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LETTRE
DU SUPERIEUR
DE LA MAISON PROFESSE
DE MONTROUGE
AU R. P. ROOTHAM,
GÉNÉRAL DE LA COMPAGNIE DE JESUS, A ROME .
AU SUJET
DES ÉVENEMENS QUI ONT EU LIEU A PARIS PENDANT LES
MÉMORABLES JOURNEES DES 27, 28 ET 29 JUILLET 1830.
PRIX : 50 CENTIMES.
PARIS ,
TERRY, LIBRAIRE, PALAIS-ROYAL,
EX CHEZ LES MARCHANDS DE NOUVEAUTÉS.
1830.
A la même adresse :
LA LIBERTÉ RECONQUISE, ou Histoire détaillée de la révo-
lution de juillet 1830. I vol. in-18. 1 fr. 50 c.
IMPRIMERIE DE COSSON.
LETTRE
DU SUPÉRIEUR
DE LA MAISON PROFESSE
DE MONTROUGE
AU R. P. ROOTHAM,
GÉNÉRAL DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS, A ROME.
UN courrier expédié de Paris a été arrêté à la bar-
Hère de Fontainebleau, le dimanche Ier août, avec
un passe-port pour Nice. Il a dit qu'il avait ordre de
s'embarquer en cette ville et de se rendre directe-
ment à Rome, ou, s'il ne pouvait se servir de la voie
de mer, d'entrer en Italie par celle de terre, et de se
rendre à grandes journées à sa destination. Parmi
les dépêches saisies sur lui se trouvait la lettre sui-
vante , dont on nous a donné connaissance, et qu'on
nous autorise à publier. Elle nous a paru assez cu-
rieuse. On y verra quel jugement la compagnie de
Jésus porte sur les événemens des 27, 28 et 29 juillet
dernier.
Mon révérend père,
Que la paix de notre seigneur Jésus-Christ soit
avec vous. Je vous écris le coeur brisé d'amertume et
les larmes aux yeux. Par quelles traverses le seigneur
éprouve ses élus! Quel coup de tonnerre vient de
frapper notre sainte compagnie ! Trois jours d'orage
ont anéanti le fruit de vingt ans de travaux. Que le
ciel en soit béni! puisse tout ce qui vient d'arriver
tourner à la plus grande gloire de Dieu !
Vous sayez, mon révérend père, combien il fallut
à notre institut de ruses pieuses et de mensonges
religieux pour s'introduire en France, dont nous re-
poussaient des arrêts des parlemens, et plus encore
l'opinion publique et les déclamations des philo-
sophes. A peine notre compagnie fut-elle rétablie par
le pape Pie VII, de sainte et glorieuse mémoire, que
plusieurs dp nos pères se glissèrent sous le nom de
pocanaristes dans les provinces françaises. A la tête
des affaires publiques se trouvait alors un homme
qui avait l'oeil partout. Il nous aperçut, nous recon-
nut, nous chassa. Forcés d'errer autour des frontières,
nous regardâmes pendant plusieurs années, avec
douleur et envie, ce beau royaume de France, dans
lequel nous avions possédé si long-temps de riches
maisons et un pouvoir formidable. Nous nous rap-
pelions les beaux jours où notre compagnie, maîtresse
de la conscience des rois, imposait à Louis XIV dé-
chu la révocation de l'édit de Nantes, l'exil de trois
cent mille familles industrieuses et riches, la destruc-
(5)
tion de Port-Royal et la dispersion des hommes pieux
et savans qui l'habitaient et qui avaient eu l'impru-
dence de tirer l'épée contre nous. Nous nous l'appe-
lions notre splendeur, notre gloire, et pleurions en
pensant à la France.
La chute de l'homme qui fut quinze ans pour le
clergé gallican un nouveau Cyrus suscité pour le
salut d'Israël, la restauration du trône de saint
Louis, comme on l'appela, firent naître dans nos
coeurs une prompte et flatteuse espérance. En effet,
quelle occasion plus belle pouvait s'offrir à nous ?
Les princes exilés rentraient entourés d'une foule
d'hommes étrangers à tout ce qui, pendant leur ab-
sence, s'était fait dans leur patrie, d'hommes qui ,
sur un sol lointain, n'avaient rien oublié ni rien ap-
pris, et qui, altérés de richesses, de pouvoir et de
vengeances, semblaient devoir accueillir avec em-
pressement des auxiliaires aussi dévoués que les mem-
bres de la compagnie de Jésus. Nous vînmes donc
nous offrir.
Malheureusement le prince régnant avait puisé
en Angleterre, sur les besoins du temps et des na-
tions, de fausses idées que l'étude et la réflexion
avaient réduites chez lui en principes fixes et ar-
rêtés. Il s'imagina que le gouvernement absolu n'é-
tait plus de mise auprès d'un peuple qui connaissait
ses droits et était décidé à les défendre. Il fit une
transaction avec les idées nouvelles, garantit les in-
térêts nés en son absence et publia enfin son exé-
crable Charte.
Sous un régime légal que pouvions-nous faire ?
Conspirer; c'est de quoi nous nous occupâmes pieu-