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Lettre de Mr C**** à Mme B****, sur le Magnétisme animal

36 pages
I. G. Dentu, imp.-lib. (Paris). 1813. Vol. in-8° ([...] IV et 28 pag.).
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r > V
LETTRE
DE W C**** A Mus B**'**..
On trouve chez le même Libraire :
RECHERCHES , Expériences et Observations physiologiques sur l'hom-
me dans l'état de somnambulisme naturel, et dans le somnambulisme
provoqué par l'acte magnétique; par M. de Puységur, i vol. in-8.
MÉMOIRES pour servir à l'histoire et à l'établissement du magnétisme
animal, par le nzême; deuxième édition, i vol. in-8.
DU MAGNÉTISME ANIMAL, considéré dans ses rapports avec
diverses branches de la physique générale, par le même ; i v. in-8.
APPEL aux savans observateurs du 19e siècle, de la décision portée par
leurs prédécesseurs contre le magnétisme anillllal, par le même; in 8.
Cet ouvrage renferme celui publié sous ce titre : Les fous, les insensés, les
manioques ne., seraient-ils que des somnambules rfésorcfonllés? et la Continuation
du Traitement"du'jeune Hébert. - Les personnes qui ont eu les deux premiers
cahiers peuvent se procurer le"3«.
CES OUVRAGES SE TROUVENT AUSSI AU DEPoT
DE MA LIBRAIRIE,
Palais-Royal, galeries de bois, n08 265 et 266.
Nota. Les personnes qui désireront le Catalogue général de ma Librairie;
pourront en faire la demande, il leur sera envoyé gratis.
LETTRE
DE Mil C**** A MME B****,
SUR
LE MAGNÉTISME ANIMAL.
Honni soit qui mal y pense.
PARIS,
J. G. DENTU, IMPRIMEUR-LIBRAIRE"j
Rue du Pont de Lodi, ne 3, près le Pont-Neuf.
1813.
PREF A CE.
LEs partisans du Magnétisme croient
qu'il existe un fluide particulier qui
remplit l'espace, et obéit à la volonté.
Ils lui attribuent des guérisons su-
bites , et des effets encore plus sur pre-
nans, entr'autres un somnambulisme
dirigé, dans lequel les malades de-
viennent lucides , c'est-à-dire voient
leur organisation intérieure , se pres-
crivent un régime, des remèdes, et
se révèlent à eux-mêmes la cause et
la fin de leurs maux.
Les auteurs en citent quelques-uns
qui seraient supposés avoir porté leurs
regards à de vastes distances, et jusque
ii PRÉFACE.
dans l'avenir. Une bonne somnam-
bule ( 1 ) ne doit agir, dans son sommeil,
que par son magnétiseur, ou le subs-
titut de ce dernier, qui a la faculté de
transmettre ses pouvoirs ; n'entendre
que lui, pénétrer ses pensées, suivre
sa volonté , et même éprouver ses
impressions, comme si l'un et l'autre
ne faisaient qu'un individu en deux
personnes.
On magnétise aussi des alimens ;
et des gens pleins de foi, ont assuré
qu'ils étaient susceptibles de changer
de couleur et de goût. Le Magnétis-
me s'exerce, après s'être mis en rap-
port avec l'objet auquel on veut l'ap-
(i) Nous emploierons généralement le mot de som-
nambule au féminin, en ce que ce sont principalement
des femmes qui présentent ce phénomène.
PRÉFACE/. III
pliquer , ce qui s'exécute - à l'aide
d'un premier contact, suivi dé pro-
cédés manuels plus ou moins pro-
longés. Mais des, novateurs soutien-
nent qu'on doit employer le fluide
sans le secours d'aucune espèce dé
mouvement, pourvu que. l'intention
ait soin de le diriger au but, ce qu'elle
peut faire dans un certain éloigne-
ment, et même de la France à l'é-
tran ger.
Enfin, quelques imaginations ar-
dentes en ont déduit que les facultés
des somnambules expliquaient suffi-
samment les oracles des Sybilles ; que,
dans cet état, l'ame un peu débar-f
rassée du corps, avait dû nécessaire-
ment montrer plus d'esprit qu'en tra-
vaillant avec son lourd associé 2 et
IV PRÉFACE.
pouvait s'être mêlée de prédictions ;
que les récits fabuleux de l'histoire
ancienne , et les nombreux miracles
rapportés par les sectes religieuses,
devaient maintenant être admis et
imités, n'étant que des effets très-
simples de la substance magnétique,
répandue dans tout l'univers.
LETTRE
DE M* C**** A MMB B****.
^Ïàdamï, vous désirez connaître ce que
c'est que ce magnétisme dont on parle tant
et que l'on comprend si peu. Vous remar-
querè7I d'abord que c'est l'opinioff à la mode',
,et ce mot expliquedéjà une partie de son effet
Sar les fêtés parisiennes ; cependant, comme
on stesure qu'il agit efieoTe sur le reste du
corps, je répondrai à toutes vos questions ;
je suis parfaitement en ms-dre. Celui à qui
on demande ce qu'il- ignore, ne saufaitnous
en instruire; celui à qui oit demande ce qu'il
sf su jadis, en a toujours oùblié quelque chose;
et p-uîs lat marche des connaissances humai-
nes est à présent si rapide, si variable, que,
dès qu'on est resté en arrière, il n'est plus
permis de reprendre son rang. Celui, au
contraire, à qui on demande ce qu'il apprend
au moment même, nous transmet fidèlement
les leçons qu'on lui donne; il se rend l'écho
du maître etrdevient une espèce de miroir
( 2 )
scientifique qui reçoit et réfléchit la lumière,
si toutefois il se borne à cette mission, et ne
cherche pas à substituer la vanité du disci-
ple au savoir du professeur. Je n'ai point ce
travers; je serai exact, ce qui est une qua-
lité rare dans un écrivain ; mais je serai pro-
lixe, défaut à coup sûr plus commun. J'aurai
été initié dans les mystères par l'un des grands
prêtres du temple; et comme j'ai presque
autant de plaisir à vous écrire que j'en ai à
vous lire, il n'y a pas d'apparence que je me
décide à vous faire grâce de la moindre par-
ticularité. C'est votre faute aussi: vous avez
été curieuse, vous en serez punie. Cependant
je ne suis qu'entré en scène, et c'est le ha-
sard-qui m'y a conduit.
Je me trouvai, la semaine dernière, chez
une dame qui passe sa vie dans le tourbillon
du grand monde ; elle s'y est constamment
distinguée par ces fantaisies de nouveautés,
par ces caprices de circonstance qui, dans
les habillemens, les manières, les usages, le
style, constituent parmi nous ce qu'on ap-
pelle la nuance privilégiée, le genre par ex-
cellence, et n'avait pas manqué de s'illustrer
dans la botanique et la chimie, aux époques
où la bonne compagnie reconnaissait quune
( 3 )
jolie femme devait orner la vivacité de son
esprit, de l'agrément de ces sciences, pour
assurer le triomphe de la galanterie fran-
çaise. Aujourd'hui une merveilleuse songe
très-sérieusement à se bien pénétrer de la
vertu magnétique, à se mettre habilement en
rapport avec son magnétiseur : vous présu-
mez que la mienne n'avait pas négligé les
expériences. Justement il s'en préparait une
nouvelle qui devait réunir à son hôtel tous
les coryphées de la secte et tous les phéno-
mènes de l'art. Elle s'empressa de m'y invi-
ter, et moi de m'y rendre, en me disant : Je
n'aurai donc plus à rougir, dans les conver-
sations du jour, de mon ignorance ou de
mon apathie ; je serai admis au cercle philo-
sophique de madame Derval, c'est assez
pour me donner une sorte d'importance. Il
ne me faudra plus qu'user du secret de plu-
sieurs grands génies aussi savans que moi ;
quand il sera question du magnétisme, j'af-
fecterai un isolement présomptueux : en évi-
tant de m'engager dans la discussion , je tâ-
cherai d'y lancer par intervalle quelques
sentences détachées, quelques calembourgs
saillans ; sur les interpellations , un signe
équivoque fait d'un air bien suffisant, un je
(4)
le savais, prononcé d'un ton bien capable,
feront croire que si j'évite de parler, je me
réserve d'écrire ; on me prendra pour un
o bservateur, et je me fais bientôt une repu-1
tation. 1
A l'heure indiquée on s'était réuni : la so-
ciété devint nombreuse. Je vois une bril-
lante jeunesse qui se dispose. — A se livrer
aux exercices de la danse, sans doute ?— Vous
n:'y êtes pas ; elle se ménage des plaisirs
moins brnyans. Des personnes des deux
sexes qui s'approchent. — Pour se dire un
mot à l'oreille, peut-être ? -Vous ne devine-
riez point; pour s'endormir en se regardant.
Vous en riez ; c'est pourtant vrai. Je ctois le*
croire, ou ne pas m'en croire moi-même.
Au reste, c'est bien tout au plus si je me*
conserve ce degré de confiance ; j'ai va tant
de prodiges ou d'illusions, que je ne sais plus
qu'en penser. Je sors d'avec ma troupe de
rêveurs ; ils auraient pu me faire rêver aussi,
et vous n'en douterez nullement quand je
vous dirai qu'il ne tenait qu'à vous de vous
én assurer. Oui, vous pouviez fort bien nous
observer, malgré les vingt lieues qui nous
séparent ; on voit très - distinctement les
objets à travers quelques douzaines de mu-
( 5 )
railles; il ne faut qu'un peu de magnétisme
pour les rendre transparentes comme du
cristal.
J'avais salué la maîtresse de la maison, qui
s'était inclinée poliment, mais sans me re-
garder, sans même cesser de fermer les yeux.
Jugeant à la fin que c'était indisposition, je
regrettais de ne pas voir cet ornement des
belles, cet organe du sentiment, embellir
ses traits, animer ses expressions, quand on
m'apprit qu'elle était occupée à les ouvrir
intérieurement sur certain abcès qu'elle avait
dans la tête, et dont elle faisait tous les soirs
un examen et une description soignés, indi-
quant avec la plus scrupuleuse exactitude sa
forme, sa couleur et sa réduction, fruit du
traitement qu'elle s'était prescrit. A cette ré-
ponse, j'imaginai qu'on se moquait de moi,
et je fixai mon homme, qui, croyant à son
tour que je voulais le magnétiser, me répartit
froidement: Monsieur, vous n'y réussirez
pas; je suis très-difficile. Et moi aussi, ré-
pliquai-je, je le suis pour les mauvais plai-
sans. — Et qui songe à faire des plaisante-
ries, quand Madame est dans le sommeil ma-
gnétique ? Mais chut ! laissez-la pénétrer et
,suivre la pensée de son magnétiseur. Je crois
(6)
qu'il l'appelle à lui. Comme elle l'entend!
c'est admirable ! voilà l'attraction des esprits.
Effectivement elle se leva, changea de siège ;
leur entretien fut suivi à demi-voix, la com-
munication devint intime. En même temps ,t
un homme de moyen âge promenait dans
l'enceinte une petite tête en émail, qu'il avait
à l'extrémité de sa canne, et dont l'influence
était aussi extraordinaire, aussi prompte que
celle de la tête de Méduse. A son approchel
la conversation s'éteignait, les paupières s'a-
baissaient, et, en achevant sa tournée, le
petit spectre se trouva avoir consommé l'en-
chantement. A,la vue de tant de jolis minois
plongés dans un assoupissement profonde
au milieu d'un silence si universel, gardé par.
un grand nombre de femmes aimables, je ne
pus me refuser à croire qu'il n'y eût quelque
chose de surnaturel ; il me semblait être à
un nouveau salon de Curtius, où l'imitation
de la nature avait acquis une entière vérité,
ou à une dernière représentation de la Belle
au bois dormant, d'une exécution parfaite^
Près de moi tout était calme et immobile,]
jusqu'à la mort qui reposait sous l'habit d'un
médecin.
Trois de nos beautés, cachées dans une