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Lettre de Louis d'Antraigues, à M. Des..... sur le compte qu'il doit à ses commettants de sa conduite aux Etats généraux ([Reprod.])

De
78 pages
[s.n.] (Paris). 1790. 1 microfiche ; 105*148 mm.
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LOUIS D'ANTRAIGUES
X i' A M. DES. '.48
le conzj?^ qiCil Commettons de
conduite aux États Généraux* r.
P A R I S.
V79^
•' t
A VEETISS EMENT
je crois plus utile encore de ne me pas
nommer pouf conserver avee sûreté le de-
1 --J Paris, U
A3
JLOUrS D'ANTR AIGUËS,
tauianne, 4 août 1790.
V o us m'avez rendu justice, quelque éloi-
gnement que des discussions antérieures à la
Révolution, ait mis entre M. le Comte de
Saint-Priest et moi, je ne cesserai 'jamaià de
m'intéresser à sa destinée; ce qui l'hono era
dans l'opinion de la postérité, ne 'peut métro
indifférent C'est donc avec plaisir que j'ai
appris qu'il avait été dénoncé au Châtelet
comme coupable du crime de lêze-Nation.
Il est des haines hoi^orablea qu'il est beau
d'ambitionner, et glorieux d'obtenir, telles
sont celles de ses ennemis, qui cherchent à
lui faire perdre la confiance du Roi, peut*
être parce qu'U refuse de le trahir:
Soyez ^assuré qu'il sortira triomphant dé
cette odieuse provocation,
d'être reconnu incapable de trahir
et son Roi, et d'avoir mérité les ennemis qut
font accusé de ce crime!
Il y a longrtems que j'ai cru que si le
Roi couvait avoir cinquante Ministres à 160,000
livr. nous aurions eu la paix
dans notre Patrie; mais tous les prétendans
ne pouvant devenir les Agens de celui que
la Loi a armé du Pouvoir exécutif, il à bien
exciter les bras de ceux qui "doivent
obéir, pour s*é rendre nécessaire d'une paît,
et redoutables de l'autre,
X'' D'ailleurs^ tant de^gens jadis si.=_vils, si
se croyènt hardis aujourd'hui, parce
qu'ils attaqjtènt un Ministre, tant d'autres se
croyent éloquents, parce qu'ils l'insultent j
qu'il faut bien que cett%place de Ministre
objet de ambition des uns, moyen d'élo-
qûencer pour les autres soit enfin devenue
une arène ou la nécessité de combat dévient
journalier, sans que la victoire,, envers de
tels adversaires, puisse jamais être W1 sujet
de gloire,
Je doute 'cependant qu'il existe, à présent,
un homme sensé qui puisse la désirer quelle
( 7 )
A 4(
horrible exisfance Ministres d'un Roi qui
n'a plus aucun, Pouvjoir^ chargés d'exécuter'
les ordres d'un Roi, qui n'en peut donner
aucun, responsables (de l'exécution des vo--
lontés d'autrui lors même que 'le Corps qui
.veut s'est soigneusement occupé à détruire
tous les môyens de faire ^exécuter ses Loix
chargés d'un détail immsnse sans en être
dédommagés par le pouvoir d'être utile en
proie à la haine des Concurrens, aux insultes
de tous les Démagogues, aux ridicules atta-
ques des Journalistes, obligés d'écouter tant
d'ennuyetix^importans qui sçait peut-être
de ménagez tant d'hommes vils, que le mo-
ment actuel -a, rendus puissants et capables
d'exécuter ce que le crime a conçu. Quelle
existence Quelle vie Mais doit- on s'éloi-
goer du Prince au moment de ses malheurs,
repousser une .confiance que ses adversités
rendent si honorables, refuser sestalens à ce-
lui qui, pr»êt\,à tomber du Trône, appelle
auprès de luises' nielles serviteurs ? Non nori,
périsse l'homme faible et coupable qui refu-
serait d'être le Ministre d'un Roi si'infor-
tuné ( 1 ) mais aussi que celui qui se dévoue
sans ambition et par devoir à ces honorables
et périlleuses fonctions s V^uHie pas qu'en
M )
ce moment,, en ces temps de malheurs et
crimes, l'échafaud pour les Ministres fidelles.
a remplacé leur exil,
Mr. de Saint-Priest reste-t-il dans le Minïs-*
tere par ambition pu par devoir? Dieu seul
connaît le coeur des hommes Mais si 1-am-
bitior^ l'a conduit au Ministère, il est à croire/
leurs, ce n'est pas quand on a l'honneur
d'être accusé au Châtelet que l'on doit
éviter d'y paraître revêtu encore de^ce même
caractère j, qui nous a mérité tant d'illustrer
calomnies et* des" haines mémorables et glo*
rieuses (2).° ̃•
Cet événement du moment, n'est qu'une
conséquence de tout ce qui se fait depuis
cUx; mois, et le développement des projets
que le succès a couronné. Mais que de pleurs
-ces succès feront «répandre Que le temps
rendra ces succès honteux et amers à ce Peu-
ple qu'ils plongent aujourd'hui dans le dé*
lire, Vous me demandez quand est-cexdonc
que satisfaisant au dernier devoir qui me reste
à remplir envers mes Commettans je leur
rendrai le compte rigoureux de ma conduite
aux Étate-Généraux? Vous m0 rappelez |tifr
par mes
(9 )
et par la teneur. rigoureuse du mien, j'y suis
plus obligé que personrfe et certes croyez-
vous que j'aie pu l'oublier Non Je ne l'ou- >
blierai jamais; il 'est un lieu inaccessible,
même en/ France, aux Décrets de l'Assem-
blée Nationale, c'est a-conscience d'un Dé A
puté qui connaît ses çlèvoirs. Il ne me sera
plus permis de, voir réunis ceux de qui j'ai
reçu mes pouvoirs; ma^s ils existent, ils doi-
vent me juger: les foudres de la haine ont
pu les anéantir, mais ils yivent pour moi,
pour moi sejul, peut-être, ils ne peuvent ces-
ser de former un Tribunal/ redoutable, dont
l'opinion m'est plus chère, mille fois, que la
vie. Leurs malheurs, l'oppression sous laquelle*
ils gémissent, les dangers qui les investissent
pnt pu briser les liens qui les attachaient à
Texistance Politique de l'État, mais ils n'dnf^
fait que resserrer la chaîne qui m'unit à eux.
La palme qui m'est due, sera celle que doit
me mériter un Êele et un dévouement digne
d'un plus. heureux succès, je ne peux la re-
cevoir^ que 'd'eux seul s et elle me sera plus
glorieuse., accordée dans le fort de leurs ad-
versités qu'elle ne Tne l'eût paru dàns les
jours de leur plu\s brûlante existance. Mais
dois-je rendre ce compte en cet instant ? On
m'assurer que non vos amis eux-mêmes le
"pensent 4<~trop de vérités blesseraient donc -un
orgueil si tirannique, trop de vérité expose-^
iait donc la vie de ceux à qui je dois dé-
vouer^ la mienne,-à ces raisons que puis-je
opposer ? le faut attendre Mais la vie des
hommes est bornée, et la loi qui doit la di-
riger est immorteïleY C'en fut une pour moi
de rendre mes "comptes, j'aurais eu Je tort
en mourant de ne l'avoir pas fait, si la mort
eût terminé kna 'carrière j'ai donc rendu çe
compte rigoureux avec la vérité que je dois
à mes Commettans sans omission, sans mé-
nagement, sans restriction; et ce compte je
vous l'envoie. C'est vous i que j'en fais le dé-
positaire, me réservant, si je vis encore, quand
on croira qu'il/peut être publié de le pu-
blier moi-même, vous chargeant de le faire.
si je n'étais plus j'ai dit touf\ ce que j'ai
vu, tout 'ce que j'ai appris, avec tes diverses
nuances d'affirmation qp'on doit à ce que l'on
sait par soi-même, ou par l'organe d'autrui.
J'ai parlé enfui, en homme qui croit essen-
tiellement en Dieu et qui sait que le compte
que l'on rend aux hommes de sa conduite
publique, n'est qkfJs prélude de ce compte
terrible qu'il <|oit exiger lui-même, et qu'il
-î'ïl.i
imputera a Crime, si en parlant aux hommes
on a osé altérer la vérité qu'il aime qu'il
exige et qu'on leur doit; i\
Ce compte j est long, mais à paru long
aussi ce temps. de' calamité qui a détruit
ma Patrie, et les forfaits sous lesquels elle a
succombé nie se retracent pas en peu de
lignes. < .-̃
Quand enfin l'anarchie l'aura anéantie, si
W jour elle diitj^haître peut-être sera-t*il
unie à ceux qui doivent là ressusciter de saÿ
voir comment elle a ^éri. Peut-être la longue
chaîne de tant de calamités toujours formée
par le crime, ne doit-elle se briser que lors-
que les mains, qui l'onritissue, seront enfer-
mées dans la tombe mais alors qu'on n'ap-
percevra que le gouffre\de calamités-où elles
nous ont plongé ,0;11 cherchera- quels furent,
leurs premiers essais, leurs premiers crimes
quel en fut l'effroyable développement et
c'est dans des Ecrite pareils au mien que l'on
pourra le découvrir.
Quel est celui d'entre nous..qui, ayant été un
peu au fait des conspirations diverses qui; ont
souillé ma Patrie j> puisse ignorer que tres-
la )
sûrement le premier but n'ait été de détruire
la Monarchie, et de la dénuer successivement
de tous ses défenseurs.
Il en existait d'intrépides dans ces mêmes
Communes d'où les premiers coups devaient
partira aussi. le plan des pervers,, fût-il fonde
constamment sur ce pivot épouvanter les
honnçtes gens par des crimes, gagner l& fai-
bles par des promesses et des louanges,
faut par des dons, s'assurer des vrais conjurés
par le partage des dépouilles par des larges-
Despotisme la ûrannu de leur ^Parii, dont ils
sont devenus les Chefs. Jamais ce moyen n'a
été abandonné, je le crois, parce que toujours
a réussi.
A cet égard on a eu la plus>: grande faci-
lité de s'emparer des Députés de, la Noblesse
à garder le silence. Un Député des Com-
munes, représentant le Peuple, rî'étau: par
cela même accessible que dans sa personne^"
pour l'intimider il fallait l'égorger. Un Député
du Clergé et de la Noblesse, représentant un
Ordre de/Citoyens circonscrit, était accessi-
ble et dans sa personne. et dans celle de ceux
c
«jivifrf présentait iprs àpûb qu'on ne pouvait
le subjuguer et le forcer à ployer devant lee opi-
nions qu'il reprouvait, on lançait contre ses
Épmmettans la torche des incendiakes^le poil1
renard des assassins quand la terreur les avait'
atteint que le sang ruisselait autour d'eux
que leurs demeures étaient embrasées on
leur disait \alors tant de malheurs sont. les
,.suites de l'obstination de votre Député
qu'il -se taise et vous serez tranquille, s'il
continue à r ésister; vous n'existerez plus
Dès-lois ce même Député exposé aux re-
proches de ses Commettana épouvantés, en
recevait des prières, des ordres de se taire 1'
de fléchir, de ne pas opposer une résistance
qui entraînerait leur mort et leur ruine.
Voilà, sur-tout, ce qu'.il importait de dé-
velopper d'une manière claire, précise, et
je l'ai fait.
Sans des raisons de cette importance
~`croyez.;vous qu'il m'eût été possible de rester
un seul jour à HAssemblée, après les forfaits
du 3 et 6L<Q£tbbre moi qui écrivais en Vi-
varais, qui publiais à qui voulait l'entendre,
qu'il n'existerait plus de liberté ni pour l*As-
ni pour le Roij moi qui ai tou»
jours cru, qui crois fermement encore que
( M-ï*
te Roi n'est pas libre, et que la liberté de
l'Assemblée consiste/en -ce; que on permet à
la minorité d'opposer les raisons qu'elle veut,
à un Décret pour lequel on s'est assuré
d'avance de la majorité; moi /qui ne peux
douter que les menaces directes et indirectes
ne,) forcent souvent des Députés à donnér
'leur voix Contre le sentiment de leur cons-
cience; moi qui ne peux douter que si la
minorité dé-4LAssemBlée devenait* majorité
les moyens les plus terribles ne fussent em-
ployés pour la, dissoudre, et c'est cela qu'il
fallait prouver, fans^quoi il n'est pas cfla.
teux que lef^-Députés et du
Clergé, qui ont ag| directement contre leur,
ont corriniié -un crime iriixpiabïè.
Je ne crois pas quïil dans
aucun siècle dans aucup^'pay's xme tirannie
sur les opinions phxi"
plus féroce que celle qui maintenant désole
ma Patrie.
<: Quand Attila ravageait lés Empites, quand
liqs ancêtfes éffrayés le crurerits à la fois plus
puissant que l^jeu plus Icruel que l'enfer»
est ^[ue dans Diorrèuf de l'épouvante uni-
ils de Dieu et
( i5 )
des n'éprouvaient' rependant,
'd'autre tirannie que celle d'un, vainqueur
qui, armé de la de la mort, et
de la torche des furies moissonnait par
ceux qui lui, résistaient, et, incendiait..
leurs demeures; mais épargnait ceux',
qui reconnaissaient son empire' Attila
geait désolés
dont ils ne la
terreur de ses 'larmes, 6i1 ne s'informait pas
s'il était haï, l'obéissance extérieure lui f
lait'; tyran. il n'osa pas 'être le-
des âmes; il ne pas qu'on
qu'il était
il ne daignait pas l'obscur
réduit de quelque, solitude; on versait des
pleurs sur ses crimes, et
rats- lui apuraient dénoncé
.l'inculpant
du les hommes par
des supplices ? Au moins dans sa
avait t6ût le courage de' la puissance, et :/le
mépris `des opinions de ceux dont il était le'.
fléau.
Sa tirannie
depuis un /¥1,
"ris.y
en existait de plus cruelles encôîe>
le; .siècle de la prétendue Philosophie et de la
^Liberté, qui a surpassé en* férocité celui du
plus épouvantable des Tyrans.
MaiiÇ je le répète, peut-iL exister de
cruauté plus féroce plus stupide que celle
{ des Français en
f len£ ravir à des Députés, obligés pat la Reli* x
gion du serment, de suivre en tout la voix
de leur conscience, la facilité d'exprimer
son vœu? Quoi! ils punissent par des assas-
sinats ou des incendies l'opinion d'un homme
qui ne peut la taire sans crique Quoi éteh-
\dant leurs forfaits sur deux Classes entières
de Citoyens ils leur /prescrivent de penser
comme eux? Et c'est par des supplices ef-
froyables qu'ils punissent le soupçon de ne
pas se ranger à leurs opinions Et ce temps
^jou le^crime couvre la tWre, ils l'appellent le
sa Règne de la et les mains dégoûtantes
de^ sang humains, kjls se nornment des êtres
régénérés'! y\ i \r
Non non /*màn ami qûandNMi est/
né avec VamouV de la, ce
sentiment la Patrie
qutmd dans: riïresàe de l'espérance ) on
crut qu'il'était temps pour elle ide brisls
( il- )
B
ses fers et de s'élever à la hauteur de sa
Rivale et lorsque enfin on a vu ce qu'é-
tait pour, ellesla Liberté, et l'usagé qu'elle en
sait faire il ne teste plus d'autre consolation
que celle que la main bienfaisante de Dieu
acccorcle aux malheureux, celle d'échappé*
au tourment de sea pensées dans la nuit dit
tombeau.
Qu'ils itie dénoncent, qu'ils incendient ma
demeure, qu'ils m'assassinent, je les me-ts
tous au pis sangles craindre i jamais léut
férocité ne me causera, pour ce qui m'est
personnel, les toutmens que m'ôntcaUsê les
malheurs irréparables de ma Patrie. Ah certes
je ne les crains pas après avoir rendu là vie ame-
re t odieusef la ravir serait un bienfait, et cepen-
'dant la crainte de la 'perdre est le nerf de
leur puissance ̃
Vous regrettea! les beaux' momensfqae j ai
laissé «'échapper vous ne vous consolerez
jamais de ce que le lendemain de l'ouver-
ture des Etats, jouissant de la faveur des
Communes, je n'ai pas cédé aux instances de
ceux qui se disaien^mes amis et qui, dans
une Lettre longue et signée m'offraient la
perspective de gloire et de puissance qu'il
dépendait de ôioi d'obtenir en abandonnant
mon Ordre et aliaitt seul me .placer dajislss
Ordre à la salle générale" mais
quel est donc à vous même '.votre manière
de penser ? Vous avez donc oublié tout ce
me désirer une gloire éphémère, jtjjui n'eût
Lisez mon Compte rendu, vous y verrez dé-
veloppé et prouvé ce que je vous ai dit et
prouvé mille jibis. Mon Mandat me laissait une
assez grande latitude mais tna conscience
mettait à mes démarches le .frein que n'y
lavait pas mis mes CornrnettansNDès que les
Etats furent assemblés, ceux sur lesquels on
comptait, purent-ils ignorer les premiers com-
plots les premières vues assurément ils
étaient alors bien éloignés, de ceux que les
succès ont fait éclore?. Mais en l'état où ils
étaient, si j'avais avec connaissance d^t cause,
accepté le parti que l'on me proposait, et
que j'eusse eu ensuite à me juger, je me se-
rais déclaré un infâme, un traître,* à qui il
était ou de laisser la vie;
car si la mort méritée est un châtiment, la
-HV,
B a
vie avec lëf remors en est Un mille, fois plus
Ce que l'on boulait alors, je l'ai dit dans
mon discours du 28 Mai sur l'opinion par
Ordre, alors il Hît trouvé exagéré aujour-
d'hui 'il paraît faible; moiy Mémoire et les
Pièces probantes que j'y joins prouveront,
vais douter faites projets -.que l'oji 1 avait
cohçui f'
Si, me laissant aller, à des illusions que je*
n'ai pas eu Un seul instant depuis le i Mal»
je m'étais laissé entrame,r-à. paraître seul dans
les Communes, oublions ces premiers élans
de joie qu'eût causé cette démarche mai's
.eijfin, quelle eût été ma conduite, quand le
6 Octobre serait arrivée il eût bien fallu
alors où briser ma ^conscience,
vivant dans les remors t< ou < suivre Mounier
et Tollendal 0),
Croit on qu'alors la haine m'aurait moins
poursuivie ? Non elle aurait été aussi active,
aussi implacable eussent été
plus cruels je^* n'aniais pas eu le même sen-
grand Dieu sans ce sentiment oû, serait main.
tenant mon espoir et ma consolation Les
illusions qui* embellirent toute ma jeunesse
sont détruites; je n'avais aspiré qu'à la liberté,
je n'avais vécu que pour elle, le', roman de
ma vie est fini, que me reste -t- il? L'assu-
rance de n'avoir fait à l'Assemblée que ce
^j'y défais faire, de ne m'y être jamais compté
pour rien/ et d'y avoir compte ma Patrie
pour tout, de n'avoir paf^iésité une minute
entre la faveur populaire qui m'était ;acquise,
et qu'il m'eût été si aisé de porter à 'son.
comble, et ïa Résolution d'y renoncer, plutôt
que de m 'éloigner d'un Trpjtfe que mes man.
dats, ma conscience, mbn devoir, mon in-
clination me Tendait cher %et sacré; d'avoir
i renoncé, sans aucun ménagement à la bien-
veillance du Péuple, aussi-tôt qu'elle est de-
venue le prix des opinions que je regardais
comme criminelles. Il n'y a que moi qî&
sache ce qu'il m'en a coûté pour renfoncera
l'objet de l'unique ambition de mon coeur,
et cela au moment où J le prix mien était
offert après ce sacrifice., je rougirais <W
compter les autres; il est dés coeurs qui sau-
̃ ront m'entendre peu de gens avaient apprécié
plus haut.'que moi la faveur populaire, je
B 3
la possédais j*ai voulu ht. perdre et je
peut parler de ses sacrifices. Privé*chrtmt de
mon ambition je n'en ai qu'une, celle de
remplir mes devoirs, et l'assurance de ne
m'en être jamais écarté, devient mon égide
contré mes implacables ennemis.
Il est un prix lent mais sûr pour ceux
qui sacrifient tout à des opinions que la cons.
cience leur inspire, c'est quelles deviennent
plus chères en raison des sacrifices qu'on leur
a fait; quand en les soutenant, oh a tout
perdu, le sentiment qui vous y attache/ con-
sole de tout; elles se découvrent chaque jour
avec une clarté nouvelle. Quand ces opinions
furent vraies on voit chaque jour se déve-
bpper les malheurs. que l'on avait prévu
et en versant des pleurs sur sa Patrie, ces
larmes n'ont rien d'amer ni de cruel, on se
sent innocent des crimes qui l'ont perdue
le martir des opinions qui l'eussent sauvée»
et cette justice que l'on se rend, nous con-
sole des attentats des pervers et de leurs^
appelés aux devoirs des hmnmes^public» ils
se consolent des malheurs individuels, pat
le souvenir/des jours heureux qui embelli-
rent leur vie pour lè^ hommes publics,
c'est l'avenir qui, pour eux, est le pays des
.espérances-; la justice de^JâL postérité devient
\/leur domaine, J'atraGe– kyustice des méehans
les fit m.ourir dan/leur,
dans un autfe, iJ'Histoire ajoute 1& %eftitùde
à leur espoir jpen, m .parcourant ils voient
Èromweî, abhorré, et
•riHNA, l'objet\d'une.éternelle Kaine^t Cice-
celui d'un cternel amour; ils se flat-
Grands gommes îpour mériter l'es-»
» timfe de la postérité, a ils jouissant d'avance
estime paisible et purç4 q'uW^'ob-
intentions droites, sans pré-
tendre^ à cette, admiration qui pour les
Grands Hommes en tout genre, se réunit à
l'estime et
Oui, il viendra un temps où tanï cl'idoles
du Peuple deviendront pour lui/des tnons-î
très d'horreur, l'opprobre pressera leur mé-?
moire, l'infamie, 'peut-être, chercher encor#
à leurs cendres; alors les cœurs ver^
tueux, les Citoyens intrépides envieront le
«ort de proscrit, outragé
dan» cette Ville qu'il rendit librôj| et ou des
*(": ̃̃̃̃«s ;,̃>.
0 4
assassins voulaient terminer ses jours; Dut le
succès couronner tant d'audace, son sort se-
rait, encore envié. Aristide^ proscrit ,d'Athe-
nes, ne |jiut l'être du souvenir plein de res*
pe'ct de là postérité'/
Quant aux moyens dont on se sert pour
oter à, toute vérité, toute croyance, et à ceux
qui les annoncent tout crédit, ce moyen est
}fris dans la connaissance qu'ils ont du Peu.
ple; dés qu'un homme ne pense pas comme
eux, et $ qu'il peut être craint, on se. hâte
de le- calomnier, on le diftàme s'il se de*
fend jîl use son fems, et ses forces à se bat-,
tre contre des infames; s'il se tait, le Peuple
crédule le haït, et les vérités qu'il lui annonce
«ont perdues.
Ce moyen est infaillible avec un Peuple
crédit/ devenu féroce plongé} à la fois dans
,.la' licence et là terreur, qui s'effraie lui'-
même de ses excès et qui, voulant cependant
les continuer, ne peut se persuader que les
Ciel permettra qu'ils soient. sans punition et
sans terme. t
Avec ces moyens. :on a étouffe la vérité
rendu ses défenseurs odieux, et on a portés
le délire de la cruauté à son dernier terme.
Le reproche que vous me faites de n'avoir
< 14 )
pas engagé ceux que la Noblesse honorait
de sa cofinance, a la porter à consentir avec
les Communes un accommodement qui nous
eût conservé nos propriétés. Croyez que je
ne l'ai pas' mérité et comme vous n'êtes
pas le seul qui m'imputiez ce tort, j'ai dû
m'en disculper. Oui je le sï|s on a offert l
à_Ja Noblesse d'assurer ses propriétés Seû
gneuriales et honqrifiques avant qu'elle pas*
sât dans la Salle Commune; oui, j'y ai ré"
sisté et je n'aurais négligé aucun moyen
d'empêcher que ce honteux Traité ne fut
conclu, si la seule proposition n'eût paru un
outrage aux Nobles à qui elle fut faite.
Mais, quant £, cette proposition, ce ne fut
point directement à moi quelle fut présent
tée, et vous verrez dans mon Mémoire qui
elle fut offerte et quelle itait sa latitude.
Au lieu de l'appuyer, je la dénonçai dans
mon Discours du 28 Mai, et j'en fis sentir
toute l'ignominie.
Ce n'était pas pour de vils intérêts per-
ponnels qu'il importait de jconserver les divi.
sions^pplitiques dei Corps: Législatifs, c'était
pour l'intérêt du peuple pour le salut de
tous; ayant cette grande et belle cause à
soutenir, faUaitrjl (rouiller notre défense d'un
('̃ )̃•
yïtotif si abject jfe D'ailleurs, ici
personnel exigeait ce que pres-
crivait l'honneur dans un pareil accommode»
ment, la honte seule de l'avoir conclu eût
été notre partage $; nous eussions péri on
n'en eût pas moins détruit nos propriétés,
et l'opprobre éternel 4'un marché si hûh-
teux, aurait seul survécut notre existence.
A quel titre les Communes pouvaieïit-elle» i
transiger ainsi? Quelle garantie de^jeur fidé-
lité à un engagement si bizarre. et une fois
réunies, et formant avec- nous le Corps Lé-
gislatif qu'on me montre comment une pro-
messe d'une nartie du tout antérieure à I'exi6-
tence du tout, lui aurait paru une Loi? Nos
Commettans n'ont pas exigé de nous de triom-
pher de la force 'ils n'ont pas exigé de nous/
qiW noua résistions seuls à un Peuple for-
cené de passions et de rage; mais ils exige;
lent, sans doute, que' nous périssions avec
dignité, et le seul moyen de noues conserver
cet honneur, était de repousser tout accom*
mq'dement dont l'intérêt personnel eût été la
base.. f.
Et qu'on n'imagine pas que;'nous nous
sp'Qns abusés un se uf moment sur notre po-
croie pas que ceux à qui la
.5
Noblesse accordait quelque Jcôiifiance, aient
£ru un seul iijïitant Lqu'ii était possible ,dé
parer les coiàps qu'on Inûus portrait 'non
nous he l'avons pas cru, pas même le a3
Juin^ et je le /prouverai jusques à l'évidence*
Ah la^ conspiration q\$f devait faire de la No-1*"
blesse et du Clergé les premiefes victimes pour
détruire plus aieénient l'autorité Royale y était
trop fortement combinée!, ses Agens placé?
tropr près du Trône à la fois. ils trahissaient
le Chef de l'.Etat et dis corrompaient les der-
nières classes içlu, Peuple.
Placés entre ces écueils nous devions~pé-
rir, et l'avons jamais: ignore; mais
quand notre l'perte fut inévitable nous ne
cherchâmes gu'à la rendre utile au Roi* ait
prix de toutes nos prérogatives nous voù-i
lions essayer /de défendre la sienne et le»
37 Juin je le demande à -ceux qui siégeaient'
ce jour mémorable dans la Chambre de la
Noblesse, quel motif nous fit céder quel
motif entraîna tous les Députés, et nous con-
duisit;. dat^s' la Salle Commune, Ce qui se
passa alors et ce qui se passa directement
avec moi Ja veille 1, et par écrie? Voilà ce
que je dois 'dévoiler prouver, divulguer,
et certes crois l'avoir/ fait de maniere à
.< *tiy;
convaincre que nous ne pouvions, sans crime,
nous conduire autrement que nous ne l'avons'
de toute part les Etrangers s'éton»
ner de là) faiblesse de la Chambre de la No»
'¡_blesse, s'étonneîTde sa permanence à l'Assem-
hïèe quand «non la violence la mieux carâc-»
forcée de se réunir quand il n§
lui restait d'autre pà^i que de se parjurer ou
d'être égorgée quand publiquement, sans,
pudeur^ on se vantait d'incendier nos
meures et d'attiser plus ou moins les flapiv.
mes dévastatrices, suivant
notre faiblesse
pas que la vérité disparaisse de la face' de la
tsrre j\tirvne le permettra pas ;,la\ génération;
actuelle sè\ précipite dans la tombe\ mais la
vérité est immortelle, elle plane
elle se suffrage de ceux'
qui la ny aura puis
de danger à la publier, J'ose croire que ceux-
qui, comme moi, ne purent l'ignorer, auront
la religion de ne~~ïâ^»as taire. Ah ce n'était
Vf6 par notre intérêt 'personnel qu'on nous
fôrçait, de rester^ malgré nos sermens, c'est' SA
par de^ terreurs p|u| cruelles, terreurs renoua
tous/ les instans terreurs auxquelles
(
il n'était pas permis de résister, ni de s'ha-
bituer celle qui nousjettà dans la Chambre
des Communes, fut encore celle qui nous y
fit rester. Hélas à ce prix nous espérions.
on nous le promettait. et nous avions pro-
mis de vivre et de mourir pour lui nous
nous crûmes tous appelés consommer nos
sacrifices.
Oui, la postérité nous rendra tout l'hori-
neur que d'infâmes calomniateurs veulent
nous ravir; nos motifs seront connus, notre
situation affreuse sera dépeinte et les plus
insensiblës--des hommes se laisseront attendrir
en voyant tant de fidélité suivie de tant de
C'est en vain qu'ils nous diffament, c'est
en vain qu'ils s'honorent de se baigner dans
notre sang et de le faire répandre, à leur
gré, la postérité nous vengera d'eux; elle
dira, si, l'amour' de la. Patrie-, si le dévoué.
ment à son Roi assuraient les succès, ils n'au.
raient pas succombés.
On nous reproche des fautes, et qui n'en
eût pas fait? \Mais leurs crimes furent heu-
reux, et nos fautes dans le malheur nous
sont imputées à crimes; c'|st bien là la mo-
C '*9.r
raie de ce siècle* si vil .d'applaudir au forfait
triomphant et d'insulter à l'adversité. Si l'opi-
nion de la postérité^doit êftpé pour l'honneur,
et la vérité la digne récompense de ceux qui
se dévouent à sa- défense; ambitionner l'opi-
nion de ses- Contemporains et vouloir l'ob-
tenir, à t ut prix, voilâ le vrai moyen de se
dégrader au-dessous de son sieclé; c'est cette
fatale ardeur de, faire parler de Soi, c'est
cette ridicule manie de célébrité qui a fait.le
plus de mal à ma patrie.
Souvent le ridicule le plus grossier se joi*
cnait, à la plus étonnante immoralité; un
Etranger n'aurait apperçu dans cette fureur
de faire parler de soi, ,que ce qu'elle offrait
de ridicule mais pour un Français, le ridi-
cule disparaissait, tant le péril de cette ma-
nie était éminent Pour obtenir la faveur du
Peuple il fallait séconder ses vues, flatter
ses vices, et quand le crime l'eût rendu cruel
il fallait excuser ses cruautés les excuser?
parut faible, il fallu^Jes louer. Chose efèoya-
bie Ce siècle qu'on nommait l'aurore de la
Liberté offrit un scandale que&la tirannie
n'avait pu présenter. (
Papinien, sujet de Caiacall», pouvait qu'il
( 3o ;>.
x^que -de il eût
changé de maxime, et 41 aurait Vu que le
Peuple ve d'en commettre que
ses flatteursvde les préconiser. '•
Dans le malheur^8 tout ce qu'on fait pour
c'était une noble et belle -idée que
tourer de nosvComftiettans
publiques, de les 'appeler à nous juger, de
nous imposer à nous-même le frein ,redouta-
;ble de leur censure. AK qujl parti cepen-
des pervers publicité,
-Me nos Séances bientôt un Peuple soudoyé
et nos galeriesi il a exigé,
des Décrets, il a applaudi des discours qu'il
eût fallu punir) il a osé menacer, insulter
ses Députée parce qu'ils résistaient a ses fu-
reurs. ̃ J ̃ ̃ ̃ -yj\.
Un Peuple menacer ses Dépittèi dans
Vazile mêm,e dû ils doivent parler sans dé-'
«guisemenf et sans crainte voilà des clones
de lèze-Harfon commis à ïa^Vue de ̃l'Unie
vers, et l'on s'est bten-gardé de les "puiùrj
tàndjs_ que d'atroces Écrivains passent 'leur
vie- à encourager la délaticm^ à Jouer les dé*
lateurs, et'que fiers d'un emploi que tout
/•_ ̃ v«- J- N
homme d'honneur rougirait d'exercé ne^
pouvant trouveur deâ erimes réels à poursuis
yre- ils se pMséï^t à nourrir dan&Jg Jîeuple
êtes erreurs qui le rendent fé-
Eh I grand Dieu qyî est-ce, que le le
ç€gt venu apprendre; dans nos Séances il y
'Ji vu les phis féroces, des passions cântlrMel- r
leftient^ aux prises sa^ présence animait ses
flatteurs ses applaudissémens les échauffaient,
au milieu de ce délire de la colère se pro-
mulguaient, les Loix de. l'Empire,; et quand
ses Loix ravissaient à une partie des Citoyens-
leur existence et leur propriété on a en-'
tendu des
désespoir^ à la dou'leur et aux regrets il y
a vu des Législateurs s'investissant des fonc-
rions de Juge, accuser mander devant ,leur.
Tribunal, et juger, et que dis-je juger Lors-
qu'on prononça sur le Parlement de Breta*
,gne%, est-ce un Jugement que l'on rendit?
Uieux qui oserait le dire? Jamais, jamais
mon cœur ne fut saisi d'un tel effroi la Séance
avait été longue, but-à-coup Tardeur de la
terminer sue manifeste d'une part la fureur
de condamner s'annonce par des cris, de
l'autre telle d'absoudre, de n^odiner vd'adou-
7( h
Cir i réalise les plus vives allarmesj 'dans et!
^moment ^terreur, la rage la crainte, le
toute part; le
Parti faible (*) veut éluder* attendre de*
moyens plus calme le Parti triomphant s'en
perçoit, alors partent des cris de fureur
\dont il est impossible de rendre toute l'hor-
reur, le mot aux voix est prononcé avec
une férocité dont il est impossible de se
former une image,, l'agitation, l'ardeur, le
délire des galeries est à son comble, de toute
part on exige avec menace que l'on prenne
les voix; et cette impatience de1 juger était-
ce pour absoudre qu'elle se manifestait? Non,
c'était pour condamner.
Ce cri épouvantable, eiM? voix aux voix
(p;Parmi ceux qui ont\suivi le Faiti opposé à
celui- que j'ai soutenu it y existe des hpnroies pleins
d'honneur, et pour qui j'ai une sincero tslime; mais
ceu*.îà onf été séduits pat l'amour de la Liberté; ils
Wont pas vu où 1'an voulait les entraîner, et maihtt.
mant, peut être se dissimulent-ils à eux-mêmes nos
malheurs présens, et sur-tout notre sort venir. Ceux-
là ont suivi un parti qui les a déçus ils n'en étaient pis
les Ghefc..