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Lettre de M. de Conny à M. Casimir Périer. (20 mars.)

De
15 pages
G.-A. Dentu (Paris). 1832. France (1830-1848, Louis-Philippe). In-8° , 15 p..
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LETTRE
DE
A M. CASIMIR PERIER.
PARIS,
CHEZ G.-A. DENTU, IMPRIMEUR-LIBRAIRE,
rue d'Erfurth, n° 1 bis ;
ET PALAIS-ROYAL, GALERIE D'ORLEANS, N° 13.
1832.
PARIS. - IMPRIMERIE-LIBRAIRIE DE G.-A. DENTU,
RUE D'ERFURTH, N° 1 BIS.
LETTRE
DE
M. DE CONNY,
A M. CASIMIR PÉRIER.
JE viens de visiter les prisons de Sainte-Péla-
gie , c'est à vous, monsieur, que je dois adresser
quelques observations; elles seront graves : les
décisions du pouvoir ne peuvent plus être ajour-
nées sans danger. Le temps presse, car il s'agit
de l'existence même des prisonniers.
Vous le savez, monsieur, les prisons sont en-
combrées de détenus arrêtés sous la prévention
de délits politiques ; c'est dans ce triste asile qui
devrait être réservé au crime, qu'un pouvoir om-
brageux vient chaque jour placer ses victimes.
4
Venez voir les prisonniers entassés à Sainte-Pé-
lagie, et quand vous aurez vu ce triste tableau,
vous comprendrez alors que l'irritation n'est que
trop naturelle et trop légitime. Ce ne sont point
des faveurs, monsieur, que je viens réclamer pour
tant-de prisonniers ; il y a trop de fierté dans de
telles âmes, pour que je me hasarde à faire en-
tendre un tel cri. Non, monsieur, ce ne sont point
des faveurs que je réclame; mais je viens conju-
rer le pouvoir d'accorder à ces prisonniers ce qu'il
ne peut leur refuser sans commettre un acte de
cruauté ; je viens demander que les prisonniers
cessent enfin d'être privés de l'air qui est le
principe de la vie. Oui, monsieur, c'est de l'air
qu'ils puissent respirer sans donger que je viens
demander pour eux, et cet air leur est refusé.
Venez, monsieur, je vous le répète, venez à
Sainte-Pélagie; vous, verrez là les détenus en-
tassés dans de misérables réduits; vous les verrez
privés à la fois et de l'air et de la lumière des
cieux.
Vous le savez, monsieur, le temps paraît long
à la douleur qui veille ! et dans ces prisons où vous
entassez tant de victimes, les nuits sont de vingt-
quatre heures, car les heures des jours ressem-
blent à celles de la nuit.
Pour visiter les prisonniers de Sainte-Pela-
gie, on est astreint à tant de minutieuses forma-
lités, qu'à peine ai-je eu le temps d'en voir une
partie seulement. Certes, j'en ai éprové un vif
regret, car plus que jamais au temps où nous
sommes, nous devons redire avec le poète :
Sachons nous garantir de cette erreur commune ,
De trahir nos amis, trahis par la fortune.
J'ai d'abord rencontré un de mes jeunes amis,
M. Albert de Bertier ; et sa vive gaîté, dans ce
triste séjour, m'a appris qu'il avait la conscience
que son étrange procès avait fait rire la France
de ce rire inextinguible dont long-temps elle
conservera la mémoire; puis j'ai retrouvé M. le
baron de Brian, homme détalent, homme de
coeur, comme tout le monde sait. On lui avait
permis d'aller respirer un peu d'air à Chaillot,
mais pour se venger sans doute de la haute in-
fluence qu'exerce en Europe un journal si cher à
la France monarchique, on a jugé convenable de
priver M. de Brian de l'air qu'il respirait à Chail-
lot; on l'a enseveli de nouveau dans une des
chambres, ou plutôt une des caves de Sainte-
Pélagie.
J'ai aperçu là aussi cet écrivain dont la verve
satirique excite une si vive colère, mais dont
l'opiniâtre persévérance défiera plus d'un réquisi-

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