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Lettre de M. Mallet du Pan à M. D. B. sur les évenemens de Paris du 10 août ([Reprod.])

De
67 pages
[s.n.]. 1792. France -- 10 août 1792 -- Ouvrages avant 1800. 1 microfiche ; 105*148 mm.
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LE T T R E
DE M- MALLET OT PAN a M.^d.
^St/r /a événement de Paris du 10
(
A 2
LE T T R E
DE M. MALLET DU PAN A M. p. B'
Sur les événemens de Paris du 10 Août.
COMMENT pourrait il vous rester un
doute,Monsieur, sur la nature, sur le but,
sur les véritables causés des derniers for
faits, par. lesquels les tyrans de la France
viennent de consommer la dissolution de
la Monarchie? Tous les ressorts de cette
catastrophe furent montés sous les yeux du
Public} pas'un homme éclairé qui n'e
eut le pressentiment à la formation de 1,
seconde assemblée et qutn'en ait acquis
la certitude morale depuis deux mois. Lç
combat de tous les crimes
les lâchetés devait aboutir à
St.'Barthelemi, préparée par!un Comité dé
scélérats, et exécutée par le rebut de ?
nature.. t
Après deux mille assassines sur desper-»
'< 4 ;)
sonne* désarmées, sans distinction de sexe
ni d'âge après avoir exercé tes
de leur; barbarie' accoutumée' sur lès cada-
vres après avoir couvert les rues e vïc-
ttmçs peuplé; le} cj#ots de gen? de I b^n i
épuisé les expédiens d'un despotisme effréné,
abreuvé d'opprobres déposé enfermé
raillé au milieu de ses affreuses douleurs
ce Roi qu'ils nommaient en 1789 reMaura-
teur, de la liberté,' les conducteurs de Cés
bêtas féroces ont porté leurs soins ouvrir
(le, ténébre,s l'histoire de leurs tragédies,
IU. réservent le droit d'en parler à
ceux qui les ont joutées tous les Journaux
et(Feuilles publiques, qui témoignaient quel-
que aversion pour le crime sont proscrits
leurs preffes brisée?: leurs auteurs: forcés
d£ se dérober aUjfer des assassins; c';est â'
l'instant où ceçte horde de Caraïbes brûle
et, massacre au nom des. Droits de thotnmet
qu'elle en interdit l'exercice à toult autre
qu'à ses eUe supprime la liberté
Tous les Journaux Ropalistes et Feuillaas sont
livrés à des Rédacteurs Jacobins. Le Mercure fronçait est
fa Patriotes.
( 5 y
A3
des lettres, fcit trembler devant ses déti*
teurs, ses sbhres, et ses bourreaux, qui*
conque oserait proférer un murmure du tto s
Assurée, par ce moyen, du silence de &
loyalistes, dés Constitutionnels &
mes neutres, elle répand, &fts eontradieteurs
ses impostures et ses poisons là tribune1
de cette vile assemblée n'a vomi que âts
mensonges depuis quinze Jours voyez l'ar-
tifice avec lequel Us introduisent, dans leur
enceinte^ cette foule de saltimbanques qui
dans leurs adresses ou leurs pétitions saiti
guinaices apportent chacun leur tribut:c:è'
faussetés et d'effronterie. Dans le secret c!e;
leurs Comités, ils fabriquent des rapport
ils supposent des découvertes ils inventer!
des prétendues lettres, ils interprètent quatd
ils ne peuvent inventer enfin ils ont tb*
mis exclusivement à Brissol à Gorsas,k
Condorcet, à Carra aux libellistes du
niteur c'est-à.dire, à la lie dé
le ministere de l'instruction publique :C'e|sit
de la plume de ces honnêtes
pés la plupart même avant la révblutîôrij;
à la corde ou aux galères pouf des crimes*
( 6 )
infamans, que vous recevrez 'désormais les
annules de la nouvelle régénération françai ie.
_Ils.,ont commencé leur noble tâche, ai si
que les discoureurs de l'Assemblée, sous Ses
auspices d'un ramas de meurtriers 'est à
la point© des piques, ornées de crânes hu-
mains, qujils portent l'étendard de la phi-
losophie ils vous enseignent le droit de la
r;ature en égorgeant leurs concitoyens con-
formément à leur morale pratique, ces mi-
sérables s'étudient à calomnier ceu qu'ils
assassinent; ils appellent conspirateurs les
victimes de leur scélératesse; et par une pu-
deur, dont assurément on les dispensait, ils
s'efforcent d'échapper à l'horreur universel-
le, en empruntant des fables imb cilles,
paur. atténuer leur .perversité, v
Ç'.est dans ce but que sont écrites les
relations, envoyées de Paris dans nos con-
tjées, On y. accuse la Cour d'un complot,
les généreux Gardes Suisses d'aggression
&, de :perfidie 1 la. 'd6fense du château des
Tuileries y est indiquée comme un prélude
de contre révolution; on y dissimule les
principales circonstances de la catastrophe
Oe qui l'a précédée ce qui L'a suivie; Nom-»
A 4
bre 'de.badauts qui recueillant l'histoire clù
tems dans les cafés et les groupes du Palds-
Royal, ont transmis ici ces légendes dictées
par les brigands l'assemblée elle-même
voudrait bien oser feindre d'y croire; mais
avant d'essayer le pouvoir de ses impostu-
res, elle attend les succès de ses Jour; la-
listes et ne doutez pas qu'elle ne vous corn-
pose au premier jour un roman, digne de
la scène & des acteurs. ( q )
Vous concevez sans peine, que des Fran-
çais qui canonisent Ravautac, et qui réplro-
duisent, sous le masque de la liberté, les
proscriptions de Rome abatardie et la ty-
rannie des Mammélucs ne se font point
scrupule d'abuser le Public. Une calomnie
ne doit pas leur coûter plus qu'un assassin
nat le poignard tendu sur quiconque se-
rait dans la capitale soulever le voile de
,(2) ,L'une de ces rélations, que Ces éditeurs ont intitu-
d'arfenic l'étiquette de beauntt de vit, est faite avec tant
de jugement qu'on lit au frontispice, Relation ie de pd
t'est passé la nuit du Mercredi au jeudi t*ndi .4
que les événemens ont eu lieu dans la nuit du Jeudi sa
Vendredi
leurs forfaits, il leur est loisible de. repré-
senter comme des, agneaux. Par ce moyen,
conforme à leur innocence, Ils opèrent
soutenir la fureur de la multitude, ôter les
doutes aux incertaines, les remords au Ja-
cobins mitigés, les scrupules aux constitu-
tionnels, les motifs de défection aux armées,
et aux autres nations les sentimens dont ils
les voyent pénétrées.
Cette infâme politique ils l'ont tmployé
à chacune des époques sanglante de la
révolution. Ainsi pour émouvoir ce peuple
dé Paris, si intrépide à enfoncer des portes
ouvertes, ils l'assurèrent au mois de juillet
que la Cour allait incendier la ville
boulets rouges, égorger les femm s et les
enfans, proclamer la banqueroute et pen-
dre l'Assemblée nationale. Ainsi, à la suite
les entreprises parricides des cin et six
Octobre, ils s'aviserent après coup de sup-
poser au Roi un projet de fuite vers Metz,
et aux gardes-du-corps un prétendu chan-.
gement de cocardes. Ainsi, lorsqu'à la fin
de Février les manoeuvres de San-
terre et les projets des fauxbourgs 'rassem-
blerent quelques gentilshommes aux Tuile-
( 9 )
ries menacées, le lendemain parut l'histoiro
des chevaliers du poignard, qui au nom»
bre de aoo, devaient égorger trente-mille
gardes nationaux et enlever le Roi; ainsi
lorsque cet infortuné Monarque fut livré Iî
i8 Avril de la même année, aux violence;
d'une soldatesque effrénée qui lui interdit
le voyage de St. Cloud, on renouvella 1
fable d'une fuite Pastoret procuretu-
syndic du département, eut l'insolente mau-
vaise foi de justifier la canaille par la crainte
que lui inspirait les aumôniers du château,
<ét en conséquence, l'auguste assemblée,
Sourde aux plaintes de S. M., passa maje
tueusement à l'ordre du jour. Ainsi, tout s
les fois qu'il a fallu emporter un décret de
force exécuter quelque attentat contre
LL. MM., ou opposer une insurrection à
la gêne de la loi, on a ouvert l'arsenal des
conspirations ainsi, lorsqu'on égorgea MM.
de Belsunce, de Beaussèt de Voisins, Pasc
lis, on eut soin de trouver dans les poch
de chacune de ces victimes une lettre ac-
cusatrice qui disculpait les bourreaux.
Tous les peuples sans doute, peuvent
être dupes de semblables jongleries; mais la
( 10 )
crédulité fanatique, permanente, 1t p:eîf
que générale'du peuple de la capitale, se
prêtait seule à accréditer quatre ans de suite
ce torrent de fictions attroces qui tussent
fait rire de pitié le dernier paysan de 'nos
montagnes.
Croyez, Monsieur, que les perso nes qui
penchent leur donner si promptentent
créance, tdut en affectant des gémissemens,
sont au fbnd de l'ame les complice secrets
de ce bouleversement social; il ne leur
manque que l'occasion ou le courage de'le
seconder.
Voici les faits tels qu'ils m'ont été transmis
avec des témoignages irrécusable s. C'est la
vérité, rien que la vérité, toute 1 vérité.
J'en retranche les 'détails circonstanciels sur
lesquels il restera long-tems plus o moins
d'incertitude, en vous rapportant exclusive-
ment ce que l'examen d'un Tribunal con-
firmerait, ce que la fidélité de l'histoire ap-
prendra à nos neveux.
Vous n'avez oublié aucun des préliminai-
res de ces journées de désolation, ni la dé-
éôrganisation dé la force publique dans la
capitale, ni le rassemblement de tous les
( il,
bandits du Royaume, ni lés efforts pour écar-
ter les Gardes-Suisses ni la bavarderie fréné-
tique de ces députations d'énergumenes qui,
depuis un mois, venaient débiter à la barre
leurs imprécations contre le Roi; ni les affi-
ches et les placards couleur de sang dont
on tapissait les carrefours; ni le discours de
Pétion au nom de la Commune ni l'a-
dresse rédigée par les Fédérés le Dimanche
suivant au Champ-de-Mars ni les prépara-
tifs multipliés du siege par lequel on vou-
lait emporter, de gré ou de force la ques-
tion de la déchéance.
La seule délibération sur cet objet était
un crime car la Constitution ayant fixé les
trois cas exclusifs qui pourraient entraîner
l'abdication de S. M. (3), et aucun de ces
cas n'existant, l'Assemblée ne pouvait sans
usurpation en créer de nouveaux, ni faire
dépendre de la subtilité de ses Rhéteurs la
contravention à une loi fondamentale.
Refus du Rof de prêter le serment constitutionnel
présence du Roi à la tête d'une armée contre la Nation,!
eu défaut d'un acte formel de S. M. contre une entreprise
de ce genre, exécutée en son nom; enrn, sortie du
me. Aett Çemlit. Ch. It. Se et. I. Art.
( 12
Ce nouveau coup de main sur lt cou-
ronne se liait naturellement à la destitution
dé M. de la Fayette. Coupable d'avoir enfin,
et si tardivement, préféré la conservation ^lu
Roi aux intérêts d'une Ligue parjure qui ci-
lait lacérer le Code National, ce Gén ral Ve-
nait d'être mis en jugement La mê ina-w
jorité qui le renvoyait absous, annonçais
tirie seconde défaite aux promoteurs de h
déchéance. Aussi, en sortant de cette arène
de gladiateurs où les Solons de la France
jouent pour dix-huit francs par jour nos
destins à coup de langue, les principaux
Membres du côté droit furent llvi es aux
Coadjuteurs ordinaires de la Législation.1
Plusieurs furent battue blessés, et n'échap-
pèrent à la mort qu'à la faveur du tumulte.
De? le soir même, ( mercredi ) les Jacov
bins dressèrent dans leur caverne la liste de
proscription de ces 400 inviolables elle fuc
imprimée, répandue le lendemain elle set-"
vil à allumer la soif du sang dans les faux-,
bourgs; Paris fut couvert de placards atrp-
ces où le procès était fait au Roi à M. de la
Fayette à la majorité aes Députes àH
crieurs et des enfans apostés vociféraient
C il
clans les rixes la déchéance ou la mort toute
la journée se passa en agitations de la part
des galériens de Brest et de Marseille, di-
rigés par les chefs même de la Municipa-
lité, pour ébranler la multitude, et pour
consommer un attentat si ïong-tems combi-
ne si impatiemment attendu.'
Le jour même, (jeudi 10), l'Assemblée
devait traiter de la déchéance Coirdorcet fit
un rapport préparatoire, qu'il conclut par
un projet d'adresse au Peuple sur les. moyens
iï exercer sa Souveraineté. Pendant qu'il phra-
lait a la Tribune, les agitateurs de la popu-
lace commentaient plus clairement lés am-
phigouris du perfide Académicien: ils in-
vestissaient la populace de la Souveraineté
du nombre, des piques, des cartouches et
des canons. La soirée fut employée à em-
braser les égoûts et les cabarets les leviers
d'une irruption soudaine sur les Tuileries
furent mis enjeu, et. toutes les dispositions
calculées pour achever l'oeuvre laissée im-
parfaite le 2ti Juin précédent.
Vers minuit, les sections assemblées sus-
pendirent la Municipalité né confirmant:
dans leurs places que les Péthion les M&\
( 14 )
nuel, et quelques autres sous la bannière
desquels cette horde crapuleuse all it mar-
cher au carnage. Des commissaires, triés par-
mi les plus exécrables perturbateurs, re4pla-
cerent provisoirement la Municip lité: Le
brasseur Santerre fut pourvu du génoralat de
la garde Parisienne à la place de M. Marïdat,t
qui exerçait le commandement. Ce dernier,
ancien Officiers aux gardes Françaises, en-
traîné comme tant d'autres dans les premiers
pas de la Révolution, sans en pr'voir les
conséquences, mais attaché au gouverne-
ment Monarchique, fut conduit à la coma'
mune, accusé et massacré par 1 s soldats
de la liberté. •
Ne vous méprenez pas au sens du mot
Sections. Gardez-vous de confondre ces co-
hues populacieres avec les prerderes as-
semblées populaires du même nom qui gou-
vernèrent Paris en 17 89. Depuis le ng-tems
ces tripots de désordre et d'ergotisme étaient
désertés par tous les citoyens honnêtes, par
les propriétaires, par les gens sages et pai-
sibles, pai la plupart des constitutionnels.
Là, régnaient exclusivement les agitateurs
grossiers, les prolétaires yvres, les orateurs
ri*")
l'eau- de -vie, les écrivains du° ruisseau,
les petits importans sortis de la fange pen
dant la révolution comme les champignons
dans une nuit pluvieuse. Il ne s'était pa
trouvé ce printems six mille votans, ci-
toyens actifs ou non actifs, à l'élection d
procureur de la commune Manuel. Tel était
l'esprit de ces rendez-vous où l'on discutait
soir et matin les intérêts de l'Empire entier,
qu'à la fin de Juin, un ancien garde Fran-
çaise pérorant dans la section des Minimes,
s'offrit à tuer le Roi, s'il ne sanctionnait pas s
les décrets. Le président ayant voulu faire a
retirer ce scélerat la section s'y opposa t
lorça le président de sortir lui-même.
Pendant que ces conciliabules régicides dé-
cidaient du sort, du Monarque et de l'E
pire, les fédérés, les brigands, leurs associais
s'ébranlaient de toutes parts; les fauxbour
St. Antoine et St. Marceau vomissaient le r
écume le tocsin appellait aux armes tous les
scélérats il se répétait à dix lieues à la ronde
le signal avait été donné les jours précédées
dans les alentours; dès le mercredi 8, des
paysans, du Pré St. Gervais informèrent un
de mes amis que le 10 le roi serait dé-
(
couronné, Paris pillé, et qu'à cet ffet on
leur avait délivré la veille 3oo piques t fuifils.
Lorsque le soleil se leva sur la' capitale,
il éclaira le premier crime de la journée. pn
promenait dans les rues épouvantées Lestâtes
sanglantes d'une' patrouillé surprise ar des
bandes de Canibales, massacrée so pré-
texte qu'elle ne rendait pas le mot du guet,
et dont la décollation servit à fencuveller
l'une de ces fêtes triomphales, amusement
favoris des Parisiens depuis trois ans où les
chants d'allégresse se mêlaient à o;ux de
rage et .où des bourreaux de quinze anis
offrirent à des spectateurs faits pour e spec-
tacle les restes défigurés des dix premier
proscrits.
Conduite par les bourreaux d'Avignon,
suivis du bagne de Brest et de M seille
une populace immense dirigeait ses as vers
le Château. Les vagabonds et les brigands,
les prostituées du Port au Bled, les indigents
pervertis par l'oisiveté, ce ramas de merce-
naires infâmes que l'anarchie tenait à;sa solde
depuis 1789, l'égofttdes clubs du Royaume
versé dans Paris par la prétendue fédération
les journaliers des campagnes voisines attires
par
( H )
par l'appât du butin un mélange affreux
de femmes en haillons et de monstres à face
humaine de forts de la halle-, de ramoneurs,
de charbonniers, de petits boutiquiers mé-
tamorphosés en Brutus, tous les crimes en-
semble composaient cette armée des fonda-
teurs de la République qui allait tourner
son fer et ses brandons contre la demeure
du plus vertueux des descendans de-S. Louis.
A la vue du danger, le Département qui
ne marchait point à la hauteur de la Munici.
palité, députe au Château des Tuileries
M. Rœderer son procureur syndic. Impuis-
sant et à peine connu du peuple de Paris,
ce corps administratif n'avait à opposer aux
brigands qu'une autorité méprisée et une
bonne volonté timide. M. Rœderer arrive au-
près du Roi l'hypocrite Péthion ne tarde pas
à l'y suivre et à redescendre, laissant au
château deux membres de la Municipalité
dissoute, MM.~ Borie et le Roux. Pour lui,
il jugea convenable de s'enfermer dans sa
maison et de s'y faire garder.
Cependant le peu de forces qui pou-
'vait suspendre l'irruption était^*&9$mblé
dans les cours et le jardin.
(
des Suisses, quelques bataillons de garde
nationale dont deux seulement, ceux des
petits Peres et des Filles S. Thomas parais-
salent pénétrés de la sainteté de leurs de-
voirs la gendarmerie à pied et à cheval
vendue aux factieux quelques pièces de%
canon servies par des artilleurs déjà flétris
de complicité manifeste avec les régicide
dans la journée du qojuiri; les serviteurs de
LL. MM, un petit nombre de mili aires et
de gentilshommes déterminés à mo rir aux
pieds du Roi; voilà les tristes moyens due
défense qui restaient contre soixante mille
gueux, protégés par la Municipalité et par
les chefs du corps législatif, traînant avec eux
tout le canon nécessaire à leur expédition
sûrs de leur alliance avec une grand partie
de la milice nationale, et glaçant d'e Toi sur
leur passage cette foule inerte de bourgeois
qui, avec le frisson de la peur, osait à peine
regarder les révoltés.
Vers les six heures, le Roi passa en revue
dans les cours et le jardin ces derniers dé-
bris de la force publique. Un même senti-
ment animait les gardes Suisses et quelques
pelbtoazs de garde nationale ils se promi-
( ig
B a
4%nt dépérir avant leur Roi, et firent enten-
dre le cri de fidélité.. ̃ j
Bientôt le carrouzel et ses avenues se
couvrent d'assassins leurs colonnes dégât*
gent de toutes parts; à huit heures le Châ-
teau en est environné. M. Raderer et les deùM
officiers municipaux obéirent à la loi et h,
leur serment. Ils intimèrent à la multitude
de respecter la demeure du Roi, de se bdr*
ner à nommer vingt députés pour présente
leur pétition sur la déchéance. Trop certains
de l'inutilité de leur remontrance, ils rap-i
peller ent aux troupes et très-spécialement
aux gardes Suisses, les ordres de la loi. "Je
requiers votre défense, leur dit le procu
reur syndic au nom de la loi et-pour la
}} sûreté de la maison devant laquelle vous
êtes placés. La loi vous autorise à mainte-
nir yotre poste quand vous serer. attaqués j
nous demandons votre juste défense (
La veille les Suisses avaient reçu le même
ordre de défendre le Château', ordre envoyé.
(i ) Voyez dans le Moniteur du i$ Août, NQ. ss{, loi,
rapport fait le au 'matin par ce magistrat à l'ÀfTemblde
Nationale. K
( ÎO )
par M. Mandat, commandantgénéra qui h»
tenait du Maire.
A peme M. Rœderér eut-il achevé a réqui-
sition, qu'il acquit les preuves de la perver-
lité, d'une grande partie de cette mili de|s Ja-
cobins fqui se dit milice nationale. C tte trou-
pe invincible dans les journaux m itié par
lâcheté moitié par trahison, ne tarda-pas à
se montrer dans les intérêts des assail ans'; les
canoniers déchargèrent leurs canons; ces ci-
toyens foldals, qui tant de fois avaien juré de
maintenir la constitution et de mou rir pour
]aloi ne masquèrent plus leur connivence
avec les brigands armés par les Ptthion et
les Santerre. Un,petit nombre seulement resta
brave et fidele.
Certains alors du péril affreux q enve-
loppait le Roi et la famille Royale, les trois
Magistrats du peuple remontèrent u Châ-
teau ils exhorterent LI,. MM. à sauver leurs
jours en se réfugiant dans l'Assemblée Na-
tionale. Cette mesure de nécessité fut adop-
tée, mais non sans répugnance le Roi aban-
donna ce palais où les crimes de Paris l'a-
vaient enfermé depuis trois ans et d'où
les crimes de Paris allaient l'expulser à jamais.
t si )'
B 3
Suivi de la Reine, àë'Wîe Dauphin, dë
Madame et de Ma'd. EÙzabeth cè; mal-
heureux Monarque alla demandeur la vieeux:
complices de ses assassins quelques persônJ
nés de là suite accompagnerent .Ll» MM?/
3oo gardes Sùisses firent leur cortège et leur
sûreté jusqu'aux portes de l'Assemblée Na-
tionale ils se repartirent ensuite dans les
environs.
A leur passage LÎii'MfM. entendirent
tout ce que la férocité 'crapuleuse de la
corruption publique petit vomir d'infamies.
Bientôt les magnanimes représentant à\£
peuple français, se piquèrent d'imiter les
nobles sentimens de la canaille.
Paitagé un moment entre l'effroi et ral-
légresse ce 'concile d'usurpateurs, -réduit
par l'absence du côté droit, à assistant,
combla les épreuves de son souverain dans
l'adversifé. Sans pitié comme sans pudeur,
il nt descendre Louis XVI du fauteuil de
la Toyauté1, pour le reléguer à la barré à
côté de sa famille dans le deuil et de la|
barre dans la loge d'un Journaliste, où ils'
crucifièrent sa sensibilité. '• «•
Cependant l'incertitude' et la crainte
( )
balançaient encore une exultation concen-
i tfée,; Le rapport allarmant de M. Ro erer
faisait redouter à l'Assemblée la résistance
des défenseurs du château. On se âte d'en-
Yoyer au peuple une, députation on, met
sous sa sauve garde les personnes e leslprô-
priétés. Au même instant le canon se fait
entendre: ces romains, prêts à m urir sur
leurs chaises curules, pâlissent et se trou-
blent le siege >du~château est annonce par
le bruit redoublé de la mouaquete ie des
harangueurs écumans viennent ensuite ra-
conter leur conquête le carnage es assié-
gés le sac et l'incendie; l'Assemblée re-
prend sa sérénité.
Quels, évériemens la lui rendire t Ah!
Monsieur, excidat ista lues. Un s ecle de
sagesse, de remords et de vertus expireront
à peine tant d'ignominie. Sans cesse rien-
forcée par des flots de populace Ynhardie
pâr la circonspection des Suisses à rester
sur la défensive, la tête des brigands
soutenus des gardes nationaux Jpénetre
dans les cours. Ija mèche de leurs, canons
allumés, ils ordonnent aux gardes Suisses
de mettre bas les armes, et de livrer le
(
B
château. Refusant avec modération nos in.
trépides compatriotes les prient de nouveau
de ne rien entreprendre; ibtieur promettent
la paix si l'on suspend toute aggression; ils
épuisent. les paroles conciliantes pour écarter
l'engagement et déclarent avec fermet
qu'ils périront à la défense du palais ils invi-
tent les assiégeans à le respecter; ils cherchent
à les adoucir par des signes de fraternité
le cri de vive la nation se fait même enten
dre dans leurs rangs.
Inutile patience! vains efforts de la loyauté
et de la discipline En réponse aux paroles
de paix les assaillans tirent plusieurs coups
de canon sur le château et sur les Suisses
tuent quatre de ceux-ci, et se promettent
de les écraser sous le nombre, sans danger.
A l'approche de leur dernière heure les
Suisses répondent du château à l'attaque
des cours; ils font reculer les brigands, et
leur enlevent deux pieces de canon; 3oo
malfaiteurs de Brest et de Marseille tombent
morts ou blessés. Au premier coup cette
vile garde nationale déserte son poste et ses,
camarades de service; partie jette ses armets,
partie s'en sert à fusiller les Suisses; ses ar«
(
tilleurs tournent leurs canons coitr'cux;
la gendarmerie les tue, la cav;leriî les
charge tous ces misérables souill de l'u-
niforme national ouvrent le pas age, à la
multitude. Enveloppés de toutes parts, les
intrépides et inébranlables gardes se soutien-
nent encore dans le palais. Toutes le§r laver
nues sont forcées, les cours inondées par
des flots de populace) se pressant les uns,
sur les autres, et seffermans ajnsi#d|p!i£
férentes issues. Accablés par le nombre,
ayant épuisé jusqu'à la derniere cartouche,
( 1 -et retirés la plupart dans l'i térieur
les Suisses sans défense sont, égor és un à
un avec la plus effrayante atrocité. Un peu-
ple d'assasins parcourt les apparte ens for-
cés, en fouille les recoins massacre tout
ce qui implore son humanité; le carnage
s'étend des toits jusqu'aux souterrans, sur
les gardes nationaux sur les militaires qui
avaient participé à la valeureuse défense des
gardes Suisses; sur toutes les personnes de
la Maison du Roi les serviteurs de deux
CI) Plusieurs lettres me mandat qu'ils n'avaient eu
que huit coups à tirer.
)
sexes sont égorgés; on, n'épargne pas même
les enfàns des. femmes des Suisses sont
jettes vivans des combles dans les cours,
-La. proscription s'exécute dans le jardin et
dans les avenues. On fusille, on poignarde
on évejntre les fuyards* Les trois cents Suis-
.ses, restés dans le jardin, cherchent à s'é-
x:happer tout ce qui est pris est égorgé.
La cavalerie nationale, placée au pont Tour-
nant sabre ceux qui tentent de gagner le
.Champs .Élisées. Quatre-vingt deux gaides
Suisses, désarmés, sont traînés à la maison
commune, sous prétexte d'y. être interro
gés; là, au mépris.de la foi publique, il
sont livrés à la multitude qui se baigne
dans le sang de ces infortunés tous se dé-
fendent comme des lions plusieurs en
tombant, criaient encore, vive le Roi 1 Pas
un ne trouve une ame assez compatissante,
ni un municipal-assez dépouillé de bassesse,
pour tenter un effort en leur faveur.
Quelle récompense de services méritoires
.Depuis trois ans le régiment des gardes Suis-
ses inaccessible à la licence qui l'environnait,
offrait un modèle de discipline de bonne!
tenue, de circonspection, de fidélité à lâ
{ a6 )
loi et au Roi: jamais le moindre était,
nulle provocation; fréquemment insu tés,
ces braves soldats dissimulaient c offert-
ses on admirait leur stoïcisme. Pendant
l'hiver, leur confraternité avec la ardé du
Roi Ies exposa à des guêt-à-pend. Plusieurs
furent assassinés, d'autres blessés; on con-
tint les murmures et l'indignation j ul mou4-
vement dans les caserne..
J'abrege, Monsieur, cet épouvantable et
fidele récit. Je ne vous raconterai ni l?s abo-
minations exercées sur les cadavre ni les
cruautés d'hommes dénaturés qui, unissant
les pussions brutales de l'indépen nce na-
turelle à la corruption de J'état civi isé ont
changé la France, depuis trois ans en une
forêt de la Mauritanie. Je ne vous peindrai
ni les chants de triomphe, ni les trophées
.de ces barbares, ni les énergumenes es deux
sexes se disputant les entrailles es victi-
mes, et promenant toute la journée des têtes
mutilées et des lambeaux humains encore
palpitans. Je ne vous dirai pas que des Suis-
ses blessés ont été jettés vivans dansée feu, ni
qu'une férocité plus tranquille succédant,
pendant 48 heures, à la fureur du premier ins-
( ).
tant, multiplia les meurtres de sang froid; qui,
beaucoup de Suisses de porte, ceux du L'ou-
vre, des Tuileries, ont eu le sort, des gé
néreux soldats de leur nation; que les do-
miciles privés n'ont pas été :plus, respecté
que le palais de Priam j qu'une infinité de
personnes de la garde nationale, de bour-
geois désarmés, de prisonniers ont été assas-
sinés dans les places et dans leurs, maisons.
Pendant que le sang ruisselait dans le
cours, sous les portiques, sur Jes parquets
des Tuileries, le feu en consumait les alen-r
tours, et gagnait déjà le bâtiment .priricipa
Livré au saccagement, le château n'est plus
qu'une décombre; meubles, ,tables livres
habits linge lits des appartemens portés
sur la place du Carrousel, ont servi le feu
de joye des Cannibales. Le château a eté
pillé de la cave au grenier les effets les plus
précieux, les richesses des arts, tout a été
la proye de la multitude, dont l'Assembléi
a néanmoins célébré ;le désintéressement,
parce qu'on lui rapportait quelques louis d'oi
et deux ou trois pièces de vaisselle.
Ne me demandez pas le nombre ni le nom
même des victimes; le tems seul les révélera.

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