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Lettre sur la censure des journaux et sur les censeurs, ou Extraits d'une correspondance inédite relative aux affaires du temps, par Évariste Dumoulin

De
99 pages
Baudouin frères (Paris). 1820. In-8° , 100 p..
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LETTRE.
SDR
LA CENSURE DES JOURNAUX
ET SUR LES CENSEURS ;
ou
EXTRAITS D'UNE CORRESPONDANCE INÉDITE,
RELATIVE AUX AFFAIRES DU TEMPS.
PAR ÉVARISTE DUMOULIN.
La liberté de la presse est un flambeau qui
éclaire en même temps les gouvernemens et
les peuples.
(LOUIS XVIII.)
PARIS.
BAUDOUIN FRÈRES, IMPRIMEURS-LIBRAIRES,
RUE DE VAUGIRARD, N° 36.
LADVOCAT, PALAIS-ROYAL, GALERIE DE BOIS.
MONGIE, BOULEVARD POISSONNIÈRE, N° 18.
NOVEMBRE 1820.
LETTRE
SUR
LA CENSURE DES JOURNAUX
ET SUR LES CENSEURS.
PREMIÈRE PARTIE.
ELOIGNÉ de Paris, étranger aux intrigues des
partis, aux manoeuvres des factions, vous me de-
mandez des détails sur la manière dont les cen-
seurs de journaux exercent les fonctions qui leur
sont attribuées par la loi. Vous croyez, et vous avez
raison de croire, que, lorsque les journaux ne sont
pas libres, la presse est esclave, et vous voulez
savoir jusqu'à quel point elle est aujourd'hui en-
chaînée. Je vais essayer de vous satisfaire.
Vous n'avez point oublié qu'en rétablissant la
censure provisoire des journaux, un ministre du
Roi promit solennellement à la France que le respect
de la Charte, du Roi, de la morale, de la religion et
des personnes, était le seul but que le gouverne-
(4)
ment voulût atteindre, en soumettant de nouveau
les écrits périodiques à l'examen préalable d'une
commission censoriale. Vous vous rappelez en-
core que ce même ministre, lorsqu'il demanda aux
mandataires du peuple le Sacrifice momentané de
l'une des plus précieuses libertés de la nation, mit
une sorte d'empressement à déclarer que la discus-
sion des divers actes de l'autorité ne serait point
entravée ; que tous les citoyens conserveraient la
faculté d'exploiter le domaine de la politique, qui,
n'appartenant à aucun, est la propriété de tous;
qu'enfin, la publicité des faits utiles, essentiels à
connaître, n'éprouverait jamais aucun obstacle.
Vous n'avez pas oublié non plus qu'un autre
ministre employa, à la Chambre des pairs, un lan-
gage absolument contraire, et que, pour obtenir
les mêmes concessions que son Collègue, il fît des
promesses tout-à-fait différentes. Il ne promit ni la
tolérance des discussions politiques, ni la libre pu-
blication des nouvelles, ni le respect des choses et
des personnes.
L'un dit : La censure sera impartiale ; l'autre
répète : La censure sera partiale.
Malgré la retraite à laquelle vous vous êtes con-
damné, vous lisez attentivement les journaux, et
vous supposez qu au lieu de la censure qui nous
a été promise par M. Siméon, nous n'avons en
réalité que là censure qui nous à été annoncée par
M. Pasquier. Vous jugerez vous-même si vos con-
jectures sont fondées.
( 5 )
Sachez d'abord que la commission de censure
tient ses assises à huis clos; que ses arrêts sont dé-
finitifs; qu'elle les prononce hors de la présence des
parties intéressées, et que, plus redoutable encore
que le tribunal de la sainte Inquisition, elle a banni
les accusés de la présence de leurs juges. C'est sans
instruction, sans défense, sans précision de délits,
et même sans pouvoir être entendu ni directement
ni indirectement, que vous êtes accusé, jugé, con-
damné, exécuté.
Afin de vous mettre à portée d'apprécier les
secrets arrêts de la censure, je vais placer sous vos
yeux quelques-unes de ses decisions suprêmes. Elles
sont suprêmes ;en effet ; car l'institution d'une com-
mission de surveillance des douze commissaires
censoriaux est tellement illusoire, que les journa-
listes ignorent jusqu'aux lieux où siège cette autre
commission. Pour apprécier les jugemens des pre-
miers juges, elle attend qu'on les lui défère, mais
comme une nouvelle instruction entraînerait iné-
vitablement des délais qui mettraient la procédure
au néant, je ne sache pas que personne se soit avisé
d'y recourir.
Les journaux n'ont que quelques heures d'exis-
tence : les nouvelles du soir n'ont de prix que pour
le lendemain ;. un retard de vingt-quatre heures
leur ôte, pour la plupart, tout l'intérêt qu'elles peu-
vent avoir; aujourd'hui elles sont interdites par les
censeurs, demain elles seront usées, et, seulement
pour la forme, la commission de surveillance se réunit.
(6)
à peine deux fois par mois. Elle ne présente donc au-
cune utilité, elle n'offre aucune ressource. Alors
même qu'elle serait disposée, comme je le crois, à
réparer les abus, à casser les décisions iniques, elle
a été organisée sur de telles bases, que l'inoppor-
tunité des arrêts qu'ellepourrait prononcer la rend
tout-à-fait inhabile à réparer les erreurs des pre-
miers juges.
Je me hâte d'arriver aux faits.
Lorsqu'on est agité de sentimens divers, le plus
pénible est celui-là surtout qu'on éprouve le besoin
d'exprimer. Je commence donc par vous parler
de l'affaire du jeune Lallemand, cette première
victime des troublesdu mois de juin , et qui, le 3,
fut tué sous les fenêtres du Roi par un soldat de la
garde royale. L'article que vous allez lire devait pa-
raître dans le Constitutionnel.
« Aujourd'hui samedi, 28 octobre, le deuxième
conseil de guerre s'est assemblé sous la présidence
de M. Lacombe , colonel d'artillerie de la garde,
et a fait comparaître devant lui Charles Imbert,
soldat au cinquième régiment d'infanterie de la
garde royale, comme prévenu d'homicide Volon-
taire sur la personne du jeune Lallemand, étudiant
en droit, dans la journée du 3 juin dernier. :
» Dès l'ouverture de l'audience , les avocats de
la partie civile, MM. Barthe et Lavaux, deman-
dent à faire une observation. M. Lallemand père
ri a été cité, disent-ils, qu'hier soir à sept heures,
et n'a pas pu préparer ses moyens pour soutenir la
(7)
plainte. Les avocats eux-mêmes n'ont, eu -Communi-
cation des, pièces du procès que pendant un quart
d'heure, il y a plus de six semaines. De plus, un
très-petit nombre seulement des témoins précédem-
ment entendus se trouvent aujourd'hui assignés par
M. le rapporteur, et il serait juste et convenable
d'obtenir un délai pour les faire citer.
» Après un court débat, le conseil ordonne qu'il
sera procédé sur-le-champ au jugement, attendu
que la présencede la partie civile peut bien-être
tolérée, mais qu'elle n'a pas le droit de faire de ré-
quisition de ce genre.
" Lecture faite des pièces, on procède à l'audi-
tion des témoins, au nombre de treize, dont sept
militaires, qui s'accordent à soutenir que le jeune
Lallemand- a proféré le cri de Vive l'empereur !
Aucun des témoins civils ne dépose de ce fait.
» M. Vitti, rapporteur, présente son réquisitoire,
et conclut au rejet de la plainte.
» M. Lauvaux se lève aussitôt pour la soutenir au
nom de la partie civile.
» M. le commissaire du roi, Salgues , s'y op-
pose, et il est appuyé par M. le rapporteur et par
Me Couture, avocat, défenseur du prévenu.
» Le conseil délibère sur la question de savoir si
les avocats de la partie civile seront entendus et
prononce la négative.
" M. le président demande alors à M. Lalle-
mand père s'il a quelques observations à ajouter à
la plainte. Celui-ci répond qu'il ne peut rien dire
(8)
que par l'organe de ses conseils. Les avocats et la
partie civile demandent la permission de se retirer,
et sortent immédiatement de là salle du conseil.
» Me Couture prononce sa plaidoirie. 11 fait
souvent l'éloge de la garde royale , dont il rappelle
que le Roi a approuvé, avec éloges, la conduite
pendant les troubles de juin, et il ajoute que le sang
du Malheureux Lallemand, que son père avait le
droit de regretter, à empêché l'effusion du sang
français en une bien plus grande quantité.
» Les débats sont ensuite fermés, et le conseil,
après un quart-d'heure de délibérations, décharge
le prévenu Imbéft de là plainte portée contre lui,
et ordonne qu'il doit renvoyé à son corps pour y1
Continuer son service. »
Ces faits sont matériellement vrais ; on a eu soin,
même, dans ce court récit , de supprimer quelques
circonstances particulières qui Sauraient pals été
omises, s'il était permis aux journaux de dire toute
la vérité; mais la censure n'a tenu aucun compte
de la réserve du rédacteur; elle a impitoyablement
supprimé tous les passages imprimés en caractères
italiques.
M. Lallemand père , dont cette circonstance a
renouvelé là profonde affliction, a cru pouvoir ré-
clamer contre l'insuffisance dé l'article du Consti-
tutionnel, dans lequel on a annonce que l'homme
qui avait tué son fils avait été acquitté. Sa lettre a
eu le sort des passages soulignés. La voici ;
(9)
A M. le Rédacteur du Constitutionnel.
« Monsieur,
» Vous avez annoncé dans votre journal d'au-
jourd'hui que le conseil de guêtre a acquitté le
soldat qui a donné la mort à mon fils; mais il est
des détails qu'il m'importe de faire connaître. J'ai
fait tout ce qui dépendait de moi pour obtenir
justice , et l'on doit en être instruit.
» Mon fils fut tué le 3 juin; et quelque temps
après, lorsqu'il me fut permis de connaître le nom
du meurtrier , je portai ma première plainte de*
vaut M. le procureur du Roi. Une instruction eut
lieu, et Imbert fut renvoyé devant le conseil de
guerre.
» Latine seconde plainte fut portée par moi. Plu-?
sieurs témoins, qu'on n'a pas entendus devant le
conseil, mais dont on a lu les dépositions à l'au-
dience , attestaient que le soldât Imbert, après
avoir tué mon fils, se rendit sur le lieu même où
il était tombé , ramassa froidement son parapluie ,
et l'emporta sous son bras. J'avais cru devoir
ajouter à ma première plainte que le soldat Im-
bert avait joint la spoliation au meurtre.
» M. Viotti, rapporteur, m'envoya chercher et
fit tous ses efforts pour me déterminer à me dé-
sister de ma plainte »
» Ses raisons n'étant pas faites pour aller jus-
qu'à mon coeur, j'insistai pour avoir justice.
( 10 )
» Plus de cinq mois s'étaient, écoulés depuis la
mort de mon fils, et je ne recevais aucune nou-
velle du conseil de guerre ; lorsque, le 27 octobre,
dans la nuit ,à sept heures du soir, je reçois l'ordre
de comparaître le lendemain 28, à neuf heures et
demie du matin.
» Je me hâtai de me rendre auprès de mes
avocats : ils se tinrent prêts pour m'accompagner
au conseil de guerre.
» Les pièces de la procédure ne leur avaient
pas, été communiquées (*), et sur plus de trente
témoins qui devaient être entendus à charge y/oa
n'en avait assigné que six.
» Je demandai un délai devant le conseil de
guerre, pour qu'il fût permis à mes conseils de
prendre communication des pièces, et d'assigner
les témoins absens. Le conseil de guerre m'a re-
fusé tout délai.
" Quelques témoins ont été entendus.
» Mes conseils ont voulu prendre: part aux dé-
bats : on s'y est opposé. Les camarades d'Imbert,
qui accusaient mon fils d'avoir proféré un cri sé-
ditieux, n'ont été; interpellés ni par le rapporteur
ni par mes avocats .
" Le rapporeur, M. Viotti, a déserté l'accu-
sation : il s'est prononcé pour l'accusé.
» Mes conseils ont alors voulu donner des dé-
veloppemens à ma plainte. Le capitaine faisant les
(*) A peine ont-ils eu un quart d'heure-pour les parcourir.
( 11)
fonctions de procureur du Roi, le commandant
rapporteur , l'avocat de l'accusé , s'y sont tous op-
posés. Le conseil de guerre, après délibération 9 a
cru devoir accueillir leur opposition.
» Après le discours du commandant rappor-
teur, qui a conclu en faveur de l'accusé, et la plai-
doierie de l'avocat de cet accusé, le conseil a délibéré
pendant quinze minutes. Le président a déclaré
avoir ainsi posé la question: Imbert est-il coupa-
ble ou non? Non , à l'unanimité : En conséquence,
Imbert est renvoyé à son régiment pour y conti-
nuer son service.
» Voilà ce qui s'est passé 9 voilà- comme justice
m'a été rendue : ma lettre ne contient que la vé-
rité , et cependant on m'annonce qu'il se pourrait
qu'un pouvoir s'opposât à sa publication.
» Tous ces faits me confondent : mon fils ! mon
fils ! je voudrais être près de toi. »
Signé, LALLEMAND.
Paris, ce 29 octobre 1820.
Quelles plaintes plus légitimes que
celles, d'un père qui a perdu son fils! La censure a
été sourde aux douleurs de M. Lallemand ; on lui
a interdit la ; triste consolation de les exprimer.
Après un pareil trait, toutes; réflexions seraient
Superflues.
Dans un article, révoltant à la fois par les accu-
sations qu'il contient et les calomnies qu'il essaie
( 12)
de propagea, le journal ministériel ose-t-il com-
parer le général Tarayre, digne et noble man-
dataire du peuple, avec le conspirateur patricien que
Cicéron foudroya jadis de sa mâle éloquence ? il
n'est pas permis de répondre à cette insolente dia-
tribe. Le Constitutionnel n'en peut faire remar-
quer ni l'inconvenance, ni l'absurdité.
« Eh quoi ! on ne pourra demander l'exécution
franche et entière des droits consacrés par la
Charte, sans se trouver exposé à être assimilé à
Catilina ? On ne pourra demander les institutions
promises par la Charte ; on ne pourra signaler les
entraves apportées au régime complet de la Cons-
titution ; parler de la liberté et de l'égalité, quand
les premiers articles de la Charte les consacrent?
sans qu'on vienne nous dire que Catilina parlait
de la sorte? Si un monstre tel que Catilina vivait
de nos jours, ce n'est pas dans les rangs; des
militaires français qu'il faudrait le chercher ; il ne
trouverait pas uni complice parmi les hommes qui
furent les amis sincères de leur patrie, des libertés
publiques, quelques souffrances qu'ils aient éprou-
vées, de quelques dégoût qu'on les ait abreuvés.
Si Catilina pouvait trouver des complices , ce ne
pourrait être que parmi quelques séditieux qu'il se-
rait facile de désigner, et qui ont précisément les
moeurs, les principes et le langage de ses satellites. »
Après une attaque violente, après de misérables
injures, dont un député de la nation a été
l'objet dans une feuille aux gages du ministère ,
(13 )
voilà la réponse que la commission de censure n'a
pas permis de publier. Catilina conspirait contre
la liberté de Rome, le général Tarayre consacre
ses talens et son courage à la défense des libertés
de la France ; on ose établir entre eux un parallèle
à la fois ridicule et odieux, et il est défendu d'y
répondre. La censure ne semble-t-elle pas vou-
loir attribuer ainsi aux écrivains du ministère le
privilège, ou plutôt la honte de chercher à diffamer
impunément les plus honorables citoyens ?
Le lendemain du jour où cette note devait pa-
raître , il fut défendu au Constitutionnel d'insérer
ces trois lignes :
«.Le Journal de Paris réfute aujourd'hui les
passages que la commission de censure a supprimés
dans notre article d'hier, relatif au général Ta-
rayre. »
Voulez-vous une preuve évidente que la cen-
sure n'est guère plus ennemie de la contre-révo-
lution que M. de Corbières, lequel a dit à la tribune
que c'était la révolution et non la contre-révolution
qu'il redoutait ? Voici le paragraphe d'un article
sur un ouvrage de M. de Saint-Simon, qui a
été rayé :
« Toutefois, quelque excellentes que soient les
vues de M. de Saint-Simon, il est peut-être de meil-
leures mesures à prendre pour terminer la révolu-
( 14 )
tion , c'est de vouloir franchement empêcher la
contre-révolution. »
Le Roi a dit ; La Charte a. fermé l'abîme des
révolutions. Est-ce que la censure ne serait ni de
l'avis du Roi, ni de l'avis de la Charte ?
Le Journal des Débats a aussi la faculté de dire
ce qu'il veut, de propager ses principes, sans qu'il
soit permis de les réfuter ou de les combattre.
En voici la preuve.
" Si les arbitres des destinées de l'Europe éprou-
vent quelque embarras dans leur marche, s'ils ont
à lutter contre des obstacles parfois invincibles, si
leurs volontés éprouvent des résistances dont ils ne
sauraient triompher, c'est bien leur faute assuré-
ment. Que n'écoutent-ils, que ne suivent-ils sans
plus tarder les conseils désintéressés qui leur
sont journellement adressés par le congrès per-
manent du Journal des Débats? " Nous avons
indiqué, » disent les diplomates de la rue des
Prêtres, " le seul remède contre les maux qui
» menacent l'Europe. Ce remède n'est ni le pou-
» voir absolu, vain nom dans l'état actuel des lu-
» mières et des idées, ni la force physique, qui,
» dans un moment décisif, peut échapper à celui
» qui l'emploie, et même tourner contre lui ; en-
« core moins de PETITES mesures arbitraires qui
» irritent plus qu'elles n'effraient. L'unique re-
» mède est un ensemble d'institutions fortement
» conçues et calculées dans l'intérêt de la religion,
( 15 )
M de la propriété, des moeurs, de l'éducation des
" influences héréditaires et des associations per-
» manentes de tout ce qui constitue une véritable
» monarchie.))
" Ce remède unique a besoin d'explication, et nos
docteurs des Débats, imitant la réserve des anciens
oracles, ont négligé d'exprimer catégoriquement
leur pensée. Essayons de suppléer à leur réserve :
les petites mesures arbitraires étant superflues, il
est évident que de grandes mesures arbitraires sont
désormais indispensables ; il faut inévitablement
recourir, par exemple, aux mesures de vigueur
que la Quotidienne invoquait, il y a huit jours, ou
bien encore, pour en finir plus vite, aux moyens
extrêmes d'un noble député du côté droit.
» Cet ensemble d'institutions , qu'il faut se hâter
de mettre en pratique, exige, pour être bien com-
pris, une sorte de pénétration. Ne faudrait-il pas ,
par exemple, que les gouvernemens étrangers
s'entendissent, entre eux pour intervenir dans les
affaires particulières de ceux des Etats de l'Europe
qui s'avisent de vouloir être indépendans et libres?
Que la Russie ne se hâte-t-elle de dégarnir de
troupes, soit la Pologne, soit ses froutières du côté
de la Mer-Noire, pour envoyer deux ou trois cent
-mille hommes à Madrid, afin de dissoudre sans
plus tarder les cortès espagnoles? Pourquoi l'Au-
triche ne se hâterait-elle pas de dégarnir de sol-
dats la province de Galicie , ou plutôt d'aban-
donner à leurs propres inspirations les peuples
(16)
qu' elle gouverne dans la Haute-Italie, pour courir
à Naples pu en Sicile, afin d'y rétablir l'antique
édifice de la monarchie absolue qui vient de s'é-
crouler? Qui empêche que les Anglais fassent
trêve à leurs débats intérieurs, pour aller rétablir
en Portugal l'autorité de Lord Beresford ?
» Et la France, qui persiste dans ses voeux pour
une sage liberté, c'est-à-dire, pour la consolida-
tion des principes de la Charte? Oh! que les Prus-
siens courent aux armes, qu'ils laissent là les doc-
trines pernicieuses dont ils sont eux-mêmes infec-
tés , et qu'ils viennent en toute hâte réduire à la
raison ces factieux de nos provinces, qui persis-
tent à vouloir renoncer à la vieille dénomination
de Gaulois, pour conserver le beau titre de Fran-
çais. Mais pour châtier vingt-cinq millions de libé-
raux, assez séditieux pour vouloir être libres, assez
révolutionnaires pour demander le maintien des
institutions qui leur ont été garanties, ce n'est
point assez de quelques centaines de bataillons
prussiens : que les puissances européennes se coa-
lisent de nouveau; qu'elles viennent encore inon-
der de leurs troupes nos plus riches contrées;
qu'elles nous ramènent l'heureuse époque où il fal-
lait la signature d'un commandant étranger pour
sortir des barrières de Paris, et que nous puissions
enfin retrouver ce doux régime de 1815, qui nous
a laissé de si tendres et de si glorieux souvenirs ?
» N'est-ce pas ainsi que le Journal des Débats en-
tend l'ensemble d'institutions fortement conçues qu'il
( 17 )
propose aux puissances de l'Europe ? Mais ce n'est
pas tout encore : afin que cet ensemble d'institutions
soit « calculé dans l'intérêt de la religion, de la
propriété, des moeurs, de l'éducation (il n'est pas
question de la liberté), il faut des influences héré-
ditaires et des associations permanentes. " Des in-
fluences héréditaires! cela ne signifierait-il point
qu'il est indispensable d'accumuler dans un certain
nombre de familles antiques les emplois publics,
les administrations et les charges de la magistrature?
Mais non; de pareilles vues ne. sauraient entrer dans
l'esprit de messieurs des Débats; ils sont trop bons
royalistes pour avoir oublié que la Charte qui nous a
été donnée par le Roi a consacré ceprincipe : que tous,
les Français, sans exception aucune , « sont égale-
ment admissibles aux emplois civils et militaires (i). »
S'il en pouvait être autrement, les Débats ne sem-
bleraient-ils pas guidés aussi par le Fil d'Ariane,
qui a conduit M. de L à découvrir que dans
un an le fort derrière lequel les libéraux sont re-
tranchés n'existera plus?
" Des associations permanentes ! cela ne s'en-
tend-il point desa nciennes corporations pour les arts,
les métiers, l'éducation? Cela n'en revient-il pas
aux privilèges exclusifs que toutes les idées repous-
sent, et enfin à l'établissement d'une oligarchie, que
toutes les forces de l'Europe ne suffiraient pas pour
imposer à la France.
(I) Article 3 de la Charte constitutionnelle.
( 18)
» Mais que cette idée n'effraie personne : nous
sommes maintenant seuls chargés des soins de
nos propres affaires; et en dépit des homélies,
des exhortations du Journal des Débats, nous ne
verrons plus démentir ni en France, ni en Eu-
rope , ce vieux proverbe : Charbonnier est maître
chez lui. »
Certes, en supprimant ces observations, la cen-
sure n'a pas voulu empêcher qu'on réfutât , avec
le Journal des Débats, certains passages de l'ou-
vrage intitulé le Fil d'Ariane. Cette supposi-
tion ne saurait être admise, puisque M. de
Lourdoueix, auteur de ce pamphlet, est lui-même
censeur. La censure n'a pas pu vouloir empêcher non
plus qu'on citât un article de la Charte ; elle adopte
donc les voeux du Journal des Débats, en faveur
des influences héréditaires et des associations per-
manentes? Je l'ignore. Elle ne veut donc pas que
nous soyons maîtres chez nous ? Je n'en sais rien.
M. Benjamin Constant publie un écrit, dans le-
quel il exprime en ces termes les principes des
libéraux :
« Les libéraux demandent des choses fort sim-
ples : Que tout innocent puisse dormir en paix ;
que tout citoyen puisse manifester ses pensées,
sauf à en répondre ; que la plus intime des pro-
priétés de l'homme, sa croyance, ne soit pas me-
nacée du retour d'une intolérance, plus ou moins
adroitement déguisée ; que nul n'ait à redouter
(19)
l'arbitraire dans les agens du pouvoir, la partialité
dans les juges qui ne seraient pas ses juges naturels;
les vexations, les inégalités, l'insolence du privilège
dans la carrière où il doit être permis à chacun de
développer ses facultés, et d'en conquérir la ré-
compense. Ces demandes sont justes; elles sont
faciles à accorder. »
De ce que la censure a empêché de citer ce pas-
sage de l'écrit d'un député, il n'en faut pas déduire
qu'elle veuille empêcher les innocens de dormir
en paix ; qu'elle souhaite que les consciences ne
soient pas libres; qu'elle désire le retour de l'into-
lérance; qu'elle puisse vouloir que les citoyens
soient distraits des juges que la loi leur a donnés;
qu'elle fasse des voeux pour le retour de l'inso-
lence du privilège ; qu'elle s'oppose enfin à ce que
chacun développe les facultés qui lui sont propres.
Mais on peut en conclure, au moins, que les cen-
seurs ne veulent pas que les citoyens manifestent
leur pensée. S'ils ont été institués à cet effet, on
doit convenir qu'ils font des merveilles. Chaque
jour ils acquièrent de nouveaux droits à l'estime
et à la confiance de M. Pasquier.
Voulez-vous un nouvel exemple qui vous mette
à même de savoir si c'est en effet la censure
de M. Pasquier qui exerce dans sa latitude le
pouvoir censorial que ce ministre a promis à la
Chambre des pairs? Le voici : L'article suivant,
dans lequel règne un ton de sagesse et de mode-
(20)
ration que personne ne saurait contester, a été
tellement défiguré par la commission, qu'il n'a
pas été possible de l'insérer dans le Constitu-
tionnel :
« Dans je ne sais quel pays de l'antiquité, long-
temps tourmenté par des divisions intestines, arriva
un beau jour un jeune étranger qui cherchait à
s'instruire. Il venait étudier les moeurs, les lois, la
civilisation des peuples, la nature des institutions,
la situation intérieure des Etats. Il trouva celui-ci
partagé entre deux partis qui se combattaient avec
chaleur : l'un soutenait la constitution existante;
l'autre, attaché à de vieux souvenirs, rappelait par
ses voeux l'ancienne constitution du pays. Quiconque
savait se servir de la langue ou de la plume, parlait,
écrivait en faveur de la cause qu'il avait embrassée.
Le jeune voyageur, témoin de ces débats, resta
quelque temps indécis entre les deux opinions
opposées. Chacun attribuait à la sienne la justice,
la sagesse , la moralité; chacun soutenait ses prin-
cipes par des argumens plus ou moins plausibles.
Toutefois, s'il n'eût fallu que comparer les raisons,
peut-être l'hésitation de notre observateur n'eût-
elle pas été de longue durée : il eût réfléchi, et jugé
par lui-même. Mais de part et d'autre, on alléguait
des faits, et ces faits étaient contradictoires; ceux
mêmes dont le fond était avéré étaient diversement
interprêtés et revêtus de circonstances différentes :
on se supposait réciproquement desarrières-pensées,
et la valeur de ces suppositions dépendait de l'ap-
(21.)
prédation des faits sur lesquels on n'était point
d'accord. Toujours incertain et cherchant enfin à se
décider, l'étranger crut devoir consulterun vieillard
renommé pour ses vertus et sa sagesse. Depuis trente
ans, cet homme vénérable, retiré du monde, étran-
ger à tous les partis, faisait des voeux pour le bon-
heur de sa patrie, méditait sur ses destinées, et
donnait quelquefois, mais seulement quand on les
lui demandait, des conseils rarement suivis, quoique
bons à suivre. Le jeune homme l'alla trouver:
« Mon père, dit-il, éclaircis-moi; termine mes
" indécisions. Venu pour connaître cet État, je vois
" passer devant moi des opinions contradictoires ,
» sans savoir à laquelle je dois m'arrêter. Mon juge-
" ment est suspendu entre des allégations opposées.
" Montre-moi la vérité qui m'échappe toujours
" dans ce flux et reflux de prétentions rivales. »
Alors, il exposa en peu de mots le sujet de ses
doutes. « Que dois-je penser, ajoute-t-il, à quelle
« opinion faut-il ajouter foi ? quel parti est le plus
" juste? lequel a pour lui la majorité des voeux ou
» des intérêts? quelle règle doit me guider dans cet
" examen ? à quel signe enfin reconnaître la vérité ? »
« Mon fils,, répondit le vieillard, pour juger les
» partis, ce n'est point à leur témoignage qu'il faut
» s'en rapporter: puisqu'ils se contredisent, l'un
» des deux altère nécessairement la vérité. Lequel?
" c'est ce qu'il n'est guère possible de reconnaître :
" il faudrait se livrer à des recherches qui n'auraient
» point de terme. Le parti, même le meilleur, peut
(22)
» voir les faits à travers des préventions qui lui en
" déguisent le véritable caractère ; car il y a de
» l'homme partout, et les préventions se glissent
" même dans la défense de ce qui est juste et rai-
" sonnable. Mais pour apprécier la nature et la
" tendance des partis opposés, il est des symptômes
» que l'expérience nous apprend à connaître; si la
» mienne ne m'a point trompé, je puis vous les
» révéler.
» Voyez-vous l'un des deux conseiller la modé-
» ration , réclamer l'application, le respect des
» principes et l'action des lois ? Dites qu'il a pour
" lui la justice et la majorité des intérêts. Voyez-
" vous l'autre provoquer incessamment des ri-
» gueurs, des coups extraordinaires, des mesures
» ultrà-légales ? Dites que c'est une minorité qui
» cherche à prévaloir sur la majorité. Celle-ci n'a
» pas besoin, pour triompher, de ces moyens vio-
» lens ; elle n'a qu'à laisser faire le cours des choses
» et la force paisible d'une législation tempérée.
" Le petit nombre seul est forcé de comprimer
« pour dominer.
» Entendez-vous l'un des partis demander des
» préférences, et l'autre seulement l'égalité? Dites
" que ce dernier est le plus juste et le plus raison-
» nable dans ses désirs.
" Entendez - vous l'un invoquer protection et
» faveur pour lui seul ; l'autre ne solliciter que des
» garanties communes à tous ? Dites que celui-ci
» a des intentions plus équitables et plus modérées.
(23)
» Entendez-vous l'un se livrer à des déclama-
» tions violentes et injurieuses, fouler aux pieds
» toutes les bienséances, insulter au malheur, pro-
» diguer l'outrage et la calomnie ; l'autre se dé-
" fendre avec décence, avec mesure , avec une
" sage fermeté ? Dites que la raison n'est pas du
» côté du premier. Vous connaissez le proverbe :
» Tu te fâches, donc tu as tort.
» Si l'un ne réclame qu'en sa faveur l'exécution
» des lois, et qu'il en conseille la violation à l'égard
» de ses adversaires, et que l'autre revendique en
» toute occasion les garanties légales, sans ac-
» ception de personnes, dites que la générosité, la
" conscience et les vrais principes sont de ce der-
». nier côté.
» Si l'un reste constamment fidèle à ses maximes,
» et que l'autre en change au gré des circonstances;
» s'il invoque les lois quand il se sent faible, et les
» coups d'État quand il se croit fort : dites que le
» premier obéit à sa conviction, le second à son
» intérêt.
» Si l'un cherche à favoriser le développement
» des lumières et la propagation de l'instruction,
» et que l'autre cherche à l'entraver, dites que
» celui-là s'appuie sur la vérité, celui-ci sur des
» illusions.
» Si l'un s'occupe sans relâche d'adoucir la légis-
» lation, les moeurs et les sentimens religieux; s'il
» s'empresse d'accueillir tout ce qui tend au soula-
» gement de la condition humaine ; et que l'autre
(24)
» veuille des lois terribles, une religion rigoureuse,
" des moeurs tristes et contraintes, qu'il repousse
» constamment les améliorations de la philan-
» ihropie, dites : Là est le désir du bien général,
« ici le désir d'un bien particulier et exclusif.
« Je pourrais, poursuivit le vieillard, pousser
" plus loin cet exposé comparatif des caractères
" auxquels se reconnaît la bonté ou l'injustice
« d'une cause politique. Ce que je viens de dire
" suffit pour vous guider dans votre recherche.
" Songez, toutefois, qu'il ne faut point confondre
» la moralité d'un parti avec la moralité des hom-
" mes qui le composent. Tel citoyen, recomman-
" dable par ses vertus, peut embrasser une cause
» injuste, et la défendre de bonne foi : l'éduca-
» tion, le point de vue où l'on se trouve placé,
» l'influence des relations sociales concourent à
« produire et à perpétuer ces sortes d'illusions : les
» exemples en sont fréquens. Soyez donc juge in-
" dulgent des hommes et des intentions indivi-
" duelles, en même temps qu'appréciateur clair-
" voyant et sévère des partis et de leur tendance
" générale. Celte observation me rappelle un der-
» nier point de comparaison qu'il faut ajouter à
» ceux dont je viens de vous entretenir : si , de
" deux opinions contraires , l'une est tolérante
» pour les personnes, l'autre exclusive et jalouse,
» dites que la première est meilleure , puisqu'elle
" inspire plus de modération à ses sectateurs. »
" Ici s'arrête le fragment dont nous avons extrait
(25)
cette conversation. Il fait partie d'un manuscrit
fort peu connu, et qui compte au moins deux mille
ans d'antiquité ; quoique son ancienneté, qui le
rend tout-à-fait étranger à l'état présent de la so-
ciété , lui enlève aux yeux des modernes une par-
tie de son intérêt, nous avons pensé que nos lec-
teurs ne nous sauraient pas mauvais gré de mettre
sous leurs yeux ce monument curieux de la philo-
sophie des premiers âges. »
» Nous sommes étonnés chaque jour de voir
certains journaux se permettre une critique amère
de ce qui se passe dans les royaumes étrangers.
Cependant, en tout ce qui est théorie de gouver-
nement, chacun peu ou devrait pouvoir raisonner
à sa guise, eh respectant toutefois les convenances.
Sous ce rapport, il nous sera sans doute permis de
témoigner l'indignation que nous avons éprouvée
à la lecture d'un paragraphe de là Gazette de France
dans lequel ce journal outrage de la manière la plus
infâme les cortès d'Espagne et l'armée de l'île de
Léon. Quant aux libéraux de France, ils répondent
par le plus profond mépris aux sarcasmes de cette
feuille; mais ces injures et ces outrages ne devraient
point être lancés par nos journaux au-delà des
Apennins et des Pyrénées. »
La censure pense autrement; car elle laisse li-
brement circuler en Europe les outrages des ultras
contre les peuples voisins et contre les Français eux-
mêmes. Vingt fois les rédacteurs du Constitution-
( 26 )
nel ont voulu repousser ces calomnies quotidiennes;
mais presque toujours ils ont été contraints de n'y
répondre que par le plus profond mépris qu'il ne
leur a pas été possible de répandre, mais qu'on n'a
pas pu les empêcher d'éprouver.
On trouvera surprenant peut-être que les journaux
qui s'impriment à Paris, publient journellement,
avec l'approbation de la censure, des diatribes
contre les gouvernemens étrangers; mais n'est-il
pas plus inconcevable encore que l'on semble
porter à tolérer ces calomnies, la même ardeur que
l'on met à en interdire la réfutation ?
Les censeurs éprouvent pour la constitution des
cortès une telle ardeur, qu'ils n'ont pas voulu per-
mettre l'annonce d'une édition à 500,000 exem-
plaires de ce pacte fondamental des Espagnols, et
qui est devenu celui des Napolitains et des Portugais.
Ils trouvent sans doute que c'est bien assez des
millions d'exemplaires de notre Charte que M. Tou-
quet a répandus en France.
Circule-t-il à Paris mille bruits divers sur les
nouvelles européennes? Il est défendu d'en dire
un mot. La censure ne veut pas que la France
sache ce qui se passe en Europe ; elle a biffé
en entier l'article ci-après, dans la rédaction du-
quel pourtant on avait mis plus que de la réserve.
« Les lecteurs de journaux remarquent depuis
quelques jours que les nouvelles étrangères sont
( 27 )
rares, ou que du moins elles n'ont pas une grande
importance. Si, pendant les derniers huit jours qui
viennent de s'écouler, nous avons publié peu de
nouvelles étrangères, il n'en faut pas conclure qu'il
n'y en ait point ou que nous n'en recevions pas.
Notre correspondance extérieure n'a jamais été ni
plus active, ni plus fertile ; et même sans attendre
nos lettres de Madrid, de Naples, de Turin, de
Saint-Pétersbourg, de Vienne ou de Berlin,les bruits
qui circulent journellement à Paris, les nouvelles
qui se répandent, celles qu'on fabrique, nous four-
niraient aisément plus de matière qu'il n'en faut
pour remplir les colonnes du Constitutionnel. Mais
pouvons-nous répéter tous les bruits qui courent,
toutes les notes diplomatiques ou autres qui nous
parviennent? Pouvons-nous faire usage de tous les
renseignemens, de tous les documens qui nous sont
fournis par les nombreux correspondans de tous les
pays avec lesquels nous sommes en relation?
» Que diraient nos lecteurs si nous allions leur
répéter, par exemple, que la Russie, qui a plus de
huit cent mille hommes sous les armes, lève encore
de nouvelles troupes; que les Prussiens, avec
lesquels tout le monde est en paix, et qui surtout
ne peuvent plus avoir aucun démêlé avec la France,
font mouvoir de nombreux bataillons sur les fron-
tières du Rhin : comme si le gouvernement prussien,
dont les États ont éprouvé, dans les dernières tran-
sactions diplomatiques, des agrandissemens si nom-
breux et si importans, avait le loisir de sjimmiscer
( 28 )
dans les affaires des autres puissances, au lieu de
consolider parle règne des lois et par l'établissement
d'un système conforme au voeu des peuples qu'elle
gouverne, la tranquille possession des nouvelles pro-
vinces que les traités lui ont acquises; comme sil'em-
pire de Russie, dont le puissant monarque règne aussi
sur la Pologne, pouvait avoir encore quelqu'ambition
européenne à satisfaire; comme si ses vastes Etats
ne réclamaient pas tous ses soins, toute sa sollici-
tude ; que penseraient de nous nos abonnés si nous
pouvions accueillir de semblables nouvelles lors-
qu'elles sont au moins démenties par la raison ?
" Et l'Autriche, que fait-elle, que veut-elle?
Écoutez certains diplomates de coulisses , cer-
tains publicistes de la bourse , et ils oseront
vous annoncer que 80,000, 100,000, 200,000
Autrichiens sont déjà campés au sommet des
Apennins. Vainement leur objecterez - vous que
pour aller à Naples il faut passer à Rome ; qu'il
n'y a à Rome d'autres troupes que celles du pape ;
que d'ailleurs si l'Autriche a des vues sur l'Italie,
elles ont probablement pour objet de conserver
et non d'acquérir ; d'aussi bonnes raisons ne con-
vaincront point nos nouvellistes ; et pour prouver
l'exactitude de leurs nouvelles, l'un vous dira que
la rente doit baisser demain, et l'autre vous ap-
prendra en confidence qu'il a l'oreille d'une dan-
seuse de l'Opéra, qui est très-bien avec un con-
seiller d'ambassade.
» Mais la Suède, qui par sa position se trouve à
( 29 )
peu près étrangère aux débats qui pourraient agi-
ter, l'Europe,. est-ce qu'elle n'arme pas aussi? est-
ce qu'elle ne recrute pas en toute hâte ? est-ce
qu'au moment même elle ne redouble pas d'ardeur,
d'activité pour compléter les cadres de son armée
et pour approvisionner ses arsenaux? Eh! bon
Dieu, qui donc menace la Suède, qui veut l'atta-
quer? Les puissances de l'Europe n'y songent pas
plus apparemment qu'aux républicains ou aux
royalistes des rives de la Plata.
" Après avoir ainsi parcouru les régions du nord,
nos marchands de nouvelles espèrent avoir plus de
succès chez les nations du midi : ils ne savent
pourtant que dire des Napolitains qui organisent
leur gouvernement constitutionnel et qui prennent
des mesures pour vaincre les obstacles qu'on ten-
terait de leur opposer. Païenne offre encore quelque
ressource; mais cette ville antique est la seule du
royaume de Sicile qui ait présenté quelque résis-
tance, et peut-être est-elle déjà convertie au nou-
veau régime.
» Le Portugal est trop éloigné pour servir
de prétexte aux attaques des politiques; ils sont
muets quand vous leur dites que la régence ,
en convoquant les cortès , a pris le parti de
diriger elle-même les progrès de la révolution qui
vient d'éclater dans ce pays : puisqu'à Lisbonne
comme à Oporto, on a, sauf quelques nuances, les
mêmes vues, les mêmes opinions, on ne tardera
pas à se mettre d'accord.
(30).
» Quant à l'Espagne, elle s'organise, elle discute
paisiblement les nouvelles lois qui doivent la régir;
et elle ne s'occupe pas même des milliers de ba-
taillons qu'on dirige vers les Pyrénées, et qui n'ont
pas encore franchi les limites de l'empire des czars.
" Pour l'Angleterre, notas en avons des nou-
velles à chaque instant ; là, les journaux rapportent
tout ce qu'ils savent, et c'est vainement qu'on es-
sayerait de suppléer à un silence qu'ils n'ont jamais
gardé. Les Anglais, d'ailleurs, ont des affaires in-
térieures assez graves pour laisser en paix le reste
de l'Europe ; et, certes, le procès de la reine est
assez important pour absorber les pensées et les mé-
ditations du cabinet de Saint-James.
» Que faut-il conclure de cette petite revue? que
l'Europe est tranquille, qu'elle n'est exposée à au-
cune crise, à aucun bouleversement ? C'est au lec-
teur à tirer de nos remarques les conclusions que
son jugement lui fournira, et, pour nous, de peur
de nous tromper, nous nous bornerons au simple
rôle de rapporteur. Concluez donc, lecteur, con-
cluez ; mais cherchez ailleurs que dans les on dit
des joueurs de la bourse et dans les confidences des
nymphes de l'Opéra, les règles de vos jugemens et
les bases de vos conclusions. »
Personne n'ignore que les honorables manda-
taires du peuple qui ont défendu les droits de la
nation ont reçu dans leurs départemens le plus fa-
vorable accueil, que, partout, on leur a donné des
(31)
fêtes, et qu'ils ont été l'objet d'un triomphe qui s'est
renouvelé pour chacun d'eux. Ces nobles récom-
penses ont déplu à MM. les censeurs. Ils n'ont pas
Voulu qu'il en fût fait mention. Ne croyez pas qu'on
ait mis dans la rédaction de ces sortes d'articles
rien qui pût alarmer l'autorité. En voici un qui a
été réprouvé comme les autres :
« Avant-hier, 25 septembre, un grand nombre
d'électeurs de l'arrondissement de Saint-Quentin
ont donné sur les lieux une fête brillante aux quatre
députés du département de l'Aisne. La réunion se
composait de cent vingt personnes des plus consi-
dérables du pays. Au banquet, qui a précédé le
bal, on a porté des toasts au Roi et aux dignes man-
dataires de l'Aisne, et la fête s'est prolongée fort
avant dans la nuit. La gaieté et le patriotisme en
ont fait tous les frais. »
Vous croyez peut-être que la commission de cen-
sure s'est bornée à supprimer cette innocente note?
Point du tout. Elle a permis l'insertion de l'article sui-
vant dans la Gazette de France (c'est l'extrait d'une
lettre de Saint-Quentin au sujet de la même fête) :
» L'approche des élections a mis en mouvement
tous les libéraux. Ces hommes, qui sont parmi
nous (dans le département de l'Aisne) en petit
nombre, y suppléent par une prodigieuse activité
et ne regardent pas à la dépense. Hier, ils ont
donné un grand repas, dans l'ancienne abbaye d'Isse,
à des cultivateurs des communes environnantes. On
a grisé beaucoup de bons campagnards, qui ont
( 32 )
promis, entre la poire et le fromage, de voter du
bonnet pour quiconque leur serait présenté pour
candidat, etc. "
Ainsi, la vérité a été interdite au Constitutionnel,
et le mensonge a été autorisé dans la Gazette de
France.
Vous n'avez pas oublié la sensation que produisit
la nouvelle donnée par M. Casimir Périer, à la
tribune de la Chambre des députés, de la rupture
commerciale qui venait d'éclater entre la France et
les États-Unis d'Amérique. Cette nouvelle alarma le
commerce ; quelques mois après qu'elle fut connue,
le Constitutionnel reçut à ce sujet des détails et des
renseignemens qui, par leur nature , étaient pro-
pres à détruire , au moins en partie, la fâcheuse
impression produite par les mesures respectives
adoptées par les deux gouvernemens. Il n'a pas été
possible de les publier; les voici :
Extrait d'une Lettre particulière.
Washington, 8 octobre.
« Je tiens la promesse que je vous ai faite dans
ma précédente lettre , de vous informer des causes
qui ont engagé notre congrès à adopter, au mo-
ment de clore sa dernière session , la proposition
que le gouvernement lui avait soumise contre les
( 33 )
navires français. Je ne puis mieux remplir Cette
tâche qu'en vous relatant succinctement les démar-
ches faites par notre ministre à Paris, pour éviter
une mesure aussi sévère, et qui, comme je vous
l'ai dit, a trouvé parmi nous un assez grand nom-
bre d'improbateurs , malgré le motif d'intérêt pu-
blic qui semble l'avoir dictée.
" En arrivant à Paris, M. Gallatin , notre mi-
nistre, informa votre gouvernement qu'il était au-
torisé à conclure avec lui des arrangemens com-
merciaux fondés sur une égalité parfaite, et de
nature à procurer aux deux pays des avantages
aussi grands pour l'un que pour l'autre. Il propose,
pour base de ces arrangemens, la convention con-
clue en juillet 1815 , entre les Etats-Unis et la
Grande-Bretagne.
" La France et les Etats-Unis , dans la vue
d'encourager leur propre navigation, ont rendu
des lois qui établissent des droits sur les navires
étrangers et sur les marchandises importées par ces
navires. Mais, à l'époque où M. Gallatin fît ses pre-
mières ouvertures, ces droits étaient beaucoup plus
forts en France qu'aux Etats-Unis, et les moyens
employés jusqu'alors ici, pour contrebalancer cette
inégalité, étaient tellement insuffisans, que si on
ne changeait point de. système,des deux côtés, le
commerce de transport entre les deux nations ne
serait bientôt plus fait, du moins en très-grande
partie., que par des navires français.
» Dans cet état de choses, et pour donner aux
3
(34)
Etats-Unis la part qui leur est due dans la navi-
gation des deux pays, M. Gallatin annonça que
notre gouvernement se verrait obligé de proposer
au congrès des modifications à ses lois sur cette
matière, et d'imposer des droits additionnels sur
le tonnage des bâtimens français, ou sur les mar-
chandises par eux importées, de manière à établir,
sous ce rapport, une parité parfaite dans le com-
merce des deux nations, si leurs gouvernemens
ne faisaient point à cet égard des arrangemens qui
leur fussent également avantageux.
» Il fit observer en même temps que le système
d'imposer, de part et d'autre, des droits extraor-
dinaires pour parvenir à celte parité, avait de
graves inconvéniens ; que les armateurs des deux
pays étaient toujours portés à croire que les droits
extraordinaires payés par eux étaient plus forts et
plus oppressifs que ceux que payaient les arma-
teurs de l'autre pays ; qu'ils demandaient sans
cesse que leurs antagonistes fussent frappés de
nouveaux droits; qu'il résultait de tout cela une
espèce d'hostilité mercantile dont l'effet pouvait
être fâcheux pour les relations amicales des deux
nations ; qu'enfin , la tendance naturelle d'un pa-
reil système était, au moins, de diminuer le com-
merce direct de l'un et de l'autre pays entre eux.
» M. Gallatin fit remarquer encore que toute
tentative , soit de la part de la France, soit de la
part des Etats-Unis, pour faire faire par ses vais-
seaux la plus grande partie du commerce, serait
( 35 )
rendue vaine par les mesures opposées de l'autre
puissance ; et que si,, comme il y avait tout lieu de
le croire, la France et les Etats-Unis n'avaient
d'autre vue que d'établir une égalité réciproque,
ce but serait atteint avec beaucoup plus de facilité
et de certitude par l'abolition des droits extraor-
dinaires des deux côtés, et par la conclusion d'un
arrangement commercial.
» Après ces observations, M. Gallatin proposa
une convention fondée sur les bases suivantes :
» I°. Que dans les États-Unis il ne serait point
mis sur les navires français de droits de tonnage ou
autres, plus élevés que sur les navires américains,
et que les produits du sol ou des manufactures de
France, importés sur bâtimens français, ne se-
raient pas non plus frappés d'un impôt plus fort
que lorsque ces mêmes produits sont importés sur
bâtimens américains.
" Et réciproquement en France, pour les na-
vires américains et pour les produits du sol et des
manufactures des États-Unis, importés sur bâti-
mens américains.
» 2°. Qu'en France, il ne serait mis sur les pro-
duits du sol et des manufactures des États-Unis,
aucun droit plus élevé que sur les articles de même
nature et de même valeur provenant du sol ou des
manufactures d'un autre pays étranger quelconque.
" Et réciproquement aux États-Unis pour les
produits du sol et des manufactures de France.
» Ces principes, qui sont en substance les mêmes
3*
( 36 )
que ceux de la convention commerciale conclue
entre les États-Unis et la Grande -Bretagne , ont
l'avantage d'avoir été éprouvés par deux grandes
nations maritimes, également jalouses de leur pros-
périté commerciale : ils sont, en-outre, l'a base de
nos relations de commerce avec la Suède , les
Pays-Bas , l'Allemagne et la Prusse.
" M. Gallatin ajouta que si la France ne les adop-
tait point, les États-Unis se trouveraient dans la
nécessité d'imposer de nouveaux droits sur les bâ-
timens français; qu'ils ne prendraient cette déter-
mination qu'avec la plus grande répugnance, mais
qu'elle leur serait prescrite par l'intérêt de leur
commerce, objet de la plus grande importance
pour eux.
" Votre gouvernement trouva sans doute à cette
proposition des difficultés invincibles, puisqu'il ne
put l'accueillir; et c'est sur ce refus que le nôtre
prit la résolution de frapper les navires français
venant aux Etats - Unis, d'un droit exorbitant de
dix-huit dollars par tonneau, à dater du icr juillet
de l'année courante.
" Nous venons d'apprendre que, dans cette cir-
constance , le gouvernement français avait usé de
représailles; personne n'en a été surpris en Amé-
rique. L'ordonnance du Roi du 26 juillet, qui im-
pose un droit de go fr. par tonneau sur les navires
américains qui vont en France, devait naturelle-
ment suivre l'acte du congrès du 15 mai de la même
année; mais ces deux mesures extrêmes, par cela
( 37 )
même qu'elles la neutralisent, ou du moins parce
qu'elles font un mal égal au commerce des deux
nations , ne peuvent exister long-temps, et nous
sommes en effet informés que les deux gouvernemens
négocient pour y mettre fin aussi promptement que
possible. »
Il n'y a rien que de rassurant dans ces nouvelles ;
il est plus que probable que leur publicité eût pro-
duit un effet salutaire aux relations commerciales.
Cette publicité a été interdite. La commission de
censure ne protège donc ni l'industrie, ni le com-
merce? Serait-ce par hasard parce que le commerce
et l'industrie ne sauraient fleurir qu'avec la li-
berté ?
La commission censoriale n'excepte rien, abso-
lument rien de son active surveillance; sa main de
fer s'appesantit sur, tout. Les faits les plus notoires
sont soumis à sa révision. Elle a mutilé de telle
sorte l'article ci-après, qu'il n'a pas été possible de
l'insérer dans le Constitutionnel.
«Tous les théâtres se sont empressés de célébrer
à l'envi l'heureuse délivrance d'une jeune princesse,
qui vient de donner à la France un héritier de
Louis XII, de Henri IV, et de perpétuer ainsi la
famille du monarque législateur auquel nous devons
un pacte social destiné à réunir tous les intérêts,
à cicatriser toutes les plaies de la révolution, à con-
solider enfin le règne de la liberté. Les artistes des
deux principaux spectacles, jaloux de donner celte
(38)
fois un exemple qu'ils avaient souvent attendu, se
sont réunis en toute hâte pour offrir au public, le
soir même de la naissance du duc de Bordeaux,
une représentation extraordinaire de la tragédie
d'Athalie. Le chef-d'oeuvre de Racine, le plus
pompeux ouvrage de la scène française, ne pouvait
paraître dans une occasion plus opportune, et sans
doute l'autorité qui est chargée de la haute surveil-
lance des théâtres royaux, n'a pas été étrangère au
choix qui en avait été fait. Il est dès-lors évident
qu'on a eu l'intention de fournir aux spectateurs
un prétexte nouveau d'exprimer leurs sentimens, en
cherchant dans les vers d'Athalie des applications,
des allusions aux circonstances du moment.
» Ces allusions, ces applications se sont parti-
culièrement manifestées au moment où le grand-
prêtre Joad adresse à l'enfant-roi, qui va monter
sur le trône, les plus sages, les plus saintes, les
plus paternelles exhortations; il le conjure de ne pas
écouter les conseils de ces flatteurs, de ces hommes
corrompus, de ces tartuffes de cour, qui trompent
les rois pour enchaîner les peuples. Le Constitu-
tionnel a cité cette magnifique tirade que Talma a
débitée avec l'accent le plus Vrai, le ton le plus
patriarchal; on a applaudi les vers et l'acteur avec
transports. Le Constitutionnel l'a dit, et soudain
le Voilà transformé en factieux par tous les apôtres
de l'obscurantisme, par tous les royalistes qui
crient vive le Roi quand même! Nous sommes des
perfides, des criminels d'Etat qui cherchons à trou-
(39)
bler la publique allégresse; et soit que nous par-
lions, soit que nous gardions le silence, nous avons
mérité l'anathème ; nos paroles sont révolution-
naires, notre silence même est factieux.
» Pour moi, qui n'ai appris que par le Consti-
tutionnel de ce matin , toutes les injures, toutes les
saletés qui nous ont été adressées, je suis loin de
les repousser; je les accepte au contraire avec joie,
parce que je sais d'où elles viennent. Comme je
n'ignore point qu'il serait superflu de prétendre y
répondre , je me bornerai à rappeler un fait.
Il est faux, dit ce matin une feuille qui revient à
la charge, que les vers d'Athalie que nous avons
cités aient été applaudis avec enthousiasme (suivent
les grossièretés accoutumées du parti dont cette
feuille est l'organe). J'étais à la représentation,
j'ai entendu applaudir les vers :
« Si du sang de nos rois quelque goutte échappée....
« Songez qu'en cet enfant tout Israël réside....
mais j'affirme, comme quinze cents personnes pré-
sentes pourraient l'affirmer aussi, que nulle part
les applaudissemens n'ont retenti avec plus d'accord
et plus de force qu'au moment où Talma a récité
les vers que nous avons rapportés. On a applaudi
unanimement et à deux reprises différentes. Je dis
unanimement, parce que je suppose que les rédac-
teurs des journaux qui nous ont dénonces sont les
( 4° )
seuls qui n'aient pas joint leurs suffrages à ceux
de tous les spectateurs.
« Veut-on une autre preuve du fait? la voici :
" Les conseils paternels du grand-prêtre à l'inno-
" cent et unique rejeton de la maison royale ont
" aussi été applaudis avec transport. » C'est le
Journal de Paris qui a imprimé cette phrase; nous
lui laissons le soin de repousser la mensongère
allégation de la feuille qui prétend que cela est
faux; entre eux le débat ; ils sont dignes de se me-
surer ensemble; je les laisse tous les deux pour ce
qu'ils valent, et je continue ma revue ordinaire.»
Les nouvelles qui circulent officiellement en
province doivent rester ignorées à Paris.
« L'Echo du Nord, du 30 septembre , contient
l'article suivant :
» La situation du ministère est toujours la
même : il paraît qu'il y a division parmi ses mem-
bres. Une partie veut entrer franchement dans le
système de 1815; une autre partie semble redou-
ter les suites d'une plus longue déviation de la
Charte. Ces jours derniers, la faction oligarchique
a été sur le point de l'emporter; un moment on a
décidé la suspension de la loi fondamentale pour
quelques départemens. Le Moniteur a été chargé
de publier l'ordonnance : mais une terreur subite
s'est emparée de nos hommes d'État, et à trois
heures du matin, le gouvernement a fait briser
les formes du journal. Depuis ce revirement,

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