//img.uscri.be/pth/a8661749dff42ec834c5c954adeb75b66c696dbd
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 0,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne + Téléchargement

Format(s) : PDF

sans DRM

Lettre de M. Sobry, à M. le comte de Rivarol, sur l'utilité de la critique ([Reprod.])

De
36 pages
[s.n.]. 1789. Critique -- France -- Ouvrages avant 1800. 1 microfiche ; 105*148 mm.
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
Voir plus Voir moins

THE FRENCH REVOLUTION
RESEARCH COLLECTION
LES ARCHIVES DE LA
REVOLUTION FRANÇAISE
A
t>%JjB^COMTE DE
SUR L'UTILITÉ DE LA CRITIQUE.
Vous savez, varie
d'opinion, sur les divers objets qu'on
s'applique à considérer^
l'oints de vue d'pù on les éjtkçflinçs.
Il y a cependant pour chaque objet trh
point de vue parfait & ce point de
vue pariait nous le trouvons quelque-
fois nous-mêmes.' quelquefois nous ne le
salissons qu'à qui
nous y place. HéareûXiquand îXoûê ren-
icontrons un pareil secoua;, qui Abrège
notre travail /& qui facilite notre joui§-
En appliquant cette vérité à la cri-
tique, nous voyons que l'homme mali-
cieux ne l'aime que parce quelle ra-
<}
baisse des gens dont la confusion le
divertit que l'homme qui est 'dans le
cas de la craindre est tout la
regarder comme condamnable Se que
l'homme indifférent peut facilement l'en-
visager comme superflue. Mais nous
voyons que l'homme qui sait réfléchir,
regarde la critique comme une des
parties les plus utiles de la littérature^
celle qui tend le plus à former le dis-
cernement des peuples & à donner
aux Ecrivains leur vraie consistence.
Après le mérite^ de faire des choses
parfaites un des plus grands sans doute
est de faire distinguer celles qui le
sont en écartant avec intelligence tout
ce qui tend à déparer nos richesses lit-
téraires.
Un bon critique est l'organe d'une
Nation le soutien du goût, le^ifengeur
de la raison l'aiguillon du mérite le
salutaire délateur de la médiocr ité de
la médiocrité qui fait un bruit effroyable,
lorsqu'on la dévoile à ses propres yeux,
ts)
A a
mais ,qui après l'éclat se retire si don"
cernent & se retourne ensuite avec tant
de reconnoissance vers des occupations
plus utiles.
Oui, Monsieur, un bon critique est
l'organe d'une Nation c'est par lui
qu'elle montre hautement aux peuples
étrangers-& à la postérité, que si elle a
le malheur de produire une foule d'é-
crits qui sembleraient devoir la dégra-
der, elle n'a point la simplicité de, les
garantir. Ce déni d'approbation fait aux
mauvais Ouvrages par la critique, cette
ligne de démarcation posée entre le
,génie «la sottise par un discernement
exercé, vengent les gens de bien, des
insultes qu'on ose faire à leur intelli-
gence, en leur proposant tant de pro-
du&ions médiocres à accueillir. Trop
occupés pour réclamer eux-mêmes contre
le ;mauvais goût, ils sont ravis de voir
un homme robuste se mettre en avant
pour eux. Et voilà Monsieur, ce qui
a fait de Boileau l'idole de la bonne
:UJ
littérature. C'est édifier en effet que de
détruire ainsi c'est être parfaitement
bon que de se montrer impitoyable *a
la sottise ambitieuse c'est honorer les
fleurs qui décorent & qui parfument la
'terre, que d'abattre les mauvaises plantes
qùi veulent les étouffer.
Mais, se récrie-t-on que leur im-
porte à ces critiques ? Est-ce jque l'on ne
peut être unédiocre ennuyeux, ridi-
cule, sans qu'ils s'en mêlent ? Le public
a-t-il besoin qu'on le guide dans ses
arrêts ? Ne fera-t-il pas justice par l'ou>-
bli & par le mépris de ce qui sera
pour lui déplaire ? De quel Sfoit de?
critiques prématurées entreprennent-elles,
de prévenir ses décisions de donner
un jugement 'particulier pour règle aux
autres ? A quel titre venir blesser notre
amour-propre devant tant de spectateurs ?
Pourquoi nous punir d'avoir voulu
montrer du génie ? Quel est notre tort
Quel est notre crime ?
..Votre crime, leur répond-on, est un
(s)
A5
des plus grands qu'on puisse commettre,
f| est un des plus affreux dont on puisse
se plàindre. Vous déshonorez la Nation*
Et encore si vous étiez passifs dans vos
entreprises jittéraires si vos Ouvrages.
une fois jettés dans le pùblic vous atten-
diez en repos votre sort. Mais cette en-
vie, ou de plaire, ou devoir un nom, ou
de tirer quelque avantage d'une célébrité
dont vous voulez faire commerce, cette
envie vous fait faire mille intrigues^
mille cabales. Vous vous réunissez, vous
ameutez des prôneurs vous vous louan-'
gez, vous vous encensez les uns les au-
tres au nom de la république des lettres.
Vous cherchez à forcer l'opinion à vio-
lenter le public. Vous parvenez souvent
à faire une illusion qui est long-temps
à se dissiper & en cela vous n'êtes pas
moins funestes aux vrais talents que vous
repoussez, par vos menées, qu'à la gloire
nationale que l'approbation des choses
médiocres ne peut que compromettre &
(6)
Une critique'bien assaisonnée délivre
la littérature de ces négociants de gloirâ§
& de leurs trop complaisants protecteurs.
Ceux-ci finissent par avoir un peu honte
de leurs soins. Ils abandonnent leurs
grands hommes à leur médiocrité &
l'équilibre se rétablit dans les encoura-
gement0.
La critique a encore cela d'admira-
ble, à l'égard des personnes capables
de bien faire mais dont les talents ne
sont point encore développés qu'elle
les empêche de se borner à leurs pre-
mières tentatives, & qu'elle les oblige
à réunir tous leurs 'effors pour se porte
au point de perfedion qu'ils sont capa-
bles d'atteindre, y
« Au Cid persécuté Cinna dut sa naissance
« Et peut-être ta plume aux censeurs de* Pirrhus
» Doit les plus nobles traits dont tu peignis' Bùfrhiis»
disoit avec tant de profondeur Boileau
à notre inappréciable Racine. Et Bouleau
lui-même avoue qu'il devoit aux cri-
(7)
A4
tiques, quelques perfe&ions de plus,
quand il s'écrioit »
Et plus en criminel ils veulent m'ériger
Plus croissant en vertus je cherche à' me venger.
Tel est l'effet de la critique sur les
âmes grandes qui se sentent capables
de prévaloir sur ses clameurs. La médio-
crité en est atterrée sans retour la supé-
riorité en acquiert plus de supériorité.
La médiocrité se débat contre la criti-
que avec une impuissance qui ajoute
ses ridicules la supériorité s'appuie sur
la critique pour s'élancer aux plus su-
blimes 'hauteurs du génie.
La critique enfin sert à ramener à l'é-
galité-les puissances qui voudroient pri-
mer dans la république des lettres par
une autorité autre que celle du mérite.,
Elle dépouille les Ecrivains en place de
toutes leurs dignités & les livre nuds
aux regards dédaigneux de la postérité.
Toutes les considérations personnelles
toutes les relations de puissance, d'in-
trigut; de grandeur s'anéantissent de;-
vant les peuples & devant les siècles.
Il ne reste plus rien qui frappe sous cet
immense rapport, qué la vérité-, le gé-
nie, & les vertus. Une généreuse criti-
que ne respecte que cela. Tant pis pour
les Grands qui ayant d'ailleurs de quoi:
se faire honorer, veulent ravir par de
fausses apparences la gloire du génie.
ta critique leur fait perdre beaucoup
de leur propre élévation, en les repous
sant des grandeurs littéraires auxquelles
ils osent aspirer sans titre.
Quoique la] critique soit toujours bonne
& utile, quand elle est juste & bien
exprimée, & qu'on la reçoive bien de
tout Ecrivain quand on lui trouve la
justesse & l'heureuse expression, elle ac-
quiert encore un nouveau prix, quand
elle part d'Auteurs qui ont bien mérité)
du public par des Ouvrages d'un autre
genre. Rien n'éclaire & ne réjouit da-
vantage que la critique de' Boileau, parce
qu'en- décélant l'abus de l'art chez les
autres il en montre la perfection chez
lui* Racine avoit une critique très-vive
dans la conversation, & il a laissé quel-
ques épigrammes immortelles. Voltaire
& Piron ont fait des Pièces critiques
qui ont été reçues avec transport &
qui ont fixé les jugements de leur siè-
cle.^ Il appartient aux maîtres de l'art
de, décider sur les ouvrages de l'art.
Desfontaines & Fréron quoique bons
critiques lorsqu'ils n'étoient pas passion-
nés, n'ayant point eu l'avantage de pré-
senter au public quelque chose d'esti-
mable d'ailleurs, n'ont été qu'agréés sans
inspirer une estime durable. M. Palissot,
plus pw>du£tif a donné, il y a vingt,ans .9
une châsse utile à tous les corsaires qui
ravageaient alors la république des let-
tres; Mais sa Dunciade ne remplit-point
encore l'idée qu'on se forme d'une bonne
critique. Sa manière a- paru petite, sou-
vent crue^ sèche & tirée. Sa comédie
des Philosophes, l'Ouvrage le plus plein
que ,:rtôus ayons eu depuis Molière,. sera--
(10)
ble n'être aussi bonne que pour laisser
désirer semble ne réunir beaucoup
de qualités que pour faire àppercevoir
plus fortement. celles qui lui manquent.
Elle détruit.aussi trop on ne voit point
à quel terme s'arrête sa désapprobation
elle ne donne pas un point fixe à la-
raison qu'elle défend. Enfin on déiste
d'y voir les plus forts traits de satyre
porter sur Jean-Jacques Rousseau cet
homme rare & intéressant qui a été
l'ornement de notre siècle, dont les er-
reurs n'ont été que celles de la simpli-
cité,,qui étoit malheureux par les autres
& malheureux par lui, & que tout homme
sensible n'osera jamais condamner que
l'encensoir à la main..
Depuis que M. Palissot garde le si-
lence on n'ayoit pas vu de! critique
d'une certaine ibrqe-, & tout redevenoit.
confus dans la littérature, lorsque votre
petit Almanach de nos Grands-Hommes
a paru. Cette manière neuve de tourner
une critique s'est fait avantageusement
(Il-)
remarquer.. Tout s'est ému tout des
agité protégés, protecteurs les'inté-
ressés, les indifférents tous ont voulu
contempler la déconfiture que vous avez
si courageusement faite de tant d'amour-
propres blessés, tués ou mis en fuite,
d'une manière toujours la même, &
prouvant ,.toujours inattendue. Il n'y a
personne qui n'ait voulu voir expirer
dans les airs tous ces fils chéris de la
terre que vous avez aidés à s'élancer
avec éclat dans le néant où ils aspi-
roient à la vérité trop imprudemment.
Connu par d'heureux essais dans la
république des lettres c'est à vous'
Monsieur, qu'il appartient de chasser'
les marchands de célébrité du temple de
mémoire. Qu'ils aillent exercer leur en-
tregent dans les afl'aires ou dans les mâ-
nufa8ures. C'est-là que tous les gains
particuliers peuvent, tourner à l'avantage
du public. Mais qu'ils abandonnent au
génie ce qui n'appartient qu'au génie
& qu'ils apprennent avec home que
tir)
tous les succès littéraires qu'ils: se pro-
curent par leurs intrigues, ,ne sont pren
pres qu'à avilir leur siècle., & à leur
faire payer un succès d'un moment par
une trop durable- ignominie.
r Vous seul, Monsieur, pouvez aujourr
d'hui rappeler ces importantes vérités,
faire sentir. à tous ces enfants perdus de
la littérature, combien leur vaine gloire
les égare & en les dégoûtant de leurs
inutiles efforts, les remettre dans les rou-
tes plus aisées de la fortune.
Vous êtes plus..que personne, fait
pour leur persuader qu'il ne suffit point
de savoir construire une phrase correc-
tement pour être Auteur, qut'il faut en-
core., ou dire des choses neuves d'une
manière intéressante ou redire les an-
ciennes choses d'une mànière si neuve,
qu'elles en prennent un nouvel attrait,
& semblent paraître pour la première
fois,
Vous êtes,, .de tous les Ecrivains le
plus en état de prouver que l'extrav»-