
qu'ils y voient prévaloir les principes reli-
gieux qui assurent le perfectionnement et. la
durée dès institutions sociales. S'ils avoient pu
l'ignorer, une longue et triste expérience leur
auroit appris que tout système de gouverne-
ment est une vaine théorie, lorsque la reli-
gion n'en est pas la base, lorsqu'elle n'inspiré
pas les administrateurs, lorsqu'elle n'est pas
la compagne fidèle de tous les actes dé l'ad-
ministration. On abandonne au hasard ou aux
passions la tranqnillité de l'Etat, òon compro-
met et retarde le bonheur des peuples, lors-
que des considérations qu'on appelle politi-
ques, ou des ménagemens timides, ou une in-
différence systématique, l'empêchent de jouir
du rang et de l'instuence que le paganisme
même assignoit à ses fausses divinités.
C'est dans cet esprit, Messieurs, qu'a été
rédigée la loi répressive qui, par ordre du
Roi, est soumise à votre délibération.
(3)
Il me semble, cependant, que, sous le rap-
port religieux, le seul dont j'ai l'intention de
m'oqcuper, cette loi ppurrpit s'avancer, vers
le but qu'elle veut atteindre, avec plus d'or-
dre, de franchise et de fermeté. Je crois pou-
voir émettre et développer brièvement cete
opinion, et la concilier avec la modération,
dont s'honore mon caractère, avec la charité
dont le législateur des chrétiens nous a donné
l'exmpple.
Je trouve, dans l'éloquent préambule de
M. le garde des sceaux, de quoi justifier ce
que j'ai à dire sur l'article 1er. Nous disons
avec le ministre du Roi : « De ce seul fait que
» la Charte a déclaré la religion catholique la
» réligion de l'Etat, résulte la nécessité que la.
» loi punisse explicitement tout outrage à
« cette religion. Nous disons aussi que tout
» établissement reconnu par les lois doit être
» hautement protégé par elles, et qu'outrager
» une religion, c'est outrager, tous ceux qui.
» la professent».
» Qu'il me soit permis d'observer ici qu'il y a
une immense différence entre la religion décla-
rée et un établissement reconnu. Le culte ca-
tholique est depuis Clovis le culte des François ;
(4)
seul il a été le témoin, et souvent la cause de
la prospérité de la France jusqu'aux jours de
nos désastres. Plus de vingt-cinq millions d'ha-
bitans persistent dans cette croyance, comme
dans la seule véritable; en déclarant que lá
religion catholique est la religion de l'Etat, le
législateur n'a pas créé un établissement, il a
publié un fait, il a proclamé que la religion
catholique est une des nécessités de l'Etat.
Rien de ce que je viens de dire n'est appli-
cable aux autres religions dont les lois ont re-
connu rétablissement. C'est de nos jours qu'a
été signé l'acte d'adoption qui les a réunies à
la grande famille, qui lés a mises sous la pro-
tection des lois; elles ne peuvent pas plus re-
vendiquer l'ancienneté de leurs titres que Tan-^
tiquité de leur croyance : le nombre des dis-
ciples des religions reconnues n'atteint pas le
vingtième de la population; est-il juste, est-il
convenable, est-il religieux de donner à ces
établissemens nouveaux le même rang, la
même importance qu'à la religion de l'Etat;
de les confondre dans le même article, de pu-
nir des mêmes peines les outrages dont ils
peuvent être l'objet? Je répète, avec M. le
garde des sceaux, qu'outrager une religion,

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