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Lettre de Jean Raisin de Saintonge, par Édouard Alexandre. (Extrait du "Courrier des deux Charentes".)

De
13 pages
Vve Hus (Saintes). 1868. In-16. Pièce.
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LETTRE
de
JEAN RAISIN
DE SAINTONGE
par
EDOUARD ALEXANDRE
; (Extrait du Courrier des deux Charentes).
10 centimes
AU PROFIT DES PAUVRES
En vente chez Madame Ve HUS, libraire, 1,
rue Saint-Pierre, à Saintes.
SAINTES
imprimerie HUS, propriétaire du Courrier des deux Charentes.
1868
LETTRE
de
JEAN RAISIN
DE SAINTONGE
Pansue et vermeille, la grappe tombe ; les cuves
s'emplissent; on chante à la vigne, et, le soir, vendan-
geurs et vendangeuses dansent après souper.
On a vu de meilleures années, c'est vrai ; mais enfin
il y a lieu de se réjouir. Ecartons donc tout souci ;
prenons philosophiquement le temps comme il vient
et ne nous laissons point aller à d'éternelles plaintes.
Le vin sera bon, supérieur même. C'est l'avis géné-
ral.
Donc, nous avons du bien-être sur la planche. Un
poète l'a dit, le vin « c'est du soleil en bouteille. "
Sans le vin, adieu la gaîté française, adieu le hardi
soldat, adieu le robuste laboureur.
La guerre... sans doute elle est possible, comme
tout fléau, hélas ! en ce bas monde, mais pourquoi ne
pas croire qu'elle sera écartée de nous.
Laissons les trembleurs et les pâles buveurs d'eau
dire que la Prusse va nous manger. Notre conscience
— 2 —
est nette. Si l'on ne nous menace pas, nous ne de-
mandons qu'à demeurer sous le chaume ou à l'atelier ;
mais, s'il fallait donner, les pères resteraient au
chaume et les fils voleraient, comme les grands pères,
vers le Rhin allemand. Qui donc douterait de notre
valeur, généreuse comme notre vin, notre vin qui fait
mourir nos soldais le rire aux lèvres et donne à
l'atelier national ses hymnes sonores et ses chansons !
Nous étouffons, disent les autres, l'air nous manque.
Il nous faut des libertés.
Eh quoi ! n'avons-nous pas celle de choisir ceux qui
nous représentent, de nous assembler, de parler
librement de nos affaires dans les journaux. Nous
avons des lois, mais que deviendrions-nous si nous n'en
avions pas, et la liberté absolue ne serait-ce pas la destruc-
tion même de toute loi dans le sens complet du moi? Sans
doute, nos libertés grandiront encore,' ce vin qui fait
notre richesse nous pourrons un jour prochain le
trafiquer librement. Oui, des libertés matérielles nous
manquent, mais les libertés morales qui peuvent se con-
cilier avec le respect de la famille, de l'ordre, en un
mot les seules vraies libertés ne les avons-nous pas
toutes ?
Nous en avons peut-être trop même, car ces libertés
il est une école qui veut les faire tourner à la des-
truction de tout ce qui fortifie et de tout ce qui
console. On veut nous ôter le droit de croire ; mais
nous ne serons jamais alliées nous autres, parce que
nous savons bien que c'est le bon Dieu qui fait nos
enfants bien bons quand nous sommes bien vieux.
Seule la science du Maître d'Ecole, que je respecte
d'ailleurs, n'en arriverait pas là.
3
Je ne veux pas engager de polémique, moi, et je
laisse dire ceux qui nous parlent de tout excepté du
Créateur.
Ma philosophie et ma science ne valent sans doute
pas celles des grands Messieurs de Paris. Pour me
prouver qu'il y a quelque chose au-dessus de nous, je
me contente de regarder rutiler le vin dans mon verre
et me dis: Sans bon Dieu aurions-nous de si bon vin?
Et de celte thèse, philosophique à sa manière,
moi, Jean Raisin de Saintonge, je me laisse aller à toute
espèce de considérations sur les affaires du temps.
Je ne sais pas si je vaux mieux que mes pères, je
ne veux pas le savoir. Chacun fait ce qu'il peut dans
ce bas monde. Au repos je laisse ceux qui dorment à
l'ombre des vignes qu'ils nous ont laissées
II.
Nos pères savaient moins lire que nous. En revanche,
dans la douleur, ils savaient mieux prier. Ils ont eu
leurs fautes; nous avons les nôtres. Toute étape de
l'humanité recèle à la fois une douleur et une espérance,
Rayon ici ; ombre là...
Entre les siècles et les divers âges de la vie humaine
existe, en effet, pour peu qu'on la cherche, une évi-
dente analogie.
L'histoire nous donne les siècles jeunes, rnûrs ou
vieillards. Or, de même que les souffrances et les joies
de l'enfant ne sont pas celles du vieillard, de même
aussi les souffrances et les joies des diverses époques
sont marquées de différences sensibles.
Ici, le Moyen-Age, plein de foi, de confiance et

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