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Lettres en vers à la marquise de *** sur les deux dernières sessions

De
338 pages
Germain-Mathiot (Paris). 1822. In-12, 333 p..
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J^TTRES
SCR
/«^SESSIONS,
SUIVIES
de Notes Historiques, et du Texte de plusieurs
Discours. •
DE L'IMPRIMERIE DE C. J. TROUVE,
rue Neuve-Saint-Augustin, n° 17.
LETTRES EN VERS
\yo oa tÀé>a^auiA& cu> ^4;
SUR
m M&euoe \Sdex\\x&ce6 z>e66ioivè,
Peut-être on vous a dit quels furent ces États ;
On proposa des lois qu'on n'exécuta pas.
De mille députés, l'éloqnence stérile,
Y fit de nos abus le détail inutile :
Car, de tant de conseils , l'effet le plus commun,
Est de voir tous nos maux sans en soulager un.
Henriade, Chant III <■,
PARIS,
Chez ÔERMAIN-MATHIOT,
quai des Augustins , n° 55.
1822
FAUTES A CORRIGER.
Page 21 ; an lieu de
Ce ne fut pas avec moins de décence.
Qu'ils ont jadis rêvé l'égalité.
Lisez : avec moins de démence.
Page 3g ; au lieu de préfères Chanvelin avec un point
lisez ; Chauvelin,
Page 5i ; au lieu de
Déraciner tous les sermens de haine
Lisez :fcrmens.
Page 76 ; au lieu de
Pour se figurer dans notre aréopage.
Lisez: PourJigiirei.
Page 92 ; transposition inintelligible.
Lisez : Ralliés aujourd'hui,
En triomphant d'une infâme doctrine.
Sauvons le trône et la France avec lui.
1J.
Page 94 , au lieu de
Les voilà donc de notre Tieille France
Le détracteur !
Lisez : Le voilà, etc.
Page 114 ; an lieu de
Le phénomène augmentera la liste.
Lisez : Ce phénomène.
Page 131 ;
Contre un projet unique olygarchique.
Lisez : inique.
Page 160;
Oh retraça quelques engagemens.
Lisez : On retraça.
Page 235 ;
Sans regarder, etc.
Lisez : lit regarder.
Page 246
Le rapporteur cherchait un but moral.
Lisez : cachait.
Page 294;
Aux factieux laissent un moment d'espoir.
Lisez : laisse.
Page 3o6 ;
Tournant, luttant contre tous les ministres.
Lisez : Tonnant.
Page 3o3 ;
On veut avoir sa place dans la salle
Comme une loge au nouvel Opéra, »
Et l'on n'y vient uassuré da scandale.
Lisez : qu'assuré du scandale.
Page 3i6; J'invoque donc ce même général,
Qui se pavane en citant sa jeunesse,
Toujours s'admire, et répète sans cesse,
Que ce qu'il fit il le fera toujours.
Lisez : J'évoque
ÉPITRE DÉDICATOIRE.
UEUHE TRINCE, dont la naissance
A, par un prestige enchanté,
Ranimé dans toute la France
Les amis de la royauté,
Toi, qui sur les ligueurs remportant la victoire,
Avant même d'ouvrir les yeux,
Rendis au côté droit son éclat et sa gloire,
Sous l'appui d'un berceau, si cher, si glorieux,
Permets-moi de placer cette fidèle esquisse.
Lorsque la France entière, avec tant de justice,
T'a nommé son grand électeur,
J'attends, de ta main protectricej
Ce nouveau genre de faveur.
6
Déjà, de toutes paris, justifiant ce titre,
Les défenseurs du trône accourent à ta voix.
Ce n'est pas la première fois
Que des destins du monde un enfant est l'aïbitre !
Jadis au plus grand des Henris
Ou offrit sur la ligue une longue satire,
Et le vainqueur malin se plaisait à redire
Les traits les plus piquans, par son peuple applaudis.
Accepte, avant de savoir lire,
Comme hommage premier de respect et d'amour,
Des tableaux, où j'ai peint l'aurore de ta vie.
Je sais que, sans respect pour les sages du jour,
Je me permets aussi quelque plaisanterie,
Mais lorsque tu les connaîtras,
Quand, plus avide de t'instmire,
Un jour tu te reporteras
Yers nos Sacrâtes en délire,
Peut-être tu m'applaudiras.
J'entends plus d'un censeur me dira
Qu'il faut être fou pour écrire
A ceux qui ne nous lisent pas.
7
Combien à leurs avis je suis loin de souscrire !
Au rang de tes flatteurs on ne peut pas m'inscrire,
Ton âge sur ce point rassure mes esprits;
11 excuse aussi mon audace;
Sans lui, me serais-je permis
D'orner d*Un si grand nom mon humble dédicace ?
Quant an léger malheur de n'être pas compris,
Depuis le siècle des lumières,
De nos puissances éphémères
J'ai vu les nombreux favoris
Qui, sans pouvoir donner l'excuse de leur âge,
Des ouvrages les mieux écrits
Ne savaient pas lire une page.
De mes faibles travaux veux-tu m'offrir le prix?
Dis-moi que cet essai fit sourire ta mère!
Rienlôt tn connaîtras, comme tous les Français,
Que de prodiges elle a faits
Pour sauver du naufrage une tige si chère!
DISCOURS PRELIMINAIRE.
.LES troubles politiques ont toujours été favorables à la
poésie. Les détails , qui échappent à lTiistoire , deviennent
une mine féconde pour une muse riante et légère qui,
sous l'apparence du désoeuvrement, promène, au milieu du
bruit, ses regards observateurs, et s'empare d'une foule de
nuances que négligent ou dédaignent des peintres plus
habiles.
Je commençais cette correspondance à l'époque, où l'un
des plus illustres députés de la Sarthe occupa la France
entière de ses justes douleurs. Il eut le courage de dénon-
cer à la tribune un délit de la nature la plus grave. Le se-
cret des lettres avait été violé; les plus douces relations de
famille ne pouvaient exister. Enfin, pour dernier ex-
cès, ce qu'il avait écrit de plus intéressant, depuis quatre;
années, était la proie des agens de police.
J'allais renoncer à un genre de plaisir qui offrait tant de
dangers, lorsque j'appris que ces alarmes n'étaient fondées
sur aucune réalité, et que l'honorable membre s'était laissé
prendre à une mystification que j'étais loin d'approuver, et
IO
dont je ne pouvais m'empêcher de rire avec tout le monde.
Ce sera, me dis-je alors, le sujet d'une de mes lettres. Puis-
sent nos augustes mandataires ne nous donner jamais que
des motifs de craintes aussi peu vraisemblables !
J'ai choisi les deux dernières sessions, comme celles qui
m'ont paru les plus intéressantes et les plus variées. Elles
présentent une opposition très-marquée. La première vit
"expirer, dans une lente agonie, cette fameuse loi des élec-
tions, qui avait fondé sa fragile puissance. Avec elle s'a-
néantit aussi cette excessive licence de la presse, dont on
n'avait pas vu d'exemple depuis la déclaration des droits
de l'homme. Je ne citerai que deux phrases, prises au ha-
sard dans les journaux du temps : Il y a, dit le Censeur ,
pour soutenir la liberté dans l'Isère le respectable M. Gré-
goire, connu par ses admirai/les antécédens! et, lorsque
l'heureux candidat eût recueilli la majorité des suffrages,
- l'Indépendant ajoute : Les électeurs de l'Isère viennent d'ac-
quitter lu dette de la France entière. J'aurai plus d'une oc-
casion de citer des écrits bien plus étranges encore.
La session de 1820 s'annonça sous des auspices plus
favorables. Un berceau glorieux fut comme l'étoile protec-
trice, qui jadis dirigea les Mages vers le roi des rois. Les
vrais amis de la monarchie accoururent aux cris du der-
nier rejeton de la plus illustre race : tous voulurent payer
un tribut d'admiration à cette mère si jeune et si coura-
geuse, qui, depuis trois mois, nous promettait un miracle,
II
et qui nous a si heureusement tenu parole. Pendant une
nuit paisible, elle avait vu Saint-Louis descendre près d'elle;
et, dans les douces illusions d'un songe, elle avait retenu
ces mots du prophète r « Il sortira un rejeton de la tige de
Jessé, et une fleur naîtra de sa racine, et l'esprit du Sei-
gneur se reposera sur lui, l'esprit de sagesse et d'intelli-
gence, l'esprit de conseil et de force, l'esprit de science et
de piété. « (Fêtes de septembre. Isaïe, Chap. II.J
Parmi les faits intéressans qui signalèrent le cours de ces
mémorables sessions, il s'en trouve un assez grand nombre
qui, dans ce vaste tableau, semblent placés exprès, pour
reposer l'imagination fatiguée par le bruit et les orages.
On y remarque des anecdotes piquantes, des scènes bi-
zarres, oserai-je dire ridicules; enfin des tableaux vraiment
comiques, dont Molière aurait tiré parti.
Thalie vit aujourd'hui de privations. Elle regrette que,
sous un gouvernement constitutionnel, on ne soit pas aussi
libre que dans une monarchie absolue. Sous les rois et les
parlemens, on jouait les marquis, la finance et la robe :
Le commandeur trouvait la scène trop exacte.
Le vicomte indigné sortait au second acte. Bon-
mais le roi riait, et dès-lors les courtisans et les minis-
tres étaient dans le ravissement.
Aujourd'hui que, dans toutes les classes, le ridicule a plus
que doublé, Thalie reste muette, et craint les sifflets de la
jeunesse pensante. La mode du jour est de dire que nous
12
volons mieux que les hommes de toutes les époques. Uu
auteur, qui prouve le contraire, est déclaré l'ennemi des lu-
mières du siècle. Osez produire, sur la scène, la vanité sé-
rieuse d'une vieille moustache, ou d'un jeune officier de la
garde nationale., vous courez le risque d'être signalé comme
détracteur de la bourgeoisie, et même de la grande armée.
Cependant, quelle foule de traits comiques on pourrait pui-
ser dans la bataille des élections : La chaise à porteur d'un
noble député, les aventures du général Pépé, dans les dis-
cours de MM. tels et tels, et enfin dans les alarmes d'un
nouveau baron qui, défenseur de la Charte nobiliaire, se
fit un devoir de dénoncer à la tribune, au commerce, aux
manufactures, et à toutes les cours de l'Europe , une ordon-
nance du Roi, qui accorde des lettres de relief à un vieux
gentilhomme.
Un des avantages du gouvernement représentatif, est la
publicité donnée aux délibérations qui doivent assurer no-
tre bonheur. L'opinion publique est la plus noble récom-
pense de l'homme d'état, elle est aussi sa punition la plus
sévère ; elle ne se forme que par le résultat des opinions in-
dividuelles : il est donc hors de doute que les commettaus
ont le droit de juger leurs mandataires. S'il m'arrive un
jour de figurer sur cette honorable liste, je livre d'avance
à la gaité française mes discours et mes rêveries politiques.
Si je m'avise de rechercher les applaudisscmens par de
grands mots à la mode; si je répète sans cesse, avec rai-
i3
phase : Je suis Français, comme nos voisins les insulaires
disent : Je suis Anglais, comme les Turcs, en m'appelaut
chien de chrétien, disent fièrement: Nous sommes mfl/io-
métans, je demande que Ton fasse justice d'un moyen de
succès aussi usé que facile. Remarquez la plupart des lettres
adressées de la province aux rédacteurs du Constitutionnel,
et vous verrez qu'elles commencent ainsi : Je suis Français,
Messieurs, et à ce titre je réclame vos bontés , etc., etc.
Je ne me suis point élevé jusqu'aux séances de la cour
des pairs; j'ai même résisté au désir que j'avais eu de re-
tracer lit témoignage ùt haute estime qu'ils ont reçu à la
tribune, au mois de mai dernier, par l'organe de MM. Ma-
nuel et Benjamin Constant. Ce tribut d'hommages, si flat-
teur pour leur amour-propre, précéda de quelques jours le
panégyrique prononcé par les mêmes orateurs, en faveur
de cette jeunesse'vénérable, quilaissera si loin derrière elle
les lumières du X-VIII* siècle, et cette froide perfection
des prétendus grands hommes, protégés par Vimpopulaire
Louis XIV. (Expression d'un orateur DU CÔTÉ GAUCHE.)
, Toujours ami de la vérité, je rétablirai, dans des notes,
le texte des discours, que la mesure des vers m'a quelquefois
forcé d'altérer. L'orateur sera flatté de retrouver ses pério-
des telles qu'il les a prononcées.
Je blâme ceux qui rappellent à uu vieillard les sottises
politiques, qu'il voudrait bien n'avoir pas débitées dans un
âge, ou l'expérience n'a pas encore mûri la raison; mais nos
%
i4
législateurs sont d'une maturité remarquable; huit ou dix
lustres, au moins, pèsent sur leurs têtes. Ce qu'ils ont dit ou
écrit, depuis deux ans, est le fruit des méditations et de l'ex-
périence. Je leur rends un véritable service, en reprodui-
sant à la reconnaissance des siècles, tout ce qu'ils ont cru
devoir faire pour le perfectionnement du meilleur des
mondes.
Je n'ose pas dire que j'ai mis une entière impartialité
dans mes récits. Il y a deux manières d'écrire l'histoire :
l'une, froide et sans couleur, qui laisse le lecteur libre de
prononcer; ce qui l'ennuie tellement, qu'il ferme presque
toujours le livre, sans se donner la peine d'avoir un avis;
l'autre, par une couleur plus vive, le flatte et l'irrite. Ces
deux sentimens opposés ont un attrait irrésistible': je ne
sais pas même si le lecteur n'a pas plus de plaisir à s'irriter
qu'à approuver.
Un académicien, dans un discours aussi bien pensé que
bien écrit, a défini avec autant de justesse que d'élégance,
lors de la réception de M. Villemain, ce genre d'impar-
tialité, qui est presque toujours une preuve de faiblesse.
Cet étrange système, ou plutôt cette absence de toute opi-
nion, ne plaît pas davantage à l'un des orateurs que
Ja France s'applaudit de compter au nombre de ses repré-
sentans.« On se flatte, dit-il, avec cette doctrine, d'avoir
trouvé un juste milieu entre l'erreur et la vérité, et l'on ne
voit pas que ce prétendu milieu, s'il pouvait exister, n»
i5
serait qu'une indifférence crimininelle pour l'un et pour
l'autre. » (M. Delalot.)
La seconde méthode n'est pas à l'abri de quelques in-
convéniens. Dans les troubles civils, nous voyons souvent
les faits à travers le prisme de nos opinions, comme l'a dit
encore un orateur de la Chambre ; et, pour en donner une
preuve évidente, je terminerai ce discours préliminaire
par un tableau assez curieux de la situation de la France à
l'époque du retour des Bourbons.
Je peignis alors ce que j'avais vu : l'ivresse des peuples,
les acclamations unanimes de la France, si long-temps vic-
time de tous les genres de tyrannie ; cette joie des Pari-
siens qui, comme du temps de Henri IV , étaient affamés
de revoir un roi. Voilà des faits tellement évidens, que
l'on croit, en les reproduisant, se rendre, sans aucune flat-
terie , l'écho de la reconnaissance publique.
Opposez à ce tableau si vrai une histoire de la même
époque, écrite aussi par un témoin oculaire, quelques an-
nées après l'événement. « Un profond silence régnait dans
Paris ; la France était couverte de prévôts et d'espions : une
parole était criminelle, un geste était séditieux, Nos guer-
riers, poursuivis par de vils malfaiteurs, se voyaient impi-
toyablement exilés des murs sous lesquels ils venaient de
combattre, réduits à voiler les signes de leur gloire pour
n'être pas insultés, à cacher leurs blessures pour n'être pas
suspects. On ne s'abordait qu'en tremblant et dans la plus
i6
profonde solitude! {A Paris ! ) Eloignés de tous les yeux,
deux amis, qui voulaient épancher leurs coeurs, ne s*t
croyaient pas assez en sûreté. ( Minerve. Lettres sur Paris.
Sept. 1818. )
Cet étrange mélodrame, sur des faits qui seront toujours
présens à notre mémoire , me paraît être un monument
curieux de l'époque à laquelle nous avons vécu.
LETTRE I.
MOTIFS DE LA CORRESPONDANCE. —SENS NOUVEAU
DONNÉ A DES MOTS ANCIENS. INDEPENDANS.
— ROYALISTES. — ULTRA. — FIDÉLITÉ. —
LIBÉRAL.
Vous qui, fuyant les plaisirs de la ville ,
De la tribune ignoriez les débats ,
Et préfériez, dans un champêtre asile,
D'un long hiver supporter les frimats ,
Pour ne pas voir nos tristes empyriques
Porter la haine et le feu des partis
Dans ces salons, ces boudoirs politiques,
Qui ne sont plus les salons de Paris ;
Changeant soudain de système et d'avis,
Vous voudriez, qu'à l'abri des tempêtes ,
Je racontasse avec fidélité ,
Les grands projets avortïs dans leurs têtes ,
Ce qu'ils ont dit et ce qu'ils ont été ;
a..
i8
Des fiers rivaux, lancés dans la carrière,
Vous désirez connaître le portrait,
Et, pour juger le bien que l'on peut faire ,
Savoir, à fond, tout le mal qu'ils ont fait.
Sur ces détails , comment vous satisfaire ?
Je n'entends rien au dédale des lois,
Et les discours de plus d'un mandataire,
Dont la tribune a gémi tant de fois,
En ont encore embrouillé le mystère.
Parler finance, ah ! me soupçonnez-vous
D'être, en ce point, un habile interprête ?
Si la dépense entre assez dans mes goûts,
Je n'ai pas l'art de fixer la recette ;
Il est des mots, qui ne me disent rien.
Monsieur Beugnot, malgré son éloquence,
Eii détaillant la voie et le moyen ,
N'a pas d'un mot avancé ma science.
Vous le voulez, je dois vous obéir ;
Mais laissez-moi mesurer la carrière,
Que, par votre ordre, il me faut parcourir :
Du temps passé je ne me souviens guère ;
Cinq ou six ans sont un siècle pour moi.
Ah ! si du moins, en expliquant pourquoi
On a mal fuit, j'apprenais à mieux faire ,
*9
Dans ce travail rien ne m'arrêterait ;
Biais, savez-vous ce qui résulterait ?
Loin d'applaudir, un triste doctrinaire(i)
A l'alambic soumettrait mon secret;
Dans tous les sens il l'analyserait,
Et, sans pitié, traiterait de chimère
Ce que peut-être il n'aurait pas compris.
Vouloir instruire est un but ridicule.
Parmi les plans de quelques beaux esprits,
Irai-je aussi vous citer la bascule,
Jeu fort bizarre et peu divertissant,
Triste pouvoir, fondé sur des chimères,
De la faiblesse intolérable enfant,
Qu'ont adopté deux ou trois ministères,
Et qu'entretient la discorde en riant ?
De tout le cours des sessions dernières,
Je ne pourrais en esquisser que deux.
La vérité me trouvera fidèle,
Et je promets de n'offrir à vos yeux,
Que des tableaux dont j'ai vu le modèle.
Plus d'une fois, dans l'illustre querelle,
Qui divisa les orateurs français,
Je me portai vers ce vaste palais,
Construit jadis avec magnificence,
20
Qui, décoré du grand nom de Condé,
Ne prévit pas , au jour de sa naissance ,
De quels fléaux il serait inondé.
Combien j'ai vu s'amonceler d'orages !
Que j'entendis prononcer de discours
Dont la raison eût déehiré les pages ,
Et que la haine applaudissait toujours !
Comment offrir, sous des formes nouvelles ,
Tant de sujets d'âge en âge épuisés,
Sur quelques lois des argumens usés ,
Et ce qu'on dit surtout à propos d'elles ?
Car vous saurez que les digressions
Ont fait ici des pas assez rapides :
On ne voit plus que parleurs intrépides,
Qui, s'égarant dans les discussions,
En arrivant à leurs péroraisons
Ne savent plus sur quel motif frivole ,
Depuis une heure, ils ont pris la parole.
Je dois d'abord, pour être mieux compris ,
Sur quelques mots, plaisamment travestis,
Fixer un peu votre inexpérience.
A la tribune avec pompe cité,
Par les journaux mille fois répété ,
Vous entendrez le mot indépendance l
21
De ses devoirs hautement s'affranchir,
Pour liberté proclamer la licence ,
Braver un Roi, qui ne veut pas punir,
Contre le ciel prouver son impuissance,
Par amour-propre humilier les grands,
Pour les petits garder son insolence,
Voilà l'esprit de nos indépendans.
Ce ne fut pas avec moins de décence
Qu'ils ont jadis rêvé l'égalité ,
Et proclamé la sainte liberté,
Quand les prisons couvraient toute la France.
Depuis ce temps, ils ont fait mieux encor ;
Vous aviez cru que l'esprit monarchique,
Sous un monarque , était loin d'être un tort,
Connaissez mieux le langage anarchique.
Servir son maître est outrager la loi,
Et parmi nous , en saine politique ,
Le royaliste est l'ennemi du Roi.
Chez nos aïeux un amour légitime
Avec éloge était toujours cité :
Jamais excès ne passa pour un crime ;
Le mot ultra n'était pas inventé :
On l'a choisi, comme un trait satyrique,
Un mot piquant, par l'écho répété ,
22
Pour désigner à la haine publique
Les vieux guerriers, dont le zèle héroïque
Avec l'honneur ne sut jamais fléchir,
Qui, de nos rois, ont suivi l'infortune ,
Et sur leurs pas empressés d'accourir,
Sans les lasser d'une plainte importune,
Pour eux encor seraient prêts à mourir.
De vos regrets, peut-être de vos larmes ,
Vous couvrirez un mot cher et sacré
Des chevaliers jadis si révéré ,
Et qui, pour vous, eut toujours tant de charmes.
Qui l'eût pensé que la fidélité
Chez le Français gémirait oubliée !
Qu'une vertu, long-temps déifiée,
Vivrait errante ! et qu'avoir tout quitté,
Immolé tout à la cause royale,
Serait un titre à la proscription !
Tel est le temps , dans sa marche inégale !
Tels sont les jours de révolution!
La trahison a vaincu sa rivale.
Il est un mot, d'un sens plus général,
Et qu'il est bon de vous faire connaître ;
Les plus savans le définissent mal :
Wailly, lui-même, assez habile maître ,
23
Garde en ce point un silence fatal. ;
Tout le fatras de XEncyclopédie,
Le beau recueil fait par l'Académie ,
N'en disent rien ; ce mot est LIBÉRAL.
Il réunit, par un charme magique ,
Ceux que nos maux'avaient, depuis trente ans,
Recommandés à la haine publique,
Des Clubs fameux les sinistres enfans,
Républicain , révolutionnaire,
'Bourgeois titré, valet impérial,
Tous, dans ce mot, retrouvent un signal,
Tous sont rangés sous la même bannière.
NOTE
DE LA PREMIÈRE LETTRE.
Loin d'applaudir un triste doctrinaire (i),
A l'alambic soumettrait mon secret.
Le mot de Doctrinaire était donné à quelques députés',
qui ne se ralliaient ni au côté gauche, ni au côté droit, ni
au centre, et qui, par celte raison, étaient l'objet des sar-
24
casmes de tous les partis, ou on les appelait Frères de la
doctrine, mais personnen'ajoutait delà doctrine chrétienne.
Ils aspiraient au ministère, en affectant l'air du plus entier
désintéressement ; ils répandaient même le bruit qu'ils n'ac-
cepteraient l'honorable fonction de sauver l'Etat, qu'en
imposant des conditions sévères ; et, le secret de ce minis-
tère était d'autant mieux gardé , que personne n'avait songé
à le leur offrir. Cette secte d'ailleurs était fort peu nom-
breuse , un seid canapé suffisait pour les assemblées géné-
rales , et tout le monde était assis.
Les feuilles libérales les ont honorées tour-à-tour de leur
défaveur et de leur protection. <c Les doctrinaires, dit une
de ces feuilles du 16 novembre .1819, sont furieux de la
lumière que nous avons portée sur leur canapé, et qui a
éclairé les intrigues de cette coterie exiguë, qui s'enfle de
toutes ses forces, comme la grenouille de la fable, sans pré-
voir qu'elle aura le même sort. »
Cette prédiction s'est accomplie ; le pouvoir dus doctri-
naires ne fut qu'un rêve. Le vaste siège de leurs déli-
bérations est brisé; ils n'échappent à l'oubli que par quel-
ques brochures politiques, dont les libéraux font l'éloge
en se gardant bien de les lire.
LETTRE 11.
DÉFINITION DU MOT LIBÉRAL. ClIARTE CONS-
TITUTIONNELLE. M. TOUQUET. — CAHTE
TOPOGHAPHIQUE DE LA SALLE DES DÉPUTÉS.
Moi libéral, disait Monsieur Jobin (i)!
M'insultez-vous? Est-ce une raillerie?
Ai-je trahi mon maître et ma patrie,
Ou dépouillé la veuve et l'orphelin?
Me croyez-vous de fâcheuses affaires?
Suis-je connu pour des prêts usuraires?
Ai-je jamais démoli de châteaux ?
Ai-je une terre injustement acquise?
Ai-je pillé le Roi, l'état, l'église,
Et m'a-t-on vu , dans le cours de nos maux,
Républicain, révolutionnaire,
Bonapartiste, apostat, ou faussaire?
S
2fl
Ah! pour lancer de ces traits outrageans,
Une autre fois, connaissez mieux vos gens. »
Ainsi parlait un bourgeois vénérable,
Qui regrettait cet âge fortuné,
Où l'artisan, dans son cercle borné,
Suivait gaiement sa carrière honorable;
Où la marchande, en sortant du comptoir,
Ne rêvait point à devenir comtesse ;
Où le banquier cherchait à faire asseoir,
Sur son crédit, ses titres de noblesse,
N'aspirait point à gouverner 1'h.tat,
N'enviait point le duc ou le prélat,
Et, de l'honneur suivant aussi la route,
N'eût pas voulu, par une banqueroute,
Doubler ses biens, son faste et son éclat.
Si ce tableau paraît un peu sévère,
Il faut s'en prendre à ce vieil entêté,
Qui, sûr de lui, fier de sa probité,
Contre le vice est si fort révolté,
Qu'il ne sait pas modérer sa colère,
ïl vend du drap, depuis plus de trente ans 5
Par un prodige inoui dans notre âge,
Pour le commerce il farms.ses enfans;
Il a gardé sos moeurs et son lan.-age;
27
Il ne croit pas que nous soyons égaux,
Et, sans orgueil, il a vu la fortune
Récompenser ses modestes travaux.
Mais un seul point l'agite et l'importune,
Il ne peut voir l'orgueil des parvenus;
Il se reporte à ceux qu'il a connus;
L'un, renommé par sa prompte opulence,
L'autre, à la cour portant sa suffisance.
Aux grands seigneurs, dont ils ont hérité,
Ils ont pris tout, excepté la naissance ;
Et ce point seul blessant leur vanité,
On les entend, par esprit de vengeance,
Dans leurs châteaux vanter l'égalité !
Le raisonneur, que j'ai déjà cité,
Faisait aussi cette étrange gageui-e ;
Il pariait qu'hommes, femmes, vieillards ,
Qui, dans le cours de nos tristes hasards ,
Avaient aux moeurs fait quelqu'égratignure,
Qui s'élevaient par des moyens honteux,
Et dont la vie était un long scandale,
Cherchaient toujours un appui digne d'eux,
En invoquant la cause libérale ;
Et que, munis de tels certificats ,
Dans tous les clubs on leur tendait les bras.
3..
28
De tels détails m'ont paru nécessaires :
Il vous fallait ces explications
Sur tant de noms inconnus à nos pères.
Je dois aussi verser quelques lumières
Sur un seul mot qui, depuis quelque temps ,
Sert de prétexte à des scènes étranges
Que l'on retourne, ou travaille en tout sens,
Et que des fous accablent de louanges
Pour l'étouffer sous un amas d'encens.
Depuis long-temps, sans voile, sans mystère,
Quoique ce mot soit ici bien connu,
Il se pourrait, qu'au fond de votre terre ,
L'écho muet né l'eût pas retenu :
Je vous ai vue, au moment où le trône
Fut relevé ; vos regards éblouis
Ne quittaient point celte auguste couronne,
Que redonnaient aux fils de Saint-Louis
L'ordre du ciel, nos voeux et la victoire.
Vous retrouviez, sur les pas de nos rois ,
Des vrais Français la véritable gloire ;
Et souriant à de prétendus droits,
Nés dans des jours de trouble et d'anarchie,
Vous rappelliez toute la monarchie,
Avec les moeurs et l'esprit d'autrefois.
29
Pour prolonger les misères humaines, -;
Le ciel n'a pas permis tant de bonheur;
Mais il guida, dans des routes certaines,
L'auguste main d'un vrai législateur.
C'est aux Bourbons qu'il réservait l'honneur
De mesurer la force et la faiblesse
Du temps moderne et de nos vieilles loix ;
L'expérience en a fixé le choix ;
Sachons jouir des fruits de la sagesse.
Que n'avez-vous connu Monsieur Touquet!
Vous auriez pu, pour cinq ou six centimes,
Du nouveau Code apprendre les maximes;
Même il vous eût présenté pour bouquet,
Sur papier gris, les oeuvres de Voltaire,
Et sur carton, la CHARTE en tabatière.
(2) La CHARTE ! Enfin le voilà prononcé
Ce mot fameux, seul ralliement du sage !
Sous cet abri, pour conjurer l'orage,
Le royaliste est à jamais fixé.
Les libéraux, qui l'avaient adoptée,
Sur ce navire ont mis un embargo.
La seule loi, qui par eux soit vantée,
Chère à Pépé, plus chère à Riégo ,
Est des cortes l'incomparable ouvrage,
3.,
3o
Rendez hommage à ce Code admiré
Qui sut, si bien , préserver de l'orage
Des Castillans le sol régénéré.
Le nôtre au moins, par six ans d'existence,
Peut se flatter d'un triomphe assuré.
Plus les périls ont troublé son enfance,
Plus on entoure un rameau précieux
Que du monarque éleva la prudence.
Rentré vainqueur au rang de ses aïeux,
Il consentit à borner sa puissance,
Ne doutant point qu'un peuple généreux
Ne bénirait une main protectrice,
Qui, nous offrant un appui glorieux,
Faisait au siècle un pareil sacrifice.
Le croiriez-vous ? les ligueurs irrités
Dans ces bienfaits trouvèrent une offense !
Bravant du Roi l'éternelle clémence,
Us firent tout pour être redoutés,
Et celte paix qui consolait la France,
Porta la haine en leurs coeurs agités.
Tel sur la tige, où l'abeille distille j
Avec saveur l'ambroisie et le miel,
Le ver impur, lé venimeux reptile
Ne sait trouver qu'amertume et que fiel.
3i
Pour mettre un terme à ces préliminaires,
Et prévenir toute espèce d'erreurs ,
Pour qu'en traçant les choses les plus claires,
Rien de douteux n'altère mes couleurs,
Je dois encor vous décrire la salle,
Et les degrés, de structure inégale,
Qui vont's'offrir à nos législateurs.
Je vous adresse un tableau synoptique,
Où sont classés, en ordre politique,
Tous les Solons par la France adoptés.
Devant vos yeux tour-à-tour ils s'avancent.
D'après le rang, où leurs noms sont portés,
Vous préjugez déjà comment ils pensent,
Et devinez ceux qui ne pensent pas.
Ce grand tableau rappelle à ma mémoire
Les jours brillans de délire et de gloire,
Où, des vainqueurs pour observer les pas,
Nous déroulions un plan géographique ;
Nous y fixions un quartier général,
Et de Moscou jusques au Portugal
Nous dessinions une ligne historique.
Des bulletins, tissus de vérité,
Nous instruisaient par leur forme piquante;
Dans les revers, une main consolante
32
D'un mot trop dur cachait l'austérité :
« De cet hiver, la campagne brillante
Nous a coûté trois cent mille conscrits,
Ecrivait-on ; n'en prenez point d'alarmes ,
Heureux Français! ces revers ont leurs prix,
Us ont doublé la gloire de nos armes !
Toujours plus grand, toujours victorieux,
Vrai demi-dieu dans le siècle où nous sommes ,
Votre Empereur ne s'en porte que mieux !
Envoyez-lui quatre ou cinq cent mille hommes. »
NOTES.
DE LA DEUXIÈME LETTRE.
(r) Ce portrait des libéraux est imité d'un joli roman
politique, intitulé le Nouveau riche et le bourgeois de Paris. Il
exprime si bien ce que j'ai voulu peindre, que je ne pnis
m'empêcher d'en citer quelques passages.
«Un marchand a fait fortune dans des affaires hasardeu-
ses ; il ajoute d'abord à son nom la petite particule Dç.
33
Sous le directoire, maître d'un hôtel somptueux, il change
un peu son premier nom, et signe DESVTM.ERS. Sous le con-
sulat, îl se fait annoncer DEDesvillers ; sous l'empire, il est
titré ; il ajoute deux chevrons aux manches de ses gens, et
rit de la simplicité des Montmorency, qui, par une erreur
digne d'une époque gothique, n'en plaçaient qu'un sur la
manche gauche de leur livrée.
Le roi revient, le comte trouve fort juste qu'on Tespecte
sa noblesse, et très-injuste que l'on en rappelle une autre.
L'envie le dévore, les chagrins l'assiègent ; le voilà libéral.
Mais il ordonne impérieusement qu'on l'appelle M. le
comte, et il chasse un valet de chambre, qui a osé servir
sur table une sallière sans armoiries.
•< Convenez, comtesse, dit-il à sa femme, que quand
nous aurions cinq cents ans de noblesse, nous n'aurions pas
meilleur air ? Ce n'est pas assurément que je tienne à ce
préjugé ; et j'ai Famé trop élevée pour être entiché de ma
situation. Je trouve qu'il n'y a rien de plus misérable que
la vanité ; mais il faut convenir aussi , que rien n'est plus
cruel, quand on a cinq cent mille livres de rente , que de
voir quelque chose au-dessus de soi. Aussi, madame la
comtesse, je hais à la mort ces anciens nobles, qui se sout
ruinés plus ou moins au service du Roi, et qui se tiennent
droits, comme s'ils étaient encore quelque chose dans ce
pays-ci, »
Voilà certes du vrai comique; le réponse ne le cède pas
34
à l'attaque. « M. le comte, répondit la comtesse, jepartage
votre opinion, et c'est là particulièrement ce qui m'a rappro-
chée des idées monarchiques républicaines : s'il n'y avait de
nobles que nous autres, gens riches, et que nons le fussions
de la même date, je me serais résignée à supporter la
royauté purement et simplement. Mais parce que les pères
ou grands-pères de Messieurs tels et tels se sont fait tuer
au service de l'État, il faudra que j'en souffre : il faudra
qu'avec cinq cent mille livres de rente et avec de l'esprit,
vous ne soyez pas une des premières personnes de l'Etat! »
(2) LA CHARTE.
Sous cet afcri, seul rallîment du sage,
Le royaliste est pour jamais fixé.
Je ne crois pas pouvoir mieux faire que de placer ici une
définition de la Charte, improvisée par M- Delalot, dans
la séance du 10 avril dernier.La Charte, dit-il, n'est point
l'oeuvre de la révolution, elle en est le terme, elle en est la
fin. Est-ce elle qui a ranimé les partis? Gardons-nous de
lui faire cette injure. Ce n'est pas la Charte qui fait retenr
tir cette enceinte de scandaleux débats : ceux qui l'invoquent
sans cesse, ceux qui s'en font nn prétexte, ne la com-
prennent pas , ils ne la comprendront jamais! Non , ils ne
sauraient la comprendre, ceux qui nous présentent sans
cesse comme deux nations irréconciliables.
35
n Voulez-vous, Messieurs, me permettre de vous dire
quelques mots sur ce que j'entends par la CHARTE ? la CHARTE
est un engagement que le pouvoir a contracté avec le
peuple, et qui est basé sur l'autorité et sur la raison. On ne
peut qualifier de lois d'exception les modifications appor-
tées à un système légal.
Si la révolution ne voulait que la Charte, comme elle
s'en vante par ses organes, connaîtrions-nous ici ces per-
fides dénominations de royalistes constitutionnels, de roya-
listes exclusifs ? Jamais la France ne renoncera à ses liber-
tés ; elle combattra, nous combattrons , s'il le faut, pour
ces libertés; mais ce ne sera point sous les couleurs de la
révolution , ce sera sous l'égide protectrice de la famille
de Henri IV. C'est la révolution seule, que j'accuse ici de
conspirer contre la Charte. On attaque sa naissance, on lui
fait un crime d'avoir été octroyée, c'est-à-dire que la ré-
volution la repousse, parce quelle est un bienfait du Roi. »
LETTRE III.
DESCRIPTION DE LA SALLE, — TRIBUNES. —
FEMMES POLITIQUES. — PRÉSIDENT. — CÔTÉ
DROIT. CÔTÉ GAUCHE. CENTRE. DÎ3EKS.
MINISTÉRIELS.
Lorsqu'au dehors nos jeunes combaltans
Se partageaient les dépouilles du monde ,
Par quel secret la paix la plus profonde
Souriait-elle à nos représentans?
Sans nul débat, ni grave ni frivole,
Les orateurs, organes de la loi,
Vivaient unis, devinez-vous pourquoi?
On leur avait interdit la parole.
Leur fondateur, craignant les indiscrets,
Avait usé d'une étrange tactique ;
Et, par calcul, sa saine politique
3?
En avait fait un conseil de muets.
Depuis six ans, monarque moins sévère,
Louis, sur eux prodiguant ses bienfaits,
Les affranchit du malheur de se taire
Depuis six ans, a disparu la paix !
Que de débats, que de légers nuages ,
Sans leurs discours, seraient inaperçus!
Leur éloquence en a fait des orages ;
Et, sans l'esprit de ces prétendus sages,
De politique on ne parlerait plus.
Mais puisqu'enfin ils prolongent la guerre,
Il faut du moins suivre les combattans,
Par leurs écrits juger leur caractère,
Et mesurer l'espace de leurs camps.
Du président, questeur et secrétaire
Voyez d'abord la place et les bureaux,
L'abri modeste où se font les journaux,
Le banc fragile où sied le ministère,
Cette tribune où grondent les partis,
Et celle aussi, soit dit sans épigrammes,
Où, dans l'espoir d'enflammer les partis,
La liberté fait accourir les dames.
Vous supposiez, qu'en ce brillant Paris,
Ne s'occupant que du désir de plaire,
38
Le sexe aimé, fidèle à ses penchans,
Faisait d'un bal sa principale affaire,
Et laissait là pairs et représentans.
Détrompez-vous , les troubles politiques
Ont remplacé le trouble des amours ;
Les billets doux n'ont plus le moindre cours ,
Et, s'égarant dans les siècles antiques ,
Ce sexe veut d'énergiques discours :
Sparte renaît sur Atliène en ruine.
D'un tel travers la sinistre origine
Remonte hélas! à de bien tristes jours!
De ces -beautés les honorables mères,
Dans un costume un peu moins élégant,
Jadis aussi venaient, en tricotant,
Encourager Messieurs de Robespières.
Sans déroger, leurs jeunes héritières,
Aux successeurs de ces illustres frères
Daignent par fois applaudir en brodant.
Tel est l'effet des lumières nouvelles !
Elles ont su dans des pensionnats,
Ou, sous l'appui des classes mutuelles,
Prendre des goûts un peu plus délicats,
Et se former sur de meilleurs modèles ;
Biais l'art n'a pas chassé le naturel,
39
La liberté , ce principe éternel,
Est mise encore au rang de leurs caprices,
Et je les vois s'enivrer de délices,
Quand Benjamin succède à Manuel.
Il en est temps, abjure ce délire,
O des Brutus descendant féminin,
Qui, dédaignant un plus riant empire
Aux Adonis préfères Chauvelin.
Sur un décret profanes ton sourire,
Dans ton boudoir cherches des citoyens ,
Et perds tes droits en me parlant des miens.
Avouez-le, les femmes politiques
Sont loin des moeurs et de l'esprit français ;
L'austérité, l'aigreur des républiques
Conviennent mal à de jeunes attraits !
Dans les beaux temps de la chevalerie,
C'était toujours aux pieds de la beauté -
Que la valeur et la galanterie
Cherchaient le prix de la fidélité. •
C'était alors le siècle des prestiges :
Le beau Lahire, et Nemours etDunois,
Au champ d'honneur, comme dans les tournois ,
Pour être aimés, enfantaient des prodiges !
Sexe trompé, c'est à la cour des rois
4o
Qu'en tous les temps a brillé ta puissance ;
Laisse Thémis faire ou changer ses loix,
Pour droit plus beau, couronne la vaillance,
N'altère point le charme de ta voix,
En célébrant la triste indépendance;
Tu dois servir, si tu ne règnes pas.
Enfin, veux-tu partager nos débats?
Des deux partis connais la différence :
Quittant son rôle, et parlant de licence,
La libérale a toujours de l'humeur,
Jusqu'au succès tout l'offence et l'attriste;
Fidèle aux lys, dont elle a la blancheur,
Femme jolie est toujours royaliste.
Je ne sais plus quelles digressions
M'ont mis si loin de la salle : accourons,
Et, transportés par un pouvoir magique,
Mesurons tout, jugeons tout d'un coup-d'oeil.
Du président vous voyez le fauteuil,
Ne croyez pas qu'il soit académique,
On n'y dort point. C'est un roc périlleux,
Au pied duquel vient se briser l'orage.
C'est là, qu'armé du plus noble courage,
Depuis deux ans, un orateur fameux
Règne avec gloire, et sait, aveeprudence,
4i
Calme au milieu des flots tumultueux,
Venger le trône et l'honneur de la France.
Suivez à droite, et vos yeux satisfaits,
S'arrêteront avec reconnaissance
Sur cet essaim de chevaliers français,
Toujours armés pour la plus noble cause.
Sur l'honneur seul leur triomphe repose :
On les a vus, sous le poids du malheur,
Sacrifiés à l'essai d'un système,
Persécutés, perdant tout, fors l'honneur,
Crier encor vive le Roi quand même.
Le côté gauche est bien plus agité.
Prêt à frapper tous les rois de la terre,
Quand on lui cède, il se croit redouté ,
Si l'on résiste, il rugit de colère.
Là, dans un cadre assez original,
Sont des amis d'une nouvelle espèce :
Ducs et bourgeois, vieille et jeune noblesse,
Vieux terroriste, aujourd'hui libéral,
Enfans perdus du règne impérial,
Tout se confond dans une haine égale.
Pour seconder l'intérêt général,
Quelques banquiers se traînent à la suite ;
Cet or si r>ur, ce cher et vil métal
42
Les recommande à défaut de mérite ,
Pour conspirer c'est un point capital.
Parmi les chefs, qu'une ligue infernale,
Avec délice admire dans ses rangs,
Les déserteurs de la cause royale ,
Plus irrités sont toujours plus ardens ;
D'un zèle faux ils s'étonnent eux-mêmes.
Hors de leur but quelquefois entraînés ,
Toujours craintifs, et toujours soupçonnés,
Se relevant par des moyens extrêmes,
Sous leur audace ils cachent le remord.
Dégénérés des vertus de leurs pères ,
Ils voudraient bien, par un dernier effort,
D'un premier titre abjurer les chimères ;
Mais reconnus sous des traits populaires,
Ces noms vengeurs les poursuivent encor.
Nourris d'abus et de vieux privilèges,
Ils les voudraient frapper d'un coup mortel.
Ainsi Mathan cherche à briser l'autel
Qui fut témoin de tous ses sacrilèges.
Il ne vous reste enfin qu'un seul côté
A reconnaître, il s'appelle le centre.
Quelques rieurs, dans un jour de gaîté,
Mal à-propos l'ont surnommé le ventre.
- /|3
Le rôle est simple et facile à remplir :
Là, dans la paix, chaque moment s'écoule,
Et sans scrupule on pourrait s'endormir ,
Jusqu'au moment de remettre la bouler
Pour être en place et pour s'y maintenir
Quelle tactique et quelle marche adroite !
Dans quel aplomb il faut se soutenir!
J'ai vu pourtant et de gauche et de droite
( Rien aujourd'hui ne doit vous étonner),
J'ai vu contre eux semer la calomnie ;
Eh ! quel est donc, en bonne compagnie,
L'homme de sens , qui n'aime à bien dîner ?
Exceptez-en les grands hommes d'Homère,
Que ses beaux vers n'ont pas rendus friands,
Et qui, cités pour des exploits brillans ,
Faisaient d'ailleurs une bien maigre chère.
Mais après eux, plus fins et plus instruits,
Les Grecs, frappés d'un rayon de lumière,
Aux bons repas attachèrent du prix.
Chez Périclès et chez Alcibiade,
Les orateurs trouvaient le couvert mis,
Et le Shiros se versait à rasade ;
A Rome aussi, sans blesser leurs vertus,
Les sénateurs soupaient chez Lucullus.
LETTRE IV.
DISPOSITIONS DES ESPRITS AVANT L'OUVERTURE DES
CHAMBRES. — CONFIANCE DES LIBÉRAUX. — CA-
BANE DE CLICHY. — QUERELLE DE CAFÉ.—CLUB
DES AMIS DE LA PRESSE. DISCOURS ROÏAL.
COLÈRE LIBÉRALE. —GRÉGOIRE.
J'AI loin de vous écarté tout mystère,
Des fiers rivaux j'ai dessiné les camps ;
Pour vous encor, poursuivant ma carrière,
Je vous dirai l'espoir des combattans,
Leurs voeux secrets, leur but et leur chimère,
Et pour peser les chances de la guerre,
Dans leurs écrits, je chercherai leurs plans.
Vous saurez tout, je ne veux rien vous taire.
Quelques journaux, plus ou moins menaçans ,
De la campagne essai préliminaire,
Ifi
Avaient d'avance enflammé les esprits.
Il faudra bien que je vous fasse lire
Un court extrait de ces nombreux écrits ,
Et vous croirez qu'un accès de délire
Avait troublé les têtes de Paris.
Pour agiter une foule tranquille,
Tous les moyens tour-à-tour étaient pris :
Le conte bleu du fameux Champ-d'Asile ,
Si favorable au voeu de ses auteurs,
Ne jetait plus qu'un éclat inutile,,
Et le caissier riait des souscripteurs.
Sur les débris d'une vieille cabane (i),
On crut fonder un moyen de succès :
Ce fut Clichy, dont la terre profane
Du despotisme attesta les excès.
Vous connaissez ce scandale historique.
Tout libéral, tout anti-monarchique,
Depuis l'hôtel des modernes banquiers,
Jusqu'aux trétaux du décroteur artiste ,
Tous à F envi formèrent une liste.
On eut le droit, pour cinq ou six deniers ,
De disputer d'insolence et d'audace,
De prodiguer l'insulte et la menace
Contre les grands; les évéques, les rois ,
. 47
De décrier nos plus augustes lois ;
Les insensés osèrent faire outrage
Au prêtre infirme, aux soeurs, aux missions,
En réservant les transports de leur rage
Pour l'ennemi de leurs élections.
Si, pour tenter une émeute nouvelle,
Dans un café quelque adroit libéral (2)
Avait fait naître une vive querelle,
Tous les échos , de journal en journal,
Recommandaient cette illustre victime
Prête à tomber sous les coups d'un rival,
Qui, trop fidèle à l'étendard royal,
Et trop zélé pour son roi légitime,
Ne méritait qu'un brevet d'éteignoir (3).
Le lendemain, la dame du comptoir
Correspondait avec la Renommée,
Parlait de gloire et de la grande armée ;
Fière d'un bruit qu'elle avait étouffé,
Versant le punch et la liqueur des braves (4),
S'applaudissait de ce que son café
Luttait encor contre un troupeau d'esclaves.
Dans un salon, un jour je m'étonnais
De cet excès d'audace et d'insolence :
J[e soutenais que bientôt le Français
48
Serait honteux de tant d'extravagance,
Et des vieux lis embrassant la défense
Triompherait de tous les agresseurs.
Avec mystère auprès de moi s'avance
Un des témoins, qui, plaignant mes erreurs ,
Prend en pitié mon inexpérience :
« Quoi, me dit-il ! quelle est votre imprudence ?
Y pensez-vous? Pourquoi sous ses drapeaux
Suivre la cour ? Pour vous perdre avec elle ?
Le monde entier n'attend qu'une étincelle.
Hunt vient d'armer ses braves radicaux (51,
Le jeune Sand rappelle Rome antique,
Et nous promet d'heureux imitateurs ;
Frappé par lui, l'empire germanique
N'attend que nous pour ses libérateurs.
Il ajouta, que si trop fanatique,
Aux lis vaincus je m'attachais encor,
La république userait de clémence ,
Et que , par lui, j'aurais un passe-port.
Je l'assurai de ma reconnaissance ;
En me quittant, il déplora mon sort.
Combien de fois, par trop de confiance,
On a trahi d'infaillibles succès !
L'orgueil toujours mène à l'imprévoyance !
49
Émerveillés de leurs premiers essais ,
Et repassant les choix qu'ils avaient faits,
Nos ennemis prenaient trop d'espérance.
L'Europe enfin craignit de tels rivaux ;
Le nord au loin chassa les anarchistes,
Londres pendit les fidèles Huntistes.
Chez nous aussi, réveillés par nos maux,
Thémis cita devant ses tribunaux
Plusieurs agens de la secte infernale.
C'est à sa voix que, de la cour royale,
Partit l'éclair qui désilla nos yeux.
(6) Seguier flétrit une ligue homicide,
Qui, de pouvoir et de meurtres avide,
Nous ramenait à ces jours désastreux,
Où d'échaffauds elle couvrait la France.
Ce premier choc ébranla leur puissance.
Pour déjouer leur accord dangereux,
On fit fermer un club séditieux,
Où, sous le nom des amis de la presse (7),
Se méditait la chute des Etats.
Ce dernier coup, qu'ils ne soupçonnaient pas,
Les confondit : leur fureur vengeresse
S'évaporant en stériles débats,
Nous démontra, qu'en ces honteux combats,
2..
5o
Ils n'étaient forts que de notre faiblesse.
Ainsi flottait notre sort incertain,
Lorsque s'ouvrit la royale séance.
Des vieux ligueurs le redoutable essaim
S'était flatté, qu'un lugubre silence
Escorterait les pas du souverain ;
Il se trompait. Organes de la France,
Des cris d'amour et de reconnaissance,
A son aspect, ont partout éclaté :
Ce bruit flatteur, par l'écho répété ,
Du vrai Français ranima l'espérance.
Au côté gauche , on fut moins expressif;
L'enthousiasme est un élan trop vif,
Qui compromet l'esprit d'indépendance.
Je vis d'abord que le discours royal
N'avait des droits qu'à leur indifférence.
C'était pour eux un sujet si banal !
On y vantait la stérile abondance
De nos moissons, le système amical
Des rois voisins; pour un vrai libéral
Voilà des faits d'une haute importance !
Mais, tout-à-coup, je remarque en leurs traits
Plus d'embarras, de crainte et de surprise.
Auraient-ils pu le soupçonner jamais ?