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Lettre royale sur les ouvriers. (Signé : Henri [20 avril 1865])

11 pages
imp. de Bourgeois (Nantes). 1865. France (1852-1870, Second Empire). In 24 Pièce.
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LETTRE ROYALE
SUR
LES OUVRIERS
NANTES
IMPRIMERIE BOURGEOIS
Eue Saint-Clément, 57.
LETTRE ROYALE
SUR
LES OUVRIERS
« 20 avril 1865.
» L'opinion publique a le pressentiment
» d'une crise prochaine. Les ouvriers le parta-
» gent, et l'expression de leurs voeux après
» l'Exposition de Londres suffit pour nous en
» convaincre.
» Il m'a donc semblé que le moment était
» venu de leur montrer que nous nous oc-
» cupons de leurs intérêts, que nous connais-
» sons leurs besoins et que nous avons à
» coeur d'améliorer, autant qu'il est en nous,
» leur situation.
» En conséquence, j'ai pensé qu'il était
- 4 —
» utile d'appeler l'attention et la sollicitude de
» nos amis sur cette gravé question. Essayons
» ici, après avoir signalé le mal, d'en indi-
» quer le remède.
» 1° La Royauté a toujours été la patronne
» des classes ouvrières. Les Etablissements
» de Saint-Louis, les Règlements des mé-
» tiers, le système des corporations en sont
» des preuves manifestes. C'est sous cette
» égide que l'industrie française a grandi,
» et qu'elle est parvenue à un degré de pros-
» périté et de juste renommée qui, en 1789,
» ne l'a laissée inférieure à aucune autre.
» Qu'avec le temps et à la longue, les ins-
» titutions aient dégénéré ; que des abus s'y
» soient introduits, c'est ce que personne ne
" conteste.
» Louis XVI, un de nos rois qui ont le plus
» aimé le peuple, avait porté ses vues sur les
» améliorations nécessaires ; mais les écono-
» mistes qu'il consulta servirent mal ses pa-
» ternelles intentions et tous leurs plans
» échouèrent. L'Assemblée constituante ne se
» contenta pas, ainsi que l'avaient demandé
» les Cahiers, de donner plus de liberté à l'in-
» dustrie, au commerce et au travail ; elle ren-
— 5 —
» versa toutes les barrières, et, au lieu de dé-
» gager les associations des entraves qui les
» gênaient, elle prohiba jusqu'au droit de réu-
» nion et à la faculté de concert et d'entente.
» Les jurandes et les maîtrises disparurent ;
» la liberté du travail fut proclamée ; mais la
» liberté d'association fut détruite du même
» coup. De là cet individualisme dont l'ou-
» vrier est encore aujourd'hui la victime. Con-
» damné à être seul, la loi le frappe s'il veut
» s'entendre avec ses compagnons, s'il veut
« former pour se défendre, pour se protéger,
» pour se faire représenter, une de ces unions
» qui sont de droit naturel, que commande la
» force des choses, et que la société devrait
» encourager en les réglant.
» Aussi cet isolement contre nature n'a pu
» durer : malgré les lois, des associations,
» des compagnonages, des corporations se
» sont ou rétablies ou maintenues. On les a
» poursuivies, on n'a pu les anéantir. On n'a
» réussi qu'à les forcer de se réfugier dans
» l'ombre du mystère, et l'individualisme pros-
» crit a produit les sociétés secrètes, double
» péril dont soixante ans d'expérience ont ré-
» vélé toute l'étendue.